CE QUE RICHARD WRIGHT NOUS DIT AUJOURD’HUI

Dr Lazare Ki-Zerbo

Philosophe, Val d’Oise, France 

Né en 1965 à Ouagadougou (Burkina Faso), Lazare Ki-Zerbo est docteur en philosophie. Il a enseigné à l’Université de Ouagadougou de 1995 à 1999. Chargé de mission à la Francophonie, membre du Mouvement des intellectuels du Burkina Faso, il est également membre du Centre d’Études pour le Développement Africain (CEDA). Fils de l’historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo, il a fondé le Comité InternationalJoseph Ki-Zerbo. Ses centres d’intérêt et publications portent sur le panafricanisme, le fédéralisme et les relations entre mémoire et nouvelles technologies.

 

Alors que du cœur même du capitalisme occidental se développe une forte interpellation éthique  sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE), sur la solidarité intergénérationnelle à cause de la prise de conscience de la finitude du monde naturel et humain, la commémoration prochaine du soixantième anniversaire de la Conférence afro-asiatique de Bandung offre l’opportunité de revenir sur l’un des pôles oubliés de la réflexion sociologique, en l’occurrence la tension individu – communauté , qui inspira autrefois les pères fondateurs de la sociologie européenne, Max Weber, Ferdinand Tönnies, Emile Durkheim ou Marx.

Bien qu’affecté de manière relativement profonde par  l’occidentalisation du monde, l’ensemble des civilisations qui dialoguèrent il y a cinquante cinq ans à Bandung,  en  Indonésie,  n’est nullement dépaysé par cette quête tardive du sens dans le capitalisme occidental mondialisé. De nombreux penseurs arabes par exemple s’interrogent sur les sources et les ressources potentielles d’une modernisation du monde arabe, et, au-delà, de l’islam.

La religion relie le monde naturel à un autre monde spirituel, elle relie aussi les hommes entre eux en organisant leur relation non sur la base du travail mais des valeurs , du statut, notamment la hiérarchie qui oppose la féodalité au reste de la population.  

Dans son récit de voyage au Ghana, Black power. A record of reactions in a land  of pathos (1954),  l’écrivain africain-américain Richard Wright apparaît à cet égard comme un précurseur pour la libération de l’individu dans les mondes africains et musulman.

Par exemple Wright,  qui se considérait comme un « Noir occidentalisé », stigmatise l’impossibilité de la dissidence individuelle dans le contexte africain typique: What would happen to a romantic rebel in an African tribe ? s’interroge-t-il ?

Car la religiosité africaine, devenue aujourd’hui un lien commun lui saute aux yeux dans la société ghanéenne à la veille de l’indépendance. La religion relie le monde naturel à un autre monde spirituel, elle relie aussi les hommes entre eux en organisant leur relation non sur la base du travail mais des valeurs , du statut, notamment la hiérarchie qui oppose la féodalité au reste de la population.

Par exemple Wright aperçoit des femmes qui pilent les tubercules pour produire le fufu, la pâte qui est à la base de l’alimentation sur les côtes ouest-africaines. Il imagine immédiatement la machine qui pourrait exécuter mécaniquement ce travail, disons dans une entreprise moderne. Le jeune technicien ghanéen qui l’accompagne pourrait résoudre le problème. Why don’you invent a machine to pound that stuff.

Dans cette Afrique certes quelque peu stéréotypée, la relation quasi-osmotique du travailleur et de son monde social , évoquée à propos de l’Asie et en tout cas dans le thème proposé, est plutôt immergée dans un univers humain, symbolique plus englobant

La réaction est surprenante : they laughed so heartily that they had to abandon their work: making fufu with a machine would have been the work of evil spirits. Le management rationnel du travail humain n’est pas possible dans ce contexte que d’aucuns ont trouvé pour le moins caricatural , mais qui correspond à l’arriération économique héritée de siècles d’esclavages et de colonisation.

Life then becomes a supremely spiritual task of molding and shaping the world according to the needs of the human heart.

Dans cette Afrique certes quelque peu stéréotypée, la relation quasi-osmotique du travailleur et de son monde social , évoquée à propos de l’Asie et en tout cas dans le thème proposé, est plutôt immergée dans un univers humain, symbolique plus englobant. Il vise aussi la solidarité collective mais non pas de manière immédiate et immanente.

La militarité décrite ici n’est pas le fascisme africain contemporain, incarné dans des dictatures encore présentes derrière des façades démocratiques.

C’est pour avoir posé ce diagnostic que Richard Wright propose une militarisation de la vie sociale africaine :“ African life must be militarized (…) I’m speaking of gving form, organization, direction, meaning and a sense of justification to this lives

C’est son leit-motiv :  l’organisation rationnelle moderne est incontournable et dans une certaine mesure prégnante dans les formations sociales et spirituelles asiatiques.  C’est la pierre angulaire pour réussir la médiation entre l’impétus individuel et  la totalité sociale : “the military is but another name for fraternalization, for cohesiveness“. La militarité décrite ici n’est pas le fascisme africain contemporain, incarné dans des dictatures encore présentes derrière des façades démocratiques. C’est au contraire une véritable intersubjectivité où le lien social féconde l’individu et réciproquement.

En Indonésie, lors de Bandung, Wright perçoit dans l’Islam une force médiane entre le communisme et le capitalisme, porteur du développement du Sud. Plus globalement, la spiritualité asiatique, lorsqu’elle admet la laïcité et intègre la rationalité instrumentale occidentale se hisse à un niveau métaindividuel optimal.

Aujourd’hui le réseau bandung spirit , autour de l’Université de Yogyarkata et du Comité international Joseph Ki-zerbo, tente de refonder cette ontologie sociale non holistique en s’appuyant sur les analyses inspirées de l’écologie politique et de l’élan quasi utopique de l’après capitalisme. Le développement des NTIC , les leçons tirées de l’échec du fordisme (système industriel centralisé et misant sur la quantité de la production), l’essor des industries culturelles ou de la dimension culturelle de l’industrie liée aux identités individuelles ou de groupes “à hauteur d’homme“.

Lazare Ki-Zerbo

ÉGYPTE NÉGRO-AFRICAINE : VÉRITÉ HISTORIQUE OU RÉCUPÉRATION AFROCENTRISTE ?

Tidiane N’Diaye (*)

Anthropologue, Économiste

Sénégal

Tidiane N’Diaye a mené une carrière de chargé d’études à l’INSEE, de professeur d’économie descriptive et directeur de recherches à Sup de Co Caraïbes. Il est l’auteur de plusieurs études économiques et sociales de l’INSEE sur les Départements français d’Outremer (DOM). Également chercheur spécialisé dans l’histoire et l’anthropologie des civilisations négro-africaines et de leurs diasporas (africaine-américaine et afro-antillaise), il a publié de nombreux travaux et articles scientifiques sur le sujet. Il est le premier chercheur africain dont les travaux (Traite négrière arabo-musulmane, Le génocide voilé, à propos de la traite arabe) ont été nominés au Prix Renaudot de l’essai en 2008. 

Dans cet article, Tidiane Ndiaye expose les préjugés eurocentristes relatifs au passé des civilisations négro-africaines. Tout en reconnaissant l’indéniable contribution de l’Afrique à l’héritage historique de l’humanité, Tidiane revient sur “quelques aises ” prises par certaines générations de chercheurs avec la vérité historique.  

En des temps aujourd’hui révolus, les vainqueurs de l’histoire refusaient aux peuples dominés, tout apport significatif à l’évolution du genre humain. Ceci dans le but d’alimenter l’illusion de la supériorité culturelle européenne, afin de libérer l’histoire de sa civilisation, de tout apport venant de civilisations du Sud et souvent beaucoup plus anciennes. Dès qu’un monument d’une certaine importance était trouvé en Afrique par exemple, on l’attribuait systématiquement à quelques “Blancs” ou “Sémites” égarés dans ce “monde de sauvages.” Ainsi dans la région du Sud du continent noir, entre l’actuel État du Zimbabwe, l’est du Botswana et le Sud-Est du Mozambique, les vestiges du Grand Zimbabwe (de Dzimba Zemabwé) furent au centre de bien des polémiques. Cette civilisation fut autrefois le siège d’un empire, qui couvrait les territoires du Mozambique et de l’actuelle république du Zimbabwe qui en prit le nom. Le Grand Zimbabwe est la deuxième grande civilisation africaine, après celle des Égyptiens, notamment en terme d’architecture. De nombreux chercheurs européens refusaient de croire, qu’une civilisation aussi avancée, pouvait être l’œuvre de populations négro-africaines. Toutes les spéculations sur ses origines, finiront par être balayées, par les premiers archéologues – guidés uniquement par une démarche scientifique -, qui fouillèrent le site. Il est établi depuis et reconnu par tous, que cette civilisation aux constructions pharaoniques, fut bâtie par un peuple africain. Il s’agit des Shona qui s’y implantèrent vers 400 avant notre ère. Ces vestiges témoignent visiblement, qu’il existait au sein de ce peuple noir, l’équivalent d’astronomes avertis – l’édifice jouit d’une orientation astronomique précise -, d’architectes doués, d’ingénieurs en construction en pierre et en génie civil, de mathématiciens, de maçons et d’urbanistes. Pour autant, les extravagances outrancières de Hegel, qui voulaient que les peuples d’Afrique noire, aient assisté en spectateurs à la marche de l’histoire, résisteront à l’épreuve du temps. Le continent africain sous domination coloniale, restera longtemps encore marginalisé au regard du patrimoine universel, victime des préjugés eurocentristes, qui étaient le lot de plusieurs générations de chercheurs.

Aussi, rien d’étonnant qu’a contrario, des thèses inverses – et dites afrocentristes -, furent forgées pour glorifier volontairement ou non, un certain passé des civilisations négro-africaines, quitte parfois, à prendre quelques “aises” avec la réalité historique. C’est ainsi que la plus ancienne civilisation s’étant développée sur le continent africain, allait à son tour, se trouver au centre d’une polémique non encore close. Tout en ne possédant pas d’historiens qui puissent être comparés à ceux des Grecs et des Romain, les Égyptiens n’en ont pas moins inventé un mode élaboré d’écriture, pour graver leur fabuleuse histoire, partout où il fut possible dans la pierre et reproduite sur les papyrus. Toutefois, le Papyrus de Turin, les Listes royalesLa liste de Karnak, la Table de Abidos et la Table de Saqqarah, sont des supports qui pendant longtemps, ne livraient d’autres secrets que les noms de souverains avec leur durée de règne, sans nul autre détail. Ce “vide historique” constituait une “brèche providentielle” que certains chercheurs n’ont pas manqué d’exploiter. Comme pour les bâtisseurs du Grand Zimbabwe, une polémique soutenue devait longtemps opposer bien des égyptologues occidentaux, aux chercheurs africains Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga, qui soutenaient des thèses opposées. Les premiers défendant le rattachement de la civilisation pharaonique à celles du Proche-Orient antique. Et les deux camps s’accusant réciproquement, de manquer d’objectivité ou de révisionnisme. Pendant longtemps, il ne se trouvait pas un Égyptologue faisant autorité, pour reconnaître l’origine négro-africaine de la civilisation de l’Égypte pharaonique. Alors que pour les scientifiques africains, cette réalité ne laisse aucun doute. A l’appui de leur thèse, ils avançaient comme preuves, les représentations des pharaons Narmer, Djeser, Khéops, Thoutmosis III, de la reine Tiyi et de son époux Aménophis III ainsi que de leur fils Akhenaton, qui tous étaient selon eux, des Noirs. Comment pouvaient-ils en arriver à une telle conclusion ? Ils tenaient également pour fait établi, que les ethnies Malinké et Soninké étaient originaires de la vallée du Nil. Les plus anciennes divinités de l’Égypte antique (l’Ibis, l’Oryx, le Faucon, le dieu Bès et le Sphinx) sont toujours célébrées en Afrique de l’ouest, notamment dans l’actuelle République du Mali où il existe des masques et des statuettes les représentant. Quant à l’étude linguistique comparative réalisée par le pr. Cheikh Anta Diop, elle révèle selon l’auteur, une parenté incontestable entre l’ancienne langue égyptienne, du moins ce qu’en révèlent les hiéroglyphes et certaines langues actuelles négro-africaines, comme le Wolof du Sénégal ou encore le Peul (usé par un peuple nomade africain), entre autres. Une telle parenté culturelle affirme le chercheur africain, se retrouve aussi bien dans la langue que dans l’art des Dogons et des Bozos du Mali, des Baoulés de la Côte d’Ivoire et des Mendés de la Sierra Léone, de même que dans les pratiques religieuses des Yoroubas et des Saras. Usant de méthodes scientifiques modernes, le Pr. Cheikh Anta Diop a procédé à l’analyse d’échantillons de peau de momies égyptiennes. Grâce aux rayons ultraviolets, il affirme avoir pu déterminer leur teneur en mélanine (élément de pigmentation) : toutes, selon lui, “se sont révélées noires de l’espèce de tous les Noirs que nous connaissons aujourd’hui.” Un colloque initié par l’UNESCO et intitulé “Le peuplement de l’Égypte ancienne et le déchiffrement de l’écriture méroïtique” concluait à la fin de ses travaux, que pendant des millénaires, l’Égypte n’était pas habitée par un peuple sémitique et méditerranéen, comme c’est le cas de nos jours. Son peuplement était négro-africain. Lors de ce colloque, il fut également reconnu, que pour la langue et sur le plan culturel en général, l’Égypte pharaonique appartenait à l’univers négro-africain.

L’Afrique noire réhabilitée ?

La thèse centrale de Cheikh Anta Diop a été accueillie par les afrocentristes, comme la correction académique, de la falsification d’une histoire ancienne de l’Afrique. Elle suscita le plus grand enthousiasme dans ces milieux, qui continuent encore son exploitation, comme une mine intarissable et fabuleusement glorifiante de l’apport des peuples noirs au patrimoine universel. Le débat n’est cependant pas clos et reste dans l’impasse. La polémique continue de faire rage. Le sujet est devenu objet de récupération par les uns ou de cynisme négrophobique par les autres. Nous reconnaissons aussi, avoir été troublé par l’activisme intellectuel des tenants de cette thèse. Celui-ci ressemblait en fait, à une de ces démarches engagées et “victimisantes” dans le style : “l’Afrique merveilleuse, mère de l’Égypte noire, ancêtre de toutes les civilisations, mais dont l’héritage aurait été volé par les Blancs… Alors que l’Égypte étant réputée avoir civilisé la Grèce, donc les Noirs ont civilisé le Nord, l’Europe et ses Blancs arrogants.” Nous avions choisi dans un premier temps, d’afficher une certaine distance, vis-à-vis de ces débats souvent peu académiques. Redoutant que sur cette question épineuse, la recherche scientifique ne s’érode, en se politisant, face à un afrocentrisme militant. Puis nous sommes nous demandé, si dans l’élaboration de la thèse de Cheikh Anta Diop, les règles les plus élémentaires de la rigueur méthodologique avaient réellement été respectées.

L’Afrique, berceau de l’humanité, est une réalité paléontologiqueet anthropologique aujourd’hui reconnue. Également dès les premiers millénaires de l’histoire de l’humanité – notamment au cours des périodes paléolithique et néolithique, le rôle tenu par l’Afrique fut de tout premier ordre. De nombreux peuples du continent noir – bien qu’usant de l’antique média de l’oralité -, ont mis sur pied des ensembles politiques, économiques et culturels des plus élaborés. L’Afrique a vu naître et s’épanouir des civilisations aussi prestigieuses que celles du Grand Zimbabwe, de la Nubie, de l’Éthiopie, de Ghana, du Mali, de Nok, d’Ikbo Ukwo, d’Ifé – au nord du Nigeria actuel – et qui ont livré pendant plus d’un millénaire, des chefs-d’œuvre parmi les plus exceptionnels et surprenants connus à ce jour, meublant les plus grands musées et que recherchent encore les plus avertis des collectionneurs du monde entier. C’est de cet apport inestimable au patrimoine historique de la grande famille humaine, que doivent s’enorgueillir les jeunes générations négro-africaines. Ce, pour mieux regarder devant, vers une véritable Renaissance dans un monde d’interdépendance culturelle des peuples. Aussi, peut-on se demander, quel besoin pour des intellectuels noirs, de revendiquer des cultures ou une civilisation qui ne serait pas véritablement “nègre” ? Selon Cheikh Anta Diop les Égyptiens se qualifiaient eux-mêmes de Khem (Noirs) et appelaient leur pays “Khémit.” Ces qualificatifs furent-ils adoptés à cause du limon noir du Nil ou à cause de la population égyptienne qui était noire ? Une interrogation davantage légitimée par certains documents établis par des préhistoriens et qui parlent de l’existence, dans la région du Nil, d’une population se rattachant au groupe chamitique proche des Berbères, des Somalis et des Gallas. Ces écrits évoquent aussi l’arrivée en Égypte d’étrangers d’origine sémitique qui se seraient mêlés à cette population. Cette vague d’immigration serait venue (via la mer Rouge) de la péninsule arabique, selon certaines hypothèses ou encore de la Syrie via le désert palestino-sinaïtique, selon d’autres. La fusion de ces deux groupes ethniques, selon les tenants de cette thèse, serait à l’origine de la formation du peuple égyptien qui ne serait donc pas négro-africain. Aussi, nous examinâmes bien des archives concernant l’histoire de ce pays. Nous avons aussi consulté nombre de textes rédigés par les historiens et philosophes les plus cités – à défaut d’être les plus crédibles -, de l’Antiquité, tels qu’Aristote, Hérodote, le géographe gréco-romain Strabon (Voyage en Égypte) et Diodore de Sicile. L’un des plus célèbres voyageurs et sans doute ancêtre des historiens, Hérodote, ce Grec d’Halicarnasse en Asie mineure, visita l’Égypte vers 450 avant notre ère et lui consacra un ouvrage entier. Grâce à cet érudit, nous connaissons bon nombre de traits concernant la vie et les mœurs des Égyptiens. Il rapporte notamment ceci : “On dit que les Colchidiens sont des Égyptiens. Je le crois bien volontiers, pour deux motifs. Le premier c’est qu’ils sont noirs et qu’ils ont les cheveux crépus. Le second et le principal, c’est que les Colchidiens, les Égyptiens et les Éthiopiens sont les seuls hommes qui se fassent circoncire de temps immémorial, les Juifs et les Syriens l’ayant appris d’eux.” Diodore de Sicile d’ajouter : “Les Éthiopiens disent que les Égyptiens sont l’une de leurs colonies qui fut menée en Égypte par Osiris. Ils prétendent même, que ce pays n’était au commencement du monde qu’une mer, mais que le Nil, entraînant dans ses crues beaucoup de limon d’Éthiopie, l’avait enfin comblé et en avait fait une partie du continent. Ils ajoutent que les Égyptiens tiennent d’eux, comme de leurs auteurs et de leurs ancêtres, la plus grande partie de leurs lois ; c’est d’eux qu’ils ont appris à honorer les rois comme des dieux et à ensevelir leurs morts avec tant de pompe ; la sculpture et l’écriture ont pris naissance chez les Éthiopiens (Histoire universelle, Livre 3.) Quant à Aristote, dont le ton semblait méprisant, notait que : “Ceux qui sont excessivement noirs sont couards, ceci s’applique aux Égyptiens et aux Éthiopiens.” Et pour conclure avec Maspero, sans doute poussé par une démarche identique à la nôtre, qui résuma l’opinion de tous les écrivains de l’antiquité sur la “race égyptienne” en ces termes : “Au témoignage presque unanime des historiens anciens, ils appartiennent à une race africaine, entendez : nègre, qui d’abord établie en Éthiopie, sur le Nil moyen, serait descendue graduellement vers la mer en suivant le cours du fleuve.” Voilà quelques-uns des témoignages sans doute dignes de foi. Force est donc – Au vu de ce qui précède -, de reconnaître que la thèse de Cheikh Anta Diop n’est nullement une construction hasardeuse ou basée sur des conjectures. Comme nombre de chercheurs africains ou de la diaspora, nous avions aussi fièrement campé et même longtemps diffusé cette thèse, que nous prenions en toute bonne foi – comme l’auteur pour tous ceux qui connaissaient l’honnêteté intellectuelle de ce grand pionnier -, pour certitudes scientifiques. Cependant, l’histoire et l’anthropologie n’étant pas statiques, d’autres pistes de recherches – du fait de découvertes plus ou moins récentes, négligées ou insuffisamment exploitées -, nous incitèrent à élargir encore plus, notre champ d’investigations en remontant le temps, vers une des périodes les plus nébuleuses de l’histoire de l’Égypte. Car comment expliquer l’essor fulgurant de sa civilisation, qui passe d’une période pré dynastique peu (ou pas) inventive, à un des développements culturels et scientifiques des plus fabuleux de l’histoire de l’humanité. Ce phénomène était-il exclusivement d’origine locale ? Autrement dit, dans l’approche de la civilisation égyptienne nombre de chercheurs – et particulièrement les tenants de la thèse de l’Égypte négro-africaine -, n’ont-ils pas négligé ou volontairement ignoré des apports – beaucoup plus importants ceux-là -, de peuples non africains ? Aussi, nous décidâmes à nouveau, de réexaminer la question, sous un angle affranchi certes des préjugés coloniaux du passé, mais aussi de toute forme de récupération afrocentriste. En fait au cours de la période pré dynastique, on ne trouve aucune trace de réalisations, prouvant un développement progressif de cette civilisation. Alors qu’elle connut un essor grandiose au début de sa période dynastique ou pharaonique, qui ne date en fait que de 3000 avant notre ère – avec l’unification du pays par le fondateur de la première dynastie (Narmer) -, sans doute grâce à un catalyseur longtemps non identifié ou négligé. Le tout était donc de savoir, quel a été ce catalyseur ?

Il est un fait établi, que ce pays fut plusieurs fois envahi, notamment par les Hyksos, peuplade “barbare” d’origine sémitique ou asiatique surgie du Proche et Moyen Orient ou d’ailleurs. Également en 525 avant notre ère, les Perses conquièrent l’Égypte avec Cambyse, puis avec Ataxerxés (343 avant notre ère.) Alexandre de Macédoine quant à lui, y fera une entrée triomphale en 332 avant notre ère, chassant les Perses avant d’y être couronné. À la mort du conquérant grec, l’un de ses généraux, Lagos, gouvernera l’Égypte. Ptolémée, fils bâtard de Philippe de Macédoine, y fonda la dynastie du même nom, établissant sa capitale à Alexandrie, avant les invasions suivantes notamment romaine.

La piste sumérienne

Cependant, une importante piste de recherches qui semble avoir été négligée, est celle d’une invasion de ce pays, beaucoup plus ancienne et qui remonterait vers la fin de la période pré dynastique. De sérieuses raisons incitent à penser que bien avant les Hyksos, Nubiens, Grecs ou Romains, d’autres envahisseurs seraient arrivés en Égypte, apportant avec eux un savoir technologique beaucoup plus avancé et qui serait le catalyseur de la civilisation primitive égyptienne et de son évolution future. Il est vrai que lors de sa période pré dynastique, il n’existait pas de récits tels que nous les connaissons de nos jours. L’écriture n’en était qu’à ses balbutiements. Mais si l’on se réfère à la religion et à l’iconographie royale des premiers monarques égyptiens, celles-ci révèlent que leurs Dieux et des rois légendaires, sont nés à l’est et venus d’un lieu appelé Île de l’embrasement ou de la flore. Or, vers l’est de l’Égypte et au-delà de la péninsule arabique, il y avait le royaume de Sumer situé le long des rives du Tigre et de l’Euphrate dans l’actuel Sud irakien. Dans le temple d’Osiris à Abidos, le dieu faucon “visiteur”, est transporté sur un bateau par le roi égyptien lui-même. Ce dieu faucon Horus – dont le nom tire ses origines de Mésopotamie -, fils de Osiris, est l’un des mythes fondateurs de la civilisation pharaonique. Tous les premiers souverains de ce pays porteront son nom : Horus Narmer, Horus Hara dit le combattant ou Horus Jet (le serpent). Certains égyptologues se sont étonnés aussi, que dans l’armement des premiers Égyptiens, une massue révolutionnaire inventée en Mésopotamie, ait rapidement remplacé la massue discoïdale, devenant même le symbole de puissance des pharaons. On doit sans aucun doute cet apport aux nouveaux venus, que les Égyptiens appelaient les suivants d’Horus. Sans oublier l’architecture avec des constructions identiques et qui n’ont pu être inventées en même temps, à la même époque et à deux lieux distants de milliers de kilomètres. D’autres témoignages existent aussi, comme le couteau d’apparat découvert dans le Sud de l’Égypte, représentant d’un côté un personnage central portant un long caftan et un turban comme les dieux sumériens. On trouve ce même roi prêtre, exposé au musée de Bagdad. L’autre coté du couteau immortalise une bataille, opposant la flotte égyptienne à des envahisseurs venus à bord d’embarcations à haute proue au cours de la période pré dynastique. Dans l’Antiquité ces embarcations à haute proue étaient plus adaptées que les autres, pour la navigation en haute mer. Des tombes pré dynastiques égyptiennes contiennent énormément d’objets tous caractéristiques de la culture mésopotamienne archaïque héritée des Sumériens. La plupart de ces objets découverts en Égypte, l’ont été sur les sites de Nagada et surtout de Hierakopolis en Haute Égypte face à la mer Rouge. Et c’est en Haute Égypte que s’est développée la civilisation égyptienne, face à cette mer Rouge, par laquelle sont venus des peuples sumériens, en contournant probablement, par cabotage, la Péninsule arabique. Il existe un courant qui descend de l’Inde en période de mousson. Ils en ont certainement profité, à des moments de l’année où les vents tournent en mer Rouge, pour naviguer du Sud vers le Nord. Tous ces éléments témoignent de contacts indiscutables entre les peuples égyptiens et sumériens, probablement vers la fin de la période pré dynastique. Ces Sumériens avaient déjà bâti une civilisation beaucoup plus avancée que celle de l’Égypte pré dynastique. En fait, au Moyen-Orient, au bout de quelques milliers d’années, les pluies se faisant plus rares, les populations d’agriculteurs se concentrèrent dans une région en forme de croissant et qui prit le nom de “Croissant fertile.” Ceci parce que, de grands fleuves – le Nil, qui traverse l’Égypte, le Jourdain, qui baigne la Palestine et surtout le Tigre et l’Euphrate dont le bassin forme la Mésopotamie -, y favorisent l’irrigation des champs et compensent la raréfaction des pluies. Et c’est là que les premiers signes de civilisation humaine sont apparus chez des peuples localisés dans ce Croissant Fertile. Tout a changé vers 12.500 ans avant notre ère, au cours de ce que les préhistoriens qualifient de “révolution néolithique.” L’abondance de la nourriture ayant pérennisé la sédentarisation de nombreux peuples en ces lieux, suivra un véritable choc culturel avec la banalisation de l’agriculture, l’apparition de l’élevage et le développement d’une civilisation urbaine. Tous ces éléments ont été à la base de la formidable évolution des Sumériens, qui furent les vrais premiers fondateurs des civilisations humaines, 10 siècles avant Babylone et les Assyriens. Des deux millénaires qui s’écoulent entre 9500 et 7500 avant notre ère, il reste encore des vestiges remarquables comme celui du site de Mureybet, au bord de l’Euphrate (l’Irak actuel). Les Sumériens sont à l’origine d’une écriture cunéiforme et avaient bâti les premières cités – États monumentales comme URUK. Ils avaient déjà couché leur histoire sur des tablettes d’argile il y a environ 6000 ans. Leurs récits décrivaient aussi une histoire de la création qui ressemble étrangement à celle de la genèse.

Cependant si l’on peut émettre des doutes sur l’histoire – un brin fantaisiste -, de leurs “ancêtres extraterrestres” venus sur la terre c’est-à-dire les Annunakis, force est de reconnaître que leur civilisation était la plus avancée de l’époque. Bien avant les constructions monumentales égyptiennes, se dressait déjà en Mésopotamie, une pyramide dite “cimetière royal d’UR.” Elle fut bâtie à étages, comme le furent par la suite, les premières pyramides construites dans la Vallée du Nil. C’était aussi une pyramide de conservation des corps, bâtie il y a plus de 4 600 ans, c’est-à-dire entre -2650 et -2600, selon les identifications des deux rois d’UR : Meskaladung et Akalamdung. Ces rois sumériens furent tous enterrés avec leurs richesses personnelles : bijoux, or, argent, mobilier, vaisselles et pièces d’art à la manière des pharaons égyptiens. Notons que vers cette même époque sumérienne, se mettaient au point en Égypte, les merveilles architecturales de Imhotep, bâtisseur – sur ordre du pharaon Djeser de la IIIème dynastie -, du domaine funéraire de Saqqarah et sa pyramide à degrés. Avec ce que nous savons des connaissances des Sumériens, celles-ci ont sans nul doute bénéficié aux bâtisseurs des pyramides d’Égypte. L’édification des monuments du plateau de Gizeh par exemple, n’est pas le fait du hasard. D’une précision étonnante, ces pyramides sont bâties à cheval sur le 30ème parallèle et bien alignées sur les quatre points cardinaux. Cette merveille architecturale incorpore mystérieusement la valeur transcendantale du nombre Pie (3,141 592 653 589 793 238), qui représente le rapport constant du diamètre d’une sphère à sa circonférence. Les architectes de ces merveilles connaissaient parfaitement la forme et les dimensions de la terre. En fait sur une des tablettes d’argile découvertes chez les Sumériens, notre système solaire est décrit avec une impressionnante précision. On y voit le soleil, la terre avec toutes les planètes autour c’est-à-dire ce que nous savons seulement depuis trois siècles. Ils connaissaient aussi, il y a 6000 ans déjà, l’existence de Pluton que nos astronomes n’ont découvert qu’en 1930. Ainsi, des millénaires avant Copernic et Galilée, les Sumériens savaient que nous n’étions pas le centre de l’univers. Cependant, leur civilisation très avancée n’avait pas de défenses naturelles, de montagnes ou de déserts. Elle fut bâtie sur une immense plaine bien irriguée installée au milieu des grands flux migratoires qu’ont traversés tous les peuples de l’Antiquité. Une région aussi fertile était forcément attirante. La plupart des conquérants venus d’Asie ou d’Europe y ont donc pris pieds. Des monarques ou une partie de ses populations a dû chercher ailleurs un havre de paix sous des cieux plus cléments comme le Nord de l’Afrique. Ils se seraient greffés aux populations locales, apportant une contribution inestimable à la civilisation égyptienne. Certes les récits d’historiens comme Hérodote ou Diodore de Sicile, apportent des éléments, pouvant faire penser que le fabuleux patrimoine historique de la civilisation égyptienne, pouvait trouver sa source en’Afrique noire. Mais il n’existe aucune preuve sérieuse, attestant que les Égyptiens étaient tous des Négro-africains, au moment où ils édifièrent leur prestigieuse civilisation. En fait, ce pays qui est un carrefour entre les peuples de la Méditerranée, de l’Afrique et du Proche-Orient, était habité à l’origine par des populations immigrant du Sahara, pour s’installer dans la vallée du Nil. À l’époque du Sahara verdoyant et fertile, vivaient dans la région d’abord des populations paléolithiques de type Cro-Magnon du Nord de l”Afrique. De récentes découvertes – notamment celles de Paul Sereno, professeur à l’Université de Chicago et explorateur pour le National Geographic -, faites dans un cimetière préhistorique, nous apprennent un peu plus sur le peuplement ancien de la région nord de l’Afrique. Entre 7 et 5 mille ans avant la construction des pyramides, les peuples de chasseurs-cueilleurs les plus anciennement installés en ces lieux – plus massivement au centre du Sahara -, furent les Kiffians et les Ténéréens. Puis à “l’ère sapiens”, le Sahara connut un peuplement assez complexe avec un premier groupe formé de populations dites à “Têtes rondes”, qui deviendront des Bovidiens mélanodermes, c’est-à-dire des Nègres purs parlant une langue dite nilo-saharienne. A cela on pourrait aussi ajouter les ancêtres des Peuls, Négro-africains déjà métissés et parlant le niger-kordofanien. Le groupe le plus important semble être celui des Protoberbères, proches des Sémites actuels et dont la langue afro-asiatique, appartient – comme celle des Sémites -, au groupe de langues longtemps qualifié de chamito-sémitique. Puis d’autres populations assez nombreuses, beaucoup plus avancées – et encore plus proches de l’ethnie assimilée “blanche” des Protoberbères, que des négro-africains -, arrivèrent dans la région. Ces nouveaux venus qui avaient domestiqué le cheval et mis au point un type de char, étaient probablement originaires déjà, du Croissant Fertile. C’est lorsque le climat devint plus aride, que la plus grande partie de ces “Tassiliens” immigrèrent dans la vallée du Nil copieusement irriguée. Elles constitueront le premier véritable peuplement de l’Égypte. Dans cet ensemble figuraient certes depuis toujours, des Nègres “mélanodermes” et les ancêtres des Peuls, mais devenus très minoritaires au fil du temps. Une partie de ces populations négro-africaines ayant rejoint la vallée du Nil, s’est aussi assimilée et fondue dans ce creuset initial, notamment au Sud.

Une étude minutieuse de certains crânes pré-dynastiques découverts dans le sud égyptien, à Abidos et à Hou, dévoile leur origine typiquement négroïde. D’autres découvertes d’effigies égyptiennes semblent confirmer aussi la présence de Noirs, dans ce pays. Toutefois, au cours d’une époque où sa population devint plus homogène, les Égyptiens figuraient les Noirs nubiens – pourtant voisins négro-africains les plus proches d’eux -, dans de nombreuses représentations, en “étrangers” différents. Ce qui n’est pas le cas pour les Libyens comme sur les Plaques de faïence de la tombe de Ramsès III. D’où la simplification abusive d’égyptologues européens, qui classaient systématiquement les anciens Égyptiens dans la “race blanche”, parce que vivant au nord du Tropique du Cancer et dans la “race noire”, les Nubiens localisés au-delà du Tropique. Enfin, dix-neuf siècles avant notre ère, une stèle fut érigée par Sésostris III et portait cette inscription : Frontière sud, stèle élevée en l’an VIII, sous le règne de Sésostris III, roi de Haute et de Basse-Égypte, qui vit depuis toujours et pour l’éternité. La traversée de cette frontière par terre ou par eau, en barque ou avec des troupeaux est interdite à tout noir, à la seule exception de ceux qui désirent la franchir pour vendre ou acheter dans quelque comptoir. Ces derniers seront traités de façon hospitalière, mais il est à jamais interdit à tout noir, dans tous les cas, de descendre le fleuve en barque au-delà de Heh. Tous ces éléments incitent logiquement, à penser qu’une population noire, n’a jamais été majoritaire en Égypte. Autrement comment expliquer que des 74 Millions d’Égyptiens actuels, on ne recense qu’une très infime minorité de Noirs, souvent qualifiés de “Abd” ou “Zenjis” (esclaves), par leurs compatriotes, parce que généralement descendants de concubines noires qui meublaient les harems des sultans au cours de la traite négrière arabo-musulmane. Il est vrai qu’à l’inverse de leurs compatriotes caucasiens, certains Égyptiens – comme beaucoup de Nord-Africains -, affichent des traits dits “négroïdes.” Des études génétiques sur les populations maghrébines, révèlent aussi des traces “négroïdes” persistantes dans le patrimoine génétique des Maghrébins. Ceci dans un déséquilibre entre les lignées matrilinéaires sub-sahariennes qui représentent 25 % d’une part et d’autre part, des lignées patrilinéaires nord-africaines avec des pics a 40 %, notamment pour les Sahraouis et les Mauritaniens. Les lignées patrilinéaires sub-sahariennes (ou négroïdes) quant à elles, ne représentent qu’un infime pourcentage, voire inexistantes. Ce déséquilibre s’explique par un afflux massif de femmes sub-sahariennes (des harems), car les hommes nègres eux, étaient écartés de la reproduction du fait de castration massive, d’infanticide ou d’abstinence pour les rares “virils” généralement combattants.” Enfin, la quasi-disparition des Noirs en Égypte, ne saurait s’expliquer par exode massif, fuite volontaire ou même par ce génocide que fut la castration généralisée des Noirs au cours de la traite arabo-musulmane. Ces bouleversements catastrophiques des peuples, n’ont au demeurant, jamais réussi dans l’histoire de l’humanité, à rayer totalement de la carte ethnique d’un pays, sa composante “autochtone” et originellement majoritaire. Les rescapés amérindiens et aborigènes en sont un témoignage vivant.

La 25ème dynastie d’Egypte, seule marque négro-africaine prouvée de la civilisation pharaonique

Du point de vue strictement historique et anthropologique, en dépit d’une présence avérée de populations noires dans l’Égypte antique – et beaucoup plus récemment en période d’esclavage -, la seule réalité qui demeure – quant à sa marque culturelle, économique ou politique -, est l’unanimité sur les origines ethniques des pharaons de la XXVème dynastie dite aussi “éthiopienne.” La Négritude de ces monarques ayant régné dans ce pays est attestée par l’histoire. Parce que ces quatre souverains non égyptiens, étaient originaires du bassin de Dongola, dans le nord de l’actuel Soudan. Ces pharaons noirs de la dynastie couchite ont conservé à tort, jusqu’à une période récente, le nom de rois éthiopiens, qui leur avait été donné dans l’Antiquité, du mot grec aethiops qui signifie “face brûlée.” Alors que la XXVème dynastie était bien Nubienne. C’est le roi Piyé Menkheperret (747-715), surnommé “le Vivant”, fils du roi napatéen Kashta, qui fut à l’origine de cet exploit. Il avait organisé une expédition militaire le long du Nil pour défendre ses États, alors sous tutelle des souverains de l’Égypte du sud, la coalition des forces de l’Égypte du Nord avec les Libyens se précisant. Les Nubiens finiront par battre Tefnakht, pharaon de la XXIVème dynastie, et son fils Bocchoris. C’est l’issue de cette guerre qui conduira les Couchites nubiens à s’emparer du trône d’Égypte. Piyé, inaugura ainsi une lignée de pharaons noirs, qui sera celle de la XXVème dynastie, symbole de la seule véritable marque de pouvoir négro-africain dans l’histoire de ce pays. Dans cette région du continent noir, il y eut sans aucun doute cohabitation entre Négro africains et Protoberbères depuis les origines du peuplement du Sahara, comme le note la préhistorienne algérienne Malika Hachid (Le Tassili des Ajjers, préface de Théodore Monod.) Par la suite des interactions très étendues entre les peuples du Nord du continent et ceux de la partie subsaharienne et dans les deux sens, ont laissé des traces indélébiles. Et c’est probablement au cours de mouvements de populations, que les ancêtres des Peuls, éleveurs itinérants et nomades depuis presque toujours, ont diffusé au sein de nombreuses sociétés négro-africaines, des fragments de cultures et des croyances, qui se retrouvent aujourd’hui à la fois en Égypte et dans l’Afrique noire.

C’est à partir de ces éléments que spéculent certains chercheurs afrocentristes, qui se perdent en conjectures en cherchant à rattacher exclusivement la civilisation égyptienne à l’Afrique noire. Alors que les Égyptiens, comme la plupart des peuples du Nord de l’Afrique donnant sur la Méditerranée, échangèrent pendant longtemps – et probablement en priorité -, leurs connaissances et leurs expériences avec des peuples et des cultures du Moyen – Orient, de l’Europe et de l’Asie. Ce qui a ainsi logiquement engendré un développement culturel multicentré dans l’ancienne Méditerranée orientale. Il serait tout simplement illusoire, de chercher à “négrifier” cette civilisation, en éliminant ses apports sémitiques ou indo-européens, comme son héritage culturel. Elle eut des “marques” africaines, mais aussi d’autres plus importantes et venant de peuples non originaires du continent noir. Car si l’apport des civilisations négro-africaines – dans de nombreux domaines -, au patrimoine universel est aujourd’hui indiscutable, l’Afrique noire fut l’une des rares parties du monde ; longtemps restées hors de cette forme d’enrichissement “diffusable” et favorisé par l’écriture. Pendant que celle-ci bénéficiait aux peuples du Croissant Fertile, à ceux d’Europe et d’Asie, la plupart de ses sociétés sont restées et restent pour l’essentiel orales. Ceci explique, qu’elles n’aient pas véritablement profité à temps, des foisonnements scientifiques qui se jouaient chez les bâtisseurs de “Mésopotamie sumérienne”, d’Égypte, de Grèce ou de Rome. Ce pourquoi sans doute, on ne trouve pas traces en Afrique subsaharienne – excepté le Grand Zimbabwe -, d’équivalents des vestiges de URUK, des monuments de Gizeh, de Abou Sembel ou même beaucoup plus proches de nous, de Venise ou de Constantinople. Parce que pour bâtir des civilisations comme celles de l’Égypte pharaonique, de Venise ou de Constantinople, on a besoin d’autres choses que de griots ou de marabouts. Aussi, l’Afrique noire ne saurait être historiquement, la source unique et culturelle de la civilisation égyptienne. Persister à vouloir démontrer le contraire, serait une de ces démarches peu scientifiques et que l’on pourrait assimiler à ce que Nietzsche appelait : “une tentative de se donner, comme a posteriori, un passé dont on voudrait être issu par opposition à celui dont on est vraiment issu” ? Au commencement du miracle égyptien, bien avant les invasions des Hyksos, Nubiens, Grecs et autres Romains, des peuples venus du Sud de l’Irak actuel, seraient arrivés en Égypte apportant avec eux un savoir technologique beaucoup plus avancé et qui servit de ressort au décollage de la civilisation primitive égyptienne et de son évolution future. Ces hommes furent réellement les premiers colonisateurs et probables initiateurs des temps dynastiques. Sans doute de la même manière que les apports des premiers immigrants Étrusques ont servi de catalyseurs à la civilisation romaine. On sait aussi qu’une part considérable de ce que nous attribuons à la civilisation grecque ancienne, avait eu des antécédents clairement identifiables dans des cultures voisines établies de longue date. Pour ce qui est de l’Égypte, l’historien juif du Ier siècle, Flavius Joseph, parlait déjà d’une immigration préhistorique de peuples mésopotamiens dans ce pays. Ces “immigrants bâtisseurs”, le Livre de la Genèse les qualifient de “Fils de Cham” l’un des trois enfants de Noé, maudit par son père et que l’on aurait abusivement désigné, comme l’ancêtre des peuples noirs. La confusion avec une “Égypte négro-africaine” viendrait probablement de cette interprétation. Mais légende biblique ou vérité historique, ceci comme dirait Kipling, est une autre histoire…

(*) Tidiane Ndiaye, Article publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. @Africultures, 27|01|2009

PRINCIPES POLITIQUES ET PENSÉE PHILOSOPHIQUE : OU DE LA VERTU THÉRAPEUTIQUE DE L’ENSEIGNEMENT DE CHEIKH ANTA DIOP 

Dr. Ndongo Mbaye (*)

Docteur-es-lettres

Sociologue et Journaliste

Professeur Associé à l’UCAD et à l’IFAA au Sénégal

Poète Ecrivain

Membre du Comité Scientifique de l’Institut Culturel Panafricain (ICP) de Yène

Responsable du Pôle Loisirs Retraités et Handicapés à la Mairie de Choisy-le-Roi (Val de Marne) en France

L’actualité de Cheikh Anta Diop, c’est que le Sphinx ne meurt jamais …

INTRODUCTION

Cheikh Anta Diop est un Humaniste et un Honnête homme, dans le sens littéraire et éclairé de l’humaniste du 17ème siècle, de l’Homme des Lumières du 18ème siècle, et de l’Homme réaliste du 19ème.

Homme intègre et intégral de plusieurs savoirs, il a su les faire converger, d’une manière concrète, et en s’appuyant sur la science, la politique, la philosophie et l’histoire, vers ce qu’il considérait comme un creuset, son seul et unique credo : le développement de l’Humain, par le rétablissement de la Vérité Historique de l’Afrique.

En considérant aujourd’hui l’actualité d’une œuvre aussi magistrale et fondamentale que « Nations Nègres et Culture », de l’Antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique d’aujourd’hui, Cheikh Anta Diop, à l’instar des philosophes et encyclopédistes du Siècle des Lumières (Jean-Jacques Rousseau, D’Alembert, Diderot, Voltaire), des jurisconsultes (Burlamaqui, Pufendorf, Hobbes), des écrivains du 19ème siècle comme Zola, Balzac, Maupassant et Flaubert, a su tracer la voie pour une prise de conscience sur la liberté, la confiance en soi et le Devenir de l’Humanité.

Pour asseoir sa crédibilité et sa durabilité, la théorie diopienne s’est appuyée sur deux socles très solides (que nous analysons ici pour les besoins de la méthodologie, dans une différentialité, alors qu’ils s’interpénètrent en fait sans cesse, dans un mouvement de concomitance, et se nourrissent l’un de l’autre) que nous appelons : principes politiques, et pensée philosophique.

Quant au « ou de la vertu thérapeutique de l’enseignement de Cheikh Anta Diop », c’est non seulement un hommage à son amour pour les sous-titres qui clarifient les libellés, mais aussi une reconnaissance à la lisibilité de la dimension historique et future de sa foi dans les générations à venir, dans les esprits à former, dans les citoyens à éduquer.

Ainsi qu’il le dit lui-même, dans la Préface de l’édition de poche de 1979 de « Nations Nègres et Culture » : « …Puissent les jeunes qui liront ce livre y trouver des raisons d’espérer, en mesurant le chemin parcouru depuis qu’il est écrit. »

C’est cet espoir sans faille qui est porteur de la thérapie de nos peuples malades d’une domination, d’une soumission, et d’une concussion destructrices.

Dans cette même préface, dans un premier temps, Cheikh Anta Diop rend compte de la lucidité et de l’honnêteté du génial Aimé Césaire qui, après avoir lu, en une nuit, toute la première partie de l’ouvrage, ne trouva que le vide autour de lui, alors qu’il fit le tour du Paris progressiste de l’époque, en quête de spécialistes disposés à défendre, avec lui, le nouveau livre.

Dans un second temps, Cheikh Anta Diop énumère toutes les facettes de son travail, toutes les hypothèses de son combat, autant d’éléments qui sont constitutifs de ses principes politiques et de sa pensée philosophique, vecteurs moteurs de son enseignement : de l’indépendance de l’Afrique, la création d’un état fédéral continental africain, à la description de l’univers artistique africain et de ses problèmes (sculpture, peinture, musique, architecture, littérature etc.), la démonstration de l’aptitude de nos langues à supporter la pensée scientifique et philosophique, et partant, la première transcription africaine non ethnographique de nos langues, en passant par l’origine africaine et négroïde de l’humanité et de la civilisation, et l’origine nègre de la civilisation égypto-nubienne.

PRINCIPES POLITIQUES

Cheikh Anta Diop était un Politique dans le sens noble du terme : celui qui était hanté par l’organisation et la Gestion de la Cité, pour le bénéfice de TOUS, dans l’harmonie, l’équité et la justice, dans la perspective d’abonder dans le sens du Bonheur.

Son combat politique, l’existence d’abord clandestine d’un mouvement politique, puis la création officielle du parti du Rassemblement National Démocratique (RND), attestent, si besoin en était, que l’homme passait de la théorie à la pratique, et qu’il joignait le geste à la parole, toujours dans le sens de convictions bien établies, et nacrées dans une tradition de progrès et de luttes.

Il ne se limitait pas à dire, comme lors d’une Conférence au Niger : « …. On mène contre nous le combat le plus violent, plus violent que celui qui a conduit à la disparition de nombreuses espèces », mais dans sa lucidité et son pragmatisme, il posait déjà les jalons de ce que nous appelons aujourd’hui « la bonne gouvernance », en appelant à la dénonciations systématique et véhémente de ces maux qui gangrènent encore l’Afrique, et qui ont noms : népotisme, corruption, paternalisme, favoritisme aveugle et exacerbé, trafic d’influence, tribalisme, régionalisme, micro-nationalisme.

L’actualité de Cheikh Anta Diop découle aussi de ses actions pour des causes qui, aujourd’hui, paraissent si naturelles, mais qui, dans les années 50, faisaient plutôt figures de travaux d’Hercule :

l’utilisation des énergies nouvelles en Afrique,

  • la politique de reboisement, à propos de la désertification du Sahel : une vision résolument avant-gardiste au vu de la situation actuelle,
  • l’importance du rôle des langues africaines, dans la stratégie diopienne d’Unification de l’Afrique, … notamment les cas du Haoussa et du Swahili dont quelques mots nous tracent les contours de principes politiques fondamentaux :
  • Ujima : travailler ensemble, rompre avec les querelles de chapelle,
  • Ujamaa : esprit communautaire, la moralisation de la chose publique
  • Umoja : croire à l’unité du peuple pour le peuple
  • Nia : un même but, l’unification et la libération de l’Afrique-Mère
  • l’émancipation de la femme noire,
  • les religions et la tolérance,
  • les relations de l’Afrique et de sa Diaspora,
  • la problématique de l’Unité africaine, dont le professeur disait, dans des propos recueillis par Djibril Gningue, et parus dans le n° de février-mars 1980 de la Revue Diaspora Africaine, pour le 3ème hommage à Cheikh Anta Diop : « L’Unité africaine est une question de survie du continent, donc elle se réalisera, soit avec le consentement des élites, des cadres, si ceux-ci sont suffisamment lucides ; soit contre tous ceux qui seront contre, et pour le plus grand bénéfice de tous. »

Mais déjà, dès 1953, dan la Voix de l’Afrique Noire, organe des étudiants du RDA dont Cheikh Anta Diop était le Secrétaire Général, on pouvait lire, à propos de « la lutte en Afrique Noire » : « … C’est en février 1952 que nous avons posé le problème de l’indépendance politique du continent noir, et celui de la création d’un futur Etat Fédéral … Il est certain qu’à l’époque, les députés Malgaches et le leader Camerounais Ruben Um Nyobe mis à part, aucun homme politique africain francophone n’osait encore parler d’indépendance, de culture, oui, de culture et de nations africaines … »

Ceci montre que la frilosité de nos hommes politiques actuels, pour couper le cordon ombilical, ne découle pas d’aujourd’hui.

Contre cette tendance de la peur de l’engagement, Cheikh Anta Diop va forger des notions et concepts capables de mobiliser des énergies, et créer des forces de rééquilibrage.

C’est ainsi que sous sa plume, apparaissent les mots : coalition, réaction en chaîne, coordination.

A propos de la coalition, il dit « A la coalition, il nous faut opposer la coalition. Il est plus que jamais nécessaire de dresser contre la coalition de la Vieille Europe, celle des Jeunes Peuples de toute l’Afrique, victimes de la colonisation… »

Pour cela, il prône la meilleure tactique qui « consiste à faire en sorte qu’au moindre attentat à la vie, ou à la sécurité d’un militant, où que ce soit, il s’ensuive une réaction en chaîne à l’échelle du continent pouvant prendre, au minimum, la forme d’une paralysie de la vie économique. »

Une telle action réactive demande une nécessaire coordination, seule capable de modifier profondément le rapport des forces, et d’inverser le mouvement, condition sine qua none pour devenir maître de la situation.

Une telle reprise en main pour l’Afrique de son Destin, et une réelle participation à sa libération, vont non seulement dans le sens de l’établissement d’un progrès social à l’échelle du monde, mais aussi de la démarche d’une contribution de plus en plus efficace au combat pour la Paix entre les peuples.

Cette Nouvelle Ère Africaine naîtra de la conscience que tout mouvement, tout parti politique, ne pourra survivre et se consolider que sur la base des revendications du peuple, appuyée par des syndicats indépendants et libres.

Mais pour cela, il faut l’émergence d’une Nouvelle Pensée.

PENSÉE PHILOSOPHIQUE

Le soubassement de la pensée philosophique de Cheikh Anta Diop se concrétise par un mouvement, une volonté, et surtout la nécessité d’une décolonisation de la pensée, afin de nous libérer de la pensée philosophique de nos anciens colonisateurs.

La pensée philosophique part du double constat, d’une part d’une demande et d’un désir de philosophie basés sur les aspirations et les espoirs de nos peuples, et d’autre part, du profit perfide qu’en ont tiré les pouvoirs publics, en proposant toutes sortes de doctrines dites philosophiques, pour soumettre les opinions, et ainsi réduire les débats théoriques, en monologue du pouvoir.

En mettant en exergue l’idée que « quiconque tient l’histoire d’un peuple tient son âme », Cheikh Anta Diop va diriger sa réflexion vers deux axes : la Conscience Historique, et les Langues Africaines seront les mamelles de la Libération conceptuelle de l’Afrique.

Et c’est dans ce sens que Cheikh Anta Diop affirme clairement sa conception afro-centrique de l’histoire des Civilisations face à l’égocentrisme européen et ses disciples africains inavoués. Ce qui donne dans « Civilisation ou Barbarie » : « L’Africain qui nous a compris, est celui-là même qui, après lecture de nos ouvrages, aura senti naître en lui un autre homme animé d’une Conscience Historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d’une nouvelle civilisation, et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et de la religion. »

En mettant l’accent sur l’importance du progrès de l’historiographie africaine, et en montrant l’efficience de l’étude du passé (Nietzche disait que retourner dans le passé ne veut pas dire y rester) qui met en relief la Relativité Historique, Cheikh Anta Diop appelle l’Afrique à recouvrer son Initiative Historique, élément différentiel entre « le peuple » qui en a besoin pour exister, et « la population » qui n’est qu’un agrégat d’individus composites, qui n’a pas ce sentiment d’unité, ce ciment qui unit tous les éléments d’un peuple, ce fil conducteur qui remonte aux ancêtres les plus lointains, constituant la force, et un rapport de sécurité contre toutes les formes d’agression culturelle.

En somme, la Conscience, l’Idéologie Historique, en tant que moteur puissant et fécond du développement, est bien la première barrière infranchissable pour une véritable libération mentale et intellectuelle.

(*) Communication présentée le 7 février 2015, à l’occasion de la célébration de la disparition de Cheikh Anta Diop à l’Institut Culturel Panafricain (ICP) à Yène Todd, Sénégal

 

 

 

 

COMITÉ SCIENTIFIQUE DE NDUKUR.COM

Président 

Pr Lat Soucabé Mbow, Géographe, Professeur titulaire des Universités, Université Cheikh Anta Diop, Dakar, Sénégal

Membres 

Pr Tidiane Ndiaye, Anthropologue, économiste et écrivain, Sénégal

Dr Chérif Salif Sy, Économiste, Sénégal

Dr Cheikh Gueye, Géographe, Sénégal

M. Amadou Elimane Kane, Professeur de littérature, France

Dr Lazare Ki-Zerbo, Philosophe, France

Dr Mouhamadou Bamba Ndiaye, Physiothérapeute, Sénégal

M. Karfa Sira Diallo, Juriste, France

M. Mohamed Joseph-Henry Sarre, Journaliste

M. Aziz Mbacké Majalis, Chercheur en islam, USA

Dr Ndongo Mbaye, Sociologue, France

Dr Ibra Sène, Historien, USA

M. Basirou Ndiaye, Ingénieur Hydraulicien, spécialiste Collectivités locales

M. Khadim Ndiaye, Philosophe, Canada

M. Moussa Mbaye, Secrétaire Exécutif Enda Tiers-monde, Sénégal

Professeur Jeebreel Keyta Lhéritier, Sociologue, France

M. Ndongoli Jen, Informaticien, France

M. Elimane Dialagui Kane, Sociologue, Sénégal

M. Damiba Youluka, Chercheur en Sciences politiques, Burkina Faso

M. Babacar Mboup, Sociologue, Sénégal

Dr Harona Sow, Biologiste, Malaysia

Dr Lamine Dingass Diédhiou, Sociologue, Canada

M. Abdoulaye Khayoba Diop, Editeur, Espagne

M. Ibra Gueye, Economiste, Sénégal

Administration du site

Mme Fifi Sène, USA

Mme Fatimata Sy, Sénégal 

Mme Leila Brumier Kewezâbe, Sénégal

Concepteurs du site

M. Mamadou Saliou Diallo, IT Specialist, Web developer, USA

M. Ranjit Pradhan, Web developer, Inde

Fondateur – Administrateur Général

M. Abdou Ndukur Kacc Ndao, Socio-anthropologue, Sénégal

DINDEFELO : LA CHUTE D’EAU PURIFICATRICE, LES GROTTES PROTECTRICES DE DENDE, LA MALLE MYSTIQUE AUX TRÉSORS DE PELELE KINDESSA, LA FORÊT MYSTIQUE DES TERMITIÈRES ET…LES CHIMPANZÉS

Abdou Ndukur Kacc Ndao

KEDOUGOU, Dindefelo. Avez vous entendu parler de Thiangué, Madina Boussoura, Pélele Kindessa, Itato, Dendé, Ségou..Dindefelo ? Le dernier village à coup sûr. Les autres ? dites moi franchement si vous les connaissez !!!! Pourtant, la Communauté rurale de Dindefelo qui signifie en Peul, “au pied de la montagne”, fait partie de l’arrondissement de Bandafassi, du département de Kédougou et de la région de Kédougou. Elle compte environ 7 365 âmes et dix villages. Sans doute, certains d’entre nous avons une perception et un rapport anthropologiques avec ce village, et ne s’imaginons pas qu’il est juste à 35 km de Kédougou : “Dindefelo, il parait que c’est très beau voire paradisiaque, j’aimerais y aller !!!!” entend on souvent dire comme s’il s’agit des forêts amazoniennes où vivent les “peuples primitifs” ou “archaïques” de notre bonne vieille anthropologie raciste et coloniale.

Pourtant, le 29 Juin 2014, sur les 2102 inscrits, 1390 suffrages ont été exprimés, 10 bulletins nuls et 1400 ont valablement voté. BBY a raflé 31 sièges, le PDS 9 et Waato Sita, zéro. Qui peut se targuer d’être plus citoyen que Dindefelo !!!

DÉCOUVERTE. Entre 1921 et 1923, un chasseur de gibier, du nom de Manga Dian Pathé Traoré, découvrit le village de Dindefelo. Une réserve foncière à perte vue qui cache des trésors exceptionnels. Au delà des cascades ou chutes d’eau. En effet, Dindefelo, c’est pas simplement les chutes connues de par le monde et classées comme patrimoine mondial de l’UNESCO. Un petit coup de projecteur pour découvrir son anse. Avant d’arriver au village de Ségou puis à Dindefelo, il faut un véhicule solide, ne pas être atteint de lombalgie même bénigne et s’armer d’un moral d’acier. 35 km, dans les profondeurs de ces fabuleux paysages, à vous couper le souffle. 35 km d’une route, voire d’une piste de production chaotique, parfaitement maîtrisée par des chauffeurs locaux ou guinéens qui vous narguent et vous harcèlent de “laisser place”. A l’arrivée du village, il faut garer les véhicules, enlever les costumes et autres habillements de ville, bien ficeler ses chaussures, éviter de s’encombrer de bagages…et avoir le moral et la condition physique pour arriver à cette anse naturelle qui accueille princièrement ces chutes époustouflantes. Le mot ANSE me rappelle mon enfance, à la rue Armand X Angrand à Reubeuss, à Dakar ou, quotidiennement, nous marchions jusqu’à ANSE BERNARD…derrière la maison du Roi de Dakar.

ENDURANCE. Il vous faut, dépendant de votre état mental et physique, marcher plus de 30 minutes, voire 1 heure voire plus pour arriver aux chutes. Il vous faut enjamber les arbres déracinés qui obstruent les passages, les pierres pointues prêtes à prendre de votre sang, les eaux stagnantes et glissantes pour vous amener chez “Ardo”…Bref, arriver aux cascades n’est pas une promenade de santé comme si les chutes troquaient votre arrivée à votre endurance physique et mentale.

Vous voilà devant les cascades d’une hauteur de 120 mètres. De plusieurs paroisses, jaillit une eau, dont la source provient de la Guinée, “aux vertus thérapeutiques et mystiques incommensurables” selon les villageois. Voilà l’univers psychologique de Dindefelo. Un univers de mystère et de mysticisme.

EAU MYSTIQUE. Cette eau, des footballeurs de renommée mondiale, des politiciens “extrêmement” haut placés, des directeurs de sociétés, des responsables de l’Administration territoriale, des sénégalais Lamda, viennent s’y baigner et emporter des centaines de litres. Cette eau, elle est spécialement recommandée par les marabouts pour les bains mystiques. Il est dit que celui qui se baigne sous les cascades, est définitivement protégé, pour les dix prochaines années, de toutes formes d’attaques mystiques (maraboutage). Si vous mélangez cette eau avec les “xatimes” (formules ésotériques magico-religieuses), les vœux attendus sont immédiatement exaucés.

Alors, il n’est pas étonnant que ce petit village soit la fierté de ses habitants, qui se plaisent, sans même leur demander, à vous informer que tel ministre ou footballeur ou chanteuse étaient là. Au Sénégal, c’est connu, notre rapport au secret et à la discrétion, est poreux voire permissif. “Si la NSA vous cherche, il suffit de l’aéroport, de demander à un sénégalais si vous connaissez Ndukur Kacc et elle sera conduite jusque dans votre salon” dixit un de mes amis dans une pointe de sourire malicieux…Simplification anthropologique ? Sans doute. Il reste que toutes les autorités qui viennent se baigner dans l’anse et qui ramènent de cette eau “purificatrice” sont connues des villageois…des visiteurs un peu curieux comme moi.

INTERDITS MYSTIQUES. Saviez vous qu’il est interdit de visiter les Cascades les Lundi et Jeudi ? Ces jours sont réservés aux forces invisibles (les jinn) qui viennent ces jours s’ y reposer et s’y désaltérer. I y’a comme une sorte de modus videndi entre les hommes et les forces invisibles où chacun donne de la place et du temps à l’autre. Ainsi, il est interdit de s’y rendre la nuit, moment privilégié pour les Jiin et autres forces invisibles. De toute façon, à certaines heures, la Cascade commence à se vider de ses visiteurs…Il est vrai que l’écotourisme à commencé à infléchir certains interdits. Il reste que les cascades sont un haut lieu ou le mysticisme se dispute avec le tourisme. Le tourisme se dispute avec la purification, la purification d’avec la réussite ou la richesse…

MALLE AUX TRÉSORS. Dindefelo, malheureusement, on y retient souvent que les chutes, c’est aussi aussi la malle aux trésors. Suspendue sur les montagnes, cette malle est située à Pélele Kindessa, un village à sept kilomètres de Dindefelo. Si vous êtes tenaillé par la pauvreté et par les conséquences destructrices du capitalisme international, alors vous pouvez, comme les orpailleurs à quelques encablures de ce village, essayer d’ouvrir cette malle aux richesses incalculables avec ses pierres précieuses comme l’or et le diamant. Auparavant, il vous faudra trouver la clef et le canevas. S’il vous arrive de trouver la clé, il vous sera impossible de trouver le canevas ou inversement selon les mythes. Suspendue “mystiquement” sur les montagnes de Kindessa, cette malle attend des candidats qui tardent à défier le mysticisme protecteur de cette cave de Ali Baba…Peut être devrions nous commencer à suspendre des malles pour éviter que les sénégalais ne pissent sur les murs de nos écoles, ou d’autres édifices privés et publics.

SITE ARCHÉOLOGIQUE. Dindefelo, un univers mystique disons nous ? Oui, mais un espace archéologique aussi. Savez vous qu’il existe à Dindefelo “l’empreinte du chasseur sur une prière et le sabot du gibier” ? Cette empreinte dont je ne peux situer le moment, a traversé les années et reste toujours visible à l’œil nu. Sans doute, les départements d’Archéologie ou de Zoologie Vertébrée ou Invertébrée de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) devraient nous aider à dater cette empreinte, qui est encore là, comme pour rendre hommage au premier chasseur de gibier qui a découvert Dindefelo, Manga Dian Pathé Traoré,

Dindefelo, un univers mystique ? Oui mais un espace de stratégie et de tactique militaires. Avez vous été visiter les grosses grottes du village de Dendé ? Elles avaient servi de refuge aux animistes qui faisaient face au redoutable marabout Alpha Yaya Diallo qui voulaient les islamiser. Dindefelo, un univers mystique ? Oui, mais des espaces de termitières connus pour leur mysticisme et autres rites qui s’y déroulent.

CHIMPANZÉS. Enfin Didefelo, un univers mystique ? Oui, mais de fabuleux paysages ou vit une vingtaine d’espèces de Chimpanzés repartie entre les villages de Dindefelo, Ségou et Niandoma. Difficile de les voir même avec des éco-guides, mais le spectacle vaut qu’on marche des heures et des heures pour les dénicher. Le charme de cette cohabitation entre ces chimpanzés et les hommes réside notamment dans le contrôle d’une ressource bien prisée : le Saba Senegalensis ou (Madd en Wolof).

ÉTHOLOGIE. Cette “identité remarquable gastronomique” entre les chimpanzés et les hommes interpelle L’ÉTHOLOGIE qui est l’étude du comportement des diverses espèces animales, notamment L’ÉTHOLOGIE HUMAINE qui en est une partie. Tout porte à croire que notre système d’enseignement et de recherche a décidé, par procuration, de laisser ces champs scientifiques aux autres. Je trouve que c’est un gâchis institutionnel et scientifique d’avoir des structures comme l’IFAN-UCAD qui dispose de départements de Biologie, d’Archéologie, de Zoologie vertébrée et invertébrée, et de ne pas répondre, pour notre Etat, à des commandes scientifiques de cette nature…

ANKN

LITTÉRATURE, MÉMOIRE ET RENAISSANCE AFRICAINE

Amadou Elimane Kane

Poète écrivain, Paris, France

Enseignant chercheur et fondateur de l’Institut Culturel Panafricain et de recherche de Yene

 Sur le socle fondateur des civilisations, la littérature tient une place prépondérante. C’est le médium qui met en exergue l’héritage culturel, historique et social. Elle est un des symboles de la mémoire collective, elle est une inscription conjuguée à tous les temps.

Par sa nature intemporelle, la littérature représente un espace d’expression singulier tourné vers la liberté, la créativité tout en étant le reflet de l’humanité. La littérature est un art majeur, créée par les hommes pour raconter, témoigner et constituer ainsi le tissu mémoriel de plusieurs générations. Elle contribue à l’enrichissement de la pensée et à éclairer les patrimoines historiques et culturels, elle en est le témoin puissant.

Quand on questionne littérature, mémoire et Renaissance Africaine, il convient de rappeler un paradigme fondamental qui consiste pour le peuple africain à recouvrer la connaissance de soi, la confiance en soi et l’estime de soi.

La renaissance africaine est une démarche qui propose un ensemble de valeurs en rupture avec les représentations afro-pessimistes.

Cette démarche de rupture doit s’accompagner d’une unité africaine avec pour levier plusieurs articulations qui permettent d’œuvrer pour la renaissance : une unité culturelle avec la réappropriation du patrimoine historique ainsi que l’exercice des langues nationales ; mais aussi une unité économique et monétaire avec une réelle exploitation des richesses naturelles du continent et enfin une unité politique d’où doit émerger une véritable démocratie, la défense des droits humains fondamentaux et la lutte contre les corruptions. Mais ce projet panafricain ne pourra s’accomplir sans l’idée forte selon laquelle chaque africain doit recouvrer une image juste de soi avec l’estime et la confiance nécessaires à la réhabilitation de ses valeurs humaines, sociales, culturelles et artistiques. Cette prise de conscience est un élément fondamental afin de comprendre la nature plurielle des enjeux majeurs du 21ème siècle du continent africain.

C’est ainsi que la littérature africaine doit être au service de la réhabilitation historique pour que chacun puisse se réapproprier, de manière durable, son patrimoine culturel qui permet la connaissance de soi, la reconstruction de soi et la perception profonde de la mémoire.

La littérature a un rôle fondamental à mener pour contribuer à la restauration de la vérité historique panafricaine, afin de bâtir et de promouvoir un espace unitaire créatif dense qui s’écrit au singulier et au pluriel.

La littérature doit œuvrer pour la Renaissance Africaine en questionnant, jusque dans les détails, l’héritage historique du continent, les croyances cosmogoniques, leurs significations et leurs origines. Dans cette conception, il est certain que la réussite de la littérature africaine dépend de sa capacité à cerner et à interpréter les finesses et les subtilités des systèmes de pensées africaines. Elle doit s’approprier les traditions profondes et riches des formes africaines du récit. C’est en elles qu’elle va puiser la vision épique nécessaire à la création de chef-d’œuvres. C’est pourquoi l’appropriation de l’héritage historique est un des piliers fondateurs de la renaissance. Par conséquent, la littérature africaine doit s’inscrire non seulement dans une réalité matérielle, dans sa perspective historique, mais doit aussi engager des réflexions sur les projets cosmiques et sur le rôle de l’humanité. En ce sens, elle doit briser les murs entre le passé, le présent et le futur. Quand il s’agit de dire comment la littérature peut porter la mémoire africaine, il est également important de rappeler la pertinence de l’utilisation des langues nationales.

L’héritage historique, culturel et artistique est au cœur de la démarche de la Renaissance Africaine, c’est avec cette vision que la littérature peut recréer le lien entre mémoire et renaissance.

L’histoire de l’Afrique est présente partout dans le monde, à travers ses diasporas et sa perpétuelle créativité dans les arts majeurs de l’époque contemporaine. L’inventivité africaine est un flamboyant fleuri, un baobab enraciné dans l’héritage historique, un palmier moderne dressé vers le ciel. L’Afrique possède toutes les ressources fécondes de sa renaissance.

C’est une littérature sûre d’elle, ancrée dans son patrimoine historique et culturel, attachée à ses richesses, défendant ses valeurs, utilisant ses potentiels, son intelligence, qui relèvera le défi de la Renaissance Africaine.

L’unité continentale d’un point de vue économique, politique est capitale mais c’est à travers la réappropriation du patrimoine culturel et des langues nationales que nous contribuerons au retour d’une conscience historique réelle en harmonie avec l’héritage culturel et une ambition sincère pour l’éducation. Ici et maintenant, il est important de redire combien la littérature doit être l’expression du patrimoine culturel et historique africain car elle est un enjeu indispensable au développement et constitue un des leviers de la Renaissance.

C’est ainsi que l’on peut affirmer que le 21ème siècle est celui de la Renaissance Africaine.

IMAGES DE LA CEREMONIE OFFICIELLE DE LANCEMENT DU SITE NDUKUR.COM A YENE TODE, DAKAR (SÉNÉGAL)

Vue du présidium avec  Dr Ndongo Mbaye

Vue du présidium avec Dr Ndongo Mbaye

Intervention de Amadou Elimane Kane à Yene, Tode, Dakar, Sénégal

Intervention de Amadou Elimane Kane à Yene, Tode, Dakar, Sénégal

Vue de la salle avec la présence des élèves de Yene Tode

Vue de la salle avec la présence des élèves de Yene Tode

Intervention de Elhadji Alioune Diouf, Economiste

Intervention de Elhadji Alioune Diouf, Economiste

Une vue de la salle avec des collègues anthropologues et cinéastes...

Une vue de la salle avec des collègues anthropologues et cinéastes…

Karfa Diallo de Bordeaux venu honorer de sa présence cette cérémonie

Karfa Diallo de Bordeaux venu honorer de sa présence cette cérémonie

Karfa Diallo de Bordeaux venu honorer de sa présence cette cérémonie (en blanc)

Karfa Diallo de Bordeaux venu honorer de sa présence cette cérémonie (en blanc)

Une participante

Une participante

Mme Myriam Thiam, artiste

Mme Myriam Thiam, artiste

Une assistante de réalisation

Une assistante de réalisation

Une vue de la salle...

Une vue de la salle…

Un intervenant citant quelques passages de l'oeuvre de Cheikh Anta Diop dans Nations nègres

Un intervenant citant quelques passages de l’oeuvre de Cheikh Anta Diop dans Nations nègres

SPECIAL CHEIKH ANTA DIOP. TOUT ce qui se fait sans le COEUR est voué à l’OUBLI

Pofrima Jëwriñu SEMEtt
Linguiste et Sémiologue
Allemagne
Les larmes maternelles,

Sur le tumulus de l’enfant “Semett” ,

Epluchent les ultimes fruits d’un engagement intellectuel.

Engagement humaniste, dés lors chancelant,

Sur la pente calcaire du destin historique.

 

Muraille abrupte ravivant les frissons,

Jadis engendrés par le poids du Devoir.

 

L’éternel questionnement existentiel

Comme une couronne macabre

Embellit la fuite des cendres cervicales.

Extase !

Vertige !

Transe !

 

Insoutenables collusions des pensées androgynes.

S’agripper, haletant sur les derniers remparts de la conscience du Messager.

Toiles fleuries sur les rebords glissants du Destin de l’Afrique.

 

Héritier! Ouvre le coffret mythique du Pharaon.

Seule, la senteur sauvage des herbes endémiques,

Sur les cimes éblouissantes de la re-Naissance,

Électrocute son Ame.

 

Le vent du renouveau panafricaniste aiguise la plume.

Et les ailes du pschent de l’Apôtre se redéploient.

 

L’EDITO DU PR LAT SOUCABE MBOW

Pr Lat Soucabé MBOW

Professeur titulaire des Universités

Président du Comité Scientifique de Ndukur.Com

Université Cheikh Anta Diop.

Dans Facebook sont publiées des informations en tous genres, différentes les unes des autres par l’objet, le style et l’impact tellement variable qu’un calcul d’écart-type serait impropre à en mesurer la dispersion. Celles signées par ANKN se sont toujours inscrites dans un registre soutenu. Leur intérêt auprès des lecteurs se manifeste non seulement par la récurrence du signet « j’aime », mais aussi par les nombreux commentaires suscités et la fréquence de ce mode de citation nouveau apparu dans la rédaction numérique, à savoir les liens créés par d’autres amis pour donner aux textes ndukuristes une plus grande résonance. Avec la création du site qu’il inaugure ainsi, l’auteur s’engage dans la systématisation d’une ligne éditoriale. Ce qui jusqu’ici paraissait comme des récits de voyage décrivant les paysages et les sociétés locales à travers le Sénégal des profondeurs se transforme en un blog. Il est ouvert pour partager des idées sur les réalités économiques, sociales et culturelles – dont on ne parle pas la plupart du temps dans les mass-média – grâce auxquelles s’apprécient les inerties, les transformations et les progrès connus par le Sénégal sur le chemin du développement. Le but de sa démarche ne consiste ni à privilégier des cas stylisés inspirés d’expériences de développement local, ni à réserver cet espace de dialogue à d’austères discours académiques. NDUKUR.COM se propose d’en assurer la synthèse, car la théorie ne saurait trouver les éléments de sa validation en dehors de l’objectivation de la réalité par l’observation distanciée et les questionnements qui en découlent.

Le modèle adopté n’est pas sans rappeler celui de l’université populaire mise sur pied dans les premières années de l’Indépendance par des intellectuels bénévoles officiant dans l’enseignement supérieur. Leur ambition avait été de mettre l’information scientifique à la portée du plus grand nombre dans un pays jeune aspirant à accroître les qualifications de sa population en dehors des structures officielles de formation. L’obstacle rencontré alors par ces pionniers résidait dans l’organisation pédagogique, car les rencontres avec le public ne pouvaient avoir lieu qu’en présentiel. Avec cette merveilleuse invention que représente aujourd’hui l’internet, il est possible d’atteindre d’innombrables cibles en des endroits et dans des milieux insoupçonnés dans les années 1960. Il suffit seulement que dans ces contextes il y ait des possibilités de se connecter.

Le premier thème abordé sur cette page se rapporte aux noms. Sujet d’un enjeu essentiel dans tous les domaines de savoir. Qu’il soit donné à une personne ou à une chose, le nom sert à identifier un sujet ou un objet afin d’éviter sa confusion avec un autre auquel il peut ou ne pas ressembler. Au nom propre on attribue arbitrairement une majuscule (Diop, Dupont, Durantes…), alors que le nom commun – sans doute à cause d’une nature impersonnelle – n’a pas droit du point de vue grammatical au même égard. On l’écrit en minuscules.

Chaque nom a une histoire. Lorsqu’il s’agit du patronyme, il permet retracer la généalogie, exercice devenu à la mode autant dans les sociétés occidentales que dans celles du Tiers Monde. On adjoint au nom un ou des prénoms dont la fonction discriminante au sein d’un groupe de parenté est sans doute mieux rendue par le mot anglais surname, que l’on peut traduire littéralement en français par le surnom, mais avec une signification et une fonction différentes. L’étymologie de ces ajouts au nom de famille mérite d’être faite autant que l’onomastique. Avec la succession des générations au sein des communautés humaines, il se pose en effet le problème de la distinction entre les personnes portant les mêmes noms et prénoms. Et sur ce chapitre il y a autant de coutumes et de règles qu’il y a de cultures. Les arabes procèdent par l’usage récurrent du terme ibn qui donne la latitude de remonter aussi loin que possible une généalogie pour situer une personne parmi les siens. Dans les familles sénégalaises, on ajoute les noms des parents – hommes ou femmes – pour distinguer deux Moustapha de même lignage paternel. Dans l’histoire des familles royales et des églises on recourt au classement par ordre numérique (Jean-Paul, Jean- Paul II…). On ne peut être dans ce genre de considération sans relever malicieusement un curieux effet de mode que l’on  serait tenté de prendre pour une exclusivité de l’Afrique centrale avec la propension de certains dirigeants, depuis l’époque de Mobutu Seseko Koku Wenzu Wasa Banga à allonger l’orthographe de leurs noms (Bongo Ondimba, Deby Itno, Kabila Kabange). Mais en la matière le mimétisme gambien tend à faire de ce qui passait pour une exception régionale autour du bassin du Congo une pratique courante en Afrique subsaharienne.

Dakar, le 28 janvier 2015