CARABANE OU “CARAAB ANN” ÎLE MYTHIQUE DE LA BASSE CASAMANCE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue

Matar Ndour,  Photographe 

Située en Basse Casamance à quelques encablures de Elinkine village cosmopolite tout comme l’île de Karaban. On y trouve des noms à consonance wolof comme Mbaye ou serere comme Sarr…

Rappelons qu’avant les français, les portugais étaient déjà en Casamance dès 1645 sous le commandement de Lançarote et ne la quitteront que le 13 avril 1888, soit une présence portugaise de de 243 ans. On a tendance d’ailleurs à oublier cette présence importante des portugais avant celle des français.

Le 22 janvier 1836 le Lieutenant de Vaisseaux Malavois signe un traité avec les chefs de villages de Kagnout pour s’installer dans l’île de Karabane. Le 29 mars 1828, 8 ans auparavant, Dangle qui avait déjà signé un traité avec Brin la même année, recidiva avec Hitou cédé par son roi Kouloubousse. Le même Kouloubousse qui octroya aux français l’île de Diogué.

Les français ne s’arrêtent pas si bon port et vont demander à Kouloubousse de leur céder l’île de Karabane. Ce dernier répondit en diola casa : «haani, baabu caraab ann» qui signifie non là-bas c’est la part de quelqu’un. Caraab ann devenu Karabane.

C’est donc le 22 janvier 1836 que le Lieutenant de Vaisseaux Malavois qui commandait aussi Gorée signe un traité avec le roi du Kagnout pour qu’on lui cède cette île de Karabane en échange d’une rente annuelle de 39 barres de fer soit 197 F. (Bulletin administratif des actes du gouvernement du Sénégal, arrêté numéro 8, 24 juin 1837).

FEUILLETS : PLAIDOYER POUR UN ISLAM APOLITIQUE

A la mort du prophète, la famille de Abou Soufiane, (ennemi invétéré du prophète qui se rallie tardivement a l’islam après la prise de la Mecque) s’empare du pouvoir.  Ali, gendre et cousin du prophète, sera combattu par Moawiyya, son fils Yazid va  liquider le fils de ce dernier, petit fils du prophète Hussein tué à Karbala. 

Dans ces 4 feuillets, Louizi démonte les falsifications des omeyyades qui ont imposé des rites sur la base de hadith douteux avec une violence inouïe sur la Mecque et Médine,  symboles de l’islam. D’ailleurs les hadiths célèbres, c’est plus de 200 ans après le prophète.  Boukhari (9ième siècle) est la référence principale. Il en a d’autres plus anciens dont imam Malik Ibn Anas (8ième siècle) qui tient ses hadith du fils d’Omar, Abdallah Ibn. Il y a aussi Mouslim, Ibn Khatir et d’autres.  C’est pourquoi d’ailleurs une soufi comme Rabia a toujours eu un rapport critique à la Sunnah qui selon elle est une oeuvre humaine et qui risque de s’interposer entre elle et Dieu. 

Mohamed Louizi fidèle à sa tradition de déconstructeur des falsifications omeyyades nous restitue ces renversants faits fondés sur une documentation rigoureuse. 

NKEN

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“Un schisme auto-immun

Les irakiens prêtent ensuite allégeance à Al Hassan Ibn Ali (624_670) ; le petit-fils du prophète. Les syriens eux soutiennent Mouawiyah. Voulant préserver la paix et faire cesser la guerre civile ; le calife Al Hassan s’est retiré du pouvoir après avoir négocié un pacte avec Mouawiyah. Dès lors celui-ci est devenu le nouveau (prince des croyants). L’année 611 est devenu année de la Jamaa l’année de l’Union (ou de la consensus). Une expression “les gens de la sunna et l’Union” utilisée comme marque théologique et doctrinaire sunnite, en opposition aux chiites.

Son père, Abu Sufyan régnait uniquement sur les Quraychites à la Mecque. Le voilà désormais à la tête d’un vaste empire. Qui aurait cru, le jour de la “Conquête de la Mecque”, trente ans auparavant, en ce scénario incroyable ? Qui aurait cru que l’amnistié d’hier serait désigné calife demain,  après avoir neutralisé le gendre et le petit fils du Prophète ? Certes, la roue tourne, mais à cette vitesse, cela reste de l’ordre du mystère.

Dès le décès d’Al Hassan Ibn Ali, en 670, Mouawiyah ne s’estime plus obligé de respecter le pacte, conclu a deux, au nom duquel Al Hassan renonce au califat. Une clause engage l’Omeyyade à remettre, au crépuscule de sa vie, le choix du futur calife entre les mains des musulmans. Il désigne alors son fils comme successeur. Ainsi, en 680, le jour de la mort de son père, le jeune Yazid Ibn Mouawiyah (647-683) devient le roi Yazid 1er, à l’âge de trente-trois ans. Sa prise du pouvoir a contestée par l’autre petit fils du Prophète Al Hussein Ibn Ali (626-680) et aussi par le compagnon Abdallah Ibn Zubaya (623-692). L’un comme l’autre refuse de lui prêter allégeance, car illégitime à leurs yeux.

Description originelle

L’empereur Yazid 1er décide d’envoyer une armée pour combattre Al Hussein Ibn Ali qui a rejoint la ville irakienne d’Al koufa, avec sa famille et quelque soixante-dix soutiens. Ces derniers renoncent à l’introniser calife. Il est rejoint par les trente mille soldats que Yazid 1er a dépêchés pour anéantir. La confrontation, plus que déséquilibrée, se produit à Karbala en octobre 680, le 10 Muharram de l’année 61 de l’Hégire.

Al Hussein Ibn Ali est assassiné ce jour-là. Il est décapité sa tête mise dans un sac et envoyée à Damas, la capitale, comme preuve matérielle de sa carnage. Chaque année, à cette même date, c’est la fameuse Achoura. En effet, selon que l’on soit chiite ou sunnite, la commémoration diverge. Les chiites pleurent l’imam Al Hussein en célébrant leur rite de l’autoflagellation. Quant aux sunnites, ils recommandent de jeûner ce jour-là, étrangement en expliquant entre autres histoires chimériques basées sur des hadiths douteux, que ce serait le jour durant lequel Dieu aurait libéré le Prophète Moise et le peuple juif de la persécution subie que le pharaon de l’Egypte leur infligeait. Le soir, dans certains pays sunnites la tradition, c’est le henné, la fête, un festin, la musique, la danse et les pétards dans les rues.

Terreur à Médine

Lorsque l’information de l’assassinat d’al-Hussein  parvient au Hijaz, à la Mecque et à Médine, les compagnons et autres musulmans médinois décident de se défaire de l’allégeance prêtée à Yazid 1re, qu’ils soupçonnent déjà, depuis sa prise du pouvoir, d’être un pervers corrompu et alcoolique. A Médine, ils assiègent son gouvernement et finissent par le déloger. Cela ne plait pas au jeune roi, qui très vite, dépêche une armée d’une dizaine de milliers de soldats pour les contraindre à cesser la dissidence et rétablir l’allégeance. Une fois sur place, le commandant omeyyade leur accorde un ultimatum de trois jours pour prêter allégeance à nouveau et rejoindre son armée en partance pour attaquer Abdallah ibn az-Zubayr qui s’est établi à la Mecque.

Passé ce délai, et devant le refus catégorique des Médinois, l’armée omeyyade tient sa promesse sanguinaire. Que Médine ait été la ville du prophète il y a quelques années, qu’elle soit le deuxième Lieu saint de l’islam et que des compagnons y soient toujours, cela n’a strictement rien changé. La “Bataille d’al-Harra” a lieu en 683. On compte les morts par dizaines, par centaines ,et peut être par milliers. La victoire acquise, le commandant omeyyade donne quartier libre à ses soldats. Trois jours durant lesquels ils peuvent faire ce qu’ils veule nt au sein de la vile du Prophète : torture, pillage et viol compris !

La Mecque catapultée 

Dès que la victoire est acquise, l’armée de Yazid 1er poursuit son chemin vers la Mecque pour y déloger l’autre dissident, le compagnon du Prophète Abdallah ibn az-Zubayr, le petit fils du calife Abou Bakr. Une fois sur les montagnes, aux alentours de la Mecque, la décision est prise d’assiéger le premier Lieu Saint de l’islam, au nom du roi. Les historiens, reconnus d’autorité chez les sunnites comme al-Tabari, consacrent ce chapitre à ce siège. On y apprend que la Mecque fut catapultée à l’aide de mangonneaux. La Ka’ba fut endommagée. L’étoffe qui recouvrait ses murs , sa kiswa fut brûlée. On compte de nombreux morts  au sein  même de ce sanctuaire millénaire. Une trêve n’st intervenue que lorsqu’on a appris le décès du roi Yazid 1er à Damas. Mais ce n’est que partie remise !”

Mohamed Louizi,  Plaidoyer pour un islam apolitique,  pp. 33-36.

CIRCONCISION EN PAYS AJAMAAT: SIGNES D’ALLIANCES ET FOIS SPIRITUELLES

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao. Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com
www.ndourawaly.com

Les cérémonies initiatiques de circoncision en Basse Casamance poursuivent. Certains de ses villages ajamaat sont restés parfois plus de 40 ans avant d’organiser ces bukut dans l’écrasante majorité du pays ajamaat alors que le kahat principalement organisé dans le royaume d’Oussouye dans le Kassa, se tient généralement une fois tous les 5 ans. La circoncision est la plus ancienne des cérémonies initiatiques perpétuées depuis Adam et Abraham comme signe d’alliance avec les fois spirituelles. Elle était d’abord réservée aux royautés et aux pharaons. Le christianisme a supprimé la circoncision et de ce fait il a enlevé à l’homme ce symbole marqué dans sa chaire de la sacralité. C’est ainsi que l’on a remplacé la circoncision par le baptême, soit 3 gouttes d’eau…

Kahat d’Oussouye, basse Casamance, Sénégal. Photo : Matar Ndour

 
Il existe beaucoup d’approches différentes et d’interprétations pour les sémites de toute la descendance abramique. Ici en basse Casamance, au fil du temps les rituels ont changé ou se sont adaptés. Il existe un bukut grande cérémonie initiatique destinée aux circoncis et le kahat principalement du côté du Kassa royaume d’Oussouye qui est une vraie cérémonie de circoncision. Si vous êtes circoncis, vous êtes exclus de ce rituel. Cependant les schémas ne sont pas si tranchés et les évolutions rituelles intègrent et synthétisent des formes provenant des deux traditions.
 

On peut observer de grandes différences dans l’interpretation et dans le rituel, mais on est toujours sur les organes génitaux et d’une certaine manière une grande violence et la rencontre avec la douleur… Mais on n’échappe pas au rituel. Ses origines sont trop profondes. Cette violence et douleur constituent également une forme du tatouage d’appartenance ethnique. On est loin de la “religion”. Ce qui est aussi intéressant c’est que les femmes elles mêmes sont attachées à ces rites alors que psychologiquement, les hommes leur enlèvent les enfants (en principe nouveau né de 7 jours pour les sémites ou 6 jours pour le Kahat et de façon relativement indéterminée pour le bukut) de leur bras…

Bukut Sam-Sam, basse Casamance, Sénégal. Photo : Matar Ndour

 
Signes d’alliances ? Relisons la Genèse :
«Toi et tes descendants, de génération en génération, vous devrez respecter mon alliance. Voici l’obligation que je vous impose et à laquelle vous vous soumettrez, toi et tes descendants : Quiconque est parmi vous de sexe masculin devra être circoncis. Votre circoncision sera le signe de l’alliance établie entre vous et moi. De génération en génération, tous vos garçons seront circoncis quand ils auront huit jours. De même pour les esclaves nés chez toi ou pour les esclaves étrangers que tu as achetés et qui ne sont donc pas membres de ton clan. Ainsi l’esclave né chez toi et celui que tu auras acheté seront circoncis, afin que mon alliance soit inscrite dans votre chair comme une alliance perpétuelle. Quant à l’homme non circoncis, il sera exclu du peuple pour n’avoir pas respecté les obligations de mon alliance ». Texte de la Genèse. Versets 17:9-14).
Suffisant pour mieux saisir les signes d’alliances et les spiritualités qui organisent les processus complexes de la circoncision. Et cela date.
© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Matar Ndour et NKEN. Aout 2018

REMISE DE CADEAU AU ROI D’OUSSOUYE DE LA BASSE CASAMANCE

Ce jeudi 2 août 2018, notre projet ethno-photographique est allé rendre visite au roi (Maane) d’Oussouye pour lui remettre un cadeau-portrait. Maane Sibilumbaye Diedhiou est le 17é roi d’Oussouye et il fut intronisé en décembre 2000.

Une occasion pour magnifier encore les relations excellentes entre le projet de Matar Ndour (ethno-photographe) et Ndukur Kacc Ndao (anthropologue) et sa Majesté. Retourner le travail aux principaux acteurs photographiés est une posture éthique et méthodologique qui est notre. Merci au Maane et à toute sa cour royale.

Photo : David

 

NOTRE OUVRAGE “FROM TENDA TO AJAMAAT”

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Socio-anthropologue
Matar Ndour, Photographe

Il a la gueule déjà et aborde les processus initiatiques des cultures du centre (Sérères), du Sud (Bassaris, Bediks, Ajamaat). Il est préfacé par le Pr. Abdou Salam Fall, sociologue et chercheur à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).

Il regroupe des articles rédigés par plusieurs chercheurs. Sa parution est prévue pour bientôt.

© Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Matar Ndour et ANKN

“KOLEE” DU ROYAUME D’OUSSOUYE

Abdou Ndukur Kacc Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com

Le Kolee bat son plein en ce dimanche 12 juin 2016 dans le royaume de Oussouye, le Kassa en Basse Casamance. Littéralement, en jolaa d’Oussouye, le Kolee signifie un récipient de 60 litres. Pour sa célébration, tous les quartiers de Oussouye doivent offrir chacun 60 litres de vin de palme en l’honneur du Roi Sibiloumbaye Diédhiou.

Le Kolee est la fête qui prépare l’autre grande fête royale qui s’appelle le Hùmabal. Les deux fêtes se tiennent en règle générale entre les mois de mai et octobre. L’organisation du Kolee est intimement et strictement liée à l’intronisation d’un Roi. Sans un Roi, pas de Kolee. Cependant, à l’origine, le Kolee était une fête des amoureux, une sorte de Saint Valentin judéo-chrétien.

Depuis 5 heures du matin, le royaume vit aux rythmes des danses et luttes entre les 17 villages du royaume de Oussouye. Un cérémonial rituel précis accompagne ces combats matinaux avec notamment la disponibilité dès 5 heures de mêts traditionnels ajamaat pour les lutteurs : souvent une sauce feuille à base de noix de palmiste et du poisson, le kong. On reconnaît le bamaxene en jolaa Oussouye plus connue sous le nom de fitafou en basse casamance.

Les anciens lutteront contre les plus jeunes dans le but pédagogique de leur apprendre les techniques de combat. Il ne s’agit pas de combat classique de compétition mais bien d’une cérémonie initiatique d’apprentissage pour maîtriser les clefs des luttes sans frappe.

Entre 17h et 18 h, tous les quartiers du royaume vont se rencontrer dans une place publique strictement interdite à ceux dont les pères ne sont pas originaires de Oussouye. Une belle occasion mystique pour détecter les potentiels meilleurs lutteurs qui pourront recevoir des pouvoirs mystiques de sages détecteurs de futurs champions.

Entre 17 h 30 et 18 h, la procession qui ira vers la place publique sera accompagnée par le Etonaat. Le Etonnat est une musique royale jouée à partir de tams-tams sacrés. Cette musique royale sera jouée de la place publique de Batefousse (quartier qui gère le royaume) au Kàii. Là où se trouve le royaume proprement dit. Voilà pourquoi le Roi s’appelle aussi en Joola d’Oussouye Àii. Le kàii symbolisant le royaume. Il est aussi connu sous le titre de maan.

Le Kassa tout comme la Basse Casamance, un réservoir de traditions strictement codifiées. A y voire de près, on comprend mieux que ces processus initiatiques n’ont rien à envier aux autres formes de socialisation formatrices des hommes et des femmes. Bien au contraire. Mais puisque nous sommes si autistes à parler plus de Halooween que de Kolee.

Texte : ANKN
Photo : Matar Ndour

@Projet ethno photographique, juin 2016. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour & ANKN

FROM TENDA TO AJAMAAT
MOFAMATI TENDA BÉÉ MOFAMATI AJAMAAT ( JOOLA )
GËR ANGOL AND TENDA XANI GËR AJAMAAT ( BASSARI )

EMISSION RADIO SUD FM SUR LES IDENTITÉS CULTURELLES AVEC NDUKUR ET MATAR

PROJET ETHNO-PHOTOGRAPHIQUE SUR LES IDENTITÉS CULTURELLES : FROM TENDA TO AJAMAAT

Abdou Ndukur Kacc Ndao (Socio-anthropologue) et Matar Ndour (Photographe)

Une émission de la journaliste Régina Sambou portant sur le projet ethno-photographique d’un socio-anthropologue (Abdou Ndukur Kacc Ndao) et d’un photographe (Matar Ndour). Une explication par la radio des cultures des peuples Tenda (Bassari, Bedik, Cognagui) et Ajamaat (Diola). Sans compter le Sine (Serere). Un projet innovant qui combine la socio-anthropologie, la photographie et la caméra pour comprendre les tréfonds culturels des cultures invisibles du Sénégal.