LES COULEURS

Trop de conventions nous rattachent aux couleurs. Le rouge, le blanc, le noir et bien d’autres encore. Les couleurs symbolisent la guerre et la paix, les joies et les peines, le bonheur et le malheur. La saleté et la propreté, l’opulence et la pauvreté, le danger et la sécurité, s’identifient aussi aux couleurs. On fait appel aux couleurs pour distinguer l’ami de l’ennemi, un adversaire d’un partenaire ou d’un allié, le bien du mal.

Les couleurs rattachées au temps renvoie à la qualité de vie des hommes, leur passé, leur présent et leur futur. Alors que la pureté des couleurs cristallise les passions, fascine les hommes depuis toujours, l’art et la nature se sont démarqués en défenseurs de leur mixité, de leur mariage et ou de leur compagnonnage fécond.

Si l’interprétation peut varier dans, à travers l’espace et le temps, l’évocation des couleurs suffit à désigner des groupements humains, un ensemble de valeurs spécifiques et distinctifs d’histoire et de culture, avec leurs croyances, leurs philosophies.

La référence aux couleurs prend une autre dimension lorsque celles-ci symbolisent une nation, c’est-à-dire  « un groupe humain constituant une communauté politique, établie sur un territoire défini (…) personnifiée par une autorité souveraine ». (Le petit Robert)

Pour des couleurs, nous sommes capables de rire et de pleurer, d’aimer ou de haïr. En leur nom, nous légitimons même les actes les plus barbares que l’humanité a inventés : la guerre.

C’est peut être pour cette relation aux couleurs que Ndoumbélaan a oublié un moment ses préoccupations fondamentales pour se river sur le jeu de onze gamins gâtés par la vie, trottinant derrière une sphère de cuir sur un terrain gazonné à des milliers de kilomètres.

Mais le rêve a été brusquement interrompu. L’ensemble de l’équipe a écopé d’un carton rouge synonyme de disqualification pour la suite de la campagne. Sans mettre en doute le ticket vert qui les a amenés à ce stade, les organisateurs ont trouvé leur faute trop grave et ont brandi directement cette couleur sans passer par le jaune. En abrégeant leurs couleurs nationales, ils ont du coup empêché le lion rouge de rugir.

Passons donc aux choses sérieuses ! Sportivement remis à leur juste place, « Les lions » n’ont pas démérité. Ils ont au contraire mérité, … leur juste élimination. C’en est pourtant pas moins une déception, une grande déception même, pour les espoirs et les projets que venait de susciter la levée des couleurs.

Déception pour le petit peuple qui avait découvert à travers cette campagne le moyen de noyer un moment ses soucis quotidiens. L’excitation des foules permettait bien à Goorgorlu de colmater les brèches d’une dépense quotidienne structurellement déficitaire, par la vente, de sachets d’eau, de petits foulards, de drapelets et de teeshirts avec des numéros et des noms mythiques. Fidèle à sa tradition, Jeeg commençait même à se constituer un capital grâce aux traditionnels beignets de mil et aux sachets assassins de « gerte caaf» que des passants en liesse s’arrachaient sans se soucier du coût, du goût, du contenu et de la couleur.

Déception pour Le Gladiateur et son équipe. Gardien de la constitution, premier défenseur des couleurs de Ndoumbélaan, il sait mieux que quiconque que le résultat de la campagne suffit à affoler le thermomètre politique. Les lions éliminés, les couleurs de Ndoumbélaan vont être mises en berne, ou même baissées au concert des nations en compétition (c’est la règle). Sa capitale risque brusquement de virer au rouge tel un feu de signalisation mal réglé, sans passer par l’orange.

En l’absence de marrons insuffisants en quantité et en qualité, il devra user de tout son talent pour dresser son arc-en-ciel avant que les partisans de l’Empereur bleu ne l’obligent à lever le drapeau blanc, symbole de reddition sans condition.

Ah couleur quand tu nous tiens !

BANDIA, JANVIER 2015

LE JEUNE NÈGRE ET LA MÉDAILLE. BIS

A Monsieur Ferdinand Oyono,

Cette missive a pour objet de vous annoncer qu’un jeune nègre vient de recevoir une médaille. Pardon, la nationalité pour service rendu à la France. En acceptant ce titre, il a juré d’adopter de nouvelles valeurs, de renoncer aux valeurs moyenâgeuses de ses géniteurs, de tourner le dos aux siens, parce qu’il est Charlie. Et parce qu’il est Charlie, il doit désormais vivre avec les caricatures qui sont des valeurs sacrées de la démocratie, accepter qu’on tourne en dérision ce qu’il a de plus cher au nom de la liberté de la presse, renoncer à son habillement, considérer comme un délit l’accoutrement traditionnel des femmes et applaudir celles qui se promènent seins nus en profanant des églises en Russie et des cimetières en Tunisie au nom de « FEMEN ».

Reconnaissons pour la vérité de l’histoire, qu’une telle manifestation de reconnaissance n’aurait jamais été proposée à un allemand, un belge ou un américain. Peut être parce qu’ils sont trop fiers de leurs propres identités. En tout cas, beaucoup d’entre-nous l’aurait rejetée comme telle. Cette récompense est le prolongement d’un postulat raciste et paternaliste dont « l’immigration choisie » et le débat de bas étage autour de la question « qu’est ce qu’être français » initiée par Nicolas Sarkozy sont les excroissances. N’oublions pas les héros de la première nationale de football d’Algérie qu’on appelait l’équipe du FNL et qui était interdite de jeu dans les pays occidentaux. Combien d’entre eux dont le talent donnait droit à la nationalité avaient refusé la tunique tricolore avec tous ses avantages pour brandir le drapeau des patriotes algériens en lutte. Combien d’entre eux ont renoncé aux moelleux terrains gazonnés pour s’entrainer sur les terrains vagues et rocailleux du bled ?

Ce jeune homme qui fuit jusqu’à ses origines, qui renonce au combat quotidien que livre son peuple agressé aux cotés de milliers de jeunes venus d’ailleurs donner leur sang et leurs vies,  n’a certainement pas comme modèle Ernesto Che ou les membres des brigades internationales qui prêtaient main forte aux Républicains en lutte contre le fascisme en Espagne. Si on ne peut lui dénier son mérite, il ne manquait certainement pas un terrain plus légitime pour prouver son courage ou son humanisme. Exhibé comme la « vénus de », il restera certainement aux yeux de l’Occident comme le symbole d’une exception venue de « peuples qui ne sont pas entrés dans l’histoire ».

Dans sa prière, il a certainement dû dire  à l’opposé de Guy Tyrolien, le poète guadeloupéen :

Je ne veux plus aller pieds-nus par les rouges sentiers

Je veux aller à leur école

Je veux  ressembler à ces messieurs tristes

Ces Messieurs comme il faut

Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune

Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds

Je veux être un homme comme il faut

Je veux être français ou Charlie

Je ne veux pas me réveiller

Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs

Et que l’Usine

Sur l’océan des cannes

Comme un bateau ancré

Vomit dans la campagne son équipage nègre…

Il est maintenant  français par décret « pour service rendu à la France », jusqu’à ce qu’un autre décret l’abroge « pour tort fait à la France ». Parce que c’est aussi çà, la loi en France, il faut s’y faire.

Les nègres, vous le savez, n’ont que trop travaillé.

Pourquoi faut-il de plus apprendre dans les livres

Qui nous parlent de choses qui ne sont point d’ici ?

Pour l’impérialisme occidental en général et français en particulier, l’acceptation de la diversité culturelle est une proclamation de foi  vaine. Pour vivre parmi eux, il faut être comme eux.

Ils sont pourtant chez nous depuis des siècles sans chercher à nous ressembler. Dans un premier temps, ils étaient venus pour se ravitailler en chair humaine durant la traite des nègres. Ils sont revenus s’installer durant la colonisation pour l’or et pour l’argent, les fruits et la mer. Convaincus qu’ils étaient là pour l’éternité, ils ont implanté leur école pour nous enseigner à les ressembler, à vivre et à penser comme eux.

Boutés par la riposte du puissant mouvement de libération national, ils ont amorcé un repli tactique non sans renoncer à leurs principes d’hégémonie culturelle. Ceux que l’histoire a amenés à les côtoyer, devront les ressembler.

Mais s’il est encore possible, de troquer son « pyjama africain » contre une queue de pie, de se défriser les cheveux crépus chaque matin, si l’alchimie parvient à vous décolorer la peau et à vous redresser le nez épaté, si tout est fait pour les ressembliez en apparence, ils ressortiront toujours de leurs manches ce subtil complément « d’origine africaine» pour vous qualifier, comme les Nazi en ont usé pour commettre le plus grand génocide de l’histoire. Dans cette basse besogne, les nazis n’étaient pas seuls, ni physiquement, ni idéologiquement. Presque partout en Europe, ils ont été aidés par des alliés locaux dont la France de Vichy laissant pour toujours une tache indélébile sur la peau zébrée de la république.

Jean Ferra à travers la chanson « Nuit et brouillard » dont nous rappelons ici quelques phrases en parle éloquemment, avec la douce violence du poète.

« Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés,
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants,
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.
Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres:
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
.
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou, 

D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel,
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux.
Les Allemands guettaient du haut des miradors, 
La lune se taisait comme vous vous taisiez,
En regardant au loin, en regardant dehors,
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours, 
Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour,
Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire,
Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare.
Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter?
L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été,
Je twisterais les mots s’il fallait les twister,
Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez ».

 

PS :

Si vous rencontrez le Maitre des Diallobés, n’oubliez pas de lui transmettre ce message :

Nous avons envoyé nos enfants à l’école de ceux qui pouvaient vaincre sans avoir raison, suivant en cela les conseils de la Grande Royale. Non seulement ils ne leur ont point appris à fabriquer la poudre et le canon, mais ils les ont rendus fous, tous fous. Parce qu’il faut sûrement être fou pour profaner la parole du Maitre de l’Univers, violer ses interdits ou même souiller la natte de Thierno. En réaction, d’autres fous n’ayant pourtant jamais fréquenté cette école, se sont emparé de la poudre et du canon pour brûler nos mosquées et nos églises, tuer sans discrimination vendeurs et acheteurs dans les marchés publics, violer nos femmes et nos enfants. Ils ont détruit les Boudas Géants, rasé les mausolées à Tombouctou et à Gao, incendié Baghdâd et Dar-Es-Salam, menacé Chinguetti, et les Pyramides d’Egypte.   

BANDIA, JANVIER 2015

TIRS AMIS, ET FAUSSES CIBLES DE GUERRE

La brusque remontée du terrorisme en France a surpris les combattants qui savouraient une pause méritée après les violentes tempêtes jihadistes au Sahel. Comme une patrouille tombée dans une embuscade,  la riposte a été désordonnée, les cibles quelconques et les cris de guerre confus. Sans oser parler d’accalmie, il est juste de penser que la pause même éphémère, devrait être mise à profit pour reprendre les esprits, identifier l’origine des tirs, distinguer les amis des ennemis pour mieux orienter la riposte.

A Ndoumbélane le débat focalisé autour de la présence justifiée ou non du Gladiateur à Paris a cruellement appauvri les échanges. Le politique a certainement cherché à enrôler le sentiment religieux pour atteindre et affaiblir le Gladiateur pour des raisons évidentes.

Pour l’avoir dit implicitement ou subtilement tu, l’impérialisme français a en effet créé une ligne de démarcation au-delà de laquelle on est Charlie et anti terroriste ou contre Charlie et terroriste. Et quelles que soient par ailleurs les professions de foi pour calmer les esprits, il reste que derrière le concept terroriste plane une connotation anti islam, raciste et xénophobe envers tout ce qui est d’origine non européenne, de culture non judéo-chrétienne.

N’est-il pas temps de recentrer le débat autour d’une ligne de démarcation plus objective parce que la question aujourd’hui posée, ce n’est pas la défense de Charlie en tant que simple organe de presse partisan, mais bien la ligne de démarcation entre le bien et le mal, préfabriquée et imposée par l’impérialisme français et que Charlie prétend  symboliser.

Ce n’est pas la première fois que l’occident mobilise, roule et enrôle le monde autour de la défense de ses convictions intimes et de ses pratiques qu’elle tente d’ériger comme valeurs universelles. C’est inacceptable, et les autres peuples ne le laisseront pas faire.

Comme tous les démocrates nous condamnons la violence comme moyens de gestion des conflits y compris la violence verbale, la violence culturelle et la violence religieuse. Nous avons condamné la Shoa sans être juifs, nous avons combattu l’Apartheid sans être racistes, nous nous sommes dressés contre les pratiques du sionisme sans être anti sémites. Nous condamnons le fanatisme religieux aussi, sans être des athées ou des mécréants.

Pourquoi et comment  Ndoumbélaan  dont les défis et les priorités sont vraiment ailleurs s’est-il retrouvé brusquement au centre de la polémique ? Peut être a-t-il été piégé pour des raisons historiques, politiques et économiques en abordant mal la ligne de démarcation imposée par l’impérialisme français. En dissertant sur le thème tel que posé par l’ancienne nouvelle métropole, il a laissé germer une fracture affective générant un conflit sans objet parce qu’axé sur un postulat en dehors du vrai champ de bataille idéologique, politique et culturel. Nous serions lâches si nous ne condamnions pas les massacres quotidiens des fanatiques prétendument agissant au nom de Dieu. Ce serait ignoble que nos héros s’identifient aux poseurs de bombes dans les marchés, les écoles, les églises et les mosquées. En même temps, nous aurions certainement trahi la pensée des prophètes en qui nous croyons en acceptant qu’ils se fassent traiter comme des guignols pour divertir des hommes et des femmes en mal de repère. Il est donc aberrant de nous imposer l’alternative « pour Charlie et contre le terrorisme ou contre Charlie et pour le terrorisme ». Et si une loi permet de tels faits, nous devons combattre cette loi pour ne pas enfanter des hors-la-loi désespérés et coupables devant l’histoire. Parce que le désespoir d’un homme ne va pas au-delà de son incapacité à agir contre un mal qui l’affecte, et la tentation est grande si ce mal est institutionnel, s’il est le fait d’hommes et de femmes en chair et en os.

Sans mériter ce qui leur arrive, La France et l’Occident sont coupables et ceci à plusieurs titres. Ils ont fabriqué et financé le terrorisme en lui donnant armes et Euros en échanges d’otages pour des raisons bassement électoralistes. Ils ont contraint des états faibles à libérer des monstres pourtant capturés et mis hors d’état de nuire. Ils ont assassiné Khadafi et mis en place « leurs démocrates », permis l’exode massif des empêcheurs de tourner en rond en les canalisant vers des zones considérées comme économiquement sans intérêt pour eux, avec armes et bagages. Ils ont donné le gite et le couvert au séparatistes dits minorités « entièrement à part » au nom des droits de l’homme, défendu leurs causes à coups d’euros et de manchettes médiatiques. Ils ont comme le dit si bien le chanteur ivoirien Alpha Blondy, mis le feu pour jouer aux sapeurs pompiers.

C’est bien cette France coupable qui a appelé au secours et touché la corde sensible d’une poignée de chefs d’états qui lui étaient redevables. En les confondant dans un faux débat qui ne va certainement pas manquer de laisser des traces indélébiles pour nos faibles démocraties, elle n’a pas pour autant cherché à les mettre à l’aise. Si à Ndoumbélaan, la contradiction se limite du moins pour le moment à de simples empoignades verbales, elle a déjà engendré ailleurs, des dizaines de morts et de blessés, des fractures sanglantes entre des communautés, victimes collatérales sans le savoir d’une bombe à fragmentation venue d’ailleurs où elle se nomme « la liberté de la presse ».

En dehors des atypiques héritiers des dictatures dynastiques plus que trentenaires sur le continent, le Gladiateur fait parti parmi les présents, des chefs d’états directement impliqués ou menacés par l’hydre terroriste au Sahel. Il est à ce titre redevable à une France qui, quelles que soit par ailleurs ses véritables motivations, a volé à leur secours quand tout semblait compromis. Responsable d’une nation ayant traditionnellement volé au secours de la France chaque fois que de besoin, le Gladiateur a été mis devant ses responsabilités historiques qu’il a assumées. A tort ou à raison ? L’histoire le dira. Mais qui aujourd’hui parmi ses détracteurs politiques actuels ne serait pas allé épauler un allié blessé même si on peut lui reprocher d’avoir créé lui-même, les conditions de ses difficultés ?

Le véritable pécher du Gladiateur réside essentiellement dans la communication. Il a cru qu’il suffisait de contenter la France le matin et de venir dormir le soir à Ndoumbélaan comme si de rien était. Il était convaincu ou s’est laissé convaincre qu’il pouvait déjeuner avec des pommes de terre frites dans un restaurant des Champs Elysées et diner son « cere mboum » à Colobane sans dommage. C’est une erreur tragique ! C’est justement en ces moments troubles où les repères se brouillent, qu’un chef d’état a l’obligation de lever la voix pour rassurer et mobiliser son peuple. Rassurer autour de ses valeurs fondamentales, et mobiliser les ressources disponibles et potentielles pour se mettre en position de combat. Parce que la menace plane manifestement au-dessus de nos têtes. Héritier d’une situation historique et diplomatique qu’il ne remet pas en cause, il se doit d’assumer sa position d’Homme d’Etat au lieu de vaciller au gré des commentaires de Sandaga comme une flamme de bougie sous une tempête.

Rappelons-nous, le Président-poète-néocolonial, qui n’était pas du tout un modèle de combattant anti impérialiste avait refusé de rompre les relations diplomatiques avec Israël en 1973, se dressant ainsi contre l’avis de ses pairs africains et de la Ligue Arabe en pleine guerre du Kippour. Président chrétien d’une république musulmane à 90 %, il avait motivé sa position par un discours fort. Ndoumbélaan qui présidera deux ans plus tard le Comité pour l’Exercice des Droits inaliénables du Peuple Palestinien voulait qu’on différenciât la condamnation de l’hégémonie impériale de l’état hébreu avec toutes les souffrances imposées au peuple de Palestine, du mot d’ordre extrémiste qui demandait l’anéantissement pur et simple de l’état d’Israël. Le Gladiateur n’a certainement pas fait pire en défilant à Paris ce 11 janvier, mais il n’a pas su communiquer, se contentant de répondre à des journalistes et à des déclarations pour se justifier comme le ferait un enfant pris en faute.

Face au silence coupable de l’intelligentsia de Ndoumbélaan, à son incapacité et ou à son impuissance à dompter un débat à la fois subtile et belliqueux, les politiques se sont accaparé du sujet et dramatiquement à travers la ligne imposée par l’impérialisme français parce que cette ligne satanique leur permet de porter des coups à leur adversaire du moment : le Gladiateur. Les politiques ne mènent et à juste titre que des combats conjoncturels. L’essentiel étant d’atteindre des objectifs à court et à moyen terme qu’ils se sont assignés même s’ils doivent plus tard dire « maa ko waxoon, waxeet ».

Le débat de fond est pourtant structurel et nous ramène à trancher pour nous et pour les générations futures entre deux positions antagoniques. Contraindre les religieux à accepter la profanation de leurs symboles ou convaincre les clowns à se tourner vers d’autres sujets moins sensibles si leur métier est de faire rire.

BANDIA, JANVIER 2015

LE JEUNE NÈGRE ET LA MÉDAILLE

A Monsieur Ferdinand Oyono

Cette missive a pour objet de vous annoncer qu’un jeune nègre vient de recevoir une médaille. Pardon, la nationalité pour service rendu à la France. En acceptant ce titre, il a juré d’adopter de nouvelles valeurs, de renoncer aux valeurs moyenâgeuses de ses géniteurs, de tourner le dos aux siens, parce qu’il est Charlie. Et parce qu’il est Charlie, il doit désormais adorer les caricatures qui sont des valeurs sacrées de la démocratie, accepter qu’on tourne en dérision ce qu’il a de plus cher au nom de la liberté de la presse, renoncer à son habillement, considérer comme un délit l’accoutrement traditionnel des femmes et applaudir celles qui se promènent seins nus en profanant des églises en Russie et des cimetières en Tunisie au nom de « FEMEN ».

Reconnaissons pour la vérité de l’histoire, qu’une telle manifestation de reconnaissance n’aurait jamais été proposée à un allemand, un belge ou un américain. Peut être parce qu’ils sont trop fiers de leurs propres identités. En tout cas, beaucoup d’entre-nous l’aurait rejetée comme telle. Cette récompense est le prolongement d’un postulat raciste et paternaliste dont « l’immigration choisie » et le débat de bas étage autour de la question « qu’est ce qu’être français » initiée par Nicolas Sarkozy sont les excroissances. N’oublions pas les héros de la première nationale de football d’Algérie qu’on appelait l’équipe du FNL et qui était interdite de jeu dans les pays occidentaux. Combien d’entre eux dont le talent donnait droit à la nationalité avaient refusé la tunique tricolore avec tous ses avantages pour brandir le drapeau des patriotes algériens en lutte. Combien d’entre eux ont renoncé aux moelleux terrains gazonnés pour s’entrainer sur les terrains vagues et rocailleux du bled ?

Ce jeune homme qui fuit jusqu’à ses origines, qui renonce au combat quotidien que livre son peuple agressé aux cotés de milliers de jeunes venus d’ailleurs donner leur sang et leurs vies, n’a certainement pas comme modèle Ernesto Che ou les membres des brigades internationales qui prêtaient main forte aux Républicains en lutte contre le fascisme en Espagne. Si on ne peut lui dénier son mérite, il ne manquait certainement un terrain plus légitime pour prouver son courage ou son humanisme. Exhibé comme la « vénus de », il restera certainement aux yeux de l’Occident comme le symbole d’une exception venue de « peuples qui ne sont pas entrés dans l’histoire ».

Dans sa prière, il a certainement dû dire à l’opposé de Guy Tyrolien, le poète guadeloupéen :

Je ne veux plus aller pieds-nus par les rouges sentiers
Je veux aller à leur école
Je veux ressembler à ces messieurs tristes
Ces Messieurs comme il faut
Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds
Je veux être un homme comme il faut
Je veux être français ou Charlie
Je ne veux pas me réveiller
Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs
Et que l’Usine
Sur l’océan des cannes
Comme un bateau ancré
Vomit dans la campagne son équipage nègre…
Il est maintenant français par décret « pour service rendu à la France », jusqu’à ce qu’un autre décret l’abroge « pour tort fait à la France ». Parce que c’est aussi çà, la loi en France, il faut s’y faire. *

PS :

Si vous rencontrez le Maitre des Diallobés, n’oubliez pas de lui transmettre ce message :

Nous avons envoyé nos enfants à l’école de ceux qui pouvaient vaincre sans avoir raison, suivant en cela les conseils de la Grande Royale. Non seulement ils ne leur ont point appris à fabriquer la poudre et le canon, mais ils les ont rendus fous, tous fous. Parce qu’il faut sûrement être fou pour profaner la parole du Maitre de l’Univers, violer ses interdits ou même souiller la natte de Thierno. En réaction, d’autres fous n’ayant pourtant jamais fréquenté cette école, se sont emparé de la poudre et du canon pour brûler nos mosquées et nos églises, tuer sans discrimination vendeurs et acheteurs dans les marchés publics, violer nos femmes et nos enfants. Ils ont détruit les Boudas Géants, rasé les mausolées à Tombouctou et à Gao, incendié Baghdâd et Dar-Es-Salam, menacé Chinguetti, et les Pyramides d’Egypte.

A Ndoumbélane le débat focalisé autour de la présence justifiée ou non du Gladiateur à Paris a cruellement appauvri les échanges. Le politique a certainement cherché à enrôler le sentiment religieux pour atteindre et affaiblir le Gladiateur pour des raisons évidentes.

Pour l’avoir dit implicitement ou subtilement tu, l’impérialisme français a en effet créé une ligne de démarcation au-delà de laquelle on est Charlie et anti terroriste ou contre Charlie et terroriste. Et quelles que soient par ailleurs les professions de foi pour calmer les esprits, il reste que derrière le concept terroriste plane une connotation anti islam, raciste et xénophobe envers tout ce qui est d’origine non européenne, de culture non judéo-chrétienne.

N’est-il pas temps de recentrer le débat autour d’une ligne de démarcation plus objective parce que la question aujourd’hui posée, ce n’est pas la défense de Charlie en tant que simple organe de presse partisan, mais bien la ligne de démarcation entre le bien et le mal, préfabriquée et imposée par l’impérialisme français et que Charlie prétend symboliser.

Ce n’est pas la première fois que l’occident mobilise, roule et enrôle le monde autour de la défense de ses convictions intimes et de ses pratiques qu’elle tente d’ériger comme valeurs universelles. C’est inacceptable, et les autres peuples ne le laisseront pas faire.

Comme tous les démocrates nous condamnons la violence comme moyens de gestion des conflits y compris la violence verbale, la violence culturelle et la violence religieuse. Nous avons condamné la Showa sans être juifs, nous avons combattu l’Apartheid sans être racistes, nous nous sommes dressés contre les pratiques du sionisme sans être anti sémites. Nous condamnons le fanatisme religieux aussi, sans être des athées ou des mécréants.

Pourquoi et comment Ndoumbélaan dont les défis et les priorités sont vraiment ailleurs s’est-il retrouvé brusquement au centre de la polémique ? Peut être a-t-il été piégé pour des raisons historiques, politiques et économiques en abordant mal la ligne de démarcation imposée par l’impérialisme français. En dissertant sur le thème tel que posé par l’ancienne nouvelle métropole, il a laissé germer une fracture affective générant un conflit sans objet parce qu’axé sur un postulat en dehors du vrai champ de bataille idéologique, politique et culturel. Nous serions lâches si nous ne condamnions pas les massacres quotidiens des fanatiques prétendument agissant au nom de Dieu. Ce serait ignoble que nos héros s’identifient aux poseurs de bombes dans les marchés, les écoles, les églises et les mosquées. En même temps, nous aurions certainement trahi la pensée des prophètes en qui nous croyons en acceptant qu’ils se fassent traiter comme des guignols pour divertir des hommes et des femmes en mal de repère. Il est donc aberrant de nous imposer l’alternative « pour Charlie et contre le terrorisme ou contre Charlie et pour le terrorisme ». Et si une loi permet de tels faits, nous devons combattre cette loi pour ne pas enfanter des hors-la-loi désespérés et coupables devant l’histoire. Parce que le désespoir d’un homme ne va pas au-delà de son incapacité à agir contre un mal qui l’affecte, et la tentation est grande si ce mal est institutionnel, s’il est le fait d’hommes et de femmes en chair et en os.

Sans mériter ce qui leur arrive, La France et l’Occident sont coupables et ceci à plusieurs titres. Ils ont fabriqué et financé le terrorisme en lui donnant armes et Euros en échanges d’otages pour des raisons bassement électoralistes. Ils ont contraint des états faibles à libérer des monstres pourtant capturés et mis hors d’état de nuire. Ils ont assassiné Khadafi et mis en place « leurs démocrates », permis l’exode massif des empêcheurs de tourner en rond en les canalisant vers des zones considérées comme économiquement sans intérêt pour eux, avec armes et bagages. Ils ont donné le gite et le couvert au séparatistes dits minorités « entièrement à part » au nom des droits de l’homme, défendu leurs causes à coups d’euros et de manchettes médiatiques. Ils ont comme le dit si bien le chanteur ivoirien Alpha Blondy, mis le feu pour jouer aux sapeurs pompiers.

C’est bien cette France coupable qui a appelé au secours et touché la corde sensible d’une poignée de chefs d’états qui lui étaient redevables. En les confondant dans un faux débat qui ne va certainement pas manquer de laisser des traces indélébiles pour nos faibles démocraties, elle n’a pas pour autant cherché à les mettre à l’aise. Si à Ndoumbélaan, la contradiction se limite du moins pour le moment à de simples empoignades verbales, elle a déjà engendré ailleurs, des dizaines de morts et de blessés, des fractures sanglantes entre des communautés, victimes collatérales sans le savoir d’une bombe à fragmentation venue d’ailleurs où elle se nomme « la liberté de la presse ».

En dehors des atypiques héritiers des dictatures dynastiques plus que trentenaires sur le continent, le Gladiateur fait parti parmi les présents, des chefs d’états directement impliqués ou menacés par l’hydre terroriste au Sahel. Il est à ce titre redevable à une France qui, quelles que soit par ailleurs ses véritables motivations, a volé à leur secours quand tout semblait compromis. Responsable d’une nation ayant traditionnellement volé au secours de la France chaque fois que de besoin, le Gladiateur a été mis devant ses responsabilités historiques qu’il a assumées. A tort ou à raison ? L’histoire le dira. Mais qui aujourd’hui parmi ses détracteurs politiques actuels ne serait pas allé épauler un allié blessé même si on peut lui reprocher d’avoir créé lui-même, les conditions de ses difficultés ?
Le véritable pécher du Gladiateur réside essentiellement dans la communication.

Il a cru qu’il suffisait de contenter la France le matin et de venir dormir le soir à Ndoumbélaan comme si de rien était. Il était convaincu ou s’est laissé convaincre qu’il pouvait déjeuner avec des pommes de terre frites dans un restaurant des Champs Elysées et diner son « cere mboum » à Colobane sans dommage. C’est une erreur tragique ! C’est justement en ces moments troubles où les repères se brouillent, qu’un chef d’état a l’obligation de lever la voix pour rassurer et mobiliser son peuple. Rassurer autour de ses valeurs fondamentales, et mobiliser les ressources disponibles et potentielles pour se mettre en position de combat. Parce que la menace plane manifestement au-dessus de nos têtes. Héritier d’une situation historique et diplomatique qu’il ne remet pas en cause, il se doit d’assumer sa position d’Homme d’Etat au lieu de vaciller au gré des commentaires de Sandaga comme une flamme de bougie sous une tempête.

Rappelons-nous, le Président-poète-néocolonial, qui n’était pas du tout un modèle de combattant anti impérialiste avait refusé de rompre les relations diplomatiques avec Israël en 1973, se dressant ainsi contre l’avis de ses pairs africains et de la Ligue Arabe en pleine guerre du Kippour. Président chrétien d’une république musulmane à 90 %, il avait motivé sa position par un discours fort. Ndoumbélaan qui présidera deux ans plus tard le Comité pour l’Exercice des Droits inaliénables du Peuple Palestinien voulait qu’on différenciât la condamnation de l’hégémonie impériale de l’état hébreu avec toutes les souffrances imposées au peuple de Palestine, du mot d’ordre extrémiste qui demandait l’anéantissement pur et simple de l’état d’Israël. Le Gladiateur n’a certainement pas fait pire en défilant à Paris ce 11 janvier, mais il n’a pas su communiquer, se contentant de répondre à des journalistes et à des déclarations pour se justifier comme le ferait un enfant pris en faute.

Face au silence coupable de l’intelligentsia de Ndoumbélaan, à son incapacité et ou à son impuissance à dompter un débat à la fois subtile et belliqueux, les politiques se sont accaparé du sujet et dramatiquement à travers la ligne imposée par l’impérialisme français parce que cette ligne satanique leur permet de porter des coups à leur adversaire du moment : le Gladiateur. Les politiques ne mènent et à juste titre que des combats conjoncturels. L’essentiel étant d’atteindre des objectifs immédiats qu’ils se sont assignés même s’ils doivent plus tard dire « maa ko waxoon, waxeet ».

Le débat de fond est pourtant structurel et nous ramène à trancher pour nous et pour les générations futures entre deux positions antagoniques. Contraindre les religieux à accepter la profanation de leurs symboles ou convaincre les clowns à se tourner vers d’autres sujets moins sensibles si leur métier est de faire rire.

BANDIA, JANVIER 2015

MOI CHARLIE, MOI PAS CHARLIE !

On meurt pour des idées, on ôte la vie aussi pour des idées. La vérité ne tient qu’à l’intime conviction que chacun se fait de la qualité de ses idées et de la légitimité des armes utilisées pour les défendre. La lutte pour la liberté en est jonchée de malheureux innocents comptabilisés comme les victimes collatérales qu’on justifie ou regrette. La liberté d’action et de pensée, la liberté d’exister autrement que ne le fixe une norme à laquelle on ne se reconnait pas, a souvent été synonyme d’atroces souffrances, d’inhumaines actions.

Il faut savoir qu’un contentieux existe entre l’Occident en général et la France en particulier, et les religions. Autant l’état garantit et réprime la représentation de ses secrets (militaires et industriels par exemple), autant il juge normal qu’une presse transgresse les interdits des religions. Ce qui est en cause ce ne sont surement pas des dessins moches mais bien la représentation imagée du prophète Mohamed PSL.

La communauté musulmane en France l’a fait savoir et a été déboutée par la justice. Comme d’autres religions agressées, l’islam officiel s’est rangé dignement, a condamné et s’est démarqué de toute autre forme d’action qui pourrait être engagée en son nom. Dans le même temps, « le pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité» a déployé un zèle fou pour capturer et livrer Edward Snowden, allant jusqu’à détourner l’avion du Président de la république de Bolivie. Edward Snowden étant ce citoyen américain qui a révélé le plus grand scandale d’espionnage et de violation des libertés individuelles et collectives mis en place par les autorités yankees à l’échelle planétaire. Comment alors peut-on empêcher Snowden de dire ce qu’il pense, le condamner pour violation d’interdits d’un état et protéger des journalistes auteurs d’outrages à des milliards d’hommes ? N’était-il pas plus simple d’inviter à un consensus pour le respect des interdits et des sacrées des groupes humains indépendamment de leurs puissances ? Le monde s’en irait certainement mieux.

Le succès des manifestations du 11 janvier en France et dans le monde n’a certainement pas répondu à la question pour quoi et pour qui marche-t-on ? Contre quoi et contre qui marche-t-on ? La terreur imposée par des fanatiques insensés ne justifie pas une caution donnée aux auteurs de lynchage médiatique. Parce qu’un lynchage médiatique reste un lynchage à condamner. La plupart des manifestants de la journée « je suis Charlie » ignore que ce ne sont pas les « pensées moyenâgeuses » qui massacrent quotidiennement et dans l’indifférence des Charlie Ben Youssef et des Fatima hebdo en Iraq, en Lybie, en Syrie, des Coumba Yekini au Nigéria, des Samba Coulibaly au Mali et ailleurs, mais bien des bandes entraînées aux maniement des armes les plus sophistiquées produites et fournies par l’occident, certainement avec une garantie d’entretien et de maintenance.

Qu’on ne s’y trompe pas, le jihad tel qu’on le vit de nos jours est un concept révisé et réadapté par les occidentaux pour nuire à l’URSS dans un premier temps et à la Umah islamique ensuite. « Al Qaïda » qui signifie la base n’est à l’origine autre que le camp d’entrainement conçu et financé par les américains. Ce jihad qui place des bombes dans les mosquées et dans les marchés n’a donc rien à voir avec l’islam du prophète Mohamed PSL.

Le jihad n’est pas une religion, encore moins une pensée philosophique structurée. C’est un clone monstrueux issu des flancs de la matière islamique et de la pensée machiavélique de l’impérialisme mondial. Il faut donc être naïf pour penser qu’il est possible de dialoguer avec le jihad ou de le raisonner. Aucune forme de dialogue ne l’engage, ni le dialogue nord-sud et encore moins le dialogue des religions. C’est pourquoi, il dérange comme dérangerait n’importe quel monstre apparu au sein d’une famille ou d’une espèce dont il se réclamerait malgré ses différenciations. Encensée en Afghanistan et en Algérie par l’occident, discrètement soutenue par des pays musulmans en Syrie, en Lybie, au Nigéria et au Mali, l’action du Jihad reste cette nébuleuse ambivalence que tous condamnent publiquement en n’hésitant pas à s’en servir pour des intérêts bassement égoïstes.

Les groupes islamistes dérangent parce qu’ils sont des monstres féroces apprivoisés et lâchés au milieu de sociétés. Armés par l’Occident, manipulés par des maîtres aux visages multiples et contradictoires voire antagonistes, ils savent attaquer à dessein pour répondre à une commande. Incontrôlables et imprévisibles comme tous les monstres, ils échappent parfois à la vigilance et aux prévisions allant jusqu’à s’attaquer à leurs maîtres. Les illuminés individuels et collectifs à la périphérie de la mouvance islamique ne sont alors que les épiphénomènes tragiques que l’on cherche vainement à classer, à rattacher à un ensemble ou à expliquer.

La plupart des manifestants de la journée « je suis Charlie » n’a pas connu les dures années de lutte pour la libération nationale ou contre l’occupant nazi lors de la seconde guerre mondiale. Elle n’a pas eu à s’indigner quand un train de passagers sautait sur une voie ferrée, quand un « collabo » ou supposé tel était exécuté, lorsqu’une infrastructure était bombardée parfois avec ses occupants du moment. Elle n’a aucun souvenir de la « bataille d’Alger », des tortures et des assassinats des leaders nationalistes dans le tiers monde. Elle n’a pas eu à s’indigner des massacres d’écoliers de SOWETO en 1976, des bombardements au napalm des populations vietnamiennes au « nom de la liberté », des pilonnages d’écoles et des démolitions de maisons palestiniennes, en plein hiver parce leurs occupants auront osé remettre en cause l’ordre sioniste.

La démocratie c’est un fait, doit beaucoup à la presse. Mais La presse doit certainement autant, peut être largement plus à la démocratie. Autant on ne s’imagine pas une démocratie sans la presse, autant la presse n’est viable que dans une démocratie. Or, la démocratie passe par le respect des convictions de l’autre. La presse après avoir payé un lourd tribut a gagné ses galons pour siéger au « Cercle Mess des pouvoirs ». En tant que pouvoir, elle doit désormais en assumer le statut, parce que comme tous les pouvoirs elle fait peur pour sa capacité de nuisance, elle opprime et réprime avec des armes qu’elle manie le mieux, le verbe, l’image et la plume. Parce qu’elle impose un ordre sans en avoir les moyens elle s’est faite l’alliée de pouvoirs politiques, financiers et idéologiques armés qui la protègent en tant que telle en lui réclamant des impôts en nature ou en espèces, matériels et immatériels.

Malgré tout ce que la démocratie en général doit à la presse, la liberté de presse ne pourrait se confondre avec la liberté tout court, la liberté des individus et des collectifs. De par sa ligne éditoriale, la presse prend des positions politiques et idéologiques qui en font un acteur parmi les parties et partis en conflit. Elle évolue à travers le jeu des alliances dans un champ de bataille aux frontières physiques et idéologiques définies et sécurisés par la puissance politique, financière et idéologique armée. Voilà pourquoi l’insécurité de la presse est immédiatement perçue comme une faiblesse du pouvoir politique, financier et idéologique armé, allié et garant de cette sécurité.

En invitant au « duel loyal », la presse n’en impose pas moins à ses adversaires un jeu cruel : « on vous attaque par le verbe, l’image et la plume, défendez vous par le verbe, l’image et la plume si vous n’êtes pas des lâches ». Imposer l’arme qu’on maitrise le plus à l’adversaire n’est certainement pas loyal, mais c’est la tactique classique des pouvoirs parce que tous les pouvoirs se sentent fragiles face à l’usage d’autres types d’armes que ceux qu’ils maitrisent. Le pouvoir militaire craint le verbe, l’image et la plume, le pouvoir politique et financier l’usage des armes de guerre. La paix en devient l’équilibre de forces, donc de respect de la terreur qu’impose la capacité de nuisance du camp adverse, avec ses armes.
C’est une évidence, la presse respecte bien cet équilibre. Elle respecte les interdits quand celles-ci désignent des frontières terrestres et maritimes, des secrets industriels et des zones militaires, des dossiers inavouables des grandes puissances.

Au cœur des grandes mutations historiques de l’occident, l’église catholique a souvent fait profil bas pour son rôle pas toujours glorieux dans la lutte pour la démocratie et l’émancipation des peuples. Après les guerres de croisées, les inquisitions de triste mémoire, les exorcismes avec leurs balances truquées et leurs bûchers, la traite des noirs, la colonisation, ses alliances avec les dictatures, elle a été vaincue et a du subir comme telle la loi des vainqueurs au rang desquels la presse figurait en bonne place. C’est malheureusement ça l’histoire, difficile à revendiquer, mais à assumer quand même.

En s’inventant et en se représentant un prophète nomade blond aux yeux bleus au milieu du désert, elle a permis des répliques d’abord contradictoires puis de plus en plus tournées vers la dérision de ses valeurs les plus fondamentales : le Messie. Aujourd’hui elle s’en accommode, se réforme pour conformer Dieu aux désirs de « l’homme moderne ». Avec ses brebis galeuses nichées au sommet de la hiérarchie accusées de pédophilie et d’homosexualité, elle a aussi fait profil bas quand des débats majeurs sur le mariage étaient à l’ordre du jour.

L’islam ne souffre pas de ce complexe, du moins pour le moment. Mais dans cinq cents ans, dans un millénaire peut être, il sera certainement plus lourdement chargé et devra faire profil bas. Parce qu’il aura fait ou laissé faire en son nom massacres, génocides, viols, violence et terreurs, il va devoir transiger ou disparaître de la mémoire d’une humanité de plus en plus enclin à dire à Dieu et aux dieux comme un fils à ses géniteurs : « je suis majeur et n’accepte plus d’être géré comme un enfant, même un enfant de Dieu ou des Dieux ».

Exclue du paradis pour désobéissance, l’humanité perdra peut être alors jusqu’à son droit d’asile sur terre par la faute de ce qui ont fait ou laissé faire tout ce que Dieu et les Dieux avaient interdit.

Moi Charlie, je ne suis pas Charlie.

BANDIA, JANVIER 2015

SËS FI, SAX FI

Dans l’histoire de sa démocratie qu’on prétend bicentenaire, aucun président sortant de Ndoumbélaan n’a encore jamais franchi un second tour avec succès. Fatalité ou simple coïncidence ? Pourquoi pas une simple volonté de Goorgorlu, seul décideur constitutionnel. Face à l’incertitude il faut donc tout faire pour ne pas en arriver là.

On prétend que l’Empereur alors en parfaite intelligence avec le Gladiateur, avait dû faire appel à des extra terrestres pour éviter ce piège fatidique. Mais une dispute est arrivée lors du partage du butin, et les Djinns ne vinrent pas au rendez-vous lors de la seconde tentative solitaire de l’Empereur.

Avaient-ils suivi le Gladiateur dans sa nouvelle écurie ? Peut être bien. Mais même soutenu par des électeurs invisibles, le Gladiateur n’en reste pas moins hanté par l’idée d’un second tour de tous les dangers. Il sait d’expérience que Goorgorlu le fataliste y verrait sûrement un signe de fragilité du baobab qu’il croyait intouchable. Il ne se priverait donc pas d’aller fouiller sa carte pour le déraciner sans se poser de questions. Ce sera sa manière de lui faire payer son indifférence à son sort, synonyme de non assistance dans sa quête de DQ.

Une victoire par forfait serait donc moins pénible pour lui, même si elle n’est pas toujours glorieuse. Mais pour qui craint les coups des adversaires, une victoire est toujours la bienvenue quelle qu’en soit la manière. Un observateur attentif de la scène politique de Ndoumbélaan, dira sans risque d’être démenti que le Gladiateur travaillerait à l’avènement d’une telle probabilité ; et apparemment il marque des points.

Le faiseur de rois, toujours partant et jamais gagnant, devenu le dauphin et improbable successeur constitutionnel du Gladiateur (en cas de catastrophe naturel ou anthropique), ne souhaite pas voir changer l’ordre des choses. Il l’a fait savoir à ses proches et menacé même de couper les vivres aux récalcitrants.

Son frère-ennemi définitivement banni de la candidature par la dialectique de l’histoire, joue aux prolongations avec ses cadets. En empêchant sans le dire tout autre éventuel candidat que lui, il participe à saborder le navire des verts toujours arrimé au quai des incertitudes.

Les frères libéraux quant à eux sont pratiquement tous entrés en hibernation, plongés dans l’hiver de la traque des biens mal acquis. Disséminés dans une multitude de tours qui leur servent plus d’abris blindés que de partis politiques, ils ne semblent pas prêts à reconstituer la meute autour d’un seul chef de clan une fois le printemps revenu.

Les ayatollahs qui avaient décidé de plonger dans l’arène politique, peinent à achever leur mutation. Heureusement qu’ils n’ont pas encore troqué leurs chapelets contre des kalachnikovs pour se faire entendre. Pour l’instant, ils végètent à la périphérie des sphères de décisions comme des auto-stoppeurs en attendant qu’une âme politique charitable leur offre une loge à la chambre d’enregistrement et pourquoi pas un maroquin. De toute façon, nous les préférons ainsi qu’à des sectes mafieuses, tueuses d’enfants et violeurs de jeunes filles comme Booko Haram et autres Al qaîda.

Les partis-commandos de gauche, véritables fers de lance ayant prouvé leurs capacités à influer de manière décisive sur tous les combats politiques de Ndoumbélaan, jouent encore les prolongations. Absolument certains de ne pas avoir de candidat consensuel issu de leurs rangs, ils gardent clandestinement leur autonomie de choix sur d’éventuels soutiens à un candidat.

Le Gladiateur pourrait-il pour autant se retrouver seul dans l’arène, ou sans challengers crédibles ? C’est-à-dire gagner sans combattre faute de combattants ou vaincre sans péril face à des outsiders de secondes catégories ? Un tel scénario est-il possible à Ndoumbélaan avec ses centaines de partis politiques, ses ayatollah, ses pasteurs et ses objecteurs de consciences avec des leaders programmés pour sauter le rubicond (au service des politiques) après quelques années de bons et loyaux services devant les caméras, au nom des droits de l’homme, de l’environnement ou de la bonne gouvernance ?

A Ndoumbélaan, il faut désormais s’attendre à tout, même aux hypothèses les plus improbables. Mais un tel scénario pour être crédible devrait être conceptualisé, formulé et adopté par les états-majors les plus représentatifs et amendé par les bases politiques. Evidemment, une telle idée reste manifestement incompatible avec le mode de gouvernance solitaire et autocratique du Gladiateur. Il remettrait sur la table la nécessité d’un programme commun et vraiment commun, dont les conclusions des Assises et les recommandations de la CNRI seraient sans aucun doute l’épine dorsale.

Or le Gladiateur s’est montré jusqu’ici subtilement opposé à une telle évolution des choses et quelquefois même ouvertement hostile, comme il a tenu à le faire savoir lors d’une conversation au pays du Grand Timonier.

Si au début de son magistère, la question pouvait relever strictement d’une conviction politique innée, peut être acquise sous l’ombre de l’Empereur ou d’un penchant idéologique, la multiplication des casseroles et les inévitables conséquences pour les siens rendent à l’heure actuelle, une telle option non envisageable, voire suicidaire.

Il reste cette autre alternative : l’inéligibilité par consentement individuel ou par voie judiciaire des potentiels prétendants. Elle pourrait pendre la forme de :

Une revalorisation des statuts et ou des revenus des actionnaires de son régime (partis et mouvements compris),

Pressions à partir des chapelles dont les guides plus matérialistes que spirituels passeraient à coup sûr des nuits blanches en cas de tsunami contre le Gladiateur,

Condamnations du tiers restant à des peines incompatibles avec une candidature au moelleux fauteuil de Ndoumbélaan.

Bien que n’étant pas la seule option, cette alternative ne semble pas déplaire au Gladiateur et à ses supporteurs. Mais de là à imaginer un second mandat sans heurt, yalla rek moo xam.

BANDIA, Décembre 2014

WERANTE XUU…, SIMI TUBEY

Goorgorlu qui a une excellente mémoire se rappelle encore du cours magistral que lui avait administré l’auteur de « ancien spermatozoïde, futur cadavre » sur la différence entre expliquer et s’expliquer. Il invite donc le nouveau Bëk Neeg à s’en inspirer. Parce que ce qu’il lui demande c’est de s’expliquer et non d’expliquer desfaits graves qui lui sont reprochés, déjà expliqués et réexpliqués en plusieurs langues.

Goorgorlu n’est pas satisfait de l’éclairage du Bëk Neeg du Gladiadiateur. Il s’attendait à ce qu’il lui prouve que cette transaction de 75 milliards n’a jamais existé. Ou peut être que celle des 2500 milliards évoquée est une invention calomnieuse de l’Empereur. En lieu et place il invoque la transparence pour lui dire où et quand ces fameux 75 milliards ont été intégrés dans sa DQ.

Goorgorlu n’est donc pas du tout satisfait de l’éclairage du Bëk Neeg du Gladiadiateur. Il est même très remonté contre le bonhomme sur qui il nourrissait pourtant des préjugés très favorables. Bardé d’un nom hautement symbolique que l’écrasante majorité de ses concitoyens manipule avec respect non sans toujours l’accompagner de prières, il arborait du moins sur image, un visage d’ange assez ferme cependant pour éloigner toute suspicion sur ses penchants d’homme normal.

Goorgorlu sait que la lumière apportée sur les différentes dépenses énumérées par le Bëk Neeg du Gladiateur, ne changeront rien à son quotidien. D’ailleurs, lui qui cite la construction d’universités avec ses 75 milliards croit-il réellement à notre enseignement ? Sans porter des gants il a demandé à un journaliste qu’il jugeait mal formé d’aller en France pour apprendre son métier. De toute façon, transparence pour transparence, les 2500 milliards s’ils étaient avérés, auraient multiplié par 33,333333…. les biens et services qui justifient son protocole.

La question de Goorgorlu est et demeure donc celle-là : a-t-on tronqué un accord de 2500 milliards contre un protocole de 75 milliards ? Si oui, pourquoi ? Si non, dites à l’opinion nationale et internationale que le premier n’a jamais existé en mettant au défi l’Empereur et ses proches de prouver le contraire.

Vous pouvez même leur donner un ultimatum de 72 heures en réponse aux 72 heures qui ont failli fissurer le royaume et sa coalition (bien que le coco abandonné au parloir ait vite fait de recoller sans surprise, sa frange au peloton). Faut-il le défilé de tout le gouvernement (y compris son chef) pour infirmer les faits, ou nous dire le pourquoi d’une telle transaction ? On n’a tout de même pas besoin d’aller se former en France pour apprendre à dire la vérité. Am deed, Bëk Neeg ?

Un proverbe de Ndoumbélaan dit ceci : « miimkat u jël, danu koy daane ci doomu taal ». Traqué depuis sa chute, le vieil Empereur vient de renverser la tendance en mettant le Gladiateur et son équipe sur la défensive.

Maintenant c’est lui qui dirige les hostilités. Il est libre de choisir l’heure, et le lieu pour accélérer la cadence, sa cadence. Le Gladiateur, ses supporteurs et les actionnaires de son régime sont bien obligés de chanter et de danser au son de l’Empereur.

Malheureusement, la plupart de ces obligés politiques et économiques, chante et danse faux. Contre les flèches empoisonnées, d’en face, on pleurniche et menace plus qu’on ne se défend.

C’est pourquoi, à moins d’un improbable protocole nocturne entre gentlemen de même famille, tout porte à croire que le « léwato » de vieil Empereur risque bien d’enfanter d’un « caxabal » dont le Gladiateur se relèvera difficilement. A bon entendeur, salut !

BANDIA, Décembre 2014

B A N G J A A X L E

Les hommes politiques constituent assurément une race à part. Capables du meilleur comme du pire, ils ont cette capacité presque divine de dépassement et de pardon des affronts les plus humiliants, des coups tordus les plus tragiques. Voir Nelson Mandela embrasser Frederick Declercq, Laurent Gbagbo partager ses joies et ses inquiétudes avec Guillaume Soro, Dos Santos garantir l’impunité, le gite et le couvert au sinistre Savimbi, ou Yasser Arafat partager avec Itzhak Rabin le prix Nobel de la paix dans une atmosphère de communion fraternelle est simplement incompréhensible pour le commun des mortels.

Les hommes politiques sont surement ces démons généreux à qui on donnerait le titre de prophète ou d’ange si ce n’était ce couteau satanique enfoui sous leurs manches avec lequel ils sont capables de trancher dans la chaire humaine à la moindre alerte. C’est bien eux qui à l’âge des certitudes, ont assassiné Amilcar Cabral, Ernest Oandié, Thomas Sankara, Franklin Boukaka, neutralisé Kwame Nkrumah, avant de les réhabiliter et même de les porter au rang de héros nationaux. Toujours guidés vers l’action, le passé de l’humanité les encourage, le présent les condamne, avant que le futur ne les juge, objectivement.

A Ndoumbélaane comme dans d’autres zones de conflits, c’est encore eux qui montent au front, au nom de la réconciliation nationale pour proposer l’impunité, le pardon et d’autres ressources de la nation à leurs semblables coupables pour le triomphe de leurs idées (fussent-elles les plus funestes ou les plus illusoires) d’atrocités, de vols et de pillages. C’est dans cette logique qu’il faut certainement lire la genèse subtile de l’idée oh combien blasphématoire pour le moment, d’un élargissement du rejeton de l’Empereur au profit d’autres priorités nationales.

Certes le débat ne fait que commencer, et il débute malheureusement en français.
La majorité des concitoyens de Goorgorlu n’est pas toujours à l’aise avec la langue de Voltaire au point d’en déceler les subtilités. Dans ces conditions, dire que le rejeton de l’Empereur reconnu par son géniteur comme le citoyen le plus intelligent de Ndoumbélaan , « est un innocent » sic, fait couler beaucoup d’encre, déchainer des passions vives et latentes.

Cette prise de position aurait pu ne pas soulever autant de débats si elle était celle de « monsieur tout le monde ». Mais ici l’auteur est un homme respectable, réputé pour son franc-parler et proche du Gladiateur. Il est surtout connu pour avoir donné sans discontinuer toute son énergie à la lutte contre l’injustice. C’est certainement cette dimension historique et politique de l’homme qui dérange ou conforte les acteurs en conflit.

– Goorgorlu peut être choqué si ce jeu de mots laissait entendre que l’homme de plus de quarante ans, auteur de tant de dérives connues et en particulier des plus grands détournements de deniers publics de l’histoire de Ndoumbélaan, est pénalement irresponsable parce que : « c’est son père qui lui a demandé prendre l’argent et il a pris » sic. Ce serait en tout cas une tentative mal venue de dédouaner un auteur de forfaits sans nier les faits. Ndoumbélaane a trop souffert de cette insouciante arrogance du rejeton qui affrétait un avion pour ses escapades alors que Goorgorlu peinait à s’assurer le ticket d’un Ndiaga Ndiaye préhistorique.

Il a condamné sans être entendu la toute puissance du prince qui distribuait les rôles politiques et économiques à une frange d’anonymes avec lesquels il espérait bâtir son armée en marge du parti politique de son géniteur au sein duquel il peinait à s’imposer. Qui ne se souvient pas de la gifle monarchique reçue par le Gladiateur pour avoir osé demander au prince de s’expliquer devant les représentants de la nation ? N’y aurait-il pas d’ailleurs de troublantes similitudes avec la défenestration du « Zorro » chargé aujourd’hui d’éclairer la lanterne de ses compatriotes sur cette étape nébuleuse de son histoire ? Mais c’est peut être là, déjà un autre débat. Comprendre les mobiles est utile à l’histoire et à la société au moins pour les enseignements qu’elle peut en tirer, absoudre sans comprendre serait un péché. Admettre qu’un auteur de crimes ou de délits, jouissant de ses facultés physiques et mentales est irresponsable parce qu’il y a un commanditaire derrière, pose tout de même un problème à l’éthique et à la justice.

Parce que derrière chaque forfait il y a un commanditaire, physique et ou moral.

– Comprendre derrière ce jeu de mots qu’il est innocent, c’est-à-dire qu’il n’est ni auteur ni complice des faits qui lui sont reprochés, (interprétation vite adoptée par ses partisans qui la brandissent comme un trophée), c’est prendre partie dans cette affaire Dreyfus tropicalisée et monétarisée, qui divise les cercles intimes des grand’ places.

Dans l’affaire Dreyfus les parties en conflits défendaient des positions strictement morales et ou philosophiques. Le complot visait une race, une religion une philosophie.

L’affaire du rejeton crée d’autres lignes de fracture qui évoluent certes dans le temps, proportionnellement au quotidien et aux tendances politiques et économiques qu’impriment les nouveaux gouvernants issus de l’alternance II, An II, et au baromètre d’affection ou de désamour de millions de Goorgorlu qui avaient placé beaucoup d’espoir sur eux.

Dans le camp du rejeton, il y a bien sûr ses complices en liberté conditionnelle ou non, les juristes purs et durs qui mettent en cause l’existence même d’une telle cour dans une démocratie baptisée majeure et tous ceux qui comme lui, ont profité du laxisme d’une république bananière pour plonger dans la mare aux caïmans prédateurs de ressources.

Le camp de Goorgorlu, moins homogène rassemble les justiciers, les démocrates témoins des dérives, les spoliés et les laisser pour compte qu’une alternance I a rejeté à la périphérie. Mais ce camp s’est très vite désintégré, refroidi par une justice trop compliquée à ses yeux pour trier le grain de l’ivraie. Cette justice des hommes n’avait-elle pas fini par « blanchir » le fils putatif de l’Empereur qui avait pourtant reconnu s’être servi dans les réserves de Goorgorlu avec l’assurance de ne jamais être condamné par cette justice telle quelle, « jusqu’à l’extinction du soleil ». Peu lui importe donc aujourd’hui ce que cette même justice fera ou dira du rejeton, parce qu’il est convaincu qu’il est coupable.

– Coupable d’avoir empêché les structures sanitaires de se doter de ressources matérielles et humaines pour orner son bureau avec des gadgets et des bibelots à milliards venus d’ailleurs.

– Coupables d’avoir sacrifié des générations en perturbant de façon durable tout le système éducatif, l’agriculture et la recherche et d’autres secteurs en plaçant des hommes sans pouvoir ou issus de « sa génération des fonds secrets » aux commandes de l’état.

– Coupable d’être le motif et ou la raison de toutes les dérives (y compris la corruption et le népotisme, la spéculation et le trafic foncier, la dégradation des mœurs), d’un Empereur qui a bafoué toutes les lois, causé des morts et des estropiés physiques et moraux pour lui assurer un trône viager auquel il n’avait pourtant pas un droit inné.

La reddition des comptes était donc perçue comme la première demande sociale de l’alternance II, an I.

Après la déroute de l’Empereur, les rancœurs accumulées contre le rejeton étaient telles qu’une coexistence pacifique sans reddition de comptes était inadmissible. Le Gladiateur pour assoir une légitimité et peut être pour calmer une opinion publique aux frontières de la vendetta, s’y est conformé malgré un passif lourd à gérer … avec toute la subtilité d’un politique averti.

Goorgorlu s’attendait simplement à ce que le rejeton fasse devant la justice ce qu’il avait refusé de faire devant les représentants de la nation. En somme, dire ce qu’il a fait de l’argent public, pourquoi il attribuait des marchés à une clientèle politique, pourquoi il affrétait un avion personnel aux frais du contribuable alors que ses collègues voyageaient en deuxième classe dans des avions de ligne, etc.. Il s’attendait que ses complices ordonnateurs de budget ou bâtisseurs d’infrastructures bancales ou jamais achevées soient identifiés et punis pour dissuader d’autres malfaiteurs.

En lieu et place, les chefs d’accusation ne semblent porter que sur des biens cachés dont on ignore jusqu’à l’origine. La cour spéciale sans expérience et sans vécu similaire mise en place à cet effet s’est jetée à l’eau avec la volonté et le patriotisme de ses membres comme seuls outils de travail. Sans entrer dans le débat ésotérique de la légalité ou de la légitimité de cette cour, Goorgorlu sait qu’elle n’apportera pas de réponses à ses interrogations. D’ailleurs lui qui répugne consommer le « ribbah » se garderait bien de voir ces supposés biens pouvant être d’origines illicites (pots de vin, trafics en tout genre, vols ?), reversés dans ses maigres ressources. Il s’est donc très tôt démarqué du débat. Cette désaffection du citoyen autour du procès a eu pour conséquence de favoriser le duel tant redouté entre le Gladiateur et le rejeton de l’Empereur, entre le favori perdant et le prétendant vainqueur du trône de Ndoumbélaan.

La peur qui s’était installée parmi les charognards bleus coupables de malversations et de détournements de deniers publics a changé de camp à partir du moment où il ne s’agissait plus de rendre des comptes sur la gestion des biens de la nation mais de justifier l’origine de biens supposés ou réels. Cette subtilité a fait pousser des ailes à tous ceux qui rasaient les murs au lendemain de l’alternance II, an I. Non seulement ils défient la cour de trouver les biens savamment cachés comme dans un jeu de « langa buri », mais narguent le Gladiateur jusqu’ici seul ayant malencontreusement reconnu des biens pharaoniques que toute logique non partisane verserait dans le lot des richesses illicites. Les dénégations n’apporteront rien à sa défense. L’aveu étant la mère des preuves, il se retrouve désormais le seul candidat de cette cour d’autant plus que le rejeton devant l’incapacité de ses poursuivants à dénicher le pot aux roses, nie désormais toute existence de biens cachés.

Ndoumbélaane est donc dans une impasse qui relègue au second plan les urgences dont la principale reste la refonte des institutions recommandée par les Assises Nationales et la CNRI. Il faut par conséquent poser le débat et l’assumer surtout, pour éviter que les inévitables ententes secrètes sous la forme du fameux « protocole de Rebeuss » n’enterrent cette parodie loin de la vox populi. Goorgorlu se consolera sûrement, si on parvenait à le convaincre qu’il ne s’agit là, que de la perte d’une bataille dans une guerre contre l’injustice. Comme au Brésil et au Chili, en Argentine ou au Congo, et plus récemment au Burkina Faso, d’autres générations plus aguerries et mieux outillées reviendront demain sur nos procès et nos inavouables ententes secrètes, nos protocoles nocturnes, pour prononcer d’autres verdicts plus conformes à la réalité.

La tache est rendue ardue par la position dualiste du Gladiateur. S’il reconnait l’impasse, il se garderait bien de favoriser une libération triomphale à un futur candidat à sa succession qui a fini de décliner ses ambitions. Blanchi et lavé de tout soupçon de richesses illicites, le rejeton pourrait prendre son pot de tomate rouillé pour conquérir les voix des Goorgorlu, alors que le Gladiateur qui a fini son suicide de classe, n’aurait plus que les allées vides des Almadies pour remplir sa besace.

BANDIA, Décembre 2014

LES PARTISANS

Abdou Ndukur Kacc Ndao

La gauche sénégalaise ressemble à bien des égards à des groupes de justiciers. Composée de patriotes généreux, capables du don de soi jusqu’au sacrifice suprême, elle a été de tous les fronts de la bataille pour l’épanouissement du peuple. Depuis sa naissance, elle a évolué en petits groupes restreints de combattants redoutables et bien entraînés.

On peut se permettre de faire un parallélisme historique en assimilant le fait à la stratégie des Partisans et Francs Tireurs Français organisés comme tel, pour harceler les occupants en l’absence d’une armée régulière.

Pardonnez-nous cette liberté d’user et d’abuser de ce concept si la comparaison venait à choquer des millions de patriotes dont le courage et la ténacité ont redonné fierté à un peuple dont l’armée sans être lâche s’était débinée face à l’envahisseur nazi pour des raisons diverses.

En tout état de cause, cette stratégie a eu le mérite d’assurer la survie physique et idéologique de combattants aux moyens trop limités pour mener une bataille frontale face un ennemi mieux équipé et décidé à tout : l’impérialisme.

Si les objectifs fixés n’ont jamais varié, les différents groupes ont gardé leur autonomie et développé leur propre stratégie. La maturation des uns et des autres, l’absence d’un état major unifié, les alliances idéologiques exogènes ont fini par formater des sensibilités aux intérêts divergents puis antagoniques.

L’idée d’une unification autre que dans l’action n’a jamais été vraiment à l’ordre du jour. Quand la révolution nationale démocratique qui a fait des preuves ailleurs dans la lutte de libération nationale a été évoquée pour unir sur d’autres bases que strictement idéologiques, l’interprétation de son contenu sous un angle historique locale ne fit qu’accentuer les divergences.

Des dissensions internes (tantôt idéologiques, tantôt stratégiques et ou crypto personnelles) au sein des groupes ont contribué à des émiettements, à la naissance de nouveaux groupuscules : Bolchévistes, Trotskystes, Maoïstes, Khodjaïstes, Cinquième Internationalistes, etc.
C’est cette tare génétique qui semble poursuivre la gauche sénégalaise, comme un fardeau.

En lisant l’histoire sans glorification, et sans minimiser la part de patriotes anonymes et idéologiquement non marqués, on apprend que :

– C’est bien la gauche qui a revendiqué et obtenu l’indépendance contre l’impérialisme. Le colonialisme français traumatisé et incapable historiquement de poursuivre sa domination dans les mêmes conditions avait alors conçu et mis en place partout où il état possible un groupe de valets comme bouclier, destiné à recevoir les charges des patriotes, beaucoup plus qu’à exercer le pouvoir dont le centre de décision n’avait jamais quitté la métropole.

– C’est la gauche qui a supporté l’essentiel du combat contre le néocolonialisme en payant un lourd tribut à ces valets locaux.

– C’est la gauche qui a déboulonné la dernière excroissance du pouvoir néocolonial, symbolisé par le pouvoir de l’UPS de Senghor.

Même si nous lui reconnaissons une tentative de reconversion idéologique animée par une nouvelle génération qui n’a pas eu l’occasion de s’affirmer au sein de cette formation rebaptisée socialiste, le pouvoir d’Abdou Diouf est resté un maillon du néocolonialisme français et par conséquent une cible que la gauche a fini par abattre.

La lutte armée y compris les fameux coups de force d’officiers de gauche, sans manquer d’adeptes, a été dès l’origine étouffée et condamnée par un contexte historique et géographique spécifique. C’est peut être pourquoi, la gauche sénégalaise a très tôt opté pour un combat démocratique : la bataille syndicale et les urnes comme moyen d’acquis démocratiques et de conquête du pouvoir.

Elle n’a donc pas eu des difficultés de reconversion ou d’adaptation après la chute du mur de Berlin et la disparition du bloc soviétique, (le principal soutien des mouvements de libération nationale en lutte contre la domination coloniale), quelle que soit par ailleurs l’appréciation que chacun peut en faire.

Les héritiers du régime de Senghor jetés dans l’opposition à la faveur de la première alternance ont fini leur reconversion en se débarrassant des derniers avatars des tenants du néocolonialisme français. Malgré leur éclatement en plusieurs sensibilités, ils ont conforté leur ancrage et renforcé la gauche moins enclin à débattre idéologie qu’à se concentrer pour une politique anti libérale.

– C’est pourtant cette gauche plus forte et plus largement majoritaire qui a encore mis au pouvoir un nouveau régime libéral, à la place d’un autre régime libéral en mars 2012.

Peut être encore demain, elle le regrettera le combattra et le vaincra. Mais fera-elle enfin son mea culpa ? Choisira t-elle en son sein un nouveau président, conscient qu’une politique de gauche ne se fera qu’avec un président de gauche.

La gauche sénégalaise ne saurait se satisfaire pour longtemps de « phénomène qui maîtrise les dossiers ». Elle réclame un « président normal » issu de ses flancs, moins riche et plus sensible à la misère croissante d’un peuple qui « en a marre ».

BANDIA Mai 2013

BERENG BARIGO

Abdou Ndukur Kacc Ndao

La bataille politique est une suite d’opérations d’équilibre de forces dont le but ultime est de faire pencher la balance d’un coté. Mais la force en politique est une équation complexe avec une multitude de variables, sans constante aucune, et qui échappe le plus souvent au principe déterministe.

La fragilité et l’instabilité des variables, la multitude des paramètres et des inconnues, des facteurs endogènes et exogènes, font du rapport de forces un fait indomptable, à apprivoiser par les acteurs en conflit.

Le rapport des forces reste malgré tout, la seule règle scientifique en politique, autant qu’un fait est scientifique lorsqu’il est objectivement vérifiable et reproductible indéfiniment, dans les conditions normales… de température et de pression.

Mais la température et la pression en politique sont elles-mêmes des notions subjectives, c’est-à dire des éléments non quantifiables à partir d’étalons universellement acceptés. Leur lecture est donc forcément subjective, sociologiquement, idéologiquement et économiquement chargée.

Le rapport des forces est le moteur de l’histoire des sociétés en lutte pour la maitrise de leur quotidien. Parce que c’est lui seul qui permet en rendant possible la mise en œuvre des projets de groupes humains. C’est une réalité qui s’impose à nous en transcendant la légitimité et la légalité, le droit et l’étique, la vérité et le mensonge. Il est le vent dans un exercice de navigation à voile.

Parce que Le Gladiateur semble ignorer ce principe, il tombe souvent et assez maladroitement dans la caverne souillée du « wax waxeet » ouvert par son prédécesseur.

Le Gladiateur s’est opposé ou a laissé comprendre qu’il s’opposerait à la manifestation programmée par l’Empereur déchu. Il s’est ainsi exposé à la désapprobation d’hommes et de femmes de principe, pas forcément d’accord avec ce que l’Empereur veut faire et veut dire, et moins encore avec l’heure et l’endroit choisi pour de telles manifestations. Démocrates, ils luttent simplement pour qu’on laisse faire et dire même s’ils ne sont pas d’accord.

C’est une attitude louable, une position confortable aussi si on n’est pas responsable, c’est-à-dire si on est potentiellement exempté de l’obligation de rendre compte des conséquences éventuelles des événements. Parce que des conséquences fâcheuses sont bien possibles eu et gare à la lecture qu’en fait l’immense majorité des concitoyens de Gorgoorlu.

– La bataille entre les deux hommes ne se résume pas seulement au droit ou non de manifester.

– Ndoubélaan sort à peine d’un hivernage catastrophique porteur de germes de famine et de désolation pour le monde rural de façon général.

– Là où l’Empereur avait reporté des élections nationales au motif douteux de secourir des quartiers urbains engloutis sous les eaux, le Gladiateur a choisi au motif plus que douteux de respect du calendrier républicain, de tenir des élections au milieu de la misère et de la désolation du monde rural. Non seulement les nouveaux élus issus de ces scrutins ne rassurent pas, mais ils semblent plus préoccupés par les avantages personnels qu’un acte III mal pensé et mal maitrisé leur avait promis.

– Le carnaval programmé qui s’apparente à un bal masqué (même si l’identité des acteurs est connue), n’apportera rien de plus que des désagréments à Ndoumbélaan.

– Le Gladiateur qui l’organise n’a d’autre but que d’en récolter des gains politiques non sans avoir au détour enrichi quelques clients et quelques potentiels candidats au désordre qui s’estiment mal servis par son magistère.

– L’Empereur a du mal à digérer la grosse gifle du 29 Mars. Il ressent l’embastillement de son rejeton (qualifié de citoyen le plus intelligent de Ndoumbélaan) comme un pieu dans son œil de cyclope et qui l’empêche de voir le monde tel est. Il cherche donc à faire mal. Comme dans une corrida, il tente d’asséner des coups à chaque opportunité pour affaiblir son sujet avant de faire place au matador pour l’acte final.

– Incendiaire rusé et juriste averti, il sait allumer la mèche loin de la cible pour pouvoir plaider son innocence après. N’est ce pas sa fameuse phrase « Vous voulez marcher, alors marchez » qui fut à l’origine des tragiques événements du 16 Février où son « meeting pacifique » autorisé avait dégénéré en bain de sang.

– La police qui avait été surprise lors de ces tristes événements, humiliée, torturée et massacrée n’est-elle pas elle-même prise en otage sans pouvoir donner son avis ? En tout cas, en dehors de tout réflexe partisan, elle restera sous pression et devra faire appel à toutes ses ressources pour ne pas cracher du feu à la moindre étincelle.

C’est au regard de ces paramètres que le Gladiateur devrait agir, opportunément pour faire pencher la balance de son coté. Il a maladroitement fait appel comme souvent au « droit de faire comme bon lui semble », parce qu’il est le chef. Et il a perdu, du moins la première bataille d’une guerre qui ne fait que commencer.

L’art de gouverner repose sur la collecte et l’analyse de masse critique d’informations. Mais la collecte et l’analyse de ces informations ne peut être que le fait d’experts (instrument de pouvoir) n’exerçant pas le pouvoir, détachés des humeurs subjectifs du pouvoir. Cette mission peut être confiée à une institution non partisane. C’est un luxe des grandes puissances et des grandes démocraties. A défaut, un entourage plus patriote et moins laudateur le ferait aussi même en demeurant partisan.

Ce laboratoire, Le Gladiateur n’en dispose pas ou du moins peine à le mettre en valeur. L’embryon fécond qu’on avait pressenti autour de lui au début de son magistère, il l’a réduit au silence dans le secret de son palais ou à coup d’invectives et de querelles de chiffonniers sur la place publique.

Que vient faire dans cette atmosphère le recueil d’anecdotes du plus grand transhumant de l’histoire de Ndoubélaan qui a vendu son parti en échange du poste promis à un grand homme de lettre (suivez mon regard) quelques temps avant sa débâcle ?

Au lieu d’user de son influence ou ce qui lui reste de capital de sympathie auprès des protagonistes pour sauver ce dernier acte (et c’était possible), qui a une valeur de repas d’adieu pour lui, il a choisi le moment pour piquer au vif ou égratigner un groupe d’hommes et de femmes qui ne manquent certainement pas de petites histoires anecdotiques à raconter sur son parcours.

Vraies ou fausses, ces mémoires ne seront donc autre chose que des bribes mal enchevêtrées de quotidiens d’humains avec leurs forces et leurs faiblesses, sorties d’une mémoire sélective où les grands tournants de l’histoire de Ndoumbélaan auront été occultés. Plus que le fait d’un écrivain du dimanche, l’histoire n’en retiendra que le baroud d’honneur d’un homme égoïste, grand par la taille, qui s’est fait tout petit en cherchant à humilier ses compagnons pour n’avoir pas pu lui assurer la présidence à vie à laquelle il aspirait.

BANDIA, Novembre 2014