PRESIDENTIELLE 2019 : TIPPING POINT

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Cette semaine prend fin la campagne électorale. En fait de campagne, elle ne l’est pas. Macky psalmodie promesses et réalisations douteuses. L’argent coule à flots et chacun essaye de donner ses “gages de popularité” dans sa bourgade. Mais ils ont dans un coin de la tête les infos des RG et des sondages secrets.

Le discours de Macky est circonlocutoire. Il tourne en rond. Il ne peut plus vendre un rêve ou un projet. Il ne peut plus parler de gouvernance sobre et vertueuse. Donc ils ont tous des questions – réponses toutes faites qui sont récitées de Macky au dernier transhumant. Sonko c’est l’ennemi à abattre. Il fait une bonne campagne et a du mal à rester dans la cohérence anti système. Les primo-votants et les intellectuels dépités sont à l’aise avec ce discours. Les “conformistes” il doit les rassurer. Et le discours de dénonciation doit évoluer pour aborder sereinement le comment. 

La ligne est Idy est moins contorsionniste cette fois. Il ne se démarque pas du “système”. Il dit simplement que j’ai l’expérience et je suis au fait. Je vais faire mieux et autrement. C’est le candidat le plus en “colère” mais il ne le laisse pas transparaitre. Derrière son sourire se cache une ferme volonté de nettoyer les écuries d’Augias. 

Issa est une “valeur sure ” et bon pedagogue. Mais le caractère de son parti et le “passif” des moutarchidines risquent de peser. Son discours est anti système actuel mais il manque de clarté sur l’alternative qui ne peut en aucun cas être religieuse.

Madické est toujours dans son show et diversion. Son discours est tangentiel car c’est un discours juste à côté compte tenu du moment et des enjeux. Il est sympa et fait rire mais au fond c’est une diversion. In fine. Il accorde aux Sénégalais leur moment de “detente”.

Mais le moment est crucial. On est sur un tipping point. Un point de basculement en mauvais français.  Ce vote est un referendum. Ma conviction c’est qu’on va engager les Sénégalais au moins sur 10 ans. Car Macky, au-delà de ce mandat va aller chercher un 3eme. Cette génération de sangsues n’ira pas à la retraite. Et puis se pose une question  technique. C’est le moment pour le Sénégal de réussir sa transition économique ! Avec le pétrole et le gaz, les 10 années à venir seront déterminantes. Ou on bascule dans le resource curse. Car tous les ingredients sont réunis pour une malédiction des ressources naturelles.

On entre dans une phase d’emergence. Terme si galvaude ! Mettre le destin du Sénégal entre ses mains. Ce débat n’a pas eu lieu. Même les analystes sont pris dans le piège du court terme. Macky va “accompagner” gentiment à la retraite les derniers mohicans du PS-UPS-PDS, ” mettre sous l’éteignoir les velléités de contestation avec la complicité de la mackystrature et des multinationales. Avoir un béni oui-oui à ce moment stratégique sera crucial pour Total et les multinationales françaises. Il faut voir les précautions oratoires de Idy quand il parle de ces contrats. Le grand dilemme des candidats “avertis” c’est aussi cela. Rassurer nos lobbies endogènes, apaiser les multinationales , vendre du court terme aux masses laborieuses et se “démarquer” du macky. Ce qui n’est rien d’autre que l’indigence de Senghor, Diouf et Wade plus la famille et le clan. On peut y ajouter l’inféodation à la France.

Wade avait le mérite d’être décomplexé et d’avoir une carrure intellectuelle. Cette campagne est la campagne de l’esquive. Parfois on a besoin plus d’un exercice de psychanalyse que d’une analyse politique. Macky aurait pu être un exemple de méritocratie à montrer à nos enfants. Il est devenu un mbadolo. Le Sénégal aurait pu être le Ghana. Pourquoi c’est la “fin de la honte” ? Pourquoi ceux qui auraient le pouvoir mystique et intemporel se plient devant les politiciens de passage ? Pourquoi le mot “doylou” est banni des comportements alors que  tous se réclament des plus grands soufis Bamba, Maodo, Baye Niass ?

La question n’est pas alimentaire ou économique. L’estime de soi et les valeurs éthiques du peuple sont touchées. Pourquoi nos écoles d’élite ont secrété autant de diplômés partisans et malhonnêtes. Pourquoi la reddition des comptes fait si peur ? C’est une grande question de fond. Du petit dahira à l’ASC en passant par l’université, la famille ou l’entreprise. Pourquoi l’accommodement sénégalais est si élastique et circonstanciel au point où battre tam-tam devant une mosquée est plus tolérable que maka et bakka ? Au point où tu peux voler mais à condition de redistribuer. Au point où on ose théoriser que politique s’arrête sur terre. Au point où être bon talibé, bon musulman ou chrétien et piètre politico menteurs. Et pourquoi personne ne veut être traité de musulmenteurs. Il est clair  que même le reformateur le plus patriotique et le plus compétent sera dérouté par le sénégalais. Le sénégalais moyen veut le changement mais ne veut pas changer !

NKEN

0 replies

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *