LES FORCES DE L’ORDRE ET LES CITOYENS : AU – DELÀ DECROIX

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Le pays s’émeut de la violente policière. La vidéo montrant Decroix traînée comme un pauvre chien enragé est d’une telle tristesse. On ne peut pas comprendre cela. Il a y a l’esprit et la lettre face aux ordres de la hiérarchie policière qui méritent questionnement. Ce corps est malade. Immanquablement un jour un policier se fera violenter par des manifestants. C’est déjà arrivé parfois dans des conditions tout aussi détestables à l’image du meurtre du policier de Colobone sous Wade. Les gens se taisent devant ces “faits divers “. Que Decroix soit humilié laisse indifférent. Peu importe son parcours, peu importe qu’on soit d’accord avec lui ou pas. Lui au “moins” il se bat depuis des décennies.

Les jeunes policiers sont de plus en plus mal formés, arrogants et violents. Ils ont de plus en plus un rapport de violence jouissive sur de pauvres citoyens. Cette gifle est de trop parce qu’elle est faite devant les caméras. Elle cache mal la profondeur de la violence gratuite dans les commissariats, les autres lieux de détention, dans la rue ou à l’occasion de marches pacifiques. Notre police nationale est de plus en plus mal préparée à faire face aux techniques de maintien de l’ordre. Et les gauchistes anarcho les appelaient souvent force de “désordre” tant les ripostes sont disproportionnées.

Il faut voir dans les lieux de détention comment les “délinquants” sont cuisinés. Une vraie foire de torture. Les procureurs à défaut de pouvoir les ramener à l’ordre, ont implicitement laissé passer ces formes puériles d’extorsion d’aveux. Il faut observer comment dans les commissariats les réponses désinvoltes sont fournies aux citoyens. Il faut voir comment dans les rues, ils harcèlent et menacent voire violentent des conducteurs s’ils ne les arnaquent au quotidien. Il faut subir parfois l’outrecuidance de policiers lors de contrôle dans la rue ou dans un bar restaurant qui demandent à votre épouse ou votre compagne son carnet de santé. Et vous embarquent à la moindre protestation.

Mais notre police nationale, ce n’est pas que ça. Elle compte aussi, tous grades confondus, des agents irréprochables conscients des droits des citoyens. Dans une de ses thèses centrales, le  Parti de l’indépendance et du Travail  (PIT -Sénégal) écrivait à juste titre que ces forces de sécurité et de défense ne sont pas homogènes et que nous devrions éviter les généralisations abusives sur leur nature de classe. Mais le déficit de formation enfonce la gangrène. La solidarité de corps faisant bloc, les impunités se sont poursuivies et se sont aggravées.

Se posent alors des questions de fond. A t’on préparé ces pauvres policiers à  une meilleure protection des citoyens en veillant au respect de leurs droits et libertés ? Que dit le code de déontologie de la police  en la matière ? Il faut partir de là. Par exemple au Canada – à défaut de disposer du code sénégalais – le code de déontologie de la police dit clairement ceci :

” Le policier ne doit pas :

avoir recours à une force plus grande que celle nécessaire pour accomplir ce qui lui est enjoint ou permis de faire;faire des menaces, de l’intimidation ou du harcèlement;porter sciemment une accusation contre une personne sans justification;abuser de son autorité en vue d’obtenir une déclaration;détenir, aux fins de l’interroger, une personne qui n’est pas en état d’arrestation”. Il me semble que ce même code régit notre police nationale? Le principe général est limpide. Si la société a voulu que le policier ait une place si privilégiée en son sein et une autorité morale incontestable, elle n’accepte toutefois pas que les policiers s’en servent à d’autres fins que celles prévues par la loi. Eux aussi sont affectés par le déficit de formation, la culture rampante du rapport de force, le déficits  criards de personnels, des commissariats architecturalement inadaptés,

La culture de l’impunité a tout gangrené. Bien évidemment, la police n’y échappe pas. Ces jeunes policiers sont aussi parfois des victimes du système . Qui sont-ils ? Comment sont ils devenus policiers  (par défaut ?), quelle formation ont-ils reçus, comment sont -ils encadrés ? Comment sont -ils armés psychologiquement pour éviter que les “usagers ” ne servent d’exutoire à leurs propres frustrations, etc. Et on se demande quelle réforme pour notre police nationale ? De façon plus générale pour nos forces de sécurité. Une réflexion qui mérite d’être engagée.

NKEN

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