LE VOILE MUSULMAN ET L’IDENTITÉ CHRÉTIENNE ?

Abdou Ndukur Kacc Ndao
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Aujourd’hui, je n’ai pas très envie de parler de la libération programmée depuis plusieurs années de Karim Wade. Peut-être un autre jour. En profane juriste, je me suis toujours demandé pourquoi octroyer autant de pouvoirs constitutionnels à nos présidents qui en jouissent comme de minables politiciens. Les magistrats qui sont dans leur écrasante majorité debout pour défendre l’indépendance de la justice ont encore des sentiers à déchiffrer. Le discrédit est de trop.

J’ai plutôt envie de parler de notre laïcité et des rapports complexes entre les musulmans et les chrétiens. Sujet délicat. Mais les derniers développements nous y incitent. Sidy Lamine Niass s’est offusqué des multiples fêtes octroyées aux catholiques en convoquant notamment la loi du nombre. Le mollah de sacré cœur pose souvent des problèmes de fonds mais les pose assez mal. Il n’a pas sans doute encore compris les bases sur lesquelles notre jeune Etat s’est formé et qu’un peuple n’est pas une juxtaposition arithmétique d’individus. Il a sans doute oublié de signaler les centaines de manifestations religieuses musulmanes tout aussi paralysantes. Il a sans doute oublié de s’attaquer avec plus de violence à notre l’Etat, appendice de l’Etat français et de sa culture judéo-chrétienne. Je ne vois pas quelle est la faute des chrétiens dans cette dénonciation qui ne manque pas de sens si elle est transversale à une religion ou une confrérie.

A Saint-Louis, les écoles catholiques ont décidé d’interdire le port du voile. Une décision qui ne date pas de cette année. On se rappelle des protestations à l’école Thiandoum de Grand Yoff il y’a un peu plus de deux ans. Bon les esprits du moins certains se pointent vers la France qui applique le même principe. Du franco-tropisme exagéré de l’église sénégalaise ? Sans doute la question est plus profonde et ne saurait être réduite à une simple théorie du complot français.

Notre générations et tant d’autres ont grandi et vécu avec les chrétiens. Enfants, nous allions à la messe de cathédrale les dimanches et nos amis venaient les vendredis à la grande mosquée de Dakar. Dans une sympathique innocence juvénile qui a forgé nos ouvertures d’esprits. Au cœur de nos familles, les musulmans se marient avec les chrétiens configurant de fait leurs bases religieuses métissées. De Jaol Fadjout à Parkour dans le Vélingara en passant par Sibassor dans le Saloum, nos familles sont à la fois chrétiennes et musulmanes. Les nouveaux intégrismes de tous bords émergents n’ont pas encore réussi à casser ce solide socle de notre vivre-ensemble en commun.

Les écoles chrétiennes ont formé de générations entières de jeunes musulmans. Les Keur Sœurs en ont soigné des millions qui ne sont pas de confession chrétienne. Tous les coins chrétiens disposent d’une école, d’un poste de santé et Caritas y fait du bon boulot. Ils ont un meilleur taux de scolarisation et sont moins mêlés aux “affaires”. Et ils lavent leur linge sale en famille. Ils ont aussi habilement leurs quotas partout. Personnellement, je ne crois pas qu’on puisse faire un mauvais procès à l’église avec cette décision d’interdire le voile. Apres tout, peu de chrétiens seraient acceptés dans des écoles coraniques ou musulmanes la croix et la bible en bandoulière.

Pourquoi devrions-nous avoir peur de la pluralité de nos identités religieuses ? La laïcité sénégalaise est à l’épreuve des identités multiples et de notre configuration sociologique. Ceux dont les enfants fréquentent les écoles comme Yewuz Selim peuvent observer avec aisance l’influence turque. Pourquoi veut on bâtir une école ou une société laïque sans s’en donner les moyens et en assumant les “confrontations” que cela entraîne avec des fanges bien établies. Il faut accepter les règles du jeu. Ou se donner les moyens de son affirmation identitaire ou religieuse. Le reste n’est que mauvais procès contre des entités religieuses établies qui ont aussi leur philosophie de classe.

ANKN

LA RÉPUBLIQUE DES “HERDING CATS” ET DES CHEVALIERS MOURANTS

Abdou Ndukur Kacc Ndao
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Il y’a quelques jours, j’entamais une réflexion critique sur les mises en scène de soi et les nouveaux dieux des réseaux sociaux. Les réactions semblent confirmer un fait : tout le monde n’est pas de même niveau et de même motivation pour parler du Sénégal en évitant les buzz et les épiphénomènes. Nous poursuivons dans la même veine cette réflexion critique sur nos mises en scène de soi.

Un constat s’impose à nous tous, particulièrement nous les refondatrices et refondateurs. Il nous faut beaucoup de patience. Pourtant nous recelons en notre sein des professeurs et chercheurs titulaires de nos universités, des cadres techniques et administratifs de haut rang, mais aussi des élèves, des étudiants, des paysans répartis entre les 4 points cardinaux. Autant dire que le potentiel est immense et que stricto sensu notre groupe devrait être au moins à la pointe d’une réflexion qui évite les buzz.

Lorsque nous attirons l’attention sur la gravité de la situation du pays, certains nous accusent toujours d’être des politiciens. Pourtant, ce qui se passe est aussi de notre responsabilité. Nous avons laissé notre pays en pâture. Et nous critiquons tout sans accepter de nous mouiller. Préférant les épistémologies aux praxis. Ici ou à l’étranger. Nous discutons souvent avec nos compatriotes qui évoluent dans le système international et d’autres qui occupent ici des fonctions hautement stratégiques au sein de notre appareil d’Etat. Il est affligeant d’observer leurs positions critiques vis-à-vis du système dans les salons huppés de Dakar ou Paris et leurs silences calculés pour le dire publiquement. Tout ne relève pas simplement des obligations de réserve. Mais souvent aussi de la lâcheté et d’une démission généralisée qui attendent un messianisme tout aussi dangereux et conservateur.

Nous avons souvent laissé prospérer les “mauvaises herbes” en pensant que les autres élites viendront faire notre bonheur à notre place. En regardant de près ce pays, nous nous disons qu’il y’a mal donne quelque part. Bien évidemment, la question dépasse les “sursauts individuels”. Sur nos différentes pages, on peut voir la lucidité de certains grands responsables qui ont été aux affaires mais qui ont montré des décalages entre leurs critiques d’aujourd’hui et leurs pratiques managériales d’hier.

Si nous ne réglons pas la question structurelle de la gouvernance, de la reddition des comptes, de la méritocratie..même si nous faisons venir les brillants sénégalais, ils seront happés par le système et les cellules corruptrices qui sont tapies partout dans notre système social et institutionnel à commencer par nos familles, nos quartiers, nos “guides” et tous les parasites qui ont gangrené insidieusement le tissu national. Il est vrai que d’un autre côté, on ne peut pas attendre que la table soit mise pour s’inviter au festin. Il faut une révolution tranquille qui exige plus d’engagement.

Car notre pays est dans une sorte de “herding cats”. Un expression anglaise qui est une sorte de tentative de rassembler des chats. Chacun va de son côté avec ses “multiples raisons”, son nombrilisme, ses calculs carriéristes ou opportunistes, son orgueil souvent mal placé ou simplement son manque de courage ou de générosité. Et de nos salons calfeutrés, on tire sur le Sénégal.

Regardons les gens qui applaudissent les sorties de l’inspecteur Ousmane Sonko. C’est très bien, mais on est malheureusement dans le registre du “fou singulier” ou du “messie” qui a le courage de dénoncer ou de faire des contre propositions. Les réactions de sympathie contre cet inspecteur dé-rangeur d’un pouvoir qui panique vite, sont symptomatiques du messianisme social qui a finit de s’installer dans notre pays. Dans ce registre là, presque personne ne dit oublions nos égos et défendons collectivement ce bien commun.

Nous avons beaucoup de respects pour certains anciens combattants du PAI , du PIT, etc. qui avaient le courage physique de leurs convictions et même de la plupart des hauts commis de l’Etat qui sont allés à la retraite juste après avoir fini de payer toute leur vie une seule maison bien modeste. Mais le Sénégal a changé et les repères ont bougé et nous faisons tous semblant d’ignorer la société d’accaparement qui ne laisse pas de place aux chevaliers.

Presque personne n’ose retourner dans son terroir prêcher la bonne parole politique sans disposer d’une force de frappe qui provient des caisses noires et du détournement de l’action sociale et ressources censées construire le pays. Et Nafy Ngom veut épingler le directeur du COUD qui applique ce principe tacite (servir les siens). S’Il déroge à cette règle, ‘ses proches’ seraient les premiers à le clouer au pilori. Et tout le monde parle de transparence comme si nous sommes aveugles face à la matérialité paralysante de ces traits majeurs voire dominants de notre culture politique d’accaparement, de partage du gâteau au profit d’abord des siens..

Ainsi, la notion “d’utilité ” s’est pernicieusement déplacée. Regardons le score aux élections des candidats dits “sévères” (véridiques) ou juste atypiques (pas sortis en dehors des “appareils”). Ils sont presque insignifiants. Pourquoi ? C’est parce que les sénégalais ne croient jamais à un discours de vérité comme le rappelait avec constance Cheikh Anta Diop. Tout ceci nous dédouane t’il ?

ANKN

LIGNE DE MIRE TERRORISTE

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Il semble que les terroristes sont à nos portes. Un SMS qui a fini de faire le tour de la toile a semé le doute et l’angoisse. Sans doute du renseignement qui n’est pas faux en soi. Le pays et ses “amis” sont en alerte maximale pour dénicher les cellules dormantes. Le mal est très profond. Il doit interpeller toutes les couches sociales d’un pays qui est à quelques encablures de la Cote d’Ivoire, du Mali…Lorsque les bombes éclatent entre le moyen, le proche orient et l’Afrique en passant par l’Europe et les Amériques, les protestations, naturellement fusent de partout. Pour dénoncer la conglomération des barbares.

D’une manière générale, le monde doit sortir de cette forme de vertueuse indignation pour vraiment agir. Le comment donne à la question toute sa complexité. Aujourd’hui, on parle de la “naïveté” belge face au communautarisme. Ils auraient laissé Molenbeek devenir un bastion islamiste. La France n’a pas fait mieux avec ses ghettos. Le Sénégal avec ses pauvreté chroniques…

Partout dans le monde, ils mènent des guerres pour un changement de régime afin de piller les ressources. Et les hypocrisies ou calculs politiques de se révéler au grand jour. On a vu le rôle supposé de Hillary Clinton en Libye. La France parle de valeurs mais décerne la légion d’honneur au prince héritier d’Arabie saoudite, un régime abominable. Les gens s’échinent a dire qu’ils sont Bassam, Charlie, Belgique, Paris, etc. Mais presque personne ne demande un nouvel ordre mondial.

Une question taboue majeure se pose à notre pays. Comment on est arrivé à ce que le Sénégal, petit pays pauvre soit en ligne de mire des terroristes ? La raison principale, c’est qu’à force de prostituer notre intégrité, nous sommes allés très loin. C’est la marque d’un pays qui n’a pas d’estime de soi et qui passe son temps à monnayer des cautions. Nous sommes allés trop loin dans notre inféodation à la France et notre soutien injustifié à l’Arabie Saudite. Il faut pas se faire des illusions, les terroristes nous feront payer cher ces postures. Le Ghana est un des pôles économiques de l’Afrique de l’Ouest. Il n’est pas à genoux devant les maîtres

Au delà des terroristes devenus les nouveaux barbares du monde, il semble que presque personne ne parle de ces pays qui financent et fournissent toute la logistique aux terroristes. Les armes qu’ils utilisent ne tombent pas du ciel ! En réalité, l’hypocrisie ambiante mise à part, ce n’est pas le terrorisme qu’il faut démanteler, mais plutôt les complexes militaro affairistes. Voila le sens de cette “vertueuse indignation”.

Ce qui reste constant, ce que même la menace terroriste est une “opportunité” de prévarication. Tout comme l’immigration clandestine ou les inondations récurrentes à Dakar ou la guerre au Yémen. Naomie Klein, dans La Stratégie du choc a campé avec froideur et lucidité les enjeux de ces chaos qui sont tous des opportunités pour pomper les ressources et restreindre les libertés démocratiques. La France a suspendu la plupart des libertés depuis les attentats. Le 11 septembre a pu justifier des guerres de préemption de ressources. Le quartier de Fass paillote à Dakar a été délocalisé après l’incendie. L’Europe va ériger des barricades et durcir ses lois. Ce n’est pas du cynisme, mais de part et d’autre les logiques sont “violentes”.

En sommes nous réellement instruits ? Quand est ce que nous allons en débattre dans l’espace publique ? Nous ferions bien de sortir de nos concombres fatalistes et évaluer objectivement notre part de responsabilité pour s’être quasi volontairement mis dans la ligne de mire de la conglomération des barbares. Avant que Dieu ne sauve le Sénégal, nous devons nous sauver nous-mêmes.

ANKN

LA TRAGÉDIE PROFONDE DES RENEGATS

Abdou Ndukur Kacc Ndao
Abdou.Ndao@ndukur.com

Ce pays fait peur. De plus en plus. Les règles démocratiques de plus en plus bafouées. Dans une indifférence presque générale. Sous les magistères de Diouf (fermons la parenthèse de Senghor), Wade, Macky, nos institutions ont toujours été soumises aux caprices de présidents parés d’une constitution tout aussi monarchique.

Le présidentialisme fort associé à des présidents à l’élégance démocratique vicieuse est un des talons d’Achille de notre république. Il est vrai que sous Macky, notre pays fait de plus en plus peur. IL marche à reculons. Les libertés démocratiques de plus en plus piétinées. Sous le regard hagard et souvent complice des appareils politiques en pleine déliquescence.

Depuis 4 ans, ces appareils politiques de contre-pouvoirs se sont faits avoir sur toute la ligne. Macky a toujours eu sa stratégie d’endormissement et de guerre-éclair. Il a infiltré au travers de ses réseaux intérieurs et extérieurs, tous les contre-pouvoirs. Voilà pourquoi, au fil du temps, il a réussi, insidieusement, à éclater en pôles antagoniques aussi bien les partis de sa mouvance que ceux de l’opposition ?

La grande question est de savoir pourquoi les forces démocratiques n’ont pas (encore) réussi à endiguer les dérives de Macky et ses dérivatifs politiques comme Ousmane Ngom qui sont des espèces répugnantes et identifiées comme telles. La déclaration de Ousmane Ngom sur de supposés liens entre les partisans du non et des Jihadistes est un vrai scandale renversant. Au-delà de l’aspect anecdotique, c’est aussi une justification par anticipation d’une répression qui se prépare résolument et qui s’exercera. Que le Oui gagne. Que le non gagne. Ousmane Ngom pré-légitime le fait accompli dans un contexte de démission presque généralisée et d’inorganisation des forces démocratiques.

En vérité, l’impression qui se dégage est que l’écrasante majorité des sénégalais s’en fiche alors que c’est d’aujourd’hui que demain se fera dans toute sa cruauté aux retombées sociales irréversibles. À part les politiques de tous bords. Les sénégalais sont tenaillés par la cruauté du quotidien. Ils sont obnubilés par leur victoire de la journée et cherchent juste à ramener à bout de souffle le pain à la maison.

Du coup, ils cherchent des stratégies individuelles tordues et à court terme pour se faire “corrompre” par le courtier embusqué du coin. Ces sénégalais ne liront pas les blogs de nos intello, les élucubrations de Madior Fall ou les menaces des seconds couteaux aux individualités troublées. Dans ce registre, sans doute, Ousmane Ngom est seul à avoir “compris”. Lui qui a accepté de ne pas entrer au Panthéon de la dignité, mais qui aura tiré son épingle du jeu dans toutes les circonstances …Et il y a en d’autres…

C’est une véritable tragédie des communaux. Dans un contexte où on nous offre le choix entre Macky, Idy ou Khalifa ? Et les clignotants des marabouts viennent les dérouter encore plus dans un mouvement d’ensemble dégradant aux allures de OPA des plates passions. Et les sénégalais de se demander ” à quels saints se vouer” Pour eux, la seule constante c’est le pouvoir….Peu importe celui qui gère le trône ou la direction du navire.

Le marabout de Touba a interdit la ” politique ” dans sa ville religieuse. Mais sans doute, on doit interdire la “polotik” (de 1960 à 2016) dans notre pays. Elle n’a rien apporté. Sinon à produire des brigands qui ont fini de se transformer en démiurges. Toutes proportions gardées.

Et oui ce référendum va laisser des séquelles. Il a plongé notre pays dans de lourdes fractures. Il a confirmé une culture politique dont la permanence historique ne s’est pas encore dédite. Des politiques, anges et souvent démagogues dans l’opposition. Anti démocrates et démiurges une fois au pouvoir. Loin des galères d’un petit peuple préoccupé par sa survie quotidienne qui regarde du haut de sa lucidité et de son réalisme les guignoles de la “tragédie profonde des renégats”.

ANKN

IL FAUT BRÛLER CE TORCHON RÉFÉRENDAIRE

Abdou Ndukur Kacc Ndao
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Les Sénégalais iront voter le 20 mars 2016. Sous le regard élégant d’un clergé qui a dû repousser ses légendaires JMJ (Journées mondiales de la Jeunesse). La réalité est qu’il ne viendrait jamais à l’esprit du président et sa pléthore de conseillers d’oublier les dates du Magal de Touba et des autres cérémonies religieuses musulmanes de Tivaoune, Médina Baye, Ndiassane…Cette date est une insulte à un clergé chrétien qui nous donne toujours des leçons d’élégance républicaine. Voilà à quoi ressemble le management d’une république avec ses légèretés renversantes. Ce vote nous coûtera plus de 3 milliards. Au moment où des abris provisoires essaiment entre MakaCoulibatang, Kafountine, Ninéfécha…

Les légèretés renversantes de Macky ont démarré dès qu’il a pris fonction. Il a gagné confortablement la présidentielle mais s’est mis dans une posture permanente de déresponsabilisation. Au nom des alliances agglutinées souvent autour du butin des hyènes. Le pays n’a pas vraiment senti la plus-value de ce conglomérat de politiciens professionnels qui ont pris en otage depuis plus de 3 ans notre pays. Au gré de leurs intérêts individualistes. Reproduisant depuis les indépendances le modèle carnassier de distribution et redistribution du butin des charognards, notre république est constamment renversée par des légèretés dévergondées ou des tentatives guerrières sans lendemains mais très gravement préjudiciables à l’économie. Soyons justes à ne pas généraliser cette caractérisation y compris au sein de l’actuel gouvernement qui regorgent de dignes fils et filles patriotes du pays qui trembleraient à l’idée de se servir et non servir.

Le vrai problème nous vient d’un Président vicieux et espérant être rusé. Comment sa jeunesse et sa base sociologique et politique incontestables qui lui auraient permis une compréhension des réels vrais enjeux démocratiques préférant lorgner le bout de son nez et avec sa meute de carnivore. Mises à part les observations légitimes de sénégalais qui sont par nature contre les Assises nationales ou certaines de ses postures institutionnelles (parlementaires ou non), qui peut soutenir qu’elles ne sont pas une base objective pour améliorer un système démocratique aux relents monarchiques au regard des énormes pouvoirs conférés au président de la République ? Quel est le démocrate qui peut véritablement soutenir que les conclusions de la CNRI n’améliorent pas notre système démocratique ? Y’a-t-il vraiment dans l’avant-projet de constitution et le rapport général soumis au Président des points régressifs pour notre démocratie ? Le président Macky peut-il faire fi des assises.

En réalité, le président outre sa jeunesse qui devrait en faire un homme audacieux logiquement et sa base sociologique d’alors, avait toutes les cartes en main pour s’appuyer sur les consensus forts issus de la classe politique et de la société civile et aller au-delà de Senghor, Diouf et Wade. Jamais un président n’a bénéficié de conditions sociologiques et politiques favorables pour bâtir une véritable alliance définitive de renforcement de notre système démocratique avec une ossature d’équité sociale achevée. En préférant se murer dans sa bulle avec souvent dédain et mépris, le président Macky Sall s’est disqualifié de lui-même. La fragilité de nos Etats impose que nos politiques aient un sens élevé du consensus ouvert . Et Macky semble de pas avoir cette vision cardinale. Il continue de penser avec ses thuriféraires que la nature des rapports de forces politiques lui permettra d’être le maitre du jeu politique absolu ? Chimère et c’est pourquoi, il pense amorcer des discussions sentant que ses rapports de forces ont fondamentalement changé ou se seront définitivement reconfigurés jusqu’aux élections de 2019.

Qu’il obtienne son oui ou son non plus rien de sera plus jamais comme avant. On ne peut jamais dans l’absolu soutenir qu’en politique la discussion est inutile. En l’occurrence malheureusement, elle l’est franchement dans le contexte actuel ou le président a taillé avant de mesurer les contours d’une si importante question la constitution en faussant l’esprit de son ciment et les structures de sa compréhension pour les générations futures . Décider seul d’un processus électoral et démocratique et solliciter ensuite un dialogue qui sera sourd de facto c’est encore amuser la gallérie avec la certitude tremblotante se sortir de cette impasse est d’une détestable inélégance démocratique. Ce n’est pas en soi les discussions qui sont dans l’absolu les véritables enjeux. Mais une posture présidentielle désincarnée de ses ruses et espiègleries. Il faut un projet pour discuter.

Or, Macky n’a qu’un projet vicieux et obscur mal ficelé dont le fondement tactique reste une grande diversion et une théâtralisation permanentes de son jeu politique. Il ne saisit pas le changement de base d’un monde et des peuples toujours plus exigeants en matière de droits humains et de démocratie. En jouant à ces jeux pervers d’un esprit hanté par la peur, l’angoisse d’une hypothétique reconduction, Macky n’est plus un interlocuteur crédible avec qui il est aisé voire souhaité de discuter. En se dédisant sur fond de subterfuges et de ruses juridiques, il s’est moralement mis hors-jeu de façon définitive. Il garde certes les leviers de l’Etat.

Cependant, il a perdu ceux de notre conscience morale meurtrie à peine sortie d’une renverse qui refusera un second mensonge présidentiel. Le fait que l’Homo senegalensis séducteur et rusé soit faussement à l’image de nos dirigeants ne peut l’absoudre. Il est élu pour veiller sur nos intégrités profondes et multiformes à condition d’en être l’incarnation et non le pâle reflet que le peuple sans trembler saura cirer pour notre refus et sans regret. Macky a eu trois ans pour prouver sa bonne foi démocratique. Chaque jour, il démontre au peuple souverain qu’il n’a pas la carrure et la culture d’un leader de rectitude.

C’est pourquoi, son texte qui fait moins que les assises et la CNRI n’est qu’un torchon qu’il faut brûler. Justifier son vote par le fait qu’il améliore certains aspects de notre démocratie, est d’un détestable minimalisme. La démocratie est un projet de société globale qui ne peut s’accommoder de la vision d’un seul homme fut-il président de la république. C’est un sérieux projet qui doit être fondé Seigneur ! sur de larges et forts consensus autour de l’essentiel qui lie tous les composants d’une nation qui devra rester debout. Donner des sucettes démocratiques, en attendant demain, voilà le sens de ce projet de référendum. Nos institutions ont du vécu. Notre peuple est mature et nous ne saurions permettre à quiconque de bafouer ce qui revient au Sénégal après plusieurs longues décennies de luttes intellectuelles et même physiques avec le seul rêve de le voir se tenir sur la rampe du progrès et de la justice sociale. Sans doute plus que les politiciens qui tiennent le pavé dans un mépris permanent de ses exigences.

Nous voulons une grande charte fondamentale qui traversera le temps sans altérer la dignité de notre peuple. La démocratie ne peut se construire avec de louches experts de palais qui peuvent avoir la légitimité scientifique mais non la crédibilité morale d’un peuple. Voilà notamment, pourquoi le 20 mars 2016, je voterai NON. Ce projet est minimaliste. Il est porté par un président moralement disqualifié. Le véritable référendum est de le voir définitivement quitter ce pouvoir qui lui permet de se jouer de nous au quotidien. Dans une indifférence qui frise le mépris. Le 20, j’irai voter NON pour refuser tout boycott. Mais, si j’avais le choix, je brûlerais ce torchon référendaire qui va nous coûter de la palabre futile et des sous dont nous avons tant besoin..

Une réforme démocratique n’est pas une juxtaposition d’articles ou de techniques rédactionnelles juridiques. Elle est la respiration profonde de la vision politique d’un peuple. Elle doit engager en amont et en aval les forces vives de notre nation qui lui donnent souffle et représentativité politique et sociologique. Malheureusement, les Sénégalais continuent de trimer du haut de leur conscience et dignité maintes fois bafouées par un président politicien qui avait tout pour réussir son véritable mandat : faire de notre pays une référence toujours plus forte de démocratie. C’est tout ce qu’on lui demande. Car, il serait incapable de faire du Sénégal un sucess story économique.

CHEIKH ANTA DIOP ENTRE DÉVOTION, DÉVIANCE ET DÉFIS

Abdou Ndukur Kacc Ndao
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7 février 2016. Un jour commémoratif. En l’honneur de Cheikh Anta Diop (CAD). Grand “pharaon du savoir” . Les titres ne manquent pas pour célébrer ce savant africain et précurseur ayant tant apporté à l’Afrique et aux africains. Un moment aussi pour interroger un lourd héritage politique et scientifique du savant ayant travaillé dans des conditions très difficiles et dans sa phase de recherche et dans celle de l’affirmation. Cette semaine, en voyant les militants du RND faire leur AG avec sur les affiches le Pr Cheikh Anta Diop, nous nous sommes demandés comment ils continuent de gérer son lègue politique et scientifique. On semble s’en tenir à l’image à défaut d’avoir fait avancer le contenu. En analysant les acteurs en jeu dans cette bataille de légitimité, nous semblons avoir d’un côté des “idéologues” qui pour l’essentiel simplifient le fonds de sa pensée en le réduisant à promotion de la langue. D’un autre des “héritiers” politiques qui ont enterré le combat panafricaniste et qui ont accepté des compromissions au point de s’allier aux anciens UPS – PS (et sa tentacule libérale). L’impression qui se dégage est que ceux qui maintiennent la flamme sont en dehors de notre grand Sénégal

Ces idéologues et héritiers auraient pu avoir en 2016 un large front panafricaniste et nationaliste pour faire bloc contre les assauts des héritiers de Senghor celui qui posera tous et tous les actes devant étouffer et sa pensée scientifique et son expression politique. En réalité, Cheikh ne voulait pas créer un “parti” mais plutôt des “fronts” solides et vastes, des rassemblements et des blocs. Il suffit pour s’en convaincre de regarder la dénomination et la composition de toutes les cellules politiques initiées. L’éclatement du RND à la mort de Cheikh montre aussi les limites d’une convergence politique centrée sur le leader charismatique. Ceci mérite une profonde réflexion sereine au sein des partis qui fonctionnent presque sur ce même modèle messianique. De toute façon, les sénégalais aiment et attendent toujours le messie, une formule pour se décharger de leurs propres responsabilités.

Que retenir en 2016 de Cheikh Anta ? On peut déjà se souvenir qu’il a refusé l’exil (scientifique) et l’entrisme sur la pointe des pieds et l’exil doré comme forme prédominante de leur action politique. Cheikh a aussi accepté la “pauvreté” dans une grande dignité à l’image d’autres leaders de la gauche morts dans le dénuement total et l’indifférence générale. CAD aimait rappeler un point important. L’intellectualité ne va pas sans engagement politique et moral. Il insistait beaucoup sur l’éthique. D’ailleurs c’est de la que vient le sigle de l’aigle du RND. L’aigle ne mange pas de charogne. Il a toujours voulu être cohérent avec ses principes et dans son esprit et dans ses actions. Malheureusement, aujourd’hui, on nous exhibe un principe terrible. L’ubiquité : on peut ainsi être un intellectuel de haute facture, et être tortueux sur le plan politique. La posture intellectuelle doit éclairer la position politique. De plus en plus c’est le contraire. Il n’est pas étonnant, dans ces circonstances que nos icônes intellectuelles “tombent” et entrent dans un discrédit généralisé et définitivement scellé. La boutade de CAD en wolof résume ce chaos moral : ” Le sénégalais est tellement habitué aux tromperies que si tu les convies à un projet limpide et transparent ils n’y adhèrent pas”.

Au-delà de cette ténacité, que reste-t-il réellement de son héritage? Ou sont nos égyptologues ? Qu’est devenu le labo de carbone 14 monté pièce par pièce par lui-même ? Quelle œuvre magistrale peut-on osé citer ou écrit par un sénégalais depuis la mort de CAD ? Au-delà des étudiants qui ayant repris ses thèses ? En plus de toutes les questions terribles qui secouent l’Afrique : la question énergétique, les frontières, les ethnies, l’ingérence étrangère, la question culturelle, etc. Où sont les produits des Cheikh Antaistes ? Heureusement qu’aujourd’hui, on voit des lueurs au Maroc sur la question énergétique qui va installer la plus grande centrale solaire du monde dans le désert. Ou en sommes-nous au Sénégal et plus globalement en Afrique ? En réalité, nous avons souvent “fossilisé ” sa pensée alors qu’il fallait partir de l’esprit de son combat pour le continent Valoriser le symbole d’un homme très tenace qui voulait trouver des solutions endogènes et qui voulait montrer que l’Afrique avait une légitimité historique pour réclamer une place et une voie tel devait être la grande cause de ceux qui prétendent perpétuer son œuvre. Ainsi le mimétisme a pris le dessus sur une approche plus intelligente et contextualisée de la pensée d’un Cheikh qui a toujours mis en garde contre les essentialismes. Beaucoup se sont comportés et se comportent encore comme des “talibés” restituant mimétiquement une pensée pourtant très féconde à achever. Cette tétanisation intellectuelle a plombé les élites panafricanistes qui se sont progressivement recroquevillées sur sa pensée en créant des espaces communautaristes où la critique même constructive n’est pas admise

Sans partager nécessairement les idées de Jean Paul Pougala, il est intéressant de rappeler ce qu’il dit dans ses Chroniques acerbes pour fouetter nos certitudes. Dans une démarche ironique il note :

” Cela a-t-il un sens pour la Grèce d’aujourd’hui de passer son temps à revendiquer la paternité de la démocratie si elle croule sous les dettes et ce sont les financiers des marchés boursiers à gérer de fait le pays? De même, quel sens cela a-t-il pour les intellectuels africains de magnifier les pyramides de l’Egypte antique pour ensuite aller mendier la construction d’une minable salle de classe dans le Sahel”.

Pougala pousse encore plus loin l’ironie en montrant qu’en réalité nos références sont européennes. Notre diplomatie, notre système de corruption, nos programmes scolaires, nos horaires de travail, nos repos hebdomadaire judéo-chrétiens sont tous européens. Certains objecteront qu’il n’est pas une référence et qu’il est même un comédien. Soit ! Cependant, il met à nue ces formes de “tétanisation” qui ont “fossilisé” notamment la pensée de Cheikh qui restera un homme ayant eu le courage intellectuel, et l’audace politique de porter, le grand projet des nations d’Afrique.

En ce jour anniversaire de la mort de Cheikh, le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre est de contextualiser ses travaux. Ces héritiers n’ont plus le droit de poursuivre cette révolue posture mimétique alors qu’ils ont un boulevard pour produire des ouvrages de références contextualisés. Répéter depuis des décennies ce que Cheikh a dit dans des formules et slogans désuets, c’est sans doute poursuivre une œuvre de discrédit d’une posture intellectuelle dynamique de Cheikh qui n’a jamais été dogmatique. Alors se re-posent des questions de fonds : comment transformer les certitudes/postures scientifiques en projet politique mobilisateur ? Le discours n’est-il pas resté trop ésotérique ? Quelle solution, car cette notion est absolument importante ? A ce grand fils de l’Afrique, il devait revenir à chacun de se poser la grande question de perpétuation de son œuvre afin que, il revienne aux générations futures ce dont il a rêvé jusqu’à son dernier souffle : Une grande Afrique politiquement et économiquement libre et unie. Ainsi, il se reposera.

ANKN

POUR UNE RÉPUBLIQUE DES “NAWLE” (ÉGAUX)

Abdou Ndukur Kacc Ndao
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Janvier 2016 tirait sa révérence quand avant de mourir de sa belle mort, il nous léguait l’histoire douloureuse des sacs de Seck Waly. Le jeune Waly sort avec un sac et notre vieille république tremble dans un brouhaha de honte et d’invectives. Les branchés et fans du jeune artiste seront pourchassés et agressés comme de vulgaires homosexuels pour une société pourtant naguère tolérante voire complice de ces désorientations sexuelles hors normes admises. Il est vrai que, toutes proportions gardées. Nous sommes ainsi en pleine apothéose du désespoir …certains Sénégalais font feu de tout bois et se nourrissent de ce buzz.

Fin janvier, c’est aussi le grand péché de la caricature du Cheikh du mouridisme par Jeune Afrique. La mobilisation s’amplifia crescendo pour dénoncer des lobbies homosexuels derrière cette énième attaque contre l’islam et ses Cheikhs. D’ailleurs, le rectificatif de JA est juste subtile car, à y regarder de près, la caricature remplaçante n’a fait que conceptualiser une image proche d’un imam. Sans doute cette nouvelle caricature a-t-elle échappé à plusieurs observateurs, la caricature étant un métier d’une redoutable et renversante subtilité. Tous les imams du monde devraient d’ailleurs battre le macadam dans toutes les villes pour se plaindre de la caricature de substitution. N’empêche, le plus important aussi est de lire la façon dont les adeptes du Cheikh ont perçu dans leur intériorité cette caricature satanique.

Cette caricature donne l’occasion de parler de nous-mêmes et de notre rapport à nos saints. En vérité, la véritable caricature originelle, dans ce Sénégal, c’est d’avoir fait de nos grands marabouts soufis des “icônes” qui sont associées à tout et très peu à l’essentiel …Nous louons leurs louanges sous les tentes et dans les cabarets aux lumières tamisées. Nous jurons en mentant souvent en leur nom. Nous les associons à toutes sortes de paganisme et de folklore. Et presque jamais, personne ne pipe mot ou très timidement ! Même lorsque les familles confrériques mettent en garde contre ces déviances, les violations symboliques se poursuivent.

Voilà pourquoi ce jeune garçon, à peine sorti de la puberté, et qui comme par magie fait un “leapfrog”, grand saut pour entrer dans le monde nouveau du show-biz, met dans un seul registre et son sac mimétique et son statut de “Baye Fall”. La vraie “rectification” aurait été de demander que nos cheikhs ne soient plus mêlés à des formes d’associationnisme non religieux, véritables gangrènes sur leur dos. Cette « rectification » tardera à arriver tant le contrôle social a enfanté une société d’une très vieille démagogie. Il y a la vérité des “salons feutrés” et la vérité du consensus public avec ses profondeurs démagogiques particulièrement à la sénégalaise à plusieurs variables morales. Voilà le mal profond d’un pays qui manifeste contre des caricatures légitimement mais qui défie dans le mensonge et l’associationnisme quotidien ses cheikhs.

Au Sénégal, il y a des narratifs magico-religieux que personne n’ose questionner. Ils ont été distillés de la même manière : par le tapage et l’intimidation presque organisés tellement, ils sont réguliers. Notre pays continue d’entretenir le mythe du « doomu Soxna »Seigneur ! comme si nos braves mamans à nous qui prient avec leurs forces matinales au plus profond d’elles n’étaient pas aussi vertueuses, si dévouées, et totalement dignes de nous et pour nous … Au point que nous devons tous payer cette tare “congénitale ” par une “soumission ” à un ordre qui n’est pas celui du grand et unique maitre et juge incontestable de ses suiveurs. Pourquoi ce principe serait-il une exemption sénégalaise qui d’ailleurs ne saurait prétendre ni à la paternité berceau de l’islam ni à celle de la piété la plus sacrée de la umma ?

Cette sacrée « anomalie » aurait même traversé l’espace politique, avec en toile de fond, des logiques dépassées de castes enfouies dans les subconscients pour neutraliser des adversaires politiques. D’où le dilemme entre l’égalité et l’équité. Nous pouvons bien « manger » l’argent des «castés ». Mais nous rechignons à ce qu’ils nous dirigent au nom de nos factices positionnements sociaux d’une autre époque. Certaines castes l’ont bien compris d’ailleurs et utilisent leurs ressources pour « s’ennoblir ». Nous devrions un jour faire face à nous-mêmes et accepter de gérer ces contradictions qui ne grandissent pas notre nation.

Comment bâtir une république de “Nawlė” tout en reconnaissant nos différences héritées à notre insu ? Nous vivons au quotidien ces formes perverses de falsification historique et religieuse qui nous dispensent de nous regarder en face. Pourtant le discours de nos saints est sans équivoque sur l’urgence de retourner à Dieu et ses recommandations. Des minorités sociologiques efficaces dans la manipulation ont fini d’infiltrer tous nos espaces politiques et religieux pour dénaturer les véritables enseignements de nos respectés guides religieux qui sont au-dessus de tout soupçon matérialiste.

Nous pouvons continuer de feindre nos peurs et nos démagogies, la véritable caricature qui mérite une vraie mobilisation religieuse est de se battre contre tous ces pâles dessinateurs qui révisent et violent par caricatures et/ ou par mélodies endiablées au quotidien les enseignements exceptionnels de nos saints et guides religieux. Sous ce rapport, il nous faut exorciser toutes les caricatures et faire face à nos nous-mêmes sans honte et dans la dignité pour construire une République réconciliée avec des valeurs intrinsèques de foi et de principes émancipés.

ANKN

PHYLOGÉNIE DU MENSONGE ET DU RENIEMENT

Abdou Ndukur Kacc Ndao

La révolution générationnelle de la transition bat son plein. Le matérialisme historique et dialectique reste en principe le fondement (théologique ?) théorique du communisme. Il est vrai que les partisans de Marx ne courent plus les rues même s’il existe encore des bolchevick téméraires et tenaces. En revanche, le matérialisme mystique qui (re)inverse ou renverse doublement celui de Marx et Hegel continue d’irradier de sa superbe nos intériorités, nos invisibilités tuées par peur ou par honte. Nos consciences intérieures veulent encore les confiner dans nos psychologies des profondeurs.

Le combat ne peut être que brutal et sera destructif. Les réactions et appréciations sont bien timides. Elles sont d’une grave gravité. Les individualités secrètes sont-elles atteintes ? La psychanalyse Jungienne avait raison de noter que “La Genèse représente l’acquisition de la conscience comme la violation d’un tabou, et tout se passe, comme si, par la connaissance, l’homme avait outre-passé frauduleusement une limite sacrée. Je crois que la Genèse à raison, en ce sens que toute démarche vers une plus grande conscience est une sorte de culpabilité prométhéenne”.

Tout le monde sait pourquoi croyons-nous en Dieu sans lui faire confiance. Jung, en dépit de son passé controversé au nazi reste un penseur exceptionnel qui nous a révélé nos profondeurs cachées. Nos prêtresses du Sine, de Yoff, de Bargny, du Kassa aussi. Pour ressusciter des intériorités malades. Nous devrions mieux les valoriser en évitant de les classer dans les marges d’un savoir-faire psychanalytique capté par des universitaires ou praticiens à l’efficacité sans audace. Nous ne faisons pas confiance en Dieu. Pourquoi devrions-nous le faire pour des mortels ? Notre rapport à nous-mêmes a souvent été un rapport de duplicité de ce que, nous ne sommes pas. Il tire sa complexité et son existence au cœur de nos socialisations enfantines.

Les cellules familiales de base en sont les pépinières exportatrices et irradiantes d’une société de justifications et d’explications. En permanence. Dans toutes ses sphères, nos individualités nous deviennent étrangères. Nous nous dérobons devant l’obstacle dans le refus de faire notre révolution de maturité sociale. Trop de forces féodales nous tiennent en laisse et nous obligent à s’opposer au mouvement historique. Voilà la cause profonde du rassemblement des forces obscures du passé contre notre futur. Mais on ne remontera pas le cours de l’Histoire !

Voilà pourquoi, nous avons pris, entre Wade et Macky, pris autant d’années à disserter d’un mandat. Même lorsque le mensonge était cousu de fil blanc, nous avons convoqué les doctes rhéteurs du pouvoir et de l’opposition pour légitimer ou délégitimer nos pharisaïsmes. Lorsque le vieux a été pris en flagrance, il nous a servi son wax waxet ironique qui a mobilisé encore les débatteurs justificateurs de toutes les “escobarderies”. Et Macky nous sert ses cautèles, il nous revient encore des hâbleurs explicatifs de ses “scélératesses”. Ainsi sera la vie d’un Sénégal qui aurait pu rédiger son dictionnaire homologué sur la phylogénie des reniements et des mensonges.

Le réveil brutal de l’élite politique avec son réflexe de sauvegarde de position socialement individuelle sera brutal et définitif pour sa dernière génération décadente. Même lorsque le Président se décide à proposer un texte constitutionnel qui semble confirmer les 5 ans, les malignités prennent plumes et investissent radios et télés pour féliciter le partisan des “rosseries”. Comme s’il s’agissait d’une vérité qui doit apprendre à marcher.

Pendant ce temps, nous déléguons aux dieux et aux invisibles esprits saouls d’espiègleries politiciennes nos vrais débats de sociétés. Le problème de fonds n’est pas stricto-sensu tels ou tels responsables politiques qui nous servent depuis plus de 50 ans les mêmes couardises. Toutes proportions gardées. Mais bien d’une classe politique et d’une culture politique de “palinodies qui n’est que la pointe avancée de notre tragédie collective.

C’est parce qu’une fois élus, aux différentes « stations », nos hommes politiques se considèrent comme des démiurges. Ils essayent d’installer un rapport quasi prophétique avec leurs concitoyens. Dans une société de courtisans, de lèche-bottes, de flagorneurs à couper le souffle.
Ainsi les lumières seront abattues pour le Sénégal et dans nos accusations, nos reconnaissances définitivement terrassées.

“Matérialisme mystique” envoyé depuis Bissau qui célébrait hier la mort du Grand combattant de nos libertés, Amilcar Cabral. .

ANKN

LE LAPSUS DES BUZZ

Abdou Ndukur Kacc Ndao
Socio-anthropologue

Nos “icônes” sont tombées. Du moins certaines, partisanes ou victimes d’imprudences multiformes alimentatrices des “buzz”. Notre modernité en est friande. Elle est cruelle pour les preneurs de risques. Notre société s’en délecte. Il suffit d’écouter notamment des revues de presse aux relents autrement plus bruyants que journalistiques, pour saisir la profondeur relative des enjeux autour de l’argent. Un chanteur sénégalais bien inspiré disait dans un wolof chatié : “Gor ci bopam, warna mëna ame l’argent, l’argent”. Bien évidemment, dans sa posture dialectique, il n’a pas oublié les jigguen (femmes). Allez deviner la suite en interrogeant les élèves de nos écoles primaires qui connaissent plus les recoins des refrains de cette chanson que leur leçon d’histoire.

Obama, partisan des belles tournures phraséologiques a parlé de l’argent aussi lors de son discours sur State of Union. Comme un pasteur inspiré par les lumières, il nous a sèchement lancé une lapalissade : “We have to reduce the influence of money in our politics, so that a handful of families and hidden interests can’t bankroll our elections — and if our existing approach to campaign finance can’t pass muster in the courts, we need to work together to find a real solution”. Barack a sans doute raison. On pourrait d’ailleurs envoyer notre CREI nationalement sélective pour auditer ses fonds de campagnes. Une belle coopération entre des ricains et des sénégaulois pour traquer l’argent qui a fini de s’imposer comme une des clefs de réussite notamment des futures présidents.

L’argent a fini de tout dénaturer et de brouiller toutes les cartes. Il est tentaculaire. Il se laisse faussement apprivoiser par des buzz qui ne sont réalité que des lapsus. Les affaires courantes, passées ou futures dévoilent ou ne dévoileront qu’une partie de l’iceberg ou de la nébuleuse. Une question simple s’applique à tous nos politiques. Il est vrai qu’Il faudra éviter d’en faire des victimes expiatoires. Les ‘”pauvres politiques” qui cachent si bien les lapsus des autres partisans de l’argent sale tapis dans les ombrages. Où trouvent-ils leur argent ? Pourquoi passent-ils subrepticement d’un abonné aux “cars rapides” à un détenteur d’une limousine ? Il est vrai que les sciences sociales ont théorisé la circulation des élites. De là à devenir milliardaire le temps d’une “campagne politique”, “l’éthique sociale” est demandeuse de comptes.

Ce qui est inquiétant dans ce jeu complexe de roublardise, c’est qu’on ne peut – contrairement aux postures de larges cercles de notre classe politique – mener un combat patriotique et indépendant avec les armes de quelqu’un d’autre. Voila aussi une des raisons d’une aliénation profonde qui maintient encore notre pays dans un modèle de construction néocoloniale. Voila pourquoi, nous sommes aussi en face de tous ces vieux roublards qui sont à la périphérie du pouvoir depuis plus de 3 décennies, sans une activité professionnelle connue. Voila pourquoi, n’ayant aucune activité professionnelle connue, ils sont souvent dans le “délit d’incompétence”. Parce qu’aussi, nous pouvons faire le constat de partis politiques qui n’ont pas créé des mécanismes de suivi des questions économiques et institutionnelles qui les préparent à GÉRER. Des qu’ils quittent les affaires, leurs cadres deviennent lucides et patriotes comme par magie. Des qu’on les rappelle ils deviennent aphones. Mieux ou pire, ils sont même surpris de prendre le pouvoir ou d’y être associé. Ils sont toujours désarmés par la “réalité ” car rien presque ne les prépare à la gestion complexe du pouvoir. Ils ont capturé la parole, essaiment les radios, et agitent les “idées du chef de l’État”, mais ils sont incapables de réaliser un projet concret.

Il existe dans nos différentes stations de décisions beaucoup de “inconsciemment incompétentes “. Certain(e)s sont entré(e)s dans la politique de bonne foi, mais souvent rattrapés par la réalité qui prend le dessus. Sans doute, c’est parce que les vrais technocrates ont préféré la sécurité et l’anonymat de leurs postes et salons. Pour créer la rupture, il faut forcément amener les “consciemment compétents” à faire le saut et vaincre leurs peurs multiformes. Ils ont soit peur de se retrouver “seul ” à vouloir arrêter la mer avec leurs bras ou de se muer eux mêmes en “politique”. Enfin, il y a la réaction des populations face à ces “extraterrestres” qui font peur. Elles cherchent à excommunier ces “communistes” trop difficiles à comprendre, trop radins pour gérer les militants, trop austères…La question de la compétence et de la masse critique peuvent vraiment amener l’alternative. En observant la rupture générationnelle qui existe entre les nouveaux dirigeants des pays développés et ceux de nos pays, les césures sont très nettes. Les premiers osent faire le pari sur des jeunes dirigeants qui sont encadrés par un système de reddition des comptes. Nous, nous préférons recycler des dinosaures sans cesse. Même lorsqu’ils sont plus jeunes comme le Gladiateur, ils sont englués dans les tares de leurs “maîtres”.

Bien évidemment, il n’existe pas de solution magique face à ces ralentisseurs de développent. Cependant, il faut arriver à fédérer un noyaux de forces capables de proposer une vraie alternative. Les assises nationales avaient suscité espoir et mobilisation auprès de larges cercles de notre pays. Il y’a une forte demande pour une alternative chez beaucoup de de nos concitoyens et concitoyennes. Malheureusement, souvent, nous ne sommes pas encore capables de créer une offre digne, et surtout de sécuriser les processus pour éviter les infiltrations et détournements d’objectifs. Malgré les impairs et déviances, il y’a des leçons à tirer des assises nationales. Nous y reviendrons avec la publication prochaine d’une autre contribution.

ANKN

CONSTRUIRE UN VÉRITABLE PROJET D’ÉMANCIPATION CULTURELLE EN BRISANT LES BASTIONS NÉO-COLONIALES

Abdou Ndukur Kacc Ndao
 
Notre ami et frère Ajamaat Akandijack Akinto Di-Jack nous est revenu avec un texte au fond particulièrement intéressant, mais au titrage déphasé. Son texte permet de mettre en perspective les grands défis qui se posent à la plupart des élites : comment penser national et agir localement notamment dans un contexte de territorialisation qui est paradoxalement à la fois une exigence et un chantage. En demandant un quota ministériel et ethnique, on peut s’interroger sur le bilan de tous les ministres casamancais, foutankés, saint-louisiens depuis nos indépendances formelles et leur réel impact dans le développement régional et le renforcement de la cohésion nationale. Au total, nous pouvons affirmer que ces quotas ont plus permis à des politiciens de s’enrichir en poursuivant des ambitions privées. En posant la question sous le rapport quotataire, le risque est grand de promouvoir des opportunistes décalés des préoccupations régionales et souvent promptes à titiller des ego et émotions particularistes.
Voila pourquoi, dès que cette question est posée sous ces angles, les particularismes prennent le dessus sur les véritables enjeux. Dans notre groupe Refondation, nous sommes victimes de ce piège au regard notamment des débats importants agités. La question linguistique est sans doute une belle illustration d’un grand malentendu qui mérite plus de recentrage. Il s’agit notamment de l’usage d’un Wolof que Cheikh Anta Diop n’a jamais voulu imposer. Sa conception des langues nationales est clairement décrite dans son ouvrage culte : Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire. Il est important de rappeler que sa conception des langues est juste fonctionnelle et qu’il aurait pu utiliser le diola s’il le maîtrisait pour établir les parentés linguistiques et historiques avec l’Egypte. Nous avons ainsi intérêt à contextualiser les idées de nos chercheurs pour éviter les malentendus intellectuels dans un contexte où beaucoup ” bêlent en entendant d’autres moutons bêler “.ù
Au regard de la nature des débats de notre groupe, nous assistons de plus en plus à une ” guerre de tranchées ” chacun exhibant sa spécificité ou ses “blessures” pour tirer la couverture sur soi. Nous devrions mieux nous pencher sur les questions de fonds qui sont pour nous l’émancipation, l’indépendance culturelle, économique et le développement endogène. Voila un vrai projet pour faire bouger les lignes et créer les conditions d’une refondation nationale. Le plaidoyer a pris le dessus sur un nécessaire consensus autour d’un projet novateur qui dépersonnalise les véritables enjeux. En mettant souvent en avant nos ego particularistes”, nous oublions qu’il existe d’autres approches de démocratisation participative et de planification pour tenir compte des “minorités”, des territoires, et même des “principautés de fait”.
C’est parce que depuis nos indépendances, nous sommes encore enchâssés dans une approche de gouvernance qui a épousé les contours des revendications territoriales et politiciennes du moment portées par le conglomérat des initiés. Nous n’avons pas encore déconstruit un empire colonial au dessein clair : logique extractive et neutralisation des velléités d’affirmation régionale. Cet empire a taillé sur mesure l’aménagement du territoire, les processus de décision et les institutions sur cette logique.
Aujourd’hui, il faut refonder sur la base d’un nouveau projet économique et social. Un projet de construction nationale qui devra briser progressivement les bastions néocoloniales.
Notre pays est configuré sur le même modèle colonial qui permet à des entreprises étrangères d’avoir des monopoles. L’extraction minière à Kédougou ainsi que les derniers post de Omar Sarr sur la pêche confirment cette configuration économique orientée vers les intérêts des bastions néo-coloniales. La réponse à ces questions n’est pas technique. Elle est politique. D’où la question de l’émancipation culturelle de nos peuples seule option pour sortir de cette impasse. Les états qui ont fait des bonds en Afrique sont ceux qui ont osé emprunter des voies endogènes. Il suffit de regarder le rapport 2015 de l’Indice mondial de la compétitivité (GCI – Global Competitiveness Index) pour s’en convaincre : http://reports.weforum.org/global-competitiveness-report-2015-2016/competitiveness-rankings/. Notre pays occupe la 110 ieme place sur 140. Comment l’île Maurice est elle parvenue à être l’économie la plus compétitive du continent ? Comment le Rwanda a pu faire des bonds (malgré les critiques sur Kagame) ? Comment même Ouattara a fait bouger la Côte d’Ivoire qui a réalisé la plus forte progression en Afrique depuis l’an dernier.
Pendant ce temps, nos autorités continuent de disserter sur des taux de croissance. Peut être devrions nous sortir nos chapelets et invoquer Rog pour qu’ils atteignent 100%. Manifestement, les sénégalais n’auront plus besoin d’aller au paradis. Car leur bien aimé pays serait le paradis le plus haut. Amine.
 
ANKN