LE TEMPS DE LA PAROLE. LE TEMPS DU SILENCE 

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Je n’avais pas suivi la déclaration et les commentaires relatifs à Sonko. L’exercice politique est des plus périlleux à l’image de la politique elle même. Un penseur disait que c’est une autre façon de faire la guerre. Il a je crois raison. Particulièrement dans nos contextes. Être opposant, c’est être en perpétuelle guerre contre les ordres dominants. Certains ont payé par le licenciement,  d’autres par la mort  si ce n’est la transhumance pour éviter le couperet. Subtilement ou explicitement. Ici ou ailleurs. Même les régimes politiques les plus réputés “démocrates” n’ont pu atténuer la violence symbolique de la politique comme prolongement cynique et subtile de guerre.

Je  crois que le mot fusiller est malheureux. Mais l’esprit c’est mettre fin aux pratiques politiciennes. Pourtant dans l’analyse des discours publics, beaucoup pensent la même chose que Sonko. Même si cela relève d’un usage langagier relâché pour exprimer des dégoûts et des dépits. Il n’y a pas une langue qui fourche. Il existe des sentiments profonds qui s’expriment et des imaginaires structurants. Il faut en assumer la quintessence et prendre le parti de l’expliquer voire de le justifier.

Je crois que Sonko est coincé dans triple contrainte qui impacte sur sa communication. 1. Il ne peut pas rester au front tous les jours. Faut savoir gérer les temps de présence et d’absence. Temps de parole et de silence. Idy le fait bien. Le Sénégal a besoin de gestionnaires vertueux et avertis pas d’un justicier. Et puis si les institutions marchent, la question des prévarications peut être réglée dans le cadre de nos lois et règlements. Faudrait il que les politiciens qui veulent diriger ce pays soient conséquents sur leur réelle volonté de rupture.

2. Je perçois une autre question très sérieuse. La plupart des gars de la diaspora ont une vision tronquée de la réalité. Sans doute toute proportion gardée. Ce n’est pas péjoratif bien au contraire. Je dis à certains de mes amis, restons pas seulement sur internet. N’essayons pas de transposer la gouvernance d’ailleurs. Context matters. Voilà un concept structurant qui doit être au fondement de nos évaluations politiques et de nos stratégies de communication. Comme tout pays,  le notre a sa sociologie spécifique que les sociologues enchâssés dans leurs bureaux et amphis n’arrivent pas toujours à nous expliquer. Ndukur peut parler des indépendantistes casamançais sans échos. Imaginons si c’est l’enfant de Bessire ou Bassire qui le dit. Les bien pensants nationalistes démagogues auront fini d’avoir sa peau.

3. Je peux me tromper mais j’ai le sentiment que Sonko est débordé sur ses flancs entre les ultra nationalistes, les ultra religieux, les non alignés…Comment gérer ces forces centrifuges et excentrées sans compter manifestement un travail d’infiltration pernicieux qui fonctionne efficacement. L’impasse discursive peut provenir aussi de la gestion de ces pluralités de postures qui cherchent démocratiquement à inclure les positions complexes d’une coalition. L’un dans l’autre dans un contexte de massification de son parti,  il devra réfléchir sérieusement sur la saturation communicationnelle de son discours politique. Organiser son parti.  Consolider son implantation de façon contrôlée mais souple. Certains pôles qui y sont déjà attendent la prochaine faute pour le “quitter”, prochaine étape organisée devant les caméras. Après tout c’est toujours le peuple souverain qui décide en dernière instance.

NKEN

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