PROFESSION DE FOI

On a déjà entendu parler de matchs truqués et des joueurs maladroits, marquer contre leurs camps. Mais on n’a jamais vu de joueur déclarer se battre contre ses coéquipiers au cours d’une compétition sans changer de couleur ?
Ndoumbelaan a connu un ancien chef de l’Etat et d’anciens chefs de gouvernement transhumants, des militants et des secrétaires généraux de partis, des talibés et même des khalifes transhumants. De mémoire d’homme, Goorgorlu n’avait pourtant jusqu’ici, jamais vu ou entendu parler de candidat transhumant en pleine campagne électorale. C’est maintenant une réalité, et l’expression fait désormais partie du dictionnaire politique de Ndoumbélaan. Mais que diriez-vous en tant qu’arbitre d’une telle compétition ? Que feriez-vous en tant que supporteur ou spectateur ? Certainement rien du tout, parce qu’aucun règlement ne prévoit ce cas de figure inimaginable. Bien sûr vous seriez dépité, comme Goorgorlu noyé par la mare de listes, de couleurs, de candidats et de scandales.
Que feriez-vous si un clown décidait de transformer le sérieux débat d’idées attendu par un spectacle son et lumière pour prêter main forte à des candidats en perte de légitimité ? Que faire lorsque la musique et les klaxons s’expriment à la place de ceux qui n’ont rien à dire ou étouffent les discours de ceux qui ont quelques solutions même douteuses à faire entendre ? Certainement encore rien du tout, parce que la loi n’a pas prévu ce cas de figure impensable. L’autre jour pourtant, Goorgorlu dépité a fini par faire recours à une intifada improvisée pour montrer son désarroi. Pourvu seulement que ce geste maladroit ne soit pas assimilé à une « tentative d’assassinat contre un secrétaire général de parti» très protégé pour services rendus. « Kaso neexul … ».
Ceux qui croient bien faire en appelant à une campagne apaisée ignorent que la paix ne signifie pas, et vraiment pas du tout, l’absence de la guerre chaude. Ndoumbélaan est depuis longtemps un champ de violence, un Far West où les différends politiques se règlent à coup de marteaux, de sang et de trippes pourries de chiens jetées aux portes des adversaires, de défenestration de fonctionnaires jugés trop scrupuleux, d’embastillements suivis de « liberté provisoire » assortie d’obligations noyées dans de nébuleux protocoles nocturnes.
Physique ou verbale, la violence est le résultat des contraires qui se repoussent. Celui des riches et des pauvres, des travailleurs et des tricheurs, des voleurs et des honnêtes gens. La violence est le fruit de l’impunité accordée à une caste d’intouchables, à côté du mépris et de la terreur contre ceux qui refusent de se soumettre. Ndoumbélaan est depuis longtemps plongé dans la violence qu’on refuse d’écouter quand elle nous parle et condamnons lorsqu’elle se promène nue ou écorche un de nos luxueux bolides en parade dans nos rues cahoteuses ou inondées.
Ndoumbélaan est aussi un immense cirque, une sorte de « sabar u goorjigeen » où les genres et les nombres se confondent, en étouffant l’excellence au profit de la médiocrité. Les directions de nos sociétés nationales, centres de performance et/ou de régulation sociale, sont réservées aux partisans et souteneurs. Les sujets des examens et concours se vendent au plus offrants. Nos prestigieuses écoles et universités réputées sélectives sont concurrencées par de modestes établissements garantissant des diplômes crédités équivalents (avec un enseignement douteux), à ceux qui ont les moyens de se les payer.
Il faut s’attendre par conséquent à la violence sous toutes ses formes parce nous en avons semé les germes, et elle poussera :
– Quand la morale aura fini de déserter nos villes et nos campagnes, nos foyers et nos lieux de travail,
– Lorsque les prières de nos saints bouderont nos terres et nos cœurs souillés par le péché des uns et la lâcheté des autres,
– Lorsqu’enfin toutes nos valeurs seront réduites en biens comptables cachés dans nos murs ou à l’abri dans des paradis fiscaux ;
L’histoire, ce juge sans état d’âme prononcera sans aucun doute son verdict. Et malheureusement, une génération innocente payera lourdement, comme elle a payé à Bagdad et à Tumbuktu, à Berlin et à Kaboul, la note salée laissée par une bande d’égoïstes antérieurs qui ignoraient la simple et noble notion de patrie.
Les chroniques de Bandia, Juillet 2017

XEEWEL AK NATTU

Assis  aux  premières  loges  ou  quémandeur  de  faveurs  indues comme il l’a toujours  fait et  obtenu  de ses prédécesseurs  qu’il voue  à  présent  aux  gémonies,  le  premier  communicateur  du royaume  vient  de  déclarer  le  Gladiateur  « un  don  de  Dieu  à vénérer  ou  au  moins  à  respecter».   Mais  de  qui  se  moque-t-il ? De  quel  Dieu  parle-t-il  donc ?  Celui  d’Isaac  et  d’Abraham,  de Dionysos ou d’Eris ? Serait-il Rhadamanthe à coté de d’Éaque et  de  Minos pour  indiquer  leurs  sièges à des  Goorgorlus au purgatoire ? N’est ce pas des déclarations aussi irresponsables et dangereuses qui ont amené des millions de fidèles à déserter les  églises,  à  se  « révolter »  contre  le  dieu  et  les  dieux  qui  leur intimaient l’ordre  de  se  soumettre  aux  dictatures,  et  à  la misère ?  Parce  que  l’opium  du  peuple,  ce  n’était  pas  tant  la parole de Dieu, que l’interprétation des évangiles par un clergé repu allié à la monarchie d’abord et à la bourgeoisie ensuite.

Bien sûr, il serait plus simple de ranger de tels propos au rang de propagande politique émanant de quelqu’un  dont  le  niveau de  vie  se  mesure  plus  à  la  quantité  des  louanges  qu’à  leurs contenus.  Mais  le  monde  est  trop  complexe  pour  fournir  une explication  rationnelle  aux  errements  et  à  cette  sorte  de  folie collective  (même  momentanée)  des  hommes.  Un  esprit  naïf  ne peut  donc s’empêcher   de  se  demander  la  part  de  Dieu  et/ou des  dieux  quand  un  clown  qui  a  menacé  d’accroitre  la  misère des  couches  les  plus  vulnérables  est  élu  chef  de  la nation  la plus  puissante  de  la  planète,  la  terreur  imposée  au pays  du proche  et  du  moyen  orient  par  une  poignée  d’illuminés  se réclamant  de  Dieu.  Et  pourquoi  pas  la  part  du  diable,  quand de  puissantes  loges  d’Occident  parviennent  à  imposer  un bouffon  adversaire  déclaré  des  travailleurs,  au  pays  de  la liberté et des droits de l’homme.  Reconnaissons tout de même que  ceci  n’est  pas  une  raison  suffisante  pour  nous  faire admettre  que  Gengis  Khan,  Hitler  ou  Pinochet  siègeraient  au même parlement que d’illustres serviteurs de l’humanité parce que  des  puissances  ésotériques  auraient  porté  leurs suffrages sur eux bien avant les hommes.

C’est  pourtant  très  certainement  la  lecture  la  plus logique  qui peut  être  faite  de  la  posture  plus  que  scandaleuse  de  la brochette de dirigeants sur le grill du Gladiateur.Les partisans de  la  grande  coalition  qui  a  enfanté  de  l’Alternance  II  (ou  du moins  ce  qui  en  reste), seraient manifestement d’avis que Dieu et/ou les dieux, jouent un air à leur cadence et n’ont plus qu’à danser,  ou  peut  être  à  pleurer  de  joie  du  haut  du  perchoir  de la chambre d’enregistrement. Ceci expliquerait en tout cas leur sage décision de s’en remettre à son bon vouloir pour proposer les  candidats  au  renouvellement  du  parlement  du  rire  et  du «dagasante» de Ndoumbélaan.

Apprivoisés  à  coup  de  millions  ou  domptés  et  soumis par  le glaive sélectif contre « les  biens  mal  acquis », ils prêchent ainsi que  notre  démocratie  ne  serait  que  parodie  où  les  citoyens choisissent  les  yeux  bandés,  le  cœur  conditionné  par  des forces  occultes  au-dessus  de  leur  bon  vouloir.  Mais accepter que  le  Gladiateur  soit  autre  chose  que  l’expression consciente de  la  volonté  citoyenne, n’est-ce  pas  aussi  admettre  qu’il  peut être considéré  tout  autant  comme  un don  qu’une malédiction, un messie ou un démon. Et parce qu’il l’est effectivement pour les uns ou pour les autres, le bénir ou le combattre comme tel serait  plus  un  choix  citoyen  indépendamment  de  nos convictions religieuses.

Etre  monarchiste  ou  républicain, socialiste ou  libéral,  prendre partie pour le parti répondant à son idéal de vie, fut-il celui de la  solidarité  ou  celui  de  l’égoïsme,  de  la  dictature  ou  de  la démocratie,  reste  une  option  philosophique.  Par  contre, chercher  à  l’imposer  à  tous  comme  un  postulat  divin est et simplement machiavélique.

N’est-il pas encore temps que nos politiciens (au crépuscule de leur existence), pensent plus sérieusement à l’héritage à léguer à  leurs  enfants ?  Est-il  encore  possible  de  les  convaincre  de travailler  pour  la  postérité  en  faveur  d’un  Ndoumbélaan  où seront  valorisés  l’effort  et  le  mérite  des  individus  et  des collectifs ?  Enfants  de  Dieu  et  ou  des  dieux,  les  peuples assument  seuls  leurs destins  en  choisissant  librement  leurs dirigeants ou en se soumettant à leurs maitres. C’est pourquoi, l’idéal  aurait  été  que  Dieu  et/ou  les  dieux  soient  laissés  en dehors  ou  tout  au  moins  au  dessus  de  tout  ça.  Ce  n’est certainement pas la volonté de Dieu si les hommes ont crucifié Jésus  pour  se  soumettre  au  pouvoir  hérétique  de  l’Empereur de Rome.  Et ce ne sera pas de la volonté Dieu et/ou des dieux si  demain  Ndoumbélaan  devait  sombrer  parce  que  (pour paraphraser  Einstein),  « non  pas  à  cause  de  ceux  qui  font  le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire».

LES CHRONIQUES DE BANDIA, JUIN 2017

XOON FAAF OU LE SORCIER MANGEUR D’ENFANTS

 
Le Général de l’Est serait-il un « xonn faaf » parmi les verts ? Dans la mythologie de sa race, le « xonn faaf » est un personnage qui détruit tout ce qu’il a réalisé de bien avant de quitter ce bas-monde. Les êtres qui lui chers disparaissent dans des circonstances tragiques, son bétail meurt, ses récoltes brulent sans explications, ses amis et même ses animaux de compagnie le précèdent dans sa tombe. Le crépuscule de son existence est marqué par une sécheresse, la famine et la disette, etc… Et c’est seulement après sa disparition physique que les vivants médusés découvrent sa véritable nature maléfique.
Au sommet de sa gloire le Général de l’Est disait à peu près ceci : « lorsque que ton adversaire met un genou à terre, il faut l’achever ! ». C’était au temps où le futur Empereur déchu était dans l’opposition. Pied à terre, il posait encore péniblement ses jalons pour la conquête du pouvoir à Ndoumbélaan et semblait très affaibli. Violemment critiqué par les intellectuels, le Général de l’Est avait nié en privé être l’auteur de ces propos qu’il prêtait au maitre du troupeau des verts dont il n’était que le berger à la faveur dun congrès sans débat.
Vingt ans après, les légitimes prétendants, déshérités et/ou jugés trop jeunes pour assumer la succession, le Général de l’Est est devenu un propriétaire par défaut. Mais ce statut il le savait temporaire, à moins de faire des héritiers, ses adversaires, les accule à terre avant de les achever en suivant sa logique, au cas où le Commandant Déserteur déciderait de tirer sa révérence. Et c’est ce qui s’est passé dans les faits. Non seulement le Commandant Déserteur à renoncé à se battre, mais on peut même lire dans son attitude, des airs de transhumance diplomatique, de renégat, et/ou de collabo au sens historique du terme.
Ayant longtemps entretenu limage dun honnête intérimaire en parfaite intelligence avec le Commandant Déserteur désormais inaudible à partir de son exile, il a fini par gagner une certaine sympathie auprès des siens et de ses compatriotes. Il est vrai que l’Empereur désormais au trône à la faveur dune alternance historique, ne lavait pas ménagé. Entre intimidations, corruptions et débauchages, il avait réussi à ajouter la peur et le doute au malaise du troupeau des verts en proie au désarroi. Dans ces conditions, ce sont les légataires eux-mêmes qui ont fait bloc autour de sa personne pour sauver les derniers fidèles dune menace d’extinction. C’est paradoxalement eux, qui payent aujourdhui, le prix fort dune nouvelle alliance dont ils se seraient bien passés, mais que l’histoire leur a imposée après la chute de l’Empereur.
Dire que ce destin tragique était imprévisible, c’est ignorer le facteur humain dans l’histoire. Le tsar Nicolaï II a sa de responsabilité dans la chute de l’empire des Romanov, et l’URSS aurait sûrement survécu sans l’avènement dun Gorbatchev. De même, on ne pourrait envisager la révolution cubaine sans des héros emblématiques comme Fidel Castro et Ernesto Che Guevara, la République Populaire de Chine sans son Grand Timonier. Longtemps ballotté par l’océan de l’Empereur, le bateau des verts entre les mains dun capitaine inexpérimenté, a plus échoué qu’accosté sur les plages du troisième millénaire.
Au cours de cette tragique épreuve, les « rats » ont logiquement quitté le navire par dépit, par peur et pour des raisons moins avouables. Des divergences stratégiques entre ceux qui privilégiaient une solidarité autour du capitaine et ceux qui le critiquaient sa façon de faire ont fait jour, favorisant des clivages et des blessures profondes aujourdhui perceptibles. De toute évidence, un bilan de ce parcours aurait certainement permis de tirer de bonnes leçons ; pour les militants et pour l’histoire. Mais ce bilan, c’était aussi un inventaire, synonyme de reddition des comptes, auquel le Général de l’Est ne survivrait pas, du moins politiquement. Il s’y est donc opposé par des intrigues et le recours au sabre de samouraï.
Leebon, lupoon ! . Amoon na fi .. Da na amm Un jour, l’armée des verts entra dans la fosse des Mariannes.
On peut expliquer la logique suicidaire de l’Empereur déchu par son acharnement à garantir une succession monarchique. Par contre, l’obsession du Général de l’Est à faire le vide après lui, ne peut relever logiquement que dune pathologie encore mal connue. Ses camarades de parti ont commis la grande erreur de croire que l’estafette chargée de distribuer le courrier entre les tranchées pouvait diriger des troupes abandonnées par un comandant sans scrupule sur le champ de bataille, sans statut et sans directive après la débâcle. Surpris par la tournure des événements, ils n’ont jamais pu accepter l’idée que leur commandant (qui doit tout au parti), pouvait jeter l’éponge de cette façon et à ce moment là. Certains étaient même convaincus que leur champion à terre n’était que sonné. Mais d’autres plus réalistes, avaient diagnostiqué immédiatement le Ko et compris que «l’officier mexicain» ne prendrait jamais les armes aux côtés des troupes.
 
Trop longtemps affalé sur le ring sans combattre, le Commandant Déserteur a non seulement contribué à encombrer l’espace politique et juridique des verts, empêché d’autres combattants de prendre la relève, mais aussi égoïstement refusé son expérience à son camp. Ce flou politique et juridique ne pouvait qu’à limage dune houle, soulever une vague condamnée à retourner à la mer, ou à disparaître sur la plage.
 
Le Général de l’Est est une vague issue dune tempête. Il na pas l’étoffe dun chef, et est sociologiquement forgé pour ne s’exprimer que sous l’ombre dun maitre. Comme un sbire, il est capable de prouesses, bonnes ou moins bonnes, bénéfiques ou carrément détestables, pourvu qu’il y ait un chef derrière lui pour en assumer la charge morale. Paradoxalement, il n’aime pas le Gladiateur, mais il ne le déteste pas non plus. Il a besoin dun mentor pour exister et c’est bien ça, que le Gladiateur lui assure. Il a donc besoin du Gladiateur même si des raisons moins évidentes (entretenues par une certaine rumeur), qui seraient liées à la découverte fortuite dun trésor mal acquis par les fouineurs dune magistrature «debout » que le royaume voudrait pourtant «couchée », pourrait être un élément de chantage entre les deux hommes, justifiant cette fidèle docilité. Une telle hypothèse donnerait raison aux grands caciques des verts qui le soupçonnent d’être à la tête dun immense empire financier. peut être, « mal-acquis ». Mais leurs incompréhensibles et tout autant répréhensibles décisions de déserter le navire des verts au plus fort de la tempête, rendent peu crédibles d’éventuels témoignages de leur part. Pour la majorité d’entre eux, passé et présent attestent qu’ils n’ont jamais cherché autre chose que la jouissance, loin des héros et des martyrs.
 
Les chroniques de Bandia, Mai 2016
 

LA CAVERNE D’ALI BABA

A la veille des importantes échéances législatives puis présidentielles, certains idéalistes en sont encore à regretter l’absence de programmes et de projets de société. Les discours des potentiels protagonistes vont rarement au-delà de dénonciations de l’adversaire, pour sa tête, son lignage, ses fonctions, ou ses pratiques pourtant légitimées par une constitution et des lois qui nous régissent. Est-il besoin de rappeler que notre royaume amorce un tournant historique à l’issue duquel plus rien ne sera plus comme avant. Les enjeux des consultations de 2017, puis celles de 2019 vont largement au-delà de simples querelles de chapelles. Et si certains cherchent à les gagner à tout prix, d’autres se refusent à les perdre quels qu’en soient les coûts.

Le vainqueur aura en effet la lourde charge de gérer un royaume pétrolier, en tout cas, de vendre le premier baril de pétrole et le premier mètre cube de gaz « made in Ndoumbélaan ». Centre d’intérêt de puissances financières, le royaume va bénéficier d’une nouvelle tribune et de nouveaux partenaires dont l’influente OPEP capable de mettre à ses genous les grandes puissances de ce monde. C’est pourquoi, les candidats ne peuvent pas s’abstenir de définir une ligne directrice de leur politique en matière de gestion de ce dossier. Malheureusement, le sujet reste tabou en dehors de critiques des sancadales prématurés, annonciateurs d’autres scandales plus grands et plus pernitieux.

Autant les hydrocarbures peuvent être source de progrés, autant ils peuvent destructurer et extravertir une économie nationale en étouffant des secteurs porteurs qui sont aujourd’hui à sa base, y compris le savoir-faire des ressources humaines qui s’y attachent. Il sera impossible de maintenir dans nos campagnes sans eau et sans électricité ceux qui nous nourrissent. L’éducation partira en lambeaux parce que, la valeur des têtes bien faites aura pris le dessus sur celle des têtes bien pleines. Le risque sera grand d’assister plus que jamais à l’éxacerbation des tensions sociales, quand la misère  se dressera contre l’opulence, quand l’arrongance et l’insoucience des rejetons de nouveaux riches foulerons du pieds nos valeurs  et cracheront sur nos rites et sacrés.

Nous pensons donc que les recettes issues des hydrocarbures ne doivent pas être considérées comme une manne providentielle, laissée au bon vouloir d’un gouvernement quelles que soient par ailleurs ses intentions et sa moralité. Il faut légiférer pour encadrer l’utilisation des recettes issues des hydrocarbures. La multiplication des organes de contrôle et de concertation ne serviront à rien dans un contexte où leurs membres nommés peuvent être relevés de leurs fonctions  dès qu’ils se mettent au travail. L’histoire récente de Ndoumbélaan ne prouve-elle pas que l’exercice de contrôle est un métier à haut risque, et que les cadres de concertation, ne sont plus souvent que des prisons dorées pour les clients politiques à la recherche de sinécures ?

Elire sans légiférer sur la question des recettes issues des hydrocarbures, c’est donner le mot de passe de la caverne d’Ali Baba aux sept  b…. Et on voit mal de nouveaux élus s’atteler à dresser devant eux des instruments contraignants à leurs pouvoirs. C’est pourquoi, tous les candidats peuvent et doivent s’y engager. A coté des traditionnelles et éculées litanies d’approfondissement de la démocratie, ils doivent nous édifier sur leurs intentions, notamment leurs projets sur les questions comme :

  • La part des recettes issues des hydrocarbres dans le budget de fonctionnement de l’Etat en termes de pourcentages,
  • La répartitions de ces recettes dans les différents secteurs de l’économie nationale,
  • Les mesures pour la défense de l’environnement y compris la réhabilitation des zones directement affectées par leur exploitation, ainsi que la restauration des autres écosystèmes,
  • Les mesures de protection et d’indémnisation des populations directement touchées (autchtones et professionnels),

Si la rumeur attribuant le différend entre le Gladiateur et un de ses compagnons venait à se confirmer, aucune loi ne pourrait les départager. Il n’existe en effet, aucun dispositif juridique efficient fixant les critères de choix pour octroyer ou refuser une licence à un tiers. Naturellement, le bon sens pencherait pour le plus offrant. Mais la constitution permet au Gladiateur de donner à qui il veut. On ne peut donc pas lui refuser cette prérogative sans remettre en cause des droits que lui confère une constitution, surtout si on a battu campagne à ses cotés  pourqu’il en soit ainsi. Demain aussi, il risque de n’y avoir aucune loi interdisant d’utiliser les recettes issues des hydrocarbures pour acheter des armes ou pour distribuer ouvertement des denrées à des populations affamées dans le but de gagner leur sympathie ou de calmer leur courroux.

Si de telles questions qui vont forcément nous rattraper à partir de la prochaine législature venaient à être éludées (inconsciemment ou à dessein), elles constitueraient une bombe à retardement qui va nous exploser à la figure. Les scrutins immédiats ne seront alors qu’une simple bataille localisée dont l’issue ne suffira pas à donner un verdict consensuel. Les résultats ne seront tout au plus qu’un verdict provisoire d’un premier tour, induisant un second moins démocratique. L’éventuel verdict de ce second tour, lui-même d’être l’annonce d’un troisième peut être sanglant. Astafirou lahi !Ne soyons pas naïfs !  Il est impératif de nous préparer autrement que d’encourager une seconde coalition « supu kanja » sans lendemain parce qu’elle s’oppose simplement au Gladiateur considéré comme une grande désillusion pour ceux qui l’avaient adopté sans vraiment le connaitre. Et ce n’est pas la qualité ou la crédibilité des membres de cette nouvelle coalition qui est en cause, mais bien l’impossible mariage de contraires et/ou d’intérêts antagoniques manifestes.   Dites nous la nature du royaume pour lequel vous militez, ou cherchez à nous engager à vous soutenir !    Dites nous pour quelle constitution vous vous battez : la république ou la monarchie ?   Dites nous ce que vous pensez des Assises Nationales et de la CNRI. Il est peut être important de rappeler que la coalition « supu kanja » actuellement au pouvoir les avait approuvées sans réserve même si le Gladiateur a fini par convaincre ses dirigeants d’oublier leurs engagements pour « en tirer ce qui est bon »….. pour lui.   Dites nous si l’Empereur revenant a renoncé à ses projets de dévolution monarchique pour être fréquentable et alternatif à la dynastie actuelle que vous combattez.

Nous dénonçons l’injustice qui a permis au Gladiateur de mettre derrière les barreaux certains d’entre vous au motif de « tentative d’assassinat » contre l’un de ses plus fidèles souteneurs. Nous sommes unanimes à reconnaitre que l’acharnement contre l’un de vos leaders est dicté par une volonté politique de nuire à son image et pourquoi pas d’enterrer ses ambitions politiques. Mais nous ne comprenons toujours pas que certains d’entre vous aient accepté (même dans un moment de faiblesse face à l’épreuve), le soutien matériel et financier du rejeton de l’Empereur déchu, dont la tentative de couronnement avorté, a couté autant de vies. Comment nous faire digérer ces témoignages éloquents et pathétiques à travers les médias, pour redorer l’image du prédateur en exile ? En acceptant les « dons », d’un voleur condamné et qui se refuse à restituer le produit de ses larcins, ne se sentent-ils pas comme des receleurs ?

Attention !!! La politique et les émotions personnelles et/ou personnalisées, ne font pas toujours bon ménage ! Vous ne pouvez pas argumenter aujourd’hui le contraire des raisons qui nous ont amenés à nous battre, sans souiller la mémoire de nos martyrs tombés sur le champ d’honneur. De toute façon Goorgorlu ne cherche pas à changer de roi ou de président-monarque. Il veut simplement changer de statut et c’est strictement sur ce terrain qu’il vous attend.

BANDIA, Mai 2017

 

 

 

 

 

JAAY SA TOOL

Les énergies fossiles généralement appelées énergies non renouvelables constituent un enjeu majeur pour toutes les nations. Celles qui en manquent sont obligées de s’en procurer par tous les moyens y compris par la guerre (chaude ou froide). Celles qui en possèdent peinent à les gérer et en assurer une juste répartition en leur sein et entre les nations demandeuses.

Au stade actuel, le débat national à Ndoumbélaan semble se focaliser sur la tête des clients et sur nos gouvernants commis au comptoir, la nature des échanges et des coûts officiels et officieux des transactions. Il pose donc la question des fonds en éludant la question de fond. Qu’on ne s’y trompe pas : sous les appellations techniques et même ésotériques de permis d’exploration, de recherches ou d’exploitation, se cache une seule et même réalité : la cession d’une partie du territoire nationale à des tiers pour gérer nos ressources naturelles à leur guise.

Certains ont même laissé croire que le gouvernement du Gladiateur inscrivait dans ses performances, (encore de l’émergence ?), sa célérité à vendre toutes nos réserves réelles et potentielles. Mais où est donc la performance à  vendre la marchandise la plus convoitée dans un marché ? D’autres sont convaincus et tentent de convaincre que la pluie de devises née des transactions ne manquera pas de donner un souffle nouveau à une émergence qui se décline pour l’instant en un pont, une cité-dortoir en chantier, en multiplication du chômage, de la criminalité et de tragiques accidents que certains attribuent à la guigne (aay gaaf).

C’est dans cette atmosphère que survient le premier couac entre le Gladiateur et un de ses compagnons, apparemment directement imputable à une divergence dans la gestion des ressources naturelles. S’agit-il d’un débat de fonds c’est-à-dire et encore d’une querelle de « grands bandits lors du partage du butin » ou d’un débat de fond sur l’orientation politique, patriotique ou antinationale de l’un ou de l’autre des protagonistes ? Le linge sale n’étant pas encore lavé (ni en public ni en famille), toute prise de position nous semble prématurée.

A coté des scandales avérés dont le maladroit frérot serait l’épicentre, et qui justifie méfiance et suspicion même au sommet de l’état, ce couac ne va certainement pas au-delà d’une simple question de communication entre compagnons partageant la même vision politique et idéologique. Moulé dans une culture de rapport de forces n’ayant pas toujours penchées de son coté, le Gladiateur ne cherche pas souvent à convaincre, mais à vaincre y compris ses amis et ses adversaires.

Le choix anodin de partenaire (crédible ou conjoncturellement plus offrant), serait un épiphénomène dans l’orientation stratégique adoptée par le Gladiateur qui cherche manifestement à diversifier ses partenaires. En diversifiant ses clients, le Gladiateur va au-delà des poids des enveloppes proposées. Il ne cherche pas que le plus offrant mais serait entrain de vendre sa diplomatie et d’acheter sa sécurité. Il veut contenter le plus grand nombre, en tout cas, ne pas fâcher tous les vendeurs d’armes et ou les financiers de probables groupuscules capables de semer la terreur au nom de dieu, d’une ethnie ou d’une toute autre idéologie habillée du manteau de la lutte pour l’équité, tout en vendant de la drogue et en enlevant de jeunes vierges pour récompenser l’ardeur des combattants.

Goorgorlu pense qu’il serait plus important de rehausser le débat d’un cran en passant des questions de fonds aux questions de fond. Avons-nous le droit de vendre nos ressources naturelles maintenant ? De tout vendre surtout ? Pourquoi et pour quoi ? Que ferons-nous des produits des transactions ? Notre incapacité technique, technologique et financière conjoncturelle peut elle justifier notre droit de vendre ce que nous partageons avec d’autres générations qui n’auront pas forcément les mêmes handicaps que nous ? Un imminent représentant du mouvement paysan de Ndoumbélane avait opportunément tiré la sonnette d’alarme lorsque « la fièvre de la grande offensive agricole » virait vers une cession tout azimut du patrimoine foncier dit vacant en nous mettant en garde. La superficie nationale est une constante alors que notre population est appelée à se multiplier. Un père de famille ne peut pas vendre ses terres au motif que ses enfants sont peu nombreux ou momentanément incapables de les exploiter.

Réelles ou potentielles, nos énergies fossiles sont des constantes, incapables de se démultiplier comme des arbres fruitiers ou du bétail. Elles sont non-renouvelables et ont leurs limites dans le temps et dans l’espace. C’est pourquoi :    Si la faiblesse numérique de notre population ou ses limites techniques, technologiques et financières,    Si notre appétit égoïste à mieux vivre sans mieux travailler,   Si nous cédons à la tentation,    Si nous abdiquons devant les menaces,

Nous porterions en nous la honteuse réputation d’avoir volé et spolié le patrimoine de générations à venir qui auront dialectiquement transcendé nos limites actuelles.

Heureusement la cession d’une partie du patrimoine nationale n’est jamais une question définitive. Il n’est pas exclu qu’un autre gouvernement décide de remettre en cause toutes ces clauses, et pourquoi pas de nationaliser tout ce qui est aujourd’hui cédé aux multinationales. Mais cette éventualité n’offre pas que des avantages. Elle conditionne notre diplomatie, justifie les ingérences revendiquées ou secrètes telles, que nos futurs prétendants au trône devront avant tout convaincre ou rassurer des forces occultes, que leurs intérêts ne seront pas menacés par leur présence au sommet de l’état.

La question de la gestion de l’environnement va également se poser avec une nouvelle dynamique. La hantise de la remise en cause probable d’immenses intérêts financiers, mais aussi l’appétit du profit, ne manqueront pas d’influer sur la gestion de l’environnement. Non seulement nous serons exposés à de nouveaux types de pollutions et de nuisances auxquels nos scientifiques ne sont pas habitués, mais nous devrons nous préparer à faire face à un arsenal juridique, politique et militaire impressionnant au-delà des capacités de nos ressources humaines pour garantir les intérêts toujours plus grands du capital. Opportunité ou malédiction, c’est en tout cas ça, le bissab des hydrocarbures ….. À consommer avec modération.

LES CHRONIQUES DE BANDIA, MAI 2017

ICARUS SENEGALENSIS

Limiter les courants de pensées à quatre avait donné lieu à de vastes contestations. Et la mesure n’avait pas pu empêcher le foisonnement de « partis clandestins » interdits d’activités officielles mais non moins actifs sur le terrain politique et social. Pour la plupart, il s’agissait de batailles d’idées, d’orientations économiques et de choix de partenariats diplomatiques, techniques et politiques où la victoire ne donnait pas droit à des avantages personnels. Ministres ou députés, avocats, instituteurs ou ouvriers, nos héros patriotes et intègres, n’avaient ni voiture, ni argent. Ils étaient riches de leurs idées ; et c’est peut être pour ça qu’on les adorait.

Près d’un demi-siècle plus tard, la nécessité de revisiter la loi fait débat au cœur d’une société victime d’une bombe à fragmentation. Dans le royaume, près de trois cents partis politiques coexistent et curieusement sans aucune forme de courant de pensée. La politique est devenue une jungle où les mâles se battent pour le pouvoir de l’argent et le droit de se reproduire en concevant et/ou en clonant des espèces. Dans une telle situation, les sermons d’un certain clergé également réparti en milliers de courants pour un même dieu, sont loin d’être pertinents. En effet, de l’institutionnalisation des « Khalifa » à la légalisation des « Khalifa de son père », de l’évangile selon … à l’église de …., foisonnent pasteurs, petits marabouts et autres « fous de Dieu » qui tiennent à marquer leurs différences pour des raisons plus matérielles que spirituelles ou morales.

Comment se faire des repères dans cette jungle où les êtres et les choses changent de couleurs au gré des intérêts bassement matériels ? Comment naviguer dans ce circuit sans panneau de signalisation, où les baobabs se transforment brusquement en acacias, les loups en brebis et les lions  en buffles ou en chèvres ? Ce royaume des promesses où tous les calendriers sont désespérément bloqués au premier avril de « naxee mbaay » ?

Dans la nature, les engrenages les plus complexes sont régis par des lois simples qui rendent leurs langages maîtrisables. Les éléments de l’univers sont unis par des relations dont la maîtrise (même relevant de spécialisation) offre des certitudes d’analyses et de déductions objectives. La toile sociale est, quant à elle, rebelle et instable. Les relations qui unissent les éléments entre eux d’une part et entre les sous-ensembles sociaux organisés ou non, sont dynamiques et réfractaires à des projections objectives dans le temps et dans l’espace.

Voila pourquoi, l’homme, ce grand horloger de l’univers se révèle incapable de prévoir son avenir dans les plus brèves échéances alors qu’il est à même de déterminer avec une précision extraordinaire la vitesse et le sens du vent à n’importe quelle heure de la journée et dans n’importe quel coin du globe. Il est capable de prévoir la position et la composition des astres et d’autres éléments de l’univers sur des dizaines de millions d’années sans pouvoir jurer de la couleur de sa chemise du lendemain. Un bruit, un fait réel ou supposé, une information avérée ou fausse, suffit à brouiller ses intentions, à déstabiliser son agenda le plus ferme.

Les conséquences de la guerre en Syrie, sont loin des pronostics de ceux qui l’ont déclenchée. Au pays de l’oncle Sam, la certitude de la victoire d’un président démocrate racé, disons pour être plus précis d’une présidente, contre un excentrique sans parti et sans partisans initiés, a été balayée par les vérités de l’histoire. Plus proche de nous, le capitaine-sorcier qui se prenait pour un demidieu a fini par quémander une porte de sortie honorable en emportant dans ses soutes, les fonds de caisse du trésor de son pays.

Les pronostics politiques ne sont que des jeux de bonni-menteurs, à moins qu’ils ne soient eux mêmes utilisés comme  des stratégies de dissuasion tendant à faire croire à l’adversaire qu’il est attendu.  Si les sondages et les pronostics peuvent donner une idée de la tendance politique à un instant donné « t », ils ne traduisent que des humeurs éphémères, plus fragiles que des gouttes de rosée en plein Sahara. L’illusion des images et des média, écrits et parlés (fonctionnant suivant des mécanismes bien huilés), qui  créditerait une assise populaire aux candidats est un leurre. Bien sûr, il peut y avoir foule à leurs appels. Il y aura toujours foule derrière eux sans être avec eux.

Foules des affamés et des gueux venus rompre l’ennui quotidien –  Foules de « chasseurs de primes » venus assurer une DQ – Foule de fans venus communier avec une star payée d’avance pour les divertir.
Ces « démonstrations de force », qui renvoient à des « baak » de lutte traditionnelle et de sumo, créent certes de l’ambiance, rassurent et divertissent. Mais cela reste du domaine du spectacle. Du spectacle qui augure ou préfigure des combats qu’on peut différer sans jamais les éviter. De toute façon, la mobilisation physique n’est pas un baromètre politique fiable dans l’espace national. Se mobiliser physiquement est même dans une certaine mesure un acte peu compatible avec la sociologie de nos peuples. Ils préfèrent engager leur parole qui a toujours valeur de serment.

Le débat posé par nos peuples en termes de recherche de développement n’est pas l’accumulation de richesses matérielles, mais bien l’amélioration des conditions d’existence synonymes de bien être à la fois philosophique, matérielle et morale. C’est-à-dire, mieux vivre en restant soi-même. Plus prosaïquement, nos populations veulent : – Porter des blues jeans et danser le mbalax et le wango en combattant  l’impérialisme américain, conduire une rutilante Peugeot dernier cri et dénoncer le capitalisme français. – Naviguer dans le Web pour acheter du  « gejj » ou du nenetetu ». – Porter fièrement le sang de Lat Dior et de Salmone Faye sans devoir renoncer à  construire et à fréquenter des mosquées et des églises, moderniser les réseaux de communication, etc.

Et cette revendication doit reposer sur un support, un levier social  économique et culturel reconnu comme tel.  En d’autres termes, notre pays cherche un rassembleur. Un homme, un programme, ou les deux. Il y a un appel d’offres, beaucoup plus qu’une simple OPA. Les soumissionnaires devront d’abord respecter les cahiers de prescriptions techniques pour éviter de bander les muscles là où le QI est demandé.

Pour les partis politiques coincés entre un calendrier républicain, avec ses échéances fixes (malgré un yoyo tactique assaisonné de couplage et de découplage sur fond de rupture et de réconciliation de « grands bandits au moment du partage du butin »),  et la nécessité de forger un programme porté par un groupe social réellement reconnu, le défi prend l’allure des écuries d’Augias.

La stratégie généralement utilisée consiste à amener les populations à se conformer à une mode outre atlantique faite de marches, de spectacles qui paralyse tout le pays. C’est plus commode, certes. Mais intervient alors la communication et le style de discours, c’està-dire le facteur humain intrinsèque. C’est un apprentissage pénible où les acteurs politiques temporairement travestis en comédiens peinent à maîtriser leurs rôles.

Les partis politiques sont également confrontés au choix d’un meneur d’hommes écouté pour asseoir un leadership. Or le leadership en politique ne se décrète pas. Il résulte plus d’une adhésion individuelle et ou collective, d’une somme de comportements qui suscitent l’admiration et forgent l’intime conviction qu’il est possible de se confier et de se fier à un tiers.

A défaut de leader naturel, le choix d’une équipe représentative est aussi une alternative. Mais nos dirigeants ont étalé toute leur carence en la matière. A la place des puissants mouvements politiques capables de porter des programmes mobilisateurs, on assiste à la création de lobbies, de groupements d’intérêt économiques baptisés partis politiques, à des regroupements basés plus sur des instincts grégaires et de conservation.

Un célèbre entraineur de football de Ndoumbélaan aimait à dire : « je ne cours pas derrière le ballon, mais derrière ceux qui courent derrière le ballon ». Et un commentateur sportif d’ajouter : « à Ndoumbélaan, nous avons autant d’entraineurs que de citoyens ». Le charme et le succès de la compétition de manière générale (sportive, politique, économique ou culturelle, etc.), reposent sur la répartition des rôles et l’acceptation de la place que la logique de la subsidiarité nationale nous impose. Assis dans les tribunes ou confortablement à l’aise devant nos écrans, nous nous arrogeons le droit de critiquer les choix tactiques de nos entraineurs, le comportement de nos sportifs sur les terrains et en dehors, parce qu’ils nous représentent. Volontaires ou conscrits, le comportement de nos armées suscitera toujours nos critiques, parce que leurs faits et gestes nous engagent, nous honorent ou nous couvrent de honte.

La critique des faits et gestes de nos représentants (politiques, culturels, sportifs, religieux etc.) peut nous valoir une certaine sympathie populaire.  Proposer de les remplacer ne manquera pas de poser un débat. Se proposer ou se poser en postulant engendrera forcément des critiques et des inimitiés justifiées. Le patriotisme d’un supporteur, la compétence avérée d’un analyste ou d’un technicien sportif ne suffit pas à faire de lui un compétiteur de choix. C’est pourquoi, l’idée de voir une partie de la société civile en tant que telle, aller à l’assaut des électeurs serait une grossière aberration, une faute politique à ne pas commettre.

Les humeurs de la société civile épousent bien celles du peuple, déçu par ceux en qui il avait confiance, ou conforté dans ses prévisions que les héritiers de l’Empereur sont des médiocres et des malfaisants dangereux. Mettre fin à leur règne ou les empêcher de continuer comme un cancer à  ronger nos valeurs culturelles et morales, nos ressources est une demande sociale qui ne souffre d’aucune ambigüité. Mais comment les arrêter et par qui les remplacer ?

Aujourd’hui, la communauté conjoncturelle d’intérêt entre la société civile et les postulants à la conquête et à l’exercice du pouvoir rend opportunément  possible des échanges de civilités. Est-il possible pour autant d’envisager un compagnonnage structurel ou un divorce né de la volonté de la société civile  d’aller à l’assaut des suffrages des citoyens ? Acteurs non partisans, comprenez n’ayant pas pris partie pour un parti politique, la société civile va-t-elle prendre le pari fou de la conquête et de l’exercice du pouvoir ? Quelle lecture faire de ses sermons attrayants et, oh combien, mobilisateurs d’un peuple déçu et abusé par une classe politique moribonde aux valeurs décadentes ? Animée par la quête de la vérité et de la justice ou grisée par l’applaudimètre d’un peuple qui en a marre, la société civile ne risque-t-elle pas de se bruler forcément les ailes comme Icare, si elle tentait d’aller à la conquête du pouvoir ou aspirait à son exercice ?

Mais qu’est ce que la société civile ? Généralement admise comme la frange de la société qui n’a pas pris partie pour un parti politique, elle désigne au moins deux pôles distincts.

Il y a d’abord la société « civile en soi ». C’est cette frange de la société,  libre et libérée de tout contrat moral de fidélité à des formations politiques. Volontairement ou involontairement en marge de l’agitation partisane inconditionnelle pour des raisons diverses, elle ne s’identifie point comme un bloc  régi par des règles de conduite partagées par l’ensemble de ses membres. Son choix relève de convictions personnelles.

Il y a ensuite ” la société civile pour soi”, composée d’individualités et de collectifs (appartenant à des organisations) apolitiques dont la non-appartenance à des partis politiques relève plus généralement d’une volonté assumée de démarcation par rapport à ce qui est considéré comme un enrôlement moral et réducteur de leur libre arbitre. Majoritairement très instruite et engagée dans des secteurs jugés insuffisamment pris en charge par les pouvoirs publics (droits humains, environnement, santé, pauvreté etc.), la société civile pour soi, sans être porteuse d’un “projet  de société”, revendique, “un état de société”.

C’est la frontière ténue, entre l’état de société et le projet de société qui bascule souvent et projette des candidats issus de la société civile dans la conquête du pouvoir politique. L’expérience des mouvements écologistes particulièrement en Europe, prouve qu’aucune frange de la société civile n’a réussi le pari sans renier un ensemble de valeurs fondatrices, synonyme de rupture avec sa base affective. S’engager dans la lutte pour la conquête et l’exercice du pouvoir, à titre individuel ou collectif, est synonyme  de reniement des valeurs de la société civile. Les associations et individualités issues de la société civile qui ont franchi le pas ont généralement été excommuniées par de nouveaux mouvements et individualités sortis de leurs flancs.

Le politique, en général, et le candidat à la pêche aux voix en particulier, ont une claire conscience de ces deux pôles. Conséquemment ils ajustent leur approche et la modèlent en fonction de leur cible. Or, La société civile en soi, est généralement une cible passive n’engendrant pas de débat contradictoire. Ne disposant pas de suffisamment de ressources techniques, intellectuelles et autres, elle peut être happée par la nasse sous la forme d’un discours séduisant, d’un show médiatique, ou d’un geste humanitaire. Elle peut succomber à des présents matériels ou à une affection sentimentale.

La société civile pour soi est, quant à elle,  perçue dès l’origine comme un concurrent potentiel, pour deux raisons : 1. Elle dispose de suffisamment de ressources et de capacités matérielles (supports audiovisuels), humaines et intellectuelles pour analyser les offres et brouiller le champ de tir des candidats. 2. Elle est en mesure dans certaines conditions (même critiquables), d’endosser  une tenue de combat pour accompagner les prétendants à la conquête du pouvoir politique qui s’engagent à enrôler leurs désirs dans leurs programmes.

Généralement humanistes, ils apparaissent aux yeux des politiques comme des utopistes qui demandent l’impossible. C’est peut être pourquoi, même en dehors des échéances électorales, beaucoup de  gouvernants en difficulté s’acharnent à la qualifier de porte- voix de partis politiques souterrains. Le danger serait une trop forte implication assimilable à un parti pris alors que les honorables citoyens  font d’elle le porte-parole averti et impartial  n’ayant jamais été impliqué directement dans la gestion des affaires publiques.

C’est en bien la position d’externalité par rapport à la chose politique qui fait de la société civile un mirador à partir duquel l’alarme peut être actionnée à chaque fois que de besoin. Une prise de parti supposée ou réelle, ne serait  donc pas de nature à faciliter sa tâche de juge éclairé et ayant pour but l’effectivité d’un état de société propice. C’est pourquoi l’allusion à « la mare aux crocodiles » évoqué par la presse de Ndoumbélaan pour qualifier le terrain de jeu des partis politiques doit être prise comme un avertissement à prendre au sérieux. « Ku ndobin rey sa maam…. » .

Les chroniques de Bandia, avril 2017

LA POLITIQUE, LES FONDS ET LE FOND

  • Vous avez déjà passé vos commandes ?
  • Non, Votre Excellence !
  • Pourquoi donc ? Vous ne voulez rien prendre ?
  • Si, Votre Excellence, mais nous n’avons pas de quoi payer.
  • Prenez tout ce que vous voulez, ici c’est l’Etat qui paye !
  • Ah ! Voilà donc où va notre argent et pourquoi vous refusez de nous accorder une augmentation de salaire !

Ce dialogue entre un ministre et le porte-parole d’une délégation syndicale, en Amérique Latine dans les années 1980 aurait bien pu se passer à Ndoumbélaan même sous l’alternance II.

On exige sans le dire qu’un ordonnateur trouve les moyens pour aller rendre une visite de courtoisie à un notable au nom des intérêts du royaume, et sûrement avec une enveloppe remise par un opérateur économique de proximité, contre un bon d’engagement pour un service fictif. La coupe du maire pour occuper le temps libre d’une jeunesse oisive et libellée en millions de francs, résulte souvent de bons d’engagement de consommables, comme d’ailleurs les dépenses pour l’achat de trophées pour parrainage, etc., toujours remis en espèces sonnantes et trébuchantes par un opérateur économique de proximité, contre des bons d’engagement, pour des services fictifs. Nos véhicules de service servent de moyens de transport de poules et de moutons, de bâches et de chaises avec notre carburant, pour animer les meetings politiques, amener les enfants des élus à l’école, ou leurs épouses au marché. Dans ce milieu, la performance des comptables se mesure plus à la richesse de leur carnet d’adresse qu’à leurs compétences techniques intrinsèques.

Evidemment toutes ces dépenses ne figurent sur aucune ligne budgétaire si ce n’est sur l’inique rubrique « divers » par ci, ou « caisse noire » par là, qui porte tous, les maux de la mal gouvernance. Les repas gratuits servis dans nos ministères et autres institutions, les évacuations sanitaires vers l’Europe ou les Etats Unis, sont couverts par des manœuvres peu orthodoxes. D’ailleurs, toutes ces pratiques ont le plus souvent servi la cause des privilégiés qui ont un accès direct aux ordonnateurs de budgets que celle des indigents qui continuent de faire la manche dans la rue et au bas des escaliers des immeubles cossus pour un bout de pain. Vérifiez le compteur du véhicule de service de n’importe quel directeur de société nationale, d’un député ou d’un haut fonctionnaire sur une année fiscale. Vous ne serez pas surpris de constater qu’il a fait du faux et usage de faux pour bénéficier de sa dotation mensuelle de carburant. Ce n’est là que l’exemple le plus simple et le plus évident, mais de loin le moins important. Mais évidemment, notre République le permet, et notre morale sociétale le tolère (kuy xalam di ca jaayu).

Sous le régime du parti unique puis « semi unique », ces fonds logés dans des institutions sous le contrôle du parti au pouvoir, converties en Département officieux du ministère de l’action sociale, servaient aussi de fonds de promotion politique. L’incapacité de la République à gérer les urgences avec la discrétion que réclame une société puritaine, rendait alors possible de telles pratiques que tout le monde condamne sur la forme sans en récuser le fond.

Le Gladiateur, à travers les différents échelons de la République, a eu connaissance et même géré de tels fonds. Il sait mieux que quiconque l’inévitable gymnastique comptable qui les accompagne et combien ils peuvent être stratégiques aux mains d’un adversaire. Sa réforme constitutionnelle opposée à celle des Assises Nationales et à la CNRI, a passé sous silence la question. Elle a donc validé par jurisprudence la fraude, le recours au faux en écriture et à l’usage de faux, considérée comme telle devant la Justice, drapé du pouvoir constitutionnel qui lui donne le droit de « mettre le coude » sur les cas de ses partisans et protégés, et d’activer Thémis contre les auteurs qui s’opposent à sa politique, et plus précisément, à son second mandat.

Appelée à se prononcer sur les fonds sans se soucier du fond (du reste constitutionnel), la crédibilité de notre Justice risque malheureusement, d’en prendre des coups. Investies du devoir de veiller sur l’ordre, nos forces de sécurité chargeront les manifestants qui occuperont la voie publique, balanceront des grenades contre les lanceurs de projectiles, et pire tireront avec des armes à feu « au besoin », parce que la constitution le leur demande, quels que soient les fonds et le fond des motivations des insurgés. Que Dieu nous en garde !

Le problème de notre Justice avec toutes ses composantes, n’est ni une question d’indépendance ni une question de compétence. Ses serviteurs malgré l’existence de brebis galeuses en leur sein, assument chacun et souvent avec une grande compétence, des obligations constitutionnelles à partir d’une station sur une échelle de valeur, qui les contraint à ne s’occuper que des questions qui leur sont soumises par un « Tout Puissant » dont la République des Assises avait dénoncé et demandé la réduction des pouvoirs.

Tout au long de cette échelle de valeur, des acteurs isolés ont exercé leurs rôles, avec leurs compétences et leurs intimes convictions.

  • Des auditeurs ont fouillé des dossiers dans les limites de leurs prérogatives constitutionnelles ;
  • Le Gladiateur qui avait la liberté constitutionnelle de (mettre le coude» ou d’ester a fait son choix ;
  • Des magistrats et des juges ont certainement dit le droit en condamnant la « fraude» commise par l’un des plus irréductibles opposants au Gladiateur.
  • Les policiers, y compris le chauffeur chargé de le convoyer vers la prison, ont aussi fait leur devoir constitutionnel en l’embarquant dans le panier à salade ;
  • Le Régisseur ne pouvait donc s’abstenir de l’accueillir dans les règles en le soumettant à une fouille corporelle et ….
  • Des matons au bout de la chaine l’auraient certainement torturé à partir de leur station si la constitution le leur demandait.

En exerçant leurs obligations techniques et professionnelles, ils n’ont pas forcément commis un acte politique, pris une position partisane condamnable pour une partie des parties en conflit. Par contre, le montage des différents éléments du puzzle est bien un acte politique qui peut interpeller, mais seulement de façon subjective, leur rôle et responsabilité individuelle dans la naissance du monstre. C’est suivant ce schéma simple, à travers la contribution des membres d’une génération et d’une génération à une autre, où la responsabilité individuelle peut être minimale, que se sont construites les grandes civilisations et les réalisations techniques et technologiques qui font le bonheur de l’Humanité. Mais, c’est aussi l’usage pervers de la responsabilité minimale sur l’échelle des valeurs, qui a conduit aux chambres à gaz.

C’est pourquoi, malgré la légitimité d’un débat sémantique, il serait exagéré de dire exclusivement, que notre Justice soit instrumentalisée. Et, ce serait tout aussi malveillant, de qualifier nos forces de sécurité de « tontons macoutes » préoccupés à défendre un régime. Mais, force est de reconnaitre que notre Justice et ses auxiliaires sont bien l’otage de nos politiques et de notre constitution. Et, c’est bien là toute la question. Il faut donc revenir aux Assises du Peuple si nous ne voulons pas brûler le royaume. Il faut bâtir une République aux institutions équilibrées pour promouvoir des règles de transparence dans la gestion des biens de la nation.

Le débat, né de l’arrestation de l’irréductible opposant du Gladiateur, n’est qu’une bataille médiatique sur fonds de campagne électorale pour le contrôle des institutions du royaume à partir de 2017, destinée à nous amener à prendre partie. Il tend à neutraliser l’écho d’une troisième voie salvatrice, portée par le peuple des Assises Nationales et des CNRI « sous le coude » de brillants patriotes aujourd’hui à l’ombre du Gladiateur. Si les partisans de l’irréductible opposant du Gladiateur sont convaincus qu’une « remontada » est possible malgré l’avance de leur adversaire, aucun des camps en présence ne porte plus nos rêves et nos ambitions. Nous devons donc être lucides pour refuser les casques de simples supporteurs qu’ils nous proposent, mais aussi nous garder d’engager un combat de justicier, par noblesse de cœur.

En tout cas, Goorgorlu reste convaincu que si les éventuels vainqueurs étaient issus d’un de ces deux camps, ils ne seront autres que des négriers et des négociants, commis à la gestion du nouveau comptoir colonial, où le gaz et le pétrole auront pris la place des esclaves et de l’arachide.

LES CHRONIQUES DE BANDIA, MARS 2017

 

B O O M E R A N G

L’Empereur déchu aimait à dire : « je suis un homme pressé » sic.  Mais puisque la seule volonté d’un homme ne suffit pas à tirer une pirogue hors de l’eau, s’entendre avec toutes les parties prenantes, peut devenir une encombrante exigence. Manifestement, il persiste encore dans sa logique de dévolution monarchique, même si les événements l’ont contraint à revoir son calendrier, et à se mettre en phase avec la réalité républicaine. Bien que loin du théâtre des opérations, il reste le maitre du jeu macabre, auquel se livrent ses héritiers toutes tendances confondues. Il est de toute évidence au cœur de l’intrigant protocole qui a contraint l’enfant prodige crédité « le plus intelligent du royaume », à aller laver la mythique cuillère à « Geeji Ndayaan ». Reviendra-t-il auréolé de succès de chez Maam Randatou la Fée, ou apprendrons-nous à travers le chant lugubre de « Tann » le vautour, que son impertinence l’a sacrifié sur l’autel de ses ambitions ? Le verdict ne saurait tarder.

Le Gladiateur serait-il lui aussi un homme pressé, un idéaliste sincère loin des réalités d’un monde politique pas du tout cartésien ? Peut être plus simplement un illusionniste, calculateur froid, et avide de pouvoir ? Serait-il animé par l’intime conviction d’être à mesure de servir Ndoumbélaan, mieux que n’importe lequel des prétendants actuels au trône ? Son quotidien centré sur sa volonté à convaincre qu’il serait un géni hors norme, capable de réaliser en cinq ans ce que ses prédécesseurs n’ont pas pu faire en un demi-siècle le rend suspect de manœuvre de séduction envers un électorat très instable. Pour convaincre ou se convaincre, tout est désormais décliné en émergence : Samba émergent, Demba émergent, Coumba de l’émergence, et bientôt très certainement, le très sensible pétrole de l’émergence.

L’Empereur déchu aimait à poser des jalons pour accéder au pouvoir. Contraint de déposer les armes après avoir épuisé toutes ses munitions, il a été tiré de sa retraite par une coalition de partis de gauche trop frileuse pour s’affirmer en tant que force alternative. Il restera dans l’histoire comme celui qui les aura brisés,  en tout cas, plus que la répression coloniale et néocoloniale. Dans un ultime baroud d’honneur, plus crypto personnel que programmatique ou alternatif, ils ont réussi le faire abdiquer et mis en place un courtisan à la place du prince héritier qu’il s’était choisi.

Le Gladiateur qui a en effet bénéficié opportunément du soutien des mêmes forces de gauche incapables de s’entendre sur un minimum, a fondu leurs essences dans une infecte mayonnaise noyée dans de l’huile libérale. Il a renversé les coquilles sans vie pour éviter de dénuder le décor et trône au-dessus d’un amas inerte baptisé coalition. A l’abri sur l’autre rive, il a posé des pièges le long d’une sorte de rivière Masaï Marra, pour protéger son pouvoir contre les récalcitrants, les affamés et les coupables à la recherche de parapluie contre une cour de répression avec à sa tète, un « magistrat incontrôlable ». Il a donc certainement raison de dire n’avoir d’autre opposition que la demande sociale.

Mais que la demande sociale est complexe, capricieuse et versatile ! Challenger indomptable et incorruptible de tous les pouvoirs, elle n’écoute pas les discours, se moque des statistiques les plus élogieuses et peut cacher un cancer derrière un banal grain de beauté. Elle peut déclencher une révolution à travers la rafle anodine d’un marchand ambulant comme ce fut le cas en Tunisie avec le suicide de Mohamed Bouazizi. Elle se moque des fatwas et des sermons du dimanche, des motions de soutien des états-majors, des lauriers tressés par les institutions de Bretons Wood et des félicitations d’un président ayant jeté l’éponge avant la limite pour insuffisance de résultats. La demande sociale c’est aussi :

  • l’insondable volcan social des exclus qui entre en éruption au moment où on s’y attend le moins,
  • l’étincelle électrique mal identifiée qui embrase tout, parce qu’on y aura innocemment jeté de l’eau pour l’éteindre.
  • L’incompréhensible carton rouge décerné à Wilson Churchill, malgré son apport incommensurable à la victoire de la Grande Bretagne sur l’Allemagne hitlérienne et de la coalition sur l’axe.

Mais pourquoi donc le Gladiateur est-il autant obnubilé par un second mandat ? Le premier acquis donnant droit à une candidature probante à un second auquel renoncer pouvait être interprété comme un signe de faiblesse ou d’échec, peut être une explication plausible. En vérité, le Gladiateur n’était pas du tout préparé pour l’exercice de ce premier mandat. En tout cas il était moins optimiste que la plupart de ses partisans novices politiquement moins préparés. Un premier échec ne l’aurait surement pas ébranlé. Sa présence dans « la cour des Grands », était plus une sorte de réaction d’autodéfense, une volonté de taper dans l’œil de l’électorat pour les prochaines échéances et peut être se tailler une place conforme à son poids, quel que soit le vainqueur. Retenu pour le duel, il lui a fallu rompre avec les slogans qui étaient jusqu’ici l’essentiel de son thème de campagne pour se prononcer sur les programmes déjà ficelés de ses probables futurs alliés dont les Assises Nationales constituaient alors le socle premier. Même si ses partisans le nieront par la suite, le Gladiateur en avait accepté l’intégralité et signé des deux mains. Mais c’est un autre débat.

Ayant choisi de prolonger le bail avec Goorgorlu, le Gladiateur s’est déclaré candidat à un second mandat dès la proclamation des résultats du premier septennat constitutionnel et non moins quinquennat moral. Mais en optant immédiatement pour cette candidature, il est entré dans l’arène politicienne trop tôt, hypothéquant du coup toutes ses capacités techniques, économiques et sociales supposées ou réelles qui avaient justifié l’espoir de la demande sociale qui avait porté son choix sur sa personne dès le premier tour. Mais il ne pouvait en être autrement. Le combat politique ne laisse pas beaucoup de place aux sentiments. Quand on l’engage, c’est pour le gagner, pour l’orgueil du combattant, et par devoir pour la caste de charognards vivant des restes à son ombre.

Les premiers sympathisants du Gladiateur, y compris la frange qui a été accusée à tort ou à raison d’ethnocentrisme ont pu être influencés par le syndrome de « l’orphelin martyrisé » au profit du fils biologique bénéficiant de tous les privilèges. Mais ceux qui l’ont adopté comme tel après son accession au trône de Ndoumbélaan, sont des hommes et des femmes politiques très avisés. Peut être ont-ils été manipulés par le Gladiateur qui leur a laissé croire qu’il avait besoin de leur protection collective et puis, plus subtilement de la protection des uns contre les autres. Ceci pourrait expliquer une certaine tolérance, voire un laxisme sur les principes, une sorte de compromis qui a progressivement viré vers une compromission politique. Ils peuvent s’en défendre, mais il est évident que, leurs militants les plus fidèles, leurs sympathisants et mêmes les simples observateurs, ne les reconnaissent plus dans leurs nouveaux habits. Les largesses en leur faveur, dénoncées par le journaliste-violeur et jamais démenties, peuvent être perçues comme des primes de fidélité sans justifier pour autant l’étrange silence complice de tant de dérives.

Ses anciens frères de partis qui l’avaient excommunié, ont choisi dès l’entame de lui rendre la vie dure. Ils ont orchestré une campagne haineuse, croyant naïvement pouvoir le débusquer comme un vulgaire gibier entré par effraction dans leur propriété privée. Cette campagne inopportune contre sa présence au sommet de l’état ne se justifiait pas à cette période. Elle a eu pour conséquence de renforcer un capital de sympathie autour de lui, d’engendrer un bras de fer et une répression ciblée, tolérée par les membres de la coalition sous le couvert d’une justice sous contrôle.

Ces circonstances favorables ont renforcé le blindage du Gladiateur, au point de le transformer en un cuirassé invulnérable aux flèches, aux balles et aux obus de ses adversaires. Mais invulnérable ne veut pas dire imbattable. Indépendamment de l’appréciation subjective qui peut être faite sur sa personnalité intrinsèque, l’homme politique déchaine les passions. Perçu par les uns comme un dirigeant ambitieux, un patriote visionnaire mu par les intérêts intrinsèques d’une nation, il est pour d’autres un candidat en campagne qui déploie son charme aux électeurs et ses muscles aux opposants. Reconnaissons qu’il peut y avoir de subtiles nuances entre les deux. Une lecture plus pragmatique, révélerait un personnage ambivalent, incapable d’équilibrer sa marche et démarche. Il a consacré trop de temps à juguler l’opposition politique en se contentant de ne jeter que des leurres à une demande sociale qui désormais gronde en sourdine à l’aube des consultations prochaines.

Le Gladiateur a la particularité de n’appartenir à aucun courant idéologique marquant. S’il est    estampillé libéral à cause de son long compagnonnage avec l’Empereur déchu, un certain courant de gauche revendique la paternité du moule qui lui a donné forme. Il n’a pas un parti politique sociologiquement identifié, capable de défendre des positions basées sur des règles d’éthique ou sur des principes idéologiques partagées. Faisant rarement référence à une philosophie, un courant de pensée de développement politique ou économique, il est l’alfa et l’oméga de sa cour réduite à défendre son action. Il ne pourra donc être jugé que sur son action, du reste toujours sujet à caution à cause de la pertinence de ses choix. Ce pragmatisme vulnérable, ne laisse pas de chance à ses avocats pour plaider des circonstances atténuantes devant la cour de la demande sociale.

En attendant, l’actualité est plutôt centrée sur la rébellion du capitaine-sorcier, inquiet de la menace d’audit sur vingt de gestion  ou plutôt de règne chaotique sur une nation qui en a marre. Qu’une communauté qui ne manque pas de choses à se reprocher ait décidé de lui donner des leçons de démocratie est une chose, mais en porter la charge en est une autre. Peut être est-il encore temps pour plaider en faveur d’une large concertation sur le traitement réservé à cette angine post électorale dans la gorge de Ndoumbélaan. Envahir un état souverain ne peut être assimilable une simple opération de police, et une complication imprévisible pouvant résulter d’un mauvais traitement pourrait avoir des conséquences fâcheuses.

Les chroniques de Bandia, Décembre 2016

 

NITT AK PEXXE – LES RACINES DU MAL

Si faire du mal était l’unique moyen d’être riche et puissant, la majorité de l’humanité aurait choisi de rester pauvre et humble. Si commettre des crimes et des délits était l’unique moyen d’accéder au paradis, l’enfer serait désolément peuplé de nobles âmes incapables de faire du mal. Des hommes et des femmes sont forgés pour ne faire que le bien. Sans chercher à se conformer à des normes sociales ou divines préétablies, ils sont toujours prêts à subir les privations, à endurer les souffrances pour défendre l’équité, l’amour et la concorde entre les êtres et les choses, parce que le bonheur de l’homme est leur raison d’être.
D’autres par contre, sont des êtres malfaisants par nature. La génétique, l’éducation, la culture et l’environnement ont façonné en eux une sorte de lave indécelable, un âtre d’été que couve de la cendre. Comme des volcans en éruption, l’avènement de conditions favorables, libère chez eux les monstres dormants. Ils sont capables de surmonter la honte et le déshonneur, la peur de la mort et de l’enfer, la prison et n’importe quelle sanction humaine ou divine, parce qu’ils trouvent du plaisir à faire le mal et sont prêts à assumer voire à jouir des conséquences de leurs forfaits.
L’accumulation insensée d’immenses richesses matérielles soustraites aux nécessiteux qui croupissent dans la misère par une bande de prédateurs, la confiscation des droits et des libertés qui sont tout autant des moyens d’existence philosophiques, culturels et intellectuels, ne s’explique que par la jouissance consciente ou non que leur procure le mal. Une telle disposition n’est pas forcément acquise, et ne peut être considérée comme une déviance inhérente à une expérience personnelle douloureuse, un traumatisme résultant d’antécédents traumatiques ou traumatisants. Ce n’est également pas une conviction philosophique, c’est-à-dire une option consciente d’être et de se comporter, tirée d’une analyse comparative qui déterminerait une prise de position assumée vis-à-vis de l’humanité ; en somme, le choix d’appartenir au camp du mal opposé au camp du bien.
Depuis plus d’une décennie, le débat sur la gouvernance à Ndoumbélaan tourne autour du bouclier juridique mettant à l’abri certaines fonctions contre toute poursuite pénale. Un bouclier qui met à l’abri du regard citoyen leurs quotidiens d’accaparement et de prédation des ressources nationales  – Ressources physiques et intellectuelles, ressources environnementales y compris les acquis démocratiques, culturels, économiques et sociaux. Sous le vocable occulte de « secret professionnel », les témoins commis pour veiller sur ces ressources, sont tenus de laisser faire et de garder le silence. Les spécialistes indépendants, en particulier les chercheurs dont les journalistes d’investigation, sous la menace « d’absences de preuves » dont l’exhibition éventuelle serait tout autant illégale pour «détention illicite de documents administratifs », sont juridiquement interdits de témoignage. C’est tout comme si l’environnement juridique et institutionnel de Ndoumbélaan ligotait les gardiens de nos ressources en tenant en joue les témoins et les investigateurs potentiels. Il en résulte une protection des prédateurs durant leurs activités d’une part et d’autre part, une garantie d’impunité après leurs forfaits.
Ce qui fait le charme de la loi, c’est la richesse de son interprétation et donc la possibilité offerte à des juges aux ordres de sévir à souhait. Voilà pourquoi, le débat actuel sur la défenestration du citoyen objecteur de conscience n’est autre qu’un simple débat médiatique destiné à l’opinion. Où est l’étique quand une loi permet à une caste de s’accaparer des biens collectifs d’une nation ? L’omerta imposée à ceux qui ont la charge de veiller sur ces biens et aux témoins oculaires, peut-elle être assimilée à une déontologie professionnelle ?
Mais l’impunité n’est pas  une raison exclusive pour justifier la prédation des ressources. Si elle peut être considérée comme une condition nécessaire, elle est tout autant insuffisante pour justifier les pratiques d’accaparements, la mal-gouvernance et la prédation des ressources matérielles et morales. La garantie de l’impunité ne suffit pas elle seule à encourager la malfaisance, et la peur d’être puni ne saurait dissuader les mauvaises intentions. Ce n’est donc pas l’absence de scrupule, la défiance de la morale et des lois humaines ou divines, mais bien l’opportunité, c’est-à-dire l’occasion et la capacité de nuire offerte à une catégorie de personnes, qui détermine le degré et la fréquence des crimes et des délits. Or, le pouvoir (politique, économique, matériel ou métaphysique), s’il n’est pas encadré par des garde-fous institutionnels efficaces, est capable de concentrer d’immenses moyens entre les mains des individus ou des collectifs, offrant ainsi l’opportunité, l’occasion et la capacité de nuisance.
L’accaparement et la prédation des ressources nationales de Ndoumbélaan (ce n’est pas un fait nouveau), a toujours été masqué par un voile juridique. Sous le règne de l’Empereur déchu, un célèbre opposant (aujourd’hui dans les grâces du pouvoir) en a fait les frais pour avoir révélé l’existence de milliards planqués dans les états du Golfe. L’impunité à l’ombre du pouvoir, crée un espace où seul les « idéalistes naïfs » n’ayant pas le courage d’être lâche, échappent à la tentation. C’est d’ailleurs autour de cette logique perverse qu’un de nos fonctionnaires gardien de notre patrimoine foncier devenu milliardaire, avait bâti sa défense. Comme si cela ne suffisait pas, nous assistons à un nécessaire hachage des libertés démocratiques résultant de la volonté du Gladiateur d’imposer une chape de plomb sur les pratiques peu orthodoxes dont l’ampleur et la fréquence ont atteint des proportions jamais égalées.W
De plus en plus de patriotes anonymes ou non, sans pourtant autant verser dans le registre d’offres de politiques alternatives, dénoncent en alimentant la banque de preuves des crimes et délits. Mais le parapluie satanique influence et rend possible l’arrivée de nouvelles recrues aux intentions malveillantes et le recyclage de torchons politiques qu’on croyait hors d’usage aux coté du Gladiateur. Ce ne sont ni ses amis ni ses partisans mais de simples mercenaires qui trouvent à son ombre les conditions favorables à l’expression de leurs personnalités. Beaucoup de mouvements de lutte armée sont en effet infestés de « vaillants combattants » qui se moquent bien des idéologies et des raisons politiques de leurs chefs. Bien avant l’appât du gain que les mercenaires portent en bandoulière, c’est surtout l’existence d’un environnement favorable à l’épanouissement de personnalités, qui demeure le facteur déterminant dans leur engagement : le meurtre, le vol et le viol, la drogue, l’alcool et le sexe, les crimes et les délits. La multitude « militants Cube Maggi » toujours prompts à plonger dans toutes les sauces gouvernementales, est une preuve de l’existence de ce type de mercenaires à la pêche d’un environnement favorable pour assouvir leurs passions.
Le “Colonel” Tony Callan, nom de guerre du tristement célèbre mercenaire britannique Costas Georgoiu, au service de Roberto Holden, décapitait et jouait au football avec les têtes des enfants lors de la guerre civile en Angola. Pourtant qualifié d’allié idéologique du réactionnaire Roberto Holden, il a défendu à l’occasion de son procès en juillet 1976, que ses crimes ne revêtaient aucun critère idéologique et qu’il ferait la même chose s’il avait été au service du MPLA. Les expériences macabres du sinistre docteur Menguele n’auraient jamais été possibles sans le règne du nazisme. Mais c’est également le nazisme qui a contraint des sommités scientifiques et philosophiques à choisir l’exile ou à s’exposer à la mort en s’opposant à l’idéologie hitlérienne plutôt que de commettre ou de favoriser le mal.
Il est normal que la dynamique démocratique nous divise en partisans et opposants au régime en place. Mais plus que l’appartenance ou non au régime, la question se poserait en termes de bilans individuels des parties prenantes dans l’exercice de la parcelle de pouvoir dont elles ont la charge. La coalition du Gladiateur n’est pas fondée autour d’un idéal de vie partagé, mais plus évidemment autour d’une logique de pouvoir. C’est un groupement d’intérêt économique au sein duquel les composantes se battent pour le contrôle de parcelles de pouvoir et où les intérêts politiques et idéologiques sont occultés. C’est certainement ici qu’il faut chercher le désir exprimé de « l’ancien puissant général de Varsovie » d’assumer la présidence de la nouvelle parure républicaine de Ndoumbélaan. « Si le gladiateur veut bien m’accorder sa confiance »  Sic. Comment interpréter autrement ces propos de cet allié dont les fonctions ne vont pas au-delà d’une présidence de conseil d’administration que le Gladiateur « m’a offert comme cadeau d’anniversaire » sic, qui menace l’opposition du royaume d’interdire une marche programmée, si sa demande n’était pas …… formulée poliment ?
Toutes les révélations actuelles laissent penser que seul le clan familial du Gladiateur peut être mis en cause. En tout cas, le blocage des rapports des principaux corps de contrôle ne permet pas pour l’instant d’identifier d’autres prédateurs présumés parmi les alliés. Mais ceci ne saurait suffire à les dédouaner. Quels que soient leurs degré de responsabilité assumées ou non, les alliés (complices ou lâches), se considérant un peu trop souvent comme les simples accompagnateurs du Gladiateur avec qui ils ne partagent pas une identité de vue idéologique, économique ou autre, sont conscients qu’ils seront historiquement coupables ou comptables parce qu’ils auront fait ou laissé faire.
Le débat actuel sur la prédation et l’accaparement des ressources nationales, ne peut pas être classé au banal registre des passes d’armes entre pouvoir et opposition. Beaucoup de citoyens se montrent de plus en plus sceptiques voire déçus par la pratique du brillant candidat qu’ils avaient plébiscité pour son offre théorique de « gouvernance sobre et vertueuse ». Aujourd’hui, un doute raisonnable est né de l’absence de transparence sur une multitude d’actions et de transactions entreprises sous son magistère. On ne saurait donc ni convaincre ni contraindre Goorgorlu d’accepter que de telles informations soient considérées comme des « secrets » qu’il doit ignorer ou des sujets tabous à ne pas évoquer en public.
Convenons tout de même que la bataille pour la gestion du pouvoir ou de parcelles de pouvoir est toujours complexe, enveloppée de nuages subjectifs dont la charge ne se révèle qu’avec l’avènement de son exercice. Ceci repose toute la pertinence des Assises et nationales et de la CNRI. Les états ont nécessairement besoin d’institutions fortes et équilibrées comme dernier rempart pour la préservation des ressources et des acquis démocratiques.  Le président Zuma a été contraint par la justice de son pays à rembourser des dépenses jugées illégales même si sa fonction de chef d’état n’a pas été remise en cause. L’historique combattante Dilma Russef et l’immense Lula, au cœur d’un feuilleton politico-judiciaire sont poursuivis pour fraude dans l’exercice de leurs fonctions. La justice vient de rattraper le fraudeur Jérôme Cahuzac en plein exercice le contraignant à une démission avant de le condamner. Malheureusement, elle ne nous offre ni la garantie contre la récidive ni contre celle de la contagion et de la dissémination de la pratique. Les menteurs, les voleurs, les meurtriers et les tricheurs resteront ce qu’ils sont parce qu’aucune loi humaine ou divine ne peut empêcher les ogres de se goinfrer, les charognards de faire la ripaille sur les cadavres chaque fois que l’occasion leur sera offerte.
Fataliste ? Bien au contraire ! Les institutions définissant des cadres réglementaires pour la protection à priori contre les potentielles dérives, et les lois punissant à postériori, ne sauraient suffire sans la disposition et la disponibilité de la mobilisation citoyenne. L’exigence de transparence est intimement liée à la disposition et à la disponibilité sociale et civile du peuple-sentinelle, seul capable de dresser instantanément et opportunément une barrière contre l’imposture et les dérives dès les premiers signes d’alerte. En ouvrant un second front contre ce peuple-sentinelle en interdisant les manifestations à coté de la bataille subjective et crypto personnelle qui vise spécifiquement les potentiels challengers, le règne du Gladiateur prend une nouvelle tournure.
« Dictature rampante » ou « dictature » tout court, la gestion de Ndoumbélaan prend chaque jour des proportions de plus en plus inquiétantes qui font appel à une unité d’action pour inverser la tendance pendant qu’il est encore temps. Mais l’unité d’action contre la mal-gouvernance est rendue ardue par  l’impossibilité d’une alliance objective entre d’un coté le pôle civile dont le combat est strictement qualitatif, et de l’autre le pôle de l’opposition politique dont l’ambition est d’affaiblir pour s’accaparer des rennes du pouvoir sans garantie de meilleure offre. Mais ce qui rend suspect et fragile  le combat strictement citoyen, c’est surtout la similitude des propos, et aussi la fréquence des acteurs de part et d’autre à franchir une frontière du reste très tenue.
Trop de contentieux subjectifs et objectifs, trop de suspicions ont semé sur le parcours du Gladiateur des germes d’une nouvelle d’une moissonneuse-batteuse sélective programmée pour assouvir une vengeance génétique et ou génocidaire. En maquillant les recommandations de la CNRI, sous la forme d’un référendum électoral, l’ALTERNANCE II, n’a peut être fait que reporter l’indispensable mutation du royaume. Elle a par-dessus tout, étouffé dans un silence tabou, la réputation d’hommes et de femmes ayant contribué de façon déterminante dans la tenue des Assises Nationales et dont les passés glorieux  en faisaient des références.

LES CHRONIQUES DE BANDIA, SEPTEMBRE 2016

TAKK U SUUF

Ils vont encore certainement « sauver l’année scolaire » ! Comme on sauve un malade en lui amputant une jambe, un rein ou un bras. Les infortunés parents d’élèves se montreront soulagés d’avoir économisé quelques francs CFA qu’aurait coutés une année blanche ou invalide. Et tant pis pour le niveau des apprenants. Le Gladiateur de son coté, sera tout heureux d’avoir renforcé son budget électoral, certain que son volume et son poids seront plus déterminants que l’humeur des électeurs dans sa quête d’un second mandat annoncé comme improbable par ceux-là mêmes qui avaient prédit contre toute logique son avènement à la tête de Ndoumbélaan.
 
Ils vont surement « sauver l’année scolaire » saucissonnée et emballée, en amputant à nos enfants le tiers de leurs cours, la moitié de leurs compétences, et la totalité de leurs droits. Et les pauvres iront aux examens aux forceps, pour tenter leur chance plus que tester leurs connaissances, sous la supervision et le contrôle d’enseignants contraints par une police aux ordres d’un régime décidément aveugle. Tout compromis entre les belligérants semble impossible, et l’état a choisi la manière forte pour imposer son dictat.
 
Mais pourquoi donc Ndoumbélaan assiste-t-il à ce combat insensé en spectateur du dimanche, comme si le verdict ne le concernait en rien ? Pourquoi le Gladiateur s’acharne t-il à courtiser le front politique en défiant le front social ? Pourquoi le père de l’émergence ou du moins de l’usage du concept politique, refuse-t-il de trouver un compromis avec les producteurs du royaume tout en ouvrant des boulevards aux fossoyeurs de l’économie nationale ? Serait-ce parce qu’il est convaincu ou s’est laissé convaincre que la menace contre un second mandat trop désiré ne peut venir que des politiques ? En tout cas, Contre toute logique, le Gladiateur a malheureusement choisi d’ouvrir le dialogue politique au détriment du dialogue social. Et son ardent désir de bénéficier d’un second mandat n’est manifestement pas étranger à cette logique absurde.
 
Evidemment, s’il doit être remplacé au palais de Ndoumbélaan, ce sera sans doute par un politique. Mais ignore-t-il pour autant que s’il doit être battu aux élections, il le sera par les masses travailleuses en contestation contre ses pratiques ? L’offensive de charme envers les politiques proportionnellement aux menaces, prenant des allures de défis envers les travailleurs et plus particulièrement envers les enseignants, semble donc plutôt hasardeuse comme mode d’expression pour un candidat. Sans chercher à trancher le différend, le Gladiateur et les alliés doivent savoir raison garder. Si la seule force suffisait pour vaincre, l’oncle Sam n’aurait pas connu une débâcle au Vietnam, l’Armée Rouge aurait balayé toute résistance en Afghanistan, et le sud de Ndoumbélaan aurait déjà enterré ce conflit fratricide plus que trentenaire qui continue de faire des victimes au quotidien.
 
Est-il besoin de rappeler que, quelles que soient les alliances et les allégeances, la mobilisation d’alliés et ou la démobilisation de potentiels adversaires, le Gladiateur aura forcément en face de lui des candidats déterminés à lui barrer la route vers un second mandat. Et le verdict sera tributaire de son bilan social, de sa capacité à rassurer et à rassembler beaucoup plus que de la rentabilité d’un GIE politique indifférent au sort des populations.
Le communiqué final de la rencontre annuelle des mages du royaume est venu troubler le dialogue politique en gestation en annonçant une défaite probable du Gladiateur. Il a en effet introduit un nouveau paramètre, tombé comme un cheveu dans cette soupe déjà trop compliquée. Même si de toute évidence ils ne pourront pas siéger au banquet, cette annonce fait des mages une partie prenante du dialogue politique. Et on peut parier sans risque, et pour des raisons culturelles, que leurs recommandations passeront comme une des priorités du Gladiateur dans les prochains jours.
 
Autant dire, une raison de plus pour ignorer les revendications plus que primaires de travailleurs. C’est pourquoi, Goorgorlu qui ne croit pas plus aux mages qu’aux prévisions météorologiques regrette qu’ils n’aient pas recommandé plus logiquement l’apaisement du front social comme solution pour un second mandat à la place des bœufs noirs ou jaunes. De toute façon, lui jure de ne pas toucher à cette viande offerte aux nécessiteux pour prolonger son compagnonnage plus que décevant avec le Gladiateur et ses alliés. D’ailleurs il a toujours marqué une préférence pour son « ganar » et la présence massive de viande d’âne sur le marché, l’a plus que jamais renforcé dans ses choix.
 
Comme la plupart de ses concitoyens, Goorgorlu est plus que jamais convaincu que l’intention supposée ou réelle prêtée au Gladiateur de fomenter un deal avec ses frères ennemis semble plus que crédible. Il reste encore à savoir si ce « takk u suuf » incestueux sera célébré en grande pompe ou simplement consommé dans la plus grande discrétion. Trop, d’indices plus que probants tendent à lui donner raison.
 
Après avoir vainement contesté sa légitimité allant jusqu’à évoquer scandaleusement ses origines jugées indignes pour porter une couronne et particulièrement celle de Ndoumbélaan, les partisans de l’Empereur déchus se montrent brusquement si conciliants à son égard en distribuant sourires et accolades devant les caméras du monde ;
 
L’encombrant rejeton de l’Empereur promu au grade du plus grand prédateur de deniers publics par une vénérable cour de justice, se fait quasiment courtiser pour humer l’air de la liberté ;
 
La gauche attendue comme une alternative crédible à la droite au pouvoir, a choisi de se rendre et d’accepter sans rechigner sa place de soldat de première ligne, comme des tirailleurs d’une autre époque. C’est bien pourtant elle qui a enrôlé la société civile autour des Assises Nationales dont les conclusions lui apparaissent désormais comme un paquet de m… à l’arrière-cour d’une maison en ruine. Repue par tant de largesses supposées ou réelles du Gladiateur et naguère dénoncées par le célèbre journaliste-violeur, elle est manifestement contrainte à une omerta tropicale. De toute façon, la génération qui l’incarne aujourd’hui, a perdu toute crédibilité.
Sans signer d’armistice connu, l’état major des verts à déjà capitulé. Il a abandonné sans scrupule la majorité de ses partisans et de ses soldats sur les champs de batailles, dont certains sans eau et sans nourriture. Pareil au régime de Pétain en 1940, il a contre un nouveau machin baptisé troisième chambre d’enregistrement et curieusement semblable à la fameuse « zone libre de Vichy », décrété la démobilisation des troupes invitées à faire allégeance ou à se saborder. Les officiers « rebelles » ont tous été neutralisés ou condamnés à mort par contumace, et l’absence d’une base arrière de repli ne milite guère en faveur de l’émergence d’un providentiel « Homme du 18 juin » pour sauver la république. Au département de l’éducation dont ils ont charge, leur « Pierre Laval », sans ressources et sans prérogatives, est commis aux invectives et aux menaces contre les travailleurs. Tombera-t-il au champ d’honneur sous les baillonnetes ? Sortira sur une civière logiquement préparée à cet effet ou finira-t-il au tribunal de l’histoire condamné comme un « un collabo » ?
La société civile vers laquelle se tournent tous les regards pourrait se fragiliser en se risquant sur le terrain du combat politique qui n’est pas sa vocation. Idéologiquement trop hétérogène, son combat ne saurait aller au-delà de la dénonciation des écarts, des violations des droits et de la mal gouvernance érigée en règle.
C’est dans ces conditions que les partisans de l’Empereur déchu se sont affirmés comme le seul parti d’opposition à Ndoumbélaan. Ce statut acquis par défaut n’est certainement pas à force de propositions ou de programme parce que leur seul mot d’ordre a toujours été et reste la légalisation des forfaits commis durant leur règne, et leur droit inaliénable à récupérer la couronne usurpée par le Gladiateur. Habituée aux deals et aux protocoles, la famille des bleus est manifestement à l’aise sur ce terrain. L’élargissement et la purification politique du rejeton de l’Empereur déchu n’est plus alors qu’une question d’heures. Il va recouvrer la liberté, retrouver les siens, ses biens et son honneur souillé par une sanction manifestement sélective. Le différend autant qu’il y en ait un, ne porterait plus que sur le calendrier opérationnel d’une telle mise en scène. Et les déclarations de fermeté ne sont que des surenchères destinées à l’opinion. Silence donc ! La famille libérale lave son linge sale.
 
On ne peut pas reprocher au politique de faire de la politique. Mais peut-on résumer la vie de la nation en successions de protocoles entre « initiés » ? Certainement non. Le fils putatif déshérité par l’Empereur pour sa cupidité, puis par le peuple par son arrogance a justement réagi contre cette pratique qu’il connait bien en sonnant l’alerte. Mais l’homme ne mobilise plus. Négativement chargé par son passé, ses « vérités » enveloppées dans des versets sataniques ne brillent plus que par leur capacité de nuisance.
Tel le loup de la fable, Goorgorlu « s’est senti surpris, sa retraite coupée et tous ses chemins pris ». Peut être se jettera-il pour l’honneur dans un ultime combat perdu d’avance en souhaitant que d’autres « saltigués » moins partisans lui prédisent la chute inéluctable de cette alternance II qui aura multiplié par deux ses peines, ses soucis et ses dettes, et divisé par autant ses joies, ses espoirs et ses avoirs.
 
BANDIA, JUIN 2016.