FATWA PETROLIERE : AYATOLLAH BOUN ABDALLAH DIONNE

Dr Akandijack Pape cHb Bassene

Gouvernement plus contradictoire que le régime en place, aucun Sénégalais de ma génération n’en a encore vu. Un chef de gouvernement soutient que son action – et particulièrement, en rapport avec l’exploitation des ressources pétrolières et gazières – est inscrite dans la transparwwence, que “les Sénégalais ont le droit savoir, de comprendre pour ne pas être la cible de manipulation”.

Mais en même temps, comme s’il s’attendait à ce que la compréhension des Sénégalais soit uniforme et non pas juste ; il clame qu’il, “ne peut pas laisser différer des allégations sans fondements sur l’Etat et ses institutions. Que le gouvernement prendra toutes les dispositions nécessaires pour défendre l’intérêt général (APS, 200916)”.

Tout ceci a une odeur d’intimidation, et quelle honte pour la démocratie sénégalaise!

Il faut le dire et rester dignement libre…

Un régime qui a peur de l’opinion contraire, de la pensée libre, et qui chercherait ainsi à emprisonner le débat contradictoire qui devrait enrichir les arguments politiques fondés en raison; ce régime-là ne peut prospérer longtemps au Sénégal. Et si par malheur, les Sénégalais se laissaient intimider par les menaces, c’est qu’ils auront accepté de rester en toute lâcheté dans la prison du silence.

Il est fini le temps où on pouvait menacer les Sénégalais pour leur opinion. Et nous en avons fait la démonstration quand SEM le Président Macky Sall y avait été soumis, quand des hommes comme Messieurs Abdoul Latif Coulibaly, Jules Souleymane Diop été persécutés pour leurs opinions.

Aux derniers cités, nous aimerions rappeler que c’est aussi grâce à leur plume contradictoire dont les textes furent naguère traités de “diffamatoires, d’allégations sans fondement, d’attaques malveillantes, sans aucune preuve, avec nul autre dessein que de jeter le discrédit sur l’Etat, ses institutions et les citoyens” ; grâce à l’opiniâtreté de leurs interprétations rebelles que nous avons eu une alternance générationnelle en 2012.

Que le cousin Saloum-Saloum, le neveu héritier complexé d’Aline Sitoé Diatta, acceptent désormais de lire la société sénégalaise, uniquement qu’à travers la bibliothèque aux livres (oh !) combien consensuels de l’Etat, c’est leur bonne fortune. Mais, nous leur demandons de nous rendre un petit service :

–    Qu’ils osent dire à leurs collègues du gouvernement que la menace n’est pas une bonne politique, qu’on ne pourrait diriger le Sénégal avec la peur ;

–    Et qu’ils retiennent surtout que beaucoup de Sénégalais avaient été leurs bons disciples, si tant est qu’ils fussent de bons marabouts de la démocratie sénégalaise.

–    Sont-ils devenus de pires aveugles au point de ne pas constater le fait que nos hommes politiques prennent désormais leurs plumes pour animer le débat démocratique au Sénégal ?

Et jusque-là, tout Sénégalais même doté d’un minima logos, pouvait apprécier la hauteur que prenait le débat démocratique.

Nous avons tous eu à apprécier la discipline patriotique de certains de nos hommes politiques à l’image des anciens Premiers Ministres, Messieurs Seck et Mbaye, ainsi que l’ancien fonctionnaire de l’Etat Mr. Sonko, tous ont choisi très souvent de s’adresser à l’Etat et au peuple par des écrits. Et les Sénégalais dans leur grande majorité ont apprécié le fait que Mr. le Premier Ministre lui-même ait daigné prendre sa plume pour répondre aux interpellations de son prédécesseur Mr. Abdoul Mbaye. La presse avait d’ailleurs accueilli avec grand enthousiasme l’intervention de Mr. Baba Diao dans ce débat.

Les Sénégalais auraient préféré qu’il maintienne cette dynamique dans un gouvernement dont on douterait la capacité intellectuelle de certains de ses membres. Mais en lieu et place de la force des idées, nous avons vu un PM historien d’un jour, sujet de l’ironie de l’histoire qui retient déjà, qu’en ce 20 septembre 2016, il s’est transformé en expert de la jurisprudence, de l’éthique (refusant qu’elle soit le monopole des autres). En lieu et place d’un chef de gouvernement, nous avons vu un, Ayatollah Mahammad Boun Abdallah Dionne, qui met en garde contre toute diffusion de fausses nouvelles sur les questions d’hydrocarbures, au risque de s’exposer aux dispositions du Code pénal.

Triste image que celle d’un Ayatollah de la pensée, qui se permet de se moquer de “certaines personnes qui auraient tendance à parler sans maîtriser ce qu’ils disent, et qui divertiraient un gouvernement qui travaille.”

Mais alors, pourquoi parle-t-il lui ?

S’il fallait uniquement des experts pour parler de mauvaise gestion, de manque de transparence, de cas de fraude fiscale, d’investissement spéculatif dans le secteur pétrolier, alors quelles sont ses compétences pour venir répondre maladroitement aux questions claires et précises des Sénégalais ?

Ce débat sur l’incompétence des uns ou des autres sur les problématiques qui intéressent les Sénégalais, est indigeste. Et lui le Premier Ministre est bien placé pour ne pas confondre compétence professionnelle et engagement politique. Alors nous le laissons là !

Parce que, ce que les Sénégalais attendent de lui, c’est qu’il puisse les rassurer que l’Etat, après avoir adhéré à l’initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), ne fera pas fi de son esprit. C’est-à-dire qu’on ne peut pas prétendre renforcer la bonne gouvernance, “en mettant à la disposition du public, toutes informations relatives aux versements effectués par les sociétés minières, pétrolières et gazières”, si en même temps on interdit toute interprétation et toute discussion autour de ces informations.

La divulgation de l’information financière, comme notre cher PM expert d’un jour aime l’histoire ; permet aux Sénégalais d’accéder à des sources. Et comme toute source, à l’image d’une archive historique, elle doit être étudié intégralement afin d’en donner une interprétation objective. Depuis hier (21/09/16), une partie de ces sources sont mises à la disposition des Sénégalais [http://www.gouv.sn/Point-de-situation-sur-les.html]. C’est un pas de franchi au nom de la transparence, mais elle n’est effective que si les Sénégalais arrivent à les interpréter pour les rendre plus compréhensibles.

C’est donc les interprétations que les uns et les autres en feront, qui accroîtront la transparence et la redevabilité de l’Etat dans l’utilisation et la distribution des revenus engendré par le secteur minier sénégalais, et ce en vue de lutter contre la corruption et de promouvoir le développement durable. Personne ne peut imaginer que cette interprétation puisse se faire dans le silence et sans l’opposition sénégalaise dans l’unique et seul but de plaire le gouvernement. Qui dit interprétation de documents publics, dit débat public constructif, n’en déplaise au régime !

En outre, la seule démarche qui tendrait réellement à “ternir l’image de l’Etat du Sénégal à l’extérieur et au niveau de nos investisseurs”, c’est bien quand un chef de gouvernement veuille s’élever en Ayatollah de la pensée politique et lance sa fatwa pétrolière contre l’opposition. C’est une faute grave en démocratie !

Croire le contraire, c’est vous tous qui (pour vous reprendre), “payeraient à vos dépens et répondraient de vos actes contraires à la démocratie au tribunal du peuple, qui tranchera, dans la plus grande transparence demain”.

Ainsi donc, vos menaces, la démocratie sénégalaise ne peut s’en accommoder, et ne vous évertuez surtout pas à croire que vous avez le monopole de l’expertise dans le secteur minier. Contentez-vous de publier les contrats passés, présents et futurs comme l’a demandé Mr. Abdoul Mbaye. Aujourd’hui que vous avez répondu à sa requête, vous ne pouvez pas en profiter pour dire que le débat est clos. Non, il ne fait que commencer !

Les Sénégalais sont curieux de savoir, ce que la partie requérante, Mr. Abdoul Mbaye ainsi que tous les autres leaders politiques, la société civile, vont faire de ces documents. Ils ont la responsabilité intellectuelle et au nom de leurs engagements politiques de sensibiliser le peuple et de vous interpeller s’il y a encore des doutes.

Notre conseil,

Mr. l’actuel Premier Ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne,

Vous devez savoir que l’Etat c’est Nous le peuple, et vous êtes à notre service.

Si vous vous comportez en serviteur impitoyable envers l’opposition qui veut servir le peuple,

C’est ce même peuple souverain qui vous condamnera !

Akandijack, Pape cHb Bassène

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