NITT AK PEXXE – LES RACINES DU MAL

Si faire du mal était l’unique moyen d’être riche et puissant, la majorité de l’humanité aurait choisi de rester pauvre et humble. Si commettre des crimes et des délits était l’unique moyen d’accéder au paradis, l’enfer serait désolément peuplé de nobles âmes incapables de faire du mal. Des hommes et des femmes sont forgés pour ne faire que le bien. Sans chercher à se conformer à des normes sociales ou divines préétablies, ils sont toujours prêts à subir les privations, à endurer les souffrances pour défendre l’équité, l’amour et la concorde entre les êtres et les choses, parce que le bonheur de l’homme est leur raison d’être.
D’autres par contre, sont des êtres malfaisants par nature. La génétique, l’éducation, la culture et l’environnement ont façonné en eux une sorte de lave indécelable, un âtre d’été que couve de la cendre. Comme des volcans en éruption, l’avènement de conditions favorables, libère chez eux les monstres dormants. Ils sont capables de surmonter la honte et le déshonneur, la peur de la mort et de l’enfer, la prison et n’importe quelle sanction humaine ou divine, parce qu’ils trouvent du plaisir à faire le mal et sont prêts à assumer voire à jouir des conséquences de leurs forfaits.
L’accumulation insensée d’immenses richesses matérielles soustraites aux nécessiteux qui croupissent dans la misère par une bande de prédateurs, la confiscation des droits et des libertés qui sont tout autant des moyens d’existence philosophiques, culturels et intellectuels, ne s’explique que par la jouissance consciente ou non que leur procure le mal. Une telle disposition n’est pas forcément acquise, et ne peut être considérée comme une déviance inhérente à une expérience personnelle douloureuse, un traumatisme résultant d’antécédents traumatiques ou traumatisants. Ce n’est également pas une conviction philosophique, c’est-à-dire une option consciente d’être et de se comporter, tirée d’une analyse comparative qui déterminerait une prise de position assumée vis-à-vis de l’humanité ; en somme, le choix d’appartenir au camp du mal opposé au camp du bien.
Depuis plus d’une décennie, le débat sur la gouvernance à Ndoumbélaan tourne autour du bouclier juridique mettant à l’abri certaines fonctions contre toute poursuite pénale. Un bouclier qui met à l’abri du regard citoyen leurs quotidiens d’accaparement et de prédation des ressources nationales  – Ressources physiques et intellectuelles, ressources environnementales y compris les acquis démocratiques, culturels, économiques et sociaux. Sous le vocable occulte de « secret professionnel », les témoins commis pour veiller sur ces ressources, sont tenus de laisser faire et de garder le silence. Les spécialistes indépendants, en particulier les chercheurs dont les journalistes d’investigation, sous la menace « d’absences de preuves » dont l’exhibition éventuelle serait tout autant illégale pour «détention illicite de documents administratifs », sont juridiquement interdits de témoignage. C’est tout comme si l’environnement juridique et institutionnel de Ndoumbélaan ligotait les gardiens de nos ressources en tenant en joue les témoins et les investigateurs potentiels. Il en résulte une protection des prédateurs durant leurs activités d’une part et d’autre part, une garantie d’impunité après leurs forfaits.
Ce qui fait le charme de la loi, c’est la richesse de son interprétation et donc la possibilité offerte à des juges aux ordres de sévir à souhait. Voilà pourquoi, le débat actuel sur la défenestration du citoyen objecteur de conscience n’est autre qu’un simple débat médiatique destiné à l’opinion. Où est l’étique quand une loi permet à une caste de s’accaparer des biens collectifs d’une nation ? L’omerta imposée à ceux qui ont la charge de veiller sur ces biens et aux témoins oculaires, peut-elle être assimilée à une déontologie professionnelle ?
Mais l’impunité n’est pas  une raison exclusive pour justifier la prédation des ressources. Si elle peut être considérée comme une condition nécessaire, elle est tout autant insuffisante pour justifier les pratiques d’accaparements, la mal-gouvernance et la prédation des ressources matérielles et morales. La garantie de l’impunité ne suffit pas elle seule à encourager la malfaisance, et la peur d’être puni ne saurait dissuader les mauvaises intentions. Ce n’est donc pas l’absence de scrupule, la défiance de la morale et des lois humaines ou divines, mais bien l’opportunité, c’est-à-dire l’occasion et la capacité de nuire offerte à une catégorie de personnes, qui détermine le degré et la fréquence des crimes et des délits. Or, le pouvoir (politique, économique, matériel ou métaphysique), s’il n’est pas encadré par des garde-fous institutionnels efficaces, est capable de concentrer d’immenses moyens entre les mains des individus ou des collectifs, offrant ainsi l’opportunité, l’occasion et la capacité de nuisance.
L’accaparement et la prédation des ressources nationales de Ndoumbélaan (ce n’est pas un fait nouveau), a toujours été masqué par un voile juridique. Sous le règne de l’Empereur déchu, un célèbre opposant (aujourd’hui dans les grâces du pouvoir) en a fait les frais pour avoir révélé l’existence de milliards planqués dans les états du Golfe. L’impunité à l’ombre du pouvoir, crée un espace où seul les « idéalistes naïfs » n’ayant pas le courage d’être lâche, échappent à la tentation. C’est d’ailleurs autour de cette logique perverse qu’un de nos fonctionnaires gardien de notre patrimoine foncier devenu milliardaire, avait bâti sa défense. Comme si cela ne suffisait pas, nous assistons à un nécessaire hachage des libertés démocratiques résultant de la volonté du Gladiateur d’imposer une chape de plomb sur les pratiques peu orthodoxes dont l’ampleur et la fréquence ont atteint des proportions jamais égalées.W
De plus en plus de patriotes anonymes ou non, sans pourtant autant verser dans le registre d’offres de politiques alternatives, dénoncent en alimentant la banque de preuves des crimes et délits. Mais le parapluie satanique influence et rend possible l’arrivée de nouvelles recrues aux intentions malveillantes et le recyclage de torchons politiques qu’on croyait hors d’usage aux coté du Gladiateur. Ce ne sont ni ses amis ni ses partisans mais de simples mercenaires qui trouvent à son ombre les conditions favorables à l’expression de leurs personnalités. Beaucoup de mouvements de lutte armée sont en effet infestés de « vaillants combattants » qui se moquent bien des idéologies et des raisons politiques de leurs chefs. Bien avant l’appât du gain que les mercenaires portent en bandoulière, c’est surtout l’existence d’un environnement favorable à l’épanouissement de personnalités, qui demeure le facteur déterminant dans leur engagement : le meurtre, le vol et le viol, la drogue, l’alcool et le sexe, les crimes et les délits. La multitude « militants Cube Maggi » toujours prompts à plonger dans toutes les sauces gouvernementales, est une preuve de l’existence de ce type de mercenaires à la pêche d’un environnement favorable pour assouvir leurs passions.
Le “Colonel” Tony Callan, nom de guerre du tristement célèbre mercenaire britannique Costas Georgoiu, au service de Roberto Holden, décapitait et jouait au football avec les têtes des enfants lors de la guerre civile en Angola. Pourtant qualifié d’allié idéologique du réactionnaire Roberto Holden, il a défendu à l’occasion de son procès en juillet 1976, que ses crimes ne revêtaient aucun critère idéologique et qu’il ferait la même chose s’il avait été au service du MPLA. Les expériences macabres du sinistre docteur Menguele n’auraient jamais été possibles sans le règne du nazisme. Mais c’est également le nazisme qui a contraint des sommités scientifiques et philosophiques à choisir l’exile ou à s’exposer à la mort en s’opposant à l’idéologie hitlérienne plutôt que de commettre ou de favoriser le mal.
Il est normal que la dynamique démocratique nous divise en partisans et opposants au régime en place. Mais plus que l’appartenance ou non au régime, la question se poserait en termes de bilans individuels des parties prenantes dans l’exercice de la parcelle de pouvoir dont elles ont la charge. La coalition du Gladiateur n’est pas fondée autour d’un idéal de vie partagé, mais plus évidemment autour d’une logique de pouvoir. C’est un groupement d’intérêt économique au sein duquel les composantes se battent pour le contrôle de parcelles de pouvoir et où les intérêts politiques et idéologiques sont occultés. C’est certainement ici qu’il faut chercher le désir exprimé de « l’ancien puissant général de Varsovie » d’assumer la présidence de la nouvelle parure républicaine de Ndoumbélaan. « Si le gladiateur veut bien m’accorder sa confiance »  Sic. Comment interpréter autrement ces propos de cet allié dont les fonctions ne vont pas au-delà d’une présidence de conseil d’administration que le Gladiateur « m’a offert comme cadeau d’anniversaire » sic, qui menace l’opposition du royaume d’interdire une marche programmée, si sa demande n’était pas …… formulée poliment ?
Toutes les révélations actuelles laissent penser que seul le clan familial du Gladiateur peut être mis en cause. En tout cas, le blocage des rapports des principaux corps de contrôle ne permet pas pour l’instant d’identifier d’autres prédateurs présumés parmi les alliés. Mais ceci ne saurait suffire à les dédouaner. Quels que soient leurs degré de responsabilité assumées ou non, les alliés (complices ou lâches), se considérant un peu trop souvent comme les simples accompagnateurs du Gladiateur avec qui ils ne partagent pas une identité de vue idéologique, économique ou autre, sont conscients qu’ils seront historiquement coupables ou comptables parce qu’ils auront fait ou laissé faire.
Le débat actuel sur la prédation et l’accaparement des ressources nationales, ne peut pas être classé au banal registre des passes d’armes entre pouvoir et opposition. Beaucoup de citoyens se montrent de plus en plus sceptiques voire déçus par la pratique du brillant candidat qu’ils avaient plébiscité pour son offre théorique de « gouvernance sobre et vertueuse ». Aujourd’hui, un doute raisonnable est né de l’absence de transparence sur une multitude d’actions et de transactions entreprises sous son magistère. On ne saurait donc ni convaincre ni contraindre Goorgorlu d’accepter que de telles informations soient considérées comme des « secrets » qu’il doit ignorer ou des sujets tabous à ne pas évoquer en public.
Convenons tout de même que la bataille pour la gestion du pouvoir ou de parcelles de pouvoir est toujours complexe, enveloppée de nuages subjectifs dont la charge ne se révèle qu’avec l’avènement de son exercice. Ceci repose toute la pertinence des Assises et nationales et de la CNRI. Les états ont nécessairement besoin d’institutions fortes et équilibrées comme dernier rempart pour la préservation des ressources et des acquis démocratiques.  Le président Zuma a été contraint par la justice de son pays à rembourser des dépenses jugées illégales même si sa fonction de chef d’état n’a pas été remise en cause. L’historique combattante Dilma Russef et l’immense Lula, au cœur d’un feuilleton politico-judiciaire sont poursuivis pour fraude dans l’exercice de leurs fonctions. La justice vient de rattraper le fraudeur Jérôme Cahuzac en plein exercice le contraignant à une démission avant de le condamner. Malheureusement, elle ne nous offre ni la garantie contre la récidive ni contre celle de la contagion et de la dissémination de la pratique. Les menteurs, les voleurs, les meurtriers et les tricheurs resteront ce qu’ils sont parce qu’aucune loi humaine ou divine ne peut empêcher les ogres de se goinfrer, les charognards de faire la ripaille sur les cadavres chaque fois que l’occasion leur sera offerte.
Fataliste ? Bien au contraire ! Les institutions définissant des cadres réglementaires pour la protection à priori contre les potentielles dérives, et les lois punissant à postériori, ne sauraient suffire sans la disposition et la disponibilité de la mobilisation citoyenne. L’exigence de transparence est intimement liée à la disposition et à la disponibilité sociale et civile du peuple-sentinelle, seul capable de dresser instantanément et opportunément une barrière contre l’imposture et les dérives dès les premiers signes d’alerte. En ouvrant un second front contre ce peuple-sentinelle en interdisant les manifestations à coté de la bataille subjective et crypto personnelle qui vise spécifiquement les potentiels challengers, le règne du Gladiateur prend une nouvelle tournure.
« Dictature rampante » ou « dictature » tout court, la gestion de Ndoumbélaan prend chaque jour des proportions de plus en plus inquiétantes qui font appel à une unité d’action pour inverser la tendance pendant qu’il est encore temps. Mais l’unité d’action contre la mal-gouvernance est rendue ardue par  l’impossibilité d’une alliance objective entre d’un coté le pôle civile dont le combat est strictement qualitatif, et de l’autre le pôle de l’opposition politique dont l’ambition est d’affaiblir pour s’accaparer des rennes du pouvoir sans garantie de meilleure offre. Mais ce qui rend suspect et fragile  le combat strictement citoyen, c’est surtout la similitude des propos, et aussi la fréquence des acteurs de part et d’autre à franchir une frontière du reste très tenue.
Trop de contentieux subjectifs et objectifs, trop de suspicions ont semé sur le parcours du Gladiateur des germes d’une nouvelle d’une moissonneuse-batteuse sélective programmée pour assouvir une vengeance génétique et ou génocidaire. En maquillant les recommandations de la CNRI, sous la forme d’un référendum électoral, l’ALTERNANCE II, n’a peut être fait que reporter l’indispensable mutation du royaume. Elle a par-dessus tout, étouffé dans un silence tabou, la réputation d’hommes et de femmes ayant contribué de façon déterminante dans la tenue des Assises Nationales et dont les passés glorieux  en faisaient des références.

LES CHRONIQUES DE BANDIA, SEPTEMBRE 2016

TAKK U SUUF

Ils vont encore certainement « sauver l’année scolaire » ! Comme on sauve un malade en lui amputant une jambe, un rein ou un bras. Les infortunés parents d’élèves se montreront soulagés d’avoir économisé quelques francs CFA qu’aurait coutés une année blanche ou invalide. Et tant pis pour le niveau des apprenants. Le Gladiateur de son coté, sera tout heureux d’avoir renforcé son budget électoral, certain que son volume et son poids seront plus déterminants que l’humeur des électeurs dans sa quête d’un second mandat annoncé comme improbable par ceux-là mêmes qui avaient prédit contre toute logique son avènement à la tête de Ndoumbélaan.
 
Ils vont surement « sauver l’année scolaire » saucissonnée et emballée, en amputant à nos enfants le tiers de leurs cours, la moitié de leurs compétences, et la totalité de leurs droits. Et les pauvres iront aux examens aux forceps, pour tenter leur chance plus que tester leurs connaissances, sous la supervision et le contrôle d’enseignants contraints par une police aux ordres d’un régime décidément aveugle. Tout compromis entre les belligérants semble impossible, et l’état a choisi la manière forte pour imposer son dictat.
 
Mais pourquoi donc Ndoumbélaan assiste-t-il à ce combat insensé en spectateur du dimanche, comme si le verdict ne le concernait en rien ? Pourquoi le Gladiateur s’acharne t-il à courtiser le front politique en défiant le front social ? Pourquoi le père de l’émergence ou du moins de l’usage du concept politique, refuse-t-il de trouver un compromis avec les producteurs du royaume tout en ouvrant des boulevards aux fossoyeurs de l’économie nationale ? Serait-ce parce qu’il est convaincu ou s’est laissé convaincre que la menace contre un second mandat trop désiré ne peut venir que des politiques ? En tout cas, Contre toute logique, le Gladiateur a malheureusement choisi d’ouvrir le dialogue politique au détriment du dialogue social. Et son ardent désir de bénéficier d’un second mandat n’est manifestement pas étranger à cette logique absurde.
 
Evidemment, s’il doit être remplacé au palais de Ndoumbélaan, ce sera sans doute par un politique. Mais ignore-t-il pour autant que s’il doit être battu aux élections, il le sera par les masses travailleuses en contestation contre ses pratiques ? L’offensive de charme envers les politiques proportionnellement aux menaces, prenant des allures de défis envers les travailleurs et plus particulièrement envers les enseignants, semble donc plutôt hasardeuse comme mode d’expression pour un candidat. Sans chercher à trancher le différend, le Gladiateur et les alliés doivent savoir raison garder. Si la seule force suffisait pour vaincre, l’oncle Sam n’aurait pas connu une débâcle au Vietnam, l’Armée Rouge aurait balayé toute résistance en Afghanistan, et le sud de Ndoumbélaan aurait déjà enterré ce conflit fratricide plus que trentenaire qui continue de faire des victimes au quotidien.
 
Est-il besoin de rappeler que, quelles que soient les alliances et les allégeances, la mobilisation d’alliés et ou la démobilisation de potentiels adversaires, le Gladiateur aura forcément en face de lui des candidats déterminés à lui barrer la route vers un second mandat. Et le verdict sera tributaire de son bilan social, de sa capacité à rassurer et à rassembler beaucoup plus que de la rentabilité d’un GIE politique indifférent au sort des populations.
Le communiqué final de la rencontre annuelle des mages du royaume est venu troubler le dialogue politique en gestation en annonçant une défaite probable du Gladiateur. Il a en effet introduit un nouveau paramètre, tombé comme un cheveu dans cette soupe déjà trop compliquée. Même si de toute évidence ils ne pourront pas siéger au banquet, cette annonce fait des mages une partie prenante du dialogue politique. Et on peut parier sans risque, et pour des raisons culturelles, que leurs recommandations passeront comme une des priorités du Gladiateur dans les prochains jours.
 
Autant dire, une raison de plus pour ignorer les revendications plus que primaires de travailleurs. C’est pourquoi, Goorgorlu qui ne croit pas plus aux mages qu’aux prévisions météorologiques regrette qu’ils n’aient pas recommandé plus logiquement l’apaisement du front social comme solution pour un second mandat à la place des bœufs noirs ou jaunes. De toute façon, lui jure de ne pas toucher à cette viande offerte aux nécessiteux pour prolonger son compagnonnage plus que décevant avec le Gladiateur et ses alliés. D’ailleurs il a toujours marqué une préférence pour son « ganar » et la présence massive de viande d’âne sur le marché, l’a plus que jamais renforcé dans ses choix.
 
Comme la plupart de ses concitoyens, Goorgorlu est plus que jamais convaincu que l’intention supposée ou réelle prêtée au Gladiateur de fomenter un deal avec ses frères ennemis semble plus que crédible. Il reste encore à savoir si ce « takk u suuf » incestueux sera célébré en grande pompe ou simplement consommé dans la plus grande discrétion. Trop, d’indices plus que probants tendent à lui donner raison.
 
Après avoir vainement contesté sa légitimité allant jusqu’à évoquer scandaleusement ses origines jugées indignes pour porter une couronne et particulièrement celle de Ndoumbélaan, les partisans de l’Empereur déchus se montrent brusquement si conciliants à son égard en distribuant sourires et accolades devant les caméras du monde ;
 
L’encombrant rejeton de l’Empereur promu au grade du plus grand prédateur de deniers publics par une vénérable cour de justice, se fait quasiment courtiser pour humer l’air de la liberté ;
 
La gauche attendue comme une alternative crédible à la droite au pouvoir, a choisi de se rendre et d’accepter sans rechigner sa place de soldat de première ligne, comme des tirailleurs d’une autre époque. C’est bien pourtant elle qui a enrôlé la société civile autour des Assises Nationales dont les conclusions lui apparaissent désormais comme un paquet de m… à l’arrière-cour d’une maison en ruine. Repue par tant de largesses supposées ou réelles du Gladiateur et naguère dénoncées par le célèbre journaliste-violeur, elle est manifestement contrainte à une omerta tropicale. De toute façon, la génération qui l’incarne aujourd’hui, a perdu toute crédibilité.
Sans signer d’armistice connu, l’état major des verts à déjà capitulé. Il a abandonné sans scrupule la majorité de ses partisans et de ses soldats sur les champs de batailles, dont certains sans eau et sans nourriture. Pareil au régime de Pétain en 1940, il a contre un nouveau machin baptisé troisième chambre d’enregistrement et curieusement semblable à la fameuse « zone libre de Vichy », décrété la démobilisation des troupes invitées à faire allégeance ou à se saborder. Les officiers « rebelles » ont tous été neutralisés ou condamnés à mort par contumace, et l’absence d’une base arrière de repli ne milite guère en faveur de l’émergence d’un providentiel « Homme du 18 juin » pour sauver la république. Au département de l’éducation dont ils ont charge, leur « Pierre Laval », sans ressources et sans prérogatives, est commis aux invectives et aux menaces contre les travailleurs. Tombera-t-il au champ d’honneur sous les baillonnetes ? Sortira sur une civière logiquement préparée à cet effet ou finira-t-il au tribunal de l’histoire condamné comme un « un collabo » ?
La société civile vers laquelle se tournent tous les regards pourrait se fragiliser en se risquant sur le terrain du combat politique qui n’est pas sa vocation. Idéologiquement trop hétérogène, son combat ne saurait aller au-delà de la dénonciation des écarts, des violations des droits et de la mal gouvernance érigée en règle.
C’est dans ces conditions que les partisans de l’Empereur déchu se sont affirmés comme le seul parti d’opposition à Ndoumbélaan. Ce statut acquis par défaut n’est certainement pas à force de propositions ou de programme parce que leur seul mot d’ordre a toujours été et reste la légalisation des forfaits commis durant leur règne, et leur droit inaliénable à récupérer la couronne usurpée par le Gladiateur. Habituée aux deals et aux protocoles, la famille des bleus est manifestement à l’aise sur ce terrain. L’élargissement et la purification politique du rejeton de l’Empereur déchu n’est plus alors qu’une question d’heures. Il va recouvrer la liberté, retrouver les siens, ses biens et son honneur souillé par une sanction manifestement sélective. Le différend autant qu’il y en ait un, ne porterait plus que sur le calendrier opérationnel d’une telle mise en scène. Et les déclarations de fermeté ne sont que des surenchères destinées à l’opinion. Silence donc ! La famille libérale lave son linge sale.
 
On ne peut pas reprocher au politique de faire de la politique. Mais peut-on résumer la vie de la nation en successions de protocoles entre « initiés » ? Certainement non. Le fils putatif déshérité par l’Empereur pour sa cupidité, puis par le peuple par son arrogance a justement réagi contre cette pratique qu’il connait bien en sonnant l’alerte. Mais l’homme ne mobilise plus. Négativement chargé par son passé, ses « vérités » enveloppées dans des versets sataniques ne brillent plus que par leur capacité de nuisance.
Tel le loup de la fable, Goorgorlu « s’est senti surpris, sa retraite coupée et tous ses chemins pris ». Peut être se jettera-il pour l’honneur dans un ultime combat perdu d’avance en souhaitant que d’autres « saltigués » moins partisans lui prédisent la chute inéluctable de cette alternance II qui aura multiplié par deux ses peines, ses soucis et ses dettes, et divisé par autant ses joies, ses espoirs et ses avoirs.
 
BANDIA, JUIN 2016.

NJAAX ?

  • A Ndoumbelaan, seul un tiers des sujets a le droit de vote. C’est la constitution qui définit les règles ou choisit les critères d’appartenance ou d’exclusion à ce tiers nommé collège.
  • Près de deux tiers de ce tiers n’ont pas participé à la compétition.
  • Un peu plus de la moitié du tiers du tiers de ce tiers restant aurait dit « oui ». C’est donc çà le poids total charge (PTC) de l’opération.

Question n°1: Quel est le pourcentage de sujets ayant adopté la future constitution du Gladiateur ?

  • Sur la balance du « oui », une tare faite de riz, de billets de banques, de promesses de promotions sociales et ou de menaces de défenestration, a été signalée et parfois revendiquée.

Question n°2: Quel est donc le poids net de la victoire oui ?

  • La caravane hétéroclite du « non » qui a défilé et défié avec ses maigres ressources, les entraves et ou les menaces, pèserait elle, un peu moins du tiers du tiers de ce tiers.
  • Comme un cheval de course, elle a été lestée ou handicapée du vote de Gorgorlu qui avait pourtant décidé de chanter le même air, par le poids de son égoïsme et de son mépris de la misère au nom de laquelle elle prétend se battre. Parce qu’il s’est abstenu après avoir attendu en vain un geste symbolique pour garantir une DQ avant d’aller voter.
  • A coté de l’éternel tiers non-partant du symbolique collège électoral, la défaillance technique et technologique de ressources matérielles prises au dépourvue par la « fatwa référendaire» du Gladiateur, a privé une autre partie des sujets du droit de vote.

Question n°3: Quel est donc le poids net de la défaite du  non ?

On prétend que le « citoyen s’est exprimé », que « la démocratie a prévalu » et que  « le peuple souverain a gagné ». Mais de quel citoyen parle-t-on et qu’a-t-il vraiment dit ? A quelle démocratie fait-on allusion et que vaut-elle ? Est-ce cette mosaïque de fonctionnaires extraits des bureaux climatisés pour aller plaider leurs causes auprès des Goorgorlu, et de gueux entrainés par leurs appétits lourds de présents, qu’on dit souverain ?

Manifestement, en dehors de la grosse baffe d’un certain clergé, ce référendum n’aura pas apporté beaucoup d’enseignements. Si le but du Gladiateur était de mesurer son poids et celui de ses adversaires, les tares de cette consultation restreinte, les handicaps portés sur le dos de ses concurrents, permettront difficilement aux techniciens de tirer des leçons de cette compétition qui reste malgré l’adversité, un simple match amical pour les politiciens, prélude au grand rendez-vous de ……

LES CHRONIQUES DE BANDIA, Mars 2015.

 

TUUS AK BAKK

Lorsque le général De Gaulle proposait son référendum en 1958, des citoyens appartenant à l’époque ou proches de l’establishment politique au cœur du pouvoir colonial, y avaient décelé des avancées démocratiques justifiant un « oui » en attendant mieux. Des patriotes majoritairement composés de jeunes l’avaient pourtant rejeté, malgré les menaces et les invectives de la puissance coloniale. Nous sommes les résultats de cette défaite historique du « non », qui a façonné nos mœurs, notre politique et nos politiques, notre histoire et même notre géographie.

Près de soixante ans après, le référendum du Gladiateur sans avoir les mêmes enjeux, n’en pose pas moins les mêmes questions : « Voulez-vous un peu plus de démocratie » ?  Parce qu’on l’admette ou non, les quatorze points et demi mis sur la table recèle des aspects positifs, des avancées démocratiques.

Le Général De Gaulle avait qualifié les partisans du « non » à son référendum de communistes et de terroristes, ayant de sombres desseins pour le royaume. Aujourd’hui ironie de l’histoire, ce sont les supposés héritiers de ce camp qui qualifient de dangereux les partisans du « non » au référendum du Gladiateur.

Comme il y a près de soixante ans, sans chercher à faire bégayer l’histoire, c’est encore la nomenklatura qui défend ou se satisfait des « nouveaux acquis » jugés démocratiques, s’opposant sur cette question à une nouvelle génération de patriotes qui en a  marre des réformettes constitutionnelles et qui souhaite en finir avec ce débat pour passer à l’essentiel : le développement de Ndoumbélaan.

D’essence démocratique, le référendum devrait être perçu comme un outil de bonne gestion politique et sociale, un baromètre permettant de se faire une idée sur la manière dont les citoyens perçoivent une gouvernance et ou la manière dont ils souhaiteraient être gouvernés dans un avenir proche ou lointain. En faire un test politique pour classer les citoyens en « bon », en « bruts » et en « méchant » selon leurs réponses, relève simplement du scandale.

Si le camp du Gladiateur devrait s’offusquer des réponses qui ne lui plaisent pas, alors qu’il se garde de poser des questions aux citoyens, parce que rien ne l’y oblige. Si le Gladiateur « a les prérogatives de saisir le Conseil constitutionnel pour réduire ou non son mandat, au même titre que les populations qui saisissent la justice tous les jours que Dieu fait », il a aussi le droit de ne pas poser de questions s’il ne veut pas entendre des avis contraires à ses convictions. De toute façon, si l’envie de solliciter un second mandat lui venait en tête, Gorgoorlu ne se souviendra même pas de la durée de son premier mandat. Il lui accordera ou lui refusera sa confiance uniquement sur la base de son bilan : ses succès et ses échecs,  ses capacités et ses tares. Il faut donc savoir raison garder quelle que soit l’importance des enjeux, car la violence verbale n’enfantera que de la violence verbale. Goorgorlu est d’avis que les souteneurs du Gladiateur devraient plutôt chercher à circonscrire les incendies naissants dans leurs foyers réciproques au lieu d’en créer d’autres. Parce que déjà des affrontements regrettables et sans précédent, que certains s’empressent de minimiser ou de classer parmi des querelles de positionnement se font jour au sein même des partis de la coalition du Gladiateur.

Nous pensons naïvement peut être, que les batailles de chiffonniers au sein des partis et partis alliés ne sont, ni le résultat d’une indiscipline ni d’une fracture idéologique ou générationnelle. La vérité, c’est que les parties et partis politiques sont plus habitués à discuter sereinement des questions fondamentales, des bases aux sommets avant d’adopter une position. D’ailleurs les positions des différentes formations politiques, résultant d’un centralisme démocratique ou de toute autre forme de prise de décision n’ont jamais signifié une identité de vue et en encore moins, une unanimité en leur sein. Mais même forgées dans la douleur après un processus plus ou moins long, ces positions avaient la force de mobiliser tous les militants en dehors des cercles ayant favorisé leur élaboration. En les privant du temps nécessaire à cette phase, le Gladiateur est sans aucun doute, le catalyseur premier de cette violence au sein des parties et partis alliés.

Le Général De Gaulle s’était astucieusement rapproché de ses sujets, avait consulté les états-majors, et permis le débat interne au sein des parties et partis politiques. En balançant son questionnaire dans la rue après quatre ans de réflexion personnelle, le Gladiateur a mis ses alliés devant le fait accompli en les sommant ou presque, d’aller convaincre leurs militants en empruntant des voies et moyens non classiques et ou entièrement étrangers à leurs modes de prise de décisions. Ces querelles à la Dreyfus ne pourront qu’impacter négativement sur la cohésion de tous les alliés.

Si le résultat du référendum du Gladiateur venait à être favorable à un camp au sein des parties et partis, il signera inévitablement des ruptures et ou des fragilisations de longues durée. Et pourtant, les véritables protagonistes autour de ce scrutin insensé, ne sont que des tendances libérales, au sein du camp libéral dont la victoire de l’une ou de l’autre n’aura pas d’impact significatif sur la CNRI et sur le Peuple des Assises, même si elles réussissent à enrôler en son sein ou à faire cause commune.

Pour les tendances libérales en compétition, le référendum du Gladiateur n’est ni plus ni moins qu’une répétition générale, prélude aux empoignades de 2017 et de 2019. La campagne en cours sera donc une séance de « bakk » et de « tuus », sans influence autre que les effets psychologiques et moraux sur l’adversaire. Ndoumbélaan ne se portera ni mieux, ni pire au lendemain de cette date. Tout porte à croire, à moins d’une improbable révolte d’un second couteau, un « jinngu d’un « suxxu », que les accompagnateurs bandakatts, danseurs et porteurs de « deeba deeb », s’effaceront au coup de sifflet électoral pour faire place nette à deux combattants libéraux, pour un Ndoumbélaan lamentablement échoué sur cette rive…. Peut être pour quarante, exhaussant les prières de l’auteur des cassettes sataniques où « l’ancien spermatozoïde, futur cadavre » en avait bien pris pour son grade.

LES CHRONIQUES DE BANDIA, Mars 2015.

LES JALONS MULTIPLES D’UN DÉBAT NATIONAL

On pourrait penser que Goorgorlu  est vraiment en phase avec l’opposition de Ndoumbélaan.  Même si aucune radio ne lui tend son micro, même si toutes les télévisions boudent sa silhouette trop familière, il est présent à tous les coins de rue, sur les grand ‘places et prolonge à sa manière le cri de guerre de l’opposition : « que le Gladiateur respecte ses engagements électoraux ! ». Ce n’est pourtant là qu’une simple coïncidence, car pour les deux camps, les mots ne veulent pas dire la même chose.

La baisse des prix des produits pétroliers que rend possible une conjoncture internationale franchement favorable, mais pourtant longtemps différée, commence à perler comme un cadeau né de la bonne volonté du Gladiateur d’alléger les souffrances de ses sujets. Mais cette magnanimité ne concerne pas du tout Goorgorlu et les siens.  Il n’a pas de voiture, se tape à pieds les dizaines de kilomètres pour se rendre de la banlieue au centre des affaires et sa douce Jeeg en est encore au carton et au bois pour cuire ses maigres repas.

Sans être un académicien, Goorgorlu instruit par l’expérience sait que l’alternance ne signifie pas, et vraiment pas du tout le changement. Il en a traversé deux sans réellement apercevoir le bout de son long tunnel. Il se moque donc de la durée du mandat du Gladiateur et de son éventuel successeur. Ce qui l’intéresse c’est sa DQ. Au moins là, il peut parler de promesses non tenues. Et en parlant de respect des promesses, il ne s’adresse pas exclusivement au Gladiateur. Tous ces messieurs à quatre épingles qui se crêpent le chignon sur les plateaux audiovisuels et à l’hémicycle pour quelques maroquins et des CFA de plus, lui avaient fait aussi des promesses longtemps après celles du Gladiateur.

L’envie de porter plainte pour usurpation de fonction lui taraude d’ailleurs l’esprit chaque fois qu’il les entend prétendre parler en son nom. Mais il n’a malheureusement pas la possibilité de se payer un avocat… ou un juge, parce que certaines mauvaises langues de Ndoumbélaan prétendent que c’est la même chose. Laissons-les seuls assumer leurs propos, car ici les présumés auteurs de diffamation et leurs complices ou considérés comme tels, sont traités comme des assassins de princes héritiers. Or à Ndoumbélaan, on ne juge plus, on ne condamne pas les auteurs et complices de diffamations. On les punit simplement en les jetant au cachot pour dissuader d’autres « arrogants » avant de les élargir sous le prétexte d’une « liberté conditionnelle ». C’est-à-dire la possibilité de regagner les rangs dans un royaume où la liberté tout court est devenue une exception. La « liberté conditionnelle » sous l’alternance II est en effet la chose la plus partagée par tous les sujets de sa majesté y compris les membres de sa dynastie de plus en plus impliqués dans des affaires qui sèment un doute (raisonnable ou non), et dont la durée du mandat en question semble la seule distance légale et illégitime qui les sépare de l’hôtel de la corniche. Sous cet angle d’ailleurs, le rejeton de l’Empereur déchu, crédité unilatéralement le plus intelligent du royaume par son géniteur, puis reconnu par la justice comme le plus grand prédateur de ressources publiques serait un conseiller à leur recommander.

En publiant le contenu et les échéances de « son référendum » en dix neuf points et demi, un des points ayant été amputé par l’avis consultatif-délibératif d’un conseil de sages jamais en phase avec le peuple, le Gladiateur reste fidèle à sa logique de pouvoir. N’avait-il pas déclaré depuis le lointain pays du Grand Timonier, qu’il n’était pas lié par les Assises et encore moins par la CNRI dont il tirerait ce qu’il jugera à son goût ?

Ceux qui pensent qu’il, s’est dédit en excluant toute idée de réduire son mandat ont peut être raison. N’est ce pas lui qui avait répondu à ceux qui l’accusaient de violer la loi en abusant des marchés publics, que les électeurs ne lui demanderont pas s’il a respecté la loi ? Ce « maa tey » du premier magistrat qui a pourtant la liberté de proposer une modification des textes pour les rendre plus performants, était passée sous l’indifférence quasi générale. La référence à la loi pour ne pas réduire son mandat peut apparaitre donc aujourd’hui un comme un simple prétexte politicien. Si le Gladiateur tient à nous rassurer sur une candidature éventuelle et probable à un « troisième-deuxième » mandat en précisant que le décompte des deux mandats légaux commence bien par celui qu’il exerce actuellement, il ne rassure pas pour autant. Ce n’est encore là que son avis ou sa volonté tel qu’il l’avait exprimé durant sa première campagne, que peut venir infirmer un avis consultatif- délibératif d’un conseil (peut être à sept sages) trop à l’aise dans sa loge pour souhaiter des changements.

Comment faire comprendre à Goorgorlu, que le Gladiateur puisse changer tout l’environnement juridique, constitutionnel et institutionnel de son mandat en cours à l’exception de la durée de son séjour au palais. On comprendrait peut être mieux, si les sages nous disaient qu’aucune réforme ne peut s’appliquer sur le mandat en cours. Reconnaissons que « ce latin constitutionnel à valeur biblique » dépasse vraiment notre simple logique. En tout les cas, il a semble t-il déçu bon nombre de citoyens à Ndoumbélaan.

Peut-il pour autant fédérer autour du « NON », cet ensemble hétéroclite d’acteurs déçus apparemment sans liens politique et social entre eux et parmi lesquels on peut citer sans être exhaustif :

  • D’abord les déchus, déçus par le report d’une confrontation qu’ils croyaient à brève échéance, dans l’espoir de mettre un terme à la traque de plus en plus pesante de milliards mal acquis sous le règne de l’Empereur,
  • Les déçus ensuite, qu’une naïveté politique et ou un appétit d’avantages avaient amenés à accompagner le Gladiateur sans jamais lui rappeler les termes de référence de sa mission, et plus simplement les missions attendues de son mandat,
  • En fin les déçus qui croyaient paradoxalement encore qu’un homme de droite pouvait appliquer leurs rêves de politique de gauche qu’ils ont portée en bandoulière des décennies durant.

La question est de savoir si le « référendum du Gladiateur » pose le débat sur les nécessaires changements que Goorgorlu appelle de tous ses vœux ou s’il ne lui impose pas simplement de se prononcer sur des questions très loin de ses préoccupations. Sur ce chapitre, notre héros national constitue un camp de déçus certainement majoritaire. Il est déçu par le Gladiateur mais aussi par les déçus toutes tendances confondues. En effet, aussi bien du coté du pouvoir que de l’opposition, le débat en gestation autour de ce scrutin de trop semble se focaliser  sur le « demi-point » en mettant en sourdine les dix neuf autres : la réduction hic et nunc du mandat en cours.

La conception très personnelle du pouvoir que le Gladiateur tente de faire adopter par les sujets de Ndoumbélaan, passe sous silence les riches débats populaires issus des Assises Nationales et les recommandations de la CNRI qu’il avait lui-même initiées. Ses partisans ne se prononcent pas sur la pertinence des différents articles évoqués et se contentent jusqu’ici de menaces à peine voilées comme pour nous faire avaler une pullule amère en disant : « Voter « NON » c’est maintenir le prochain mandat à sept ans ». L’opposition quant à elle se refuse à lire la suite du document, considérant sans objet toute réforme qui n’obligerait pas le Gladiateur à mettre en compétition son trône avant terme. C’est oublier que c’est pourtant à l’initiative de l’Empereur, donc avec la bienveillance de la majorité d’entre eux, et en toute illégalité que cette durée intouchable en dehors d’un référendum, a été modifiée par un collège de députés.

Entre la hantise de voir un nouvel arrivant par défaut, élire domicile au palais pour sept longues années en votant « NON », l’envie de ne pas se prononcer et celle de dire « OUI », Goorgorlu vit un dilemme cornélien loin des préoccupations des acteurs en compétition. En initiant ce référendum insensé, le Gladiateur n’a pas fait qu’enfanter du plus grand commun diviseur de ses sujets. Il vient aussi d’engendrer un monstre en compétition contre lui et son pouvoir. On peut déjà prédire que ce référendum est le coup d’envoi d’un duel fatal dont aucun des protagonistes ne survivra à l’autre quelle que soit par ailleurs l’issue immédiat du combat.

Qu’il s’agisse d’un « OUI » ou d’un « NON » quelles qu’en soient les proportions, les résultats de  ce scrutin ne seront jamais rien d’autre qu’un avis éphémère (de ceux qui auront envie d’y prendre part), sur la conception très personnelle du pouvoir par le Gladiateur en attendant l’incontournable débat de fonds sur la question  des institutions à Ndoumbélaan. N’est-ce pas cette liberté que lui laisse une constitution anachronique à faire ce qu’il veut qui a motivé la mobilisation du Peuple des Assises ? Eternels optimistes, nous sommes donc fondés à croire que « le référendum du Gladiateur » ne peut que différer les CNRI, mais échouera dans sa tentative d’enterrer les immenses aspirations du peuple des Assises.

BANDIA, Février 2016

 

 

LE GRAND SOIR

Dans l’intimité d’un soir agité, Seydou Cissokho avait prononcé ces mots : « Nous n’avons aucun mérite en ayant fait ce que nous avons fait, parce que nous étions seuls à pouvoir le faire quand il fallait le faire … Nous ne nous battons pas pour nous, mais contre un système, certainement au profit d’autres générations. Ceux qui s’attendent à récolter les fruits de leurs investissements peuvent donc quitter nos rangs, parce que le grand soir ce n’est manifestement pas pour aujourd’hui ». C’était après avoir été mis en minorité dans la journée alors qu’il protestait contre son portrait accroché au mur du siège du parti. Certes peu de militants ont eu l’opportunité d’entendre ces propos, mais nombreux sont ceux qui ont toujours assimilé l’homme à la droiture, à l’abnégation et au don de soi pour le triomphe des idéaux de gauche. Nous sommes décidément bien loin de cette attitude quand on entend un vieux militant (de gauche ?) qui oubliant même ses mérites fussent ils techniques ou politiques, assimile sa nomination à « un cadeau d’anniversaire » offert par un Gladiateur de droite qu’il a pourtant contribué à hisser sur le trône de Ndoumbélaan. Mais Seydou n’aspirait pas au confort que garantit « un cadeau d’anniversaire » surtout d’un adversaire idéologique parce qu’il l’aurait surement assimilé à du poison.

Aujourd’hui, le monde a bien changé, et Ndoumbélaan avec. Le combat de la gauche ne vise plus à extraire l’ouvrier du coron, le serf de ses conditions d’esclave, l’indigène de la domination coloniale ou la femme de sa position d’infériorité structurelle. Elle n’en demeure pas moins une réalité insubmersible qui ne peut être engloutie par les flots de la mondialisation, la condamnation à mort par décret de la bataille idéologique ou la reddition de militants désireux de se la couler douce après avoir blanchi sous le harnais. Nous reconnaissons que la bataille pour le triomphe des idées de gauche a pris une tournure scientifique et technique, philosophique et sociale, bref environnementale, débouchant sur des champs de bataille aux limites complexes, peut être même un peu trop complexe pour la vieille école. Elle n’est plus compatible avec la simple ardeur guerrière d’insurgés derrière les barricades, ou la noble solidarité de brigades internationales volant au secours de révolutionnaires d’ailleurs. Que ceux qui n’y croient plus désertent les rangs ! Que ceux qui ne s’y adaptent pas quittent dignement le front avec les honneurs dus à leur passé au profit de nouvelles générations mieux armées, qui réclament leur part de combat et leur droit d’héritage pour le fructifier. Ne l’oublions jamais : plus que les faits d’armes, l’histoire retiendra surtout la façon de chacun de quitter le front.

De grandes batailles pour le triomphe des idéaux de liberté et d’égalité ont jalonné l’histoire de l’humanité. Sur leurs terrains, beaucoup d’hommes et de femmes y ont perdu leur liberté, leurs ressources, leurs savoirs, leur santé et leurs vies, sans regrets. Parce que la lutte révolutionnaire n’a jamais été à leurs yeux, synonyme de commerce donnant droit hic et nunc à une marchandise contre un prix formalisé. Derrière chacune de ses batailles, l’idéal d’un monde plus juste et plus égalitaire à léguer à des générations dont on ne soupçonnait même pas l’existence, a toujours animé les acteurs.

A trois ans de la date légale et à un an de la date morale du prochain scrutin présidentiel, le débat autour d’une candidature de la gauche n’est donc pas une simple question d’opportunité mais de principe. La gauche a l’obligation de présenter un candidat contre le candidat de la droite. La droite qui gouverne Ndoumbélaan doit savoir qu’elle ne sera pas seule sur la ligne de départ et encore moins avec sa coalition telle quelle. Le débat autour de la question doit impérativement être lancé, n’en déplaise aux locataires des châteaux de sable qui craignent la pluie, parce que si la gauche devait attendre le coup d’envoi de son adversaire pour faire ses échauffements, elle ne verrait surement pas la ligne d’arrivée. De toute façon des masques commencent à tomber. Le souteneur en chef,  plus que jamais désormais cantonné au rang de président des applaudisseurs à la chambre d’enregistrement, a exclu de ses rangs les potentiels animateurs du front du refus. Un dirigeant de l’historique héritier du PAI a fait fleurir subtilement des pancartes annonçant son parti derrière la candidature du Gladiateur. Qu’il ait été désavoué par des militants puis par son secrétaire général sans qu’aucune sanction ne soit prise, n’est guère rassurant.

Pour l’instant, le Gladiateur reste un homme de droite qui va droite avec son équipage de gauche qui semble beaucoup plus accorder une importance aux conditions (très agréables pour lui) du voyage qu’à la direction empruntée et la destination de Ndoumbélaan. En rappelant la nécessité de se retourner constamment vers l’idéologie, Alexandre Lvov nous mettait en garde contre cette attitude naïve, l’illusion que la politique est tout.

Goorgorlu toujours en quête de DQ, en dépit des deux alternances auxquelles il a beaucoup donné, se moque éperdument du classement mondial de Ndoumbélaan. Les bonus malus du FMI et de la Banque mondiale, les félicitations ou les mises en gardes des grandes puissances dont la France et les USA ne sont pour lui que de bons prétextes pour alimenter des débats télévisés. Le relatif climat de paix social, la stabilisation des prix des denrées alimentaires, et d’autres paramètres tels que le prix aux producteurs d’arachide sont des atouts politiques derrière lesquels une poignée d’hommes de gauche semble se réfugier pour justifier le prolongement de son compagnonnage avec le Gladiateur. Mais ont-ils seulement lu « la cavale sauvage » du poete français Alfred de Musset ? Ont-ils un jour entendu ce cri de cœur du Professeur René Dumont qui disait : « laissez moi au moins vivre mon idéalisme, car j’estime pour ma part que les réalistes ont échoué » ? Une situation conjoncturelle suffit-elle à faire oublier le projet de société pour lequel la gauche se bat depuis plus d’un demi-siècle ? La gauche de Ndoumbélaan peut elle continuer à se comporter comme un passager clandestin au sein d’une coalition nominale dont le comandant de bord déclare se diriger vers une direction opposée à sa destination ?

Que des hommes de gauche fatigués ou repus décident d’abréger leur compagnonnage avec leurs camarades et de renoncer au combat révolutionnaire, nous est acceptable et compréhensible. Qu’ils enrôlent des militants à leur cause ou se mettent en travers du chemin de nouvelles générations pleines d’énergie et de rêves est inadmissible. La question ici posée n’est pour ou contre le Gladiateur, mais bien pour quel type de société nous battons nous. Quels sont les rapports et les relations structurels entre les citoyens au sein de cette société d’une part et d’autre part les rapports et les relations structurels entre cette même société et le monde extérieur ? Sous cet angle, le peuple de gauche en synergie avec le peuple des assises, sait qu’il n’a pas une identité de vue avec le Gladiateur, ni à court, ni à moyen ni à long terme.

Comment alors envisager un compagnonnage à moyen et peut être à long terme avec lui si le minima défini par les Assises et la CNRI n’a même pas l’honneur d’être abordé ?  Pour combien de temps encore les bases des partis supporteront-elles encore la censure des barons autour de la nécessité d’une candidature de gauche contre leur plus grand diviseur

Bandia , Décembre 2015

SORXOLLE

Les dramatiques événements du 11 Septembre 2001 avaient servi de prétexte pour déclencher la guerre contre l’Iraq. D’abord déclarée « croisée » (contre l’islam ?) par l’intégriste Bush, puis politiquement rebaptisée lutte contre le dictateur Saddam Hussein alors accusé de détention illégale d’armes de destruction massive, l’esprit de croisée  est resté même si la lettre a été peaufinée. Le sentiment exprimé ou réprimé des musulmans de la planète est que depuis lors, toutes les nations à majorité musulmane ont fait l’objet de déstabilisation par l’Occident ou par des bandes armées et manipulées par lui. En effet, même si ces bandes armées se réclament de l’islam leurs premières cibles sont des musulmans, massacrés et violés, leurs économies paralysées, leurs lieux de cultes rasés. Saddam vaincu et pendu a été innocenté par l’histoire des accusations qui ont valu sa perte, pendant que l’Iraq broyé, agonise depuis près deux décennies en attendant une mort plus que certaine.

Le 13 Novembre 2015, des français sans burka et sans djellaba abattent des français, sèment la terreur sur des lieux de plaisance dans leur propre pays et menacent l’Europe. Le gouvernement français exhibe leurs corps et de faux passeports attestant de leurs origines étrangères à l’Europe, puis  alliant la fable du « loup et l’agneau » du poète Jean de la Fontaine à la loi du talion, décide de bombarder massivement la Syrie  ou plus exactement une partie du territoire syrien qu’elle a soustraite de l’autorité de son gouvernement légal pour y loger, armer, entrainer et protéger une poignée de collaborateurs sur laquelle elle comptait s’appuyer pour imposer sa loi sans se salir les mains. Loin des caméras et des journaux, des centaines de terrasses et de « Bataclan » syriens sont rasés avec leurs occupants dont le seul tort aura été d’être sous le joug de fanatiques nourris, armés et entrainés par l’Occident, la France en particulier. Faut il rappeler que c’est bien la France, après avoir réussi sans coup férir l’assassinat de Kadhafi, qui a créé et fertilisé ce territoire de non-droit à l’intérieur de la république syrienne. L’hydre nommé DAESH qui a germé sur les cendres de l’Irak désagrégé par la croisée du cowboy yankee, y a ensuite trouvé un terrain favorable à son épanouissement. Aujourd’hui, ce cancer créé dans les laboratoires de l’Occident et inoculé à  des peuples qui lui semblaient lointains s’est métastasé et tend à envahir toute l’humanité. Virus insidieux et mutant d’un pays à un autre, il n’est sensible à aucun remède connu et son éradication demandera autre chose qu’une simple action chirurgicale localisée, une Marseillaise chantée à Wembley ou une minute de silence au parlement australien.

Les fenêtres quotidiennes ouvertes en fin de journal télévisé ou en bas de pages de magazines, sur les milliers de morts en Syrie, au Yémen, en Afghanistan, en Palestine occupée etc., ne suffisent pas à rendre compte des véritables souffrances au quotidien d’hommes et de femmes, de vieillards et d’enfants dont les cadavres putréfiés sont souvent enterrés dans l’anonymat dans des fosses communes, sans une minute de silence et sans la moindre compassion. Certainement pour reprendre les propos de François Mitterrand (rapportés par Patrick de Saint-Exupéry dans le Figaro du 12.01.98), parce que « Dans ces pays-là, un génocide, ce n’est pas trop important ».

La génération des années 60 et 70 a bien eu à applaudir ses « cowboys » Django, Sartana, ou autre Bud Spencer et Lee Van Cliff lorsqu’ils abattaient sans pitié des « bandits ». En même temps, elle frissonnait dans les salles obscures, fermant parfois les yeux pour éviter d’assister à la moindre égratignure de leurs héros.  Parce que notre jugement par rapport à la mort et à la souffrance humaine est conditionnée par l’idée que nous nous faisons de l’auteur ou de la victime, nous voici chantant la marseillaise pour compatir à une  douleur conjoncturelle d’ailleurs en oubliant que c’est pourtant notre lot quotidien.

Si mitrailler une terrasse ou tuer des innocents en Occident et en France en particulier est un acte terroriste, comment devons nous qualifier les bombardements quasi quotidiens avec leurs milliers de morts, de mutilés physiques et psychiques par des armées les plus puissantes du mode avec la France en première ligne (en dépit de son alternance) ? A-t-on jamais fait le bilan des pertes humaines des bombardements sur des parties de territoires d’états, soustraites par la force de l’autorité des gouvernements légaux, isolées au motif de les protéger contre une prétendue dictature avant d’y loger et d’y couver les monstres qui hantent aujourd’hui le sommeil de toute l’humanité ? Combien d’écoles, d’hôpitaux, de mosquées, d’églises, de marchés, d’entreprises de production sont quotidiennement rasés dans le silence le plus absolu par des mercenaires armés par le gouvernement français depuis plus de quatre ans en Syrie ?

L’occident s’évertue à ne voir et à nous faire voir que l’enveloppe (les couleurs islamistes) qui couvre les motivations des auteurs des tueries de cette sinistre journée ? Pourtant, autant que leurs devanciers japonais, le suicide des Kamikaze de Paris est un geste de désespoir d’idéalistes témoins malgré eux d’injustices sans nom. Il ne s’agit pas de défendre ou de comprendre les crimes, encore moins de banaliser la douleur ou de justifier l’injustifiable. Mais comment ne pas s’indigner devant tant d’injustice et de mépris sur le traitement fait de l’action attribuée aux « djihadistes » selon qu’elle se passe sur le sol de l’Occident ou dans un territoire du tiers monde ?

De l’expression du mendiant qui fait la manche à la ballata qui réveille les rancunes, la mise en scène de la douleur humaine a toujours été une arme de persuasion. Ce n’est pas nouveau. En d’autres temps et d’autres lieux, des foules conditionnés applaudissaient et criaient « à mort » le supplice de condamnés  politiques, économiques, religieux et philosophiques. D’honnêtes citoyens vendaient et achetaient des esclaves sur lesquels ils avaient droit de vie et de mort, lapidaient et brulaient leurs semblables au bûcher parce qu’ils croyaient bien faire. C’est un fait, les tenants de pouvoirs ont toujours essayé d’enrôler l’opinion pour légitimer les sanctions à infliger à des humains auteurs d’actes contextuellement répréhensibles.

Le bilan macabre des « djihadistes » au Mali, au Nigéria, au Cameroun, au Pakistan en Tunisie et ailleurs,  prouve si besoin en était que leurs premières cibles sont les musulmans dans les mosquées, les marchés et dans leurs principaux lieux de concentration. Nous avons connu des phénomènes similaires dans l’histoire mouvementée des peuples en lutte pour leur indépendance. C’était bien l’Occident, principal soutien de l’Apartheid en Afrique du sud qui manipulaient les bandes armées qui semaient la mort parmi les patriotes et au sein des couches les plus vulnérables. Les massacres perpétrés par le sinistre Jonas Savimbi, c’était encore l’Occident. Il ne fait aucun doute que les générations après nous découvrirons à coup sûr que c’est encore l’Occident qui est le seul pyromane qui contrôle le « jihad » même s’il lui arrive parfois de se brûler les doigts en jouant au sapeur-pompier. Mais ces « faits divers », assimilés à des règlements de comptes entre des bandes de sauvages, les gouvernements occidentaux les méprisent et continuent malgré tout à stigmatiser les paisibles croyants.

La politique est cynique, le politique menteur et manipulateur. Que leur complicité avec le terrorisme soit avérée ou non, les hommes politiques l’utilisent comme une menace permanente contre laquelle ils se présentent comme les seuls remparts derrière lesquels le citoyen doit se refugier. Mais le terrorisme et ses acteurs sont une arme semi autonome aux mains de l’Occident. Tel un chien méchant en laisse entre ses mains, il n’est pas capable de la contrôler en tout temps et en tout lieu, et peut donc en recevoir des contrecoups ou des reculs. Cependant, il en maitrise suffisamment les mécanismes pour la déclencher à souhait contre n’importe qui, n’importe où et n’importe quand.

Le débat insensé que l’Occident nous impose aujourd’hui, les sujets de dissertation bien éloignés de nos préoccupations quotidiennes et  qui font la une de nos journaux, résulte de la peur qu’il nous inflige, de cette capacité de nuisance bien réelle entre ses mains. En nous prêtant ses yeux pour voir, sa trompète pour entonner ses chansons, l’occident nous prive de notre personnalité, de notre libre arbitre, de notre opinion d’homme et d’humain tout court.

Nous n’avons pas besoin d’une expertise étrangère pour savoir que Ndoumbélaan est vulnérable, une vulnérabilité qui tient beaucoup plus de la faiblesse dune société complexe, que de la qualité de ses forces de sécurité. Après sa débâcle militaire au Mali, les revers qu’il subit actuellement au Nigéria et au Cameroun, le « jihad » va définitivement changer sa stratégie en Afrique au sud du Sahara pour se tourner vers le recours aux chevaux de Troie. Tout, porte à croire que sa meilleure porte d’entrée sera dans sa capacité à nouer des alliances avec les parties et partis en lutte pour les pouvoirs. Autant dire que dans un Ndoumbélaan, où près de deux cents partis politiques se battent pour des sinécures, où les confréries sont incapables de s’entendre même pour scruter le croissant lunaire, les candidats potentiels ne sont pas une denrée rare. Il s’y ajoute que la hiérarchisation en règle dans l’attribution de dividendes aux familles religieuses d’une part, et d’autre part l’inégale répartition des ressources à l’intérieur même de ces familles créent des frustrations et des instincts de lobbies pouvant déboucher vers des alliances insoupçonnées.

A tort ou à raison, notre Gladiateur national désolément seul délégataire de notre sécurité, a choisi de tisser sa toile diplomatique autour d’une logique perverse qui l’autorise à entonner la marseillaise le dimanche et à jouer au balafon le lundi, à condamner la burka le jeudi pour se dédire le vendredi. Peut être, à cause ou grâce à cette faiblesse et cet opportunisme, plus à son ambivalence incompatible avec les positions de principe, qu’à des forces de sécurité ou à la baraka, Ndoumbélaan traverse sans dommage du moins pour le moment, un champ truffé de mines. On peut lui en vouloir d’égratigner notre orgueil national, mais les forces politiques en présence ne s’aventurent dans le débat de la sécurité nationale que pour approuver ou condamner ses prises de positions ponctuelles sans jamais faire de propositions. Il faudra pourtant bien faire la part des choses entre le discours électoraliste et le discours patriotique. Pourquoi donc pas les états généraux de la sécurité avant que des évènements déplorables ne nous y obligent? De toute évidence la lutte contre l’hydre  « djhadiste » ne peut pas être que militaire. Elle sera démocratique et citoyenne, ou ne sera pas.

La polémique naissante autour des arrestations de « potentiels poseurs de bombes » et du port de la burka, prouve que nous n’avons pas encore pris toute la mesure des menaces qui planent au-dessus de nos têtes. Sans être exhaustif, ces événement bien que marginaux ont déjà créé les premières lignes de fracture entre :

Des partisans des droits de l’homme qui se battent pour éviter tout amalgame entre la protection des citoyens et d’éventuels abus pouvant déboucher sur des règlements de comptes

Des corporatistes religieux criant à la stigmatisation

Des juristes réclamant des preuves hic et nunc (souhaitent-ils des flagrants délits synonymes de cadavres dans les rues ?)

Des responsables politiques qui dénoncent une dictature policière.

Des citoyens hystériques qui lapident et déshabillent une malheureuse porteuse de burka, heureusement sans ceinture et loin de partisans déclarés.

Photo : Matar Ndour

BANDIA, OCTOBRE 2015

 

 

TAXI – CLANDO

On a souvent reproché à l’Empereur déchu une inconstance dans sa démarche politique, l’absence de cohérence entre sa théorie et sa pratique. On disait de lui avec humour qu’il virait à droite après avoir clignoté à gauche et vis versa. C’est cette pratique dont le fameux « maako waxoon, waxeet » qui fut la goutte de trop qui a fini par l’emporter. Peut être pour toujours, même si « l’ancien spermatozoïde  futur cadavre», croit encore pouvoir renaitre de ses cendres.

Introduit par un esprit machiavélique qui ne voyait qu’une bête de somme sans ambition autre que de servir son maitre, le Gladiateur s’est subtilement mué en conducteur de taxi clando. Sans licence sans assurance, il est entré dans la circulation par effraction, décidé à imposer sa loi en se moquant bien des règles qui la régissent. Dans sa guimbarde sans marque et sans immatriculation, sans frein et sans destination définie, il a embarqué et continue d’embarquer hommes, bagages et animaux, malades et sujets sains, des vivants et des morts, au propre et au figuré. Des voyageurs de toutes les confessions et de toutes les idéologies, allant dans toutes les directions s’y retrouvent, même si certains lui prêtent à tort ou à raison de faire une place belle à une caste que l’on évite de nommer par pudeur et que seul l’instinct grégaire rassemble autour de sa personne.

Au sein de la fournaise, tout le monde se plaint. Ceux qui sont embarqués, mais aussi tous les patriotes soucieux de l’avenir de Ndoumbélaan, qui le regardent depuis les trottoirs, tanguer dangereusement vers les abimes certains, plus proches que lointains. Et puisqu’il est tout aussi dangereux d’en descendre si ce n’est pas tout simplement impossible, les malheureux passagers qui n’ont pourtant qu’à s’en prendre à leur naïveté, se crêpent les chignons.

Manipulateur à souhait sans être un tribun, il sait faire accepter aux passagers en partance vers le  du nord qu’il les mènera à destination même s’il fait  manifestement cap vers le sud. Il sait rassurer ou du moins juguler les humeurs de ceux qui vont à l’est alors qu’il se dirige vers l’ouest, en brandissant le sabre au-dessus des têtes qui ont quelques choses à se reprocher ou au dire du journaliste violeur, en dégainant  périodiquement des millions pour étouffer les plaintes.

La goulache tropicale du Gladiateur a ainsi enfanté d’un parti d’officiers sans hommes de troupe dans lequel d’illustres inconnus génétiques savourent les délices du pouvoir à coté de brillants cerveaux qui se crétinisent, bloqués dans leurs élans créateurs comme des bolides dans un embouteillage. Le Gladiateur a :

  • promu des « généraux sans armée» dont le premier autoproclamé et qui fut l’un de ses compagnons historiques, a fini par jeter les armes, rangé au tiroir des non-partants.
  • décapité les états major de ses alliés en séparant subtilement et sans effusion de sang, les têtes des corps en convulsion
  • Désarticulé l’opposition en lui tordant le cou, créant un monstre contraint de marcher à reculons pour ne pas sauter sur les pièges multiples sur son chemin posés. Dans cette configuration, l’opposition balkanisée se cherche à travers une agglomération sans liant et donc sans lendemain de forces manifestement contraires, voire antagoniques.

Si tout le monde  s’accorde sur le fait que le Gladiateur est loin des promesses qui l’ont porté au pouvoir, ses partisans semblent dans l’incapacité de formuler ou de lui faire entendre une note positive. Et en dehors du radical auteur des versets sataniques qui ne saurait se satisfaire d’autre chose que du fauteuil du Gladiateur dont il se croit injustement privé, la majorité des composantes de l’opposition se confond à une marchandise mise aux enchères qui attend la bonne offre du maitre du jeu pour entrer dans ses grâces.

Le récent « bal poussière » avec entrée libre et gratuite que l’Assemblée Nationale vient de nous gratifier n’est-il as révélateur d’une république ayant perdu tous ses repères ? A quoi donc servirait une alternance si les futurs prétendants ne se battent que pour des avantages personnels au sein de l’hémicycle où ils sont sensés défendre l’intérêt de leurs mandants et justement au moment Ndoumbélaan vient d’être rétrogradé au 25ème rang des nations les plus pauvres de la planète ?  D’ailleurs, parmi toutes les promesses en souffrance, le sentiment le plus partagé est que l’opposition ne se focalise que sur la réduction de la durée du mandat qui reste après tout, une simple promesse de campagne parmi d’autres infiniment plus importantes pour Goorgorlu et les siens.

On peut donc dire sans risque d’être démenti que si son unique but est de régner, le Gladiateur encensé par une bande de laudateurs qui cherchent à lui créditer d’imaginaires hauts faits d’armes de prétendus ancêtres vainqueurs du lion du pole nord et de l’ours du Sahara, est manifestement entrain de poser les bons jalons. Dans son attelage bombardé de tous les superlatifs pour porter Ndoumbélaan vers l’émergence, ne vient-il pas enfin après trois années d’essayage de porter le premier « homme qu’il faut à la place qu’il faut » sic. Y’en aura-t-il d’autres ?

Si par contre, son ambition est de gouverner, alors tout porte à croire qu’il va vers un échec cuisant, lourd, et même très lourd de conséquences. Il est en effet beaucoup plus simple de régner que de gouverner. Il suffit de beaucoup de muscles kaki, un distributeur automatique de billets de banque, un soupçon de cynisme qui range aux oubliettes les immanquables peines infligées aux Goorgorlus sans défense, une poignée de flagorneurs pour chanter des louanges auxquels personne ne croit réellement.

Mais puisqu’il faut en toute chose considérer la fin dialectiquement programmée, le Gladiateur saura certainement faire face à l’histoire. A moins qu’il n’ait déjà fait son choix.

BANDIA, Octobre 2015

 

WINDEELU

Un journaliste irakien avait jeté une babouche au président Bush venu parader après la grande boucherie américaine au pays de Saddam Hussein. Un citoyen russe administra une gifle mémorable à Mikhaïl Gorbatchev en compagne pour diriger la Russie, le lambeau le plus juteux de ce qui restait de la grande puissance soviétique qu’il venait d’euthanasier. Aujourd’hui des étudiants anonymes de Ndoumbélaan ont tenté de jeter des pierres sur un Gladiateur en mal d’inspiration dont la promenade inopportune sur l’espace universitaire n’aura eu que le mérite de le transformer en une arène de lutte… politique. Pourquoi ? Et surtout pourquoi en ce moment où tous ses concitoyens ont les yeux rivés sur les résultats plus que catastrophiques du « premier diplôme universitaire » qui ne fait décidément plus rêver.

Si l’hécatombe de l’école de Ndoumbélaan ne vaut pas une mise en berne de nos couleurs nationales, elle n’en demeure pas moins une triste réalité ayant touché tous les acteurs. Dans ces conditions, une visite de travail et de réflexions autour du sujet aurait certainement était plus appropriée qu’une promenade de ce genre. Si le Gladiateur était venu parler aux étudiants de leurs problèmes, il aurait certainement été accueilli autrement. Le cas échéant, les casseurs auraient été condamnés par la vox populi et la violence subie, passerait comme un acte de bravoure et de patriotisme pour le           « précurseur de visite présidentielle à l’université» si on veut bien mettre dans le placard de l’oubli, celle que le socialiste transhumant, auteur de « jeunesse malsaine » avait effectuée lors de l’inauguration de l’école inter état de médecine vétérinaire exactement à la troisième année de son séjour au palais.

Trois acteurs donc, trois continents différents et une dizaine d’années entre les faits, mais un dénominateur commun, le malaise de pauvres Goorgorlu désorientés par le cours de l’histoire. Ces gestes de dépit apparemment d’acteurs sans aucun lien entre eux , commis par des citoyens ordinaires à travers l’espace et le temps ne peuvent être logiquement interprétés que comme des gestes de dépit d’hommes et ou de femmes impuissants à arrêter de leur bras la vague destructrice d’une mer en folie qui menace ou a déjà ruiné tous leurs espoirs. En Palestine, l’intifada ou le jet de pierres d’adolescents contre la puissante armée sioniste, la révolte des enfants de Soweto en 1976, la violence des enfants des cités en France, n’ont rien de complots contre l’état mais beaucoup plus qu’un sentiment d’indignation d’adolescents à l’étroit dans leurs baskets contre un système qui les étouffe.

L’indignation suscitée par ce qui est considéré par certains comme une « offense à l’institution » relève de l’amalgame. L’institution n’est pas un dieu ou une religion qui s’impose à nous tel quel. C’est un ensemble de valeurs matérielles et immatérielles, symbolisé par des choses et ou des êtres, créé par les hommes et dont l’inviolabilité est protégée par les hommes qui assurent son sacre. Le saint suaire servirait bien de torchon, la Kaaba de matériau de construction s’ils n’avaient pas été mis dans des conditions idéales. Le sacrilège serait tout autant de les exposer à des situations de vulnérabilité que de s’y attaquer au sein de leur espace de sécurité et de sacralité. Pour çà, le Gladiateur a eu tort en allant au mauvais moment au-delà de son espace de sécurité et de sacralité.

Bien sûr, la sécurité et la sacralité Ne sont pas figées dans le temps et dans l’espace. Elles ont donc leur place dans l’espace universitaire à condition qu’il soit matériellement, moralement et socialement préparé à les accueillir. Et ce ne fut manifestement pas le cas. Donner raison à ceux qui défendent le droit du Gladiateur à fouler l’espace universitaire, c’est aussi leur rappeler que tous les citoyens ont droit de rentrer au palais. S’ils ne le font pas, c’est pour respecter des règles de bienséance et de préséance dont le Gladiateur n’est pas exempté. Tous les droits sont soumis à des conditions, techniques, sociales, politiques etc. Entrer au palais sans y être admis par les règles et les conditions vaudrait peut être une cour d’assise. Le dialogue à ses règles dont la  disposition opportune des acteurs à se parler en est la première. On ne demande pas au vent de s’arrêter de souffler ou à l’océan de retenir ses vagues parce qu’un prince serait de passage.

Des hommes et des femmes (une autre institution) sont payés pour s’assurer de l’opportunité des déplacements du Gladiateur. A défaut, ils risquent de n’être contraints qu’à bander les muscles pour forcer les passages étroits ou de menacer de cour d’assise des adolescents lanceurs de pierres, ce qui ne les empêche pourtant pas de négocier avec les porteurs de kalachnikovs qui hantent le sommeil de nos compatriotes dans le sud du royaume.

Pourtant la violence n’est pas innée dans l’espace universitaire et plus généralement scolaire. C’est bien un caractère acquis que nul ne cherche à éradiquer, forgé par la conscience des occupants toute hiérarchies confondues (étudiants, professeurs et autres travailleurs), que les pouvoirs publics ne s’intéressent aux revendications de l’école que lorsque celles-ci débordent dans la rue. Bruler des autobus, vandaliser les biens de l’état, le recours aux grèves de la faim etc., sont devenus des moyens efficaces pour se faire payer une bourse d’étudiant, se voir affecter des enseignants et autres droits élémentaires qui n’avaient jamais été la préoccupation de leurs bouillants devanciers au sein de cet espace mythique.

La parenthèse de l’Empereur déchu qui avait recommandé le port de brassards rouges pour exprimer les humeurs a fait long feu. Et ce sont les dirigeants eux-mêmes qui rompirent le pacte autour de cette forme de dialogue en voyant rouge à la moindre apparition d’un tissu de couleur. C’est eux qui ont incité et ou ordonné aux forces de l’ordre à ôter de leur vue les porteurs de brassards. Ils ont donc incité au retour à la violence comme forme d’expression des humeurs citoyennes. Mais pourquoi donc diable nos dirigeants se refusent-ils à voir du rouge quand c’est rouge , à lire la désapprobation de populations mécontentes de leurs manières de gérer les affaires publiques et en même temps esquisser des pas de Ndaw rabin et des sauts de Wango avec leurs partisans ?

Il est bon de leur rappeler, eux les « acteurs autoproclamés de l’approfondissement de la démocratie » dans notre royaume, que même l’impérialiste De Gaulle avait laissé fleurir les pancartes s’opposant à ses volontés, sans violence physique sur les porteurs. Et qui disait que qu’indépendance rime avec liberté d’expression et liberté tout court? En tout cas, certainement pas à Ndoumbélan sous l’alternance II.

Ceux qui crient victoire ou enchâssent le Gladiateur pour son « courage », marchent sur la tête. Un officier n’a pas besoin de courage mais plutôt de lucidité. Pour gagner bataille, une armée a sûrement besoin de courage, celle des hommes de troupe. Mais la guerre se gagne grâce à la stratégie et la lucidité de ses chefs. Monter au front, se livrer au corps à corps, n’est qu’un aveu d’échec et d’incompétence pour un meneur d’hommes. Si donc le Gladiateur n’a rien d’autre à proposer aux étudiants que la force de ses muscles et un courage protégé par le bouclier d’une cour d’assise, c’est bien qu’il s’est trompé d’arène. En tout cas, Goorgorlu pas du tout gâté par la nature voudrait bien le voir se battre sur d’autres terrains capables d’apporter enfin une solution à la lancinante question de la DQ.

BANDIA, Aout 2015

WEEX  DUNX

Lorsqu’un président normal roule en scooter pour se rendre à son deuxième bureau après une journée bien remplie au premier, c’est une chose normale, tout au moins banale. Lorsqu’un président qui se veut exceptionnel est flashé dans une situation normale y compris des faits et gestes des membres de sa famille et de ses proches, il s’offusque d’être jeté en pâture par une presse d’un genre nouveau qui dit tout et de tous. Alors trotte l’idée de concocter des lois pour faire taire une presse normale qui relate des faits normaux de président normal qui se veut exceptionnel. Chercherait-on donc à promulguer ici une fatwa contre certains versets jugés sataniques ?

Les médias ont longtemps été une affaire d’élites. Un ensemble de critères, politiques, intellectuels, socio économiques et financiers étaient requis pour y avoir accès. Souvent aux mains d’une caste détentrice de pouvoirs et donc défendant des intérêts, la presse a toujours vécu en ménage avec les autres pouvoirs. A travers ce gentlemen agreement, elle savait s’auto censurer sur des sujets jugés « sensibles », bander des muscles de temps en temps en entrebâillant une fenêtre sur la cour des rois. Elle se définissait alors autour d’une ligne dite éditoriale qui en codifiait le contenu, en identifiant sa cible.

En démocratisant la parole, la toile a ouvert un nouveau chapitre pour l’humanité. Elle donne enfin la parole aux sans voix, à ceux dont les avis n’ont jamais été comptés et/ou comptabilisés en dehors des normes conventionnelles de comptage et de comptabilisation. Mais cette démocratisation de l’expression dérange. Elle dérange en particulier les tenants de pouvoirs ; pouvoir économique, pouvoir politique, pouvoir culturel et religieux. Elle dérange parce qu’elle permet au citoyen de donner son avis, d’exprimer son humeur, sans gang et sans règles conventionnelles sur la façon dont il subit l’exercice des pouvoirs. Cette expression s’attaque à la morale des tenants de pouvoirs qui paradoxalement au nom de la morale cherchent  à l’étouffer. Mais où est donc la morale ? Dans les faits et gestes ou dans la façon de s’exprimer ?

L’expression en ligne peut être vulgaire, banal comme tous les actes quotidiens que pose un homme normal. Elle ne cherche pas à plaire ou à convaincre. En exprimant une humeur conjoncturelle ou structurelle, elle s’identifie à un juron. Elle n’argumente pas et s’exhibe exactement comme la voix d’un supporter ou d’un pratiquant sur un terrain de sport, une place de jeux de dames ou de cartes. Le fameux « barres-toi, con ! » qui est une expression usuelle et qui défraya la chronique en France avait juste eu le tort de sortir de la bouche d’un président de la république qui se voulait extraordinaire, puis relayé par une presse.

L’expression en ligne dénonce  les agissements nocturnes des clergés- censeurs très à cheval sur les textes pendant la journée. Elle s’attaque à l’anticonformisme de l’enseignant trop visible après les classes, aux penchants véreux des hommes de lois dans la rue ou dans l’intimité de leurs cabinets.

Elle désarticule les écailles argentées des tenants de pouvoirs en les poussant dans leurs derniers retranchements. Il « normalise » l’homme public en le rendant plus conforme à la faible créature humaine dont il cherche à s’affranchir. Mais le tenant de pouvoir humanisé est un officier rétrogradé, donc humilié. Pourquoi le ramènerait-on à un statut d’homme normal avec ses qualités et ses défauts ?

La question va cependant au-delà de simples opinions citoyennes sur les faits et gestes des tenants de pouvoirs. Il est reproché en particulier au citoyen de savoir et de faire savoir les mensonges, les vols, les viols sous les soutanes et les turbans, les crimes qu’on lui cache au nom de la raison d’état et/ou de la morale.

A Ndoumbélane, l’actualité sur la toile est dominée par les activités débordantes des rejetons des tenants de pouvoirs, et des frasques de leurs proches sur lesquels est tombée  sans nuage, une pluie de richesses et de titres. Les internautes reprochent aux cabris repus de gambader, faisant frissonner les mamelles nourricières coupables du trop-plein mis à leur disposition en ces périodes de disette. « Ku jiitu, sa ndong fës ».

Les révélations sur les écoutes téléphoniques aux Etats Unis, la neutralisation d’une bande de malfaiteurs à l’ombre du pouvoir en Turquie, la pédophilie au sein de certaines églises, ont déclenché une furie des gouvernements concernés, contre ceux qui sont accusés d’avoir révélé des secrets, des vérités secrètes pour être plus proche de la réalité.

Ce qui dérange ce n’est donc pas ce qui se dit parce qu’il a toujours été dit comme tel. Ce qui dérange ce n’est pas aussi ce qui se sait parce qu’il a toujours été su comme tel.

La tentative de censure viserait plus à castrer l’audience rendue possible des sus et des dits par le développement des TIC. De toute façon, ce n’est pas toujours au nom de la quête de vérité que sont brandis, les « kuur u baay fall », même si on cherche à convaincre l’opinion du contraire.

On n’a jamais vu un laudateur trainé devant la justice pour avoir dit des contre-vérités. Pourtant tout le monde s’accorde à dire que plus de 99 % des couronnes tressées sur la tête des tenants de pouvoirs sont des amalgames de fleurs artificielles, loin de la réalité.

Les tenants de pouvoirs, avec la force que leur confère leurs statuts, cherchent non pas à moraliser l’expression citoyenne mais à en réprimer l’écho quand il déplait et à le primer quand il lisse les angles coupants de leurs  personnes.

Oui, le langage sur la toile n’a rien d’académique. Il ramène à son juste rang de mortel celui qui se voulait demi-dieu, en manipulant les médias conventionnels. Il réhabilite le statut d’homme normal de celui qui se croyait au-dessus de tous et de tout.

Cette presse-people d’un genre nouveau s’adresse pourtant sociologiquement à un groupe d’hommes et de femmes qui s’en accommode ou s’en délecte. Elle laisse indifférent une grande partie qui s’en moque éperdument.    Pourquoi donc les en priver ? Pourquoi obligerait-on un groupe social à lire, à penser et à écrire de telle ou telle façon ? S’interdire les revues pornographiques, ne pas fréquenter les salles de jeux, est une chose, les interdire en est une autre. Choisir son journal, un genre littéraire, son magazine, relève de la liberté de chacun. Vouloir limiter la pensée politique et culturelle à ses convictions est tout autant dictatorial. Beaucoup de dictateurs ont su pourtant à leur dépends que les idées n’ont jamais brûlé avec les livres. Le défi n’est que plus grand aujourd’hui que la pensée voyage sur la toile.

Partagé entre le devoir de transparence et la mise sous scellés des pratiques des tenants de pouvoirs (cacher la vie privée des hommes publics et de leurs proches), Ndoumbélane ressemble à un voyageur au bord du gué. Il n’a pourtant pas d’alternatives. Plus rien ne sera comme avant ! Les exigences  démocratiques et l’obligation de transparence que les TIC ont fait naitre en le rendant possible, nous bouscule comme la meute de gnous devant la rivière de Séringueti. Et cette rivière qui se dresse devant nous, avec ses cascades meurtrières et ses crocodiles ne s’ouvre pas forcément sur de vastes prairies fussent-elles bleues ou vertes. Elle n’a rien du mythologique « Pont de Sirath » qui donne sur les portes du paradis,  mais déboucherait sans aucun doute, sur un monde toujours plus friand de nouvelles, toujours plus avide de transparence.

Ceux qui ont lutté et obtenu la publication des biens de ceux qui nous gouvernent, ont découvert qu’ils ont été grugés. Beaucoup d’élus qui ont eu le courage ou l’obligation de s’y soumettre, ont menti par omission. Ils sont certains, qu’ils n’auraient pas obtenu leurs suffrages si leurs concitoyens  savaient qu’ils ont accumulé autant de richesses, autant de leurs richesses.

L’exigence citoyenne et démocratique de transparence va par conséquent forcément évoluer vers une autre plus juste, de publication des biens de chaque candidat à un poste électif, de son curriculum vitae y compris sa cour et son arrière-cour, son premier bureau et son deuxième bureau s’il existe, bref son certificat de bonne vie et mœurs délivré non pas par un juge conventionnel mais par les jurées de toile.

La question ne sera non plus de savoir qui avons-nous élu, mais bien qui allons nous élire. Il y aura alors forcément moins de prétendants, c’est-à-dire de « candidats à l’immunité » mais au moins recevrons moins de plaintes, de complaintes et de cours de morale contre ceux qui ont le courage d’ouvrir les fenêtres sur les jardins secrets des tenants de pouvoirs.

Peut être aussi, serons nous débarrassés des « anciens futurs élus » poursuivis pour escroqueries, obligés de s’expatrier ou de changer de nationalité.

Aux Etats Unis, cette question semble réglée par une presse d’investigation qui ne s’interdit rien pour éplucher le cv chaque prétendant à un poste électif. Mais si là-bas on prime au nom de la morale, à Ndoumbélane on réprime au nom aussi de la morale.

Dualiste univers donc, uni vers ce même concept à mille visages : la démocratie.

BANDIA, FEVRIER 2014

Illustrations photographiques : Matar Ndour