ÉMISSION TÉLÉVISÉE CULTURELLE DE LA RTS AVEC NDUKUR KACC ESSILUWA NDAO

Emission télévisée de la RTS – radio télé nationale – pour parler notamment de l’anthropologie. En compagnie d’autres invités. Émission en wolof animée par Yaxam Mbaye et Mariéme Sy. Dommage pour les non usagers de cette langue nationale du Sénégal. Read more

SOCIOLOGIE HISTORIQUE COLONIALE DU SPORT AFRICAIN

Hier, c’était une grande équipe contre un grand joueur. Une équipe a besoin d’avoir quelques compétiteurs capables de sonner la révolte. En tout cas il y a comme une malédiction de la dernière minute …Il y a eu du jeu. La boulette de De Gea a ramené les portugais dans le jeu. Mais encore une fois c’est capacité de faire face et être tueur qui manque parfois à nos équipes. On a as vu les équipes magréhines hier craquer toutes les deux en fin de partie. Le maître mot : la concentration. Pour gagner la Coupe du monde, il faut être un compétiteur. J’espère que cela ne va donner des idées à Aliou Cissé…car ça a déjà à coup sûr donné des idées aux autres.
La légion étrangère entre en lice aujourd’hui. L’équipe de France sera la première cible du racisme en Russie durant la Coupe du monde. Les racistes seront déroutés. La France a 14 joueurs d’origine africaine. 3 congolais, 3 maliens, 2 camerounais, 1 guinéen, 1 sénégalais, 1 angolais, 1 togolais, un marocain et un algérien. Et plus de 1000 africains ont joué pour la France. Mais listons les africains dans les autres secteurs de la vie économique, sociale et politique. J’espère que les 14 auront leurs desserts ou leurs collations.
Le premier joueur noir était d’ailleurs sénégalais. Raoul Diagne en 1930. La toute première équipe sénégalaise à l’époque coloniale fut l’Union Sportive Indigène en 1929. Pas trop sympathique ni fair-play comme nom. Gorée et Foyer France Sénégal (ancêtre du Jaraaf) c’est 1933. Conakry sporting club 1936. Il y avait aussi une équipe au Togo, etc. Mais les colons étaient contre le foot au départ. Ils voulaient que les africains robustes s’adonnent à la préparation militaire. Daladier, ministre des colonies avait créé un comité central d’instruction physique et de préparation militaire pour cet objectif. Pour centraliser et réguler les associations privées à caractère sportif. Et éviter des “distractions nuisibles ” aux indigènes. Mais aussi pour que les clubs indigènes ne soient pas des noyaux politiques.
Ce n’est vraiment qu’après la seconde guerre que le sport a émergé dans l’Afrique Occidentale Française (AOF). Après c’était le boom en Guinée, Sénégal, Haute Volta puis la Côte d’Ivoire. Après on a eu des équipes liées aux régies des chemins de fer… Puis des compétitions sur l’axe du chemin de fer ! On imagine un Mekhe contre Kébémer. Un derby. Tamba contre Vélingara. C’était avant les fameuses coupes de l’AOF dont parle Laye Diaw, le célèbre chroniqueur sportif du Sénégal. Et puis avec la coupe de l’AOF se jouait aussi le rugby, etc. La fameuse coupe du Sénégal opposait guinéens, soudanais, ivoiriens, etc. Mais le rugby n’a pas prospéré chez nous car en un moment donné les colons ont décidé de ne subventionner que le basket et le football. Ce n’est que plus tard que rugby est revenu via les camps militaires. Sans compter l’athlétisme via les écoles. Je ne sais pas s’il y a des archives sur le parc municipal des sports de Dakar. De même sur l’ancêtre de l’UASSU – Office des sports scolaires et universitaires.
Il semble qu’il y a une sorte de “résistance sportive”. Car les colons n’ont pas pu imposer leur vision du sport dans les colonies. Même si c’est une hypothèse à creuser. Tout cela met en perspective certaines discussions actuelles sur le sport. J’espère que quelqu’un pourra nous expliquer un jour l’orgine de la lutte avec frappe qui n’est pratiquée par aucune ethnie sénégalaise. Est -ce ce colon qui organisait des joutes pour petits malfrats indigènes ? No idea. Pourquoi on n’arrive pas à enraciner le football chez nous ? Comment notre foot s’est “nawétanisé” ? Et puis parlant de la légion étrangère, que deviennent Marius Trésor, Tigana, etc. ? La “garde noire”, l’araignée noire. Voilà leurs sobriquets à l’époque. La coupe de l’AOF date de 1947. Que s’est-il passé avant ? On a une bonne lecture historique avec les derniers développements qui remontent en 1929. Mais ce sont des pistes à éclairer par la recherche sociologique sportive. Les amis sociologues et historiens du sport pourraient nous édifier sur ces questions majeures.

NKEN

SOMMES NOUS UN PAYS VIOLENT ?

Les sénégalais, comme sonnés par leur naïveté calculée, semblent découvrir que notre pays est devenu un îlot de violences. Un taximan abattu à bout portant. Une responsable politique de l’APR égorgée il y a quelques années, un conducteur qui dégaine son pistolet en pleine circulation…On se demande si on est vraiment amnésique ou si nous refusons comme d’habitude de nous confronter à nos propres réalités. Parlons de violence politique.
Notre pays en a connu et sans doute les plus graves purges sous le régime UPS-PS. Senghor et son régime en ont massacré plus d’un et sous des formes très diversifiées. Au fond de nos consciences refoulées et sans doute pour respecter la mémoire de l’académicien, nous avons des scrupules pour en parler. Sans doute pour ne pas heurter les lobbies senghoristes encore très actifs dans ce pays. Nous aurions aussi pu avoir les mêmes interrogations sur le 1er Mawdo, Mamadou Dia, Abdoulaye Wade, Abdou Diouf, Macky Sall et de toutes ces générations qui ont usé et abusé de la violence comme forme de gouvernance étatique et politique. On se rappelle souvent des nombreux cas de morts qui ont jalonné nos campagnes électorales. Certains tués par balles, d’autres égorgés sous forme de sacrifices humains. La société magique est venue alourdir les ambiances et pratiques ténébreuses des sénégalais qui sont dans un déni permanent de leurs réels vécus.
Pourtant dans les différents tribunaux, chaque jour, des dizaines d’homicides volontaires et involontaires y sont jugés. On en compte beaucoup d’égorgés, de sacrifices rituels, autant dire des formes les plus crapuleuses. Régulièrement, nos mosquées enregistrent des bagarres de leadership qui se terminent par des morts. Dans nos rues sombres et sales, chaque jour, des bandits agressent de jeunes filles innocentes et sans défense sous le regard inactif et lâche de passants qui détournent les regards. La raison principale souvent est d’accuser les autres, ces étrangers, boucs-émissaires des forfaitures de nos compatriotes. Dans le Fouladou, régulièrement des bandes armées attaquent des villages et boutiques dépouillés de leurs argents et marchandises. Dans le sud-est à Kédougou, des bandes armées écument des villageois sans défense avec souvent morts d’hommes. Ça n’émeut pas souvent les compatissants dakarois. Avons-nous oublié que nous avons sur notre dos plus de 30 ans de conflits au sud de notre pays qui ont enregistré des milliers de morts ? On y a expérimenté toutes formes de violences meurtrières.
A moins de se cacher la face, et sans sous-estimer la valeur fondamentale d’un être humain, le rebondissement apparent des modes meurtriers de violence ces jours-ci n’est qu’un épiphénomène. La vraie violence est entrain de s’organiser dans les entrailles et interstices d’une société qui a de plus en plus faim. Une société d’accaparement avec des élites politiques subitement riches et arrogantes face à des majorités sociologiques de misère sociale. On lui a volé ses rêves au profit d’obscurs individus qui sont les premiers à exercer des violences symboliques et physiques paralysantes. Voilà pourquoi, les marges sociales de la violence sont encore à un niveau “acceptable”. Le Sénégal n’est pas encore violent. Il le sera irréversiblement plus haut et plus fort. Elle viendra de cette bombe juvénile de moins de 20 ans qui représente 75% de notre population. Elle ne rêve même plus tant elle subit de façon cruelle les violences symboliques de politiques et vendeurs de rêves politico-religieux qui ont fini de la transformer en des larbins. Cette jeunesse-là, lorsqu’elle se réveillera, on aura compris que ce qui se passe maintenant n’est qu’épiphénomène.

NKEN

SOCIÉTÉ PLOUTOCRATIQUE ET POST MORALE

Dans une interview publiée il y a un an par L’Express, l’écrivain américain Russell Banks dit ceci ” plus la politique et le spectacle se rapprochent plus il est inévitable qu’un clown soit élu”. Il dit que l’élection de Trump est le fruit de rapprochement qui remonte aux années Reagan et puis avec Arnold Schwarzenegger. C’est à partir de ce moment que le financement des partis a progressivement été pris en charge par les entreprises y compris l’industrie du spectacle et les grandes corporations. Sa phrase est trop drôle. Plus loin, il dit qu’en fait l’Amérique est devenue ploutocratique. Enfin il relève un autre point qui m’a frappé aussi. Il affirme que l’Amérique vit une contradiction permanente car c’est un pays conçu à partir d’un péché originel : l’esclavage. Les américains en ont conscience, mais ils ont une vision idéaliste d’eux mêmes. Il fait référence à Luther king, Baldwin et Malcolm x qui avaient déjà soulevé ce point.
J’ai récemment regardé le documentaire “I am not your Negro ” qui donne aussi cette perspective. Il a actuellement beaucoup de succès. Ensuite je suis tombé sur le texte d’une photographe -sociologue, Lauren Greenfield. Elle a sorti une monographie intitulée génération wealth. Un reportage sur les riches. La pornographie de l’opulence et ses ressorts. Puis elle a eu ce mot choc. La société post morale. Elle dit que l’influence de l’abondance détruit les références. L’éthique n’a plus court. On peut se prostituer ou voler pourvu que cela soit “haut de gamme “. Car désormais le plus pauvre veut un écran plat et parfois avant même de manger. http://next.liberation.fr/…/lauren-greenfield-plongee-chez-…
Une belle grille de lecture qui s’applique parfaitement à nos contextes.

NKEN

TRUMP JOUE, KIM GAGNE ?

Trump et Kim Jong Un étaient les chouchous de la presse internationale qui a mobilisé des milliers de journalistes pour suivre cet évènement historique. http://www.liberation.fr/…/sommet-trump-kim-voici-le-texte-…. La poignée de main entre le jeune Kim et le « fou » Trump. En voyant ces deux chaudes poignées de main on réalise comment les Etats sont capables de théâtralisation sur fond de défense de leurs intérêts. On peut observer après les aspects succulents de forme de cette rencontre à Singapour que l’accord ne détaille pas les termes du démantèlement…Pourquoi ce qui est applicable à la Corée ne l’est pas pour l’Iran ? Et si la Corée était finalement le grand gagnant ? Car à la lecture minutieuse de l’accord, les analystes estiment qu’il manquent deux termes qui devraient être la substance de ce document. Deux adjectifs : «vérifiable» et «irréversible». La Corée s’est montrée intransigeante sur la question nucléaire et bénéficie de la proximité avec la Chine, la Russie, etc.
Et puis ils ont appris des autres cas. Ils ont besoin que l’étau se desserre un peu sur le plan économique. 40% de sa population ont besoin d’assistance et sans compter que la Corée du nord exporte 228 fois moins que l’autre Corée. Derrière le nucléaire se cachent d’autres enjeux. Le pays de Kim Il Sung et Kim Jong Il est un énorme marché avec beaucoup de ressources naturelles. Ce serait le pays qui abrite la plus grande réserve de magnésite du monde, ainsi que de grosses réserves de tungstène, graphite, molybdène, craie, zinc, cuivre, or, magnésite, etc.
Le gosse n’est sûrement pas fou. Il sait que son pays regorge de riches ressources naturelles mais qu’il n’a pas les moyens de les exploiter de façon optimum même si la Chine et la Russie profitent de l’exploitation de son charbon, fer…Les mines nord-coréennes sont sous exploitées et représentent selon certaines études (Quatz) que 14% du PIB. La valeur totale de ces ressources (réserves) serait comprise entre 6000 milliards USD et 10.000 milliards de USD selon des études réalisées par des cabinets sud coréens. Même les efforts d’exploitation des ressources minières dans les années 1970 n’ont pas été couronnés de succès. C’est ainsi que sur les 700 mines existantes, c’est à peine 30% qui ont pu être exploitées faute de moyens, de capacités techniques, mais surtout du fait des sanctions économiques sur les matières premières pour assurer la transformation de ces ressources minières.
Il reste que les produits miniers représentent 54% des exportations nord coréennes en Chine en 2016. En 2015, les importations chinoises ont représenté 73 millions USD de minerais de fer et 1 milliard USD de charbons vendus bien évidemment en deçà des cours mondiaux au pays des routes de la soie. Malheureusement, outre les sanctions (or, vanadium, titane et des métaux rares) que la Corée arrive à contourner parfois avec notamment la complicité de la Russie, le pays doit faire face à la descente des cours mondiaux en matière de charbon avec une réduction des commandes substantielles de l’Empire du Milieu. Dans ces conditions et sur le long terme, le pays aux idées du Juché risque d’être asphyxié s’il n’est déjà un ilot de pauvreté. Trump a joué. Je ne suis pas sûr qu’il ait gagné dans le fond. Kim, en attendant, peut reprendre du souffle même si le plus difficile ne vient que de commencer…

NKEN

COSMOVISION SÉNÉGALAISE : COMMENT RÉCUPÉRER NOTRE “WEWE MWENYEWE” ? (*)

Le débat controversé sur les fondements laïcs de notre république polarise plusieurs acteurs. Déjà, nous observons que certains veulent cristalliser le débat entre des pro et des anti laïcités. Mais nous avons le sentiment que notre défi c’est qu’il y a beaucoup de …”ambi-laïc”. Nous ne sommes pas anti laïcité mais nous sommes contre une certaine laïcité issue des flancs de l’histoire européenne et de la colonisation. En réalité se pose en filigrane la question de la “reconquête” des principes éthico-moraux et culturels de la société sénégalaise et comment les mettre en pratique dans le contexte d’un Etat “moderne”. La difficulté épistémologique c’est de sérier ces principes. Cela demande un important travail pour sortir des particularismes et s’accorder sur de vrais principes unificateurs. En somme casser ces bipolarités.
La Bolivie nous offre une illustration pertinente de ce que pourrait être les conclusions pratiques d’un débat de cette nature. Un des crédo était “ne sois pas lâche, ne sois pas menteur, ne sois pas voleur”. Après, les Boliviens se sont donnés un certain nombre de principes comme la recherche de consensus entre tous, bien que les personnes aient des différences. Défendre l’identité. Ils disent même ” récupérer l’identité”. Apres cela devient très intéressant. Par exemple il y a le principe de ” savoir manger”. Pour eux cela veut dire d’abord manger local et en fonction des produits de saisons. Par exemple une des implications de cela c’est donner un rôle prépondérant à l’agriculture familiale, la restitution des terres aux communautés, éviter la prégnance des agro-business , etc. Certains principes portent sur la régulation sociale. Reconnaître et restaurer les cadres traditionnels de regulation sociale et en faire des leviers de démocratie participative.
De même, le consensus entre les communautés pour s’approprier et récupérer les ressources naturelles du pays et permettre que tous bénéficient de celles ci d’une manière équilibrée et équitable a été traduit en un acte concret de gouvernance avec la nationalisation et la récupération des entreprises stratégiques. Écouter les vieux, respecter la femme. Par exemple la notion de “savoir communiquer qui implique l’activation des canaux de communication entre les groupes mais aussi avec les …dieux. Savoir danser. Ce n’est pas aux socio anthropologues qu’on va rappeler les fonctions de la danse !. Savoir boire aussi. Qui est un appel à la …..modération et à la convivialité.
Ces principes très simples sont le fruit de processus de dialogue et un travail de recherche de consensus de principes “de vie commune ” entre les Aymara, les Quechuas et les Guaranis en Bolivie. Donc la cosmovision andine a pu servir de base pour élaborer une vision de ce que ce pourrait être le “developpement ” de leur pays. La question n’est de voir si la Bolivie a pu devenir un pays riche et prospère ou plus stable. Mais bien sur que nous nous interessons au processus de “récupération ” de soi-même. Le mot developpement n’existe pas dans les langues locales en Bolivie. C’est une vision très généreuse , très écodeveloppent et aussi anticapitaliste. Mais au moins ils sont allés puiser dans leurs fonds culturels. http://www.ecominga.uqam.ca/WEB/fr/bien_vivre_bolivie.pdf.
Evo Morales a osé supprimer le statut du catholicisme comme « religion officielle ». C’est quand même le premier président indien de la Bolivie, donc il avait un défi culturel et idéologique personnel. Certains vont tout de suite rétorquer pourquoi aller chercher des références en Bolivie et trouver tous les maux de ce pays. Mais puisque nous discutons de laïcité, c’est intéressant de voir comment ce pays a pu se doter d’une Nouvelle Constitution Politique de l’Etat Plurinational (février 2009) qui reconnaît l’indépendance de l’Etat sur le plan religieux, un Etat qui « respecte et garantit la liberté de religion et de croyances spirituelles en accord avec les cosmovisions”. C’est un pays où il ya eu des liens tres anciens entre l’Etat et l’Eglise catholique. https://amnis.revues.org/1755. Malgre tout beaucoup qualifient à tort ou raison la Bolivie comme étant un pays à l’avant garde de la laicité ou l’autre pays de la laïcité. http://www.rfi.fr/…/20150623-bolivie-eglise-relations-compl….
Et si sans fétichisme ni dogmatisme nous nous inspirons de ce modèle bolivien si inclusif et si endogène ? Dans ce cheminement, déconstruire les bipolarités et envisager en profondeur les consensus majeurs sont déjà une option porteuse de progrès et de refondation nationale. Nous avons des “instances de dialogue intra et inter confessionnelles”, des “pinthie” lebous, des grands Serigne. Il existe d’autres formes de “pouvoirs traditionnels” comme en Casamance et ailleurs. Comment créér des processus qui permettent un dialogue et surtout une prise en charge de ces diversités fécondes pour le pays ? Et si nous pensions le monde en terme d’inclusion et d’appropriation de lieux communs ? Nous pourrions peut être réussir cette “récupération” de soi même qui reste une priorité nationale pour fédérer harmonieusement nos différences dans notre cosmovision si éclatée.
(*) : “WEWE MWENYEWE” : NOTRE SOI MÊME EN LANGUE SWAHILI
Dessin : Babacar Korjo

NKEN

DE L’EXTRACTIVISME À LA DÉBANDADE

Et si Trump était un “cadeau ” pour l’Afrique ? Voilà que quelqu’un ose dire aux africains “allez au diable “. Si cela pouvait entraîner un déclic chez les africains, ce serait parfait. Trump est sur son agenda commercial. Bousculer les autres, faire preuve d’agressivité calculée pour arracher des deals et s’ouvrir de nouveaux marchés y compris en Asie. Aux africains de se réveiller et commencer à travailler sur un agenda africano-africain.
Un chinois m’a fait observer hier soir que le premier investisseur asiatique en Afrique, ce n’est pas la Chine, mais la Malaisie. Je dois aller regarder les chiffres. Mais cela me fait réfléchir. Ou sont les Dr Mahathir africains ? Je vois leur influence dans certains domaines mais je n’avais pensé à autant d’impacts. Une question pour notre ami Sow Harouna. Anyway. Ce chinois m’a troublé. Il me dit que les deux seuls leaders c’est Kagamé et l’ancien ministre éthiopien Zenawi. Et puis cette terrible question. Pourquoi le Maroc vient dans la CEDEAO ? Pensons nous qu’un seul pays subsaharien peut gagner des marchés en Afrique du nord ? Pourquoi acceptons nous que la Chine construise notre siège à l’Union africaine ? Pourquoi les africains vont dépenser leur argent à Dubaï ? Un petit village de pêcheurs, il y a pas longtemps.
Savez-vous que la Chine va encore construire le siège de la CEDEAO? Cela veut dire que tous nos pays réunis ne peuvent mobiliser 26 millions d’euros. On compte sur un geste de bonne volonté de la Chine. Les éthiopiens ont pu co-financer le barrage de la renaissance avec des contributions volontaires. Un espace économique qui a un PIB de 628 milliards de dollars et une population estimée par certains à près de 350 millions d’habitants doit quémander un siège ! On passe de l’extractivisme à la débandade. L’ami chinois m’a dit en rigolant qu’ils vont économiser sur les coûts de l’espionnage économique car il suffit de placer des micros dans les parois du bâtiment pour entendre les africains débattre. Ils nous construisaient déjà nos lieux de divertissement (stades, théâtres, etc.) Maintenant ils y ajoutent les sièges de nos institutions qui sont aussi des lieux de…divertissement. C’est à pleurer. ..

NKEN

COMMENT CRÉER NOTRE “MINDSET” ET DÉPASSER LE DISCOURS DE LA COLÈRE

Professeur Cherif Salif SY a lancé un débat il y a quelques mois sur l’urgence d’ouvrir au besoin une fenêtre sur les travaux croisés de Cheikh Anta Diop et de Tidiane N’Diaye. Mais bien plus évidemment. L’idée est séduisante pour certains. D’autres à l’image de Tidiane avait souhaité ne pas y prendre part jugeant ces aspects du débat dépassés. J’ai lu ce matin Tidiane N’Diaye qui faisait remarquer à juste titre pourquoi il n’est pas invité par nos universités et médias pour discuter de ses travaux. Même si je regrette le “ton un peu essentialiste” sur la posture des africains qui n’est pas homogène. Il reste que lorsque je regarde le fonctionnement des universités et des autres espaces de débats scientifiques, j’observe qu’ils sont encore des centaines à être snobés par un système qui refuse de “débattre” ou relativement faiblement. C’est donc un problème systémique qui va au delà des individualités qu’il faut regretter. Où est le problème avec cette proposition ? Quoi penser de tout cela ?
Personnellement, cette question n’est pas dépassée si on la place dans le cadre de la réaffirmation de l’identité africaine. Pour justement changer le narratif qui affecte notre système de pensée et la manière d’enseigner l’histoire à nos enfants. Et tout dépendra de la mise en contexte. On est bien d’accord que nous sommes plus dans une attitude de “contemplation “. Le drame avec les stéréotypes c’est qu’ils s’empilent sur plusieurs siècles. Ils faut arriver à les déconstruire pour répondre à une question simple : qui sommes nous ? Ensuite le reste cela plus facile. Aujourd’hui encore on a une identité trouble. Cela nous pousse à devoir tout le temps pour “justifier ” et nous “positionner”. Les thèses de Cheikh Anta Diop et les thèmes qu’il a abordés nous interpellent encore. Ce n’est pas de l’anachronisme. Le problème c’est que les gens s’arrêtent au factuel. On devrait se pencher sur le “pourquoi “. Oui la question de l’énergie se pose différemment aujourd’hui mais la question sur l’autonomie énergétique est une question de fond.
Les juifs ne sont pas restés dans l’auto flagellation. Mais ils ont su “recentrer leurs histoires ” et ils s’en servent. Leur histoire “tragique” est entrée dans le “mainsteam”. Elle s’impose littéralement. La manière, on peut en discuter et on peut même contester. Mais les faits sont là. Aujourd’hui c’est devenu difficile d”être antisémite ou de remettre en cause les camps ou de défaire la toile juive qui s’étend partout. Que peut on apprendre de cette “reconquête ” ? On ne peut naviguer entre “proclamation ” “victimisation” et “amnésie provoquée”. Il y a ce plafond de verre psychologique qu’il faut crever. On est trop épidermique en règle générale. Pourquoi les noirs en Europe ne sont pas devenus des blacks panthers. Que serions nous sans la traite négrière, la colonisation ? Comment déconstruire notre propre imaginaire ? Comment on se voit nous mêmes ? Comment on se parle intérieurement ? Pourquoi voulons nous que Dakar sois comme Paris ? Des questions de sens fondamentales. Le problème est que ces questions sur nos imaginaires sont laissées en rade.
Et cette sous estimation de la connaissance de nos imaginaires a un impact direct sur les contenus d’un enseignement national complètement extraverti. Les garçons peuvent citer Spencer, Durkheim mais ne connaissent pas Cheikh Anta ou Tidiane Ndiaye. Ils peuvent visualiser la photo d’un écossais mais ne peuvent faire la différence entre un bedik et un bassari. Je lisais encore le journaliste Ta-Nehisi Coates son livre sur la colère noire aux USA qui s’interroge sur les fondements de la violence contre les noirs. Nous on est encore là. Le discours de la colère. Pourquoi ils nous détestent ? Peut être que la question est de savoir pourquoi on SE déteste ? Comment casser cette propension à chercher et le modèle et la caution “ailleurs” ? On dit souvent que c’est le raciste qui a un problème. Mais peut être qu’il faut plutôt travailler sur notre carapace. Notre capacité à décider de la manière de recevoir les stimulus extérieurs.
J’ai lu récemment un universitaire chinois wang Yiwei) – China connects the World. Il dit quelque part que la force de la Chine a été de partir de ses propres paradigmes millénaires et de créer un “mindset” qui leur permet d’envisager le monde avec leurs propres prismes. Au moment où les autres tentent de les cerner à partir de grilles d’analyse et de “stéréotypes” qui ne les “touchent” pas. Il cite quelque part Voltaire. “The europeans’ grestest misfortune is that they cannot be chinese”!. Quelque part ailleurs il dit qu’il ne suffit pas de clamer une “confiance en soi” en se créant une identité. Cela leur permet de poursuivre leur route tout en restant ouverts. Nous en sommes où, nous africains ?
Dessin : Babacar Korjo

NKEN

SUSPICION ET SCHIZOPHRÉNIE PERMANENTES

Pourquoi sommes nous tous/toutes suspect(e)s ? Parce quelque part il existe une sorte de schizophrénie qui gagne les gens. Est ce ” l’informateur” est vraiment neutre. Est ce que la recherche scientifique n’est pas “commanditée” par les laboratoires d’appartenance qui sont forcément affiliés ou rattachés (sans le savoir ou pas) à un “réseau”. Ce réseau peut être celui qui paye pour la recherche, celui qui “créé” le consensus autour du fait scientifique. Auparavant, c’étaient les pairs, désormais ce sont les médias, les organes de propagande, le marché, le public. Peut on bâtir un corps de science neutre sur la base de subsides qui viennent d’ailleurs? Si les financements et la “caution” viennent de l’extérieur ? Il faut ajouter à cela les contraintes sociales et sociologiques du chercheur lui même. Et enfin cette déviance psychologique et ce manque de confiance en nous mêmes qui nous font croire que les chercheurs ne pensent plus par eux mêmes. Soit il portent la plume pour quelqu’un ou ils s’auto-censurent sous la pression réelle ou supposée. Il serait intéressant de revisiter certains travaux de Bruno Latour dans le contexte africain.
Mais le contexte interne des chercheurs est terrible. Malgré le discrédit des chercheurs, on se demande combien de sénégalais ont une fois visité les laboratoires de botanique, zoologie vertébrée et invertébrée, de pisciculture de l’IFAN-UCAD. Combien de nos compatriotes ont visité le laboratoire de CAD de carbone 14 pour se rendre compte que les jeunes chercheurs qui y travaillent sont sur d’autres systèmes de datation. Avec des moyens ridicules, le département de botanique de l’IFAN-UCAD encadre aujourd’hui une bonne partie des laboratoires ouest africains. Les gens ignorent ou snobent la production domestique. Il semble que la caution doit venir d’ailleurs. Et on se demande toujours qui est derrière. Quelque part nous devons nous interroger sur nos propres responsabilités. Nous dépensons des milliards annuels pour des voyages d’études souvent “inutiles” mais on est pas capable d’avoir une bonne imprimerie à l’Université pour soutenir l’édition scientifique.
Dans le même temps, on observe qu’aucun philanthrope africain ou gouvernement ne veut financer un laboratoire ou un think tank indépendant. Si ces questions sont importantes, que faisons nous pour avoir des incubateurs endogènes pour former nos chercheurs sur des questions intrinsèque a l’Afrique. On critique mais est ce que notre système ne forme pas aussi des “perroquets” ? Est ce que aussi bien la formation d’un ingénieur que celui d’un jeune historien sénégalais prend on compte la réponse aux questions actuelles ? Je suis toujours choqué quand Dakar pleut, on cherche des motopompes. Avons nous mis en place un outil d’analyse et de gestion du risque d’inondation ? Si oui est ce que nous nous en servons ? Et si l’ingénieur bien formé est malgré tout écarté au profit du “politicien” qui veux donner des terrains à ses militants dans la zone qui servait de captage aux eaux de ruissellement. Ou qui veut passer un marché juteux de fourniture de motopompes.
Est ce que la “société” et ses “usagers” (industriels, entrepreneurs, paysans, collectivités locales, ordres professionnels, etc.) demandent à avoir un droit de regard sur la qualité du ” produit” que l’université va fournir. Avons nous vu une demande pareille ? Avons nous vu une chair financée par des ressources nationales endogènes ? Notre système d’enseignement a été confié à des étrangers et les meilleurs étudiants et les plus nantis vont ailleurs. Où sont nos instituts de leadership Africain ? A part les initiatives privées ? Nos cadres vont se perfectionner où ? Sinon à l’ENA, Science Po. etc. Avons nous des instances strictement africaines pour les nouvelles générations de cadres africains qui peuvent se retrouver pour échanger sur les priorités africaines, les outils et les réponses. Alors on passe notre temps a crier aux “vendus” à l”extraversion. Et on attend la clameur chaque
fois q’une luciole ou une “lumière” africaine est reconnue dans le monde.
Alain Mabanckou au collège de France , Souleymane Bachir, Achille Mbembe…la liste est très longue. La suspicion et la schizophrénie viennent de tout cela. Savons dans quelles conditions travaillaient un Aboubacry Moussa Lam et une Aram Fal ? Où sont les mathématiciens formés par feu Souleymane Niang ? Demain on dira pareil de Bachir Diagne. Cheikh Anta Diop encore lui parlait tout le temps de “enrachiner la science en Afrique”. Avons nous posé les jalons ? L’avons nous demandés ? Sinon c’est très commode de tirer sur ces pauvres chercheurs.

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PRODUIRE DU SENS

Pourquoi les politiciens (ceux et celles qui gèrent nos cités) notamment disent toujours qu’ils sont surpris par tout ce qui arrive chez eux ? Les inondations, ébola, érosion côtière alors que l’information existe. Aujourd’hui, incontestablement, il n’existe presque plus de catastrophes naturelles mais des catastrophes aggravées ou accélérées par leurs actions. Ce sont nos régimes politiques qui bouffent le domaine littoral, vendent leurs forêts, mettent de l’asphalte partout, comblent les bassins naturels et érigent des stades et des arènes dans les zones humides, créent de fausses villes mal assainies. Notre “nouvelle ville Diamniadio” en sera un des exemples illustratifs d’un mauvais aménagement qui risque de combiner habitats, usines sans compter qu’elle aurait pu être une ville verte. Et c’est une question qui se pose à tout le monde.
Dans tous les domaines de la vie nationale. Les grandes avancées historiques se sont déroulées chaque fois qu’il y a eu la découverte de paquet technologique (civilisation égyptienne, révolution industrielle, néolithique, etc.). Cette fois on a des paquets technologiques dans tous les domaines mais il manque des leaders pour les porter. L’association du “philosophe ” (en sens des grands penseurs qui nous permettent de lier le bois et le bois), des savants (scientifiques pour apporter des solutions), des artistes (d’écrire un monde sous tous ses prismes, nous faire rêver (et oui) , et des religieux (apathie, sens de la solidarité et l’équité ) a été un levier important.
Aujourd’hui tous ces groupes nous vendent la même chose. ” la guerre” (apologie des différences, repli , pornographie de la pauvreté et de l’opulence, exploitation) et le ” jeu” (olympique, foot, Batman v Superman ou David contre Goliath, spéculation, politique. Oui nous sommes en face d’une vraie comédie ! Sur fond de déni permanent. La faute c’est l’autre ou le système financier dit mondial. Mais comment réconcilier ce système de connaissances avec notamment les politiques pour qu’ils l’écoutent et en fassent un puissant levier de développement ? Ils sont nombreux ces esprits lumineux qui veulent pas s’engager, laissant des vacuités et des impostures devenir des grands maîtres de nos incertaines destinées.
En somme, quel modus vivendi ? On fait exactement ce qu’on leur reproche. Nous qui sommes dans une forme d’a-politisme désincarné et sans frais pour nos carrières et conforts consolidés. Notre modernité politique est entrain de bâtir des digues mais elle refuse de faire des passerelles. Ceci est un gros problème d’une modernité comique et de comédie. Serait-il peut être plus facile de “taper” sur les pauvres politiciens ?
C’est pourquoi il faut changer de discours. On devrait vendre un rêve, une aspiration réaliste. Montrer qu’un autre pays est possible. On est tout le temps dans le discours de l’otage. Et cela participe de l’infantilisation des citoyens. On assume qu’ils ne sont pas capables de décoder ce qui se passe. Bien sûr, Ils le font avec leurs prismes et leurs outils. Par contre ils demandent des réponses qui sont souvent tardives car les porteurs légaux sont en déphasage et en décrochage permanents avec les porteurs légitimes. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’ils se délectent des “tubes de l’été” ou d’hivernage ou du prochain buzz d’un illustre artiste inconnu…

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