POINT DE VUE : DE L’OR POUR UN DÉVELOPPEMENT INCLUSIF

Dr Arona Soumaré

Géographe – Environnementaliste

Arona Soumaré est titulaire d’un doctorat de Géographie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), d’un Master of Science en Etude d’impact Environnemental de l’Université du Pays de Galles (Royaume-Uni), d’une Maîtrise en Relations internationales (Fletcher School of Law and Diplomacy de l’Université Tufts, Etats-Unis).  Dr Soumaré enregistre à son actif plus de 20 ans d’expérience en matière notamment de gestion des ressources naturelles.

MALEDICTION. Il y a un peu partout dans le monde, une sorte de malédiction des ressources minières. De nombreux pays en développement souffrent, plus qu’ils ne bénéficient de leurs richesses en ressources naturelles.

L’exploitation aurifère a une histoire souvent pavée d’opulence sectaire côtoyant une pauvreté extrême, une histoire de prébende, de contrebande et de conflits. Un long récit de pollutions et de maladies graves, aussi…

Cependant, l’or est devenu tellement vital dans le monde entier avec notamment une industrie de plusieurs milliards de dollars, avec d’énormes avantages potentiels pour les pauvres dans les pays en développement, où quelques veines d’or sont trouvées.

En effet, lorsque les ressources minérales importantes sont découvertes et exploitées cela peut présenter des grands avantages économiques, mais cela peut également exacerber les disparités économiques et sociales aux niveaux local et national.

Par ailleurs, le territoire des entreprises minières apparaissent comme des « îlots» lumineux sur le socle birimien du Sénégal oriental qui est un océan de terroirs villageois déstructurés et qui manquent de tout

ENJEUX MULTIFORMES. En outre, à moins que le développement ne soit géré avec beaucoup de soins, des impacts négatifs souvent irréversibles émergent du point de vue environnemental, y compris pour le développement agro-sylvo-pastoral et la santé des populations locales. Autour du gisement aurifère de Sabodala se profile plusieurs enjeux :

Un enjeu écologique aussi : A beau dire, l’extraction de l’or est une pratique dangereuse et peu respectueuse de l’environnement pour plusieurs raisons. L’exploitation minière est destructrice pour l’environnement naturel autour des mines, l’élimination des déchets de roche crée des problèmes, défigure les paysages et utilise des produits chimiques mortels comme la cyanure.

Un enjeu de développement : les interventions ponctuelles des sociétés minières (construction de salles de classes, de forages, etc.) restent encore complètement déconnectées des  priorités locales et  des plans de mise en valeur et de conservation des ressources naturelles et du territoire au profit des populations. Saupoudrage ou blanchiment écologique?

TERROIRS DESTRUCTURÉS. Par ailleurs, le territoire des entreprises minières apparaissent comme des «îlots» lumineux sur le socle birimien du Sénégal oriental qui est un océan de terroirs villageois déstructurés et qui manquent de tout. Comment alors veiller à ce que la manne aurifère puisse être un levier d’une croissance durable et inclusive” ?

Dans ce contexte, il importe de s’assurer que les décideurs et les communautés locales prennent la pleine mesure des impacts potentiels liés à cette industrie et que des mesures idoines soient prises et appliquées pour éviter, le cas échéant, atténuer les impacts négatifs.

Les études d’impact environnemental sont vite brandies à la fois par les exploitants miniers et les décideurs, comme gage de responsabilité environnementale et sociétale et de profond attachement au respect de la loi ?

Dans le fond, ces documents souvent très ésotériques (a souhait ?) posent un problème d’appropriation à une population majoritairement analphabète qui n’a pas été associée dans les phases préliminaires de cadrage, en vue de s’assurer que leurs préoccupations/appréhensions sont dûment prises en compte.

ALIBI ENVIRONNEMENTAL. Etudes d’impact alibi ou à posteriori ? Tout compte fait, elles arrivent souvent tard ou trop tôt, parce que les décisions politiciennes ont déjà été prises mais… il faut bien les légitimer. Par exemple, la signature de la convention minière qui devait théoriquement venir après la validation des études d’impacts qui auraient permis de cerner d’abord les enjeux environnementaux et socio-économiques, s’est faite bien avant. Pourtant, ces études aussi constituent une partie intégrante dans la procédure d’obtention du permis d’exploitation. On peut dans ce contexte s’interroger sur les bases qui auraient permis d’éclairer la prise de décision d’autoriser ou non une concession minière ou de déterminer les contours pour l’alimentation du fameux fonds fiduciaire (articles 82, 84 du Code minier) destiné à réhabiliter le site à la fin du cycle minier. C’est bien un jeu d’équilibriste que de mettre un prix sur ce qui n’a pas (encore) de prix…. ?

Dans le fond, ces documents très ésotériques (a souhait ?) posent un problème d’appropriation à une population majoritairement analphabète qui n’a pas été associée dans les phases préliminaires de cadrage, en vue de s’assurer que leurs préoccupations/appréhensions sont dûment prises en compte.

Bien souvent le développement minier en question n’est ni une politique, un plan ni un programme, mais plutôt une collection de projets, chacun étant réalisé par des entreprises individuelles qui ne sont pas liés les uns aux autres, et dans de nombreux cas, entrepris dans l’isolement l’un de l’autre.

Compte tenu de la ruée vers l’or au Sénégal Oriental et des enjeux associés à cela, nous pensons que la planification pour le développement minier peut être améliorée d’une manière importante par l’entreprise de l’évaluation environnementale stratégique (EES)

ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE  STRATÉGIQUE. L’approche traditionnelle de la planification du développement du secteur minier suit une séquence commençant par l’exploration et un sondage plus systématique des gisements potentiels, suivie par la phase d’extraction et, finalement, la clôture et, le cas échéant, de remise en l’état. Chacune de ces étapes est normalement accompagnée d’une évaluation environnementale et sociale détaillée basée sur les études d’impacts environnementales de projets individuels. Bien que l’évaluation de chacun des composants soit utile dans l’identification des effets localisés, elle ne présente ni une vue plus exhaustive de ce qui est susceptible d’arriver à l’économie locale et nationale de manière globale, encore moins d’une analyse fine des secteurs /acteurs de la société qui gagnent ou perdent par le fait des options de développement choisies et de la manière dont l’écosystème sera affecté à long terme.

Compte tenu de la ruée vers l’or au Sénégal Oriental et des enjeux associés à cela, nous pensons que la planification pour le développement minier peut être améliorée d’une manière importante par l’entreprise de l’évaluation environnementale stratégique (EES) sur l’ensemble du cycle de  développement, de la découverte, le développement à l’éventuel déclassement lorsque les réserves sont épuisées. Cela permettra à différentes options politiques et programmatiques d’être examinées afin qu’une stratégie, la plus bénéfique d’un point de vue économique, social, et environnemental puisse être adoptée pour assurer le maximum de croissance durable pour l’économie nationale et locale, le renforcement de la cohésion sociale dans les zones aurifères et la réalisation du plus haut niveau de protection de l’environnement possible et réaliste (un résultat gagnant-gagnant gagnant).

Dr Arona Soumaré

0 replies

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *