CHRISTIAN ROCHE : HISTOIRE DE LA CASAMANCE. CONQUETE ET RESISTANCE : 1850-1920

 

ROCHE (Christian) : Histoire de la Casamance. Conquête et résistance : 1850-1920. — Paris, Karthala, 1985. — 24 cm, 402 p., cartes. — Réimpression de l’édition sénégalaise de 1976.

Afin de dissiper tout malentendu, il est nécessaire de préciser que, ni de près ni de loin, nous ne prétendons être un spécialiste de l’histoire sénégalaise. Nous n’abordons ce livre que par sa lisière méridionale en tant que spécialiste de l’Afrique lusophone et en particulier de la Guiné. Nous n’irons donc pas au cœur de la thèse, pour nous contenter de dire en quoi elle est utile et même importante pour connaître l’histoire luso-guinéenne. Premièrement, elle existe, alors que, sauf erreur, son équivalent pour la Guinée (dite Conakry) reste à paraître. jusqu’en 1886-1888, Ziguinchor et sa mouvance sont « portugais » et, à ce titre, cette Casamance est donc aussi « luso-guinéenne ». Troisièmement, en s ‘attachant à retracer aussi minutieusement que faire se peut les luttes des Africains du nord de la frontière de 1888, elle permet d’établir des comparaisons permanentes et pertinentes avec la situation « chez » les Portugais. A cet égard, ce qu’écrit Ch. Roche sur Mussa Molo est éclairant pour l’histoire de la Guinée. Il nous désenclave. En revanche, Roche, comme tous les francophones apparemment, ignore l’essentiel des sources portugaises pour le XIXe siècle. Pas uniquement les pièces d’archives, hors de sa portée avant 1974, mais également les textes imprimés. C’est ainsi que le voyage de Marques Geraldes en 1833 au Firdu est totalement ignoré. De même, la position de Mussa Molo, selon les traditions orales qu’il recueille, semble prépondérante immédiatement après la mort d’Alfa Molo. Or, les Portugais de l’époque ont une autre perception des choses. A une date aussi tardive que 1887, ils passent traité avec le roi in nomine du Firdu, Bakari Demba, qui signe à Farim, Mussa Molo qu’ils ont magistralement troussé en 1886 à Buaro et à Fanca, n’étant considéré alors que comme un chef de guerre accompagnant son suzerain chez les voisins. Par ailleurs, captif de ses sources françaises, l’auteur paraît pécher par un gallocentrisme qui a dû passer inaperçu de ses lecteurs, mais qui peut parfois irriter qui connaît le contexte portugais. Qualifier d’« intrigues » les tentatives de Bissau, puis de Bolama, pour élargir l’assise de Ziguinchor entre 1878 et 1884 nous paraît méconnaître les nombreux efforts déployés antérieurement par les autorités portugaises et lusitanisées pour ne pas laisser périr
l’antenne nordiste de Cacheu. « Sursaut » aurait été plus approprié. De même, une bonne vingtaine de livres, articles et opuscules portugais traitant accessoirement de Ziguinchor lui aurait peut-être permis de voir qu’avec ces spécialistes des enclaves il faut s’attendre, non seulement à des « intrigues », mais aussi à des foucades. La convention franco-portugaise du 12 mai 1886 a été un marché de dupes pour Lisbonne. Dernier point, nous eussions aimé savoir ce que devient la communauté métisse de Ziguinchor dans les premières années de la présence française. Tous n’étaient pas ces ignares malpropres et cauteleux dépeints par les sources françaises et, à côté de leur crioulo, un portugais correct était enseigné et utilisé. A quelle époque le portugais classique meurt-il en Casamance ? Pour autant que nous puissions en juger, Ch. Roche a fait un bon travail pour la (l’exploitation des sources orales est fréquente et souvent remarquable), mais il a peut- être eu tendance à oublier qu’il y avait un autre partenaire : les voisins du sud jusqu’en 1886- 1888. Quelques tableaux récapitulatifs et une chronologie auraient aidé le lecteur moyen, mais les cartes sont abondantes et le style agréable. Comment un périphérique comme nous pourrait-il en demander davantage ?

René PÉLISSIER

Roche (Christian) : Histoire de la Casamance. Conquête et résistance : 1850-1920; [compte-rendu]. Pélissier René. Outre-Mers, Revue d’histoire, année 1988. 279 pages. pp. 241-242

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