LES CHRONIQUES DE BANDIA : INTIMES CONVICTIONS CITOYENNES

Le Gladiateur est certainement celui qui pouvait légitimement se réclamer «Président de tous les citoyens de Ndoumbélane ». Il a en effet été porté au pouvoir par une très large et très riche majorité politique et idéologique, sociologique et culturel.

Mais cette majorité arc-en-ciel qui fait courir les hommes en quête de pouvoirs à travers le monde, le Gladiateur n’aura jamais su, jamais pu, ou jamais voulu l’entretenir. De toute évidence, il méprise le pouvoir qu’il considère comme une tragique comédie humaine où l’espèce élue de Dieu et des Dieux s’entre-dévore au nom du plus fort tout en légitimant ses actes. D’origine modeste, il a connu plus que la misère, la frustration permanente et l’inconfort de l’enfant lorgnant presque quotidiennement derrière une vitre, l’étalage de biens qu’une société injuste lui interdisait par le biais d’étranges conventions. Il était donc sociologiquement programmé pour :

– une vengeance contre une société injuste qui l’a opprimé,
– la promotion d’une société plus égalitaire et plus égalitaire,
– l’assouvissement d’un rêve de jeunesse en se taillant une loge parmi les «privilégiés ».

Si Goorgorlu garde son intime conviction, il sait déjà l’option du Gladiateur.
Il sait que le Gladiateur n’a ni la noblesse ni le talent d’un bâtisseur de la cité. Le Gladiateur n’a pas l’âme d’un révolutionnaire animé par un désir de justice et d’équité. Il n’a pas non plus, l’ingéniosité ou la compétence pour créer de nouvelles richesses ou l’ambition de mieux les répartir.

S’il s’est battu pour exercer le pouvoir, c’est simplement pour éviter qu’on l’exerce contre lui, en particulier pour son séjour peu glorieux dans les sous-sols du pouvoir de l’Empereur. Si l’histoire l’a placé au sommet de la pyramide, il se serait tout autant contenté des écuries, pourvu qu’il exerçât un pouvoir. Mais ceci, l’Empereur l’a compris trop tard ; à ses dépens. Cette faute politique de l’Empereur sera en parti responsable de l’avènement d’un président dit par défaut ou de transition, toléré par la grande majorité des politiques dont l’inconséquence aura été le catalyseur de la réaction chimique qui menace tout le royaume.

Sa pratique quotidienne tend de plus en plus à le transformer en un Président de parti minoritaire et ou de parti d’une minorité. Minorité politique, minorité sociale et sociologique, minorité ethnique aussi, même si le constat fâche ou suscite des peurs.

Cet entourage médiocre qu’il est entrain de former, et ou de formater, c’est avant tout une sélection consciente et ciblée de sa part, de graines dont les récoltes ne sauraient surprendre. La tour d’ivoire en gestation autour de lui et qui finira par le priver de lumière, n’est donc ni un piège tendu par ses adversaires et encore moins un mur de sécurité dressé par ses partisans peut être trop prudents ou trop égoïstes.

C’est d’ailleurs pourquoi, il est important de dire ici et maintenant, que le Gladiateur (sélectionneur et semeur) est le seul responsable des futurs échecs plus que probables et non son entourage.

Le Gladiateur est un chef de clan qui a librement choisi de se servir et de servir son clan. Cette option de gouvernance, a maintes fois été réaffirmée par le « Fou » du temps de sa splendeur avant que des « kuur u bay fall » justiciers ne le contraignent au silence et à l’exil. « Nunn, danuy nguuru ! … » Sic

Le demi-milliard de nos francs investis sur ses poulains pour lui assurer un semblant de représentativité n’aura donc pas suffit pour lui garantir une place au tiercé venant. La promotion qu’il prétend réserver aux « vainqueurs » d’une course truquée par la disproportion des moyens mis à la disposition des compétiteurs sur la ligne de départ apparaît plus comme un motif qu’une raison.

On ne saurait passer sous silence la débâcle de certains « élus du peuple » dont le premier d’entre eux et contre lesquels aucune mesure ne pourrait être prise. Mais c’est peut être déjà un autre débat. De toute façon cette équipe n’est pas représentative des vainqueurs des scrutins populaires largement boycottés par la majorité des citoyens. A quelques exceptions, la plupart des hommes et des femmes qui la composent doivent leur salut à un système de vote qui leur ôte tout mérite personnel.

Comment comprendre dans ces conditions que la faucheuse sélective du Gladiateur ait épargné les vaincus dans le camp de ses proches alliés à l’exception d’un élément flottant et sans écurie ?

En tout cas, ces derniers ne manqueront pas de nourrir un complexe d’infériorité au sein de cette « sélection nationale » où ils ont été rappelés sans avoir rempli les minima fixés par l’entraineur.

Les alliés refusent manifestement de s’appliquer la règle. Rébellion ou premier signe publique de désaccord ? L’avenir le dira.

Sans pour autant définir une ligne de démarcation entre le niveau national centré autour de l’émergence et le niveau local assis sur les vœux d’intentions de l’Acte III, une analyse spécifique nous semble judicieuse.

– Où est en effet la cohérence entre l’objectif de performance (socle de l’émergence) qui fait plutôt appel à la compétence des hommes et des femmes d’une part, et d’autre part le critère de représentativité (manifestement sujet à caution) choisi pour désigner l’équipe qui en a la charge ? Les mesures douloureuses nécessaires au bond qualitatif vers l’émergence pourront-elles être prises par des hommes et des femmes dont la légitimité et la présence au sein de l’équipe dirigeante ne tient qu’au seul poids affectif de leurs bases sociales ? Certainement pas !

– La campagne pour les élections locales a été particulièrement nulle en programmes et n’aura été qu’un référendum pour ou contre les candidats présentés et soutenus par le Gladiateur. Rarement les candidats y compris les vainqueurs des listes opposés aux préférés du Gladiateur, ont fait référence à l’acte III en dehors des moyens colossaux (supposés ou réels) à mettre entre leurs mains. Les populations, qui ont voté ou se sont abstenues n’attendent logiquement rien de nouveau même si leurs choix en particulier dans les grands centres urbains où les listes du Gladiateur ont été laminées, peuvent être interprétés comme une marque de confiance à l’égard des équipes sortantes.

Goorgorlu reste donc convaincu et certainement plus à raison qu’à tort, que ce 29 juin n’aura rien du grand soir qu’il attend désespérément. Si des hommes et des femmes se sont éclipsés au profit d’autres hommes et de femmes, ce n’est qu’une logique du Prince : le roi est mort, vive le roi !

BANDIA, JUILLET 2014

LES CHRONIQUES DE BANDIA : NIT AK NATAAL

Je n’ai pas le temps de vous lire ni l’instruction pour vous comprendre. Pourtant me voici comme un gueux possédé par le diable entrant en transe devant vos paroles ésotériques qui cherchent à me délivrer du démon en moi enfoui. Devrai-je dire merci ou immoler un bouc noir pour cette séance de « ndep » ?

Je ne sais pas, puisque je ne sais plus qui je suis, d’où je viens, ni quel être on cherche à faire revenir dans ce corps qu’on dit mien et que je ne distingue plus.
Je ne connais ni Lat Dior ni Alboury Ndiaye. Mes seules références sont Senghor et Collin, autant dire la grammaire et les intrigues. Et je ne saurais évoquer l’un sans penser à l’auteur du génocide de la gauche sénégalaise, parce qu’Hélène c’était aussi et avant tout une forme de négation néocoloniale de l’homo senegalensis. Et l’autre n’était pas plus qu’un négrier avec sa « méthode » civilisatrice.
Pesez donc exorcistes mon âme sur une balance et brûlez-moi au bûcher pour purifier votre société !

Je n’ai pas le temps de vous lire ni l’instruction pour vous comprendre. Et je vous répondrais comme naguère le colonel Charles De Gaulle répondit à un historique maréchal qui lui reprochait la tenue de ses bottes : « Je n’ai pas le temps de les cirer ». Nous étions alors à la veille de la seconde guerre mondiale.

Quoi donc pensez-vous que le père de famille embarqué dans un taxi clando surchargé plutôt que de rester dans l’obscurité et dans l’insécurité à attendre un véhicule en règle ait fait un choix ?

Pensez-vous que ces milliers de nos compatriotes embarqués dans ce bateau clando affrété par nos gouvernants et qu’on nomme le Joola aient boudé la route par plaisir ou renoncé aux douillets voyage par avion ? Pensez-vous que le petit peuple a délibérément choisi d’habiter les bas-fonds par indiscipline ?

Je ne vous reproche pas ce que vous dites ni votre façon de le dire.
Si j’étais Youssoupov, j’aurai tué Raspoutine. Si j’étais Paul Tibbets, j’aurais largué la bombe atomique sur Hiroshima, si j’étais Mandela, j’aurais aussi donné ma vie à la lutte contre l’apartheid.

Parce que c’est ça l’histoire, à revendiquer comme les enfants des résistants ou à assumer comme ceux dont les ancêtres ont été à l’origine de tragédies humaines.

Nous n’avons pas plus de mérites que de tares à nous comporter tels que l’exige et le rend possible notre environnement. Le privilège ou sacrilège de regarder ce peuple patauger dans la boue ne nous donne donc pas le droit de le caricaturer. N’est-ce pas de l’incivisme que de construire un château à milliards pour loger un couple et un chien pendant que la majorité de nos compatriotes croupissent dans les taudis inondés ? Que pouvons-nous attendre de plus que des gestes de folies de l’enfant de Balacoss (texte et prétexte) sevré des scènes d’hystéries collectives face à ses talents fous ? Des gestes de folie, en tout cas tout ce qui peut ranimer son âtre d’été que refroidit le temps.

Le peuple jettera donc ses ordures solides et liquides dans la rue parce que son environnement n’offre aucune autre perspective. Il applaudira ses héros musclés de l’arène pour avoir fait coulé le sang de leurs semblables parce qu’une société civilisée les encourage et les valorise autant que des gladiateurs de Caesar. Il égrainera son chapelet en priant Dieu pour que sa candidate en bikini gagne le prestigieux titre de reine de beauté tout en exigeant que ses femmes et filles se voilent conformément à ses croyances.

Je ne vous reproche pas ce que vous dites ni votre façon de le dire.
Du prétexte au texte, (daax ganar…), transparaît ce voile de pudeur et ou de peur des détenteurs de privilèges dans la cour du roi qu’évoquat naguère un certain Kroutchev à l’occasion du XXIème Congres du PCUSS.

Des milliards quémandés au nom du peuple sont distribués au grand jour et sous ses yeux pour animer des « baxal’ et des « taanber » pendant que ses enfants pieds nus et sans manuels scolaires étudient dans des abris provisoires, entre les reptiles et les chiens errants. Vingt millions de nos francs seraient clandestinement versés mensuellement à chaque souteneur du prince pendant que nos étudiants affamés sont traités comme des bandits de grand chemin pour avoir réclamé leurs bourses.

En votant pour l’alternance, j’ai semé modestie, sobriété et état de droit. Ce fruit « Permissif, festif, ludique et prodigue, cultivant l’apparence, ne se préoccupant nullement d’essence ou de substance. Ni de consistance. Peut briller de mille feux, étinceler de mille éclats tout en vendant la mèche qui provoquera l’étincelle propre à mettre le feu à la plaine » ne peut donc être que l’ivraie qui a infesté le champ de mon espoir ». « Sama yakar »

Dans un pays où il y a plus de princes et de rois que de sujets, nous nous réjouissions peut être un peu trop tôt à l’idée que notre destin ait été enfin confié à un homme d’origine modeste. Non seulement il tarde à assumer ce statut, mais tend de plus en plus à s’en éloigner, et à se laisser tailler une généalogie qui lui ôte son mérite oh pourtant combien prestigieux. N’est pas ça aussi l’homo senegalensis sans référence sociologique qui enfoui sa tête dans le sable pour oublier ses origines.

Nous n’avons rien de nos géniteurs et ne ressemblerons guère à nos progénitures. Il n’y a donc pas à s’inquiéter pour les générations futures parce qu’elles ne seront pas de vulgaires statuettes d’argiles modelées et séchées par nos malhabiles mains d’artisans, je veux dire par nos comportements actuels.

Elles choisiront leurs héros fussent elles des martyrs de leurs époques. Quand les châteaux de prestige tomberont en ruine, quand les 8 x 8 ne seront plus que des épaves, ce peuple orgueilleux et intelligent saura bâtir une nouvelle citoyenneté, certes non sans référence exogènes.

Weuz (texte et prétexte) n’est pas un phénomène nouveau. Et cette « société sénégalaise déférée au tribunal de sa conscience ; inculpée d’abandon axiologique, de renoncement idéologique, de pleutrerie politique, d’affaissement éthique, d’inconsistance spirituelle et de proxénétisme culturel.», cette société qui a applaudi Ino, est également l’auteur du soulèvement du 23 Juin qui a sonné la fin de la récréation du Général Wade.

Je ne désespère ni ne m’alarme même si l’obligation de sonner l’alerte m’incombe. Ce peuple ne diffère en rien de celui qui a sauvé Barrabas et réclamé la tête du Christ. Il ressemble aussi à celui qui a acclamé Hitler et Mussolini. Sans être mécréant ni fasciste, il se laisse entraîner par les faits et gestes de ceux qui le dirigent, peut être inconsciemment.

Weuz (texte et prétexte) nous renvoie en cette période, au pays du foot et de la samba où se mirent deux faces d’un peuple, misérable sous la dictature des généraux et brusquement émergent sous l’ère Lula.

Je n’ai pas le temps de vous lire ni l’instruction pour vous comprendre. Cette scène tirée d’un auteur français me vient cependant à l’esprit. Des manifestants déterminés se faisaient canarder par une police tout autant déterminée à sauvegarder l’ordre. L’ordre établi bien sûr. Alors que d’autres bras se levaient immédiatement derrière la rangée de cadavres pour scander du pain ! du pain !, un enfant sur les épaules de son père qui assistait médusé au spectacle s’était exclamé :

– Papa, pourquoi une telle obstination ?
– Ils réclament du pain !
– Mais pourquoi ne leur proposerait-on pas des gâteaux s’il n’y a pas de pain ?

Kader Boye ou Sémou, Mamoussé ou Pathé Diagne, Amadou Aly, Marie Angélique ou Fatou Sow, relèvent déjà d’une autre époque. Celle où le nouveau mur de Berlin tropicalisé n’avait pas fini d’isoler l’intelligentsia du peuple. Pour notre génération, la rupture est définitive, comme entre deux tranches d’une noix de cola brisée. Le fossé entre les deux mondes est devenu trop abyssal pour nouer un dialogue, notre corde trop courte pour atteindre le fonds du puits qui nous effraie. La géographie semble ainsi condamner à la stérilité ce couple idyllique que nous aimons tant à évoquer.

Comme le dit un proverbe mexicain: « Pour sauver un naufragé, il faut être dans l’eau. C’est la communauté de condition. Il faut aussi savoir mieux nager que lui ».

J’ai peur que nous ne remplissions ni l’une ni l’autre condition pour une telle mission.

BANDIA, JUIN 2014

LES CHRONIQUES DE BANDIA : KAMIKAZE

Les psys n’ont pas fini de s’accorder sur les kamikazes : ces bombes vivantes qui se jetaient sur l’ennemi sans espoir de survie. Courageux et héroïques pour les uns, désespérés et sanguinaires pour les autres, peut être aussi trop lâches pour affronter une réalité qu’ils ont contribuée à mettre à jour.

Lors de la première guerre mondiale, plus précisément durant ce qui était appelée « la guerre des tranchées », des soldats offraient leurs poitrines nues à l’ennemi terré à des dizaines de mètres, assurés de ne pas survivre. Ils n’étaient pas toujours les plus courageux, mais beaucoup plus, ceux qui supportaient mal la guerre de nerfs et qui voulaient en finir.

Des actions similaires furent également menées par des anarchistes dont le plus célèbre restera l’étudiant serbe dont l’attentat contre l’archiduc autrichien à SARAJEVO en 1914, fut à l’origine du déclenchement de la première guerre mondiale. De nos jours, le phénomène est plus connu sous l’appellation réductrice de terrorisme.

Le terrorisme est l’arme de groupuscules politiques et ou religieux, dont la stratégie est dictée par les limites numériques ou matérielles, face à un adversaire plus représentatif ou mieux armé selon qu’il s’agisse de scrutin populaire ou de guerre militaire classique.

L’activiste désigné n’agit jamais en son nom, même s’il le proclame. Il est l’obligé d’un groupe organisé pour avoir été formaté et /ou rétribué en conséquence comme un mercenaire étranger au groupe.

Le recrutement d’activistes transcende les origines sociales et aucune famille, aucun milieu social n’est à l’abri. Il suffit de revenir quelques mois en arrière quand notre capitale fut plongée au bord de l’émeute par des bandes de tous les horizons exigeant l’élargissement de leur gourou soupçonné de meurtres.

La tactique des derniers soldats de l’EMPEREUR déchu ressemble à s’y méprendre à ces faits historiques, abstraction faite de la folie meurtrière du moins pour l’instant. Ils annoncent à la place publique, leur intention de commettre une action qui va les mener directement en prison avant de s’exécuter. Courage, témérité ou lassitude d’attendre l’issue d’un processus lent à se dénouer, les derniers soldats de l’EMPEREUR déchu, cloisonnés dans un périmètre géographique trop étroit, peinent à garder leur sang froid. Leurs armes éprouvées demeurent la violence physique et verbale, même s’ils ont perdu l’impunité : des armes de KAMIKAZES contre lesquelles nous sommes souvent démunis.

Nous ne pourrons certainement pas nous entendre sur la qualification de leurs comportements, mais il y a une nécessité à les circonscrire, dans l’intérêt de la république.

Partisans ou adversaires du GLADIATEUR, et même citoyens anonymes, nous sommes les passagers historiques d’un navire dont il est aujourd’hui le capitaine. Sur cet échiquier dynamique, toutes les alliances sont envisageables sans que tous les coups ne soient permis.

– Les partisans souhaitent être mis à l’épreuve pour remplir leurs engagements,
– Les adversaires se battent pour s’emparer des commandes,
– Les simples citoyens ne demandent qu’à être bien gouvernés,
Heureusement le calendrier républicain, tel un arbitre reviendra périodiquement siffler la fin de la partie et remettre les pions à leurs places pour une nouvelle partie sans jamais déformer l’échiquier, parce que sans échiquier, il n’y aura plus de jeu, donc plus de démocratie.

Depuis un certain temps, une série événements et les réponses apportées concourent à penser à l’imminence d’un duel entre les derniers soldats de l’EMPEREUR déchu qui lancent des défis, et le GLADIATEUR qui se dit prêt à les relever en toute circonstance.

Mais ce duel que les derniers soldats de l’EMPEREUR déchu tentent d’imposer au GLADIATEUR est un duel contre la république. Nous ne pouvons donc nous résoudre à de simples spectateurs pour plusieurs raisons :

– Ce duel renierait notre droit à être pris en compte sur l’échiquier politique, économique et social.
– Il créditerait l’idée que la seule alternative possible au GLADIATEUR c’est les derniers soldats de l’EMPEREUR déchu
– Leur défaite plus certaine que probable, leur garantirait un statut hautement plus enviable que l’habit de délinquants économiques qui les menace si les présomptions venaient à être prouvées.
– L’interprétation d’une victoire pourtant sans péril du GLADIATEUR ne manquera pas de conséquences négatives sur les alliances présentes et futures.

Ce duel est de toute façon historiquement impossible. Et ce n’est que jeu de mots que d’essayer de nous convaincre qu’ils s’attaquent au GLADIATEUR et non au capitaine du navire. Il n’y a pas deux personnages, et Corneille en laissant entendre que le père de Chimène est bien l’offenseur et le père de Rodrigue l’offensé, a tué son dilemme.

Le GLADIATEUR est le choix d’un peuple souverain. A ce titre, il incarne un statut que nous sommes tenus de respecter, quelles que soit par ailleurs les reproches qu’on peut faire au mode de son élection.

Proposer une alternative qui agrée le peuple est une chose, le convaincre qu’il s’est trompé dans son choix est une démarche politique noble. Entreprendre des actions ayant comme seul objectif de divertir le capitaine, relève de malveillance et de manque de maturité même si on peut s’étonner que le capitaine avec tout ce qu’il représente demeure encore très émotif.

Certes, son long compagnonnage avec les derniers soldats de l’EMPEREUR déchu, lui donne une grille de lecture spécifique rendant des faits et gestes (banaux et anodins pour le commun des mortels), outrageants. Mais, saurions nous aussi pardonner au capitaine du navire, cette promptitude à oublier la barre pour aller régler des comptes personnels sur le pont ? Pourrons nous accepter que le GLADIATEUR tel un taureau, charge à coups de cornes tous ceux qui brandissent un foulard rouge devant son nez ?

Le plus frustrant, c’est qu’au lieu de raisonner le GLADIATEUR, au lieu d’aligner face aux torpilleurs des boucliers boxant dans leurs catégories, ses partisans se ruent à ses cotés (ou font semblant de le faire) en se désolant que les alliés politiques d’aujourd’hui refusent de s’engager dans cette bataille de chiffonniers.

Et pourquoi donc s’engageraient-ils dans une bataille de chiffonniers quand on sait que le peuple les attend ailleurs. De toute évidence, le peuple recrutera ses dirigeants pour les prochains scrutins parmi ceux qui le rassurent le plus, ceux qui lui garantiront la paix civile et la prospérité plus que parmi les lanceurs de bazooka ?
Les derniers soldats de l’EMPEREUR déchu, sont conscients du trou abyssal matériel et moral laissé en héritage au GLADIATEUR. Ils semblent s’être jurés de tout faire pour l’empêcher de s’en tirer. L’EMPEREUR lui-même, n’avait il pas prédit le chaos après lui ?

Dans ces conditions, consacrer toutes les forces pour sortir le navire des eaux troubles quelque soit les tempêtes, c’est là, la véritable bataille à livrer, le seul défi à relever. Tout le reste n’est qu’épiphénomènes, des anecdotes pour journalistes de médias people que viendront effacer d’autres anecdotes le lendemain.

Le « baase salté » que nous servent quotidiennement derniers soldats de l’EMPEREUR déchu n’est qu’une soupe infecte dont la multitude de composantes cache mal la nature. C’est ainsi que les revendications pour l’élargissement sans condition et l’abandon des poursuites des mis en cause et en particulier du PRINCE, dans le scandale des biens mal acquis, des détournements de deniers publics, sont jumelées à celles de la baisse des prix des denrées, à l’augmentation des salaires de tel ou tel secteur. Pourtant nous savons tous qu’ils ne fréquentent pas nos marchés et ignorent la nature des menus à notre table.

N.B. Cette chronique a été publiée le 5 Juin 2013. Face au mélodrame qui se joue sur la scène politique, je la republie. Entre le Gladiateur et l’Empereur, on verra bien qui rira le premier et qui pleura le dernier.

LES CHRONIQUES DE BANDIA : NJAXAS

« Et si quelqu’un prétend que nous sommes des romantiques ou des idéalistes obstinés qui rêvent de l’impossible, qu’il n’est pas possible de transformer les masses en êtres presque parfaits, dans ce cas, nous devons répondre mille et une fois que c’est, au contraire, possible et que nous avons raison » Che Guevara

L’esprit logique qui observe la scène politique de notre cité, peut être désorienté, à la limite dépité par le jeu des acteurs. On comprend alors facilement l’hostilité du patriote quand il s’exprime, s’il n’opte pas de s’exclure d’un débat auquel il ne croit pas du tout, un débat dans lequel il ne se retrouve pas.

La réalité c’est que nous n’avons pas de politiques, et encore moins d’hommes politiques, mais plutôt des figurants de circonstance appelés s’insérer dans une comédie dramatique où les rôles prédéfinis ne correspondent ni à leurs compétences ni à leurs visions du monde.

La constitution engendre avec les institutions qu’elle définit, un conflit : conflit culturel, conflit social, conflit cosmogonique.

En définissant les taches et les compétences appelées à les exercer, la constitution a taillé du prêt-à-porter, mais surtout des tenues inadaptées à notre climat social, notre environnement, nos mœurs et nos coutumes. Les élus sont là surtout parce que des institutions ont été modelées pour les accueillir. Les élus sont là parce que la république en a besoin pour asseoir sa légitimité.

Ils ne représentent pas les populations et se comportent comme des « têtes couronnées » plutôt que des élus porteurs de mandats.

C’est pourquoi, nos concitoyens peinent à définir les attributions et les pouvoirs des députés à qui elles réclament des routes et des hôpitaux. Beaucoup de prétendus élus justifient leur « couronnement » et leur légitimité par leur proximité avec le Gladiateur et font rarement référence aux populations qu’ils regardent comme leurs sujets et non leurs mandataires.

On s’en moquerait volontiers s’ils n’étaient que des bibelots de bas de gamme pour remplir un décor. Mais les sièges de représentation nationale et ou locale sont aussi et surtout des instruments d’exercice de pouvoirs. Dans la logique de Machiavel, il faut les occuper pour exercer les pouvoirs ou subir les pouvoirs de ceux qui les occupent.

La bataille autour des sièges de représentation n’est donc pas qu’une aspiration citoyenne et ou philosophique à servir, mais aussi et surtout une prise de position par rapport à l’exercice des pouvoirs : exercer le pouvoir avec ses propres limites personnelles ou le subir dans sa rigueur avec les limites et les subjectivités de ceux l’exercent.

Dans cette compétition, les objectifs des uns et des autres peuvent varier.
– Des individus et des collectifs peuvent chercher à être entendus durant les campagnes,
– Certains se battront pour être présents au sein des centres d’exercice des pouvoirs pour les influencer
– D’autres enfin, nourrissent le désir fou de s’assurer le monopole de prise de décisions.

En prenant partie, nous prenons en principe le parti d’une partie qui symbolise notre idéal de vie, compte non tenu de nos penchants affectifs et crypto-personnels. Le système n’offrant pas d’autre alternative que l’abstention qui ne nous soustrait d’ailleurs pas du joug des vainqueurs.

Si l’atteinte des objectifs est interprétée comme une victoire pour chaque camp, la victoire reste le préalable à tout. C’est donc une fin en soi pour tout candidat. Les discours et les promesses ne sont alors que la conséquence de cette logique du Prince. Une promesse électorale est certainement un vœu d’intentions, si tenté est que l’on accorde la bonne foi à celui qui la fait. C’est au-delà, et surtout une arme destinée à affaiblir et à abattre des adversaires en compétition. Parce que l‘objectif premier du candidat c’est d’atteindre ses objectifs de départ, sa victoire est le préalable à tout. C’est donc une fin en soi qui justifie les moyens pour tout candidat.

Qu’il soit une opération de charme envers les électeurs potentiels ou une agression verbale contre des concurrents, le discours de campagne reste une arme offensive destinée à neutraliser l’adversaire. L’histoire est ainsi faite, la postérité n’appartient qu’aux vainqueurs pour toutes les compétitions. Il n’y adonc pas de place pour les enfants de cœur sur le terrain. Tant pis pour les idéalistes. S’il y a une politique morale, la morale de la politique est immorale. Ne dit-on pas que « les politiciens sont les premiers à s’étonner que les électeurs croient à leurs promesses » ?

Trop de plagiats, trop de collages inopportuns, trop de mimétismes dans la constitution, ont fait de Ndoumbélane un monstre entre la république, l’empire et la tribu.

La liberté laissée à notre chef de l’état de revêtir le costume pour chaque circonstance, c’est-à-dire de choisir une des faces d’un trièdre le met à l’abri, juridiquement et politiquement. Ne parlons surtout pas d’éthique, il peut toujours vaincre sans avoir raison, envers et contre tous.

L’Empereur a dansé sur ce trépied pendant douze longues années, muselant tous les contre pouvoirs et l’opposition, politiquement et juridiquement. Durant cette période oh combien traumatisante, on a souvent accusé les contre pouvoirs, la justice en particulier de prises de positions partisanes en faveur de l’Empereur. Mais n’a-on pas omis subjectivement lors des conflits, d’analyser leur angle de lecture (républicain, monarchiste ou tribale), somme toute parfaitement légal à Ndoumbélane ?

La refonte des institutions prônée par les Assises Nationales n’était pas donc une simple vue de l’esprit, mais une conclusion logique du « Peuple des Assises »: Le brouillage des règles du jeu ne permet pas la mise en place de tactiques de lutte, même pour les combattants les plus aguerris. D’où l’obligation de réformer à fonds nos institution comme préalable à tout.

Déçu par une première alternance qui n’a en rien apporté de changements dans sa quête de DQ, Goorgorlu avait dans ses rêves fous l’espoir de voir le pouvoir issu du 25 mars s’attaquer aux institutions. Mais ce statut hybride n’était pas pour déplaire à tous. Dès l’origine, des clans culturellement, sociologiquement peu ou pas convaincus, si ce n’est l’éventualité d’hériter et de jouir d’immenses pouvoirs (« kuy wax ne guur neexul, da nga ca bokkul »), s’étaient mis en marge du « Peuple des Assises ». Certains ne l’ont adopté que pour leur hostilité à l’Empereur qui a usé et abusé de « sa constitution ».

On savait donc que la mise en œuvre des conclusions des Assises était liée à la victoire de l’opposition historique à l’Empereur. Mais la mayonnaise qu’elle mijotait pendant douze ans s’est rompue au dernier instant. Contre mauvaise fortune, elle a été reversée dans la sauce du Gladiateur, opposant de la vingt-cinquième heure, trop éloigné dans l’esprit et dans la lettre des Assises Nationales.

Aujourd’hui il est parfaitement à l’aise dans cette situation qui fait de lui à la fois un président d’une république moderne aux yeux du monde et localement un monarque et un chef de tribu, accusé à tort ou à raison (l’histoire nous édifiera), de bâtir une dynastie.

Les élections locales se dérouleront dans ce climat hybride et délétère sur fonds de manipulations au sein des partis de la grande coalition du 25 mars et de batailles de positionnement à l’intérieur de ses différentes composantes y compris la formation en gestation du Gladiateur.

– Au sein de la coalition, le Gladiateur a cherché par tous les moyens à imposer ses hommes au nom de son parti.

– A l’intérieur de son parti, il a imposé ses hommes au nom du sang. Le sang de la tribu et ou de la dynastie c’est selon, avec les courtisans et les bouffons naturellement.

La riposte des populations a engendré une prolifération de listes. A côté des « bénies » du Gladiateur se bousculent les listes de défi, des listes de contestation, des listes d’alerte et de secours de partisans qui se sentent oubliés.

Ce saucissonnage des communautés et des collectivités participe d’une volonté de dispersion des forces vives de la nation et de tentative de décapitation de l’initiative citoyenne locale.

Le Gladiateur a fait ou laissé faire, dit ou laissé dire qu’aucun citoyen ne siégera sans sa volonté en dépit de l’hostilité des populations envers ses choix monarchiques tribaux et ou dynastiques.

Les maires et présidents de conseils issus des consultations à venir seront donc des « couronnés » du Gladiateur contre les populations ou des élus du peuple malgré le Gladiateur, certainement, contre le Gladiateur.

L’absence de consensus sera forcément dommageable aux futurs conseils qui auront pourtant besoin de cohésion et de dynamisme pour accompagner leurs premiers pas dans l’Acte III de la décentralisation.

C’est dans un tel contexte et ce n’est donc pas un hasard si l’Empereur revient triomphalement sur les lieux de ses crimes pour dire que rien de mieux n’a été fait derrière lui. Dire qu’il a raison ne signifie pas un désir de renouer avec ses pratiques avec ou sans lui (weddi njombor terewul wax ne ma na daw).

Les marées humaines qui l’ont accueilli ne souhaitent certainement pas le revoir mais bien plus pour faire savoir à ses héritiers que ce n’était pas pour vivre ce qu’il vit que le peuple l’a chassé du pouvoir.

Penser que la foule le réclame serait une grossière méprise, une lecture erronée de la manifestation d’humeur d’un peuple qui peine à trouver des dirigeants à la hauteur de ses ambitions.

Les blessures du règne de l’Empereur et de son héritage sont telles que Goorgorlu ferait sûrement appel devant le Seigneur s’il lui accordait dans sa miséricorde son pardon ou lui reconnaîtrait des circonstances atténuantes.

BANDIA, MAI 2014