ONOMASTIQUE SÉRÈRE : AU COEUR DES LIENS PATRONYMIQUES

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com
www.ndourawaly.com

Le constat est généralement fait et admis est que nous ne connaissons que très peu nos ethnies, nos sous-groupes et nos noms traditionnels. Le christianisme et l’islam auront sans doute joué un rôle prépondérant dans cette disparition presque irréversible de notre onomastique nationale. Outre les ethnies classiques connues tels que les Wolof, les Sérères, très peu savent que nous avons dans nos registres ethniques, les groupes et sous-groupes suivants avec leur localisation géographique.

DIVERSITÉ ETHNIQUE. Les Badiaranke (Tambacounda, Département de Kedougou), les Bainounk (Kolda, Ziguinchor), Balante (Kolda, Ziguinchor), les Bambara (Tambacounda), les Bassari (Tambacounda, Departement de Kedougou), les Bedik (Tambacounda, Département de Kedougou), les Boin (Tambacounda, Departement de Kedougou), les Cognagui (Tambacounda, Département de Kedougou), les Créoles (Ziguinchor), Diola (Kolda, Ziguinchor), les Lebou (Dakar), les Mankagne (Kolda, Ziguinchor), les Mandingue (Kolda, Sédhiou, Ziguinchor), les Manjaque (Kolda, Ziguinchor), les Manoj (Kolda), les Pépel (Ziguinchor), les Poular (Peulh et Toucouleur) : Kaolack, Kolda, Louga, Saint-Louis, Tambacounda), les Sérères (Dakar, Diourbel, Fatick, Kaolack, Thiès), les Soninké (Saint-Louis, Tambacounda), les Wolof (Dakar, Diourbel, Fatick, Kaolack, Kaffrine, Louga,
Saint-Louis, Thiès, Ziguinchor).

DIVERSITÉS PATRONYMIQUES SERERES. Apres l’onomastique des noms des rois Diolas, abordons celle des Sérères très riches en enseignements. En Afrique, le nom revêt une signification particulière qui n’est pas nécessairement des occidentaux. En effet, une des fonctions essentielles “d’un nom est de traduire la personne, d’une manière ou d’une autre” (Agossou, M.J. Nom africain, baptême chrétien. Forets et savanes pp. 6-20 – n° 22, 1972-1973). Ceci est valable aussi chez les Séreres. Avant d’aborder plus spécifiquement les sens et significations des patronymes Séreres, observons ceux qui sont les plus connus : Ɓaaxum, Baas, Ɓooɓ, Siis, Jaaxam, Jegem, Jeen, Jeŋ, Jogoy, Joox, Joom, Jon, Joob, Juu, Fay, Gunjaam, Ñiŋ, Gomar, Kama, Kital, Lum, Maane, Maar, Maroon, Mbooj, Mbuum, Ndeene, Njaay, Ndiim, Njoon, Njoor, Ndoŋ, Nduur, Ngom, Ñaan, Ñangaan, Sañ, Saar, Saac, Seen, Seeŋoor, Candum, Caw, Careen, Coor, Cakaan, Tin, Top, Yum

ONOMASTIQUE ET PHILOLOGIE. L’onomastique Sérère révèle des prénoms qui correspondent à la personnalité et au statut du concerné. C’est ainsi que nous pouvons en citer quelques-uns. Felwiin signifie celui qui est aimé, Waag Gendum, celui qui est le plus fort parmi ses paires. Jegaan, un homme riche. Waagan, l’invincible. Jig-Naak, le détenteur d’un riche troupeau. Lamaan, le propriétaire des terres. On peut noter aussi des prénoms qui renvoient à quelqu’un qui perd souvent ses enfants tels que notamment Herame, Mbasa, Fata waasel. De même, le Sérère a des patronymes qui désignent des jumeaux : Ngoo-ndeɓ et Ngoo-maak. Jokel, celui qu’on aperçoit au loin. Simel signifie celui qu’on remercie. Ngoor, l’homme, Ndew, la femme. Jogoy, le lion. Mosaan, la plus belle. Ñoxor, bataille. Ndiig, un prénom qui renvoie à quelqu’un qui est né durant l’hivernage. Sonar, celui qui ne se fatigue jamais. Celem qui signifie le fer. Sedar, celui qui n’aura jamais honte.

Par ailleurs, en observant les prénoms féminins, on est frappé par les étymologies arabes qui renvoient souvent à des jours de la semaine. C’est ainsi que nous avons lundi qui signifie Altine en Arabe qui correspond en Sérere au nom de Tening. Mercredi, al larba en arabe revoie à Daba. Jeudi, al xemes correspond au nom Xemes, Vendredi qui signifie Al juma renvoie au nom Juma. Samedi nous donne Gaaw et dimanche Diber qui correspond au nom Diiboor. D’où proviennent ces proximités patronymiques liées notamment au jour de semaine et appliquées aux femmes ? Une analyse philologique plus fine devrait permettre de répondre de façon plus précise à cette question.

SAVOIRS ENDOGÈNES. Voilà qui devrait inciter à réfléchir sur la profondeur et la diversité exceptionnelles qui caractérisent notre peuple; diversité souvent ramenée, hélas, à nos urbanités dakaroises ou wolofophones. Cette pensée unilatérale voire essentialiste de nos diversités impacte très négativement sur la valorisation d’un patrimoine culturel riche mais souvent réduit à sa plus simple expression. Elle a souvent sclérosé nos modes de pensées, d’enseignements et de recherches encore arrimés – sous plusieurs rapports – à des épistémologies mimétiques. Combien sommes-nous à utiliser notre patrimoine culturel riche et varié dans nos enseignements, nos travaux de recherche, nos modèles éducatifs ? Sans doute très peu car happés encore par d’autres patrimoines – certes utiles et instructifs – mais souvent en décrochages profonds avec nos priorités. Il y’a là, sans sous-estimer le travail remarquable réalisé par certains de nos concitoyens, un challenge scientifique et culturel qu’il faut relever.

Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN, juillet 2018.

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