[OUVRAGE] DIAMNIADIO. NAISSANCE D’UNE NOUVELLE VILLE : ENJEUX ET DÉFIS D’UNE NOUVELLE GOUVERNANCE DURABLE

RESUME LIVRE DIAMNIADIO

Diamniadio. Naissance d’une nouvelle ville : enjeux et défis d’une gouvernance durable

Cet ouvrage de 223 pages, est rédigé par les Dr Djibril DIOP et Aly Sada TIMERA. Il est structuré en trois parties et onze chapitres.

Face à l’encombrement, les occupations anarchiques, les difficultés de mobilités et d’accès au logement, Dakar qui concentre le quart de la population, plus de 55% du Pib et plus de 80% de système de production du pays, était devenu un handicap dans son processus d’émergence. Afin de positionner la métropole sénégalaise comme acteur majeur dans la compétition que mènent les villes au niveau mondial pour mieux, sous la volonté du Président Macky SALL qui a donné corps à une vieille idée, le pôle urbain de Diamniadio a vu le jour dont l’ambition est d’allier fonction résidentielle et existence d’activités, pour plus de fonctionnalité. Mais le concept de ville nouvelle n’est pas une nouveauté, plusieurs expériences existent à travers le monde.

La première partie du livre aborde la problématique des nouvelles villes dans le monde face au fait urbain. En effet, officiellement, selon l’ONU, depuis le 23 mai 2007, l’humanité vit majoritairement  dans les zones urbaines. Désormais, plus d’un humain sur deux vits dans une ville et un septième de la population de la planète habite une agglomération urbaine millionnaire. D’ici à 2050, le nombre de citadins devrait doubler, selon Onu-Habitat (2008), soit une multiplication par 10 en un siècle, entre 1950 et 2050. C’est là l’une des mutations majeures de l’époque contemporaine.

Dans un monde qui s’urbanise à un tel rythme, les villes sont plus que jamais les moteurs de développement. Elles sont aussi le lieu d’une foule d’enjeux et de défis (transports, gestion des ressources, environnement, santé, sécurité publique, etc.). Comme premier défi, il y a la question de la maîtrise du territoire. Comme deuxième défi, il y’a la question de la gouvernance des aires métropolitaines. Et comme troisième défi, il y a la question du financement. Or, les villes sont les filles de la civilisation de leur époque. Chaque ville porte l’imaginaire de la société qui la porte et les atouts économiques dont celle-ci dispose. Par la création de nouvelles villes, on entend éviter les erreurs urbaines du passé, en particulier en imposant des normes strictes de construction et de planification de l’espace. A ce titre, les nouvelles villes visent l’aménagement de véritables espaces de vie et d’activités.

Par ailleurs, dans l’approche des nouvelles villes, le lien est établi entre urbanisation et lutte contre la pauvreté. Une des originalités conférée au projet de création de nouvelles villes est aussi de lutter contre la monocentrilité et la promotion de centres secondaires susceptibles de contrebalancer le poids tyrannique du centre principal. Ainsi, dès le départ, l’idée d’aménagement de la centralité régionale apparaissait au cśur d’un tel projet.

Pour structurer leurs propos, les auteurs du livre font le tour de plusieurs expériences de nouvelles villes à travers le monde et analysent les fonctions essentielles qui leur sont assignées ainsi que leurs caractéristiques. La fonction initialement assignée à une nouvelle ville conditionne fortement sa localisation, son organisation, les catégories socioprofessionnelles de ses habitants et usagers ainsi que sur son évolution dans le temps : pôle de croissance, comme cité scientifique, comme cité industrielle, comme moyen d’organiser des espaces neufs, comme aménagement de l’espace métropolitain entourant une grande agglomération pour éviter des extensions anarchiques de la périphérie ou comme moyen de favoriser la mixité fonctionnelle. Or, le plus souvent, on note un fossé entre le vśu et la réalité du terrain. Néanmoins, la politique de nouvelles villes constitue un enjeu majeur pour beaucoup de pays émergents pour mieux se positionner sur l’archipel métropolitain mondialisé (AMM).

Ainsi, il est important de mettre l’accent sur la durabilité de la nouvelle ville en prenant en compte le long terme qui se traduit par l’intégration d’une certaine souplesse dans l’aménagement et un potentiel d’adaptabilité dans la mise en place du projet. De même,  l’attractivité et la compétitivité de la nouvelle ville dépendent  son accessibilité par le biais de moyens transports et d’infrastructures routières adaptés. Egalement, la nouvelle ville ne doit pas être considérée comme une simple cité dortoir pour la métropole. Il est important aussi de favoriser l’émergence d’un noyau urbain capable de retenir ses habitants et d’en attirer d’autres à travers une multitude de fonctions et d’offres de services. Enfin, il est tout aussi nécessaire de mettre l’accent sur les règles urbanistiques et architecturales pour mieux impacter par l’attractivité du projet au travers de l’image qu’il véhicule.

La deuxième partie de l’ouvrage présente la genèse de la naissance de la nouvelle ville de Diamniadio ainsi que ses caractéristiques; depuis le projet de mise en place d’une plateforme. L’ouvrage met en relief la volonté politique du Président Macky Sall qui donna corps à cette nouvelle ville dotée de toutes les infrastructures et commodités d’usage cumulées à une Zone Économique Spéciale Intégrée (ZESI) pour en faire faire un vrai centre attractif en profitant de la position stratégique de Diamniadio sur  l’échiquier national. Les auteurs présentent aussi dans cette partie les justifications qui sous-tendent la réalisation de cette vielle idée ainsi que la composition et le modèle d’aménagement conçu pour cette nouvelle ville, notamment le volet résidentiel comme catalyseur, et qui représente 30% de sa superficie compte tenu des défis liés à la problématique du logement dans la région de Dakar. Les auteurs mettent aussi l’accent sur le volet création d’emplois qui structure le projet avec l’édification d’un parc industriel et le projet de délocalisation sur le site d’une dizaine de ministère techniques et la création de nombreuses infrastructures et équipements (écoles, universités, hôtels, centres commerciaux, etc.) qui généreront également de nombreux emplois directs et indirects.

L’édification de la nouvelle ville de Diamniadio est aussi présentée comme le pendant opérationnel du Plan Sénégal émergent (PSE) qui constitue désormais l’orientation stratégique du Gouvernement sénégalais pour conduire le pays vers l’émergence économique à l’horizon 2035, en stimulant la croissance et en favorisant un développement social, solidaire et inclusif pour l’accès à l’habitat de toutes les catégories sociales.

L’édification de la nouvelle ville de Diamniadio qui repose sur la mobilisation de moyens financiers innovants est aussi présentée comme une magnification du partenariat public privé, tant au niveau national qu’international.

La troisième partie du livre aborde les défis et les enjeux liés à la gouvernance de la nouvelle ville. Combinant démarche industrielle, préoccupations socioéconomiques et harmonisation territoriale, la nouvelle ville de Diamniadio suscite de nombreuses attentes. Parmi les défis les plus-en vue, il y a la question foncière dopée par la nouvelle dynamique urbaine. Le développement de ce pôle urbain a fini par être au cśur de toutes les convoitises en matière foncière. Comme autre défi posé par les auteurs du livre, il y a aussi, la problématique sécuritaire dans un contexte d’insécurité globale; ce qui pose l’impératif pour l’Etat de prendre toutes les dispositions nécessaires pour en faire une ville  sûre et inclusive. En effet, il est supposé un  lien évident entre la violence, la pauvreté et les inégalités en milieu urbain. L’essentiel étant de déterminer les facteurs qui mènent aux situations de violence et de mettre en place des moyens d’endiguement pour une meilleure sécurité urbaine pour les résidents et les usagers de la nouvelle ville. Dans le même ordre d’idées, les auteurs abordent la problématique de la durabilité de la nouvelle ville de Diamniadio. En effet, depuis le Sommet de la Terre à Rio en 1992, il y a une prise de conscience sur les liens entre Population/Environnement et Développement. Ainsi, les villes sont au cśur de la problématique du développement durable. Pour cela, il est important, selon eux, de placer l’édification de cette nouvelle ville dans un contexte de réchauffement climatique en accordant l’importance qui sied aux aménagements naturels et aux Technologies de l’information et de la communication (TIC) pour en faire une ville intelligente et résiliente. Les activités visées pour promouvoir cette nouvelle ville sont fortement créatrices de valeur ajoutée, notamment dans les secteurs industriels, commerciaux et des services. Or, ces secteurs modernes ne s’inscrivent pas dans une logique de consolidation des activités économiques traditionnelles locales mais plutôt dans une dynamique d’édification d’un tissu économique concurrentiel excluant ceux-ci du système nouveau. La question est également de savoir si la nouvelle dynamique urbaine favorisera la mixité sociale telle que projetée dans la volonté politique. N’entrainera-t-elle pas  un processus de gentrification malgré cette mixité sociale recherchée? Ce qui en ferait une ville d’exclusions au lieu d’une ville inclusive. Sans remettre en cause leurs pertinences, les auteurs s’interrogent également sur l’efficacité des options présentées pour favoriser la mobilité urbaine et l’accessibilité à la nouvelle ville.

Pour toutes ces  raisons, les auteurs s’interrogent sur le modèle de gouvernance prévu pour la nouvelle cité à la lumière de l’expérience française en la matière et des dispositions prévues dans le cadre du transfert de compétences aux collectivités locales. En effet, à la lumière de l’expérience française avec la nouvelle ville de Cergy Pontoise en banlieue parisienne, ils pensent que ces options peuvent ne pas répondre aux attentes.

En conclusion, selon les auteurs, si le projet de nouvelle ville à Diamniadio est pertinent dans le positionnement du Sénégal comme pays émergent en 2035, il est tout aussi important de définir un programme de planification urbaine à l’échelle du pays pour assurer un aménagement cohérent du territoire et ainsi favoriser un développement équilibré du pays. Autrement dit, la stratégie gagnante ne serait-elle pas de miser sur le dynamisme économique des régions périphériques qui, en renforçant leur attractivité soulagera naturellement la pression sur la métropole sénégalaise qui ne sera plus le seul pôle d’activités et d’emplois. Car c’est bien le constat lié à l’absence de relais et l’incapacité des villes secondaires à offrir des conditions de vie adéquates à leurs résidents- eux-même en proie à un fort déficit en terme d’accès aux services urbains de base- qui a conduit à la concentration et à la complexité des problèmes de gestion de l’aire métropolitaine dakaroise.

PRÉSENTATION DES AUTEURS

Djibril Diop est titulaire d’un doctorat en géographie de l’Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne, d’un DEA de l’Université de Toulouse 2 – Le Mirail et d’une maîtrise en géographie (Environnement) de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Dr Diop est aussi titulaire d’un master en Stratégies et politiques de défense de HEI-Paris. Il est auteur de plusieurs livres et articles sur la décentralisation et la gestion municipale au Sénégal. Dr Diop enseigne à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal (Canada) et intervient à l’École supérieure d’économie appliquée (ESEA, ex ENEA). Le Dr Diop est membre fondateur du Réseau stratégique pour une Afrique urbaine durable (RESAUD) – Université de Montréal.

Aly Sada Timéra est titulaire d’un doctorat en sociologie urbaine de l’Université Paris VII Diderot, d’un DESS de l’Institut français d’urbanisme et d’un DEA en urbanisme et aménagement de l’Institut français d’urbanisme et de l’école nationale des Ponts et chaussées de Paris (Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne et Paris VIII). Dr Timéra est également titulaire d’une maîtrise en géographie (Aménagement) de l’Université de Toulouse 2 – Le Mirail et d’un diplôme d’ingénieur en Aménagement du territoire de l’École nationale d’économie appliquée ENEA). Dr Timéra enseigne à l’École supérieure d’économie appliquée (ESEA, ex ENEA). Il est co-directeur de RESAUD-Sénégal.

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