ÉVITE-MENT (S) ET ÉVITE-TOI !

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Notre société est assise sur un grand malentendu. Les velléités hégémoniques des intellectuels de différents bords religieux et confrériques se heurtent à la loi de la majorité silencieuse. Fort heureusement !!! Et puis il y a quelques chose de plus profond. Un vrai mépris par les autres incarné par des intellos ou autres qui pensent qu’en dehors de leur religion ou confrérie, il n’y a rien. Le problème est que nous nous laissons souvent abusés par le “maasla” des autres. En privé et dans les chaumières, la perception et le discours sont autres. Il y a plein de questions tabous que les gens n’abordent pas. Il y a des choses que les gens n’osent pas sortir au risque de créer un tremblement de terre social. Car il y a un déficit de légitimité et des falsifications.

En vérité, nous sommes constamment dans “l’évitement “. Où simplement le mensonge grossier. Mais on feint d’ignorer les paradigmes profonds qui régulent notre société. Les valeurs clamées ne sont pas les valeurs vécues. Alors que les rapports sociaux sont “violents” à cause de tous ces “secrets de famille” sur les rapports a l’ethnie , aux castes, aux confréries, à la sphère magico-religieuse, au pouvoir (ngur)’, à l’argent, etc. Nous continuons de refuser de donner nos filles aux forgerons sous prétexte qu’ils sont impurs et qu’ils portent la poisse. Pourtant nous les donnons aux “toubab” riches dont on ne connaît pas les origines. Pourtant nous clamons haut et fort que nos religions nous enseignent l’égalité et la fraternité.

Mais on feint de de rien voir. Pourtant beaucoup de choses sont basées sur ces codes. De la gouvernance politique à l’aménagement du territoire, du choix du conjoint aux choix politiques, etc. Nous critiquons souvent les politiques mais nous ne sommes pas toujours meilleurs qu’eux. Ils sont juste plus exposés. C’est cet artéfact qui empêche la refondation. Je ne dis par qu’il faut en faire table rase mais il faut l’assumer. Chacun peut bomber le torse mais on se connaît, et c’est cela qui est terrible. Voilà pourquoi tous les choix deviennent douloureux et souvent “surprenants” parce nous sommes alors confrontés à nous mêmes. Le problème est que tout indique que nous ne sommes pas prêts à nous regarder face à face pour changer. Question délicate qui exige un regard profond sur la nature de notre profond catharsis social qui nous attend.

L’évitement reste permanent. La calinothérapie reste le modèle dominant. On est dans le déni permanent. Et on surf dessus. Tout fonctionne à l’envers. Au sein de nos familles, les “putes” ou disons travailleuses de nuit qui emmènent la dépense quotidienne sont devenues les vrais chefs de ménages face à des pères licenciés ou retraités qui ont perdu toute autorité morale et symbolique. Les cadets qui ont des ressources commandent ou ont plus de parole que des aînés qui demandent 500 FCFA pour s’acheter du thé et quelques clopes de cigarettes si ce ne sont des “joints ” pour fuir la dure réalité de leur existance misérable.

En réalité, la première cellule “corruptogène” est simplement la famille. Elle est aussi la base première d’une rude et mortelle compétition entre des frères et soeurs de même père et mère. Au tribunal, des familles disloquées se battent pour des lopins de terre issus d’un héritage contesté. Le prix du sang familial contre la valeur d’une maison qu’un père peu précautionneux a bâti au prix se sa labeur. Voilà pourquoi la société “accepte ” que tu voles mais à condition que tu “partages”. Tout le monde presque te vomira de ne pas voler au profit des siens qui sont les premiers à te brocarder quand la justice t’épingle. A ta mort, ils viendront lire un requiem pour magnifier ta générosité en riant sous cape s’ils ne sont pas pressés de faire main basse sur ta femme désespérée et considérée désormais comme un simple outil de jouissances sexuelles.

Nous continuons malgré tout la politique de l’autruche… On pense que la force du verbe va suffir. Alors on chante tout faux en chantant autre chose. C’est ce qui se passe sur Facebook. Dès que quelqu’un pose un débat, les censeurs et les prêcheurs érigent des boucliers. Finalement, cela ne sert plus à rien. Cela tourne à un exercice de sophisme ou d’étalement de lieux communs. Et certains font le paon. Nous sommes en face d’une sorte de coming out ou de dévoilement, à l’image des homosexuels qui décident de ne plus ce cacher. L’analogie est trop forte mais on aura besoin un jour de faire un coming out social qui est un processus d’acceptation pour refonder notre pays.

Encore une fois sans essayer de faire table rase. Il faut beaucoup de tact car la question touche aux “origines ” et au ego des gens et cela peut être très émotionnel. Notre “vérité – réconciliation ” est risquée car elle sera basée justement sur ces “non dits”. Qui va assurer ce “portage ” ? Personne. Quand est ce que nous allons sortir des bois d’une société où tout est presque faux ? Les espaces de débats sont si larges que nous avons le temps de nous mirer pour affronter la vraie existence de nos réalités camouflées.

Photo  : Matar Ndour

NKEN

“POLLUTION” D’OPULENCE, “POLLUTION” D’INDIGENCE, “POLLUTION” D’INSOLENCE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

La tabaski a remis sens dessous, sens dessus une société sénégalaise malade. En réalité, la tabaski n’est qu’un marqueur de cette folie qui s’est emparée de tous ses segments. Sans aucun doute, c’est la plus grande faillite de notre société. L’inflation de “guides” n’a pas rendu notre société plus sobre et à cheval sur les principes moraux. La tabaski est le miroir d’un Sénégal qui m’attache pas la ceinture à sa taille. “Pollution” d’opulence et “pollution” d’indigence. Mieux nous sommes passés dans une nouvelle phase des imbéciles et des cons comme le disait le philosophe italien Maurizio Ferraris qui soutient que “La connerie est l’une des plus grandes marchandises de l’âge contemporain”. Cela prospère d’autant plus que le peuple en est friand et elle est devenue le fruit de l’atomisation sociale caractéristique des chambres d’écho de l’âge “documedial”. Alors tout le monde y compris les élites cultivent l’imbécilité pour entrer dans la communication de masse ! Et la société plutocratique et post morale de s’installer . La sociologue et photographe Lauren Greenfield dans sa monographie “Generation wealth” nous parle de la pornographie de l’opulence et de ses ressorts. L’influence de l’abondance détruit les références et l’éthique n’a plus court dans cette société post-morale. On peut se prostituer ou voler pourvu que ce soit “haut de gamme” car désormais le plus pauvre veut en écran plat et parfois avant même de manger. Chez nous chacun veut un mouton qui est l’équivalent de plusieurs mois de salaire. Et la surenchère de se poursuivre dans une frénésie digne d’une fausse société d’exhibitionnisme. Alors dans une ambiance ubuesque, les sénégalais brandissent leur “pauvreté”.  Tout comme ils exhibent leurs “richesses “. Tout deux se rapportent à la vacuité. En fait, notre société a toujours été une société pornographique et aucune strate n’y échappe. Mais le phénomène s’amplifiera et prendra des formes plus violentes. C’est inscrit dans le cours normal de cette pornographie de l’opulence qui reste un des marqueurs identitaires des nouveaux acteurs “délégitimés” en quête de revanche. C’est très subtile mais c’est la revanche des “has been” après l’insolence des bureaucrates et des effrontés issus des écoles françaises. La revanche des “castés” après les violences symboliques des anciens détenteurs des légitimités sociologiques. La guerre est rude. Elle est prélude à une société de chaos. En espérant qu’elle engendrera une véritable réformation ou refondation des bases humanistes de notre société. On se réfère à nos “soufis” mais les comportements sont aux antipodes. Normal car les sous-fifres ont pris le pouvoir. Personne n’appelle à la retenue y compris nos “marabouts. Je n’ai pas encore entendu quelqu’un dire aux Sénégalais : célébrez la tabaski dans la sobriété et la retenue, dans le strict respect de l’esprit de ce rituel. La plupart des ménages sont indigents. Je n’ai vu cette folie ni en Arabie saoudite ni en Malaisie, ni en Indonésie ni au Niger ou en Côte d’ivoire.

Et puisque nous aimons vanter les ‘spécificités sénégalaises”, un pays dans un îlot avec ses règles et ses savants, nous revoilà plonger dans des tabaski à plusieurs vitesses. Et les enfants de Senghor de poétiser avec aplomb cette spécificité comme si le prophète Mohamet est descendu dans les faubourg de Grand Yoff. Alors, en bons précurseurs de la jurisprudence islamique, nous nous “alignons” sur la station d’Arafat, mais nous “dissocions “notre” tabaski sénégalesque. L’année dernière, l’Imam Kanté avait produit un texte fort intéressant. Un texte qu’il a amélioré cette année sans changer son contenu et intitulé : Malaises d’Arafat et de Tabaski au Sénégal : problématique et perspectives https://www.senenews.com/actualites/societe/malaises-darafat-et-de-tabaski-au-senegal-problematique-et-perspectives_244846.html. Le texte de Imam Kanté dit en filigrane que chaque pays peut utiliser une approche propre tout en restant conforme aux préceptes. Mais ça ne règle pas le problème. C’est même démagogique de vouloir dire que l’Arabie saoudite ne saurait être là référence. Son abominable régime est autre chose. La référence au Qibla, le pèlerinage et ses rites, la station d’Arafat sont uniques et exclusives. Et puis la divergence n’est pas seulement vis à vis de la Ummah. Elle est aussi interne ! Le texte de Imam Kanté aurait pu déboucher sur une recommandation intéressante. Amener tous ulémas sénégalais à enfin s’accorder sur une approche commune pour l’observation lunaire une bonne fois pour toute. Autant de démarche que familles et des “négociations ” au cas par cas. Le constat de la division de la ummah ne nous avance en rien. Sinon l’OCI aurait aider à trancher cette question est bien d’autres. La question c’est de savoir pourquoi au Sénégal avec nos “grandes confréries ” et nos érudits on n’arrive pas à s’entendre à l’interne pour arrêter une date de tabaski ou de korité (peu importe les méthodes de calcul ou d’observation). Alors que l’Indonésie et la Malaisie parviennent à le faire? Alors qu’on y arrive à Zanzibar ? Ou au Suriname. On ne parle plus de l’Arabie saoudite. Ou bien les pays traversés par des lignes de fractures comme l’Algérie ou l’Égypte ou le Yémen. C’est parce que définitivement, nous sommes une société profondément malade qui a besoin d’une thérapie psychanalytique de choc pour sortir de l’exhibitionnisme débonnaire et du détournement de sens qui la caractérise.

NKEN

ACHILLE MBEMBE : SORTIR DE LA GRANDE NUIT

La décolonisation africaine au cours de la seconde moitié du XXe siècle ne fut-elle finalement qu’un accident bruyant, un craquement à la surface, le signe d’un futur appelé à se fourvoyer ? Dans cet essai critique, Achille Mbembe montre qu’au-delà du mélange de choses qui prévaut aujourd’hui, le mérite de cet événement fut d’ouvrir sur une multitude de trajets historiques possibles. À côté du monde des ruines et de la destruction, de nouvelles sociétés sont en train de naître. Adossées sur leur matière indocile, elles sont en train de réaliser leur synthèse sur le mode du réassemblage, de la redistribution des différences et de la circulation. De créer un monde créole dont la trame complexe et mobile sans cesse glisse d’une forme à une autre. Examinant en particulier le cas de la France, l’auteur analyse les paradoxes de la « postcolonialité » chez une ancienne puissance coloniale qui décolonisa sans s’auto-décoloniser. Écrit dans une langue tantôt sobre, tantôt incandescente et souvent poétique, cet essai constitue un texte essentiel de la pensée postcoloniale en langue française.

Achille Mbembe est camerounais. Il est professeur d’histoire et de science politique à l’université de Witwatersrand à Johannesbourg (Afrique du Sud). Chercheur au Witwatersrand Institute for Social and Economics Research (WISER), il enseigne également au département français et à Duke University (aux ÉtatsUnis). Il est notamment l’auteur de De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine (Karthala, 2000).

LES CHERCHEURS, POURQUOI SONT-ILS TOUS SUSPECTS?

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Pourquoi sommes nous tous suspects ? Parce quelque part il existe une sorte de schizophrénie qui gagne les gens. Est ce “l’informateur” est vraiment neutre. Est ce que la recherche scientifique n’est pas “commanditée” par les laboratoires d’appartenance qui est forcément affiliée ou rattachée (sans le savoir ou pas) à un “réseau” . Ce réseau peut être ceux qui payent pour la recherche, ceux qui “créent” le ” consensus autour du fait scientifique. Auparavant c’étaient les pairs, désormais ce sont les médias, les organes de propagande, le marché, le public. On touche le point le plus sensible qui concerne les obstacles à l’invention et au perfectionnement par un protectionnisme mis en place par les normes et homologations. Les coûts des brevets, des justifications et business plan et admissions dépassent de loin ceux de la recherche et du développement y compris d’industrialisation. L’invention est enfermée dans un labyrinthe et dépense plus de temps qui ont ruiné les espoirs de concrétisation. Peut on bâtir un corps de science neutre alors que les subsides viennent d’ailleurs? Si les financements et la “caution” viennent de l’extérieur? Il faut ajouter à cela les contraintes sociales et sociologiques du chercheur lui même. Et enfin cette déviance psychologique et ce manque de confiance en nous mêmes qui nous fait croire que les chercheurs ne pensent plus par eux mêmes. Soit il  portent la plume pour quelqu’un ou ils s’auto-censurent sous la pression réelle ou supposée. Il serait intéressant de revisiter certains travaux de Bruno Latour dans le contexte africain.

Mais le contexte interne des chercheurs est terrible. Même s’il faut noter que malgré leur relatif discrédi, on se demande combien de sénégalais ont une fois visité les laboratoires de botanique, zoologie vertébrée et invertébrée, de pisciculture, d’anthropologie. .. de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire – Université Cheikh Anta Diop de Dakar (IFAN-UCAD). Read more

IDENTITE AFRICAINE : COMMENT SORTIR DU DISCOURS DE LA COLERE ?

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Professeur Cherif Salif SY, économiste sénégalais a lancé un débat il y’a quelques mois  sur l’urgence d’ouvrir au besoin une fenêtre sur les travaux croisés de Cheikh Anta Diop et de l’anthropologue Tidiane N’Diaye et de tous les autres chercheurs africains qui travaillent sur l’Afrique. Une proposition diversement appréciée. Certains à l’image de Tidiane estiment que ce débat est dépassé au regard des nouvelles découvertes de la génétique qui infirment les thèses pharaoniques de Cheikh Anta. D’autres l’appellant de tous leurs vœux. Personnellement, cette question n’est pas dépassée si on la place dans le cadre de la réaffirmation de l’identité africaine. Pour justement changer le narratif qui affecte notre système de pensée et la manière d’enseigner l’histoire à  nos enfants. Et tout dépendra de la mise en contexte. On est bien d’accord que nous sommes plus dans une attitude de “contemplation “. Le drame avec les stéréotypes c’est qu’ils s’empilent sur plusieurs siècles. Ils faut arriver à les déconstruire pour répondre à une question simple : qui sommes nous ? Ensuite le reste sera plus facile.

Aujourd’hui encore on a une identité trouble. Cela nous pousse à devoir tout le temps nous “justifier ” et nous “positionner”. Les thèses de Cheikh Anta Diop et les thèmes qu’il a abordés nous interpellent encore. Ce n’est pas de l’anachronisme. Le problème c’est que les gens s’arrêtent au factuel. On devrait se pencher sur le “pourquoi “. Oui la question de l’énergie se pose différemment aujourd’hui mais la question sur l’autonomie énergétique est une question de fond. Les juifs ne sont pas restés dans l’auto flagellation. Mais ils ont su “recentrer leurs histoires ” et ils s’en servent. Leur histoire “tragique ” est entrée dans le “mainsteam”. Elle s’impose littéralement. La manière on peut en discuter et on peut même contester. Mais les faits sont là. Aujourd’hui c’est devenu difficile d’être antisémite ou de remettre en cause les camps ou de défaire la toile juive qui s’étend partout.

Que peut on apprendre de cette “reconquête ” ? On ne peut naviguer entre “proclamation ” “victimisation” et “amnésie provoquée”. Il y a ce plafond de verre psychologique qu’il faut crever. On est trop épidermique en règle générale. Pourquoi les noirs en Europe ne sont pas devenus des blacks panthers. Que serions nous sans la traite négrière, la colonisation ? Comment déconstruire notre propre imaginaire  ? Comment on se voit nous mêmes ? Comment on se parle intérieurement ? Pourquoi voulons nous que Dakar soit comme Paris? Des questions de sens fondamentales. Le problème est que ces questions sur nos imaginaires sont laissées en rade. Et cette sous estimation de la connaissance de nos imaginaires ont un impact direct sur les contenus d’un enseignement national complètement extraverti. Les garçons peuvent citer Spencer, Durkheim mais ne connaissent pas Cheikh Anta ou Tidiane Ndiaye. Ils peuvent visualiser la photo d’un écossais mais ne peuvent faire la différence entre un bedik et un bassari.

Je lisais encore le livre du journaliste Ta-Nehisi Coates sur la colère noire aux USA qui s’interroge sur les fondements de la violence contre les noirs. Nous on est encore là. Le discours de la colère. Pourquoi ils nous détestent ? Peut être que la question est de savoir pourquoi on SE déteste ? Comment casser cette propension à chercher et le modèle et la caution “ailleurs” ? On dit souvent que c’est le raciste qui a un problème. Mais peut être qu’il faut plutôt travailler sur notre carapace. Notre capacité à décider de la manière de recevoir les stimulus extérieurs. J’ai lu récemment un universitaire chinois wang Yiwei) – China connects the World. Il dit quelque part que la force de la Chine a été de partir de ses propres paradigmes millénaires et de créer un mindset qui leur permet d’envisager le monde avec leurs propres prismes. Au moment où les autres tentent de les cerner à partir de grilles d’analyse et de “stéréotypes” qui ne les “touchent” pas. Il cite quelque part Voltaire. “The europeans’ grestest misfortune is that they cannot be chinese”!. Quelque part ailleurs il dit qu’il ne suffit pas de clamer une “confiance en soi”. Il faut plus en créant son identité. Cela leur permet de poursuivre leur route tout en restant ouverts.

Yiwei a distingué dans son analyse 4 caractéristiques fondamentales que sont : 1. Spécial long history, 2. special big size, 3. special secular sociéty and 4. special différent kind of rise. Ce sont des éléments qui doivent nous faire réfléchir sérieusement.

1. Comment on comprend notre histoire sur une perspective longue et endogène  (pas ce que les “vainqueurs” nous disent) ?

2. Comment on perçoit notre “géographie ” (sous l’angle de Yalta? Ou sous l’angle des grands ensembles et la perspective que nous donne Cheikh Anta Diop)?

3. Avons nous dans nos traditions des formes séculaires de gouvernance qui peuvent nous aider à bâtir une société à la fois résiliente basée sur des valeurs sûrement pas idéales mais assumées et réinventées sans cesse (“enracinement et ouverture “?? Ou autre chose ? ).

4. Enfin sommes nous capable de réinterpréter /dessiner notre trajectoire de développement en acceptant sans culpabilité ou déni ou auto glorification les “faits historiques ” et en partant de ce qui en germe  (sans chercher à rattraper personne comme le dit Felwine Sarr )?

Photo : Matar Ndour

NKEN

LE MEILLEUR SG DE L’ONU TIRE SA RÉVÉRENCE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Le meilleur secrétaire général de l’histoire des Nations unies, Kofi Annan vient de tirer sa révérence. Mais comme toujours en Afrique, il faut mourir pour mériter les hommages. Il était courageux. Il a osé s’opposer aux américains dans un contexte difficile. Dire que la guerre de Bush était illégale, il fallait le faire. Après 40 ans de carrière onusienne, il était resté engagé avec sa fondation. Ils ont bien sûr essayé de le salir. Dans l’affaire pétrole contre nourriture. Les bonnes vieilles méthodes. Annan restera comme le meilleur SG de l’ONU. L’Afrique reconnaissante pour ce grand fils. Dommage qu’on peut aussi penser à ces “rapaces” comme le président Abdou Diouf qui rôdent comme des charognards autour des festins du monde. Sans une plus value pour leur pays et l’Afrique. Paix à son âme.

NKEN

RELIGION TRADITIONNELLE ARABE : HENOTHEISME, MONOTHEISME ET POLYTHEISME : BREVE HISTOIRE ET MALENTENDUS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
PREMIERE PARTIE : SOURCES DES MALENTENDUS
Délégitimation, partis-pris arabe ?
On a beaucoup épilogué sur les religions dites traditionnelles africaines. Si ce ne sont des concepts chargés d’animisme, de polythéisme, de paganisme pour les caractériser. Il est vrai que les religions comme institutions sociales sont des faits sociaux avec leurs logiques et dynamismes de classe voire de délégitimation si ce n’est du discrédit calculé pour mieux asseoir les religions dites révélées ou celles du Livre à l’image du judaïsme ou du christianisme. Les chocs sont le signe évident d’une posture qui participe des tactiques au sens de Certeau pour mieux fonder des légitimités. Pourtant il existe très peu de gens qui mettraient le terme ou la formulation religion traditionnelle européenne. Encore moins dans nos contextes marqués par un islam conquérant la formule religion traditionnelle arabe. Il est vrai que l’arabisme n’est pas l’islam. Mais son processus de maturation fut aussi incarné par des velléités d’accaparement voire de refondation des lignes au travers des postures de l’arabisme ou du “partis-pris arabe”. Pourtant il a bien existé cette religion arabe traditionnelle qui va constituer l’objet de cette réflexion qui alliera philologie, anthropologie et histoire. En réalité, il existe un grand malentendu conscient ou provoqué qu’un retour aux sources des concepts pourrait atténuer ou lever définitivement. Ensuite, nous verrons quels étaient les fondements physiques et symboliques de cette religion anté-islamique. Enfin quelles leçons anthropologiques en tirer pour envisager des espaces communs significatifs des continuités et des discontinuités.

Equivoques : hénothéisme, monothéisme, polythéisme
Levons les équivoques au plan conceptuel. On a souvent estimé que les religions traditionnelles africaines ou arabes relevaient du polythéisme et que l’slam et les religions dites révélées du monothéisme. C’est sans doute un simplificateur raccourci qui ne restitue pas les nuances ou les différences. Les religions traditionnelles relevaient plus de ce qu’on appelle hénothéisme. En grec hen signifie un. Car en Arabie occidentale notamment, chaque tribu avait sa divinité particulière qui était différente des voisines. Mais leur caractère hénothéiste découle du fait que ces divinités n’étaient pas éparpillées et semblaient avoir été rassemblées au niveau de la Ka’ba, sanctuaire central avant l’arrivée de l’islam. Si les divinités n’avaient pas cette relative unité et cette homogénéité géographique, nous aurions pu considérer que ce sont des religions traditionnelles polythéistes. En revanche le grec distingue, par opposition au “hen”, le “monos” qui signifie un seul. Sans doute les dix commandements de Moise sont un prélude voire le signe distinctif d’un monothéisme qui affirme l’unicité de Dieu qui n’est pas placé dans des sanctuaires mais qui reste transcendant et immanent.
 
Pourtant l’histoire et les données anthropo-archéologiques nous enseignent que c’est Jéthro un noir, beau père de Moise qui l’initia au monothéisme. On sait que Akhenaton, le pharaon éclectique de l’Egypte sous le nouvel empire (jusqu’en 1070) avait un projet de réforme de la liturgie égyptienne en voulant imposer le monothéisme. Il échoua dans sa tentative de réforme liturgique. Les malentendus persistent aussi quand il s’agit de la religion dite traditionnelle africaine logée systématiquement dans le polythéisme. De façon anecdotique, le Roi ou “maane” du royaume de Oussouye dans le Kassa en basse Casamance, Sibilumbaye Diédhiou, par ailleurs responsable spirituel des animistes du groupe ethnique les diolas, m’a toujours enjoint d’expliquer à mes ami(e)s qu’il est un pur monothéiste croyant au même Dieu que celui des civilisations judéo-chrétiennes et de l’islam. Pourtant dans ls religions révélées existent encore dans leurs manifestations rituelles des formes explicites d’adoration qui n’en font pas des religions polythéistes. De même la pluralités des fétiches et autres procédures d’intermédiation (leur “hen”) ne sont pas opposables à leur “rapport d’unicité à Dieu” (leur “monos”).
Logiques symboliques des instruments d’intermédiation rituelle
Ces fétiches et les autres procédures mystiques ou rituelles sont des instruments d’action sociale qui régulent le fonctionnement du royaume tout comme ils sont la preuve de leur relation intrinsèque à Dieu qui a toujours existé dans leur langage : Emitai. C’est valable d’ailleurs pour l’écrasante majorité des religions traditionnelles africaines qui ont connu Dieu comme “monos” bien avant un islam relativement tardif dans un pays comme le Sénégal. Pas plus de 250 ans même si la religion de Mohamed était déjà en Afrique deux siècles plus tard, c’est-à-dire au VIIIe siècle. Il est ainsi sous plusieurs rapports établi par l’anthropologie religieuse notamment que les religions traditionnelles africaines restent antérieures dans leur essence monothéiste à celles des religions traditionnelles arabes et à l’islam.

Pierres et arbres sacrés, statuettes et sanctuaires
Ces équivoques levées, revenons à la religion traditionnelle arabe marquée par cet hénothéisme dont les manifestations les plus factuelles restent les pierres et arbres sacrés, les 360 statuettes représentant autant de divinités au moment où le prophète de l’islam reconquit La Mecque en 630; certaines de ces divinités étant citées dans le Coran d’autres retrouvées dans la Tradition (Bukhari..), les sanctuaires comme le Ka’ba. Dans une seconde partie, nous reviendrons sur ces divinités arabes anté islamiques.
 
NKEN

“MIISS JOBAAY” : LA CONFRÉRIE SERERE DES CHASSEURS DANS LA FORET DE JOBAAY

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue

Matar Ndour, Ethno-photographe

Procession des chasseurs chez les Sérères du Sine, Sénégal. Photo : Matar Ndour

FATICK. 2018. Entre 6 h du matin et 17 heures. La 715ième édition de “Miiss Joobay”, la chasse dans la “forêt” de Joobay a vécu. Cette “foret” plus mythique que réelle a mobilisé les savoirs, les représentations et les techniques ancestrales des protégés de Mindiss. Pour se faire du gibier. Pour conjurer les sorts. Pour appeler “Rog” (divinité universelle suprême chez les Sérères) à la clémence et à ouvrir les larmes d’un ciel intraitable. Du moins pour le moment. Très tôt, le matin, enturbannés de Suufarnaak (lianes vertes protectrices), de fusils de chasse, de machettes, la cynégétique ou l’art de la chasse pouvait commencer. Dans une “forêt” qui fait les frais de l’urbanisation et des friches agricoles. Les rituels mystiques préalables ont été respectés : prédictions des xoy et bains mystiques dans le salon fluvial de l’ancêtre totémique du Sine, Mindiss.

Procession des chasseurs chez les Sérères du Sine, Sénégal aux cadences des tam-tam. Photo : Matar Ndour

L’histoire de la chasse a d’ailleurs toujours été une histoire mêlée à la fois de mysticisme, de techniques imbriquées dans une sorte de dialectique tueuse de gibiers. La relation ontologique est clairement définie entre le sacrifié et le jouisseur du sacrifice. Entre le bien et le mal. Entre le sort et la félicité. Entre la Sécheresse et l’hivernage. Voila que la chasse nous replonge au cœur d’un manichéisme dont l’exclusivisme interprétatif relève de la seule puissance de l’Homme. Pourtant, cette unilatéralité n’est que du construit social. Elle ne correspond pas à la complexité souvent décrite des rapports entre le chasseur et le gibier. Entre la proie et la victime. Entre le chasseur et le chassé. La relation est ambivalente. Elle est liée aux rapports de force. Du moment. A l’incurie stratégique des uns et des autres. Aux limites tactiques à la De Certeau (Philosophe français) des uns et des autres. C’est cette ambivalence qui fait que l’homme devient proie et la proie homme. Comme dans une tauromachie sublimée, l’un devra mourir à la place de l’autre. La cynégétique révèle aussi une autre facette des rapports entre l’homme et l’homme. En effet, le monde a connu la chasse aux “sorcières”. Les sorcières-femmes-hommes étaient des proies. Elles étaient brûlées aux bûchers ou livrées aux vindictes populaires selon les lieux et les moments pour exorciser la sorcellerie de la peur. Pour rétablir l’ordre cosmogonique de la normalité, de la tranquillité et la sécurité d’hommes et de femmes habités par la hantise et le spectre de la peur. La cynégétique, c’est aussi une école d’apprentissage de la nature : la faune, la flore, la connaissance des vertus du Suufurnaak, et plus globalement des plantes médicinales, la maîtrise des cosmogonies, des tabous et des interdits. C’est l’apprentissage de la bravoure. C’est pourquoi, de la Préhistoire à notre époque contemporaine, la chasse a toujours été l’affaire des “nobles”, des “guerriers”. Elle a parfois aussi traversé les systèmes des castes et des ordres. Ceci est valable pour les Mandingues, les Bobos, les Bwas, les Sénoufos, les Bantous d’Afrique centrale. Bref, la chasse est une véritable culture chez “La confrérie des chasseurs africains” que Y.T. Cissé nous a décrit avec profondeur et finesse dans son ouvrage intitulé “La Confrérie des chasseurs Malinke et Bambara. Mythes, rites et récits initiatiques, 1994. Cette cosmogonie, cette ontologie, ces pratiques rituelles sont repérables également chez ces Sérères, qui en ce jour du Lundi 23 Juin 2014, se sont retrouvés à Joobay, pour chasser du gibier, pour exorciser les heurts et les malheurs.

Ils sont une cinquantaine. Ils ne sont plus munis des “Outils de la Préhistoire” (2,6 millions d’années BP jusqu’à 5 500 ans BP) : outils de pierre taillée, outils de matières dures et animales, etc. Il est vrai que l’histoire de la chasse révèle le passage de la pierre au fusil à lunette, en passant par le bronze, le fer, la lance, l’arc, le couteau. Ces chasseurs là, en pays Sérère, étaient munis de fusils “deux bouches” ou “deux ñeebe”; de “makhdoom”, sortis tout droit de la grande époque de la guerre. Les familles se sont fait le devoir de mémoire de les conserver. Ils sortent le jour de Jobaay. Ils sont transmis aux plus jeunes qui les arborent fièrement. Ces chasseurs la, en pays Sérère, portaient, curieusement, des treillis militaires et tout l’arsenal uniformologique connus des Forces de Sécurité et de Défense. On dirait un défilé du 4 Avril sur le Boulevard du Centenaire. Ces chasseurs, en pays Sérère, étaient costauds. Ils avaient la psychologie formatrice des militaires en activités ou simplement réformés. Ces chasseurs, en pays Sérère, et d’autres anonymes de ma trempe, ont marché des heures. Sous un soleil peu sympathique. Aux rythmes des Djoung Djoung et des sonorités sérères. Aux cris stridents des septiques qui ont fini par rallier un cortège de plus en plus ouvert aux “profanes”. Ces chasseurs, en pays Sérère, n’avaient pas accepté que des “profanes” se joignent à eux, dans le “forêt” de Joobay dans cet exercice mystique et dangereux. Ces chasseurs, en pays Sérère, et d’autres anonymes de ma trempe, portaient des chapeaux et des bonnets en tous genres. J’en ai compté une soixantaine. De couleurs différentes, de géométrie variable, de taille inégale, de posture différemment ajustée, de profil bisexuel. Ces chasseurs, en pays Sérère, et d’autres anonymes de ma trempe, portaient des chaussures tout aussi différentes. J’en ai compté plus d’une soixantaine. Aux rythmes des Djoung Djoung, ces chaussures, ont “tapé” un sol inerte ou qui a perdu l’usage de la parole, pour protester contre les coups de pas violents sur son dos. Ces chasseurs, en pays Sérère, et d’autres anonymes de ma trempe, ont magnifié, honoré les deux grands fromagers mystiques, sur le chemin de la procession. Ces chasseurs la, en pays Sérère, et d’autres anonymes de ma trempe ont fait 7 fois le tour de chacun d’eux, respectant une tradition séculaire et constitutive de ce package mystique de conjuration des heurts et malheurs des protégés de Mindiss. Positionnés au cœur de la ville, ses fromagers mythiques et mystiques n’ont pas encore fait les frais de cette planification urbaine implacable destructrice de nos survivances culturelles. Entre la planification urbaine et les objets mystiques, se joue depuis des siècles, dans cet espace réduit, un modus vivendi de contournement. Au nom de l’Ordre. Pour se prémunir du Chaos!!!

Au fur et à mesure que ce cortège bigarré avance, jeunes hommes, jeunes filles, circoncis ou non, chasseurs ou non, Saltigués ou non, ont rallié cette procession de plus en plus démocratique. Elle va “s’échouer” deux heures plus tard, sur l’Arène des lutteurs qui accueille déjà près de 3000 participants, les uns tout aussi excités que les autres. Quoi retenir de cette belle procession annuelle ? D’abord, la beauté des costumes, des déguisements, la singularité des outils de chasse, une pointe de “mixture” entre le moderne et le traditionnel, une communauté ancrée dans ses valeurs mais ouverte aux autres, une volonté de sauvegarder un patrimoine et de préserver la mémoire des anciens et des ancêtres. Quoi retenir de cette belle procession ? Que la chasse et les rituels qui y sont attachés sont très peu étudiés dans notre espace de recherche.  Elle est encore considérée dans sa dimension et ses fonctions folkloriques. Elle n’est pas encore considérée par notre anthropologie comme un objet d’étude. De façon générale, notre anthropologie de la cynégétique en Afrique est restée embryonnaire, même si des monographies, de grande valeur scientifique ont été réalisées notamment au pays Mandingue. Puissent ces Xoy et Miiss Joobay, révéler des vocations auprès des jeunes sociologues, anthropologues, historiens, etc. encore enchâsses, dans des problématiques institutionnelles et individuelles souvent loin des nos exigences de productions de connaissances.

@ Projet ethno-photographique. Signes et symbols. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN, août 2018

LE MASQUE DE LA VIOLENCE LETHARGIQUE : VERS UNE IMPLOSION

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Les sénégalais, comme sonnés par leur naïveté calculée, semblent découvrir que notre pays est devenu un îlot de violences. Un taximan abattu à bout portant. Une responsable politique de l’APR égorgée il y a quelques mois. Une dame prise par des “djinn” qui tue son bébé. A l’approche des élections, la permanence des sacrifices humains…On se demande si on est vraiment amnésique ou si nous refusons comme d’habitude de nous confronter à nos propres réalités. Sans compter les violences symboliques dans nos télévisions, dans les espaces publics privatisés avec ses pornographies de l’opulence agressives. Au nom d’une culture de l’apparât et des ostentations. L’école elle même est aussi une traduction sociologique de ces formes subtiles de violence. Mon collègue sociologue Harouna Sy à publié en 2013 aux Éditions l’Harmattan un ouvrage consacré aux violences de l’école, violences à l’école. Dans un contexte sénégalais où les interrogations sur cette question sont pressentes, il est utile d’interroger le regard très documenté du sociologue de l’éducation qui rappelle que : “Les rapports de la société avec la violence sont ambigus : la violence est organisatrice de la société tout comme celle-ci est organisatrice de la violence. En révélant qu’au Sénégal chaque groupe social est spécifiquement porteur d’une violence à l’école, les données légitiment la déconstruction de la relation quasi bijective qu’un déterminisme a hâtivement établi entre les classes populaires et la violence comme faits d’apprenants habitant les quartiers et banlieues pauvres”.

Parlons de violence politique. Notre pays en a connu et sans doute les plus graves purges sous le régime UPS-PS. Senghor et son régime en ont emprisonné, mis au frigo, torturé, tué plus d’un et sous des formes très diversifiées. Au fond de nos consciences refoulées et sans doute pour respecter la mémoire de l’académicien, nous avons des scrupules pour en parler. Sans doute pour ne pas heurter les lobbies senghoristes encore très actifs dans ce pays. Nous aurions aussi pu avoir les mêmes interrogations sur le 1er Mawdo, Mamadou Dia, Abdoulaye Wade, Abdou Diouf, Macky Sall et de toutes ces générations qui ont usé et abusé de la violence comme forme de gouvernance étatique et politique. On se rappelle souvent des nombreux cas de morts qui ont jalonné nos campagnes électorales. Certains tués par balles, d’autres égorgés sous forme de sacrifices humains. La société magique est venue alourdir les ambiances et pratiques ténébreuses des sénégalais qui sont dans un déni permanent de leurs réels vécus.

Pourtant dans les différents tribunaux, chaque jour, des dizaines d’homicides volontaires et involontaires y sont jugés. On en compte beaucoup d’égorgés, de sacrifices rituels, autant dire des formes les plus crapuleuses. Régulièrement, nos mosquées enregistrent des bagarres de leadership qui se terminent par des morts. Dans nos rues sombres et sales, chaque jour, des bandits agressent de jeunes filles innocentes et sans défense sous le regard inactif et lâche de passants qui détournent les regards. La raison principale souvent est d’accuser les autres, ces étrangers, boucs-émissaires des forfaitures de nos compatriotes. Dans le Fouladou, régulièrement des bandes armées attaquent des villages et boutiques dépouillés de leurs argents et marchandises. Dans le sud-est à Kédougou, des bandes armées écument des villageois sans défense avec souvent morts d’hommes. Ça n’émeut pas souvent les compatissants dakarois. Avons nous oublié que nous avons sur notre dos plus de 30 ans de conflits au sud de notre pays qui ont enregistré des milliers de morts ? On y a expérimenté toutes formes de violences meurtrières de la part de l’Armée et du MFDC.

A moins de se cacher la face, et sans sous estimer la valeur fondamentale d’un être humain, le rebondissement apparent des modes meurtriers de violence ces jours ci n’est qu’un épiphénomène. La vraie violence est entrain de s’organiser dans les entrailles et interstices d’une société qui a de plus en plus faim. Une société d’accaparement avec des élites politiques subitement riches et arrogantes face à des majorités sociologiques de misère sociale. On lui a volé ses rêves au profit d’obscures individus qui sont les premiers à exercer des violences symboliques et physiques paralysantes. Voila pourquoi, les marges sociales de la violence sont encore à un niveau “acceptable”. Le Sénégal n’est pas encore violent. Il le sera irréversiblement plus haut et plus fort. Elle viendra de cette bombe juvénile de moins de 20 ans qui représente 75% de notre population Elle ne rêve même plus tant elle subit de façon cruelle les violences symboliques de politiques et vendeurs de rêves religieux qui ont fini de la transformer en des larbins. Cette jeunesse là; lorsqu’elle se réveillera, on aura compris que ce qui se passe maintenant n’est qu’épiphénomène.

Illustration photographique : Matar Ndour

NKEN

CHANGEMENTS CLIMATIQUES PROVOQUÉS. DE LA SIERRA LEONE AU SÉNÉGAL

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Il y a un an, jour après jour, la Sierra Léone était un pays dans le chaos presque. Pourtant ceux qui connaissent ce pays savent que cette catastrophe était prévisible. Mais comme d’habitude personne n’avait rien fait pour les aider ! Maintenant qu’ils étaient devant les feux des projecteurs avec leurs 400 morts et tout le monde parlait d’appui humanitaire ! Certains “experts ” avaient soutenu l’idée des effets des changements climatiques. La Sierra Léone fait partie des trois pays les plus vulnérables d’Afrique. Nous oublions de rappeler que c’est le pays où la moyenne annuelle des précipitations est la plus élevée d’Afrique ! On peut dans ces circonstances dénoncer la posture attentiste et criminelle de tout le monde. Et la Sierra Leone en Afrique n’est qu’un cas des pays mal préparés à faire face aux catastrophes s’ils ne sont les vrais responsables de ce qui leur arrive. Lorsque nous avons un incendie à Dakar d’une certaine ampleur nous appelons à la rescousse l’armée française. Il en est ainsi presque partout en Afrique francophone.

On se détourne des vrais risques et priorités jusqu’au jour où la catastrophe arrive. On construit une belle bretelle côtière pour prolonger la VDN. Personne ne bronche. Dans 20 ans on va demander de l’aide pour sauver la ville sainte de Cambérène ou sauver Guédiawaye, Hamo de l’érosion côtière. On laisse construire une arène nationale sur une zone humide et on laisse le régime PDS/APR démanteler la zone de captage. Puis on va lutter contre les inondations et créer un ministère du cadre de vie qui va poser des pots de fleurs. On bloque la vue à la mer à tous les Dakarois en poursuivant la construction d’hôtels sur la corniche. Personne ne bronche. On fait une bretelle à Saint-Louis qui inonde une partie de la ville. Tout çà parce que nos gouvernants sont devenus des Pharaons. Ils aiment les grands ouvrages symboles de leurs réussites politiques.

Et la question est de savoir pourquoi les politiciens notamment  Read more