EXPLOITATION MINIERE : ENTRE INTRUSIONS MINIERES, BOMBE ECOLOGIQUE ET DILAPIDATION

Abdou Ndukur Kacc NDAO

Socio-anthropologue

I – EXPLOITATION MINIERE OU LES LIMITES CONFLICTUELLES DANS LA DELIMITATION DES TRACES

Nous abordons dans cette partie consacrée aux multinationales minières d’une part, l’épineuse question des délimitations des permis miniers et d’autre part, des désastres écologiques prévisibles dans un court, moyen et terme termes. Une des illustrations les plus pertinentes des conflits relatifs à la précision des délimitations des permis peut être trouvée avec le cas de la société minière Mako. Mako est aussi l’illustration des failles de notre système administratif et des concurrences fortes qui peuvent les opposer sur des enjeux aussi vitaux que l’exploitation minière.

En effet une structure minière s’est retrouvée avec ses travaux d’extension à l’intérieur des limites du Parc Niokolo Koba classé patrimoine de l’UNESCO et MAB (Réserve de la Biosphère). Pourtant, il existe le décret 2002-271 du 7 mars 2002 portant actualisation des limites du parc et sa périphérie matérialisées par les bornes vers Tambanoumouya. Manifestement les délimitations de ces tracés ne sont pas très claires car Mako se retrouvera dans l’enceinte du parc. Lorsqu’on vérifie les coordonnées du point G et on se demande pourquoi la limite du parc au niveau du minerai subit cette courbature. Car logiquement, le trace devait faire Badon – Tambanoumouya (voir carte jointe). Toujours est il que muni de leur autorisation du 4 juin 2010 No 00536/MMITPME/DMG de la Direction des Mines et de la Géologie, 11 agents de la firme dont des Sénégalais, Maliens, Canadiens aux motifs de délits de défrichage , séjour et circulation illégaux et exploitation minière dans un parc national, ont été mis aux arrêts.

En fait la DNP avait estimé que cette autorisation était illégale alors qu’elle a été dument délivrée par un autre démembrement de l’administration, c’est-à-dire la DMG. Un arrangement finira par être trouvé entre la structure minière et la DPN et de nouvelles coordonnées tracées. En réalité, la délimitation du parc et notamment dans sa partie orientale a toujours posé problème. Depuis sa création en 1954 et son extension, on a pu noter plusieurs conflits, ressentiments entre les différents acteurs du parc (populations locales, opérateurs privés, services administratifs). Nous sommes ici en face d’un imbiglio qui oppose deux secteurs clefs de notre administration.

Il est important d’abord de noter que le litige ne concerne pas toutes les limites orientales du Parc national du Niokolo-koba » mais uniquement sur sa partie qui va de la route nationale 2 au fleuve Gambie. Plus précisément au niveau des localités proches, de Badon à Tambanoumouya dans l’enclave représentée par le secteur des collines du Goléakouko. La question à trancher est de savoir si la limite du PNNK passe à l’Est (version de la DPNS) ou à l’Ouest (version de la DMG) de ce relief ? Ce qui est sur c’est que la zone concédée à la société KANSALA RESOURCES S.A. – BAMBUK MINERALS ne se limitait pas à la seule enclave du Goléakouko. Elle allait bien au-delà, sur des zones avec des délimitations et géo référencements et bornage incontestables. Voila à ce stade ce qui permet d’affirmer que cette zone de Goleakouko est bien dans la parc cet sans aucun doute au minimum dans la zone tampon telle que définie par l’article 3 du décret de 2002.

Quelles sont les conséquences de ces conflits inter-administrations sur le parc ? Quelles sont les conséquences écologiques prévisibles ? Sommes nous prémunis et préparés à gérer le départ de ces sociétés minières et les ouvrages qu’elles nous laissent ? Autant de questions qui seront abordées dans la seconde partie.

https://drive.google.com/…/0B4WQavBocPJXQXFGVnVPcVRvV…/view…

II – EXPLOITATION MINIERE : BOMBE ECOLOGIQUE

Nous parlions des intrusions minières dans un secteur aussi sensible que le Parc de Niokolo Koba. Il est vrai que les délimitions sont sujettes à caution. Quelque soit finalement l’option du tracé retenu, une société minière est au moins dans la zone – tampon distante de 1 km. Un parc y est établi avec sa biodiversité, un fleuve le traverse et constitue le poumon vital de toute cette vie sauvage. Comment pouvons nous être si légers dans la délimitation d’un parc aussi sensible face aux intrusions des miniers ? Comment une administration qui se respecte peut-elle délivrer une autorisation même dans les limites d’un parc à des miniers sans tenir compte des avis circonstanciés des autres organes de l’administration impliqués dans le processus de surveillance des parcs ? Il se joue toujours des compétitions en sourdine entre départements de l’administration pour capter des ressources sans souvent tenir compte des conséquences des autorisations.

Délivrer un permis d’exploiter minier dans ces tracés du parc est un scandale et relève de complicités inacceptables. Si nous ne faisons pas attention, il existe un risque évident de mort programmée du PNNK. Pétowal n’est pas le lieu indiqué pour ouvrir une mine. Une mine à Pétowal sera au PNNK ce qu’est une plaie à un diabétique. Cette plaie finira un jour ou l’autre par transformer le diabétique en handicapé. Il est quand même aberrant que des populations autochtones soient déguerpies du PNNK (1974 – on se rappelle avec Mady Cissokho) sous le prétexte de la Conservation et de la Protection des Ressources Naturelles (Vision du Président Leopold Sedar Senghor) et quelques années plus tard une Compagnie étrangère (Torogold) soit autorisée à mener des activités plus agressives que celles des populations autochtones sur les Ressources Naturelles du PNNK.

Pourtant, tout le monde sait que les mines sont extrêmement dangereuses pour des parcs ou évolue une complexe biodiversité sans compter la vie animale qui s’y déroule. A travers le monde, les accidents miniers font légion et nous ne sommes pas à l’abri techniquement. L’exemple du Canada il y’a quelques années est assez illustratif de ces risques graves avec la mine Mount Polley en 2014. Ce qui est intéressant et inquiétant aussi, c’est que cette mine présente les mêmes caractéristiques que celle que Mako est entrain d’installer avec une proximité fluviale qui augmente les risques (voir photo en illustration).

Aujourd’hui Mako dans cette zone est en phase développement. La compagnie. Torogold va construire toutes les infrastructures qui accompagnent l’exploitation. L’usine de traitement, village du personnel (accommodation camp), barrage de retenue d’eau, barrage des déchets miniers. ROM PAD (Run Of Mine PAD), plate forme pour accueillir le Raw Material, routes, centrales électriques, etc. Autant dire une lourde logistique qui va perturber inexorablement la quiétude du parc. Le plus gros danger que l’administration doit surveiller concerne la construction du barrage des déchets miniers avec un risque qu’il cède même si c’est dans un siècle. On peut imaginer tous ces déchets qui vont infecter les nappes et qui vont polluer le fleuve Gambie situé dans une zone de forte pression. On pourra dire sans doute adieu au parc et à ses pensionnaires. Sans compter les pompages d’eau du fleuve pour satisfaire la forte demande qu’exige une exploitation minière. Dans ce cadre, selon nos informations, les autorisations sont entrain d’être cherchées par la multinationale.

D’ailleurs, il faut rappeler que ce genre d’incidents s’est produit une fois à Sabodala et caché aux services compétents de notre Etat en 2009. Aucun organe de contrôle de l’Etat n’était au courant donc incapable de sanctionner cette société qui va nous laisser un héritage flou et complexe en matière d’impacts négatifs sur l’environnement. Le cyanure utilisé dans le processus d’extraction de l’or présente des dangers énormes pour la faune et la flore et la DEEC n’a aucun moyen technique comme humain pour procéder à un contrôle exhaustif des opérations. Dans toutes les autres zones d’exploitation, nous ne sommes pas l’abri de ces graves accidents avec son passif écologique désastreux. Nous sommes, il faut le dire face à une vraie bombe écologique qui doit mobiliser le peuple sénégalais pour exiger plus de transparence et de sécurité.

Il est vrai que le Code minier encadre les conditions dans lesquelles les miniers doivent exploiter y compris les garanties de réhabilitation des mines à l’état final. Sans compter les différents instruments les normes de performance et d’évaluation des risques et des impacts environnementaux. Des enjeux importants y sont abordés tels que notamment les main-d’œuvre et conditions de travail, l’utilisation rationnelle des ressources et prévention de la pollution, la santé, sécurité et sûreté des communautés, l’acquisition de terres et réinstallation involontaire, la conservation de la biodiversité et gestion durable des ressources naturelles vivantes, les peuples autochtones, le patrimoine culturel. Malheureusement, l’expérience notamment en terre africaine montre que les miniers sont les premiers à violer les dispositions des codes et nous laissent des désastres écologiques insoupçonnés.

En réalité, les sociétés minières fidèles aux logiques d’un capitalisme féroce et meurtrier gagnent beaucoup d’argent avec notre or. Nous reviendrons avec un autre poste sur les sommes faramineuses qu’elles empochent ou les entreloupes avec les exonérations et autres joint ventures qui leur permettent d’empocher toujours de l’argent, encore de l’argent. Sous la barbe de nos trésors publics….

https://drive.google.com/…/0B4WQavBocPJXSEZ0N0daTkNzT…/view…

III – LES MINES, UN JOB EN OR

Dans cette troisième partie, nous parlerons de ce job en or qui pose de sérieuses questions sur la posture de nos États face aux lobbies miniers. Ces sociétés minières sont pour l’essentiel côtées en bourses. Il est par conséquent possible de retracer sous certains rapports des éléments de leurs comptes financiers.

Prenons l’exemple de Teranga Gold qui est en phase d’exploitation et qui est détenteur du permis de Sabodala, un lieu orifère mythique dans les imaginaires des ouest africains. On sait aujourd’hui que le prix l’once d’or mentionné dans leur site à cause de leur cotation en bourse équivaut à 31,104 grammes. Il est de 1266,21 USD à la date d’aujourd’hui. En divisant par 31,104, le gramme coûte 40,70 USD soit 24 578,34 CFA.

A titre illustratif, prenons l’exemple de Teranga Gold et regardons juste à la date du 11 juin 2009, les levées d’or. Rappelons que ces levées sont théoriquement encadrées et sont effectuées sous le contrôle d’agents de l’administration. Rappelons aussi que Abdoulaye Wade a inauguré officiellement cette mine le 3 juin 2009. A partir du 9 juin soit 6 jours plus tard, le procès verbal de levée d’or No 2009/008 du 11/06/2009 indiquent les informations suivantes.

– No Barre /Lingot SGO077, poids net en gramme : 27.231,6. Poids bruts : 28.710.8. Nos scellé respectifs 156653 et 156554.

– No Barre /Lingot SGO078, poids net en gramme : 16.916.4 Poids bruts : 18.510.1. Nos scellé respectifs : 156555 et 156556.
– No Barre /Lingot SGO079, poids net en gramme : 14.404.0. Poids bruts : 16.049.1. Nos scellé respectifs 156657 et 156558

Jusqu’au No Barre /Lingot SGO092, les levées d’or indiquent un poids total de 314.384 de poids nets en grammes et 340.119 de poids bruts en gramme. Ce qui globalement au regard des cours du dollar à cette époque représente un montant global de 8.734.961,49 USD. Soit 5 273 469 474,85 FCFA. En réalité, à la date du 11 juin, Teranga Gold etait à son 92 eme lingot. Elle avait déjà commencé à produire avant l’inauguration.

A titre comparatif, l’inspection Générale d’Etat (IGE, 2014 ) dans son rapport public sur la gouvernance et la réédition des comptes notait qu’en 15 ans d’exploitation minière, l’Etat n’a gagné que 15 milliards 600 millions de FCFA. En un voyage et pour une seule compagnie, Teranga a vendu son or à
5 273 469 474,85 XOF. On peut imaginer et on y reviendra plus tard depuis 2009, que gagne cette multinationale sur le dos de notre pays. Que vont gagner les autres multinationales qui vont commencer l’exploitation.

Qui fait mieux ? Les mines d’or, un good job !!!

Photo : Abdoulaye Wade à l’inauguration de la mine e Sabodola avec Teranga Gold en Juin 2009. Kédougou, Sénégal

ANKN

LES IMPOSTEURS DE LA SPIRITUALITÉ ENVIRONNEMENTALE

Abdou Ndukur Kacc Ndao
Photo : Matar Ndour

Nous revoilà replongés dans les incertitudes d’une année 2016 qui aura le temps de révéler ses promesses et déceptions. Nous pouvons déjà, à des degrés divers, tirer le bilan d’une année 2015 qui a mobilisé le gotha environnemental mondial à Paris. Des promesses fermes ou nuancées prises au cours d’un long et complexe processus de négociations (in)validé par la COP21. On verra quelques années plus tard les prévisibles déceptions d’Etats habitués à prendre des engagements rangés aux oubliettes.

Mon esprit matinal aujourd’hui est capté par des environnementalistes d’un type particulier. Des écologistes, des verts, des protecteurs de l’environnement oubliés par les modernités conceptuelles. Ils n’ont été ni à Copenhague ni à Paris ou dans les autres salles de conférences nationales et internationales pour disserter du réchauffement climatique ou autres accords environnementaux. Ils n’ont jamais reçu de millions de dollars ou de FCFA dévalués pour protéger un environnement souvent si généreux avec les autres capteurs de fonds qui pullulent dans nos pays. Pourtant, ils sont les véritables écologistes même s’ils n’ont jamais élaboré des manuels ou rédigé des livres ou reçu une invite du docte GIEC.

Ils, ce sont les centaines de gardiens des bois sacrés disséminés à travers les peuples Tanda (Bassaris, Cognagui, Bedik, Badiarankés), Ajamaat (Sénégal, Gambie, Guinée Bissau)…Ils, ce sont notamment les civilisations des peuples des rizières qui ont un rapport divin à la nature. Des peuples qui ont su et qui continuent de délimiter dans une cohérence harmonieuse les espaces sacrés et profanes. En démêlant ces deux espaces et en leur octroyant chacun des fonctions spécifiques, ces peuples – du Gabon au Cameroun en passant par la Sierra Léone – sont devenus, depuis la nuit des temps, les véritables écologistes. On peut se demander ce que la Casamance naturelle serait devenue si ces écologistes avaient démissionné de leurs fonctions de protection des bois sacrés et autres lieux initiatiques. Aujourd’hui, des milliers d’hectares sont préservés à travers l’Afrique des dégradations multiformes du fait de ces vigilances sacrées et des fonctions sacrales qui leur sont imprimées.

Les écologistes des temps modernes souvent englués dans des débats conceptuels seraient-ils des « imposteurs » ? N’est-ce-pas là, la manifestation évidente d’une lutte de classe environnementale qui a fini de reléguer aux périphéries ou au fonds des bois sacrés ces acteurs de l’invisible. Les nouveaux écologistes devraient rendre aux détenteurs des bois sacrés ce qui leur appartient. Ils devraient avoir l’élégance d’écouter leurs définitions des concepts d’aléas, de risques, d’environnements, de chocs, de protections…Ils devraient les mentionner dans les capitalisations et la diffusion des résultats positifs engrangés tout au long de ce siècle. Ils devraient faire un plaidoyer pour que le Nobel leur décerne un prix mérité.

N’est-ce-pas là une belle occasion de relier dans une féconde continuité analytique la spiritualité environnementale aux théories écologistes ? Les « imposteurs » des modernités environnementales sont-elles prêtes à intégrer ce paradigme de la « sacralité environnementale » dans les publications scientifiques ?  Qui vivra verra ! En attendant, notre « siècle environnemental » tout comme les précédents font semblant d’être dans les innovations en s’installant dans le déni des autres segments de production des savoirs. Ce réductionnisme heuristique est sans doute la marque de fabrique d’une modernité scientifique à l’empirisme souvent caricatural et à la spiritualité frileuse. Qui pour faire le lien porteur d’une grande fécondité productrice de pôles éclatés de savoirs ? Ecolo et autres partisans de ISTES, SVP, ne détournez pas le regard !!!

Excellent week end à toutes et tous.

Illustrations photo : Un fétiche dans le Kassa, Casamance

ANKN

PUBLICATION DES BULLETINS 2, 3, 4 FRANCOPHONES DES NÉGOCIATIONS SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Coordination Scientifique : Dr Arona Soumaré

La France va accueillir et présider la 21e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015 (COP21/CMP11), aussi appelée « Paris 2015 », du 30 novembre au 11 décembre 2015. C’est une échéance cruciale, puisqu’elle doit aboutir à un nouvel accord international sur le climat, applicable à tous les pays, dans l’objectif de maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C. Ces Bulletins Francophones des Négociations sur les Changements Climatiques  publiés par l’OIF / IFDD en partenariat avec l’IIDD, Médiaterre et l’Université Senghor, font le point notamment sur l’état d’avancement des négociations, des principaux enjeux (objectif mondial d’adaptation, engagements collectifs et individuels), des questions repoussées à un examen ultérieur.

La coordination scientifique de ces bulletins numéro 2,3,4 est assurée par notre compatriote Arona Soumaré. 

Ci dessous les liens des Bulletins.

https://drive.google.com/file/d/0B4WQavBocPJXYzdOeUNYekItdjg/view?usp=sharing (Bulletin numéro 2) 

https://drive.google.com/file/d/0B4WQavBocPJXQ2tBdmpWUW9DOGM/view?usp=sharing -Bulletin numéro 3)

https://drive.google.com/file/d/0B4WQavBocPJXUExBamd2R1NsM1U/view?usp=sharing -Bulletin numéro 4)

 

BULLETIN FRANCOPHONE DES NEGOCIATIONS SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

La France va accueillir et présider la 21e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015 (COP21/CMP11), aussi appelée « Paris 2015 », du 30 novembre au 11 décembre 2015. C’est une échéance cruciale, puisqu’elle doit aboutir à un nouvel accord international sur le climat, applicable à tous les pays, dans l’objectif de maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C.

Ce Bulletin Francophone des Négociations sur les Changements Climatiques  publié par l’OIF / IFDD en partenariat avec l’IIDD, Médiaterre et l’Université Senghor, fait le point notamment sur l’état d’avancement des négociations, des principaux enjeux (objectif mondial d’adaptation, engagements collectifs et individuels), des questions repoussées à un examen ultérieur.

La coordination scientifique de ce bulletin numéro 1 est assurée par notre compatriote Arona Soumaré. 

Ci dessous le lien du Bulletin.

https://drive.google.com/file/d/0B4WQavBocPJXS19MTlpjTFBMeTg/view?usp=sharing

POINT DE VUE : DE L’OR POUR UN DÉVELOPPEMENT INCLUSIF

Dr Arona Soumaré

Géographe – Environnementaliste

 Arona Soumaré est titulaire d’un doctorat de Géographie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), d’un Master of Science en Etude d’impact Environnemental de l’Université du Pays de Galles (Royaume-Uni), d’une Maîtrise en Relations internationales (Fletcher School of Law and Diplomacy de l’Université Tufts, Etats-Unis).  Dr Soumaré enregistre à son actif plus de 20 ans d’expérience en matière notamment de gestion des ressources naturelles.

 MALEDICTION. Il y a un peu partout dans le monde, une sorte de malédiction des ressources minières. De nombreux pays en développement souffrent, plus qu’ils ne bénéficient de leurs richesses en ressources naturelles.

L’exploitation aurifère a une histoire souvent pavée d’opulence sectaire côtoyant une pauvreté extrême, une histoire de prébende, de contrebande et de conflits. Un long récit de pollutions et de maladies graves, aussi…

Cependant, l’or est devenu tellement vital dans le monde entier avec notamment une industrie de plusieurs milliards de dollars, avec d’énormes avantages potentiels pour les pauvres dans les pays en développement, où quelques veines d’or sont trouvées.

En effet, lorsque les ressources minérales importantes sont découvertes et exploitées cela peut présenter des grands avantages économiques, mais cela peut également exacerber lesdisparités économiques et sociales aux niveaux local et national.

Par ailleurs, le territoire des entreprises minières apparaissent comme des « ilots» lumineux sur le socle birimien du Sénégal oriental qui est un océan de terroirs villageois déstructurés et qui manquent de tout

ENJEUX MULTIFORMES. En outre, à moins que le développement ne soit géré avec beaucoup de soins, des impacts négatifs souvent irréversibles émergent du point de vue environnemental, y compris pour le développement agro-sylvo-pastoral et la santé des populations locales. Autour du gisement aurifère de Sabodala se profile plusieurs enjeux :

Un enjeu écologique aussi : A beau dire, l’extraction de l’or est une pratique dangereuse et peu respectueuse de l’environnement pour plusieurs raisons. L’exploitation minière est destructrice pour l’environnement naturel autour des mines, l’élimination des déchets de roche crée des problèmes, défigure les paysages et utilise des produits chimiques mortels comme la cyanure.

Un enjeu de développement : les interventions ponctuelles des sociétés minières (construction de salles de classes, de forages, etc.) restent encore complètement déconnectées des  priorités locales et  des plans de mise en valeur et de conservation des ressources naturelles et du territoire au profit des populations. Saupoudrage ou blanchiment écologique?

TERROIRS DESTRUCTURES. Par ailleurs, le territoire des entreprises minières apparaissent comme des «ilots» lumineux sur le socle birimien du Sénégal oriental qui est un océan de terroirs villageois déstructurés et qui manquent de tout. Comment alors veiller à ce que la manne aurifère puisse être un levier d’une croissance durable et inclusive” ?

Dans ce contexte, il importe de s’assurer que les décideurs et les communautés locales prennent la pleine mesure des impacts potentiels liés à cette industrie et que des mesures idoines soient prises et appliquées pour éviter, le cas échéant, atténuer les impacts négatifs.

Les études d’impact environnemental sont vite brandies à la fois par les exploitants miniers et les décideurs, comme gage de responsabilité environnementale et sociétale et de profond attachement au respect de la loi ?

Dans le fond, ces documents souvent très ésotériques (a souhait ?) posent un problème d’appropriation à une population majoritairement analphabète qui n’a pas été associée dans les phases préliminaires de cadrage, en vue de s’assurer que leurs préoccupations/appréhensions sont dûment prises en compte.

ALIBI ENVIRONNEMENTAL. Etudes d’impact alibi ou à posteriori ? Tout compte fait, elles arrivent souvent tard ou trop tôt, parce que les décisions politiciennes ont déjà été prises mais… il faut bien les légitimer. Par exemple, la signature de la convention minière qui devait théoriquement venir après la validation des études d’impacts qui auraient permis de cerner d’abord les enjeux environnementaux et socio-économiques, s’est faite bien avant. Pourtant, ces études aussi constituent une partie intégrante dans la procédure d’obtention du permis d’exploitation. On peut dans ce contexte s’interroger sur les bases qui auraient permis d’éclairer la prise de décision d’autoriser ou non une concession minière ou de déterminer les contours pour l’alimentation du fameux fonds fiduciaire (articles 82, 84 du Code minier) destiné à réhabiliter le site à la fin du cycle minier. C’est bien un jeu d’équilibriste que de mettre un prix sur ce qui n’a pas (encore) de prix…. ?

Dans le fond, ces documents très ésotériques (a souhait ?) posent un problème d’appropriation à une population majoritairement analphabète qui n’a pas été associée dans les phases préliminaires de cadrage, en vue de s’assurer que leurs préoccupations/appréhensions sont dûment prises en compte.

Bien souvent le développement minier en question n’est ni une politique, un plan ni un programme, mais plutôt une collection de projets, chacun étant réalisé par des entreprises individuelles qui ne sont pas liés les uns aux autres, et dans de nombreux cas, entrepris dans l’isolement l’un de l’autre.

Compte tenu de la ruée vers l’or au Sénégal Oriental et des enjeux associés à cela, nous pensons que la planication pour le développement minier peut être améliorée d’une manière importante par l’entreprise de l’évaluation environnementale stratégique (EES)

ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE  STRATÉGIQUE. L’approche traditionnelle de la planification du développement du secteur minier suit une séquence commençant par l’exploration et un sondage plus systématique des gisements potentiels, suivie par la phase d’extraction et, finalement, la clôture et, le cas échéant, de remise en l’état. Chacune de ces étapes est normalement accompagnée d’une évaluation environnementale et sociale détaillée basée sur les études d’impacts environnementales de projets individuels. Bien que l’évaluation de chacun des composants soit utile dans l’identification des effets localisés, elle ne présente ni une vue plus exhaustive de ce qui est susceptible d’arriver à l’économie locale et nationale de manière globale, encore moins d’une analyse fine des secteurs /acteurs de la société qui gagnent ou perdent par le fait des options de développement choisies et de la manière dont l’écosystème sera affecté à long terme.

Compte tenu de la ruée vers l’or au Sénégal Oriental et des enjeux associés à cela, nous pensons que la planification pour le développement minier peut être améliorée d’une manière importante par l’entreprise de l’évaluation environnementale stratégique (EES) sur l’ensemble du cycle de  développement, de la découverte, le développement à l’éventuel déclassement lorsque les réserves sont épuisées. Cela permettra à différentes options politiques et programmatiques d’être examinées afin qu’une stratégie, la plus bénéfique d’un point de vue économique, social, et environnemental puisse être adoptée pour assurer le maximum de croissance durable pour l’économie nationale et locale, le renforcement de la cohésion sociale dans les zones aurifères et la réalisation du plus haut niveau de protection de l’environnement possible et réaliste (un résultat gagnant-gagnant gagnant).

Arona Soumaré