LES BALANTAS EN ETHNONYME

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue

Matar Ndour, Ethno-photographe

Les balantas représentent le premier groupe ethnique avec 30% de la population bissau-guinéenne. Au Sénégal, ils sont moins de 1%. En Guinée Bissau les balantes vivent à Bissora et dans le Catio. Au Sénégal, ils sont dispersés entre la moyenne (majoritairement) et la basse Casamance le long des frontières et en Gambie. Les balantas ont fourni le plus gros contingent pour lutter contre l’occupation portugaise avec récemment le PAIGC d’Amilcar Cabral sans compter de fortes résistances des chefs balantes qui ont toujours donné du fil à retordre aux occupants portugais.

Leur ethnonyme est significatif de ce refus qui les caractérise. Balanta en effet vient de “i-balanta” qui signifie “ils ont refusé”. On se rappelle qu’au XVIé siècle, les balantas avaient refusé de suivre le roi Koly Tenghéla dans sa croisade et sa remontée vers le Fouta Toro. Une autre version nous est venue de Idy Bodbé Mané, anthropologue qui indique que “l’ethnonyme Balante n’a pas vraiment pour origine “i-balanta”. Cette interprétation est certainement une pure création des autres groupes comme les Mandingues qui ont été à la tête de l’empire du Gabou. Cette lecture a même évolué lorsque les Mandingues, devenus musulmans, disent que les Balantes sont appelés ainsi parce qu’ils ont refusé de se convertir à l’islam. La bonne piste vers laquelle il faut aller, s’il s’agit de faire l’histoire de l’ethnonyme, c’est rechercher dans la langue balante l’origine du nom. “L’homme” en balante se dit “alanté” et les “les hommes” “Bilanté”. Jusqu’à présent ces termes sont utilisés par les Balantes. Il y a donc plus de probabilité que l’ethnonyme vienne de là et que toutes les autres acceptions soient issu des des rapports interethniques dans l’histoire. D’ailleurs, les Balantes ne s’appellent pas eux-mêmes ainsi, ils utilisent le terme “adia” et pluriel “bidia” avec des déclinaisons suivant la sphère géographique. Par exemple, on a les “bidia lib”, “bidia bigandia”, “birassa”, etc”.

Peuple d’agriculteurs, les balante-Ganja ou Fjaa ou Fraase sont environ 96.000 locuteurs et sont localisés entre le Goudomp et le Tanaff au Sénégal (http://ndukur.com/cartographie-ethno-linguistique-du-seneg…/). Sans compter les balanta-kentohe avec plus de 400.000 locuteurs en Guinée Bissau (nous reviendrons sur une typologie plus fine des balantas). Ils parlent “balante” linguistiquement classé dans la division des langues nigéro-congolaises et sous la subdivision des langues bak à limage du Bandial, du Bayot, du Edjamat, du Gusiilaay, des Diolas Fogny, Kassa, Karone, du Keeraku, du Kuwaataay, du Mancagne, du Mlomp au Sénégal.

Leurs patronymes sont à consonance portugaise : Lopez, Marques, Preira, Sadio, Vieira, Da Sylva, Yalla, Diatta, Mansal, Mané.

Photo : Matar Ndour. Un balante de la Guinée Bissau avec son bonnet rouge, signe d’un initié.

Copyright : Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et Ndukur Kacc Essiluwa Ndao. Juin 2018.

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