CONSTRUIRE UN VÉRITABLE PROJET D’ÉMANCIPATION CULTURELLE EN BRISANT LES BASTIONS NÉO-COLONIALES

Abdou Ndukur Kacc Ndao
 
Notre ami et frère Ajamaat Akandijack Akinto Di-Jack nous est revenu avec un texte au fond particulièrement intéressant, mais au titrage déphasé. Son texte permet de mettre en perspective les grands défis qui se posent à la plupart des élites : comment penser national et agir localement notamment dans un contexte de territorialisation qui est paradoxalement à la fois une exigence et un chantage. En demandant un quota ministériel et ethnique, on peut s’interroger sur le bilan de tous les ministres casamancais, foutankés, saint-louisiens depuis nos indépendances formelles et leur réel impact dans le développement régional et le renforcement de la cohésion nationale. Au total, nous pouvons affirmer que ces quotas ont plus permis à des politiciens de s’enrichir en poursuivant des ambitions privées. En posant la question sous le rapport quotataire, le risque est grand de promouvoir des opportunistes décalés des préoccupations régionales et souvent promptes à titiller des ego et émotions particularistes.
Voila pourquoi, dès que cette question est posée sous ces angles, les particularismes prennent le dessus sur les véritables enjeux. Dans notre groupe Refondation, nous sommes victimes de ce piège au regard notamment des débats importants agités. La question linguistique est sans doute une belle illustration d’un grand malentendu qui mérite plus de recentrage. Il s’agit notamment de l’usage d’un Wolof que Cheikh Anta Diop n’a jamais voulu imposer. Sa conception des langues nationales est clairement décrite dans son ouvrage culte : Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire. Il est important de rappeler que sa conception des langues est juste fonctionnelle et qu’il aurait pu utiliser le diola s’il le maîtrisait pour établir les parentés linguistiques et historiques avec l’Egypte. Nous avons ainsi intérêt à contextualiser les idées de nos chercheurs pour éviter les malentendus intellectuels dans un contexte où beaucoup ” bêlent en entendant d’autres moutons bêler “.ù
Au regard de la nature des débats de notre groupe, nous assistons de plus en plus à une ” guerre de tranchées ” chacun exhibant sa spécificité ou ses “blessures” pour tirer la couverture sur soi. Nous devrions mieux nous pencher sur les questions de fonds qui sont pour nous l’émancipation, l’indépendance culturelle, économique et le développement endogène. Voila un vrai projet pour faire bouger les lignes et créer les conditions d’une refondation nationale. Le plaidoyer a pris le dessus sur un nécessaire consensus autour d’un projet novateur qui dépersonnalise les véritables enjeux. En mettant souvent en avant nos ego particularistes”, nous oublions qu’il existe d’autres approches de démocratisation participative et de planification pour tenir compte des “minorités”, des territoires, et même des “principautés de fait”.
C’est parce que depuis nos indépendances, nous sommes encore enchâssés dans une approche de gouvernance qui a épousé les contours des revendications territoriales et politiciennes du moment portées par le conglomérat des initiés. Nous n’avons pas encore déconstruit un empire colonial au dessein clair : logique extractive et neutralisation des velléités d’affirmation régionale. Cet empire a taillé sur mesure l’aménagement du territoire, les processus de décision et les institutions sur cette logique.
Aujourd’hui, il faut refonder sur la base d’un nouveau projet économique et social. Un projet de construction nationale qui devra briser progressivement les bastions néocoloniales.
Notre pays est configuré sur le même modèle colonial qui permet à des entreprises étrangères d’avoir des monopoles. L’extraction minière à Kédougou ainsi que les derniers post de Omar Sarr sur la pêche confirment cette configuration économique orientée vers les intérêts des bastions néo-coloniales. La réponse à ces questions n’est pas technique. Elle est politique. D’où la question de l’émancipation culturelle de nos peuples seule option pour sortir de cette impasse. Les états qui ont fait des bonds en Afrique sont ceux qui ont osé emprunter des voies endogènes. Il suffit de regarder le rapport 2015 de l’Indice mondial de la compétitivité (GCI – Global Competitiveness Index) pour s’en convaincre : http://reports.weforum.org/global-competitiveness-report-2015-2016/competitiveness-rankings/. Notre pays occupe la 110 ieme place sur 140. Comment l’île Maurice est elle parvenue à être l’économie la plus compétitive du continent ? Comment le Rwanda a pu faire des bonds (malgré les critiques sur Kagame) ? Comment même Ouattara a fait bouger la Côte d’Ivoire qui a réalisé la plus forte progression en Afrique depuis l’an dernier.
Pendant ce temps, nos autorités continuent de disserter sur des taux de croissance. Peut être devrions nous sortir nos chapelets et invoquer Rog pour qu’ils atteignent 100%. Manifestement, les sénégalais n’auront plus besoin d’aller au paradis. Car leur bien aimé pays serait le paradis le plus haut. Amine.
 
ANKN
 

LA RÉPUBLIQUE DES DÉMIURGES ET DES RÉFUGIÉS SOCIAUX

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Abdou.Ndao@ndukur.com

Notre république, c’est connu est un véritable souk discriminatoire. Le peuple sénégalais, dans une complicité synchronisée, continue de détourner un regard sélectivement manichéen. Il se délecte de voir Karim Wade en prison en justifiant son statut carcéral bruyamment. Il ne pipe presque mot de celui d’un Bethio Thioune le plus officiellement accusé de meurtre, libre comme l’air. Pourtant la DIC, cette relique wadienne qu’il faut réformer – au-délà de ses autres fonctions de protection territoriale – est si prompte à cueillir des opposants d’opinions aux heures glaciales et matinales. Une psychologie jouissive de l’humiliation d’un instrument politique aux mains de politiques oublieurs des principes de démocratie et d’équité républicaine.

Qu’est ce qui nous est tombé sur la tête pour mériter ces forfaitures ? C’est parce que les sénégalais aiment les “démiurges”. Il suffit d’analyser, pour mieux répondre à cette question, la fascination qu’exercent ces nouveaux cercles quasi prophetiques (Bethio, Kara, les Moutarchidines de Serigne Moustapha) sur cette large frange de réfugiés sociaux.

Ces démiurges sont baroques à souhait. Ils sont a usages multiples. Ils vendent aux réfugiés et reclus sociaux les rêves ou les illusions que les politiciens ont volé aux jeunes. Ils servent de faire valoir aux politiques pour justifier les bourrages des urnes et pour légitimer la décision dite divine qui nomment les “mborow rew” (président de la république). Ils se sentent démiurges face à une république de démissionnaires hors des sentiers d’équité et de responsabilité républicaines. Ils peuvent exhiber des milliers de pilons pour menacer d’autres milliers de sénégalais en présence du premier magistrat du pays. Ils peuvent défiler à l’effigie des grades militaires les plus solonnels et sacrés d’une armée nationale qui dévie le regard. L’honneur est sauf.

Pourtant, il suffit que Omar Sarr, des responsables d’un PDS tout aussi arrogant durant son apogée, ou des journalistes commentent les propos d’un Lamine Diack décevant et déchu, pour que le Procureur de la république, sous les liens de la détention ministérielle et présidentielle, se réveille d’un coma sélectif. Pourquoi devons nous respecter cette république de démiurges qui peuvent s’autoriser toutes les permissivités. Au nom du parti. Au nom de la confrérie.

Ce pays va à la dérive. Parce qu’au nom du parti et de la confrérie, des franges importantes sont hors de la légalité. Des cercles importants du parti et de la confrérie sont convaincus d’être au-dessus d’un patrimoine national commun protecteur de la stabilité et de la sécurité de notre jeune nation. Au nom d’un obscurantisme religieux sans fondement, des cercles entiers d’une république de reclus et de réfugiés sociaux sont en quête d’absolu. Manipulables à souhait. Et si le général officieux décidait de prendre la place de notre Général ? Et si le porteur en chef des pilons décidait d’attaquer notre Général ?

Face à ces dérives, seul un long processus d’éveil des consciences pourrait nous sortir d’une impasse qui risque de nous mener vers l’enfer terrestre. De tous points de vue que nous scrutons Ndumbelaan, on se demande avec anxiété qui finira par diriger cette “république ” ? Leuk-le-lièvre ou bouki -l’hyène ? En attendant, les démiurges dans une insolence caractéristique des vainqueurs, continuent de narguer une république couchée. C’est pourquoi, aussi paradoxale que cela puisse être, nous avons besoin de CRISE, seule issue pour nous regarder enfin dans un miroir hypocritement brisé. Nous avons besoin de cette crise pour mettre un coup de pied dans la fourmilière. L’homo senegalensis a besoin de cette crise véritable qui est catalysatrice de renouveau et de refondation nationale. La stabilité est un atout. L’instabilité ou la crise aussi. Cette république a besoin d’être “détruite” pour être refondée sur des bases profondes porteuses de renouveau vertueux et d’équité républicaine.

Car, beaucoup de ces réfugiés et reclus sociaux prennent des vessies pour des lanternes. Face à l’incurie de tous ces charlatans et policards, ils finiront inéluctablement par se réveiller, tenaillés par le chômage et la désillusion. Ce momentum va arriver. La question est de savoir, s’il est possible de canaliser ces “indignés ” vers une voie alternative qui sera faite de travail, de vérité, de justice et de patriotisme réel. Le gros problème de ce pays est de le mettre au travail et d’amener les gens à réaliser que les raccourcis relèvent d’un ordre ancien. Les baye fall parlent de “Niax jeriñu”. Voilà qui suffirait de programme si on en saisit toutes les implications de gouvernance vertueuse. Car dans notre pays, la notion de sacerdoce à disparu du champ lexical, depuis belle lurette.

Nous sommes en pleine “tragédie des communaux” donnant connaissance à ces formes d’accaparements collectifs. Ce qui est dramatique, parce ce sont des stratégies perdant-perdant. Le pays recule, les “forces” se neutralisent en usant de formes de compromission perpétuelle (transhumance, chantage, reniement, délation…). Et les victimes sont les “militant(e)s” et les “talibés” toujours à la recherche de sponsors pour entretenir qui la marmite, qui l’espoir. Qui pour échapper au “lynchage” ou bénéficier des “faveurs”, qui pour ceux ou celles qui pour l’instant tiennent le bâton et la carotte. Qu’ils se nomment Faye, Sall, Wade ou Diouf ne change rien aux jeux des acteurs de la tragédie. De temps en temps une “affaire” vient faire diversion et permet aussi aux “initiés” de resserrer les lignes et de réitérer les engagements de “fidélité ” au pacte de sangsues, car ils n’ont pour dessein que la prédation du pays et le statut quo.

Pouvons nous continuer à détourner le regard ?

Photo : Matar Ndour, 2015. Séance de danses à Kabrousse, Basse Casamance, Sénégal

ANKN

LES PARANGONS DE LA REFONDATION NATIONALE

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Abdou.Ndao@ndukur.com

Janvier est là. Tout comme lundi. Certains se réveilleront avec une gueule de bois digne des partisans véritables de Bacchus. Les festivités furent longues. Premier lundi d’un janvier. Une occasion de réfléchir sur notre pays.
Son premier serviteur déjà servi par une République généreuse est déjà en campagne électorale. Il a appris de ses aînés. Il va continuer à débaucher loin des sirènes protestataires et partisanes d’une vertu politique imaginaire. Les trous sont encore infestés de rats qui sortiront selon une cadence savamment orchestrée du côté du boulevard de la république. On aurait pu la débaptiser boulevard du parti.

Dans cette campagne électorale permanente d’un président obsédé par une réélection hypothétique, le gentleman a commencé le déploiement de son charme auprès des belles cités religieuses. Il faut moderniser des cités confrériques souvent plus riches qu’une république qui se targue d’avoir 3000 milliards de CFA de budget national. Sans doute l’équivalent du petit déjeuner journalier de l’armée américaine.

Il est vrai que depuis si longtemps, la sphère religieuse et la sphère affairo-politicienne ne font qu’une. Certes, il faut éviter les généralisations d’un comportement de classe très hétérogène et complexe. Il reste que la permanence historique de cette colision d’intérêt est une donnée sociologique établie. On peut d’ailleurs se demander si Wade n’avait pas raison lorsqu’il invoquait sa capacité à “inféoder” même les parangons de la vertu. Le jeune président a bien appris ses leçons. Il drague comme un Samba Linguère à coups de milliards laissant ses Diamalee (concurrents ) hors de sa portée. Sans doute cette débauche d’argent ne provient pas de ses poches ni de celles de son parti.

En effet, nous sommes loin du temps où les militants de base se cotisaient pour financer l’action politique. Cette déviance est un des facteurs cles qui explique tout le reste y compris le dévergondage politique dominant. Nous sommes dans un vaste souk politique et social ou tout se marchande. On y recrute des dames de compagnies, des figurants, des crieurs publics, des pleureurs et un clergé aux ordres pour tout légitimer.

Il nous faut intégrer cette donnée dans la réflexion si nous voulons refonder notre si mimétique république. Il ne sert a rien de refuser de voir cette réalité qui a gangrèné et nos foyers et notre espace public. Nous sommes à l’ère de la suspicion …celui qui se lève le premier demande gaillardement aux autres de se recouvrir …De quoi avoir peur. Nous pouvons énoncer toutes nos théories d’intellectuels, mais il faut que nous interrogeons l’homo senegalensis.

La notion de Ngor qui a été pendant très longtemps érigée comme le pendant de Dinne (la religion peut importe laquelle) a laissé la place à un vacum. Il est significatif de voir comment notre société se délecte quand une “icône” tombe. Taiba Soce, Thione Seck, Lamine Diack, Abdou Latif Coulibaly , Ousmane Ngom, Djibo Ka ou Ismael Madior Fall, etc. Finalement ils sont tous comme nous. “Papa Thione” et ” Paa Diack ” rassurent notre société sur notre sénégalité. Les autres se gardent bien de critiquer, car la question est juste de savoir pendant combien de temps, le ” masque social” va demeurer.

Pourquoi Doudou Ndiaye Coumba Rose n’a pas eu son école de percussion? Pourquoi la plupart de nos aînés de la gauche sont morts dans la misère ? Il nous faut arrêter de nous “mentir” dans nos forums et cercles de réflexion presque par pudeur ou duplicité. Nous avons besoin tous d’une introspection. On appelle cela le génie ou l’exception. Il s’agit de cette capacité senegalaise à faire du “masla ” jusqu’à faire du “massaale” en gommant les questions de fonds qui entravent toutes les alternatives vertueuses et porteuses de développement juste et équitable.

En parcourant ce pays dans ses profondeurs avec d’autres, nous évaluons tous les jours les signes dune profonde fracture. Nous nions le droit des gens du sud et de l’est à avoir le minimum vital. Nous mettons des centaines de milliards de FCFCA dans le confort de nos cités religieuses. Nous sommes pas capables de mettre des milliers de FCFCA pour réparer ou construire un petit pont de passage pour des compatriotes déconnectés pendant un semestre de leur pays. Nous mettons des milliards pour débaucher des courtiers politiques en perpétuels recyclages, nous ne sommes pas capables de répondre aux enjeux d’un chômage des jeunes pandémique. Pourquoi ? Parce qu’au Senegal, la confrérie comme le parti joue le rôle d’ascenseur social et de couverture pour toutes les impunités.

Un jour ou l’autre nous payerons chers cette désinvolture politicienne qui fait de notre pays, un véritable merdier discriminatoire.

LES IMPOSTEURS DE LA SPIRITUALITÉ ENVIRONNEMENTALE

Abdou Ndukur Kacc Ndao
Photo : Matar Ndour

Nous revoilà replongés dans les incertitudes d’une année 2016 qui aura le temps de révéler ses promesses et déceptions. Nous pouvons déjà, à des degrés divers, tirer le bilan d’une année 2015 qui a mobilisé le gotha environnemental mondial à Paris. Des promesses fermes ou nuancées prises au cours d’un long et complexe processus de négociations (in)validé par la COP21. On verra quelques années plus tard les prévisibles déceptions d’Etats habitués à prendre des engagements rangés aux oubliettes.

Mon esprit matinal aujourd’hui est capté par des environnementalistes d’un type particulier. Des écologistes, des verts, des protecteurs de l’environnement oubliés par les modernités conceptuelles. Ils n’ont été ni à Copenhague ni à Paris ou dans les autres salles de conférences nationales et internationales pour disserter du réchauffement climatique ou autres accords environnementaux. Ils n’ont jamais reçu de millions de dollars ou de FCFA dévalués pour protéger un environnement souvent si généreux avec les autres capteurs de fonds qui pullulent dans nos pays. Pourtant, ils sont les véritables écologistes même s’ils n’ont jamais élaboré des manuels ou rédigé des livres ou reçu une invite du docte GIEC.

Ils, ce sont les centaines de gardiens des bois sacrés disséminés à travers les peuples Tanda (Bassaris, Cognagui, Bedik, Badiarankés), Ajamaat (Sénégal, Gambie, Guinée Bissau)…Ils, ce sont notamment les civilisations des peuples des rizières qui ont un rapport divin à la nature. Des peuples qui ont su et qui continuent de délimiter dans une cohérence harmonieuse les espaces sacrés et profanes. En démêlant ces deux espaces et en leur octroyant chacun des fonctions spécifiques, ces peuples – du Gabon au Cameroun en passant par la Sierra Léone – sont devenus, depuis la nuit des temps, les véritables écologistes. On peut se demander ce que la Casamance naturelle serait devenue si ces écologistes avaient démissionné de leurs fonctions de protection des bois sacrés et autres lieux initiatiques. Aujourd’hui, des milliers d’hectares sont préservés à travers l’Afrique des dégradations multiformes du fait de ces vigilances sacrées et des fonctions sacrales qui leur sont imprimées.

Les écologistes des temps modernes souvent englués dans des débats conceptuels seraient-ils des « imposteurs » ? N’est-ce-pas là, la manifestation évidente d’une lutte de classe environnementale qui a fini de reléguer aux périphéries ou au fonds des bois sacrés ces acteurs de l’invisible. Les nouveaux écologistes devraient rendre aux détenteurs des bois sacrés ce qui leur appartient. Ils devraient avoir l’élégance d’écouter leurs définitions des concepts d’aléas, de risques, d’environnements, de chocs, de protections…Ils devraient les mentionner dans les capitalisations et la diffusion des résultats positifs engrangés tout au long de ce siècle. Ils devraient faire un plaidoyer pour que le Nobel leur décerne un prix mérité.

N’est-ce-pas là une belle occasion de relier dans une féconde continuité analytique la spiritualité environnementale aux théories écologistes ? Les « imposteurs » des modernités environnementales sont-elles prêtes à intégrer ce paradigme de la « sacralité environnementale » dans les publications scientifiques ?  Qui vivra verra ! En attendant, notre « siècle environnemental » tout comme les précédents font semblant d’être dans les innovations en s’installant dans le déni des autres segments de production des savoirs. Ce réductionnisme heuristique est sans doute la marque de fabrique d’une modernité scientifique à l’empirisme souvent caricatural et à la spiritualité frileuse. Qui pour faire le lien porteur d’une grande fécondité productrice de pôles éclatés de savoirs ? Ecolo et autres partisans de ISTES, SVP, ne détournez pas le regard !!!

Excellent week end à toutes et tous.

Illustrations photo : Un fétiche dans le Kassa, Casamance

ANKN

PROPOSER UNE ALTERNATIVE POLITIQUE VERITABLE AUX ALTERNANCES POLITICIENNES

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Socio-anthropologue
Abdou.Ndao@ndukur.com

 

2016 se profile inéluctablement à l’horizon. Moment de bilan sans doute. De projections vers l’avenir, incontestablement. UN BILAN qui permet d’observer les mêmes reliques de régimes qui se succèdent en gardant la même nature de classe. Des régimes – de Senghor à Macky en passant par Diouf et Wade – arrimés à un système néocolonial prédateur de nos ressources nationales. Une responsabilité évidente des élites politiques qui dirigent un pays loin des enjeux scientifiques, technologiques, culturels d’une modernité de compétition et de compétitivité. Un pays qui n’a pas encore crée son premier moteur mais qui a produit des juristes toujours prompts à discuter de la pertinence d’un mandat présidentiel. Un espace public parasité assez souvent par des débats politiques stériles. L’économie, notre ancrage au monde, nos perspectives pour les 50 prochaines années peuvent attendre, le temps que les tonitruants députés du prince finissent leurs invectives. 2015 se termine avec toujours et encore cette minorité politique de la conglomération des initiés qui imprime aux majorités sociologiques silencieuses, parfois complices, sa cadence et ses aspérités. Une majorité sociologique qui sait démettre des présidents sans aucun doute, mais manifestement qui ne sait toujours pas distinguer le grain et l’ivraie, le vrai patriote et les candidats fantoches toujours arrimés au grand capital tentaculaire et destructeur de notre progrès économique et social. Sans doute, l’avenir à moins d’un profond sursaut patriotique nous produira les mêmes profils de dirigeants sans leadership politique et sans vision conforme aux défis de nos temps. Le bilan ne peut être exhaustif. Cependant, les aspects sus mentionnés sont d’une terrifiante vérité.

DES PERSPECTIVES s’imposent d’elles-mêmes. Si notre pays a accompli un pas de géant en réussissant des alternances, il est pour le moment incapable de construire une vraie alternative. Pourtant, au-delà des déceptions d’une majorité sociologique silencieuse voire aphone, il existe encore des patriotes très imbus de l’intérêt national aux capacités techniques, scientifiques, politiques avérées. Il reste que le discrédit des politiques les a rejetés aux périphéries des sphères de décisions, de concertations, et même d’expressions tout court, et a fini d’émousser leur capacité et leur engagement militants. Ils cherchent un espace politique novateur capable de proposer une véritable alternative. Ils cherchent à faire la politique autrement en la fondant sur l’éthique, la citoyenneté, la défense de nos ressources nationales comme base de notre indépendance nationale.

Ces patriotes scrutent avec inquiétude l’émergence d’une formation politique fondée sur une éthique loin d’un condensé de vœux et de profession de foi. Une formation qui peut déjà s’appuyer sur un existant institutionnel en vue de réfléchir sur des procédures toujours renouvelables et adaptées de modernisation d’un Etat de rupture et de renouveau. Une formation capable de sortir de l’élitisme désincarné capable de permettre la contribution de tous les fils et toutes les filles de ce pays sans distinction à l’édification d’un développement patriotique. Ces patriotes sont demandeurs d’une formation politique qui met le citoyen au cœur de la République. Il faudra réfléchir sur les mécanismes pour ratisser large en vue de bâtir une opinion publique influente et respectée. La citoyenneté c’est aussi mettre l’acteur rural et urbain au centre du débat public national. Une citoyenneté inclusive. Une citoyenneté de propositions. Ces patriotes qui exigent des pouvoirs politiques dirigeants un renversement de paradigme fondé sur la défense intransigeante de nos ressources nationales comme base première de notre développement économique. Notre sous-sol est immensément riche, mais nous semblons incapables de l’exploiter judicieusement dans un partenariat gagnant privé-public. La nationalisation des ressources ou de ses structures rentables dont l’adoption opportune relèvera sûrement de l’avis d’experts mieux outillés, peut être une hypothèse de travail.

VOILA LA VRAIE ALTERNATIVE. Il faudra sans doute réfléchir sur le comment dans un contexte où les multinationales sont spécialisées plus que les terroristes à déstabiliser nos pays qui veulent s’engager dans cette véritable voie de développement. Pour cela, il faudra mobiliser nos ressources intellectuelles et techniques pour bâtir une vision, un programme et des mécanismes d’inventaire de nos ressources nationales dans un contexte marqué par des découvertes importantes en matière minière et pétrolifère. 2016 est à nos portes. Face au bilan décevant des élites politiques actuelles et au désengagement généralisé des autres majorités sociologiques, il faut trouver un instrument pour porter cette alternative. Alternative sur laquelle, nous aurons l’occasion de revenir tout au long de cette année. En attendant, une posture conséquente s’impose. Il faut prendre la citadelle de l’assemblée nationale qui reste – malgré tout – un élément important du dispositif stratégique de conquête du pouvoir politique. Nous irons voir des cercles divers de notre nation pour les rallier à cette nouvelle vision. Qu’ils proviennent de la classe politique, civile, religieuse…

Bonne et heureuse année 2016

Abdou Ndukur Kacc Ndao

FINANCEMENTS VERTUEUX OU (VER) TUEUR ?

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Notre République dans une hypocrisie mal feinte a fini de sacrifier Lamine pour ne pas s’approprier le Diack-pote. Elle est devenue subrepticement si oublieuse de ses transactions souterraines connues de tous les cercles de la classe politique et civile. Il est vrai que le déni de la réalité relève aussi d’une real politique toujours capable de sacrifier sur l’autel les plus imprudents. Diack a eu le Diack-pote. Pour lui-même. Sans doute. Mais aussi pour ses potes qui ne veulent pas subitement être associés aux pots aux roses. La conglomération des initiés saura prodiguer les sacrifices nécessaires pour que le pot aux roses des potes soient circonscris aux Diack.

C’est sans compter avec les dossiers brulants que détiennent les Diack qui, comme un juge d’instruction, mettent progressivement aux défis, des délinquants momentanément amnésiques de leurs forfaitures. Diack père a suffisamment de relais pour se rappeler aux bons souvenirs d’une classe politique décidée à jouer aux immaculés.

En cinquante ans de présence, les cercles majoritaires de la classe politique actuelle savent que le financement de leurs partis politiques a souvent pris des chemins peu vertueux. Il est évident que leurs alto égo de la société civile ne sont pas si exempts de tortuosité. Le débat attendu et maintes fois repoussé sur le financement des partis ne peut pas être une opposition manichéenne entre Dieu et le diable, la société politique et civile, les partis politiques et les associations caritatives religieuses. L’opacité reste le critère déterminant qui touche les plus caciques, prompts à crier à la transparence au moment où personne ne sait d’où viennent leurs financements. Le débat gagnerait en clarté et utilité si nous arrêtions de tirer seulement sur les « cadavres politiques ». Les boulevards souterrains sont si larges et tentaculaires qu’ils ont fini d’enrôler des classes politiques, civiles, religieuses chantres de la droiture.

Dans le passé, le présent récent, ailleurs, sans doute ici, nous avons des exemples de collision entre des révolutionnaires marxistes ou d’autres obédiences idéologiques et la CIA, la DSGE, et autres services occultes. Des partis continuent d’être financés à travers le monde par l’argent de la drogue et du terrorisme, loin des indiscrétions et naïvetés de peuples manipulés et relégués à la périphérie. Notre dernière campagne électorale présidentielle nous a révélé subitement des candidats riches comme Crésus. Pourtant, quelques années auparavant, ils vivaient dans la promiscuité, dans des appartements dakarois de bas de gamme. S’ils étaient connus comme des hommes d’affaires, créateurs de richesses, les imaginaires auraient accepté ces richesses insolentes qui exercent une grande violence symbolique sur des gorgorlous en quête de DQ sur fonds de rêve illusoire d’autonomie résidentielle à 50 ans révolus.

Notre classe politique, civile, religieuse peut toujours feindre d’être vertueuse dans le financement de ses activités. En réalité, la bombe lancée par Diack est une véritable lapalissade connue dans ses moindres détails par l’ancien président déchu, Abdoulaye Wade. Dans le secret de sa conscience républicaine, il aurait pu aussi éclabousser une république de voyous qui adorent le fric. Diack en se dédisant dans des termes qu’il faudra valider après lecture de la totalité du PV et de l’évolution de l’enquête nous a rappelé les limites morales de la politique.

La lapalissade de Diack dépasse objectivement le président Macky qu’il soit ou non lié à cet événement. Elle engage toute la société civile y compris le financement des assisses nationales chantre d’une république nouvelle vertueuse. L’argent sale de Diack a-t-il été mis dans cette « entreprise de vertueux » ? La question concerne tous les autres segments d’une classe politique et civile qui joue sa crédibilité. Sinon, nous passerions d’un système de financement vertueux à un ver tueur. Car le ver est  vraiment dans le fruit. De toute façon, si tel est le cas, Diack ne nous aura rien appris. Sinon confirmer que les salauds sont encore bien au cœur de nos appareils.

ANKN

 

FERMES TA GUEULE, SINON…

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Socio-anthropologue

SCÉNARIO DE LA MORT. Abdoulaye Wade a été défait il y’a 3 ans. Il n’a jamais supporté sa défaite qu’il a assimilée à une victoire de forces coalisées pilotées de l’étranger. L’homme en est convaincu et le clame haut sur tous les toits. Il devrait sans doute avoir plus que des soupçons d’un vieux capricieux pour expliquer les raisons d’une défaite présidentielle annonciatrice d’un ras-le-bol généralisé. Ils étaient nombreux à vouloir prendre la place du vieux renard qui a fini par boire jusqu’à la lie le coup d’estocade porté par une jeune et sournoise créature sortie de ses décrets. Il a imposé au jeune poucet aux plus récalcitrants et au plus « méritants » d’un parti totalement soumis à ses caprices de vieux gâteux. Il l’apprendra à ses dépens. Wade a beau poursuivre ses dénégations, il a lui-même été le réalisateur mal habile et mal inspiré d’un scénario qui raconte sa propre mort politique. Car Macky Sall a toujours été un parfait inconnu du bataillon des combattants de la liberté. Même son passage dans une gauche maoïste souvent tonitruante ne lui a pas permis de décliner des lettres de noblesse d’un engagement militant sincère. L’homme est peu bavard. C’est un loup solitaire qui sait par quelle porte entrer pour atteindre les plus faibles mais aussi les plus tenaces de la bergerie. Il prendra le temps qu’il a appris à apprivoiser face aux assauts d’une vie sociale qui ne lui a pas toujours souri avec bonheur.

Grace ou par la faute de Wade, voilà que Macky est devenu notre président de la République. Bien évidemment l’homme a ses mérites personnels face au vieux renard et une classe politique cinquantenaire aux discours désuets et aux conditions physiques déclinantes. Il n’est pas étonnant que l’homme de Fatick règne en maître presque absolu dans un silence républicain assourdissant. L’homme n’est pas brillant. Mais son style est d’une grande efficacité pour clouer le bec aux plus bavards. En réalité, le Président Macky Sall à l’image de son père politique est un grand dictateur qui souffre d’un grand complexe d’infériorité qui accentue et aggrave la violence symbolique de sa gestion du pouvoir.

TOUS LES MÊMES. Sinon, comment comprendre que le Président Macky Sall refuse toute expression démocratique à travers des marches notamment ? Comment expliquer qu’il arrête des journalistes ou opposants politiques qui commentent une actualité électrifiée par les déclarations d’un Lamine Diack tombé bien bas de son piédestal. Dire qu’il recherchait un consensus autour de sa personne pour être notre Président. Vrai ou faux, le Président Macky Sall a pris trop d’argent qu’il devra un jour justifier. A l’image de toute une classe politique brillante dans sa capacité à se liguer pour sauver sa peau face aux enjeux d’un débat de transparence et d’une éthique de responsabilité. Diack a lancé une bombe qui secouerait tout Etat digne et équitable. Il ne se passera rien car fondamentalement, la classe politique est la même. Elle fera profil bas le temps que les ondes incandescentes hexagonales se refroidissent. La conglomération des initiés reprendra le dessus sur un peuple émotif qui a fini de détester des pans entiers de politiciens imbus de leur confort et de celui de leurs petites copines.

POLICE POLITIQUE. Pendant ce temps, le Président Macky Sall utilise sa police politique pour intimider les sénégalais. La violence des arrestations et le profil des personnes incriminées sont les signes évaluateurs de la peur au ventre d’un président soutenu par des réseaux tout aussi dangereux qu’occultes. Wade est son inspirateur. Que n’a-t-il pas fait lui aussi avec la DIC. Transformer des officiers de police judiciaire aussi compétents en de simples valets de l’empereur est d’un détestable manque de respect pour nos corps d’élite. Les sénégalais ont même oublié dans leur conscience ramollie les autres missions notamment de sécurisation du territoire national d’une police qui a d’autres urgences que de « cueillir des opposants à 5 heures du matin ». On aurait pu penser pourtant que cette police politique devrait faire partie des reliques d’un ordre ancien qui en a tant usé et abusé. C’est sans compter avec la psychologie revancharde d’un Président partisan de la chicote légalisée. Il aimerait sans doute voir ses opposants au lever d’un soleil glacial pisser ou déféquer sous leurs froques.

Tout ceci n’est pas drôle et il interpelle des consciences citoyennes et démocratiques qui souvent doivent imposer un vrai débat de sociétés sur l’enrichissement de nos hommes et partis politiques. Ce débat, ces derniers dans un consensus de survie ne le poseront jamais. Diack a lancé sa bombe. En réalité, il a lancé une lapalissade. Le président de la République devrait s’en saisir pour engager une réforme en profondeur du financement des partis politiques. Il n’en fera rien. Voilà pourquoi, je continue de penser que le président Macky Sall est une vraie catastrophe nationale.

ANKN