NOTRE SENEGAL, CELUI QUE NOUS AVONS !!!


Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Wade avait promis d’arriver. Il est là. Dans une grande ferveur qui bouscule la morosité relative de cette présidentielle. Quelle lecture sur la posture de Wade ? Wade ne boycotte pas. Il est bien plus futé que cela. Mais il ne soutient personne. Les gens continuent à le lire au premier degré. Il soutient le “Macky dégage”. En cabrant davantage son électorat contre Macky. Ses “nuances” vont apparaitre dans les jours à venir. Wade est très fin. Il faudra compter avec sa popularité et ses finesses. Dommage que son fils Karim n’a pas le courage de son père qui est devenu le symbole vivant de la faillite de la classe politique. Un vieux de presque cent ans toujours capable de mobiliser autant de foules…et d’être encore la seule constante de son parti et de ses micro-leaders incapables de s’affranchir de son tutorat. Paradoxalement, seuls ses “fils” sont en lice. Et on se demande qu’est-ce-qui le fait courir même si dans ses certitudes pour une des rares fois, il clame haut et fort qu’il va « faire de la politique jusqu’à la fin de ses jours ».

Finalement c’est ce modèle-là qui incarne le Sénégal. Même si on est dans le déni de nos réalités. Dans un Sénégal “normal” Sonko serait haut fonctionnaire aux impôts et domaines. Et Tanor en prison ou entrain de raser les murs. Les anciens du PS en sont devenus des “saints” et Abdou Diouf “un sage visionnaire”. Le PDS des “courtiers faiseurs de roi”. Macky par son incurie a remis en selle ce nous croyons être les rebuts de l’histoire. Wade c’est un humain. Même dans ses pires cauchemars Wade ne voyait pas le très obséquieux Macky mettre en prison son fils et chercher à l’humilier en plus préférant Diouf. S’il a pu s’accommoder de Tanor, Ousmane Ngom et autre, il aurait pu gérer Wade. Il a préféré se chercher un père de substitution. Diouf en l’occurrence que l’histoire retiendra comme le plus grand assisté de la république. En cherchant à nier ses hauts faits. Les infrastructures au Sénégal, c’est Wade. Macky n’apporte rien de nouveau. On peut rétorquer que Wade a aussi cherché à le détruire. Mais la finesse et la grandeur politique auraient voulu que Wade soit « épargné ». Entendons-nous bien. On ne parle pas de disculper Karim ou de passer à pertes et profits les détournements avérés.

C’est pathétique de voir Wade dans les rues de Dakar. Au-delà de toutes considérations politiques ou partisanes. Beaucoup de choses dans ce pays ont été passées à pertes et profits. On ne peut pas se voiler la face et être hypocrite. Les ennemis d’hier se retrouvent, des voleurs sont réhabilités. Le président comme ses opposants font feu de tout bois. Alors cette radicalisation puritaine et sélective n’est pas saine. Pour moi c’est d’une part la faillite de nos mécanismes de médiation (amener Macky à ne pas faire perdre la face à Wade). Et la faillite de la jeune génération politique incapable de porter le flambeau. Wade on peut être avec ou contre lui mais on doit lui reconnaitre 4 choses. Il avait une vision et a cherché à le traduire en actions, il aime le Sénégal et l’Afrique, il a un sens politique très affuté et il est courageux intellectuellement et physiquement. Oui il se bat pour son fils. Oui il doit aller à la retraite. Oui il est égoïste. Quels “justiciers” ont fait une marche ou un sit in pour protester contre le fait qu’un voleur « reconnu » soit extradé nuitamment de la prison ? Qui s’est battu pour que Khalifa ne reste pas en prison ? Qui a demandé qu’il soit rejoint en prison par les autres «fossoyeurs du pays» qui sont en liste d’attente depuis 7 ans ?
Peut-on insulter notre raison en nous faisant gober que Khalifa est le seul voleur “reconnu” dans ce Sénégal ? Qui a protesté “moralement” quand certains sont allés narguer sa pauvre famille à Grand Yoff ? Il ne s’agit de défendre Wade ou d’absoudre les déviants. Le Sénégal avait sanctionné Wade au profit de Macky. Cela devait être suffisant.

Le mode de gouvernance tant honni s’est empiré avec Macky, le Sénégal a ravalé sa vomissure. Qu’on l’accepte ou pas. On se voit plus beau que nous sommes. Aujourd’hui des sénégalais acceptent de mentir et de dédire dans les tous les camps. Des “marabouts” négocient leur soutien. Ou acceptent que l’Etat fasse pour eux ce qu’ils auraient pu faire par eux-mêmes. Aujourd’hui certains de nos sœurs, frères, mères acceptent encore d’être du “bétail politique” moyennant un sandwich, un t-shirt, un boubou marron ou d’une autre couleur, 5000 FCFA et la promesse d’une lampe ou d’un puits qu’il aurait dû être là depuis Senghor. Aujourd’hui beaucoup d’entre nous refusent de mettre les mains dans le cambouis et se réfugient courageusement derrière les claviers. Dans ce cas, acceptons l’outrecuidance de Cissé Lo, le saltimbanque Youssou Ndour, la morgue de Macky, le culot de Sonko, l’insistance de Idy, les incongruités de Madické, les prêches de Issa Sall. Acceptons toutes les transhumances à la hussarde. Acceptons la prostitution et les tours de magie.

Il ne s’agit nullement de renvoyer dos à dos tout le monde. Certains tentent dans les limites de l’écosystème actuel à faire bouger les lignes. Le PASTEF est généreux. Sonko aurait pu rester et se taire dans son inspection des impôts. Nous sommes de milliers à le faire. Le capitaine Dieye ou le juge Dème. Issa Sall aurait pu négocier ses subventions pour son université et son cabinet. Mamadou Lamine Diallo aurait pu être ministre comme bien d’autres technocrates “émérites. Abdoul Mbaye s’est assez enrichi pour rester dans son fauteuil. Même Idy à qui on reproche sa tortuosité et son obsession du pouvoir aurait pu manger à la soupe. Mais il cherche à faire une “offre structurée”. Mais personne ne peut changer les sénégalais contre leur gré. Je pense qu’il est bon de changer de prisme. Quand je regarde la campagne avec le déploiement des moyens de l’Etat, l’orgie d’argent, le « peuple » drainé au stade, les trophées de guerre (les alliés ou les aliènes, c’est selon), les alliances « stratégiques » (terme pudique, ces temps-ci pour la transhumance) je me dis que l’éthique de chacun est interpellée. Lâcher prise, accepter, nier, en rire, s’en indigner, s’engager ? Mais c’est le Sénégal que nous avons. Est-ce celui qu’on voudrait ? Je ne sais pas.

NKEN

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