LA GRANDE FÊTE DU ROI D’OUSSOUYE : HÙMABËL OU FÊTE DU NOUVEL AN AJAMAAT 

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue 

Matar Ndour, Ethno-Photographe 

Le décret royal d’Oussouye vient de tomber. Le hùmabel se déroulera du 28 au 30 septembre 2018. Plusieurs festivités pour magnifier le roi et exhiber des pans culturels importants de la culture ajamaat dans ce royaume de Sibiloumbay Diédhiou,  17ième “Maan”, roi d’une longue lignée. Sibiloumbay intronisé depuis 2000 après la disparition de  Sibakuyaan Diabone à ne pas confondre avec feu le roi Sibakuyaan Sambou de  Djicomole de Mlomp. Le calendrier musulman a fêté son nouvel an 1440. Il reste 3 mois pour que le monde fête sa fin d’année et entrer de plein pied en 2019. Car,  c’est connu les peuples n’ont pas les mêmes systèmes calendaires. De même ils n’ont pas les mêmes systèmes de calculs,  de cosmogonie…

En effet, le 28 septembre prochain, le royaume d’Oussouye célèbre son nouvel an soit souvent 3 mois avant le système calendaire judéo-chrétien qui nous gouverne. Et oui,  nous serons le 1er janvier 2019 chez les ajamaat du Kassa qui correspond aussi aux grandes festivités royales de Oussouye connues sous le nom de Hùmabël.

Nous reviendrons sur ce système calendaire ajamaat et l’importance  du système royal dans sa systématisation. Un système calendaire qui comprend 6 jours contre 7 pour le calendrier judéo-chrétien. Voilà qui confirme bien l’adage  : il faut du tout pour faire un monde. Le monde lui même est une infinie complexité de tout. Bonne et heureuse année 2019 au royaume d’Oussouye.

Copyright. Projet-ethno photographique, septembre 2018. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour & NKEN

 

LES LIEUX DE CULTE DU BLOUF : ENTRE VIOLENCES ET INCONGRUITÉS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue 

Matar Ndour, Ethno-photographe

En parcourant le Blouf, on est fasciné par ses mosquées et ses églises. Mais aussi par ses autels. Un syncrétisme symptomatique de la configuration socio-religieuse du Sénégal. Pourtant, au-delà des apparentes cohabitations fraternelles entre religion,  se cache une histoire douloureuse faite de prosélytisme violent. À l’image d’une Casamance résistante et jalouse de ses bois sacrés et autels jusqu’à ce que le christianisme et l’islam ne viennent perturber ou redessiner une nouvelle carte des lieux de culte. 

Thionk Essyl dans le blouf à quelques encablures de Tendouck et de Mangagoulack donne une illustration historique de ces chocs de positionnement religieux. On sait qu’une grande partie du Fogny et du Blouf a été convertie à l’islam par le marabout diakhanké Fodé Kaba Doumbouya et le socé Kombo Sylla. À partir de Karabane le prosélytisme chrétien a pénétré les intérieurs du pays ajamaat  (au sens large) avant de se consolider définitivement.

On rappelle dans ce choc des religions, l’histoire de la grande mosquée de Thionck Essyl. En effet,  elle est construite sur un site qui s’appelait Bandjankoussor. C’était un bois sacré très touffu où le roi réunissait sa cour et les sages pour implorer Dieu de faire descendre la pluie. Le Roi, c’est le ” Ëyii” en Joola. Selon certaines versions receuillies auprès des anciens,  ceux qui participaient à cette procession rentraient chez eux sous une forte pluie. À l’image des cérémonies organisées par les reines Kuyito dans le Tendouck ou Aline Sitoé Diatta dans le Cabrousse ou Alonso Bassene dans le Moffi Eve ou Sibet de Siganaar dans le Kassa. ..

Après la conversion de la génération “efossé”, puisque c’est à partir de cette génération que la conversion à l’islamisme ou au christianisme fut effective et généralisée, qu’une mosquée est érigée à l’endroit où se tenaient les cérémonies animistes, c’est à dire à l’emplacement du bois sacré Bandjankoussor qui se trouve juste face de la gare routière de Thionck. Du sang a beaucoup coulé pendant la construction de la mosquée. Il y a eu une forte résistance des conservateurs principalement issus du quartier de Batine pour démolir à plusieurs reprises la construction en cours. Une très grave crise qui a plongé Thionck dans un chaos tragique. C’est certainement un cas qui contredit l’idée selon laquelle, en basse casamance, on ne touche jamais aux bois sacrés. Quelque soit le caractère anecdotique de la destruction de ce lieu mythique des animistes, on voit bien la violence des chocs sur fond de prosélytisme. 

Le blouf,  c’est aussi des sanctuaires chrétiens à l’image de celui de Mangagoulack. Ce sanctuaire construit par les missionnaires est aussi selon plusieurs témoignages recueillis sur place, le culte protecteur du village. Mais aussi naturellement un lieu de prières. Sa structuration rend tout visiteur assez perplexe. En effet,  si la croix est bien mise en évidence ce qui est le symbole déterminant du christianisme, les 3 objets positionnés sur la tête et les bras sont plutôt des signes maçonniques. On aurait même pu penser que ce sont des signes de la croix de David. Mais après observation minutieuse,  il s’agit en effet de symboles maçonniques. La question est de savoir comment on a pu associer sur une croix chrétienne des identifiants maçonniques?  Ces missionnaires étaient ils des chrétiens maçons ?  Comment les fidèles et “pèlerins” interprètent ils ce syncrétisme christiano-maçonnique?  Des questions sur lesquelles nous reviendrons.

Copyright : Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN. Septembre 2018. 

DESTIN NATIONAL ET CACAPHONIE NAUSEABONDE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
Notre pays est au carrefour de plusieurs enjeux géo-politiques. Il est toujours sous domination française. La mainmise de la France sur de larges secteurs stratégiques économiques date. Elle est aussi symptomatique de l’histoire toute singulière que nous entretenons avec cette ancienne puissance colonisatrice. Cependant, ce serait réducteur de réduire les mainmises sous le strict rapport de la France qui perd d’ailleurs du terrain de plus en plus. La Chine est là. Les USA aussi. Sans compter les petits poucets tout aussi efficaces tels que les marocains, les turcs. Pendant des décennies nos élites ont été formées aux écoles françaises. Maintenant elles le sont de plus en plus dans les écoles turques, marocaines, américaines. Quelque soit la nature de leur présence, ces pays sont aujourd’hui au coeur de nos dispositifs sécuritaires, économiques, éducatifs…
Ces “forces ” externes se donneront les moyens de maintenir le statut quo. Pour naturellement défendre leurs intérêts mais surtout parce que le Sénégal aura une contagion terrifiante pour d’autres pays de l’Afrique de l’ouest en cas de basculement. La seule solution c’est d’avoir au moins un front nationaliste qui se dresse pour inverser le cours des choses. Ce qui repose l’épineuse question des alliances nationalistes. Avant de discuter des “actions” parlons du projet politique. Si le projet c’est de mettre fin au pillage de nos ressources et de reprendre le guidon de notre destin alors il ne faut pas être naïf. Ce sera un combat à mort. Mais pas impossible. Car il faudra se battre et avec les valets et avec les maitres
Il y a cette tension entre des gens comme Sonko qui tentent d’élever le débat (sans tout le realpolitik necessaire) et cette cacophonie nauséabonde focalisée sur les “mercenaires” (souteneurs de tous bords) et tous les petits messies qui pensent détenir la clé. Pendant ce temps le peuple “attend”. C’est ubuesque mais c’est la situation objective aujourd’hui. Elle ne changera pas dans les 6 mois à venir. La question c’est comment en tenir compte. Personnellement, je ne crois pas à la possibilité d’une échappée solitaire. Il faut travailler en bloc ou chasser en meute en ayant le courage de séparer la bonne graine de l’ivraie si nous voulons reprendre notre destin en main. Ce ne sera pas facile. Et cela me fait peur.
Je suis outré par l’outrecuidance d’un Aliou Sow ou d’un Fada. Mais ces chiens de garde et tous les autres jouent un rôle précis. Celui de pollueurs. C’est le concert de casserole du pouvoir. Détourner l’attention vers le caniveau. De l’autre côté Sonko devient presque “intouchable”. Alors qu’il faut le “critiquer”, le pousser à s’ajuster, à s’allier. Sinon il servira juste de lièvre dans la course. J’espère qu’il le comprend.
NKEN

LA DOCTRINE DE LA CALEBASSE : FERRER LES CHÈVRES ET FAIRE TAIRE LES LOUPS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Mendoza avait lancé sa bombe. En homme de gauche averti il l’avait fait exprès. Tant mieux. Au moins ça avait le mérite d’être clair. Mamadou Ndoye symbolisait une certaine idée du combat politique quand même. C’est l’indécence des gens qui révolte. Les deniers sont distribués dans une sorte de tontine nationale. La doctrine de la calebasse pleine. Pour ferrer les chèvres et faire taire les loups. Mais le système a toujours fonctionné comme ça. Wade a assumé ses prébendes et privilèges induits. Diouf était plus regardant. Maky a installé un système plus pernicieux sur fond de leurre en matière de gestion. Le cancer est là.

Les largesses de Macky à Tivaouane, Camberene, Touba, Kaolack…viennent des deniers publics tout comme l’argent distribué dans la coalition présidentielle. C’est un jeu dangereux. Ce jeu est aussi accepté ! C’est là le drame. Cette forme de “redistribution” est légitimée. Ce que met sur la balance Macky est claire. Être  ministre ou recevoir des espèces sonnantes et trébuchantes. C’est pareil. L’accès direct et l’accès indirect. La poche avant le pays rek.

L’échec social c’est ne pas être récipiendaire des “largesses “. Ce n’est pas du cynisme. Ce magma autour du président n’est rien d’autre qu’une meute qui bouffe le Sénégal. Plus de 50 alliés rétribués sur nos derniers. Sans compter les institutions politiciennes budgetivores. Il faut y rajouter la rétribution des fesses qui a fini de saper l’autorité morale d’une république de courtiers.

Ce qui se joue plus fondamentalement au-delà des secrets de polichinelle transformés en «secrets d’Etat», c’est que cette classe politique dirigeante est entrain de saper ce qui doit faire un pays moderne. Le culte du travail, la  reddition de comptes et la transparence. C’est un crime. On verra les impacts dans une génération. Une société qui dit à ses enfants que voler c’est non seulement  correct mais c’est la voie royale. Tout le monde demande et chacun est preneur. La nouvelle “intelligence” c’est la capacité à chaparder et la duplicité qui permet de s’accrocher à tous les trains qui traversent l’histoire du Sénégal.

Mendoza avait sorti sa «vérité révolutionnaire». On peut lui rétorquer l’interrogation léniniste que faire ? Est ce la demande sociale exige aussi la fin de la doctrine de la calebasse ? Nous ne sommes pas des chèvres et des loups. Nous voulons que nos ressources soient gérées de manière transparente et efficace. On vivra à la sueur de notre front. À Macky de garantir la transparence et un système équitable basé sur le mérite. Est ce si difficile pour Macky ? Le bonhomme est décidément un sacré joueur d’échecs. Tôt ou tard il sera victime d’un échec et mat.

NKEN

POUR L’HONNEUR DE LA GENDARMERIE SÉNÉGALAISE TOME 1 ET 2

Tome 1 : “”Juin 2007 : un scandale, mon nom, la perte de mon commandement de major général de la gendarmerie… un des multiples scandales du régime dit de l’alternance. Un Président sourd à mon appel et des officiers qui usent de leur pouvoir et de leur autorité pour me salir. Un exil, un silence abasourdissant, le stress me retracent une carrière que j’ai voulue exemplaire, engagée et honorable. J’explique le sens de mon engagement et les principaux événements qui ont jalonné mes états de service.”

Tome 2 : “2005-2007: un homme, un général, sa femme, des officiers perdus sont aux commandes d’une des plus prestigieuses institutions militaires, la gendarmerie nationale. Comment pouvais-je échapper à ces officiers dont le seul but était de s’enrichir, et à qui un régime félon avait confié les rênes de la gendarmerie ? Pour que cette dernière survive à tant d’années de corruption, de concussion, de népotisme et de mensonges, j’ai écrit ce livre”.

 

 

L’AFRIQUE DES LAICITES : ETAT, RELIGION ET POUVOIRS AU SUD DU SAHARA

L’Afrique des laïcités : Etat, religion et pouvoirs au sud du Sahara
Année de publication 2014
Type de document Ouvrage
Auteurs Holder G. (dir.), Sow M. (dir.)
Source Marseille (FRA) ; Alger : IRD ; Ed. Tombouctou, 2014, 395 p. (L’Afrique se Raconte). ISBN 978-2-7099-1760-5
Résumé L’Afrique des laïcités, c’est d’abord quatorze pays qui célèbrent un demi-siècle d’indépendance, non sans avoir inscrit au préalable la laïcité de l’occupation coloniale française dans leur constitution. Quatorze pays qui sont en proie à un scepticisme croissant à l’égard d’une action publique incapable d’endiguer les processus de paupérisation, tandis que les acteurs religieux interviennent de plus en plus massivement au sein des économies morales et politiques nationales. Trente chercheurs africains et européens analysent les tensions et les accommodements entres les différents acteurs de ces économies, examinant les modalités suivant lesquelles se décline et se dit la laïcité au sein des différents contextes nationaux. Ils passent en revue les formations étatiques précoloniales qui ont pu opérer une séparation entre l’État et les cultes, avant d’aborder l’exercice d’une gouvernance coloniale fort peu laïque, puis les pouvoirs autoritaires africains qui se sont en partie déchargés sur les instances religieuses pour « développer » ou acculturer leur société. Ils pointent enfin la façon dont les différends qui s’articulent autour des débats actuels sur la laïcité croisent ou accentuent d’autres tensions sociales touchant notamment aux questions identitaires et de genre et, plus généralement, aux exigences de démocratisation et des modernités africaines.

Source : http://www.documentation.ird.fr/hor/fdi:010062940

“BAKARY DIALLO, MEMOIRES PEULES” (DOCUMENTAIRE)

Bakary Diallo, berger peul, un des premiers tirailleurs sénégalais est considéré par certains comme le premier romancier sénégalais avec son livre “force bonté”. Il y a à vérifier si son livre est antérieur a celui de Lamine Senghor “le viol d’un pays”. Ce qui est intéressant c’est qu’il a écrit des textes en pulaar qui n’ont jamais été édités (même en wolof). Ce documentaire essaie de reconstituer ces écrits à partir de témoignages car les manuscrits ont disparus. Démarche très intéressante de reconstitution et de mémoire.

Documentaire réalisé par Mélanie Bourlet et Franck Guillemain. Cliquez sur le lien ci dessous pour voir l’intégralité du documentaire.

https://www.canal-u.tv/video/cnrs_ups2259/bakary_diallo_memoires_peules_de_melanie_bourlet_et_franck_guillemain.23168

Résumé du documentaire

“Ce film nous conduit sur les traces de Bakary Diallo, berger peul connu pour être un des premiers tirailleurs sénégalais à avoir relaté en français son expérience de la Première Guerre Mondiale dans son roman “Force-Bonté”. De retour parmi les siens en 1928, il compose en peul, sa langue maternelle, de longs poèmes chantant la beauté et la luxuriance des paysages de son enfance. Aujourd’hui disparus, la redécouverte de ses poèmes permettrait de rendre sa place à Bakary Diallo dans l’histoire de la littérature africaine.

Mélanie Bourlet, spécialiste de Langue et Littérature peule au sein du laboratoire Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noire (LLACAN), nous emmène dans un long voyage au cœur de la région du Foûta Tôro, à la recherche de ces écrits perdus. L’objet principal de sa quête est un manuscrit intitulé “Mbalam” du nom du village d’enfance du poète. A la faveur d’une mémoire orale encore vive chez les proches de l’auteur, la chercheuse parvient peu à peu à dresser les contours de l’œuvre poétique de Bakary Diallo.

Producteur : Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noire, CNRS Images, CNRS-Cultures, langues, textes 
Participation : ANR 
Réalisateur : BOURLET Mélanie  (LLACAN, UMR CNRS et INALCO, Villejuif)GUILLEMAIN Franck  (CLT, UPS CNRS, Villejuif)
Conseiller scientifique : BOURLET Mélanie  (LLACAN, UMR CNRS et INALCO, Villejuif)”

QUESTIONS AUX ACTEURS POLITIQUES : ON DIT QUOI DES “MARGES” HOMOSEXUELLES ET MAÇONNIQUES ?

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Ce matin, avant de retourner dans le maquis culturel casamançais, j’ai envie de “hérisser” les politiques, chantres de la démocratie. Ils aiment y compris moi faire de gros discours sur les droits humains. Mais refusent tout débat de société. Ils feignent de ne voir l’évolution frontale et “fracturée” de nos sociétés et mettent des lignes rouges qu’il faut éviter de franchir. Sur la base de leurs priorités. Alors certains d’entre eux détestent les homosexuels et les francs maçons. Sans doute presque toute notre société. C’est un des consensus de façade comme aiment en construire nos “identités nationales”. On glose que ce sont des phénomènes extérieurs aliénants dangereux pour nos puritaines sociétés. Et des épiphénomènes qui ne méritent qu’on s’y attarde. Dans le même temps, nos enfants y sont enrôlés en “masse” et on se dit quelles sont les conséquences sociétales de ces évolutions ? Les homosexuels semble t-il étaient tolérés tant qu’ils ne franchissaient l’espace public. Curieux argumentaire car la marque de fabrique des homosexuels dans notre société était justement qu’ils ou qu’elles ou qu’ils-qu’ellles (tant pis) étaient au coeur des espaces publics : baptêmes, mariages, cérémonies de danse publique. ..Alors c’est quoi l’espace public?

Peut être que certains veulent dire qu’ils sont devenus trop (extrêmement) visibles. Ça c’est vrai. Mais nous sommes tous trop visibles maintenant. Le plus “minable” des facebookiens devient une star planétaire en postant ses lubies. Car les intériorités ont laissé place aux extériorités devenues exhibitionnistes à souhait. Même les francs maçons réputés dans la gestion du secret pour leurrer les esprits parfois fantasques s’y sont pas mis. Ils ont des sites internet et sont aussi dans le dévoilement calculé. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication dévoilent presque tout sauf lorsque les puritains boivent leur bière dans les espaces privés bankerisés ou lorsqu’ils draguent la femme des voisins ou des amis, s’ils ne jouent à la verticale avec la “bonne” dans la chambre de la femme devenue peu suspicieuse. Le secret prend une forme jouissive au nom de la perversion maîtrisée. On emportera les secrets de famille en enfer.

Mais au fait pourquoi ce petit billet matinal. Pour deux choses. 1. Notre société peut jouer à l’Autriche mais elle fera face à ses propres fractures. Si elle veut éviter d’être culturellement dépendante des autres, il faut qu’elle instaure les débats avec ses codes propres pour trouver des solutions endogènes. 2. Elle peut détester les marges mais puissantes homosexuelles et maçonniques, mais qu’elle ne les tue pas. Qu’elle leur donne des sépultures dignes. Car demain cette même société au nom de sa morale arrogante tuera les communistes et les animistes. C’est cela le subtile paradigme de classe qui se joue. L’histoire nous a suffisamment instruit de l’usage des rapports de force au service de la morale. Une morale tueuse de différence. Bien évidemment, les communistes et animistes ne peuvent tuer des gens parce qu’ils sont des barbus ou parce qu’ils portent une croix ou une thora. L’humanisme total se trouve dans l’acceptation de ces différences.

NKEN

TENDOUCK EN BASSE CASAMANCE ET SES DÉESSES DE LA PLUIE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Ethno-photographe
www.ndukur.com
www.ndourawaly.com
#TendoucKuyito2018
Au coeur du blouf, en basse casamance, Tendouck, ville historique de résistance (nous y reviendrons) déploie ses complexités culturelles réputées. Son Grand Bakin (fétiche) réputé pour protéger le village et pour recevoir des prières. Le tribunal traditionnel qui tranchait les contentieux entre tendouckois, la tombe de la Reine du blouf Niassilolo Diatta connue aussi sous le nom de Kuyoto. Des lieux de culte sur lequels nous reviendrons.
Kuyito, symbole de l’animisme tentaculaire dans une basse casamance qui a toujours sublimé ses reines. De Aline Sitoé Diatta à Alonso en passant par Sibet. ..Des reines dotées de puissants pouvoirs avec une centralité autour du secret de la pluie. Toutes savent “descendre” la pluie. Les témoignages pluri centenaires en attestent contre toutes les logiques d’un rationalisme matérialiste qui refuse les “irrationnalités”.
Kuyito décédée en 1967-1968 faisait partie de ces prêtresses reines capables d’implorer le ciel pour descendre la pluie même en saison sèche. Cette donnée factuelle nous a été démontrée lors de la séance d’exhibition de la troupe théâtrale Kapoumba, troupe entre le profane et le sacré. Lorsque par des procédures connues fondées sur des champs sacrés aux sons des kabyl, flûte à base d’une corne et d’autres accessoires, sans compter les danses et la pose des pagnes aux couleurs de bleu de nuit sur la tombe de la vieille Kuyito, la pluie s’est immédiatement invitée dans tout Tendouck et alentours. Depuis des décennies, ces séances se déroulent immanquablement sous la pluie. Même lorsque la cérémonie se déroule en saison sèche, la pluie est au rendez-vous. Une manière pour Kuyito de bénir ce village et de confirmer le secret inaltérable de la pluie qu’elle détient.
On a beau contesté, la factualité des faits prouve que l’animisme africain garde encore ses secrets qui auraient pu résoudre certains aspects de notre vie nationale. Ils sont de plus en plus évanescents sous la poussée tentaculaire et croisée des religions dites révélées. Heureusement que Tendouck, au coeur d’un blouf conquis par l’islam et le christianisme garde encore jalousement certains traits originaux de la puissance de la culture ajamaat.
Copyright. Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN, septembre 2018.

LE GROUPE ETHNIQUE DES PEPELS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue

Matar Ndour, Photographe

A l’instar des Balantes, des Mancagnes, des Manjaques…, les Pepels sont encore plus méconnus. Ce sont des populations qui vivent principalement en Guinée Bissau et au Sénégal, notamment à Ziguinchor (dans les quartiers de Santhiaba et Tiléne) et à Dakar (Grand Yoff). L’histoire renseigne que certains sont originaires de la région de Biombo en Guinée-Bissau.

Tout comme les Mancagnes, trois raisons principales expliquent leur mouvement vers le territoire qui deviendra le Sénégal. Ce sont d’abord les raisons sociales, puis les raisons économiques (du fait du déséquilibre économique qui existe entre les deux puissances colonisatrices après la signature de la convention franco-portugaise de mai 1886) et enfin les raisons politiques (guerre de libération des années 1970).

Regroupé sous la dénomination générique abusive de “langues minoritaires”, du fait de la faiblesse des locuteurs, le “pepel est une langue de l’ensemble Niger-Congo, de la branche ouest atlantique du groupe Bak” (Dame Ndao, 2010). Nous pouvons distinguer 5 sous-groupes linguistiques : biombo, prabis, safim, bigimita et tor qui se comprennent entre eux. Cependant, force est de constater que le statut linguistique des Pepels est très complexe du fait qu’ils (Pepels du Sénégal) ont délaissé leurs langues au profit du créole, utilisé comme langue inter-groupe et le wolof comme langue véhiculaire.

Au plan des ordres, les Pepels ont un roi qui se nomme Kasima Ko. Ils sont souvent tisserands et portent des noms comme Ko, Ka, Té, Sah, Indi, Nanky. En Guinée Bissau, les personnalités tels que João Bernardo Vieira, ancien président de Guinée-Bissau et le général Veríssimo Correia Seabra, ancien chef d’état-major sont membres de cette communauté. Au Sénégal, nous pouvons citer Jules Francois Bocandé, ancien international de Football.

© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN. Septembre 2018