RAMATOULAYE SISSOKHO YADE, UNE STYLISTE AU COEUR DES SCIENCES SOCIALES

Mme Yade Ramatoulaye Sissokho est une styliste qui s’active depuis plus d’une vingtaine d’années dans ce domaine. Sortie l’Institut de Coupe Couture et de Mode de Dakar, elle a à son actif des défilés de mode et remporté des télé concours. Elle fréquente par la suite une école des arts pendant une année pour mieux assoir certaines bases essentielles.

Mme Yade a été représentante du secteur de la mode dans le programme de mise en place du système de gestion basic pour les petites et moyennes industries et petites et moyennes entreprises, mené par l’USAID. Très polyvalente, elle s’est aussi engagée dans la restauration le courtage immobilier et le commerce.

Depuis sa rencontre avec le photographe Matar Ndour et de l’anthropologue Abdou Ndukur Kacc Ndao elle a décidé de pratiquer le stylisme autrement. Ainsi, toujours dans le souci d’innover et de proposer des concepts inédits, sa plus grande prouesse à la date d’aujourd’hui est une exposition de photos dans laquelle elle reproduisait certains costumes figurant sur des photos. C’était dans le soucis que les gens puissent toucher et apprécier à leur juste valeur certains tissus et accessoires pour donner à l’exposition l’élan de musée vivant.

Son objectif est de présenter la culture et la tradition sénégalaises en poussant continuellement ses recherches le plus loin possible.

LE HASSIDISME, ECOLE “SOUFI” JUIVE

Le maître du hassidiisme qui serait comparable au soufisme est Nachmann de Breslav. https://youtu.be/gZJbpSIoGFI. https://youtu.be/b9c2ofjaLwQ. https://youtu.be/CrQv1hDZTQE. L’expression mystique juive profonde s’exprime par la joie, la danse et l’exaltation. Les hassidismes se retrouvent à Ouman en Ukraine sur la tombe de Nachman de Breslav qui a redonné l’espoir que la joie est la voie de s’approcher et refaire rejaillir la foie. C’est un peu peu fou… oui mais l’exaltation est bien proche de celle que nous rencontrons en Afrique ou chez les souffi et qui reste compréhensible qu’à celui qui en comprends le sens.

” Biographie :

Rabbi Nahman de Bratslav, né Nahman Ben Simha, est un rabbin des XVIIIe et XIXe siècles, fondateur de la dynastie hassidique de Bratslav.

Sa mère, Feyga, est la petite-fille du Besht (Baal Shem Tov), rabbin mystique, fondateur du judaïsme hassidique, qui s’installe à Medjybij en 1740, et son père, le Rabbin Sim’ha, l’un de ses principaux disciples et l’intendant de sa maison. Nommé d’après son grand-père paternel, le Rabbin Nahman Horodenker, il grandit dans une atmosphère hassidique.

Âgé de 13 ou 14 ans, le Rabbin Nahman épouse Sashia, fille du Rabbin Ephraïm de Houssiatyn et acquiert son premier disciple, le Rabbin Shimon (son aîné de plusieurs années) le jour même de son mariage. Il s’installe auprès de son beau-père puis à Medvedevka, où il demeure neuf ans. À l’approche de sa vingtième année, il compte de nombreux disciples.

À l’âge de vingt-six ans, Rabbi Nahman décide de se rendre en terre d’Israël. Ayant tout laissé derrière lui, il entreprend le voyage, accompagné du Rabbin Shimon, en 1798.

Son navire atteint les côtes de Haïfa la veille de Roch Hachana 1799. Il est reçu avec de nombreux égards par les Hassidim de Haïfa, Safed et Tibériade. Il quitte la Terre d’Israël vers Pourim (février ou mars) 1799 et arrive à Medvedevka au début de l’été 1800. Cette visite marque un tournant dans son enseignement.

Après avoir passé deux ans à Zlatopol, Rabbi Nahman s’installe à Bratslav, en Ukraine, en 1802. Son épouse Sashia décède la veille de Chavouot 1807 et est enterrée à Zaslov. Le Rabbin Nahman se remarie avec la fille de Yehezkel Trachtenbourg de Brody. Il contracte la tuberculose peu après.

À la suite d’un incendie qui détruit sa maison en 1810, le Rabbin Nahman est contraint de quitter Bratslav. Il est hébergé par un groupe de maskilim d’Ouman, également en Ukraine.

Rabbi Nahman de Bratslav décède à 38 ans, emporté par la tuberculose.

Né à une époque où l’influence de son arrière-grand-père, le Baal Shem Tov, s’estompe, le Rabbin Nahman donne un nouveau souffle au hassidisme en combinant les enseignements ésotériques du judaïsme avec une étude approfondie de la Torah.

Maniant à la fois le secret et la simplicité, la prière et la danse, la polémique et les contes philosophiques, proclamant qu’ »il est interdit d’être triste » mais souvent saisi de terribles crises d’angoisse, ce sage était trop « fou » pour entrer dans un cadre”.

Likoutey MoHaran est l’oeuvre maîtresse de Rabbi Na’hman de Breslev, le Likouté Moharan permet d’accéder d’une façon directe à l’enseignement du père fondateur de la ‘hassidouth breslev. Pour autant, sa lecture n’est pas toujours facile pour les débutants. Le Tikoun Haclali est composé de 10 Psaumes du Roi David sélectionnés dans un ordre précis par Rabbi Na’hmam de Breslev.

Si nous reprenons les negro-spirituals et les danses quand les noirs prient  : on n’est pas trop éloignés et cela n’avait pas échapé aux christianisme occidental.  Les noirs africains s’inspirent en premier des textes de l’ancien testament et des prophètes hebreux. C’est comme cela qu’ils sont venus précher contre les missionnaires en Afrique. Cette  démarche est totalement mystique par conséquent incomprise.

Les juifs passaient leur temps à l’étude et l’honneur était d’être considéré comme un Tzadik un sage. Ils étaient d’abord des thérapeutes et par la danse et la foie, ils ont sauvé les leurs de la desespérance et leur enfermement dans une extrême pauvreté dans les villages de Pologne, Russie, Ukraine. Le Sionisme a voulu changer et les ramener à la terre, obtenir les droits civils. C’est le meme combat que les noirs américains. https://youtu.be/eQ3PU3krIes

Photo  : La tombe de  Rabbi Na’hmam de Breslev.

SHAFIK, DÉTONNANTE RENCONTRE ENTRE SHAMS ET RÛMI

 Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Le XIIIe siècle fut tumultueux. Les croisés se dirigèrent vers Jérusalem, occupèrent Constantinople qui fut pillé. Les mongoles gagnèrent des territoires. Dans ce chaos sur fond de rivalités, vivait un érudit,  un savant influent qui avait des milliers de disciples. Rûmi ou Mawlana ou notre maître. Un autre derviche hérétique et errant aussi. Shams De Tabriz  :

Quand j’étais enfant,

je voyais Dieu,

je voyais les anges ;

je regardais les mystères des mondes d’en haut et d’en bas.

Je croyais que tous les hommes voyaient la même chose.

J’ai fini par comprendre qu’ils ne voyaient pas…

Shams De Tabriz

En 1244,  Rûmi rencontra Shams. Une rencontre de deux océans comme le diront les soufis. Leur vie allait basculer nouée désormais par une solide amitié. Rûmi reprécisera sa conception du djihad et son recentrage autour du nafs, son propre ego.

Elif Shafak née en 1972 à Strasbourg romancera cette détonante rencontre entre les deux océans derviches :

Les mystiques soufis disent que le secret du Coran repose dans la sourate al-Fatiha

Et que le secret d’al-Fatiha repose dans le Bismillah al-Rahman al-Rahim

Et que la quintessence de la Bismillah est la lettre « ba »

Et qu’il y a un point sous cette lettre…

Le point en dessous du B recèle tout l’univers…

Le Mathnawi commence par un B,

Comme tous les chapitres de ce roman.

Shafak nous plonge au coeur de ces complexités soufies. Entre Shams et Rûmi,  on ne tire que du bonheur, de la spiritualité et de la transcendance qui ne prendront jamais fin. Shafak le signale avec éloquence  :

En vérité, elle n’eut pas de fin. Presque huit siècles plus tard, les esprits de Shams et de Rûmi sont encore vivants. Ils tournoient parmi nous…

NKEN

DÉRIVES DÉMOCRATIQUES ET NÉO RÉPUBLICAINS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Je suis très amusé de lire et d’entendre ces jours ci de vieux combattants et militants notamment de gauche donner des leçons de civilité républicaine à la génération 2.0. Me reviennent les images des casses des bus de la SOTRAC, les militants du PS tabassés juste parce qu’ils étaient PS, des affiches absolument insultantes contre Diouf, Wade.  Diouf et sa femme ont tout entendu et lu. Wade et sa femme aussi. Parfois méchamment comme ElisaBête pour parler de la première dame. Parfois plus humoristiquement avec M. moulin et Mme. Forage. Les journaux sous forme de stencils rivalisaient de profondeurs analytiques mais aussi d’insultes et d’offenses. On aurait pu établir un dictionnaire des insultes créées par la gauche. Aujourd’hui ce sont les mêmes ou presque au pouvoir qui donnent des leçons à la génération 2.0. Quelque chose a du changer sans que je m’en rende compte. Ou peut être refusent ils d’être des imbéciles.

Ce qu’on appelle dérives n’est pas nouveau. Elles sont inscrites dans l’ordre naturel d’un processus démocratique amplifié par les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Elles vont s’amplifier car elles sont aussi des marqueurs sociologiques de la profondeur de la crise multiforme qui secoue notre pays. Sans compter le fait qu’elles sont des marqueurs identitaires. Essayer de provoquer un saloum saloum ou un lebou. Vous saurez ce que signifie insulter.

Il ne sert à rien de bander les muscles. Les autorités doivent être au dessus de la mêlée. Nous n’avons pas encore notre guerre civile parce que la parole est libérée. Nous devrions faire l’effort de comprendre l’efficacité thérapeutique de ces trivialités. Ce n’est pas de la justification, mais un regard pragmatique sur des phénomènes qui sont aux marges dans un processus démocratique générateur de fait et par défaut de violences et d’insultes symboliques.

NKEN

PRENEZ LE POUVOIR ! HULO GUILLABERT

Message aux Jeunes

Le but principal de ce livre est la conscientisation des jeunes Africains, renforcer leur optimiste et leur estime de soi, leur niveau de conscience politique, sociologique, culturelle et philosophique…

Ce livre a pour but de vous galvaniser, de vous inciter à vous former, vous informer, comprendre le sens de l’histoire, les intérêts stratégiques, la propagande, comprendre le fonctionnement des méRdias internationaux, mais aussi de vous donner l’énergie, le courage et la détermination, vous encourager à vous battre, et vous qui êtes encore timides et hésitants, de vous prendre la main en tant qu’Ainée et vous dire « n’ayez pas peur ! Osez ! Vous allez accomplir de grandes choses ! Nous avons besoin de vous !». Comme le dit l’adage : « Le fleuve fait des détours parce que personne ne lui montre le chemin.». J’espère que ce livre vous évitera quelques détours, même si je sais que quoi qu’il arrive vous franchirez la ligne d’arrivée, triomphants, même si cela doit ou peut prendre un peu plus de temps.

Je vous dis avec force « Prenez le pouvoir, prenez VOTRE pouvoir ! »

D’abord le pouvoir sur vous-même spirituellement et intellectuellement, le pouvoir sur votre espace vital, le pouvoir sur votre destin personnel, le pouvoir sur le destin commun du peuple de Katiopa (L’Afrique Kama et sa diaspora mondiale) !

AUTEUR : Hulo GUILLABERT

« Africaine du Sénégal », promotrice culturelle, conférencière, écrivain et activiste du panafricanisme. Elle est née au Sénégal et a vécu en France où elle a occupé des postes de responsabilité au sein de grandes entreprises comme consultante. Après des dizaines d’années, à Paris, à l’ile de la Réunion et à Montréal, elle rentre au bercail et abandonne sa carrière de consultante afin de s’engager pour l’Afrique. Elle crée la maison d’édition numérique Diasporas Noires, 100 % Africaine et militante ainsi que la Revue des bonnes nouvelles d’Afrique. Elle est l’initiatrice des conférences mensuelles « Les Rendez-vous de l’Afrique Consciente ». Infatigable, elle fonde également en 2014 le collectif DOYNA STOP à la mendicité des enfants.

RÂBIA AL ADDAWIYYA,  PREMIÈRE FEMME SOUFI   

 

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Rabia al Adawiyya al Qaysiyya appelée aussi Râbia Basri est la première femme Soufi.  Elle est née entre  713/717 et meurt  à Bassora en 801. Râbia était une poétesse,  une mystique musulmane connue et reconnue. Le penseur andalou Ibn Arabi dans Les illuminations de la Mecque la considère comme “l’interprète la plus prestigieuse de l’Amour”. Râbia, une mystique iconoclaste. Salah Stétié dans Râbia de feu et de larmes rappelle à la page 96, cette poésie de la femme de feu face à la Ka’aba :

“Voici donc l’idole que l’on adore sur terre. Soyez en sûrs,  Dieu n’en a jamais franchi la porte et  nous y a jamais séjourné”.

Râbia,  une soufi qui continue de bénéficier d’une grande influence Des siècles plus tard,  cette femme de feu et de la torche continue de distiller à travers le monde ses puissantes poésies qui mêlent Amour de Dieu et provocations iconoclastes à l’image des Rûmi et des autres soufis du monde arabo-musulman.

NKEN

REMISE DE CADEAU AU ROI D’OUSSOUYE DE LA BASSE CASAMANCE

Ce jeudi 2 août 2018, notre projet ethno-photographique est allé rendre visite au roi (Maane) d’Oussouye pour lui remettre un cadeau-portrait. Maane Sibilumbaye Diedhiou est le 17é roi d’Oussouye et il fut intronisé en décembre 2000.

Une occasion pour magnifier encore les relations excellentes entre le projet de Matar Ndour (ethno-photographe) et Ndukur Kacc Ndao (anthropologue) et sa Majesté. Retourner le travail aux principaux acteurs photographiés est une posture éthique et méthodologique qui est notre. Merci au Maane et à toute sa cour royale.

Photo : David

 

LES MANCAGNES DU SENEGAL ET DE LA GUINEE BISSAU : FLEXIBILITE ONOMASTIQUE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com et www.ndourawaly.com

On peut observerf que l’organisation clanique des mancagnes est qu’ils dispersés entre Bula et Cô dans la région de Cacheu (en République de Guinée Bissau). A Bula nous avons les clans tels que Bapoungan, Dinghal, Fifou, Bipou, Boufou, Fèye, Kakook, Dabatiyar, Ponoatch, Bipou…Et à Cô, on peut citer les villages suivants : Kashenatch, Timatch, Moyou, Dapa, Keet… Nous notions les fortes proximités lexicales entre eux même si au plan phonologique, des différences sont naturellement observées. Des mancagnes sont stratifiés avec les familles royales, des chasseurs, pêcheurs, la force armée. Les mancagnes présentent une forte spécificité au plan onomastique. C’est le groupe ethnique qui dispose le plus de variétés de noms. Nous avons non limitativement répertorié plus de 150 noms de familles mancagnes. Ndecky, Ndeye, Kantoussan, Ntap, Bampoky, Ndioukane, Toupane, Cabou, Kanfoudy, Dionou, Boissy, Campal, Mancabo, Mingou, Niouky, Mpamy, King, Napel, Mbinkilane, Mandika, Diompy, Massaly, Oudiane, etc. On peut noter ces diversités et complexités onomastiques du groupe ethnique mancagne qui battent tous les records lorsqu’on analyse de façon croisée et comparative les autres logiques onomastiques à l’échelle de la Sénégambie, de la Guinée-Bissau voire de toute l’Afrique sub-saharienne.

Plusieurs raisons peuvent être notées à cette complexe onomastique. Les systèmes de confiage des enfants chez les parents maternels ou paternels. L’enfant qui au départ était Cabou prendrait le nom de son nouveau tuteur. Exemple : Cabou de Ndukur. Ndukur devenant son dernier nom. Cette diversité est consolidée par l’arrivée des colons et l’exigence d’avoir un état civil. De fait ce Cabou deviendra Ndukur du fait du système de confiage qui lui “impose” le nom de l’oncle maternel ou paternel. Cette flexibilité patronymique est aussi liée au fait que le nom mancagne n’a pas les mêmes sens que les noms de plusieurs peuples. Compte tenu de la complexité des systèmes claniques, le nom réfère à une sorte de “puissance paternelle tutélaire” qui en définitive risque de changer. Une sorte d’identification patronymique par procuration pour mieux ancrer son appartenance. C’est ainsi qu’on peut avoir un frère ou une soeur de même père et mère qui auront des noms différents. Cette flexibilité patronymique se retrouve notamment chez des diolas avec un état civil “paresseux” qui transcrira les “sobriquets” à l’image des familles Fabouré. Sans compter les changements patronymiques connus du fait de la violence coloniale.

© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Julliet 2018. Matar Ndour et NKEN. Bula, Guinée-Bissau

ONOMASTIQUE BASSARI : CLASSES D’AGE, RITES INITIATIQUES ET SYMBOLISMES DES MASQUES

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com  et www.ndourawaly.com

Jeune initié bassari, Kédougou, Sénégal. Photo : Matar Ndour

PAYS TENDA. Les Bassaris, les Bediks, les Cognaguis et les Badiarankés forment un groupe appelé Tenda. Ils sont localisés dans les régions de Tambacounda, de Kédougou et dans le nord de la Guinée. Après avoir abordé l’onomastique des Diolas et des Sérères, nous replongeons dans celle de Bassaris. Un peuple qui garde encore ses traditions et coutumes. Un peuple fortement attaché à ses rites et rituels, qui rythment leur vie sociale. Intéressons-nous à) différents aspects de l’onomastique Bassari : prénoms des garçons et filles, noms renvoyant à des spécialisations professionnelles, aux rites de passage, aux classes d’âge.

Jeune initié bassari dans le cadre d’un combat de lutte avec ses ainés, Kédougou, Sénégal. Photo : Matar Ndour

IMMUABILITE DES PRENOMS. Chez les Bassaris, les nominations obéissent à l’ordre de naissance des garçons et des filles. En effet, selon des traditions établies, pour les garçons, le premier enfant s’appelle toujours Cara, le second, Tama. Le troisième, Kali. Le quatrième Endëxa, le cinquième, Yera, le sixième, Pata et le septième, Mamy. Chez les filles, l’ordre des prénoms s’établit comme suit : la première porte toujours le nom de Cera, la seconde, Këma, la troisième, Pena, la quatrième, Taki, la cinquième, Ñari, la sixième, Mëti et la septième, Maca. La liste nominative des prénoms s’arrête à la septième position. Cependant, il existe une huitième position qui s’appelle Ingry qui peut être portée aussi bien par les garçons que les filles. A ces prénoms, il faut aussi noter comme dans une sorte de concordance arithmétique, l’existence de sept noms chez les Bassaris : Bonaŋ (responsable des prédictions, des savoir), Bindia (famille royale dans certains cas), Bidiar, Boubane (les gens qui sont fermés), Biès (qui provient d’une dispute avec les Boubane et qui signifie : « ceux qui sont à côté », Bianquinche (qui s’occupe de l’initiation et des rites) Bangar (aux significations multiples et complexes, mais retenons : « un grand bruit »). Notons qu’à l’origine, la société était matrilinéaire. Les noms de famille provenaient de leurs mères. Tout le système de mariage, d’héritage notamment s’appuyait sur cette lignée matrilinéaire. Il semble de plus en plus que le patriarcat a pris le dessus, avec le cadre juridique matrimonial sénégalais et les mutations sociales auxquelles les Bassaris sont naturellement confrontés.

UNE SOCIETE DE RITES DE PASSAGE. Les Bassaris, le peuple Tenda en général sont connus pour leur capacité à préserver le tréfonds de leurs rites de passage. Les initiations rythment la vie sociale et correspondent à des objectifs de socialisation codifiés voire immuables. Au cœur de ce processus initiatique, nous avons l’Afnane qui est le chef de l’initiation, nom applicable aussi bien pour les hommes que pour les femmes. L’initiation ou Koré en Bassari est un processus complexe décomposé en classes d’âge, lesquelles sont subdivisées en intervalle variable de 6 ans.

RITUALISATION DES CLASSES D’AGE. L’onomastique Bassari permet d’en distinguer plusieurs que nous citons de façon non exhaustive avec leurs correspondances nominatives :

1. La classe d’âge des non-initiés (moins de 14 ans), appelé Odumëta. Etape importante de socialisation des jeunes Bassaris pendant laquelle ils sont soumis à des épreuves spécifiques d’endurance, de courage, d’engagement, de patience, de résistance, d’adaptation, de respect. Une véritable école de la vie pour comprendre les leçons de choses. C’est la dernière étape qui marque la fin pour les non-initiés.

2. La deuxième classe d’âge (18-24 ans), les Odug, qui soumet les concernés à des séries de corvées pour les préparer rituellement à la troisième classe d’âge. Cette classe d’âge s’occupe des masques, de leurs rangements.

3. La troisième classe d’âge appelée Opalug (24-30 ans), avec des corvées qui se poursuivent lors des fêtes et activités traditionnelles. Une trentaine de corvées est prévue pour éprouver les initiés dans différents aspects de la vie sociale.

4. La quatrième classe d’âge (30-36 ans) ou Odiar qui reprend la logique des corvées pour toujours éprouver les endurances physiques, morales, éthiques des initiés. Le reste des rites de passage procède des mêmes cultures de corvées avec ses implications éducatives d’enracinement. Les Odiar sont le cœur des classes d’âge. C’est la moelle épinière. Ce sont eux qui annoncent les décès, s’occupent des rites funéraires, surveillent et conduisent les corvées.

5. La cinquième classe d’âge (36-42 ans) appelée Okuteq qui veut dire « ils ont tout fini et sont presque plus astreints à des interdits ».

6. Le Opidor (42-48 ans), est la sixième classe d’âge.

7. Le Bëcen est le reste des classes d’âge qui va jusqu’aux personnes âgées ou anciens.

Préparatifs d’un combat. Kédougou, Sénégal. Photos : Matar Ndour

MASQUES D’INITIATION OU ANUKETA. La société Bassari dispose de dizaines de masques aux fonctions multiples, utilisés durant les cérémonies d’initiation, de semis, de circoncision, de changement de classe d’âge. Les masques sont reconnaissables de par les danses et les armes portées. Le masque est un esprit incarné, surnaturel qui est le plus souvent revêtu de feuilles et de fibres, de tissus d’écorce. Ils peuvent être visibles tout comme invisibles ou se présenter juste comme un son. Le masque est l’Anuketa et il joue des rôles qui peuvent être très diversifiés. C’est ainsi que nous avons indicativement, le masque d’initiation, le anuketa and koré. Le masque de la saison sèche, anuketa and andiar. Celui de l’hivernage, Anéner ou la Bëcia qui ne sort jamais seule et qui accompagne le Anéner qui peut par contre sortir seul. La Bëcia est la femme de Anérer.

PURETES CULTURELLES ORIGINELLES ? Entre masques, rites de passage et une patronymie codifiée, la société Bassari se révèle à nous comme une des plus « conservatrices ». Elle a réussi à travers ces mécanismes initiatiques périodiques à assurer avec efficacité les contrôles sociaux de ses membres. Ces cérémonies multiples et multiformes nous donnent l’impression d’une société de « fêtards ». Ces fêtes, cérémonies, rituels ont enchâssé les Bassaris dans un système complexe ritualisé qui met en jeu des rapports entre les êtres humains et ceux surnaturels, l’homme et la nature, le sacré et le profane, Elles permettent « d’homogénéiser » les statuts et les rôles sociaux d’une société où les classes d’âge ont fini de gommer des structurations sociales inégalitaires. Il est vrai qu’en tant que société mutante, les Bassaris subissent les contrecoups des modernités, des mobilités, des brassages, des exogamies de ses enfants qui reconfigurent subtilement leur base sociologique. Jusqu’à quand arriveront-ils à préserver ces « puretés culturelles originelles » qui sont leurs références identitaires ?

N.B : Cette description onomastique reste encore en certains endroits très superficielle au regard de la complexité du fonctionnement social de la société Bassari. Les nuances sont fortes parfois de village en village. Il reste que cette description donne un cadre réaliste et général des complexités onomastiques bassaris.

Texte : NKEN
Photos : Matar Ndour