CHAUSSURES DE NUIT

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Du croisement de l’unité 7 des Parcelles Assainies à celui de Rufisque en passant par le carrefour de la Patte d’Oie, de Grand Medine. ..émerge un marché nocturne particulier : vendeurs de chaussures importées.

Entre 5000 FCFA et 20. 000 FCFA, dépendant de votre bourse et de votre capacité de négociations, vous pouvez vous procurer chaussures à vos pieds. Loin des vitrines de plus en plus désertées par des sénégalais fauchés.

Les jeunes qui travaillent dans ce business, sont localisés le matin à “Colwaze” où ils travaillent le matin de 6h à 14h, avant de revenir s’installer dans les croisements urbains entre 19h et 2h du matin.

Ces chaussures nous viennent de la Chine, du Vietnam, du Maroc…de partout. Pas du Sénégal.

Un nouveau marché urbain émergent, un nouveau business pour repondre aux chocs et aux précarités. Marché porté souvent par de jeunes émigrés déçus ou rapatriés.

Il est vrai que le marché n’est pas nouveau. Il était déjà observable depuis les années d’Ajustement Structurel dans les rues de G. Pompidou et environs.

Cependant il a pris de l’ampleur. Il a quitté Ponty pour capter sa part de marché dans les banlieues de la précarité et de la pauvreté. Le marché s’est “chinoiisé” offrant une palette très compétitive de prix.

D’ailleurs, nous oublions, car perchés dans nos certitudes urbaines et nos modèles économiques, de dire que la vie coûte parfois moins chère maintenant. A condition d’aller dans les “undergrounds” que des esprits petits bourgeois répugnent à fréquenter. Entre 500 FCFA et 1000 FCFA, vous pouvez habiller un enfant peu capricieux. Si vous voulez impressionner votre petite amie, allez à 6 heures du matin à Colwaze, vous pourrez y dégoter une “sape” digne des modèles exposés dans les vitrines. Les gorgorlous savent de quoi ça retourne.

Bref, nos espaces urbains produisent de l’innovation et de la créativité portées par des jeunes talentueux et ambitieux. Loin des schémas pré-construits des experts pour créer des emplois ou lutter contre les chocs sociaux.

Et si les politiques leur donnaient la parole. ..

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ANKN

VÉLO RURAL

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Sur les routes de Boya et environs dans le Wassadou avec ses fromagers imposants, ses pistes de productions, ses paysages sympathiques.

Je suis sur que l’image de cette femme, à vélo, son enfant malade sur le dos, pédalant à vives allures, pour rejoindre le centre de santé de Kabendou-Diaobé à une dizaine de Kilomètres, ne vous a pas échappé.

Voila une autre forme d’engagement et d’autonomie des femmes rurales. Le vélo, cet instrument domestiqué depuis belle lurette par les sénégalais, de Kaolack-Ndangane à Saré Ansou, de Némataba à Dimboli. Il est au cœur des mobilités rurales.

Il est aussi un puissant instrument de communication sociale dans des zones souvent laissées à elles mêmes, sans électricité, sans raccordement au réseau hydraulique national…

Velo rural
ANKN

VENDEURS ELECTRICITÉ !

Abdou Ndukur Kacc Ndao

KEUR AYIB. De Keur Ayib à Tobor en passant par Marsassoum, Affignam ou Bounkiling, se développent, sous les effets multiformes de la crise, de nouvelles ingéniosités de réponses à la crise.

Parmi celles ci on peut noter les nouveaux vendeurs d’électricité. Ou plutôt les nouveaux “chargeurs de portable”.

Certains citoyens, loin du réseau électrique national, font des kilomètres pour recharger un portable téléphonique ou un laptop.

La demande est très forte. Le business florissant : entre 100 FCFA et 300 FCFA dépendant de la durée et du matériel.

Au delà du numéraire, ces chargeurs occasionnels ont permis à des villages, de se connecter au reste du pays. De fait, ils jouent progressivement, une fonction de communication sociale importante, dans des contextes presque totalement déconnectés des autres parties du pays.

Le téléphone portable a révolutionné les modes de communication sociale et à reconfiguré les espaces et les distances. C’est pourquoi, ces vendeurs d’électricité, participent de façon décisive, à l’accélération des mutations sociales et des modes de communication sociale.

La crise est là. Mais les ingéniosités sociales apportent des réponses contextuelles qui impactent à la fois sur les réponses ad hoc à la crise et les mutations sociales multiformes.

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ANKN

CHAUSSURES !

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Du croisement de l’unité 7 des Parcelles Assainies à celui de Rufisque en passant par le carrefour de la Patte d’Oie, de Grand Medine. ..émerge un marché nocturne particulier : vendeurs de chaussures importées.

Entre 5000 FCFA et 20. 000 FCFA, dépendant de votre bourse et de votre capacité de négociations, vous pouvez vous procurer chaussures à vos pieds. Loin des vitrines de plus en plus désertées par des sénégalais fauchés.

Les jeunes qui travaillent dans ce business, sont localisés le matin à “Colwaze” où ils travaillent le matin de 6h à 14h, avant de revenir s’installer dans les croisements urbains entre 19h et 2h du matin.

Ces chaussures nous viennent de la Chine, du Vietnam, du Maroc…de partout. Pas du Sénégal.

Un nouveau marché urbain émergent, un nouveau business pour repondre aux chocs et aux précarités. Marché porté souvent par de jeunes émigrés déçus ou rapatriés.

Il est vrai que le marché n’est pas nouveau. Il était déjà observable depuis les années d’Ajustement Structurel dans les rues de G. Pompidou et environs.

Cependant il a pris de l’ampleur. Il a quitté Ponty pour capter sa part de marché dans les banlieues de la précarité et de la pauvreté. Le marché s’est “chinoiisé” offrant une palette très compétitive de prix.

D’ailleurs, nous oublions, car perchés dans nos certitudes urbaines et nos modèles économiques, de dire que la vie coûte parfois moins chère maintenant. A condition d’aller dans les “undergrounds” que des esprits petits bourgeois répugnent à fréquenter. Entre 500 FCFA et 1000 FCFA, vous pouvez habiller un enfant peu capricieux. Si vous voulez impressionner votre petite amie, allez à 6 heures du matin à Colwaze, vous pourrez y dégoter une “sape” digne des modèles exposés dans les vitrines. Les gorgorlous savent de quoi ça retourne.

Bref, nos espaces urbains produisent de l’innovation et de la créativité portées par des jeunes talentueux et ambitieux. Loin des schémas pré-construits des experts pour créer des emplois ou lutter contre les chocs sociaux.

Et si les politiques leur donnaient la parole. ..

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ANKN

LUNETTES !

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Dans les rues de Dakar, un jeune sénégalais, vend des lunettes. Avec ce job, il dit nourrir sa famille. Toutes choses égales à elles mêmes.

Face aux échecs des politiques publiques, des innovations ingénieuses sont développées pour faire face à la crise.

“Les adultes vivent la crise, les jeunes la supportent” concluait une recherche IFAN-IRD ex. ORSTOM dans les années 90.

Une prise de rôle précoce des jeunes constatée dans toute l’Afrique de l’Ouest.

Jaraama à ces jeunes qui refusent la facilité et qui font des kilometres pour gagner dignement leur vie…
ANKN

 

RECHERCHE AGRICOLE DANS LE FOULADOU : LE CAS DU SORGHO EN EXPERIMENTATION RAPIDE

Abdou Ndukur Kacc Ndao 

Juste après le village de Soutouré en allant vers Anambé, des champs d’expérimentation sont visibles tant ils sont imposants. Il s’agit du Sorgho qui dure 20 jours.

Comme quoi notre recherche Agricole a toujours été performante malgré les problèmes structurels de notre système national de recherche et les mentalités et pratiques conservatrices de nos paysans.
Leur développement est presque au stade final. De quoi augurer des lendemains meilleurs pour cette variété culturale.

Bravo à notre recherche agricole souvent mise au pilori injustement par des critiques loin des dynamiques et des découvertes que réalisent nos chercheurs.

Des chercheurs qui trouvent on en trouve aussi au Sénégal…

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ANKN

MENUISIER !

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Aux quatre coins des régions du Sud notamment, “pullulent” des menuiseries artisanales. Du beau et du bon bois. Malheureusement, des fabriques artisanales voire archaïques.

A l’instar des autres secteurs de l’artisanat, les métiers de la menuiserie et de l’ébénisterie font partie des parents pauvres de nos programmes stratégiques de développement.

Pourtant l’artisanat faisait partie des Grappes de croissance de notre fameuse Stratégie de Croissance Accélérée (SCA) vite mise au placard à la faveur du fameux PSE.

En attendant, notre bois est coupé et géré, en grande partie, par une mafia nationale et ses ramifications étrangères bien identifiées. Les professionnels du secteur eux continuent de tirer le diable par le bois !!!

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ANKN

INGENIOSITES RUR-BAINES : LES MBËR

Abdou Ndukur Kacc Ndao

MERCREDI 13 AOÛT 2014. Il est 20:24 minutes, après une dure journée de travail, je décide de faire un tour un à la plage de Cambérène. Une plage cosmopolite où se côtoient, à cette heure, footballeurs, vendeurs d’eau, athlètes. Les baigneurs ont fini de vider les lieux, même si quelques téméraires pataugent dans cet Océan atlantique dévoreur d’enfants et de jeunes imprudents.

Ce qui me frappe depuis plus de 30 ans que je fréquente cette plage – encore plus aujourd’hui – c’est le nombre de Mbër (lutteurs) organisés collectivement ou non qui s’entraînent tout le long de la plage. Cette dernière est devenue un camp d’entrainement ouvert pour des dizaines voire des centaines de Mbër.

Ces Mbër, la vingtaine voire le trentaine, rivalisent d’endurance et d’abnégation. Ils sont jeunes, forts, noirs, athlétiques. Sur les 10.000 licenciés officiels, ils font partie de ceux qui rêvent de décrocher le jackpot. Après tout, la lutte est sortie des terroirs locaux du Sine, du Saloum, du Fouta, de la Casamance, du Baol, de la presqu’île de Dakar… pour s’imposer en ville, dans les médias, dans les bureaux…à l’étranger.

Ce Jackpot il est à 200 millions de FCFA voire plus. Etre Mbër, c’est être pris sous le coup des projecteurs. C’est avoir la possibilité d’aller aux USA, en Europe. C’est construire une belle maison pour sa famille. C’est avoir de la côte auprès de certaines driankés férues de jeunes “ceene” (forts). C’est s’imposer comme une icone nationale et une fierté pour des villages d’origine qui sortent subitement de l’anonymat.

Anonymat ? Je fus frappé par l’enthousiasme de ces Mbër à se faire photographier. Cela me rappelle des émissions télé où les Mbër rivalisent d’ingéniosité pour que la caméra les filme en direct. Ils se sont prêtés à l’objectif de mon appareil photo avec une disponibilité assumée.

Mais grand, il faut que le monde entier nous voit, expliquent certains qui semblent comprendre l’objectif de ces prises de vues. En revanche, d’autres pensent que je suis photographe privé et me demandent de revenir demain, leur remettre leurs photos, non sans négocier l’unité à 500 FCFA. Mbër mo begg siiw (les lutteurs aiment la célébrité). Cela m’a vraiment amusé !

En attendant d’être connus et de gagner des centaines de millions, ces Mbër, s’entraînent durement et consciencieusement. En rêvant d’un grand soir pour sortir de cette plage de Cambérène, aller aux USA ou ailleurs. Ils nous reviendront, à force de cortisones, avec un poids doublé ou triplé pour faire partie des VIP.

Ils sont plus de 10.000 licenciés. Une dizaine seulement aura droit à ces “externalités positives” de la lutte. Comme dans une lutte de classe, le gros de la troupe continuera de bander muscles, mais surtout d’être à la remorque des VIP Mbër, souvent radins et peu enclins au partage.

Avec tous ces centaines de jeunes forts et musclés qui s’entraînent matin, midi soir sans perspectives professionnelles claires, on peut se demander ce qu’ils nous réservent demain. Surtout, si la lutte pour laquelle ils investissent autant d’énergie continue d’être aussi discriminatoire.

Pourtant, des centaines de “Mbabaat” (lutte traditionnelle sans frappe) sont organisées à Djilor, à Thiakalaar, à Mbam, etc. La technicité, le rythme, l’ambiance, les couleurs, l’authenticité sont au rendez-vous. Sans doute pas assez pour le Capital.

C’est pourquoi, ces Mbër-la, de la plage de Cambérène, préfèrent plus les reflets des villes que les réalités des villages.

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ANKN

INGÉNIOSITÉS RUR-BAINES. SERERES ET DÉBROUILLES URBAINES : GERTE XOT

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Hier les “Mbiidu” étaient à l’honneur. Aujourd’hui, pour respecter les parallélismes de formes et de cousinage à plaisanterie, nous faisons la courtoisie aux Sérères, les Kaw-Kaw. Plutôt aux débrouilles de cette jeunesse de l’Afrique de l’Ouest, éparpillée entre le Sine, le Saloum, Thiès, Diourbel, etc.

Face à la crise, les sénégalais (re)inventent leur système d’atténuation des chocs sociaux. Ainsi, les villes sont devenues des laboratoires d’innovation sociale et économique.

De la plage de Cambérène à celle de Yoff, en passant par les rues de Guédiawaye, Pikine ou Thiaroye sur mer, des jeunes, munis de leurs “panier” vous proposent du Gerte xot tout neuf. A la console commerciale, des sérères, tout en sueur, identifiables par leur noirceur, parcourent tout Dakar pour écouler quelques cornets d’arachides. Ils viennent pour la plupart du temps du Baol dans les Communautés rurales de Baba Garage – Dinguiraye – Keur Samba Kane – Gawane – Lambaye – Ngogom – Réfane – Dangalma – Ndondol – Ngoye – Thiakar. Mais aussi du Sine, du Saloum…

Savez vous d’ou vient ce Gerte ? Surement pas de Sibassor, ou Patar ou Ndouloumadji Founébé ou Saré Samba Talla ou même de Lambaye qui continuent de scruter avec angoisse un hivernage décidément capricieux et peu généreux.

Ce Gerte xot vient – tenez vous bien du Mali. Nos braves jeunes sérères, loin des mentalités parasitaires d’une certaine jeunesse urbaine, les achètent au marché Sandicat de Pikine à 750 FCFA le Kg. Ils le,revendent à 1800 ou 2000 FCFA le Kg “saucissonné” en de petit cornet vendu à 100 FCFA.

Belle marge bénéficiaire pour payer les heures de marches, sous le soleil, la cuisson et autres charges de transports. Qui disait qu’il n’y a pas de sots métiers ? Comme pour paraphraser Kirikou, disons que Mbiidu est grand mais Sérère n’est pas petit.

En attendant que les politiques répondent aux demandes sociales d’une jeunesse désœuvrée ou aux perspectives incertaines, ces jeunes sérères marchent toute la journée, dans la dignité et l’endurance, pour vendre une marchandise venue du Mali.

N’est ce pas symptomatique de l’effondrement de notre filière arachidière ?

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ANKN

INGÉNIOSITÉS RUR-BAINES :  “MBIDU” ET LES DÉBROUILLES URBAINES !

Abdou Ndukur Kacc Ndao

LA crise frappe fort. Tous les segments sociaux la vivent. Elle a basculé les classes moyennes vers les classes pauvres. Cent mille jeunes arrivent, chaque année, sur le marché de l’emploi. Avec des fortunes diverses voire avec aucune fortune. La mentalité bureaucratique prévaut chez de larges secteurs d’une jeunesse qui rêve d’un “bureau ministre”, climatisé à souhait et d’un véhicule de fonction. Il ne reste qu’à modifier la nomenclature des privilèges et autres avantages officiels de la fonction publique, pour payer au nom de l’Etat, la location d’une belle princesse ou d’un beau mec.

Loin de ces mentalités bureaucratiques, parasitaires et compradores, certains jeunes ont décidé, par la débrouille des “petits métiers” de faire face à l’incapacité des politiques à leur trouver un travail décent. Dans ce lot d’innovateurs des petits métiers, nos amis “Mbidu” sont sans doute, les plus créatifs et les plus téméraires.

Aux quatre coins du pays, dans les centres urbains notamment, ils circulent pour “cirer les bottes” de généraux qui ne vont jamais au front. Ils ont tellement investi ce secteur que “Mbidu” semble rimer souvent avec Cireur…mais aussi les prestations associées : réparateurs de chausseurs. Avec les chinoiseries qui ont fini de coloniser nos villes et villages, il y’a du boulot pour remettre en marche les pacotilles.

Alors, au coin de rue de mon quartier, Ibrahima venu de Oréfondé, dans le sympathique Fouta, a installé son”usine” de réparation de chaussures. De 100 FCFA à 5000 FCFA, il vous rattrape votre machin. Il peut le cirer voire le colorer. A votre gout. Le mec est sympa. En plus, il gagne honnêtement sa vie. Avec patience et engagement.

De ce qu’il;gagne auprès des “cravatés” ou “mini-jupées”et autres fauché(e)s des villes, il entretient sa belle “toucou” et projettent de mettre corde au coup à une seconde sérère.

En attendant, notre “Mbidu” fait son job avec une conscience qui interpelle nos paresses et mentalités parasitaires. L’adage ne dit il pas qu’il n’y a pas de sots métiers.

Chapeau, cousins à plaisanterie !

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ANKN