IDENTITÉS CULTURELLES. PROJET ETHNO-PHOTOGRAPHIQUE. SYMBOLES ET SIGNES : ENTRE IMAGINAIRES ET RÉALITÉS CASAMANCE, ESPRIT DES ANCIENS !

 

Dingass Diedhiou, Sociologue, Canada
Abdou Ndukur Kacc Ndao, Socio-Anthropologue, Sénégal
Matar Ndour, Photographe, Sénégal

Logé au cœur des Mangroves du Sud, le pays diola reste encore un espace complexe où le sacré rythme la vie quotidienne des populations. De Gouloumbou à Diogué et de Sénoba à Mpack, les Diolas (et tous leurs voisins des peuples des Rivières du Sud) ont conservé, dans une discrétion absolue et des choix assumés, leurs traditions, leurs rites et les rituels symboliques qui les accompagnent.

Sur les terres immergées de ces riziculteurs acharnés, la vie profane se dispute l’espace avec le sacré. S’ils cultivent toujours bien le riz et entretiennent cette denrée avec un grand soin, les Diolas en font de même avec le sacré qui est omniprésent et inonde tous les ruisseaux de leur vie.

Au croisement des routes, des pieux – qu’ils coiffent de plumes et d’écorces d’arbres protectrices – rappellent aux passants égarés qu’on est au chœur du «pays diola». Devant leurs cases, dans les creux des majestueux fromagers verts, dans les bois sacrés et au milieu des rizières et de leurs champs de mil, dans les cours d’écoles et les dispensaires, à tous ces lieux vivants de la vie profane, fétiches et objets sacrés grognent de vie et témoignent, avec une remarquable symbiose, leur fort attachement aux divinités traditionnelles auxquelles ils sont si fortement liés.

L’islam, le christianisme, l’exode rural, l’urbanisation galopante et la mobilité sociale révèlent constamment leur impuissance manifeste à changer l’univers psychologique des Diolas et leur attachement sans borne aux traditions et aux valeurs fondamentales de leur terroir séculaire.

Le sol de la Casamance est humecté du sang des libations. Il est enveloppé par un intense vacarme d’incantations mystiques, de gestuelles mystico-magico-religieuses et de rituels sacrificiels qui se répètent de la même manière de génération en génération. Son passé, son présent et son avenir semblent lourdement portés, comme la terre sur les épaules d’Atlas, par des initiés et des chefs spirituels et claniques qui sont alignés, en rangs serrés, par les ancêtres pour conjurer le mauvais sort, venger des humiliations diverses et protéger les familles, les enfants des menaces réelles ou supposées qui mettent en péril leur vie.

Comme dans la vie profane, dans le sacré également, hommes et femmes ne se mélangent pas et ne jouent ni les mêmes rôles ni les mêmes fonctions sociales. Fétiches des hommes et fétiches des femmes assument donc des rôles et des fonctions différentes.

Fertilité des couples et des rizières, protection des enfants, exorcisme et conjuration des mauvais sorts, etc. sont du ressort des femmes dont les puissants “ukiiins” mystiques sont craints autant que le mystère absolu de la création qui est exclusivement du ressort des femmes. Et sur ce registre particulier, la nudité montrée des femmes est une des stratégies les plus efficaces en pays diola dans la lutte pour repousser le mauvais sort.

Quant aux hommes, leurs fétiches s’occupent généralement de la défense du clan, du maintien de l’ordre par le biais des masques, de l’initiation aux valeurs du terroir, de l’entrée au monde des adultes, etc. Leurs “ukiins” si puissants sont invoqués lors des grands périls rares et menaçants. Aux hommes la force, aux femmes le tact et l’espérance d’une communauté en question qui vit dans un milieu naturel parfois hostile.

Spécialisation des rôles fondés sur les différenciations naturelles de sexes ? C’est le moins qu’on puisse dire car, partout à travers le monde, le sexe biologique (on nait homme ou femme au sens biologique du terme) trace la frontière des rôles sociaux (genre) que jouent, dans les sociétés humaines, les hommes et les femmes.

En Casamance, les manifestations absolues de cette différenciation sexuelle s’évaporent dans l’imaginaire social car celui-ci est, au fond, l’élément structurant de la vie sociale de tous les peuples des Rivières du Sud auxquels appartiennent rigoureusement les Diolas.

La Casamance est un pays de mystères et de pures traditions africaines. L’au-delà et les esprits des anciens habitent, à tous les coins de rue, la vie de ses habitants. Les cultures des populations du Sud sont, à la fois, un patrimoine culturel national et les restes vivants d’une Afrique en mutation; une Afrique qui refuse de se laisser mourir au nom de puritanismes importés de l’extérieur.

C’est la raison pour laquelle notre gouvernement doit, tel qu’il s’est engagé à le faire devant ses pairs de l’UNESCO en octobre 2005, protéger ce patrimoine de toutes ses forces. C’est d’autant plus urgent de le faire que de nouvelles générations naissent et se développent rapidement dans les limbes de ce patrimoine qui est originellement le nôtre.

Il n’est pas parfait, ce patrimoine, et on peut l’améliorer pour qu’il colle mieux aux réalités du monde contemporain. Nous vous concédons cela avec humilité. Mais, quoiqu’il en soit, si rien n’est fait par nos pouvoirs publics, ces générations montantes, qui regardent de plus en plus ailleurs, cesseront bientôt d’être une simple menace pour devenir les fossoyeurs inconscients de ce patrimoine et des identités originelles que nous pourrions pourtant offrir au reste du monde comme modeste apport à la constitution du patrimoine culturel de l’humanité

2 replies
  1. akandijack
    akandijack says:

    Je regrette que les auteurs de ce beau texte aient préféré “Diola” en lieu et place de “Ajamaat” …
    […les Diolas (et tous leurs voisins des peuples des Rivières du Sud)] (sic)

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