PROFESSION DE FOI

On a déjà entendu parler de matchs truqués et des joueurs maladroits, marquer contre leurs camps. Mais on n’a jamais vu de joueur déclarer se battre contre ses coéquipiers au cours d’une compétition sans changer de couleur ?
Ndoumbelaan a connu un ancien chef de l’Etat et d’anciens chefs de gouvernement transhumants, des militants et des secrétaires généraux de partis, des talibés et même des khalifes transhumants. De mémoire d’homme, Goorgorlu n’avait pourtant jusqu’ici, jamais vu ou entendu parler de candidat transhumant en pleine campagne électorale. C’est maintenant une réalité, et l’expression fait désormais partie du dictionnaire politique de Ndoumbélaan. Mais que diriez-vous en tant qu’arbitre d’une telle compétition ? Que feriez-vous en tant que supporteur ou spectateur ? Certainement rien du tout, parce qu’aucun règlement ne prévoit ce cas de figure inimaginable. Bien sûr vous seriez dépité, comme Goorgorlu noyé par la mare de listes, de couleurs, de candidats et de scandales.
Que feriez-vous si un clown décidait de transformer le sérieux débat d’idées attendu par un spectacle son et lumière pour prêter main forte à des candidats en perte de légitimité ? Que faire lorsque la musique et les klaxons s’expriment à la place de ceux qui n’ont rien à dire ou étouffent les discours de ceux qui ont quelques solutions même douteuses à faire entendre ? Certainement encore rien du tout, parce que la loi n’a pas prévu ce cas de figure impensable. L’autre jour pourtant, Goorgorlu dépité a fini par faire recours à une intifada improvisée pour montrer son désarroi. Pourvu seulement que ce geste maladroit ne soit pas assimilé à une « tentative d’assassinat contre un secrétaire général de parti» très protégé pour services rendus. « Kaso neexul … ».
Ceux qui croient bien faire en appelant à une campagne apaisée ignorent que la paix ne signifie pas, et vraiment pas du tout, l’absence de la guerre chaude. Ndoumbélaan est depuis longtemps un champ de violence, un Far West où les différends politiques se règlent à coup de marteaux, de sang et de trippes pourries de chiens jetées aux portes des adversaires, de défenestration de fonctionnaires jugés trop scrupuleux, d’embastillements suivis de « liberté provisoire » assortie d’obligations noyées dans de nébuleux protocoles nocturnes.
Physique ou verbale, la violence est le résultat des contraires qui se repoussent. Celui des riches et des pauvres, des travailleurs et des tricheurs, des voleurs et des honnêtes gens. La violence est le fruit de l’impunité accordée à une caste d’intouchables, à côté du mépris et de la terreur contre ceux qui refusent de se soumettre. Ndoumbélaan est depuis longtemps plongé dans la violence qu’on refuse d’écouter quand elle nous parle et condamnons lorsqu’elle se promène nue ou écorche un de nos luxueux bolides en parade dans nos rues cahoteuses ou inondées.
Ndoumbélaan est aussi un immense cirque, une sorte de « sabar u goorjigeen » où les genres et les nombres se confondent, en étouffant l’excellence au profit de la médiocrité. Les directions de nos sociétés nationales, centres de performance et/ou de régulation sociale, sont réservées aux partisans et souteneurs. Les sujets des examens et concours se vendent au plus offrants. Nos prestigieuses écoles et universités réputées sélectives sont concurrencées par de modestes établissements garantissant des diplômes crédités équivalents (avec un enseignement douteux), à ceux qui ont les moyens de se les payer.
Il faut s’attendre par conséquent à la violence sous toutes ses formes parce nous en avons semé les germes, et elle poussera :
– Quand la morale aura fini de déserter nos villes et nos campagnes, nos foyers et nos lieux de travail,
– Lorsque les prières de nos saints bouderont nos terres et nos cœurs souillés par le péché des uns et la lâcheté des autres,
– Lorsqu’enfin toutes nos valeurs seront réduites en biens comptables cachés dans nos murs ou à l’abri dans des paradis fiscaux ;
L’histoire, ce juge sans état d’âme prononcera sans aucun doute son verdict. Et malheureusement, une génération innocente payera lourdement, comme elle a payé à Bagdad et à Tumbuktu, à Berlin et à Kaboul, la note salée laissée par une bande d’égoïstes antérieurs qui ignoraient la simple et noble notion de patrie.
Les chroniques de Bandia, Juillet 2017

XEEWEL AK NATTU

Assis  aux  premières  loges  ou  quémandeur  de  faveurs  indues comme il l’a toujours  fait et  obtenu  de ses prédécesseurs  qu’il voue  à  présent  aux  gémonies,  le  premier  communicateur  du royaume  vient  de  déclarer  le  Gladiateur  « un  don  de  Dieu  à vénérer  ou  au  moins  à  respecter».   Mais  de  qui  se  moque-t-il ? De  quel  Dieu  parle-t-il  donc ?  Celui  d’Isaac  et  d’Abraham,  de Dionysos ou d’Eris ? Serait-il Rhadamanthe à coté de d’Éaque et  de  Minos pour  indiquer  leurs  sièges à des  Goorgorlus au purgatoire ? N’est ce pas des déclarations aussi irresponsables et dangereuses qui ont amené des millions de fidèles à déserter les  églises,  à  se  « révolter »  contre  le  dieu  et  les  dieux  qui  leur intimaient l’ordre  de  se  soumettre  aux  dictatures,  et  à  la misère ?  Parce  que  l’opium  du  peuple,  ce  n’était  pas  tant  la parole de Dieu, que l’interprétation des évangiles par un clergé repu allié à la monarchie d’abord et à la bourgeoisie ensuite.

Bien sûr, il serait plus simple de ranger de tels propos au rang de propagande politique émanant de quelqu’un  dont  le  niveau de  vie  se  mesure  plus  à  la  quantité  des  louanges  qu’à  leurs contenus.  Mais  le  monde  est  trop  complexe  pour  fournir  une explication  rationnelle  aux  errements  et  à  cette  sorte  de  folie collective  (même  momentanée)  des  hommes.  Un  esprit  naïf  ne peut  donc s’empêcher   de  se  demander  la  part  de  Dieu  et/ou des  dieux  quand  un  clown  qui  a  menacé  d’accroitre  la  misère des  couches  les  plus  vulnérables  est  élu  chef  de  la nation  la plus  puissante  de  la  planète,  la  terreur  imposée  au pays  du proche  et  du  moyen  orient  par  une  poignée  d’illuminés  se réclamant  de  Dieu.  Et  pourquoi  pas  la  part  du  diable,  quand de  puissantes  loges  d’Occident  parviennent  à  imposer  un bouffon  adversaire  déclaré  des  travailleurs,  au  pays  de  la liberté et des droits de l’homme.  Reconnaissons tout de même que  ceci  n’est  pas  une  raison  suffisante  pour  nous  faire admettre  que  Gengis  Khan,  Hitler  ou  Pinochet  siègeraient  au même parlement que d’illustres serviteurs de l’humanité parce que  des  puissances  ésotériques  auraient  porté  leurs suffrages sur eux bien avant les hommes.

C’est  pourtant  très  certainement  la  lecture  la  plus logique  qui peut  être  faite  de  la  posture  plus  que  scandaleuse  de  la brochette de dirigeants sur le grill du Gladiateur.Les partisans de  la  grande  coalition  qui  a  enfanté  de  l’Alternance  II  (ou  du moins  ce  qui  en  reste), seraient manifestement d’avis que Dieu et/ou les dieux, jouent un air à leur cadence et n’ont plus qu’à danser,  ou  peut  être  à  pleurer  de  joie  du  haut  du  perchoir  de la chambre d’enregistrement. Ceci expliquerait en tout cas leur sage décision de s’en remettre à son bon vouloir pour proposer les  candidats  au  renouvellement  du  parlement  du  rire  et  du «dagasante» de Ndoumbélaan.

Apprivoisés  à  coup  de  millions  ou  domptés  et  soumis par  le glaive sélectif contre « les  biens  mal  acquis », ils prêchent ainsi que  notre  démocratie  ne  serait  que  parodie  où  les  citoyens choisissent  les  yeux  bandés,  le  cœur  conditionné  par  des forces  occultes  au-dessus  de  leur  bon  vouloir.  Mais accepter que  le  Gladiateur  soit  autre  chose  que  l’expression consciente de  la  volonté  citoyenne, n’est-ce  pas  aussi  admettre  qu’il  peut être considéré  tout  autant  comme  un don  qu’une malédiction, un messie ou un démon. Et parce qu’il l’est effectivement pour les uns ou pour les autres, le bénir ou le combattre comme tel serait  plus  un  choix  citoyen  indépendamment  de  nos convictions religieuses.

Etre  monarchiste  ou  républicain, socialiste ou  libéral,  prendre partie pour le parti répondant à son idéal de vie, fut-il celui de la  solidarité  ou  celui  de  l’égoïsme,  de  la  dictature  ou  de  la démocratie,  reste  une  option  philosophique.  Par  contre, chercher  à  l’imposer  à  tous  comme  un  postulat  divin est et simplement machiavélique.

N’est-il pas encore temps que nos politiciens (au crépuscule de leur existence), pensent plus sérieusement à l’héritage à léguer à  leurs  enfants ?  Est-il  encore  possible  de  les  convaincre  de travailler  pour  la  postérité  en  faveur  d’un  Ndoumbélaan  où seront  valorisés  l’effort  et  le  mérite  des  individus  et  des collectifs ?  Enfants  de  Dieu  et  ou  des  dieux,  les  peuples assument  seuls  leurs destins  en  choisissant  librement  leurs dirigeants ou en se soumettant à leurs maitres. C’est pourquoi, l’idéal  aurait  été  que  Dieu  et/ou  les  dieux  soient  laissés  en dehors  ou  tout  au  moins  au  dessus  de  tout  ça.  Ce  n’est certainement pas la volonté de Dieu si les hommes ont crucifié Jésus  pour  se  soumettre  au  pouvoir  hérétique  de  l’Empereur de Rome.  Et ce ne sera pas de la volonté Dieu et/ou des dieux si  demain  Ndoumbélaan  devait  sombrer  parce  que  (pour paraphraser  Einstein),  « non  pas  à  cause  de  ceux  qui  font  le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire».

LES CHRONIQUES DE BANDIA, JUIN 2017

XOON FAAF OU LE SORCIER MANGEUR D’ENFANTS

 
Le Général de l’Est serait-il un « xonn faaf » parmi les verts ? Dans la mythologie de sa race, le « xonn faaf » est un personnage qui détruit tout ce qu’il a réalisé de bien avant de quitter ce bas-monde. Les êtres qui lui chers disparaissent dans des circonstances tragiques, son bétail meurt, ses récoltes brulent sans explications, ses amis et même ses animaux de compagnie le précèdent dans sa tombe. Le crépuscule de son existence est marqué par une sécheresse, la famine et la disette, etc… Et c’est seulement après sa disparition physique que les vivants médusés découvrent sa véritable nature maléfique.
Au sommet de sa gloire le Général de l’Est disait à peu près ceci : « lorsque que ton adversaire met un genou à terre, il faut l’achever ! ». C’était au temps où le futur Empereur déchu était dans l’opposition. Pied à terre, il posait encore péniblement ses jalons pour la conquête du pouvoir à Ndoumbélaan et semblait très affaibli. Violemment critiqué par les intellectuels, le Général de l’Est avait nié en privé être l’auteur de ces propos qu’il prêtait au maitre du troupeau des verts dont il n’était que le berger à la faveur dun congrès sans débat.
Vingt ans après, les légitimes prétendants, déshérités et/ou jugés trop jeunes pour assumer la succession, le Général de l’Est est devenu un propriétaire par défaut. Mais ce statut il le savait temporaire, à moins de faire des héritiers, ses adversaires, les accule à terre avant de les achever en suivant sa logique, au cas où le Commandant Déserteur déciderait de tirer sa révérence. Et c’est ce qui s’est passé dans les faits. Non seulement le Commandant Déserteur à renoncé à se battre, mais on peut même lire dans son attitude, des airs de transhumance diplomatique, de renégat, et/ou de collabo au sens historique du terme.
Ayant longtemps entretenu limage dun honnête intérimaire en parfaite intelligence avec le Commandant Déserteur désormais inaudible à partir de son exile, il a fini par gagner une certaine sympathie auprès des siens et de ses compatriotes. Il est vrai que l’Empereur désormais au trône à la faveur dune alternance historique, ne lavait pas ménagé. Entre intimidations, corruptions et débauchages, il avait réussi à ajouter la peur et le doute au malaise du troupeau des verts en proie au désarroi. Dans ces conditions, ce sont les légataires eux-mêmes qui ont fait bloc autour de sa personne pour sauver les derniers fidèles dune menace d’extinction. C’est paradoxalement eux, qui payent aujourdhui, le prix fort dune nouvelle alliance dont ils se seraient bien passés, mais que l’histoire leur a imposée après la chute de l’Empereur.
Dire que ce destin tragique était imprévisible, c’est ignorer le facteur humain dans l’histoire. Le tsar Nicolaï II a sa de responsabilité dans la chute de l’empire des Romanov, et l’URSS aurait sûrement survécu sans l’avènement dun Gorbatchev. De même, on ne pourrait envisager la révolution cubaine sans des héros emblématiques comme Fidel Castro et Ernesto Che Guevara, la République Populaire de Chine sans son Grand Timonier. Longtemps ballotté par l’océan de l’Empereur, le bateau des verts entre les mains dun capitaine inexpérimenté, a plus échoué qu’accosté sur les plages du troisième millénaire.
Au cours de cette tragique épreuve, les « rats » ont logiquement quitté le navire par dépit, par peur et pour des raisons moins avouables. Des divergences stratégiques entre ceux qui privilégiaient une solidarité autour du capitaine et ceux qui le critiquaient sa façon de faire ont fait jour, favorisant des clivages et des blessures profondes aujourdhui perceptibles. De toute évidence, un bilan de ce parcours aurait certainement permis de tirer de bonnes leçons ; pour les militants et pour l’histoire. Mais ce bilan, c’était aussi un inventaire, synonyme de reddition des comptes, auquel le Général de l’Est ne survivrait pas, du moins politiquement. Il s’y est donc opposé par des intrigues et le recours au sabre de samouraï.
Leebon, lupoon ! . Amoon na fi .. Da na amm Un jour, l’armée des verts entra dans la fosse des Mariannes.
On peut expliquer la logique suicidaire de l’Empereur déchu par son acharnement à garantir une succession monarchique. Par contre, l’obsession du Général de l’Est à faire le vide après lui, ne peut relever logiquement que dune pathologie encore mal connue. Ses camarades de parti ont commis la grande erreur de croire que l’estafette chargée de distribuer le courrier entre les tranchées pouvait diriger des troupes abandonnées par un comandant sans scrupule sur le champ de bataille, sans statut et sans directive après la débâcle. Surpris par la tournure des événements, ils n’ont jamais pu accepter l’idée que leur commandant (qui doit tout au parti), pouvait jeter l’éponge de cette façon et à ce moment là. Certains étaient même convaincus que leur champion à terre n’était que sonné. Mais d’autres plus réalistes, avaient diagnostiqué immédiatement le Ko et compris que «l’officier mexicain» ne prendrait jamais les armes aux côtés des troupes.
 
Trop longtemps affalé sur le ring sans combattre, le Commandant Déserteur a non seulement contribué à encombrer l’espace politique et juridique des verts, empêché d’autres combattants de prendre la relève, mais aussi égoïstement refusé son expérience à son camp. Ce flou politique et juridique ne pouvait qu’à limage dune houle, soulever une vague condamnée à retourner à la mer, ou à disparaître sur la plage.
 
Le Général de l’Est est une vague issue dune tempête. Il na pas l’étoffe dun chef, et est sociologiquement forgé pour ne s’exprimer que sous l’ombre dun maitre. Comme un sbire, il est capable de prouesses, bonnes ou moins bonnes, bénéfiques ou carrément détestables, pourvu qu’il y ait un chef derrière lui pour en assumer la charge morale. Paradoxalement, il n’aime pas le Gladiateur, mais il ne le déteste pas non plus. Il a besoin dun mentor pour exister et c’est bien ça, que le Gladiateur lui assure. Il a donc besoin du Gladiateur même si des raisons moins évidentes (entretenues par une certaine rumeur), qui seraient liées à la découverte fortuite dun trésor mal acquis par les fouineurs dune magistrature «debout » que le royaume voudrait pourtant «couchée », pourrait être un élément de chantage entre les deux hommes, justifiant cette fidèle docilité. Une telle hypothèse donnerait raison aux grands caciques des verts qui le soupçonnent d’être à la tête dun immense empire financier. peut être, « mal-acquis ». Mais leurs incompréhensibles et tout autant répréhensibles décisions de déserter le navire des verts au plus fort de la tempête, rendent peu crédibles d’éventuels témoignages de leur part. Pour la majorité d’entre eux, passé et présent attestent qu’ils n’ont jamais cherché autre chose que la jouissance, loin des héros et des martyrs.
 
Les chroniques de Bandia, Mai 2016
 

LA CAVERNE D’ALI BABA

A la veille des importantes échéances législatives puis présidentielles, certains idéalistes en sont encore à regretter l’absence de programmes et de projets de société. Les discours des potentiels protagonistes vont rarement au-delà de dénonciations de l’adversaire, pour sa tête, son lignage, ses fonctions, ou ses pratiques pourtant légitimées par une constitution et des lois qui nous régissent. Est-il besoin de rappeler que notre royaume amorce un tournant historique à l’issue duquel plus rien ne sera plus comme avant. Les enjeux des consultations de 2017, puis celles de 2019 vont largement au-delà de simples querelles de chapelles. Et si certains cherchent à les gagner à tout prix, d’autres se refusent à les perdre quels qu’en soient les coûts.

Le vainqueur aura en effet la lourde charge de gérer un royaume pétrolier, en tout cas, de vendre le premier baril de pétrole et le premier mètre cube de gaz « made in Ndoumbélaan ». Centre d’intérêt de puissances financières, le royaume va bénéficier d’une nouvelle tribune et de nouveaux partenaires dont l’influente OPEP capable de mettre à ses genous les grandes puissances de ce monde. C’est pourquoi, les candidats ne peuvent pas s’abstenir de définir une ligne directrice de leur politique en matière de gestion de ce dossier. Malheureusement, le sujet reste tabou en dehors de critiques des sancadales prématurés, annonciateurs d’autres scandales plus grands et plus pernitieux.

Autant les hydrocarbures peuvent être source de progrés, autant ils peuvent destructurer et extravertir une économie nationale en étouffant des secteurs porteurs qui sont aujourd’hui à sa base, y compris le savoir-faire des ressources humaines qui s’y attachent. Il sera impossible de maintenir dans nos campagnes sans eau et sans électricité ceux qui nous nourrissent. L’éducation partira en lambeaux parce que, la valeur des têtes bien faites aura pris le dessus sur celle des têtes bien pleines. Le risque sera grand d’assister plus que jamais à l’éxacerbation des tensions sociales, quand la misère  se dressera contre l’opulence, quand l’arrongance et l’insoucience des rejetons de nouveaux riches foulerons du pieds nos valeurs  et cracheront sur nos rites et sacrés.

Nous pensons donc que les recettes issues des hydrocarbures ne doivent pas être considérées comme une manne providentielle, laissée au bon vouloir d’un gouvernement quelles que soient par ailleurs ses intentions et sa moralité. Il faut légiférer pour encadrer l’utilisation des recettes issues des hydrocarbures. La multiplication des organes de contrôle et de concertation ne serviront à rien dans un contexte où leurs membres nommés peuvent être relevés de leurs fonctions  dès qu’ils se mettent au travail. L’histoire récente de Ndoumbélaan ne prouve-elle pas que l’exercice de contrôle est un métier à haut risque, et que les cadres de concertation, ne sont plus souvent que des prisons dorées pour les clients politiques à la recherche de sinécures ?

Elire sans légiférer sur la question des recettes issues des hydrocarbures, c’est donner le mot de passe de la caverne d’Ali Baba aux sept  b…. Et on voit mal de nouveaux élus s’atteler à dresser devant eux des instruments contraignants à leurs pouvoirs. C’est pourquoi, tous les candidats peuvent et doivent s’y engager. A coté des traditionnelles et éculées litanies d’approfondissement de la démocratie, ils doivent nous édifier sur leurs intentions, notamment leurs projets sur les questions comme :

  • La part des recettes issues des hydrocarbres dans le budget de fonctionnement de l’Etat en termes de pourcentages,
  • La répartitions de ces recettes dans les différents secteurs de l’économie nationale,
  • Les mesures pour la défense de l’environnement y compris la réhabilitation des zones directement affectées par leur exploitation, ainsi que la restauration des autres écosystèmes,
  • Les mesures de protection et d’indémnisation des populations directement touchées (autchtones et professionnels),

Si la rumeur attribuant le différend entre le Gladiateur et un de ses compagnons venait à se confirmer, aucune loi ne pourrait les départager. Il n’existe en effet, aucun dispositif juridique efficient fixant les critères de choix pour octroyer ou refuser une licence à un tiers. Naturellement, le bon sens pencherait pour le plus offrant. Mais la constitution permet au Gladiateur de donner à qui il veut. On ne peut donc pas lui refuser cette prérogative sans remettre en cause des droits que lui confère une constitution, surtout si on a battu campagne à ses cotés  pourqu’il en soit ainsi. Demain aussi, il risque de n’y avoir aucune loi interdisant d’utiliser les recettes issues des hydrocarbures pour acheter des armes ou pour distribuer ouvertement des denrées à des populations affamées dans le but de gagner leur sympathie ou de calmer leur courroux.

Si de telles questions qui vont forcément nous rattraper à partir de la prochaine législature venaient à être éludées (inconsciemment ou à dessein), elles constitueraient une bombe à retardement qui va nous exploser à la figure. Les scrutins immédiats ne seront alors qu’une simple bataille localisée dont l’issue ne suffira pas à donner un verdict consensuel. Les résultats ne seront tout au plus qu’un verdict provisoire d’un premier tour, induisant un second moins démocratique. L’éventuel verdict de ce second tour, lui-même d’être l’annonce d’un troisième peut être sanglant. Astafirou lahi !Ne soyons pas naïfs !  Il est impératif de nous préparer autrement que d’encourager une seconde coalition « supu kanja » sans lendemain parce qu’elle s’oppose simplement au Gladiateur considéré comme une grande désillusion pour ceux qui l’avaient adopté sans vraiment le connaitre. Et ce n’est pas la qualité ou la crédibilité des membres de cette nouvelle coalition qui est en cause, mais bien l’impossible mariage de contraires et/ou d’intérêts antagoniques manifestes.   Dites nous la nature du royaume pour lequel vous militez, ou cherchez à nous engager à vous soutenir !    Dites nous pour quelle constitution vous vous battez : la république ou la monarchie ?   Dites nous ce que vous pensez des Assises Nationales et de la CNRI. Il est peut être important de rappeler que la coalition « supu kanja » actuellement au pouvoir les avait approuvées sans réserve même si le Gladiateur a fini par convaincre ses dirigeants d’oublier leurs engagements pour « en tirer ce qui est bon »….. pour lui.   Dites nous si l’Empereur revenant a renoncé à ses projets de dévolution monarchique pour être fréquentable et alternatif à la dynastie actuelle que vous combattez.

Nous dénonçons l’injustice qui a permis au Gladiateur de mettre derrière les barreaux certains d’entre vous au motif de « tentative d’assassinat » contre l’un de ses plus fidèles souteneurs. Nous sommes unanimes à reconnaitre que l’acharnement contre l’un de vos leaders est dicté par une volonté politique de nuire à son image et pourquoi pas d’enterrer ses ambitions politiques. Mais nous ne comprenons toujours pas que certains d’entre vous aient accepté (même dans un moment de faiblesse face à l’épreuve), le soutien matériel et financier du rejeton de l’Empereur déchu, dont la tentative de couronnement avorté, a couté autant de vies. Comment nous faire digérer ces témoignages éloquents et pathétiques à travers les médias, pour redorer l’image du prédateur en exile ? En acceptant les « dons », d’un voleur condamné et qui se refuse à restituer le produit de ses larcins, ne se sentent-ils pas comme des receleurs ?

Attention !!! La politique et les émotions personnelles et/ou personnalisées, ne font pas toujours bon ménage ! Vous ne pouvez pas argumenter aujourd’hui le contraire des raisons qui nous ont amenés à nous battre, sans souiller la mémoire de nos martyrs tombés sur le champ d’honneur. De toute façon Goorgorlu ne cherche pas à changer de roi ou de président-monarque. Il veut simplement changer de statut et c’est strictement sur ce terrain qu’il vous attend.

BANDIA, Mai 2017

 

 

 

 

 

JAAY SA TOOL

Les énergies fossiles généralement appelées énergies non renouvelables constituent un enjeu majeur pour toutes les nations. Celles qui en manquent sont obligées de s’en procurer par tous les moyens y compris par la guerre (chaude ou froide). Celles qui en possèdent peinent à les gérer et en assurer une juste répartition en leur sein et entre les nations demandeuses.

Au stade actuel, le débat national à Ndoumbélaan semble se focaliser sur la tête des clients et sur nos gouvernants commis au comptoir, la nature des échanges et des coûts officiels et officieux des transactions. Il pose donc la question des fonds en éludant la question de fond. Qu’on ne s’y trompe pas : sous les appellations techniques et même ésotériques de permis d’exploration, de recherches ou d’exploitation, se cache une seule et même réalité : la cession d’une partie du territoire nationale à des tiers pour gérer nos ressources naturelles à leur guise.

Certains ont même laissé croire que le gouvernement du Gladiateur inscrivait dans ses performances, (encore de l’émergence ?), sa célérité à vendre toutes nos réserves réelles et potentielles. Mais où est donc la performance à  vendre la marchandise la plus convoitée dans un marché ? D’autres sont convaincus et tentent de convaincre que la pluie de devises née des transactions ne manquera pas de donner un souffle nouveau à une émergence qui se décline pour l’instant en un pont, une cité-dortoir en chantier, en multiplication du chômage, de la criminalité et de tragiques accidents que certains attribuent à la guigne (aay gaaf).

C’est dans cette atmosphère que survient le premier couac entre le Gladiateur et un de ses compagnons, apparemment directement imputable à une divergence dans la gestion des ressources naturelles. S’agit-il d’un débat de fonds c’est-à-dire et encore d’une querelle de « grands bandits lors du partage du butin » ou d’un débat de fond sur l’orientation politique, patriotique ou antinationale de l’un ou de l’autre des protagonistes ? Le linge sale n’étant pas encore lavé (ni en public ni en famille), toute prise de position nous semble prématurée.

A coté des scandales avérés dont le maladroit frérot serait l’épicentre, et qui justifie méfiance et suspicion même au sommet de l’état, ce couac ne va certainement pas au-delà d’une simple question de communication entre compagnons partageant la même vision politique et idéologique. Moulé dans une culture de rapport de forces n’ayant pas toujours penchées de son coté, le Gladiateur ne cherche pas souvent à convaincre, mais à vaincre y compris ses amis et ses adversaires.

Le choix anodin de partenaire (crédible ou conjoncturellement plus offrant), serait un épiphénomène dans l’orientation stratégique adoptée par le Gladiateur qui cherche manifestement à diversifier ses partenaires. En diversifiant ses clients, le Gladiateur va au-delà des poids des enveloppes proposées. Il ne cherche pas que le plus offrant mais serait entrain de vendre sa diplomatie et d’acheter sa sécurité. Il veut contenter le plus grand nombre, en tout cas, ne pas fâcher tous les vendeurs d’armes et ou les financiers de probables groupuscules capables de semer la terreur au nom de dieu, d’une ethnie ou d’une toute autre idéologie habillée du manteau de la lutte pour l’équité, tout en vendant de la drogue et en enlevant de jeunes vierges pour récompenser l’ardeur des combattants.

Goorgorlu pense qu’il serait plus important de rehausser le débat d’un cran en passant des questions de fonds aux questions de fond. Avons-nous le droit de vendre nos ressources naturelles maintenant ? De tout vendre surtout ? Pourquoi et pour quoi ? Que ferons-nous des produits des transactions ? Notre incapacité technique, technologique et financière conjoncturelle peut elle justifier notre droit de vendre ce que nous partageons avec d’autres générations qui n’auront pas forcément les mêmes handicaps que nous ? Un imminent représentant du mouvement paysan de Ndoumbélane avait opportunément tiré la sonnette d’alarme lorsque « la fièvre de la grande offensive agricole » virait vers une cession tout azimut du patrimoine foncier dit vacant en nous mettant en garde. La superficie nationale est une constante alors que notre population est appelée à se multiplier. Un père de famille ne peut pas vendre ses terres au motif que ses enfants sont peu nombreux ou momentanément incapables de les exploiter.

Réelles ou potentielles, nos énergies fossiles sont des constantes, incapables de se démultiplier comme des arbres fruitiers ou du bétail. Elles sont non-renouvelables et ont leurs limites dans le temps et dans l’espace. C’est pourquoi :    Si la faiblesse numérique de notre population ou ses limites techniques, technologiques et financières,    Si notre appétit égoïste à mieux vivre sans mieux travailler,   Si nous cédons à la tentation,    Si nous abdiquons devant les menaces,

Nous porterions en nous la honteuse réputation d’avoir volé et spolié le patrimoine de générations à venir qui auront dialectiquement transcendé nos limites actuelles.

Heureusement la cession d’une partie du patrimoine nationale n’est jamais une question définitive. Il n’est pas exclu qu’un autre gouvernement décide de remettre en cause toutes ces clauses, et pourquoi pas de nationaliser tout ce qui est aujourd’hui cédé aux multinationales. Mais cette éventualité n’offre pas que des avantages. Elle conditionne notre diplomatie, justifie les ingérences revendiquées ou secrètes telles, que nos futurs prétendants au trône devront avant tout convaincre ou rassurer des forces occultes, que leurs intérêts ne seront pas menacés par leur présence au sommet de l’état.

La question de la gestion de l’environnement va également se poser avec une nouvelle dynamique. La hantise de la remise en cause probable d’immenses intérêts financiers, mais aussi l’appétit du profit, ne manqueront pas d’influer sur la gestion de l’environnement. Non seulement nous serons exposés à de nouveaux types de pollutions et de nuisances auxquels nos scientifiques ne sont pas habitués, mais nous devrons nous préparer à faire face à un arsenal juridique, politique et militaire impressionnant au-delà des capacités de nos ressources humaines pour garantir les intérêts toujours plus grands du capital. Opportunité ou malédiction, c’est en tout cas ça, le bissab des hydrocarbures ….. À consommer avec modération.

LES CHRONIQUES DE BANDIA, MAI 2017

NOTRE OUVRAGE “FROM TENDA TO AJAMAAT”

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Socio-anthropologue
Matar Ndour, Photographe

Il a la gueule déjà et aborde les processus initiatiques des cultures du centre (Sérères), du Sud (Bassaris, Bediks, Ajamaat). Il est préfacé par le Pr. Abdou Salam Fall, sociologue et chercheur à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).

Il regroupe des articles rédigés par plusieurs chercheurs. Sa parution est prévue pour bientôt.

© Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Matar Ndour et ANKN

ESSABC, A SCIENTIFIC AND SOCIAL CHALLENGE FOR THE DEVELOPMENT OF OUR CONTRY

Abdou Ndukur Kacc NDAO
Socio-anthropologist
ndukur.ndao@essabc.com

The paradigm of this college is to avoid the copycat model of schooling by basing its approach on the social usefulness of science.

The School of Applied Social Sciences in Lower Casamance continues its implementation. A scientific committee from diverse scientific backgrounds has begun an exploratory work on the contents of teaching, training and research. This committee had 6 months to validate a complex educational process that should be innovative and creative. Indeed, the paradigm of this college is to avoid “copycat” model of schooling by basing its approach on the social usefulness of science. How can we make it a useful college, oriented towards solving the theoretical and practical problems that arise in our environments. During brainstorming, the following modules have been validated and will be progressively taught starting in November 2017.

– Innovative interdisciplinary modules
– Applied Socio-anthropology,
– Applied philosophy,
– Applied comparative history,
– Rural Areas and the Environment,
– Applied linguistics,
– Ethnic and trans-border issues
– Health, hygiene and environmental systems,
– Digital humanities,
– Qualitative methods and methodologies applied

The content has already been defined, including hourly credits, methodological approaches to teaching and calendars starting at the end of 2017. A committee is already working on the legal aspects and the organization charts of the college and will have to return its findings at the latest mid February of this year.
A diversity of sites taking into account the ecological, ethnocultural
Starting in mid-February this year, a team will visit the college’s various sites to assess the logistics needs and their development.

We already have 4 functional sites as of November 2017. The main campus is located in the village Colomba. We have already two amphitheaters there with possibilities of extension in theaters to accommodate certain theoretical courses on philosophical humanities, comparative history, cross-border ethnic groups …
Another site located in the forest of Kafountine for experimental work in agro-ecology, permaculture, rural territories … We also have a laboratory site in Niafrang for endogenous alternative health teaching with lessons on systems Health, hygiene … In Ziguinchor commune, we have a site for the teachings of digital humanities with methods and methodology to account for the bandwidth constraints in Kafountine. Lessons on health modules will also be provided.

In Oussouye, we will install a site specially dedicated to the teachings of socio-anthropology and all that relates to the royal, initiatory systems, systems of social organization, political … with courses that will take place within the walls of royal courts. The kings themselves or their delegates will be called upon to teach specific hands-on courses. As can be seen, the ESSABC has made the option of diversifying its sites taking into account ecological, environmental and ethnocultural modules and contexts.

Terms of Access

The teaching staff is being finalized and we should consolidate everything by August 2017. Like the administrative and technical staff. As of April of this year, we will publish the pedagogical, administrative and financial conditions for enrollment in ESSABC. Registrations open, they can be done via our site (essabc.com) or physically. At the moment, we have premises to accommodate students who want to live on campus at the various off the College.

ESSABC Funding

Dr. Moussa Sarr of Canada, Senior Scientific Advisor of ESSABC, is leading this process in relation to other resource persons to find ESSABC funding in the short, medium and long terms. A five-year strategic plan will follow in order to set a philosophical, methodological and financial framework for the college and a coherent intervention framework. A seminar will soon be organized to launch the assumptions of this strategic plan in the premises of the ESSABC in Colomba.

In addition, we have in view at this stage the signing of several protocols of scientific agreements with organizations or structures of research which have decided to trust us. We will come back to this in due course.

For any information, you can send an email to informations@essabc.com

ESSABC, a scientific and social challenge for the development of our country.

ESSABC : OPEN SCHOOL. OPEN RESSOURCES

Abdou Ndukur Kacc NDAO
Socio-anthropologue

LE MALHEUR DE VIVRE. ROMAN DE NDEYE FATOU KANE

CRITIQUE DE VALDEZ ONANINA, JOURNALISTE

Le malheur de vivre a été publié en 2014 chez L’Harmattan. Le roman de Ndeye Fatou Kane court sur 167 pages au long desquelles, il est question d’amour, de trahison, d’immigration, de culture et de tradition… Mais en une phrase, cette œuvre de la romancière sénégalaise est une histoire d’amour qui finit mal…et c’est le moins qu’on puisse dire.

D’ailleurs, le roman débute par la fin. Le personnage principal, Sakina Bâ, perdue dans ses méditations, ressasse sa vie et ses erreurs ; « elle qui avait la vie devant elle, un avenir doré qui se profilait », écrit l’auteure.

Le début de cette histoire dont la fin nous est livrée d’entrée remonte à 1980. Sakina Bâ est la fille unique d’Amadou et Mariam Bâ, « un richissime couple de commerçants Hal Pulaar installé à Paris depuis une quarantaine d’années, où leur boutique ‘‘Little Sénégal’’ était connue du Tout-Paris ». L’histoire raconte que bien que résidant en France, cette famille restait attachée à ses origines sénégalaises et Hal Pulaar, particulièrement à sa culture toucouleur. Les parents souhaitant  que leur fille reste imprégnée de ses origines ce qui n’était pas pour déplaire cette dernière qui jouissait d’une plus grande liberté pendant ses vacances au Sénégal. Ainsi, chaque année, au mois d’août, la famille se rend au Sénégal où Sakina avait toujours hâte de retrouver ses cousines Bousso et Salamata.

C’est lors d’une virée en boîte de nuit avec ces dernières, en août 1980, que Sakina fait la rencontre d’Ousmane que l’auteure décrit comme « ce qu’on pouvait qualifier de ‘‘boy Dakar’’ », un viveur, un homme de nuit.  Issu d’une famille nombreuse aux moyens limités, le père d’Ousmane est pasteur et sa mère vend les produits de son potager. Le jeune homme, originaire d’un village de l’ouest sénégalais, n’avait pas pu obtenir son CEP et avait rejoint la capitale pour s’extirper des difficultés qui s’annonçaient à lui. Il est donc gardien dans un immeuble situé en centre-ville au moment de sa rencontre avec Sakina.

A la page 25, Ndeye Fatou Kane raconte, l’instant précis de leur première rencontre ; elle écrit : « Extrait P25 ».

Mais très vite, ils se revoient. Au détour d’une promenade dans le centre-ville, Sakina et ses acolytes de cousines passent devant l’immeuble dans lequel Ousmane travaille. Ce dernier invite les jeunes femmes à une nouvelle soirée dans la boite de nuit où ils se sont rencontrés. Le rendez-vous se tient. Sakina et Ousmane se rapprochent et échangent leur premier baiser. La jeune parisienne n’hésite déjà pas à dire à ses cousines son amour pour Ousmane et brûle de désarroi à l’heure de se rendre dans son village pour deux semaines. Son amoureux va lui manquer. Mais, bien lui en a pris, son retour à Dakar se fait seulement six jours après, son père Amadou ayant connu quelques soucis de santé liés à son arthrite.

Et alors que son père est interné dans un hôpital dakarois, Sakina se fait à peine du souci pour lui et ne pense déjà qu’à retrouver Ousmane. Bousso et Salamata la rappellent un peu l’ordre mais la jeune fille n’en a cure des récriminations de ses cousines et mime d’être fatiguée pour s’extirper et aller voir Ousmane. Ainsi à chaque visite à l’hôpital, elle quitte plutôt pour aller rendre visite à son bien aimé. Sakina se révèle alors comme une jeune fille « insoumise » capable de braver ses parents et ses amis au nom de son amour pour Ousmane qu’elle couvre de cadeaux. Et à l’heure de regagner Paris, elle est encore envahie d’une grande tristesse, ce qui n’est vraiment pas le cas pour son amoureux. L’auteure écrit : « extrait page 84 ».

Quand  Sakina retourne en France, Ousmane reprend ses escapades nocturnes, confiant et sûr de lui. Il reçoit d’elle plusieurs lettres par mois et ne répond qu’une et rarement deux fois. De son côté, la jeune femme n’arrive plus à se concentrer ; son cœur est à Dakar.  Ses performances scolaires en prennent un coup, elle pense même à quitter l’école pour « faire sa vie avec Ousmane ».  Ses parents sont informés de ses absences répétées à l’école et qu’elle ne fut pas le désarroi de Mariam quand elle découvrit la cause des tourments de sa fille. NFK écrit à ce propos : (extrait P 94, 100 et 101)

A Dakar, les cousines de Sakina croisent, un soir, Ousmane en compagnie de jeunes filles. Quelques jours après, Bousso, une des cousines de Sakina croisera le même Ousmane, empêtré dans une affaire de drogue. Quand Sakina apprend tout cela de ses cousines, cela la conforte juste dans l’idée selon laquelle ces dernières sont jalouses de sa relation. Elle est déterminée plus que jamais à faire sa vie avec Ousmane.

A l’été 1981, Sakina regagne Dakar avec ses parents. Très vite, elle fait comprendre à son entourage qu’elle ne reculera devant rien en ce qui concerne ses sentiments pour Ousmane. Cet Ousmane manipulateur qui se réjouit de revoir sa naïve avec l’objectif malsain de l’épouser pour s’envoler vers Paris, la ville de ses rêves. Et pour illustrer la naïveté et l’outrecuidance de la jeune fille, je vais vous lire cet extrait de la page 118-119.

Et en bon manipulateur, dans son vil amour du gain, Ousmane soigne son apparence physique et morale et finit par convaincre Amadou qui n’hésite pas à lui accorder la main de sa fille unique.

Mais chassez le naturel, il revient au galop. Ousmane ne tarde pas à dévoiler son véritable visage et à se débarrasser de ce voile d’hypocrisie dont il s’était muni pour faire bonne figure auprès de ses désormais beaux-parents. (Extrait pages 135, 136, 137)

Le filou obtient finalement son visa pour la France où un petit appartement leur est réservé à lui et à sa femme par les parents de cette dernière. Très vite, Sakina ne peut cumuler vie estudiantine et maritale. Elle arrête ses études pour gérer son foyer.

Ndeye Fatou Kane écrit : (extraits pages 145-146 et 147-148)

Sakina tombe finalement enceinte et accouche d’une fille sans que cela n’émeuve vraiment son mari, ce qui avait le don d’agacer Amadou et Mariam qui avaient appris entre temps que leur gendre était un alcoolique abonné des bistrots de la ville lumière. Sakina reste au domicile de ses parents de long mois après son accouchement, sa mère voulant l’épargner de l’atmosphère délétère de son foyer. Quand elle rentre chez elle, Ousmane fait preuve d’une certaine attention, mais une fois encore c’est un écran de fumée, il prépare un grand coup, le coup final qui consiste à dépouiller sa femme et ses beaux-parents, et à s’en aller avec sa fille, la seule personne qu’il aime vraiment (Extrait P157).

Finalement, il convainc ses beaux-parents d’envoyer leur fille se ressourcer à Dakar. Ils acceptent cette proposition et lui remettent une grosse somme d’argent pour couvrir les dépenses de la petite famille pendant un an. Amadou et Mariam ne reverront plus jamais leur fille. Amadou meurt entre temps de suite d’une longue maladie et du fait de la disparition de sa fille.

C’est donc ainsi que se termine le roman de Ndeye Fatou Kane. Un livre poignant, émouvant. Le roman est digeste, plaisant à lire tant par la richesse du vocabulaire et de la syntaxe que par son style direct. Et la promesse faite dans la préface, celle d’une « écriture efficace, dépouillée, limpide, élégante » est bel et bien tenue.

D’attaque, l’œuvre est sulfureuse, mais au-delà de cette histoire qui se termine à la limite de tragédie. Preuve du talent de la romancière, elle garde un certain suspense tout au long de son roman malgré le fait que l’issue est connue.

NFK étale toute la richesse de la culture Pulaar, et toute la richesse de sa culture tout simplement.

C’est une peinture des traditions, un témoignage de l’habitus et du substrat de cette époque. On se doute que cela n’émane que de l’imagination de l’auteure.

Néanmoins, ligne après ligne, on se rend compte que Dakar n’a pas vraiment changé dans les habitudes de sa jeunesse, et de ses gens  La romancière nous plonge ou (nous replonge) à l’époque du funk, des slows et ce qui donne un arrière-goût vintage à ce roman qui raconte en même temps la vie d’une famille immigrée, comment elle s’organise.

Je dirai simplement, pour conclure, que le roman de Ndeye Fatou Kane ne doit pas être réduit à une histoire d’amour qui a mal tourné, c’est plutôt une leçon de vie et une énième preuve que les vertus et le respect des traditions ne sont pas de grandes théories mais des outils nécessaires pour se faciliter la vie et éviter donc un destin semblable à celui de notre malheureuse héroïne.

Présenté par Valdez Onanina, Journaliste

ICARUS SENEGALENSIS

Limiter les courants de pensées à quatre avait donné lieu à de vastes contestations. Et la mesure n’avait pas pu empêcher le foisonnement de « partis clandestins » interdits d’activités officielles mais non moins actifs sur le terrain politique et social. Pour la plupart, il s’agissait de batailles d’idées, d’orientations économiques et de choix de partenariats diplomatiques, techniques et politiques où la victoire ne donnait pas droit à des avantages personnels. Ministres ou députés, avocats, instituteurs ou ouvriers, nos héros patriotes et intègres, n’avaient ni voiture, ni argent. Ils étaient riches de leurs idées ; et c’est peut être pour ça qu’on les adorait.

Près d’un demi-siècle plus tard, la nécessité de revisiter la loi fait débat au cœur d’une société victime d’une bombe à fragmentation. Dans le royaume, près de trois cents partis politiques coexistent et curieusement sans aucune forme de courant de pensée. La politique est devenue une jungle où les mâles se battent pour le pouvoir de l’argent et le droit de se reproduire en concevant et/ou en clonant des espèces. Dans une telle situation, les sermons d’un certain clergé également réparti en milliers de courants pour un même dieu, sont loin d’être pertinents. En effet, de l’institutionnalisation des « Khalifa » à la légalisation des « Khalifa de son père », de l’évangile selon … à l’église de …., foisonnent pasteurs, petits marabouts et autres « fous de Dieu » qui tiennent à marquer leurs différences pour des raisons plus matérielles que spirituelles ou morales.

Comment se faire des repères dans cette jungle où les êtres et les choses changent de couleurs au gré des intérêts bassement matériels ? Comment naviguer dans ce circuit sans panneau de signalisation, où les baobabs se transforment brusquement en acacias, les loups en brebis et les lions  en buffles ou en chèvres ? Ce royaume des promesses où tous les calendriers sont désespérément bloqués au premier avril de « naxee mbaay » ?

Dans la nature, les engrenages les plus complexes sont régis par des lois simples qui rendent leurs langages maîtrisables. Les éléments de l’univers sont unis par des relations dont la maîtrise (même relevant de spécialisation) offre des certitudes d’analyses et de déductions objectives. La toile sociale est, quant à elle, rebelle et instable. Les relations qui unissent les éléments entre eux d’une part et entre les sous-ensembles sociaux organisés ou non, sont dynamiques et réfractaires à des projections objectives dans le temps et dans l’espace.

Voila pourquoi, l’homme, ce grand horloger de l’univers se révèle incapable de prévoir son avenir dans les plus brèves échéances alors qu’il est à même de déterminer avec une précision extraordinaire la vitesse et le sens du vent à n’importe quelle heure de la journée et dans n’importe quel coin du globe. Il est capable de prévoir la position et la composition des astres et d’autres éléments de l’univers sur des dizaines de millions d’années sans pouvoir jurer de la couleur de sa chemise du lendemain. Un bruit, un fait réel ou supposé, une information avérée ou fausse, suffit à brouiller ses intentions, à déstabiliser son agenda le plus ferme.

Les conséquences de la guerre en Syrie, sont loin des pronostics de ceux qui l’ont déclenchée. Au pays de l’oncle Sam, la certitude de la victoire d’un président démocrate racé, disons pour être plus précis d’une présidente, contre un excentrique sans parti et sans partisans initiés, a été balayée par les vérités de l’histoire. Plus proche de nous, le capitaine-sorcier qui se prenait pour un demidieu a fini par quémander une porte de sortie honorable en emportant dans ses soutes, les fonds de caisse du trésor de son pays.

Les pronostics politiques ne sont que des jeux de bonni-menteurs, à moins qu’ils ne soient eux mêmes utilisés comme  des stratégies de dissuasion tendant à faire croire à l’adversaire qu’il est attendu.  Si les sondages et les pronostics peuvent donner une idée de la tendance politique à un instant donné « t », ils ne traduisent que des humeurs éphémères, plus fragiles que des gouttes de rosée en plein Sahara. L’illusion des images et des média, écrits et parlés (fonctionnant suivant des mécanismes bien huilés), qui  créditerait une assise populaire aux candidats est un leurre. Bien sûr, il peut y avoir foule à leurs appels. Il y aura toujours foule derrière eux sans être avec eux.

Foules des affamés et des gueux venus rompre l’ennui quotidien –  Foules de « chasseurs de primes » venus assurer une DQ – Foule de fans venus communier avec une star payée d’avance pour les divertir.
Ces « démonstrations de force », qui renvoient à des « baak » de lutte traditionnelle et de sumo, créent certes de l’ambiance, rassurent et divertissent. Mais cela reste du domaine du spectacle. Du spectacle qui augure ou préfigure des combats qu’on peut différer sans jamais les éviter. De toute façon, la mobilisation physique n’est pas un baromètre politique fiable dans l’espace national. Se mobiliser physiquement est même dans une certaine mesure un acte peu compatible avec la sociologie de nos peuples. Ils préfèrent engager leur parole qui a toujours valeur de serment.

Le débat posé par nos peuples en termes de recherche de développement n’est pas l’accumulation de richesses matérielles, mais bien l’amélioration des conditions d’existence synonymes de bien être à la fois philosophique, matérielle et morale. C’est-à-dire, mieux vivre en restant soi-même. Plus prosaïquement, nos populations veulent : – Porter des blues jeans et danser le mbalax et le wango en combattant  l’impérialisme américain, conduire une rutilante Peugeot dernier cri et dénoncer le capitalisme français. – Naviguer dans le Web pour acheter du  « gejj » ou du nenetetu ». – Porter fièrement le sang de Lat Dior et de Salmone Faye sans devoir renoncer à  construire et à fréquenter des mosquées et des églises, moderniser les réseaux de communication, etc.

Et cette revendication doit reposer sur un support, un levier social  économique et culturel reconnu comme tel.  En d’autres termes, notre pays cherche un rassembleur. Un homme, un programme, ou les deux. Il y a un appel d’offres, beaucoup plus qu’une simple OPA. Les soumissionnaires devront d’abord respecter les cahiers de prescriptions techniques pour éviter de bander les muscles là où le QI est demandé.

Pour les partis politiques coincés entre un calendrier républicain, avec ses échéances fixes (malgré un yoyo tactique assaisonné de couplage et de découplage sur fond de rupture et de réconciliation de « grands bandits au moment du partage du butin »),  et la nécessité de forger un programme porté par un groupe social réellement reconnu, le défi prend l’allure des écuries d’Augias.

La stratégie généralement utilisée consiste à amener les populations à se conformer à une mode outre atlantique faite de marches, de spectacles qui paralyse tout le pays. C’est plus commode, certes. Mais intervient alors la communication et le style de discours, c’està-dire le facteur humain intrinsèque. C’est un apprentissage pénible où les acteurs politiques temporairement travestis en comédiens peinent à maîtriser leurs rôles.

Les partis politiques sont également confrontés au choix d’un meneur d’hommes écouté pour asseoir un leadership. Or le leadership en politique ne se décrète pas. Il résulte plus d’une adhésion individuelle et ou collective, d’une somme de comportements qui suscitent l’admiration et forgent l’intime conviction qu’il est possible de se confier et de se fier à un tiers.

A défaut de leader naturel, le choix d’une équipe représentative est aussi une alternative. Mais nos dirigeants ont étalé toute leur carence en la matière. A la place des puissants mouvements politiques capables de porter des programmes mobilisateurs, on assiste à la création de lobbies, de groupements d’intérêt économiques baptisés partis politiques, à des regroupements basés plus sur des instincts grégaires et de conservation.

Un célèbre entraineur de football de Ndoumbélaan aimait à dire : « je ne cours pas derrière le ballon, mais derrière ceux qui courent derrière le ballon ». Et un commentateur sportif d’ajouter : « à Ndoumbélaan, nous avons autant d’entraineurs que de citoyens ». Le charme et le succès de la compétition de manière générale (sportive, politique, économique ou culturelle, etc.), reposent sur la répartition des rôles et l’acceptation de la place que la logique de la subsidiarité nationale nous impose. Assis dans les tribunes ou confortablement à l’aise devant nos écrans, nous nous arrogeons le droit de critiquer les choix tactiques de nos entraineurs, le comportement de nos sportifs sur les terrains et en dehors, parce qu’ils nous représentent. Volontaires ou conscrits, le comportement de nos armées suscitera toujours nos critiques, parce que leurs faits et gestes nous engagent, nous honorent ou nous couvrent de honte.

La critique des faits et gestes de nos représentants (politiques, culturels, sportifs, religieux etc.) peut nous valoir une certaine sympathie populaire.  Proposer de les remplacer ne manquera pas de poser un débat. Se proposer ou se poser en postulant engendrera forcément des critiques et des inimitiés justifiées. Le patriotisme d’un supporteur, la compétence avérée d’un analyste ou d’un technicien sportif ne suffit pas à faire de lui un compétiteur de choix. C’est pourquoi, l’idée de voir une partie de la société civile en tant que telle, aller à l’assaut des électeurs serait une grossière aberration, une faute politique à ne pas commettre.

Les humeurs de la société civile épousent bien celles du peuple, déçu par ceux en qui il avait confiance, ou conforté dans ses prévisions que les héritiers de l’Empereur sont des médiocres et des malfaisants dangereux. Mettre fin à leur règne ou les empêcher de continuer comme un cancer à  ronger nos valeurs culturelles et morales, nos ressources est une demande sociale qui ne souffre d’aucune ambigüité. Mais comment les arrêter et par qui les remplacer ?

Aujourd’hui, la communauté conjoncturelle d’intérêt entre la société civile et les postulants à la conquête et à l’exercice du pouvoir rend opportunément  possible des échanges de civilités. Est-il possible pour autant d’envisager un compagnonnage structurel ou un divorce né de la volonté de la société civile  d’aller à l’assaut des suffrages des citoyens ? Acteurs non partisans, comprenez n’ayant pas pris partie pour un parti politique, la société civile va-t-elle prendre le pari fou de la conquête et de l’exercice du pouvoir ? Quelle lecture faire de ses sermons attrayants et, oh combien, mobilisateurs d’un peuple déçu et abusé par une classe politique moribonde aux valeurs décadentes ? Animée par la quête de la vérité et de la justice ou grisée par l’applaudimètre d’un peuple qui en a marre, la société civile ne risque-t-elle pas de se bruler forcément les ailes comme Icare, si elle tentait d’aller à la conquête du pouvoir ou aspirait à son exercice ?

Mais qu’est ce que la société civile ? Généralement admise comme la frange de la société qui n’a pas pris partie pour un parti politique, elle désigne au moins deux pôles distincts.

Il y a d’abord la société « civile en soi ». C’est cette frange de la société,  libre et libérée de tout contrat moral de fidélité à des formations politiques. Volontairement ou involontairement en marge de l’agitation partisane inconditionnelle pour des raisons diverses, elle ne s’identifie point comme un bloc  régi par des règles de conduite partagées par l’ensemble de ses membres. Son choix relève de convictions personnelles.

Il y a ensuite ” la société civile pour soi”, composée d’individualités et de collectifs (appartenant à des organisations) apolitiques dont la non-appartenance à des partis politiques relève plus généralement d’une volonté assumée de démarcation par rapport à ce qui est considéré comme un enrôlement moral et réducteur de leur libre arbitre. Majoritairement très instruite et engagée dans des secteurs jugés insuffisamment pris en charge par les pouvoirs publics (droits humains, environnement, santé, pauvreté etc.), la société civile pour soi, sans être porteuse d’un “projet  de société”, revendique, “un état de société”.

C’est la frontière ténue, entre l’état de société et le projet de société qui bascule souvent et projette des candidats issus de la société civile dans la conquête du pouvoir politique. L’expérience des mouvements écologistes particulièrement en Europe, prouve qu’aucune frange de la société civile n’a réussi le pari sans renier un ensemble de valeurs fondatrices, synonyme de rupture avec sa base affective. S’engager dans la lutte pour la conquête et l’exercice du pouvoir, à titre individuel ou collectif, est synonyme  de reniement des valeurs de la société civile. Les associations et individualités issues de la société civile qui ont franchi le pas ont généralement été excommuniées par de nouveaux mouvements et individualités sortis de leurs flancs.

Le politique, en général, et le candidat à la pêche aux voix en particulier, ont une claire conscience de ces deux pôles. Conséquemment ils ajustent leur approche et la modèlent en fonction de leur cible. Or, La société civile en soi, est généralement une cible passive n’engendrant pas de débat contradictoire. Ne disposant pas de suffisamment de ressources techniques, intellectuelles et autres, elle peut être happée par la nasse sous la forme d’un discours séduisant, d’un show médiatique, ou d’un geste humanitaire. Elle peut succomber à des présents matériels ou à une affection sentimentale.

La société civile pour soi est, quant à elle,  perçue dès l’origine comme un concurrent potentiel, pour deux raisons : 1. Elle dispose de suffisamment de ressources et de capacités matérielles (supports audiovisuels), humaines et intellectuelles pour analyser les offres et brouiller le champ de tir des candidats. 2. Elle est en mesure dans certaines conditions (même critiquables), d’endosser  une tenue de combat pour accompagner les prétendants à la conquête du pouvoir politique qui s’engagent à enrôler leurs désirs dans leurs programmes.

Généralement humanistes, ils apparaissent aux yeux des politiques comme des utopistes qui demandent l’impossible. C’est peut être pourquoi, même en dehors des échéances électorales, beaucoup de  gouvernants en difficulté s’acharnent à la qualifier de porte- voix de partis politiques souterrains. Le danger serait une trop forte implication assimilable à un parti pris alors que les honorables citoyens  font d’elle le porte-parole averti et impartial  n’ayant jamais été impliqué directement dans la gestion des affaires publiques.

C’est en bien la position d’externalité par rapport à la chose politique qui fait de la société civile un mirador à partir duquel l’alarme peut être actionnée à chaque fois que de besoin. Une prise de parti supposée ou réelle, ne serait  donc pas de nature à faciliter sa tâche de juge éclairé et ayant pour but l’effectivité d’un état de société propice. C’est pourquoi l’allusion à « la mare aux crocodiles » évoqué par la presse de Ndoumbélaan pour qualifier le terrain de jeu des partis politiques doit être prise comme un avertissement à prendre au sérieux. « Ku ndobin rey sa maam…. » .

Les chroniques de Bandia, avril 2017

EXPOSITION ETHNO-PHOTOGRAPHIQUE. SIGNES ET SYMBOLES. INTERVIEW DE ABDOU NDUKUR KACC NDAO

Du 15 au 31 mars 2017, le photographe Matar Ndour et le socio-anthropologue Abdou Ndukur Kacc Ndao ont exposé dans la galerie Zig Zag de l’Alliance française de Ziguinchor au Sénégal. Une exposition qui a pour thème les signes et symboles. Plusieurs cultures ont été exposées parmi lesquelles les bedik, bassaris, ajamaat, les sérères, peuls et lébous du Sénégal et les bijagos de la Guinée Bissau.

Dans cet entretien avec le Groupe Média du Sud, Mme Sankourou Tamba revient avec Ndukur Kacc Ndao sur les principales symboliques de cette exposition.

Entretiens…