POINT DE VUE : DE L’OR POUR UN DÉVELOPPEMENT INCLUSIF

Dr Arona Soumaré

Géographe – Environnementaliste

Arona Soumaré est titulaire d’un doctorat de Géographie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), d’un Master of Science en Etude d’impact Environnemental de l’Université du Pays de Galles (Royaume-Uni), d’une Maîtrise en Relations internationales (Fletcher School of Law and Diplomacy de l’Université Tufts, Etats-Unis).  Dr Soumaré enregistre à son actif plus de 20 ans d’expérience en matière notamment de gestion des ressources naturelles.

MALEDICTION. Il y a un peu partout dans le monde, une sorte de malédiction des ressources minières. De nombreux pays en développement souffrent, plus qu’ils ne bénéficient de leurs richesses en ressources naturelles.

L’exploitation aurifère a une histoire souvent pavée d’opulence sectaire côtoyant une pauvreté extrême, une histoire de prébende, de contrebande et de conflits. Un long récit de pollutions et de maladies graves, aussi…

Cependant, l’or est devenu tellement vital dans le monde entier avec notamment une industrie de plusieurs milliards de dollars, avec d’énormes avantages potentiels pour les pauvres dans les pays en développement, où quelques veines d’or sont trouvées.

En effet, lorsque les ressources minérales importantes sont découvertes et exploitées cela peut présenter des grands avantages économiques, mais cela peut également exacerber les disparités économiques et sociales aux niveaux local et national.

Par ailleurs, le territoire des entreprises minières apparaissent comme des « îlots» lumineux sur le socle birimien du Sénégal oriental qui est un océan de terroirs villageois déstructurés et qui manquent de tout

ENJEUX MULTIFORMES. En outre, à moins que le développement ne soit géré avec beaucoup de soins, des impacts négatifs souvent irréversibles émergent du point de vue environnemental, y compris pour le développement agro-sylvo-pastoral et la santé des populations locales. Autour du gisement aurifère de Sabodala se profile plusieurs enjeux :

Un enjeu écologique aussi : A beau dire, l’extraction de l’or est une pratique dangereuse et peu respectueuse de l’environnement pour plusieurs raisons. L’exploitation minière est destructrice pour l’environnement naturel autour des mines, l’élimination des déchets de roche crée des problèmes, défigure les paysages et utilise des produits chimiques mortels comme la cyanure.

Un enjeu de développement : les interventions ponctuelles des sociétés minières (construction de salles de classes, de forages, etc.) restent encore complètement déconnectées des  priorités locales et  des plans de mise en valeur et de conservation des ressources naturelles et du territoire au profit des populations. Saupoudrage ou blanchiment écologique?

TERROIRS DESTRUCTURÉS. Par ailleurs, le territoire des entreprises minières apparaissent comme des «îlots» lumineux sur le socle birimien du Sénégal oriental qui est un océan de terroirs villageois déstructurés et qui manquent de tout. Comment alors veiller à ce que la manne aurifère puisse être un levier d’une croissance durable et inclusive” ?

Dans ce contexte, il importe de s’assurer que les décideurs et les communautés locales prennent la pleine mesure des impacts potentiels liés à cette industrie et que des mesures idoines soient prises et appliquées pour éviter, le cas échéant, atténuer les impacts négatifs.

Les études d’impact environnemental sont vite brandies à la fois par les exploitants miniers et les décideurs, comme gage de responsabilité environnementale et sociétale et de profond attachement au respect de la loi ?

Dans le fond, ces documents souvent très ésotériques (a souhait ?) posent un problème d’appropriation à une population majoritairement analphabète qui n’a pas été associée dans les phases préliminaires de cadrage, en vue de s’assurer que leurs préoccupations/appréhensions sont dûment prises en compte.

ALIBI ENVIRONNEMENTAL. Etudes d’impact alibi ou à posteriori ? Tout compte fait, elles arrivent souvent tard ou trop tôt, parce que les décisions politiciennes ont déjà été prises mais… il faut bien les légitimer. Par exemple, la signature de la convention minière qui devait théoriquement venir après la validation des études d’impacts qui auraient permis de cerner d’abord les enjeux environnementaux et socio-économiques, s’est faite bien avant. Pourtant, ces études aussi constituent une partie intégrante dans la procédure d’obtention du permis d’exploitation. On peut dans ce contexte s’interroger sur les bases qui auraient permis d’éclairer la prise de décision d’autoriser ou non une concession minière ou de déterminer les contours pour l’alimentation du fameux fonds fiduciaire (articles 82, 84 du Code minier) destiné à réhabiliter le site à la fin du cycle minier. C’est bien un jeu d’équilibriste que de mettre un prix sur ce qui n’a pas (encore) de prix…. ?

Dans le fond, ces documents très ésotériques (a souhait ?) posent un problème d’appropriation à une population majoritairement analphabète qui n’a pas été associée dans les phases préliminaires de cadrage, en vue de s’assurer que leurs préoccupations/appréhensions sont dûment prises en compte.

Bien souvent le développement minier en question n’est ni une politique, un plan ni un programme, mais plutôt une collection de projets, chacun étant réalisé par des entreprises individuelles qui ne sont pas liés les uns aux autres, et dans de nombreux cas, entrepris dans l’isolement l’un de l’autre.

Compte tenu de la ruée vers l’or au Sénégal Oriental et des enjeux associés à cela, nous pensons que la planification pour le développement minier peut être améliorée d’une manière importante par l’entreprise de l’évaluation environnementale stratégique (EES)

ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE  STRATÉGIQUE. L’approche traditionnelle de la planification du développement du secteur minier suit une séquence commençant par l’exploration et un sondage plus systématique des gisements potentiels, suivie par la phase d’extraction et, finalement, la clôture et, le cas échéant, de remise en l’état. Chacune de ces étapes est normalement accompagnée d’une évaluation environnementale et sociale détaillée basée sur les études d’impacts environnementales de projets individuels. Bien que l’évaluation de chacun des composants soit utile dans l’identification des effets localisés, elle ne présente ni une vue plus exhaustive de ce qui est susceptible d’arriver à l’économie locale et nationale de manière globale, encore moins d’une analyse fine des secteurs /acteurs de la société qui gagnent ou perdent par le fait des options de développement choisies et de la manière dont l’écosystème sera affecté à long terme.

Compte tenu de la ruée vers l’or au Sénégal Oriental et des enjeux associés à cela, nous pensons que la planification pour le développement minier peut être améliorée d’une manière importante par l’entreprise de l’évaluation environnementale stratégique (EES) sur l’ensemble du cycle de  développement, de la découverte, le développement à l’éventuel déclassement lorsque les réserves sont épuisées. Cela permettra à différentes options politiques et programmatiques d’être examinées afin qu’une stratégie, la plus bénéfique d’un point de vue économique, social, et environnemental puisse être adoptée pour assurer le maximum de croissance durable pour l’économie nationale et locale, le renforcement de la cohésion sociale dans les zones aurifères et la réalisation du plus haut niveau de protection de l’environnement possible et réaliste (un résultat gagnant-gagnant gagnant).

Dr Arona Soumaré

ETHNO-PHOTOGRAPHIE DE LA COMPLEXITÉ

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue

Matar Ndour, Ethno-Photographe

Un fait est observable dans l’analyse comparative des peuples africains de façon générale. Ils présentent beaucoup de similitudes. Mais aussi de spécificités entre eux. En parcourant le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau, nos données ethnographiques et photographiques confirment ce fait anthropologique. Dans une série d’articles, nous reviendrons sur ces continuités et discontinuités culturelles qui ont traversé les rites, rituels de certains d’entre eux. 

Nos données permettent des comparaisons satisfaisantes. Elles cherchent à produire du sens. Elles ne sont dans le sillage d’une anthropologie manichéenne de l’évolutionnisme darwiniste et ses dérivés. Elles ne sont dans l’essentialisme désincarné et caricatural de nos peuples en perpétuel mouvement. Ni dans la carte postale. Ni dans des formes simplifiées du diffusionnisme anthropologique. Encore moins dans les catégories du fonctionnalisme et du structuralisme réducteur.

Notre travail qui entre dans une seconde phase conceptuelle plus systématique visera à éviter les écueils d’une socio anthropologie de l’exotisme et de la carte postale. Nous verrons que signifie comparer dans le contexte d’une anthropologie de la suspicion et de l’irrévérence. Comment par la photographie, le stylisme, l’anthropologie, nous pouvons rendre compte des diversités et des spécificités. De l’unité culturelle africaine chère à Cheikh Anta. Mais aussi comment il faut dépasser cet «unicisme anthropologique» tout aussi réducteur. 

Notre projet épistémologique cherchera à valoriser dans une cohérence d’ensemble les deux versants de l’unité et de la diversité. Ils nous semblent refléter mieux la complexité des faits sociaux. Ils sont producteurs de sens. Ils évitent les mimétismes doctrinaires qui ont tant discrédité la belle ouverture d’une discipline comme la socio-anthropologie.

Combinée à la photographie, au stylisme, la socio-anthropologie dans notre perspective reste une discipline d’avenir. A charge pour nous de lui donner du SENS et de la SIGNIFICATION. Nous voulons à travers cette nouvelle perspective de notre cheminement, apporter notre contribution. Voilà le cadre épistémologique. Voici les nouveaux challenges qui dépassent la simple description des cultures étudiées. Nous voulons désormais promouvoir l’ethno-photographie de la COMPLEXITÉ comme approche mais aussi comme outil d’analyse de nos peuples.

Le prochain article traitera des rapports entre les bijagos de la Guinée-Bissau et les ajamaat.

© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN. Octobre 2018

BRUNO, LE SILENCE N’EST PAS QUE D’OR. IL EST AUSSI CULPABILISANT

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
Les obsèques de Bruno sont passées hier. L’homme mérite tous les hommages d’une république qu’il a servie dans la discrétion. Au-delà, des émotions et des postures, on peut s’interroger aussi sur le sens de cette mobilisation nationale qui, par moment, ressemblait plutôt à une sorte de théâtralisation obscène. Bruno c’est finalement l’iceberg dans un océan de “bavards maitres chanteurs”. Sa “normalité” est si “singuliere” dans le contexte d’un Eat à terre depuis plusieurs décennies.
Hier plus je regardais les “témoins” defiler plus j’avais la nausée. Comme s’ils venaient en intrus, souiller sa mémoire. Voire Moustapha Niasse dire “je ne lui connaissais pas de colère”. C’est juste terrible. Lui qui a traversé le siècle avec des coups de poings et ses sorties acides. Voir les témoins Aminata Tall ou Ndèné Ndiaye parler de sens de la république donne froid au dos. Bruno était dans son role. Et eux alors??? Il faisait son job. Ce qu’il faisait s’appelle le professionnalisme. Rien de plus. Ce qui est terrible, c’est que nous sommes dans un pays ou le déballage, la divulgation des secrets professionnels et la délation sont érigés en règle. Voilà qui fait que son attitude détonne. Mais le silence n’est pas que d’or. Il aussi culpabilisant. Qu’il repose en paix et nous inspire.
 
NKEN
 
 
 

LA GRANDE FÊTE DU ROI D’OUSSOUYE : HÙMABËL OU FÊTE DU NOUVEL AN AJAMAAT 

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue 

Matar Ndour, Ethno-Photographe 

Le décret royal d’Oussouye vient de tomber. Le hùmabel se déroulera du 28 au 30 septembre 2018. Plusieurs festivités pour magnifier le roi et exhiber des pans culturels importants de la culture ajamaat dans ce royaume de Sibiloumbay Diédhiou,  17ième “Maan”, roi d’une longue lignée. Sibiloumbay intronisé depuis 2000 après la disparition de  Sibakuyaan Diabone à ne pas confondre avec feu le roi Sibakuyaan Sambou de  Djicomole de Mlomp. Le calendrier musulman a fêté son nouvel an 1440. Il reste 3 mois pour que le monde fête sa fin d’année et entrer de plein pied en 2019. Car,  c’est connu les peuples n’ont pas les mêmes systèmes calendaires. De même ils n’ont pas les mêmes systèmes de calculs,  de cosmogonie…

En effet, le 28 septembre prochain, le royaume d’Oussouye célèbre son nouvel an soit souvent 3 mois avant le système calendaire judéo-chrétien qui nous gouverne. Et oui,  nous serons le 1er janvier 2019 chez les ajamaat du Kassa qui correspond aussi aux grandes festivités royales de Oussouye connues sous le nom de Hùmabël.

Nous reviendrons sur ce système calendaire ajamaat et l’importance  du système royal dans sa systématisation. Un système calendaire qui comprend 6 jours contre 7 pour le calendrier judéo-chrétien. Voilà qui confirme bien l’adage  : il faut du tout pour faire un monde. Le monde lui même est une infinie complexité de tout. Bonne et heureuse année 2019 au royaume d’Oussouye.

Copyright. Projet-ethno photographique, septembre 2018. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour & NKEN

 

LES LIEUX DE CULTE DU BLOUF : ENTRE VIOLENCES ET INCONGRUITÉS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue 

Matar Ndour, Ethno-photographe

En parcourant le Blouf, on est fasciné par ses mosquées et ses églises. Mais aussi par ses autels. Un syncrétisme symptomatique de la configuration socio-religieuse du Sénégal. Pourtant, au-delà des apparentes cohabitations fraternelles entre religion,  se cache une histoire douloureuse faite de prosélytisme violent. À l’image d’une Casamance résistante et jalouse de ses bois sacrés et autels jusqu’à ce que le christianisme et l’islam ne viennent perturber ou redessiner une nouvelle carte des lieux de culte. 

Thionk Essyl dans le blouf à quelques encablures de Tendouck et de Mangagoulack donne une illustration historique de ces chocs de positionnement religieux. On sait qu’une grande partie du Fogny et du Blouf a été convertie à l’islam par le marabout diakhanké Fodé Kaba Doumbouya et le socé Kombo Sylla. À partir de Karabane le prosélytisme chrétien a pénétré les intérieurs du pays ajamaat  (au sens large) avant de se consolider définitivement.

On rappelle dans ce choc des religions, l’histoire de la grande mosquée de Thionck Essyl. En effet,  elle est construite sur un site qui s’appelait Bandjankoussor. C’était un bois sacré très touffu où le roi réunissait sa cour et les sages pour implorer Dieu de faire descendre la pluie. Le Roi, c’est le ” Ëyii” en Joola. Selon certaines versions receuillies auprès des anciens,  ceux qui participaient à cette procession rentraient chez eux sous une forte pluie. À l’image des cérémonies organisées par les reines Kuyito dans le Tendouck ou Aline Sitoé Diatta dans le Cabrousse ou Alonso Bassene dans le Moffi Eve ou Sibet de Siganaar dans le Kassa. ..

Après la conversion de la génération “efossé”, puisque c’est à partir de cette génération que la conversion à l’islamisme ou au christianisme fut effective et généralisée, qu’une mosquée est érigée à l’endroit où se tenaient les cérémonies animistes, c’est à dire à l’emplacement du bois sacré Bandjankoussor qui se trouve juste face de la gare routière de Thionck. Du sang a beaucoup coulé pendant la construction de la mosquée. Il y a eu une forte résistance des conservateurs principalement issus du quartier de Batine pour démolir à plusieurs reprises la construction en cours. Une très grave crise qui a plongé Thionck dans un chaos tragique. C’est certainement un cas qui contredit l’idée selon laquelle, en basse casamance, on ne touche jamais aux bois sacrés. Quelque soit le caractère anecdotique de la destruction de ce lieu mythique des animistes, on voit bien la violence des chocs sur fond de prosélytisme. 

Le blouf,  c’est aussi des sanctuaires chrétiens à l’image de celui de Mangagoulack. Ce sanctuaire construit par les missionnaires est aussi selon plusieurs témoignages recueillis sur place, le culte protecteur du village. Mais aussi naturellement un lieu de prières. Sa structuration rend tout visiteur assez perplexe. En effet,  si la croix est bien mise en évidence ce qui est le symbole déterminant du christianisme, les 3 objets positionnés sur la tête et les bras sont plutôt des signes maçonniques. On aurait même pu penser que ce sont des signes de la croix de David. Mais après observation minutieuse,  il s’agit en effet de symboles maçonniques. La question est de savoir comment on a pu associer sur une croix chrétienne des identifiants maçonniques?  Ces missionnaires étaient ils des chrétiens maçons ?  Comment les fidèles et “pèlerins” interprètent ils ce syncrétisme christiano-maçonnique?  Des questions sur lesquelles nous reviendrons.

Copyright : Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN. Septembre 2018. 

DESTIN NATIONAL ET CACAPHONIE NAUSEABONDE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
Notre pays est au carrefour de plusieurs enjeux géo-politiques. Il est toujours sous domination française. La mainmise de la France sur de larges secteurs stratégiques économiques date. Elle est aussi symptomatique de l’histoire toute singulière que nous entretenons avec cette ancienne puissance colonisatrice. Cependant, ce serait réducteur de réduire les mainmises sous le strict rapport de la France qui perd d’ailleurs du terrain de plus en plus. La Chine est là. Les USA aussi. Sans compter les petits poucets tout aussi efficaces tels que les marocains, les turcs. Pendant des décennies nos élites ont été formées aux écoles françaises. Maintenant elles le sont de plus en plus dans les écoles turques, marocaines, américaines. Quelque soit la nature de leur présence, ces pays sont aujourd’hui au coeur de nos dispositifs sécuritaires, économiques, éducatifs…
Ces “forces ” externes se donneront les moyens de maintenir le statut quo. Pour naturellement défendre leurs intérêts mais surtout parce que le Sénégal aura une contagion terrifiante pour d’autres pays de l’Afrique de l’ouest en cas de basculement. La seule solution c’est d’avoir au moins un front nationaliste qui se dresse pour inverser le cours des choses. Ce qui repose l’épineuse question des alliances nationalistes. Avant de discuter des “actions” parlons du projet politique. Si le projet c’est de mettre fin au pillage de nos ressources et de reprendre le guidon de notre destin alors il ne faut pas être naïf. Ce sera un combat à mort. Mais pas impossible. Car il faudra se battre et avec les valets et avec les maitres
Il y a cette tension entre des gens comme Sonko qui tentent d’élever le débat (sans tout le realpolitik necessaire) et cette cacophonie nauséabonde focalisée sur les “mercenaires” (souteneurs de tous bords) et tous les petits messies qui pensent détenir la clé. Pendant ce temps le peuple “attend”. C’est ubuesque mais c’est la situation objective aujourd’hui. Elle ne changera pas dans les 6 mois à venir. La question c’est comment en tenir compte. Personnellement, je ne crois pas à la possibilité d’une échappée solitaire. Il faut travailler en bloc ou chasser en meute en ayant le courage de séparer la bonne graine de l’ivraie si nous voulons reprendre notre destin en main. Ce ne sera pas facile. Et cela me fait peur.
Je suis outré par l’outrecuidance d’un Aliou Sow ou d’un Fada. Mais ces chiens de garde et tous les autres jouent un rôle précis. Celui de pollueurs. C’est le concert de casserole du pouvoir. Détourner l’attention vers le caniveau. De l’autre côté Sonko devient presque “intouchable”. Alors qu’il faut le “critiquer”, le pousser à s’ajuster, à s’allier. Sinon il servira juste de lièvre dans la course. J’espère qu’il le comprend.
NKEN

LA DOCTRINE DE LA CALEBASSE : FERRER LES CHÈVRES ET FAIRE TAIRE LES LOUPS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Mendoza avait lancé sa bombe. En homme de gauche averti il l’avait fait exprès. Tant mieux. Au moins ça avait le mérite d’être clair. Mamadou Ndoye symbolisait une certaine idée du combat politique quand même. C’est l’indécence des gens qui révolte. Les deniers sont distribués dans une sorte de tontine nationale. La doctrine de la calebasse pleine. Pour ferrer les chèvres et faire taire les loups. Mais le système a toujours fonctionné comme ça. Wade a assumé ses prébendes et privilèges induits. Diouf était plus regardant. Maky a installé un système plus pernicieux sur fond de leurre en matière de gestion. Le cancer est là.

Les largesses de Macky à Tivaouane, Camberene, Touba, Kaolack…viennent des deniers publics tout comme l’argent distribué dans la coalition présidentielle. C’est un jeu dangereux. Ce jeu est aussi accepté ! C’est là le drame. Cette forme de “redistribution” est légitimée. Ce que met sur la balance Macky est claire. Être  ministre ou recevoir des espèces sonnantes et trébuchantes. C’est pareil. L’accès direct et l’accès indirect. La poche avant le pays rek.

L’échec social c’est ne pas être récipiendaire des “largesses “. Ce n’est pas du cynisme. Ce magma autour du président n’est rien d’autre qu’une meute qui bouffe le Sénégal. Plus de 50 alliés rétribués sur nos derniers. Sans compter les institutions politiciennes budgetivores. Il faut y rajouter la rétribution des fesses qui a fini de saper l’autorité morale d’une république de courtiers.

Ce qui se joue plus fondamentalement au-delà des secrets de polichinelle transformés en «secrets d’Etat», c’est que cette classe politique dirigeante est entrain de saper ce qui doit faire un pays moderne. Le culte du travail, la  reddition de comptes et la transparence. C’est un crime. On verra les impacts dans une génération. Une société qui dit à ses enfants que voler c’est non seulement  correct mais c’est la voie royale. Tout le monde demande et chacun est preneur. La nouvelle “intelligence” c’est la capacité à chaparder et la duplicité qui permet de s’accrocher à tous les trains qui traversent l’histoire du Sénégal.

Mendoza avait sorti sa «vérité révolutionnaire». On peut lui rétorquer l’interrogation léniniste que faire ? Est ce la demande sociale exige aussi la fin de la doctrine de la calebasse ? Nous ne sommes pas des chèvres et des loups. Nous voulons que nos ressources soient gérées de manière transparente et efficace. On vivra à la sueur de notre front. À Macky de garantir la transparence et un système équitable basé sur le mérite. Est ce si difficile pour Macky ? Le bonhomme est décidément un sacré joueur d’échecs. Tôt ou tard il sera victime d’un échec et mat.

NKEN

POUR L’HONNEUR DE LA GENDARMERIE SÉNÉGALAISE TOME 1 ET 2

Tome 1 : “”Juin 2007 : un scandale, mon nom, la perte de mon commandement de major général de la gendarmerie… un des multiples scandales du régime dit de l’alternance. Un Président sourd à mon appel et des officiers qui usent de leur pouvoir et de leur autorité pour me salir. Un exil, un silence abasourdissant, le stress me retracent une carrière que j’ai voulue exemplaire, engagée et honorable. J’explique le sens de mon engagement et les principaux événements qui ont jalonné mes états de service.”

Tome 2 : “2005-2007: un homme, un général, sa femme, des officiers perdus sont aux commandes d’une des plus prestigieuses institutions militaires, la gendarmerie nationale. Comment pouvais-je échapper à ces officiers dont le seul but était de s’enrichir, et à qui un régime félon avait confié les rênes de la gendarmerie ? Pour que cette dernière survive à tant d’années de corruption, de concussion, de népotisme et de mensonges, j’ai écrit ce livre”.

 

 

L’AFRIQUE DES LAICITES : ETAT, RELIGION ET POUVOIRS AU SUD DU SAHARA

L’Afrique des laïcités : Etat, religion et pouvoirs au sud du Sahara
Année de publication 2014
Type de document Ouvrage
Auteurs Holder G. (dir.), Sow M. (dir.)
Source Marseille (FRA) ; Alger : IRD ; Ed. Tombouctou, 2014, 395 p. (L’Afrique se Raconte). ISBN 978-2-7099-1760-5
Résumé L’Afrique des laïcités, c’est d’abord quatorze pays qui célèbrent un demi-siècle d’indépendance, non sans avoir inscrit au préalable la laïcité de l’occupation coloniale française dans leur constitution. Quatorze pays qui sont en proie à un scepticisme croissant à l’égard d’une action publique incapable d’endiguer les processus de paupérisation, tandis que les acteurs religieux interviennent de plus en plus massivement au sein des économies morales et politiques nationales. Trente chercheurs africains et européens analysent les tensions et les accommodements entres les différents acteurs de ces économies, examinant les modalités suivant lesquelles se décline et se dit la laïcité au sein des différents contextes nationaux. Ils passent en revue les formations étatiques précoloniales qui ont pu opérer une séparation entre l’État et les cultes, avant d’aborder l’exercice d’une gouvernance coloniale fort peu laïque, puis les pouvoirs autoritaires africains qui se sont en partie déchargés sur les instances religieuses pour « développer » ou acculturer leur société. Ils pointent enfin la façon dont les différends qui s’articulent autour des débats actuels sur la laïcité croisent ou accentuent d’autres tensions sociales touchant notamment aux questions identitaires et de genre et, plus généralement, aux exigences de démocratisation et des modernités africaines.

Source : http://www.documentation.ird.fr/hor/fdi:010062940

“BAKARY DIALLO, MEMOIRES PEULES” (DOCUMENTAIRE)

Bakary Diallo, berger peul, un des premiers tirailleurs sénégalais est considéré par certains comme le premier romancier sénégalais avec son livre “force bonté”. Il y a à vérifier si son livre est antérieur a celui de Lamine Senghor “le viol d’un pays”. Ce qui est intéressant c’est qu’il a écrit des textes en pulaar qui n’ont jamais été édités (même en wolof). Ce documentaire essaie de reconstituer ces écrits à partir de témoignages car les manuscrits ont disparus. Démarche très intéressante de reconstitution et de mémoire.

Documentaire réalisé par Mélanie Bourlet et Franck Guillemain. Cliquez sur le lien ci dessous pour voir l’intégralité du documentaire.

https://www.canal-u.tv/video/cnrs_ups2259/bakary_diallo_memoires_peules_de_melanie_bourlet_et_franck_guillemain.23168

Résumé du documentaire

“Ce film nous conduit sur les traces de Bakary Diallo, berger peul connu pour être un des premiers tirailleurs sénégalais à avoir relaté en français son expérience de la Première Guerre Mondiale dans son roman “Force-Bonté”. De retour parmi les siens en 1928, il compose en peul, sa langue maternelle, de longs poèmes chantant la beauté et la luxuriance des paysages de son enfance. Aujourd’hui disparus, la redécouverte de ses poèmes permettrait de rendre sa place à Bakary Diallo dans l’histoire de la littérature africaine.

Mélanie Bourlet, spécialiste de Langue et Littérature peule au sein du laboratoire Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noire (LLACAN), nous emmène dans un long voyage au cœur de la région du Foûta Tôro, à la recherche de ces écrits perdus. L’objet principal de sa quête est un manuscrit intitulé “Mbalam” du nom du village d’enfance du poète. A la faveur d’une mémoire orale encore vive chez les proches de l’auteur, la chercheuse parvient peu à peu à dresser les contours de l’œuvre poétique de Bakary Diallo.

Producteur : Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noire, CNRS Images, CNRS-Cultures, langues, textes 
Participation : ANR 
Réalisateur : BOURLET Mélanie  (LLACAN, UMR CNRS et INALCO, Villejuif)GUILLEMAIN Franck  (CLT, UPS CNRS, Villejuif)
Conseiller scientifique : BOURLET Mélanie  (LLACAN, UMR CNRS et INALCO, Villejuif)”