LA PEUR ET LA TYRANNIE PAR LE BAS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
En Afrique, entre les entrepreneurs et la politique, nous avons des relations de plus en plus complexes basées sur des rapports de force. Aujourd’hui le fait politique détermine tous le reste jusqu’y compris la plupart des marchés qui sont des marchés d’Etat. Chaque régime vient avec ses entrepreneurs. Tu es opposant tu n’as plus de marchés ! La tyrannie politique tire nos pays par le bas et on peut s’interroger sur le sens d’une démocratie de cette nature. Le suffrage te permet d’accéder au pouvoir et tu l’utilises comme tyrannie par la bas. L’Etat en Afrique est le père fouettard qui brime tous les “ecarts” de sujétion. Si nous ne brisons pas cette impasse, nous n’allons jamais réussir à bâtir une société juste et équitable. Cela explique le silence de certains, leur compromission ou leur “coopération “. C’est une grande question qui mérite approfondissement et peut être la mise en place de mécanismes.
Mais, au finish, les gens ont juste parfois peur. La peur bride les gens et les auto-censure à tous les niveaux. Autrement, tu ne seras pas “servi”. Et puis le peuple ne vaut pas ces sacrifices entend on souvent dans les argumentaires. ll faut s’y pencher cette question de la peur. Elle est fondamentale. Voilà pourquoi le capitaine Dièye, le juge Dème ou Sonko fascinent. La peur est partout et elle n’est pas le fait de l’Etat seulement. Même exprimer un avis en tant qu’intellectuel ou des postures critiques n’est plus chose aisée face aux différentes lignes de censure qui ont accaparé notre société. On a “émascule” les citoyens. Il n’existe pas d’ombudsman pour garantir les libertés. La seule règle mise en exécution c’est celle qui protège les voyous d’Etat qui ont le monopole de la violence et de l’injustice. Et nous revoilà au coeur des détestables mots : outrage qui veut dire “souffre en silence “. Violence légitime, outrage, de la vraie mascarade. Ce n’est pas une incitation au non respect des institutions. Car ll faut mettre fin aux actes de bravoure. S’exprimer et être déterminé doivent être là règle. Si Macron était Sénégalais il serait à Rebeuss
Qui sème actuellement la terreur au Sénégal à part certains juges à la solde et la police politique ? Le mal est profond. Les gens se terrent. En attendant les urnes dit on. Sauf que voter est aussi devenu un exploit olympique. Sois tu n’as pas de carte, sois ton bureau de vote est fictif, sois les bulletins n’y sont pas sois tu es en compétition avec les “martiens électoraux’. Et avoir le bon chevalier aussi un exploit national. L’érosion des libertés est un fait. Et on se dit à quoi sert cette démocratie. Il faut “dépénaliser” l’action de la citoyenneté. La rendre aussi moins suspecte car c’est aussi l’autre revers de la médaille. Depuis Senghor on liquide, emprisonne, met au frigo, paupérise. Mais les nouvelles formes sont plus vicieuses. L’Etat détient ce monopole de l’embargo économique. Et il l’exerce sur des “élites” devenues plus carriéristes que jamais et sur des “initiés ” du même bord qui ont aliéné leurs libertés par le fait des prévarications et compromissions antérieures. Et distribue les prébendes à ses courtiers et courtisans. Et cette peur se diffuse et se reflète partout. Du mandarin à l’université ou policier dans la rue en passant par le petit commis de l’administration qui peut te “punir” à la moindre ” incartades”. Du coup chacun se tait pour ne pas se faire remarquer. Et chacun cherche son parrain  et sans le savoir se met a ” investir” dans la “bourse des faveurs”.
On parle parfois de la question de la “fragilité “. Ce sont ces pays sortis des crises (guerres, ébola), etc. A la réflexion, on se dit est-ce vraiment eux les “Etas fragiles” ? Que dire des pays devenus des ‘scandales” car les capacités sont noyées, l’esprit entrepreneurial soumis au chantage politique et qui connaissent des reculs démocratiques et puis qui sont lourdement endettés à cause d’un Macky qui a vendu le pays.
NKEN

FEUILLETS : PLAIDOYER POUR UN ISLAM APOLITIQUE

A la mort du prophète, la famille de Abou Soufiane, (ennemi invétéré du prophète qui se rallie tardivement a l’islam après la prise de la Mecque) s’empare du pouvoir.  Ali, gendre et cousin du prophète, sera combattu par Moawiyya, son fils Yazid va  liquider le fils de ce dernier, petit fils du prophète Hussein tué à Karbala. 

Dans ces 4 feuillets, Louizi démonte les falsifications des omeyyades qui ont imposé des rites sur la base de hadith douteux avec une violence inouïe sur la Mecque et Médine,  symboles de l’islam. D’ailleurs les hadiths célèbres, c’est plus de 200 ans après le prophète.  Boukhari (9ième siècle) est la référence principale. Il en a d’autres plus anciens dont imam Malik Ibn Anas (8ième siècle) qui tient ses hadith du fils d’Omar, Abdallah Ibn. Il y a aussi Mouslim, Ibn Khatir et d’autres.  C’est pourquoi d’ailleurs une soufi comme Rabia a toujours eu un rapport critique à la Sunnah qui selon elle est une oeuvre humaine et qui risque de s’interposer entre elle et Dieu. 

Mohamed Louizi fidèle à sa tradition de déconstructeur des falsifications omeyyades nous restitue ces renversants faits fondés sur une documentation rigoureuse. 

NKEN

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“Un schisme auto-immun

Les irakiens prêtent ensuite allégeance à Al Hassan Ibn Ali (624_670) ; le petit-fils du prophète. Les syriens eux soutiennent Mouawiyah. Voulant préserver la paix et faire cesser la guerre civile ; le calife Al Hassan s’est retiré du pouvoir après avoir négocié un pacte avec Mouawiyah. Dès lors celui-ci est devenu le nouveau (prince des croyants). L’année 611 est devenu année de la Jamaa l’année de l’Union (ou de la consensus). Une expression “les gens de la sunna et l’Union” utilisée comme marque théologique et doctrinaire sunnite, en opposition aux chiites.

Son père, Abu Sufyan régnait uniquement sur les Quraychites à la Mecque. Le voilà désormais à la tête d’un vaste empire. Qui aurait cru, le jour de la “Conquête de la Mecque”, trente ans auparavant, en ce scénario incroyable ? Qui aurait cru que l’amnistié d’hier serait désigné calife demain,  après avoir neutralisé le gendre et le petit fils du Prophète ? Certes, la roue tourne, mais à cette vitesse, cela reste de l’ordre du mystère.

Dès le décès d’Al Hassan Ibn Ali, en 670, Mouawiyah ne s’estime plus obligé de respecter le pacte, conclu a deux, au nom duquel Al Hassan renonce au califat. Une clause engage l’Omeyyade à remettre, au crépuscule de sa vie, le choix du futur calife entre les mains des musulmans. Il désigne alors son fils comme successeur. Ainsi, en 680, le jour de la mort de son père, le jeune Yazid Ibn Mouawiyah (647-683) devient le roi Yazid 1er, à l’âge de trente-trois ans. Sa prise du pouvoir a contestée par l’autre petit fils du Prophète Al Hussein Ibn Ali (626-680) et aussi par le compagnon Abdallah Ibn Zubaya (623-692). L’un comme l’autre refuse de lui prêter allégeance, car illégitime à leurs yeux.

Description originelle

L’empereur Yazid 1er décide d’envoyer une armée pour combattre Al Hussein Ibn Ali qui a rejoint la ville irakienne d’Al koufa, avec sa famille et quelque soixante-dix soutiens. Ces derniers renoncent à l’introniser calife. Il est rejoint par les trente mille soldats que Yazid 1er a dépêchés pour anéantir. La confrontation, plus que déséquilibrée, se produit à Karbala en octobre 680, le 10 Muharram de l’année 61 de l’Hégire.

Al Hussein Ibn Ali est assassiné ce jour-là. Il est décapité sa tête mise dans un sac et envoyée à Damas, la capitale, comme preuve matérielle de sa carnage. Chaque année, à cette même date, c’est la fameuse Achoura. En effet, selon que l’on soit chiite ou sunnite, la commémoration diverge. Les chiites pleurent l’imam Al Hussein en célébrant leur rite de l’autoflagellation. Quant aux sunnites, ils recommandent de jeûner ce jour-là, étrangement en expliquant entre autres histoires chimériques basées sur des hadiths douteux, que ce serait le jour durant lequel Dieu aurait libéré le Prophète Moise et le peuple juif de la persécution subie que le pharaon de l’Egypte leur infligeait. Le soir, dans certains pays sunnites la tradition, c’est le henné, la fête, un festin, la musique, la danse et les pétards dans les rues.

Terreur à Médine

Lorsque l’information de l’assassinat d’al-Hussein  parvient au Hijaz, à la Mecque et à Médine, les compagnons et autres musulmans médinois décident de se défaire de l’allégeance prêtée à Yazid 1re, qu’ils soupçonnent déjà, depuis sa prise du pouvoir, d’être un pervers corrompu et alcoolique. A Médine, ils assiègent son gouvernement et finissent par le déloger. Cela ne plait pas au jeune roi, qui très vite, dépêche une armée d’une dizaine de milliers de soldats pour les contraindre à cesser la dissidence et rétablir l’allégeance. Une fois sur place, le commandant omeyyade leur accorde un ultimatum de trois jours pour prêter allégeance à nouveau et rejoindre son armée en partance pour attaquer Abdallah ibn az-Zubayr qui s’est établi à la Mecque.

Passé ce délai, et devant le refus catégorique des Médinois, l’armée omeyyade tient sa promesse sanguinaire. Que Médine ait été la ville du prophète il y a quelques années, qu’elle soit le deuxième Lieu saint de l’islam et que des compagnons y soient toujours, cela n’a strictement rien changé. La “Bataille d’al-Harra” a lieu en 683. On compte les morts par dizaines, par centaines ,et peut être par milliers. La victoire acquise, le commandant omeyyade donne quartier libre à ses soldats. Trois jours durant lesquels ils peuvent faire ce qu’ils veule nt au sein de la vile du Prophète : torture, pillage et viol compris !

La Mecque catapultée 

Dès que la victoire est acquise, l’armée de Yazid 1er poursuit son chemin vers la Mecque pour y déloger l’autre dissident, le compagnon du Prophète Abdallah ibn az-Zubayr, le petit fils du calife Abou Bakr. Une fois sur les montagnes, aux alentours de la Mecque, la décision est prise d’assiéger le premier Lieu Saint de l’islam, au nom du roi. Les historiens, reconnus d’autorité chez les sunnites comme al-Tabari, consacrent ce chapitre à ce siège. On y apprend que la Mecque fut catapultée à l’aide de mangonneaux. La Ka’ba fut endommagée. L’étoffe qui recouvrait ses murs , sa kiswa fut brûlée. On compte de nombreux morts  au sein  même de ce sanctuaire millénaire. Une trêve n’st intervenue que lorsqu’on a appris le décès du roi Yazid 1er à Damas. Mais ce n’est que partie remise !”

Mohamed Louizi,  Plaidoyer pour un islam apolitique,  pp. 33-36.

CIRCONCISION EN PAYS AJAMAAT: SIGNES D’ALLIANCES ET FOIS SPIRITUELLES

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao. Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com
www.ndourawaly.com

Les cérémonies initiatiques de circoncision en Basse Casamance poursuivent. Certains de ses villages ajamaat sont restés parfois plus de 40 ans avant d’organiser ces bukut dans l’écrasante majorité du pays ajamaat alors que le kahat principalement organisé dans le royaume d’Oussouye dans le Kassa, se tient généralement une fois tous les 5 ans. La circoncision est la plus ancienne des cérémonies initiatiques perpétuées depuis Adam et Abraham comme signe d’alliance avec les fois spirituelles. Elle était d’abord réservée aux royautés et aux pharaons. Le christianisme a supprimé la circoncision et de ce fait il a enlevé à l’homme ce symbole marqué dans sa chaire de la sacralité. C’est ainsi que l’on a remplacé la circoncision par le baptême, soit 3 gouttes d’eau…

Kahat d’Oussouye, basse Casamance, Sénégal. Photo : Matar Ndour

 
Il existe beaucoup d’approches différentes et d’interprétations pour les sémites de toute la descendance abramique. Ici en basse Casamance, au fil du temps les rituels ont changé ou se sont adaptés. Il existe un bukut grande cérémonie initiatique destinée aux circoncis et le kahat principalement du côté du Kassa royaume d’Oussouye qui est une vraie cérémonie de circoncision. Si vous êtes circoncis, vous êtes exclus de ce rituel. Cependant les schémas ne sont pas si tranchés et les évolutions rituelles intègrent et synthétisent des formes provenant des deux traditions.
 

On peut observer de grandes différences dans l’interpretation et dans le rituel, mais on est toujours sur les organes génitaux et d’une certaine manière une grande violence et la rencontre avec la douleur… Mais on n’échappe pas au rituel. Ses origines sont trop profondes. Cette violence et douleur constituent également une forme du tatouage d’appartenance ethnique. On est loin de la “religion”. Ce qui est aussi intéressant c’est que les femmes elles mêmes sont attachées à ces rites alors que psychologiquement, les hommes leur enlèvent les enfants (en principe nouveau né de 7 jours pour les sémites ou 6 jours pour le Kahat et de façon relativement indéterminée pour le bukut) de leur bras…

Bukut Sam-Sam, basse Casamance, Sénégal. Photo : Matar Ndour

 
Signes d’alliances ? Relisons la Genèse :
«Toi et tes descendants, de génération en génération, vous devrez respecter mon alliance. Voici l’obligation que je vous impose et à laquelle vous vous soumettrez, toi et tes descendants : Quiconque est parmi vous de sexe masculin devra être circoncis. Votre circoncision sera le signe de l’alliance établie entre vous et moi. De génération en génération, tous vos garçons seront circoncis quand ils auront huit jours. De même pour les esclaves nés chez toi ou pour les esclaves étrangers que tu as achetés et qui ne sont donc pas membres de ton clan. Ainsi l’esclave né chez toi et celui que tu auras acheté seront circoncis, afin que mon alliance soit inscrite dans votre chair comme une alliance perpétuelle. Quant à l’homme non circoncis, il sera exclu du peuple pour n’avoir pas respecté les obligations de mon alliance ». Texte de la Genèse. Versets 17:9-14).
Suffisant pour mieux saisir les signes d’alliances et les spiritualités qui organisent les processus complexes de la circoncision. Et cela date.
© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Matar Ndour et NKEN. Aout 2018

POUR UN ISLAM APOLITIQUE DE MOHAMED LOUIZI

Plaidoyer pour un islam apolitique de Mohamed Louizi passe en revue toute l’histoire de l’islam et montre les falsifications et comment la culture arabe est devenue culte musulman. Notamment le basculement du processus de construction de l’islam à son enfermement par le pouvoir politique tribal arabe. C’est sur que c’est un livre qui doit faire mal aux salafistes parce que l’auteur vient du serail des frères musulmans. Mohamed Louizi auteur aussi de Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans (Michalon, 2016) est ingénieur et formateur spécialiste de la radicalisation islamiste. Aux pages 37 et 38 consacrées au “Dôme de l’illusion”, il explique les “sacrilèges ommeyades” et comment ils ont falsifié l’histoire de l’islam au profit de leur logique de pouvoir politique.
“Le dôme de l’illusion”
L’année 692 est aussi l’année de l’achèvement de la construction  par les maçon du monarque Abdelmalick Ibn Marwan, de la mosquée dénommée le “Dome du Roche” à Jérusalem. Certains préfèrent ne voir que la construction du “soi-disant” troisième lieu saint de l’islam. Mais ils oublient qu’en l’année 692, l’armée d’Abdelmalik Ibn Marwan a catapulté la Ka’ba abrahamique millénaire à La Mecque, au nom de la (re)conquête du pouvoir politique. Comment peut-on ce point, vénérer celui qui a incendié et détruit la Ka’ba, celui-là même, qui, à en croire  al-Tabarî, a participé activement à l’alerte envoyée à Damas, demandant du renfort militaire à Yazid 1er, lors de la “Bataille d’al-Harra”, lors du saccage de Médine, le deuxième Lieu saint de l’islam ?
Plus tard, des religieux se sont mis à mis à l’oeuvre pour effacer les traces du crime et doter la mosquée de Jérusalem de ce qu’il faut comme textes apocryphes, lui attribuant le statut du troisième Lieu Saint de l’islam. J’y reviendrai. Une pure fabrication qui a presque réussi à effacer de la mémoire collective des générations successives les sacrilèges omeyyades commis à la Mecque et à Médine. Ces religions ont été l’emballage théologique de ce qui ressemble plutôt à al-Qalis (ou al-Qullays) qu’avait construit le roi hymiarite Abraha, entre 527 et 560, pour promouvoir le christianisme au Yemen et pour concurrencer, peut-être la Ka’ba.
Ce nouveau totem omeyyade s’érige désormais comme un symbole de “l’islamité” prétendue de la question palestinienne, alors que le conflit entre Israéliens et Palestiniens est de nature politique. Ce totem participe de cette guerre des sacrés qui n’est toujours pas près de s’essouffler”. 
Mohamed Louizi. Plaidoyer pour un islam apolitique. Immersion dans l’histoire des guerres des islams. Année 2017. Edition Michalon. pp. 37 et 38. 257 pages.

LE BUKUT, UNE ÉCOLE DE LA SAGESSE ET DE L’HUMILITE DES AJAMAAT

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com

www.ndourawaly.com

Cérémonie d’exhibition aux couteaux à Sam-Sam, Photo : Matar Ndour; aout 2018

Sam-Sam, à quelques encablures de Elinkine. En basse Casamance a pris le relais des bukut. Le bukut abrite la plus grande cérémonie initiatique du peuple ajamaat. Des milliers de personnes ont rallié ce petit village pour soutenir les futurs initiés. L’initiation est une école pour comprendre le secret des plantes, la gestion de la famille, l’endurance, l’humilité…Quelque soit ton rang, tu t’habilleras de la même façon, tu danseras. Tu sera rasé. Tu recevras des coups et des corvées. Les systèmes initiatiques changent et s’adaptent aux mutations du monde.

Cérémonie d’exhibition aux couteaux à Sam-Sam, Photo : Matar Ndour; aout 2018

Autrefois, les initiés restaient un semestre dans le bois sacré. Aujourd’hui, ils y sont en moyenne pendant un mois pour satisfaire les contraintes professionnelles et scolaires des ambathie (initiés) et adjankarou (encadrement). Le bukut était un passage obligé d’entrée en première union. C’était une étape nécessaire pour se marier. Aujourd’hui, cette exigence n’est pas strictement respectée. Elle peut même être contournée par le payement d’un dû pour entrer dans un autre bukut proche. En effet, en moyenne, les futurs initiés d’un village attendent une trentaine d’années avant d’entrer dans un bukut. A l’image de Mandegane ou Diotock restés respectivement 40 ans et 41 ans d’attente.

Cérémonie d’exhibition aux couteaux à Sam-Sam, Photo : Matar Ndour; aout 2018

Le bukut une vraie synthèse des tolérantes religieuses. Une foire initiatique pré-islamique qui accueille toutes les religions. Les contextes religieux ont leur influence sur les itinéraires et trajectoires des initiés en direction des bois sacrés. C’est cela aussi la complexité et la relativité des syncrétismes et des négociations et re-négociations permanentes entre les logiques musulmanes, chrétiennes et les tréfonds animistes qui restent le modèle prédominant des foires initiatiques du bukut. Il est vrai qu’il faut considérer les variétés de situations selon les villages. Nous sommés dans une grande hétérogénéité culturelle ou logiques métisses qui refusent des généralisations abuses. Les trajectoires religieuses, historiques modifient les rituels qu’il faut éviter d’essentialiser dans des formes caricaturales loin de leurs spécificités et complexités.

Les initiés resteront pour un temps indéterminé dans bois sacré. La date de sortie reste inconnue. Car le rapport à la date est des plus sacrés dans les environnements ajamaat. Sa diffusion respecte des procédures mystiques précises portées par des acteurs assermentés. Qu’elles sont belles les traditions du bukut. Qu’elles sont fédératrices et tolérantes. Le bukut, une vraie école au service de l’humilité, de respect de l’autre, du partage, du savoir-faire adapté. Sur ce registre, elles sont sans doute très en avance sur nos écoles formelles qui nous produisent des effrontés, des autistes, des nombrilistes et narcissiques. Alors, c’est quoi notre projet ?

© Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Matar Ndour et NKEN. Août 2018

RAMATOULAYE SISSOKHO YADE, UNE STYLISTE AU COEUR DES SCIENCES SOCIALES

Mme Yade Ramatoulaye Sissokho est une styliste qui s’active depuis plus d’une vingtaine d’années dans ce domaine. Sortie l’Institut de Coupe Couture et de Mode de Dakar, elle a à son actif des défilés de mode et remporté des télé concours. Elle fréquente par la suite une école des arts pendant une année pour mieux assoir certaines bases essentielles.

Mme Yade a été représentante du secteur de la mode dans le programme de mise en place du système de gestion basic pour les petites et moyennes industries et petites et moyennes entreprises, mené par l’USAID. Très polyvalente, elle s’est aussi engagée dans la restauration le courtage immobilier et le commerce.

Depuis sa rencontre avec le photographe Matar Ndour et de l’anthropologue Abdou Ndukur Kacc Ndao elle a décidé de pratiquer le stylisme autrement. Ainsi, toujours dans le souci d’innover et de proposer des concepts inédits, sa plus grande prouesse à la date d’aujourd’hui est une exposition de photos dans laquelle elle reproduisait certains costumes figurant sur des photos. C’était dans le soucis que les gens puissent toucher et apprécier à leur juste valeur certains tissus et accessoires pour donner à l’exposition l’élan de musée vivant.

Son objectif est de présenter la culture et la tradition sénégalaises en poussant continuellement ses recherches le plus loin possible.

LE HASSIDISME, ECOLE “SOUFI” JUIVE

Le maître du hassidiisme qui serait comparable au soufisme est Nachmann de Breslav. https://youtu.be/gZJbpSIoGFI. https://youtu.be/b9c2ofjaLwQ. https://youtu.be/CrQv1hDZTQE. L’expression mystique juive profonde s’exprime par la joie, la danse et l’exaltation. Les hassidismes se retrouvent à Ouman en Ukraine sur la tombe de Nachman de Breslav qui a redonné l’espoir que la joie est la voie de s’approcher et refaire rejaillir la foie. C’est un peu peu fou… oui mais l’exaltation est bien proche de celle que nous rencontrons en Afrique ou chez les souffi et qui reste compréhensible qu’à celui qui en comprends le sens.

” Biographie :

Rabbi Nahman de Bratslav, né Nahman Ben Simha, est un rabbin des XVIIIe et XIXe siècles, fondateur de la dynastie hassidique de Bratslav.

Sa mère, Feyga, est la petite-fille du Besht (Baal Shem Tov), rabbin mystique, fondateur du judaïsme hassidique, qui s’installe à Medjybij en 1740, et son père, le Rabbin Sim’ha, l’un de ses principaux disciples et l’intendant de sa maison. Nommé d’après son grand-père paternel, le Rabbin Nahman Horodenker, il grandit dans une atmosphère hassidique.

Âgé de 13 ou 14 ans, le Rabbin Nahman épouse Sashia, fille du Rabbin Ephraïm de Houssiatyn et acquiert son premier disciple, le Rabbin Shimon (son aîné de plusieurs années) le jour même de son mariage. Il s’installe auprès de son beau-père puis à Medvedevka, où il demeure neuf ans. À l’approche de sa vingtième année, il compte de nombreux disciples.

À l’âge de vingt-six ans, Rabbi Nahman décide de se rendre en terre d’Israël. Ayant tout laissé derrière lui, il entreprend le voyage, accompagné du Rabbin Shimon, en 1798.

Son navire atteint les côtes de Haïfa la veille de Roch Hachana 1799. Il est reçu avec de nombreux égards par les Hassidim de Haïfa, Safed et Tibériade. Il quitte la Terre d’Israël vers Pourim (février ou mars) 1799 et arrive à Medvedevka au début de l’été 1800. Cette visite marque un tournant dans son enseignement.

Après avoir passé deux ans à Zlatopol, Rabbi Nahman s’installe à Bratslav, en Ukraine, en 1802. Son épouse Sashia décède la veille de Chavouot 1807 et est enterrée à Zaslov. Le Rabbin Nahman se remarie avec la fille de Yehezkel Trachtenbourg de Brody. Il contracte la tuberculose peu après.

À la suite d’un incendie qui détruit sa maison en 1810, le Rabbin Nahman est contraint de quitter Bratslav. Il est hébergé par un groupe de maskilim d’Ouman, également en Ukraine.

Rabbi Nahman de Bratslav décède à 38 ans, emporté par la tuberculose.

Né à une époque où l’influence de son arrière-grand-père, le Baal Shem Tov, s’estompe, le Rabbin Nahman donne un nouveau souffle au hassidisme en combinant les enseignements ésotériques du judaïsme avec une étude approfondie de la Torah.

Maniant à la fois le secret et la simplicité, la prière et la danse, la polémique et les contes philosophiques, proclamant qu’ »il est interdit d’être triste » mais souvent saisi de terribles crises d’angoisse, ce sage était trop « fou » pour entrer dans un cadre”.

Likoutey MoHaran est l’oeuvre maîtresse de Rabbi Na’hman de Breslev, le Likouté Moharan permet d’accéder d’une façon directe à l’enseignement du père fondateur de la ‘hassidouth breslev. Pour autant, sa lecture n’est pas toujours facile pour les débutants. Le Tikoun Haclali est composé de 10 Psaumes du Roi David sélectionnés dans un ordre précis par Rabbi Na’hmam de Breslev.

Si nous reprenons les negro-spirituals et les danses quand les noirs prient  : on n’est pas trop éloignés et cela n’avait pas échapé aux christianisme occidental.  Les noirs africains s’inspirent en premier des textes de l’ancien testament et des prophètes hebreux. C’est comme cela qu’ils sont venus précher contre les missionnaires en Afrique. Cette  démarche est totalement mystique par conséquent incomprise.

Les juifs passaient leur temps à l’étude et l’honneur était d’être considéré comme un Tzadik un sage. Ils étaient d’abord des thérapeutes et par la danse et la foie, ils ont sauvé les leurs de la desespérance et leur enfermement dans une extrême pauvreté dans les villages de Pologne, Russie, Ukraine. Le Sionisme a voulu changer et les ramener à la terre, obtenir les droits civils. C’est le meme combat que les noirs américains. https://youtu.be/eQ3PU3krIes

Photo  : La tombe de  Rabbi Na’hmam de Breslev.

SHAFIK, DÉTONNANTE RENCONTRE ENTRE SHAMS ET RÛMI

 Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Le XIIIe siècle fut tumultueux. Les croisés se dirigèrent vers Jérusalem, occupèrent Constantinople qui fut pillé. Les mongoles gagnèrent des territoires. Dans ce chaos sur fond de rivalités, vivait un érudit,  un savant influent qui avait des milliers de disciples. Rûmi ou Mawlana ou notre maître. Un autre derviche hérétique et errant aussi. Shams De Tabriz  :

Quand j’étais enfant,

je voyais Dieu,

je voyais les anges ;

je regardais les mystères des mondes d’en haut et d’en bas.

Je croyais que tous les hommes voyaient la même chose.

J’ai fini par comprendre qu’ils ne voyaient pas…

Shams De Tabriz

En 1244,  Rûmi rencontra Shams. Une rencontre de deux océans comme le diront les soufis. Leur vie allait basculer nouée désormais par une solide amitié. Rûmi reprécisera sa conception du djihad et son recentrage autour du nafs, son propre ego.

Elif Shafak née en 1972 à Strasbourg romancera cette détonante rencontre entre les deux océans derviches :

Les mystiques soufis disent que le secret du Coran repose dans la sourate al-Fatiha

Et que le secret d’al-Fatiha repose dans le Bismillah al-Rahman al-Rahim

Et que la quintessence de la Bismillah est la lettre « ba »

Et qu’il y a un point sous cette lettre…

Le point en dessous du B recèle tout l’univers…

Le Mathnawi commence par un B,

Comme tous les chapitres de ce roman.

Shafak nous plonge au coeur de ces complexités soufies. Entre Shams et Rûmi,  on ne tire que du bonheur, de la spiritualité et de la transcendance qui ne prendront jamais fin. Shafak le signale avec éloquence  :

En vérité, elle n’eut pas de fin. Presque huit siècles plus tard, les esprits de Shams et de Rûmi sont encore vivants. Ils tournoient parmi nous…

NKEN

DÉRIVES DÉMOCRATIQUES ET NÉO RÉPUBLICAINS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Je suis très amusé de lire et d’entendre ces jours ci de vieux combattants et militants notamment de gauche donner des leçons de civilité républicaine à la génération 2.0. Me reviennent les images des casses des bus de la SOTRAC, les militants du PS tabassés juste parce qu’ils étaient PS, des affiches absolument insultantes contre Diouf, Wade.  Diouf et sa femme ont tout entendu et lu. Wade et sa femme aussi. Parfois méchamment comme ElisaBête pour parler de la première dame. Parfois plus humoristiquement avec M. moulin et Mme. Forage. Les journaux sous forme de stencils rivalisaient de profondeurs analytiques mais aussi d’insultes et d’offenses. On aurait pu établir un dictionnaire des insultes créées par la gauche. Aujourd’hui ce sont les mêmes ou presque au pouvoir qui donnent des leçons à la génération 2.0. Quelque chose a du changer sans que je m’en rende compte. Ou peut être refusent ils d’être des imbéciles.

Ce qu’on appelle dérives n’est pas nouveau. Elles sont inscrites dans l’ordre naturel d’un processus démocratique amplifié par les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Elles vont s’amplifier car elles sont aussi des marqueurs sociologiques de la profondeur de la crise multiforme qui secoue notre pays. Sans compter le fait qu’elles sont des marqueurs identitaires. Essayer de provoquer un saloum saloum ou un lebou. Vous saurez ce que signifie insulter.

Il ne sert à rien de bander les muscles. Les autorités doivent être au dessus de la mêlée. Nous n’avons pas encore notre guerre civile parce que la parole est libérée. Nous devrions faire l’effort de comprendre l’efficacité thérapeutique de ces trivialités. Ce n’est pas de la justification, mais un regard pragmatique sur des phénomènes qui sont aux marges dans un processus démocratique générateur de fait et par défaut de violences et d’insultes symboliques.

NKEN

PRENEZ LE POUVOIR ! HULO GUILLABERT

Message aux Jeunes

Le but principal de ce livre est la conscientisation des jeunes Africains, renforcer leur optimiste et leur estime de soi, leur niveau de conscience politique, sociologique, culturelle et philosophique…

Ce livre a pour but de vous galvaniser, de vous inciter à vous former, vous informer, comprendre le sens de l’histoire, les intérêts stratégiques, la propagande, comprendre le fonctionnement des méRdias internationaux, mais aussi de vous donner l’énergie, le courage et la détermination, vous encourager à vous battre, et vous qui êtes encore timides et hésitants, de vous prendre la main en tant qu’Ainée et vous dire « n’ayez pas peur ! Osez ! Vous allez accomplir de grandes choses ! Nous avons besoin de vous !». Comme le dit l’adage : « Le fleuve fait des détours parce que personne ne lui montre le chemin.». J’espère que ce livre vous évitera quelques détours, même si je sais que quoi qu’il arrive vous franchirez la ligne d’arrivée, triomphants, même si cela doit ou peut prendre un peu plus de temps.

Je vous dis avec force « Prenez le pouvoir, prenez VOTRE pouvoir ! »

D’abord le pouvoir sur vous-même spirituellement et intellectuellement, le pouvoir sur votre espace vital, le pouvoir sur votre destin personnel, le pouvoir sur le destin commun du peuple de Katiopa (L’Afrique Kama et sa diaspora mondiale) !

AUTEUR : Hulo GUILLABERT

« Africaine du Sénégal », promotrice culturelle, conférencière, écrivain et activiste du panafricanisme. Elle est née au Sénégal et a vécu en France où elle a occupé des postes de responsabilité au sein de grandes entreprises comme consultante. Après des dizaines d’années, à Paris, à l’ile de la Réunion et à Montréal, elle rentre au bercail et abandonne sa carrière de consultante afin de s’engager pour l’Afrique. Elle crée la maison d’édition numérique Diasporas Noires, 100 % Africaine et militante ainsi que la Revue des bonnes nouvelles d’Afrique. Elle est l’initiatrice des conférences mensuelles « Les Rendez-vous de l’Afrique Consciente ». Infatigable, elle fonde également en 2014 le collectif DOYNA STOP à la mendicité des enfants.