LAÏCITÉ D’EMPRUNT

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Hier, nous discutions du voile musulman et de l’identité chrétienne. Une identité religieuse que nous refoulons alors qu’elle doit nécessairement assumer les inévitables confrontations qui se dressent sur son, chemin. Nous voulons des écoles et une société laïques sans se doter des moyens de faire face aux conséquences d’une laïcité.

C’est connu, notre pays est toujours enchâssé dans ses paradoxes presque ritualisés. Nous dénonçons les nombreuses fêtes catholiques. Pourtant les lobbies maintiennent les talibés dans la rue et personne ne broche. Il y’a des îlots d’analphabétisme dans plusieurs zones rurales. Dans d’autres, au nom d’interdits religieux, aucune école dite “française” n’y est admise. Au même moment, les enfants de ses “interdicteurs” sont dans ces mêmes écoles de L’aventure ambiguë. En quoi être à l’école française et coranique est-elle incompatible ? N’est-ce-pas le meilleur moyen de donner plus de chances à nos enfants d’acquérir plus de compétences sur les choses ? Ces analphabètes sont souvent maintenus en liesse comme des moutons de Panurge corvéables et taillables à souhait. C’est une des formes d’obscurantisme les plus subtiles mais aussi les plus pernicieuses pour une société qui a tant besoin de l’intelligence plurielle de ses enfants.

Nous savons calculer la vitesse de la lumière mais pas celle de l’obscurité. Nous nous battons sur les symboles identitaires mais pas sur notre identité de sénégalais. Nous n’avons pas d’autre choix raisonnable que d’accepter que nous sommes “fertilisés” par toutes ces influences séculaires. La laïcité à la sauce sénégalaise ? Les gens ont font un outil de propagande et de chantage à travers des formes d’indignation sélective et hypocrite. Nous devrions lâcher prise et assumer notre “moi” qui est plus même que cette laïcité d’emprunt. Et cette question mérite une sérieuse réflexion. Sinon, nous risquons d’aller vers le gouffre.

La preuve, même sous le voile ou le costume, le boubou ou la toge, se cachent les mêmes gris-gris, les mêmes bains mystiques. Dommage que nous laissons souvent les pyromanes nous distraire. Or, nous devons réfléchir sur nos lieux communs et essayer de cultiver le vivre ensemble. Même ces modes de contestations sont des artefacts. Au sein de nos dahiras, nous cultivons le culte de l’exclusivisme et chacun le drapeau en bandoulière revendique une majorité religieuse et sociologique. Les positionnements politiques se précisent et chacun tire de son côté en affirmant orbi et orbi que plus personne ne sera président de la république s’il n’est de ma confrérie. Tout ceci se joue sur le registre d’un silence démagogique dans les sphères publiques et d’une réaffirmation solennelle entre les quatre murs de nos dahiras et autres regroupements religieux.

Et nous continuons de prendre des vessies pour des lanternes. Le “griotisme” religieux a fini de redéfinir ce que ne devrait plus être notre laïcité d’emprunt et de ce que doit être notre Etat confrérique ou religieux. Pourquoi ces dérives ? C’est parce que le modèle soufi qui a fondé ces confréries a été happé par les logiques d’accaparement. Nous verrons bien vers quels types de confrontations tout cela va nous mener avec ces pôles antagoniques qui aiguisent de plus en plus un discours de haine et de suprématie religieuse.

ANKN

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