ÉVITE-MENT (S) ET ÉVITE-TOI !

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Notre société est assise sur un grand malentendu. Les velléités hégémoniques des intellectuels de différents bords religieux et confrériques se heurtent à la loi de la majorité silencieuse. Fort heureusement !!! Et puis il y a quelques chose de plus profond. Un vrai mépris par les autres incarné par des intellos ou autres qui pensent qu’en dehors de leur religion ou confrérie, il n’y a rien. Le problème est que nous nous laissons souvent abusés par le “maasla” des autres. En privé et dans les chaumières, la perception et le discours sont autres. Il y a plein de questions tabous que les gens n’abordent pas. Il y a des choses que les gens n’osent pas sortir au risque de créer un tremblement de terre social. Car il y a un déficit de légitimité et des falsifications.

En vérité, nous sommes constamment dans “l’évitement “. Où simplement le mensonge grossier. Mais on feint d’ignorer les paradigmes profonds qui régulent notre société. Les valeurs clamées ne sont pas les valeurs vécues. Alors que les rapports sociaux sont “violents” à cause de tous ces “secrets de famille” sur les rapports a l’ethnie , aux castes, aux confréries, à la sphère magico-religieuse, au pouvoir (ngur)’, à l’argent, etc. Nous continuons de refuser de donner nos filles aux forgerons sous prétexte qu’ils sont impurs et qu’ils portent la poisse. Pourtant nous les donnons aux “toubab” riches dont on ne connaît pas les origines. Pourtant nous clamons haut et fort que nos religions nous enseignent l’égalité et la fraternité.

Mais on feint de de rien voir. Pourtant beaucoup de choses sont basées sur ces codes. De la gouvernance politique à l’aménagement du territoire, du choix du conjoint aux choix politiques, etc. Nous critiquons souvent les politiques mais nous ne sommes pas toujours meilleurs qu’eux. Ils sont juste plus exposés. C’est cet artéfact qui empêche la refondation. Je ne dis par qu’il faut en faire table rase mais il faut l’assumer. Chacun peut bomber le torse mais on se connaît, et c’est cela qui est terrible. Voilà pourquoi tous les choix deviennent douloureux et souvent “surprenants” parce nous sommes alors confrontés à nous mêmes. Le problème est que tout indique que nous ne sommes pas prêts à nous regarder face à face pour changer. Question délicate qui exige un regard profond sur la nature de notre profond catharsis social qui nous attend.

L’évitement reste permanent. La calinothérapie reste le modèle dominant. On est dans le déni permanent. Et on surf dessus. Tout fonctionne à l’envers. Au sein de nos familles, les “putes” ou disons travailleuses de nuit qui emmènent la dépense quotidienne sont devenues les vrais chefs de ménages face à des pères licenciés ou retraités qui ont perdu toute autorité morale et symbolique. Les cadets qui ont des ressources commandent ou ont plus de parole que des aînés qui demandent 500 FCFA pour s’acheter du thé et quelques clopes de cigarettes si ce ne sont des “joints ” pour fuir la dure réalité de leur existance misérable.

En réalité, la première cellule “corruptogène” est simplement la famille. Elle est aussi la base première d’une rude et mortelle compétition entre des frères et soeurs de même père et mère. Au tribunal, des familles disloquées se battent pour des lopins de terre issus d’un héritage contesté. Le prix du sang familial contre la valeur d’une maison qu’un père peu précautionneux a bâti au prix se sa labeur. Voilà pourquoi la société “accepte ” que tu voles mais à condition que tu “partages”. Tout le monde presque te vomira de ne pas voler au profit des siens qui sont les premiers à te brocarder quand la justice t’épingle. A ta mort, ils viendront lire un requiem pour magnifier ta générosité en riant sous cape s’ils ne sont pas pressés de faire main basse sur ta femme désespérée et considérée désormais comme un simple outil de jouissances sexuelles.

Nous continuons malgré tout la politique de l’autruche… On pense que la force du verbe va suffir. Alors on chante tout faux en chantant autre chose. C’est ce qui se passe sur Facebook. Dès que quelqu’un pose un débat, les censeurs et les prêcheurs érigent des boucliers. Finalement, cela ne sert plus à rien. Cela tourne à un exercice de sophisme ou d’étalement de lieux communs. Et certains font le paon. Nous sommes en face d’une sorte de coming out ou de dévoilement, à l’image des homosexuels qui décident de ne plus ce cacher. L’analogie est trop forte mais on aura besoin un jour de faire un coming out social qui est un processus d’acceptation pour refonder notre pays.

Encore une fois sans essayer de faire table rase. Il faut beaucoup de tact car la question touche aux “origines ” et au ego des gens et cela peut être très émotionnel. Notre “vérité – réconciliation ” est risquée car elle sera basée justement sur ces “non dits”. Qui va assurer ce “portage ” ? Personne. Quand est ce que nous allons sortir des bois d’une société où tout est presque faux ? Les espaces de débats sont si larges que nous avons le temps de nous mirer pour affronter la vraie existence de nos réalités camouflées.

Photo  : Matar Ndour

NKEN

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