DESTIN NATIONAL ET CACAPHONIE NAUSEABONDE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
Notre pays est au carrefour de plusieurs enjeux géo-politiques. Il est toujours sous domination française. La mainmise de la France sur de larges secteurs stratégiques économiques date. Elle est aussi symptomatique de l’histoire toute singulière que nous entretenons avec cette ancienne puissance colonisatrice. Cependant, ce serait réducteur de réduire les mainmises sous le strict rapport de la France qui perd d’ailleurs du terrain de plus en plus. La Chine est là. Les USA aussi. Sans compter les petits poucets tout aussi efficaces tels que les marocains, les turcs. Pendant des décennies nos élites ont été formées aux écoles françaises. Maintenant elles le sont de plus en plus dans les écoles turques, marocaines, américaines. Quelque soit la nature de leur présence, ces pays sont aujourd’hui au coeur de nos dispositifs sécuritaires, économiques, éducatifs…
Ces “forces ” externes se donneront les moyens de maintenir le statut quo. Pour naturellement défendre leurs intérêts mais surtout parce que le Sénégal aura une contagion terrifiante pour d’autres pays de l’Afrique de l’ouest en cas de basculement. La seule solution c’est d’avoir au moins un front nationaliste qui se dresse pour inverser le cours des choses. Ce qui repose l’épineuse question des alliances nationalistes. Avant de discuter des “actions” parlons du projet politique. Si le projet c’est de mettre fin au pillage de nos ressources et de reprendre le guidon de notre destin alors il ne faut pas être naïf. Ce sera un combat à mort. Mais pas impossible. Car il faudra se battre et avec les valets et avec les maitres
Il y a cette tension entre des gens comme Sonko qui tentent d’élever le débat (sans tout le realpolitik necessaire) et cette cacophonie nauséabonde focalisée sur les “mercenaires” (souteneurs de tous bords) et tous les petits messies qui pensent détenir la clé. Pendant ce temps le peuple “attend”. C’est ubuesque mais c’est la situation objective aujourd’hui. Elle ne changera pas dans les 6 mois à venir. La question c’est comment en tenir compte. Personnellement, je ne crois pas à la possibilité d’une échappée solitaire. Il faut travailler en bloc ou chasser en meute en ayant le courage de séparer la bonne graine de l’ivraie si nous voulons reprendre notre destin en main. Ce ne sera pas facile. Et cela me fait peur.
Je suis outré par l’outrecuidance d’un Aliou Sow ou d’un Fada. Mais ces chiens de garde et tous les autres jouent un rôle précis. Celui de pollueurs. C’est le concert de casserole du pouvoir. Détourner l’attention vers le caniveau. De l’autre côté Sonko devient presque “intouchable”. Alors qu’il faut le “critiquer”, le pousser à s’ajuster, à s’allier. Sinon il servira juste de lièvre dans la course. J’espère qu’il le comprend.
NKEN

LA DOCTRINE DE LA CALEBASSE : FERRER LES CHÈVRES ET FAIRE TAIRE LES LOUPS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Mendoza avait lancé sa bombe. En homme de gauche averti il l’avait fait exprès. Tant mieux. Au moins ça avait le mérite d’être clair. Mamadou Ndoye symbolisait une certaine idée du combat politique quand même. C’est l’indécence des gens qui révolte. Les deniers sont distribués dans une sorte de tontine nationale. La doctrine de la calebasse pleine. Pour ferrer les chèvres et faire taire les loups. Mais le système a toujours fonctionné comme ça. Wade a assumé ses prébendes et privilèges induits. Diouf était plus regardant. Maky a installé un système plus pernicieux sur fond de leurre en matière de gestion. Le cancer est là.

Les largesses de Macky à Tivaouane, Camberene, Touba, Kaolack…viennent des deniers publics tout comme l’argent distribué dans la coalition présidentielle. C’est un jeu dangereux. Ce jeu est aussi accepté ! C’est là le drame. Cette forme de “redistribution” est légitimée. Ce que met sur la balance Macky est claire. Être  ministre ou recevoir des espèces sonnantes et trébuchantes. C’est pareil. L’accès direct et l’accès indirect. La poche avant le pays rek.

L’échec social c’est ne pas être récipiendaire des “largesses “. Ce n’est pas du cynisme. Ce magma autour du président n’est rien d’autre qu’une meute qui bouffe le Sénégal. Plus de 50 alliés rétribués sur nos derniers. Sans compter les institutions politiciennes budgetivores. Il faut y rajouter la rétribution des fesses qui a fini de saper l’autorité morale d’une république de courtiers.

Ce qui se joue plus fondamentalement au-delà des secrets de polichinelle transformés en «secrets d’Etat», c’est que cette classe politique dirigeante est entrain de saper ce qui doit faire un pays moderne. Le culte du travail, la  reddition de comptes et la transparence. C’est un crime. On verra les impacts dans une génération. Une société qui dit à ses enfants que voler c’est non seulement  correct mais c’est la voie royale. Tout le monde demande et chacun est preneur. La nouvelle “intelligence” c’est la capacité à chaparder et la duplicité qui permet de s’accrocher à tous les trains qui traversent l’histoire du Sénégal.

Mendoza avait sorti sa «vérité révolutionnaire». On peut lui rétorquer l’interrogation léniniste que faire ? Est ce la demande sociale exige aussi la fin de la doctrine de la calebasse ? Nous ne sommes pas des chèvres et des loups. Nous voulons que nos ressources soient gérées de manière transparente et efficace. On vivra à la sueur de notre front. À Macky de garantir la transparence et un système équitable basé sur le mérite. Est ce si difficile pour Macky ? Le bonhomme est décidément un sacré joueur d’échecs. Tôt ou tard il sera victime d’un échec et mat.

NKEN

POUR L’HONNEUR DE LA GENDARMERIE SÉNÉGALAISE TOME 1 ET 2

Tome 1 : “”Juin 2007 : un scandale, mon nom, la perte de mon commandement de major général de la gendarmerie… un des multiples scandales du régime dit de l’alternance. Un Président sourd à mon appel et des officiers qui usent de leur pouvoir et de leur autorité pour me salir. Un exil, un silence abasourdissant, le stress me retracent une carrière que j’ai voulue exemplaire, engagée et honorable. J’explique le sens de mon engagement et les principaux événements qui ont jalonné mes états de service.”

Tome 2 : “2005-2007: un homme, un général, sa femme, des officiers perdus sont aux commandes d’une des plus prestigieuses institutions militaires, la gendarmerie nationale. Comment pouvais-je échapper à ces officiers dont le seul but était de s’enrichir, et à qui un régime félon avait confié les rênes de la gendarmerie ? Pour que cette dernière survive à tant d’années de corruption, de concussion, de népotisme et de mensonges, j’ai écrit ce livre”.

 

 

L’AFRIQUE DES LAICITES : ETAT, RELIGION ET POUVOIRS AU SUD DU SAHARA

L’Afrique des laïcités : Etat, religion et pouvoirs au sud du Sahara
Année de publication 2014
Type de document Ouvrage
Auteurs Holder G. (dir.), Sow M. (dir.)
Source Marseille (FRA) ; Alger : IRD ; Ed. Tombouctou, 2014, 395 p. (L’Afrique se Raconte). ISBN 978-2-7099-1760-5
Résumé L’Afrique des laïcités, c’est d’abord quatorze pays qui célèbrent un demi-siècle d’indépendance, non sans avoir inscrit au préalable la laïcité de l’occupation coloniale française dans leur constitution. Quatorze pays qui sont en proie à un scepticisme croissant à l’égard d’une action publique incapable d’endiguer les processus de paupérisation, tandis que les acteurs religieux interviennent de plus en plus massivement au sein des économies morales et politiques nationales. Trente chercheurs africains et européens analysent les tensions et les accommodements entres les différents acteurs de ces économies, examinant les modalités suivant lesquelles se décline et se dit la laïcité au sein des différents contextes nationaux. Ils passent en revue les formations étatiques précoloniales qui ont pu opérer une séparation entre l’État et les cultes, avant d’aborder l’exercice d’une gouvernance coloniale fort peu laïque, puis les pouvoirs autoritaires africains qui se sont en partie déchargés sur les instances religieuses pour « développer » ou acculturer leur société. Ils pointent enfin la façon dont les différends qui s’articulent autour des débats actuels sur la laïcité croisent ou accentuent d’autres tensions sociales touchant notamment aux questions identitaires et de genre et, plus généralement, aux exigences de démocratisation et des modernités africaines.

Source : http://www.documentation.ird.fr/hor/fdi:010062940

“BAKARY DIALLO, MEMOIRES PEULES” (DOCUMENTAIRE)

Bakary Diallo, berger peul, un des premiers tirailleurs sénégalais est considéré par certains comme le premier romancier sénégalais avec son livre “force bonté”. Il y a à vérifier si son livre est antérieur a celui de Lamine Senghor “le viol d’un pays”. Ce qui est intéressant c’est qu’il a écrit des textes en pulaar qui n’ont jamais été édités (même en wolof). Ce documentaire essaie de reconstituer ces écrits à partir de témoignages car les manuscrits ont disparus. Démarche très intéressante de reconstitution et de mémoire.

Documentaire réalisé par Mélanie Bourlet et Franck Guillemain. Cliquez sur le lien ci dessous pour voir l’intégralité du documentaire.

https://www.canal-u.tv/video/cnrs_ups2259/bakary_diallo_memoires_peules_de_melanie_bourlet_et_franck_guillemain.23168

Résumé du documentaire

“Ce film nous conduit sur les traces de Bakary Diallo, berger peul connu pour être un des premiers tirailleurs sénégalais à avoir relaté en français son expérience de la Première Guerre Mondiale dans son roman “Force-Bonté”. De retour parmi les siens en 1928, il compose en peul, sa langue maternelle, de longs poèmes chantant la beauté et la luxuriance des paysages de son enfance. Aujourd’hui disparus, la redécouverte de ses poèmes permettrait de rendre sa place à Bakary Diallo dans l’histoire de la littérature africaine.

Mélanie Bourlet, spécialiste de Langue et Littérature peule au sein du laboratoire Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noire (LLACAN), nous emmène dans un long voyage au cœur de la région du Foûta Tôro, à la recherche de ces écrits perdus. L’objet principal de sa quête est un manuscrit intitulé “Mbalam” du nom du village d’enfance du poète. A la faveur d’une mémoire orale encore vive chez les proches de l’auteur, la chercheuse parvient peu à peu à dresser les contours de l’œuvre poétique de Bakary Diallo.

Producteur : Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noire, CNRS Images, CNRS-Cultures, langues, textes 
Participation : ANR 
Réalisateur : BOURLET Mélanie  (LLACAN, UMR CNRS et INALCO, Villejuif)GUILLEMAIN Franck  (CLT, UPS CNRS, Villejuif)
Conseiller scientifique : BOURLET Mélanie  (LLACAN, UMR CNRS et INALCO, Villejuif)”

QUESTIONS AUX ACTEURS POLITIQUES : ON DIT QUOI DES “MARGES” HOMOSEXUELLES ET MAÇONNIQUES ?

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Ce matin, avant de retourner dans le maquis culturel casamançais, j’ai envie de “hérisser” les politiques, chantres de la démocratie. Ils aiment y compris moi faire de gros discours sur les droits humains. Mais refusent tout débat de société. Ils feignent de ne voir l’évolution frontale et “fracturée” de nos sociétés et mettent des lignes rouges qu’il faut éviter de franchir. Sur la base de leurs priorités. Alors certains d’entre eux détestent les homosexuels et les francs maçons. Sans doute presque toute notre société. C’est un des consensus de façade comme aiment en construire nos “identités nationales”. On glose que ce sont des phénomènes extérieurs aliénants dangereux pour nos puritaines sociétés. Et des épiphénomènes qui ne méritent qu’on s’y attarde. Dans le même temps, nos enfants y sont enrôlés en “masse” et on se dit quelles sont les conséquences sociétales de ces évolutions ? Les homosexuels semble t-il étaient tolérés tant qu’ils ne franchissaient l’espace public. Curieux argumentaire car la marque de fabrique des homosexuels dans notre société était justement qu’ils ou qu’elles ou qu’ils-qu’ellles (tant pis) étaient au coeur des espaces publics : baptêmes, mariages, cérémonies de danse publique. ..Alors c’est quoi l’espace public?

Peut être que certains veulent dire qu’ils sont devenus trop (extrêmement) visibles. Ça c’est vrai. Mais nous sommes tous trop visibles maintenant. Le plus “minable” des facebookiens devient une star planétaire en postant ses lubies. Car les intériorités ont laissé place aux extériorités devenues exhibitionnistes à souhait. Même les francs maçons réputés dans la gestion du secret pour leurrer les esprits parfois fantasques s’y sont pas mis. Ils ont des sites internet et sont aussi dans le dévoilement calculé. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication dévoilent presque tout sauf lorsque les puritains boivent leur bière dans les espaces privés bankerisés ou lorsqu’ils draguent la femme des voisins ou des amis, s’ils ne jouent à la verticale avec la “bonne” dans la chambre de la femme devenue peu suspicieuse. Le secret prend une forme jouissive au nom de la perversion maîtrisée. On emportera les secrets de famille en enfer.

Mais au fait pourquoi ce petit billet matinal. Pour deux choses. 1. Notre société peut jouer à l’Autriche mais elle fera face à ses propres fractures. Si elle veut éviter d’être culturellement dépendante des autres, il faut qu’elle instaure les débats avec ses codes propres pour trouver des solutions endogènes. 2. Elle peut détester les marges mais puissantes homosexuelles et maçonniques, mais qu’elle ne les tue pas. Qu’elle leur donne des sépultures dignes. Car demain cette même société au nom de sa morale arrogante tuera les communistes et les animistes. C’est cela le subtile paradigme de classe qui se joue. L’histoire nous a suffisamment instruit de l’usage des rapports de force au service de la morale. Une morale tueuse de différence. Bien évidemment, les communistes et animistes ne peuvent tuer des gens parce qu’ils sont des barbus ou parce qu’ils portent une croix ou une thora. L’humanisme total se trouve dans l’acceptation de ces différences.

NKEN

TENDOUCK EN BASSE CASAMANCE ET SES DÉESSES DE LA PLUIE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Ethno-photographe
www.ndukur.com
www.ndourawaly.com
#TendoucKuyito2018
Au coeur du blouf, en basse casamance, Tendouck, ville historique de résistance (nous y reviendrons) déploie ses complexités culturelles réputées. Son Grand Bakin (fétiche) réputé pour protéger le village et pour recevoir des prières. Le tribunal traditionnel qui tranchait les contentieux entre tendouckois, la tombe de la Reine du blouf Niassilolo Diatta connue aussi sous le nom de Kuyoto. Des lieux de culte sur lequels nous reviendrons.
Kuyito, symbole de l’animisme tentaculaire dans une basse casamance qui a toujours sublimé ses reines. De Aline Sitoé Diatta à Alonso en passant par Sibet. ..Des reines dotées de puissants pouvoirs avec une centralité autour du secret de la pluie. Toutes savent “descendre” la pluie. Les témoignages pluri centenaires en attestent contre toutes les logiques d’un rationalisme matérialiste qui refuse les “irrationnalités”.
Kuyito décédée en 1967-1968 faisait partie de ces prêtresses reines capables d’implorer le ciel pour descendre la pluie même en saison sèche. Cette donnée factuelle nous a été démontrée lors de la séance d’exhibition de la troupe théâtrale Kapoumba, troupe entre le profane et le sacré. Lorsque par des procédures connues fondées sur des champs sacrés aux sons des kabyl, flûte à base d’une corne et d’autres accessoires, sans compter les danses et la pose des pagnes aux couleurs de bleu de nuit sur la tombe de la vieille Kuyito, la pluie s’est immédiatement invitée dans tout Tendouck et alentours. Depuis des décennies, ces séances se déroulent immanquablement sous la pluie. Même lorsque la cérémonie se déroule en saison sèche, la pluie est au rendez-vous. Une manière pour Kuyito de bénir ce village et de confirmer le secret inaltérable de la pluie qu’elle détient.
On a beau contesté, la factualité des faits prouve que l’animisme africain garde encore ses secrets qui auraient pu résoudre certains aspects de notre vie nationale. Ils sont de plus en plus évanescents sous la poussée tentaculaire et croisée des religions dites révélées. Heureusement que Tendouck, au coeur d’un blouf conquis par l’islam et le christianisme garde encore jalousement certains traits originaux de la puissance de la culture ajamaat.
Copyright. Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN, septembre 2018.

LE GROUPE ETHNIQUE DES PEPELS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue

Matar Ndour, Photographe

A l’instar des Balantes, des Mancagnes, des Manjaques…, les Pepels sont encore plus méconnus. Ce sont des populations qui vivent principalement en Guinée Bissau et au Sénégal, notamment à Ziguinchor (dans les quartiers de Santhiaba et Tiléne) et à Dakar (Grand Yoff). L’histoire renseigne que certains sont originaires de la région de Biombo en Guinée-Bissau.

Tout comme les Mancagnes, trois raisons principales expliquent leur mouvement vers le territoire qui deviendra le Sénégal. Ce sont d’abord les raisons sociales, puis les raisons économiques (du fait du déséquilibre économique qui existe entre les deux puissances colonisatrices après la signature de la convention franco-portugaise de mai 1886) et enfin les raisons politiques (guerre de libération des années 1970).

Regroupé sous la dénomination générique abusive de “langues minoritaires”, du fait de la faiblesse des locuteurs, le “pepel est une langue de l’ensemble Niger-Congo, de la branche ouest atlantique du groupe Bak” (Dame Ndao, 2010). Nous pouvons distinguer 5 sous-groupes linguistiques : biombo, prabis, safim, bigimita et tor qui se comprennent entre eux. Cependant, force est de constater que le statut linguistique des Pepels est très complexe du fait qu’ils (Pepels du Sénégal) ont délaissé leurs langues au profit du créole, utilisé comme langue inter-groupe et le wolof comme langue véhiculaire.

Au plan des ordres, les Pepels ont un roi qui se nomme Kasima Ko. Ils sont souvent tisserands et portent des noms comme Ko, Ka, Té, Sah, Indi, Nanky. En Guinée Bissau, les personnalités tels que João Bernardo Vieira, ancien président de Guinée-Bissau et le général Veríssimo Correia Seabra, ancien chef d’état-major sont membres de cette communauté. Au Sénégal, nous pouvons citer Jules Francois Bocandé, ancien international de Football.

© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN. Septembre 2018

DIWÂN. OEUVRE COMPLÈTE DE FEU EL HADJI ABDOUL AZIZ SY DABAKH

Pr Rawane Mbaye a publié les oeuvres complètes de feu Elhadji Abdoul Aziz Sy Dabakh intitulées Diwân (2016). Oeuvre en trois tomes : 1. Suppliques et Oraisons. 2. Panégyrique de la hiérarchie tidjane. 3. Exhortations et prêches.

Dans ce premier tome, Elhadji Abdoul Aziz Sy développe des “invocations aux contenus divers et profondément mystiques à travers lesquels le Sheikh implore la mansuétude et la compassion divines pour la santé et la paix. Il proclame son attachement à Dieu et à la souna du prophète  (psl)”.

Rawane Mbaye éditeur et traducteur de ce Diwân est professeur titulaire des universités. Il est auteur de plusieurs publications : La vie et l’oeuvre d’Elhadji Malick en trois tomes en 2003, 2128 pages. Il a traduit et publié en 2011,  Jawâhir al-ma’ani, 1634 pages. prix traduction  Ibn Khaldoun- Senghor en Sciences Humaines.

Prix  : 45.000 FCFA

LES ETHNIES : ENTRE MALENTENDUS, CHARMES ET MUTATIONS SOCIOLOGIQUES

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Le débat ethnique s’est installé subtilement mais surement au Sénégal. Un pays qui donnait l’impression d’être en dehors des logiques ethnicistes. Un narratif jugé dangereux voire implosif de notre État-nation. Un État paradoxalement qui a inscrit dans sa politique nationale de collecte des données nationales la variable “ETHNIE”. Une curieuse posture de renforcement des “ethnies institutionnelles” voire mécaniques. Une “ethnie patriarcale” qui gomme “l’ethnie métisse”. Une ethnie qu’il faut analyser sous le prisme des endon mies et des exonymies. Autant dire une pure construction qui surfe sur des logiques politiciennes. Heureusement que le voisinage ou cousinage à plaisanterie “déconstruit” la violence des chocs identitaires ainsi que les “matrimonialités” tout aussi métissées. Jusqu’à quand ? Alors vers où on va ? Nous sommes en réalité violemment projetés au contact des dénis de narratifs artificiellement gommés sur fond de contrôle des ressources. Nous avons créée nos propres bombes. Nous devrions nous débrouiller pour voir si elles éclateront en haute mer ou au coeur de nos concessions.
Cette question est grave mais elle est aussi posée de façon réductionniste. On peut même en avoir un lecture plus prosaïque. Elle nous met au coeur des préjugés, d’archétypes, de stéréotypes, de cousinage à plaisanterie…pour introduire un autre aspect qui a peut être une valeur sociale plus positive. Aucun peuple, aucune ethnie, aucun clan, aucune famille n’échappe à ces catégoriques judicatoires. Parfois sous le signe de la plaisanterie, de la moquerie, de la raillerie, de la caricature. Les zambiens appellent les guinéens et sénégalais des “westaf” très chargés symboliquement (stéréotypes). Nous appelons les ivoiriens parfois (i) vois-riens ou ñak. Ils nous le rendent bien avec gorgui (préjugés). Les casamançais appellent certains de leurs compatriotes des sudistes et inversement. Les sudistes qui ont une tendance à les appeler aussi des “laak kat” qui font référence à ceux qui ne parlent pas la langue wolof dominante (stéréotypes). Entre les Keïta et Diouarra, Ndao et Mbacké-Mbacké ou Sall, on peut se dire toutes incivilités (cousinage à plaisanterie). Les diolas appellent aussi les autres musulmans les “bamandingues”. Les Belges francophones et les Néerlandais, c’est le fou rire. Que dire du marseillais et du parisien…Ceci ne définit pas cela. Mais ces notions nous auraient permis de mieux comprendre que les logiques humaines sont consubstantiellement liées à ces formes complexes de préjugés, archétypes, stéréotypes…C’est un charme des sociétés et les violences symboliques judicatoires qui les charrient doivent être appréciées avec finesses. Même s’il faut reconnaître des formes qui peuvent être plus violentes parce qu’encrées dans les subconscients.
En réalité,  la question ethnique relève d’une pure construction en Afrique. Son essentialisation a donné naissance à des formes de revendications identitaires et communautaires qui ont plongé des pays dans des violences fracticides connues. Sur la base de profonds malentendus. Nos structures familiales sont complexes et on a voulu les subsumer dans des catégories statistiques réductionnistes. Sous prétexte de disposer de données pour les décideurs. Mais nous n’avons fait que copier des catégories statistiques venues d’ailleurs avec des référentiels qui ne sont pas les mêmes sous le double rapport de la complexité de nos systèmes matrimoniaux et de la fluidité de nos systèmes ethniques qui n’ont jamais été stables et immuables. C’est pourquoi je suis allé revisiter un classique de l’anthropologie qui dit des choses simples mais insuffisamment dites ou méconnues.
Il s’agit de l’ouvrage de Jean-Loup Amselle. Logiques métisses. 1990. Reprenons quelques interrogations ou déconstructions sur les rapports classiques établis entre ethnies et l’Afrique. Beaucoup ont estimé et estiment encore que les ethnies sont la cause des multiples conflits en Afrique. Amselle fut un des premiers anthropologues à introduire la notion de métissage. Il montre que contrairement à des préjugés tenaces, les “appartenances ethniques, culturelles et identitaires étaient extrêmement souples avant la colonisation et que, par exemple, on n’était pas peul, bambara ou malinké de toute éternité, mais qu’on le devenait. De nombreux changements d’identité ont ainsi été observés dans tous les domaines. Des peuls pouvaient devenir bambaras puis malinkés et inversement ; des païens, devenir musulmans puis retourner au paganisme ; des sociétés villageoises, devenir des royaumes puis retomber dans l’anarchie ; des sociétés produisant pour leurs stricts besoins, s’ouvrir au marché puis se replier sur l’autarcie”. Cet essai de Amselle est un plaidoyer contre les idées d’une Afrique figée, essentialisée dans la “tradition” et qui s’ouvrirait difficilement à la modernité coloniale et postcoloniale. Il existe un lien entre le métissage et le syncrétisme qui sont une des réponses à nos cultures, nos coutumes. C’est un thème intéressant contre les formes de racismes et d’ethnocentrisme.

Ce qui se passe au Sénégal comme phénomène ethniciste rampant n’est en réalité que le fait d’une modernité politique qui instrumentalise ce narratif subtilement ou explicitement dépendant des espaces, des acteurs, des moments et des fins poursuivies. D’un point de vue purement factuel, il est clair que l’actuel président de la république a surfé et surfe encore sur ce narratif ethnique. Sa prise de parole publique, ses nominations, la mobilisation de certains cercles pour le soutenir au nom de leur identité ethnique…ont fini de convaincre d’autres larges cercles sur les intentions et les instrumentalisations. Il est vrai que les revendications identitaires ne sont pas forcément identifiées à l’ethnie. Il peut arriver dans certains cas plutôt des revendications nationalistes.  Le débat ethnie/nationalité doit être approfondi. Mais globalement, on ne peut stigmatiser toute une communauté avec des cercles significatifs de tous bords “ethniques” qui refusent les instrumentalisations. Poser les dérives ethnicistes de façon globale c’est oublié les fractures qui traversent toutes les communautés et mésestimer dans l’évaluation la responsabilité première du président de la république depuis son accession au pouvoir.

En espérant que la “solidité” de nos cousinages à plaisanterie et des métissages viennent à bout des velléités politiciennes et nous préservent des chaos. Malheureusement, au plan des cousinages, on voit bien les remises  en cause de ces processus d’atténuation des conflits ethniques à l’image de ce qui se passe au Mali entre les cousins peuls et dogons qui s’entretuent avec la manipulation des forces politiques. En ce qui concerne les métissages, c’est sans doute une des chances du Sénégal abordée sous l’angle notamment de la transversalité des patronymies. C’est ainsi que tous les noms wolofs et certains sérères se retrouvent chez les peuls. Sans compter la correspondance des noms de famille au delà des frontières : des noms bambara et wolof  comme des Fall/Koulibaly, Diop/Traoré. De toute évidence l’espace ouest africain sahélien a développé des mécanismes de cohabitation qui sont aussi des vecteurs atténuants des chocs des violences ethniques. C’est peut être encore une des chances d’un Sénégal et d’une Afrique qui ont d’autres enjeux que de s’entretuer au nom de l’ethnie et des communautarismes.
NKEN