RESPONSABILITÉ SOCIALE DES «MAL PENSANTS »

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Le débat sur notre laïcité se poursuit. Deux conclusions majeures peuvent être tirées. Nous n’avons pas encore les moyens de faire face à une école et une société laïques et qu’il faudra faire face aux « féroces compétitions » et confrontations avec les autres franges bien établies qui vont au-delà de nos seules identités religieuses. Les turcs sont déjà là…Notre laïcité est d’emprunt et nous avons tout intérêt à valoriser les lieux communs seuls gages crédibles pour faire face aux discours de haine et de suprématie religieuse observables dans les discours publics. Alors on verra bien vers ou nous irons avec la reconfiguration de ces différents pôles antagoniques. Une vaste question qui mérite une profonde réflexion car elle engage notre avenir et notre devenir.

Je crois que nous sommes en phase de transition. Du coup, plusieurs bastions vont tomber. Les reconfigurations familiales au sein des grandes familles maraboutiques ont déjà amoindri voire éclaté le noyau dur en plusieurs pôles concurrentiels. Nous sommes à l’ère du règne des petits fils qui ont commencé à montrer leurs limites face aux légitimités incontestables des fondateurs et de leurs fils. Au-delà des apparences et des consensus de façade, le jeu des conflits et des compétitions est féroce et les appétits de conquête d’espace de légitimité tout aussi « meurtriers ». Les sociologues notamment ont du travail pour mieux saisir les complexités en jeu pour une société en transition comme la nôtre avec ses peurs et ses incertitudes.

Force est de reconnaître qu’ils sont eux-mêmes enchâssés dans des partis-pris toujours au nom du parti et de la confrérie. Il est vrai que la surenchère et les intimidations empêchent un travail scientifique d’émerger dans un Sénégal où on interdit aux « penseurs » de toucher à certains narratifs magico-religieux. Nous écrivions ceci à ce propos : « Au Sénégal, il y a des narratifs magico-religieux que personne n’ose questionner. Ils ont été distillés de la même manière : par le tapage et l’intimidation presque organisés tellement, ils sont réguliers. Notre pays continue d’entretenir le mythe du « doomu Soxna »Seigneur ! Comme si nos braves mamans à nous qui prient avec leurs forces matinales au plus profond d’elles n’étaient pas aussi vertueuses, si dévouées, et totalement dignes de nous et pour nous … Au point que nous devons tous payer cette tare “congénitale ” par une “soumission ” à un ordre qui n’est pas celui du grand et unique maitre et juge incontestable de ses suiveurs. Pourquoi ce principe serait-il une exemption sénégalaise qui d’ailleurs ne saurait prétendre ni à la paternité berceau de l’islam ni à celle de la piété la plus sacrée de la umma ».http://ndukur.com/pour-une-republique-des-nawle-egaux/

De toute façon, cette société déteste ses génies cloués au pilori. Elle a ses nouvelles stars entre les bandes FM et les télévisions si ce ne sont les lutteurs qui tiennent le haut du pavé d’une société d’exhibitionnisme. Elle ne leur offre pas d’espace de créativité. Voilà pourquoi, nous disions ce qui suit : «Les vrais génies qui peuvent résoudre les équations mathématiques, trouver des solutions adaptatives pour nos variétés de riz, inventer des applications logicielles pour améliorer le fonctionnement de nos administrations, etc. eux sont méprisés, piétinés. Ils comprennent qu’il faut hélas souvent prendre les chemins sinueux de l’exile. Les sociétés modernes chantent, protègent et exaltent leurs génies pour faire face aux défis complexes et rapides des révolutions scientifiques et technologiques. La nôtre semble faire l’option de la valorisation généralisée de la médiocrité ». http://www.sen24heures.com/?SOCIETE-TUEUSE-DE-GENIES

Face aux contraintes culturelles tueuses de génie, quelle responsabilité sociale des chercheurs ? Pouvons-nous bâtir un dispositif de savoir et d’aide à la décision détaché de toute ces contingences qui minent notre créativité et qui refusent qu’on s’interroge sur les narratifs sociaux, politiques, magico-religieux ? Pourtant, les décideurs ont besoin de point de vue sans auto censure pour mieux orienter leurs choix. Sous ce rapport, les « vrais techniciens » paient un lourd tribut pour assumer leur indépendance au détriment de logiques larbinistes et carriéristes qui ont fini de gangrener durablement le système national d’aide à la décision. Nous attirions l’attention sur l’urgence d’une introspection en ces termes : «Il nous faut arrêter de nous “mentir” dans nos forums et cercles de réflexion presque par pudeur ou duplicité. Nous avons besoin tous d’une introspection. On appelle cela le génie ou l’exception. Il s’agit de cette capacité sénégalaise à faire du “masla ” jusqu’à faire du “massaale” en gommant les questions de fonds qui entravent toutes les alternatives vertueuses et porteuses de développement juste et équitable ».http://ndukur.com/les-parangons-de-la-refondation-nationale/

Reposons la question fondamentale de la responsabilité sociale des chercheurs, des « penseurs » dans un contexte d’hostilité, d’auto-censure et de censure permanentes ? Nous voulons des penseurs qui pensent. Des chercheurs qui trouvent. Seulement lorsque nous jetons des fleurs ou nous magnifions comme des griots inspirés les hauts faits de guerre des « princes » et des « guides ». A moins de faire face aux fatwas devenues une arme de soumission et de silence pour les « mal pensants ».

ANKN

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