ACHILLE MBEMBE : SORTIR DE LA GRANDE NUIT

La décolonisation africaine au cours de la seconde moitié du XXe siècle ne fut-elle finalement qu’un accident bruyant, un craquement à la surface, le signe d’un futur appelé à se fourvoyer ? Dans cet essai critique, Achille Mbembe montre qu’au-delà du mélange de choses qui prévaut aujourd’hui, le mérite de cet événement fut d’ouvrir sur une multitude de trajets historiques possibles. À côté du monde des ruines et de la destruction, de nouvelles sociétés sont en train de naître. Adossées sur leur matière indocile, elles sont en train de réaliser leur synthèse sur le mode du réassemblage, de la redistribution des différences et de la circulation. De créer un monde créole dont la trame complexe et mobile sans cesse glisse d’une forme à une autre. Examinant en particulier le cas de la France, l’auteur analyse les paradoxes de la « postcolonialité » chez une ancienne puissance coloniale qui décolonisa sans s’auto-décoloniser. Écrit dans une langue tantôt sobre, tantôt incandescente et souvent poétique, cet essai constitue un texte essentiel de la pensée postcoloniale en langue française.

Achille Mbembe est camerounais. Il est professeur d’histoire et de science politique à l’université de Witwatersrand à Johannesbourg (Afrique du Sud). Chercheur au Witwatersrand Institute for Social and Economics Research (WISER), il enseigne également au département français et à Duke University (aux ÉtatsUnis). Il est notamment l’auteur de De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine (Karthala, 2000).

MADEMBA N’EST PAS UN NATIF DU TERROIR. ET ALORS ? : PLAIDOYER CONTRE L’AUTOCHTONIE

Ce pamphlet a pour but de lever toutes équivoques entre l’autonomie et l’autochtonie

L’autochtonie est propice, dans sa définition comme du point de vue de sa finalité, à des dérives de type ethnique, xénophobe ou raciste. L’auteur cherche en effet à clarifier sa vision autonomiste ou fédéraliste pour le Sénégal, en tant qu’une formidable alternative à la logique de l’indépendance pure et simple de la Casamance, en proie à une rébellion indépendantiste incarnée par le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) depuis décembre 1982.

Jean Marie François Biagui est le président-fondateur du Mouvement pour le Fédéralisme et la Démocratie Constitutionnels (MFDC-fédéraliste) et ancien secrétaire général du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC). Ancien Élève de l’École Supérieure Internationale d’Administration des Entreprises (ESIAE) – Rhône-Alpes (du groupe ESAE & EDC Paris), son sujet de Mémoire de fin d’études s’intitule : « De la question des besoins essentiels en Afrique Noire et des problèmes relatifs au transfert de technologie ».

 

  • Format : Format Kindle
  • Taille du fichier : 561 KB
  • Nombre de pages de l’édition imprimée : 154 pages
  • Editeur : Diasporas noires (22 mars 2018)
  • Vendu par : Amazon Media EU S.à r.l.
  • Langue : Français

 

PRENEZ LE POUVOIR ! HULO GUILLABERT

Message aux Jeunes

Le but principal de ce livre est la conscientisation des jeunes Africains, renforcer leur optimiste et leur estime de soi, leur niveau de conscience politique, sociologique, culturelle et philosophique…

Ce livre a pour but de vous galvaniser, de vous inciter à vous former, vous informer, comprendre le sens de l’histoire, les intérêts stratégiques, la propagande, comprendre le fonctionnement des méRdias internationaux, mais aussi de vous donner l’énergie, le courage et la détermination, vous encourager à vous battre, et vous qui êtes encore timides et hésitants, de vous prendre la main en tant qu’Ainée et vous dire « n’ayez pas peur ! Osez ! Vous allez accomplir de grandes choses ! Nous avons besoin de vous !». Comme le dit l’adage : « Le fleuve fait des détours parce que personne ne lui montre le chemin.». J’espère que ce livre vous évitera quelques détours, même si je sais que quoi qu’il arrive vous franchirez la ligne d’arrivée, triomphants, même si cela doit ou peut prendre un peu plus de temps.

Je vous dis avec force « Prenez le pouvoir, prenez VOTRE pouvoir ! »

D’abord le pouvoir sur vous-même spirituellement et intellectuellement, le pouvoir sur votre espace vital, le pouvoir sur votre destin personnel, le pouvoir sur le destin commun du peuple de Katiopa (L’Afrique Kama et sa diaspora mondiale) !

AUTEUR : Hulo GUILLABERT

« Africaine du Sénégal », promotrice culturelle, conférencière, écrivain et activiste du panafricanisme. Elle est née au Sénégal et a vécu en France où elle a occupé des postes de responsabilité au sein de grandes entreprises comme consultante. Après des dizaines d’années, à Paris, à l’ile de la Réunion et à Montréal, elle rentre au bercail et abandonne sa carrière de consultante afin de s’engager pour l’Afrique. Elle crée la maison d’édition numérique Diasporas Noires, 100 % Africaine et militante ainsi que la Revue des bonnes nouvelles d’Afrique. Elle est l’initiatrice des conférences mensuelles « Les Rendez-vous de l’Afrique Consciente ». Infatigable, elle fonde également en 2014 le collectif DOYNA STOP à la mendicité des enfants.

REMISE DE CADEAU AU ROI D’OUSSOUYE DE LA BASSE CASAMANCE

Ce jeudi 2 août 2018, notre projet ethno-photographique est allé rendre visite au roi (Maane) d’Oussouye pour lui remettre un cadeau-portrait. Maane Sibilumbaye Diedhiou est le 17é roi d’Oussouye et il fut intronisé en décembre 2000.

Une occasion pour magnifier encore les relations excellentes entre le projet de Matar Ndour (ethno-photographe) et Ndukur Kacc Ndao (anthropologue) et sa Majesté. Retourner le travail aux principaux acteurs photographiés est une posture éthique et méthodologique qui est notre. Merci au Maane et à toute sa cour royale.

Photo : David

 

LES HEBREUX, PROFONDEUR HISTORIQUE AVEC L’AFRIQUE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
www.ndukur.com

L’histoire des hébreux d’Afrique renseigne sur la complexité des relations entre juifs et africains mais aussi leurs migrations multiformes à travers le monde. Déjà en 3500 av. JC, nous avions en Mésopotamie, dans la péninsule arabique et la corne de l’Afrique les premières migrations sémitiques avec ce qui est communément appelé les 12 tribus. Ils étaient déjà installé au VIe siècle av. JC au royaume de Koush réputé grâce à ses mines d’or et pierres précieuses. Évidement cette partie du monde connaîtra des événements très importants parmi lesquels l’exil en Égypte des 12 tribus (XVIII -XVII 12. JC ) avec Moise, la conquête de Canaan et la mise en place du royaume de David et Samomon respectivement aux XIIe et Xe siècles. Au Yemen et en Érythrée, dans cette même période, nous avons eu la Reine de Saba. Du côté de l’Éthiopie, le premier empereur juif avec Menelik en 950 av. JC…

Apparaît en 135 -1492 le royaume juif de Touat et du côté de Gao, Tombouctou (sur lequel nous reviendrons plus spécifiquement avec les manuscrits ), Djenné avec les juifs originaires du Yémen (Ie S. et 300 av. JC.). Tout ceci se déroule en Afrique saharienne.

En Afrique de l’ouest et la Sénégambie, de riches événements historiques peuvent être notés avec l’arrivée des blancs judéo syriens (Cyrenaïque ) et Peuls qui sont des éleveurs dans l’empire du Ghana entre Ie S. et VIII siècles ). Avec l’invasion almoravide au XI et XIIe siècles, on assista à la fuite et à la conversion des juifs avec les jihad. De l’empire du Mali aux marchands Radhanites, l’Afrique connaîtra d’intenses rapports commerciaux avec cette partie très riche en or et diamants à l’image à l’image de Soundiata Keïta.

En Afrique orientale et des grands lacs, entre le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda (XIVe siècles – 1972, on peut noter les descendants des rois pasteurs de Koush qui sont de la dynastie Salominide. A noter aussi le royaume de Shona en Afrique du Sud, au Zimbabwe sans compter le Madagascar.

Pour résumer, disons que les juifs à des périodes différentes ont toujours eu des relations fruits de leurs mobilité forte avec l’Éthiopie, le Yemen, l’Érythrée, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Cap vert , Sao Tomé, Mali, la Guinée, le Sénégal (nous reviendrons sur les relations du côté de Bakel ), le Ghana, le Nigeria, le Cameroun, le Congo, le Zimbabwe, le Lesotho, l’Afrique du Sud, le Mozambique, le Madagascar.

NKEN

LE MALHEUR DE VIVRE. ROMAN DE NDEYE FATOU KANE

CRITIQUE DE VALDEZ ONANINA, JOURNALISTE

Le malheur de vivre a été publié en 2014 chez L’Harmattan. Le roman de Ndeye Fatou Kane court sur 167 pages au long desquelles, il est question d’amour, de trahison, d’immigration, de culture et de tradition… Mais en une phrase, cette œuvre de la romancière sénégalaise est une histoire d’amour qui finit mal…et c’est le moins qu’on puisse dire.

D’ailleurs, le roman débute par la fin. Le personnage principal, Sakina Bâ, perdue dans ses méditations, ressasse sa vie et ses erreurs ; « elle qui avait la vie devant elle, un avenir doré qui se profilait », écrit l’auteure.

Le début de cette histoire dont la fin nous est livrée d’entrée remonte à 1980. Sakina Bâ est la fille unique d’Amadou et Mariam Bâ, « un richissime couple de commerçants Hal Pulaar installé à Paris depuis une quarantaine d’années, où leur boutique ‘‘Little Sénégal’’ était connue du Tout-Paris ». L’histoire raconte que bien que résidant en France, cette famille restait attachée à ses origines sénégalaises et Hal Pulaar, particulièrement à sa culture toucouleur. Les parents souhaitant  que leur fille reste imprégnée de ses origines ce qui n’était pas pour déplaire cette dernière qui jouissait d’une plus grande liberté pendant ses vacances au Sénégal. Ainsi, chaque année, au mois d’août, la famille se rend au Sénégal où Sakina avait toujours hâte de retrouver ses cousines Bousso et Salamata.

C’est lors d’une virée en boîte de nuit avec ces dernières, en août 1980, que Sakina fait la rencontre d’Ousmane que l’auteure décrit comme « ce qu’on pouvait qualifier de ‘‘boy Dakar’’ », un viveur, un homme de nuit.  Issu d’une famille nombreuse aux moyens limités, le père d’Ousmane est pasteur et sa mère vend les produits de son potager. Le jeune homme, originaire d’un village de l’ouest sénégalais, n’avait pas pu obtenir son CEP et avait rejoint la capitale pour s’extirper des difficultés qui s’annonçaient à lui. Il est donc gardien dans un immeuble situé en centre-ville au moment de sa rencontre avec Sakina.

A la page 25, Ndeye Fatou Kane raconte, l’instant précis de leur première rencontre ; elle écrit : « Extrait P25 ».

Mais très vite, ils se revoient. Au détour d’une promenade dans le centre-ville, Sakina et ses acolytes de cousines passent devant l’immeuble dans lequel Ousmane travaille. Ce dernier invite les jeunes femmes à une nouvelle soirée dans la boite de nuit où ils se sont rencontrés. Le rendez-vous se tient. Sakina et Ousmane se rapprochent et échangent leur premier baiser. La jeune parisienne n’hésite déjà pas à dire à ses cousines son amour pour Ousmane et brûle de désarroi à l’heure de se rendre dans son village pour deux semaines. Son amoureux va lui manquer. Mais, bien lui en a pris, son retour à Dakar se fait seulement six jours après, son père Amadou ayant connu quelques soucis de santé liés à son arthrite.

Et alors que son père est interné dans un hôpital dakarois, Sakina se fait à peine du souci pour lui et ne pense déjà qu’à retrouver Ousmane. Bousso et Salamata la rappellent un peu l’ordre mais la jeune fille n’en a cure des récriminations de ses cousines et mime d’être fatiguée pour s’extirper et aller voir Ousmane. Ainsi à chaque visite à l’hôpital, elle quitte plutôt pour aller rendre visite à son bien aimé. Sakina se révèle alors comme une jeune fille « insoumise » capable de braver ses parents et ses amis au nom de son amour pour Ousmane qu’elle couvre de cadeaux. Et à l’heure de regagner Paris, elle est encore envahie d’une grande tristesse, ce qui n’est vraiment pas le cas pour son amoureux. L’auteure écrit : « extrait page 84 ».

Quand  Sakina retourne en France, Ousmane reprend ses escapades nocturnes, confiant et sûr de lui. Il reçoit d’elle plusieurs lettres par mois et ne répond qu’une et rarement deux fois. De son côté, la jeune femme n’arrive plus à se concentrer ; son cœur est à Dakar.  Ses performances scolaires en prennent un coup, elle pense même à quitter l’école pour « faire sa vie avec Ousmane ».  Ses parents sont informés de ses absences répétées à l’école et qu’elle ne fut pas le désarroi de Mariam quand elle découvrit la cause des tourments de sa fille. NFK écrit à ce propos : (extrait P 94, 100 et 101)

A Dakar, les cousines de Sakina croisent, un soir, Ousmane en compagnie de jeunes filles. Quelques jours après, Bousso, une des cousines de Sakina croisera le même Ousmane, empêtré dans une affaire de drogue. Quand Sakina apprend tout cela de ses cousines, cela la conforte juste dans l’idée selon laquelle ces dernières sont jalouses de sa relation. Elle est déterminée plus que jamais à faire sa vie avec Ousmane.

A l’été 1981, Sakina regagne Dakar avec ses parents. Très vite, elle fait comprendre à son entourage qu’elle ne reculera devant rien en ce qui concerne ses sentiments pour Ousmane. Cet Ousmane manipulateur qui se réjouit de revoir sa naïve avec l’objectif malsain de l’épouser pour s’envoler vers Paris, la ville de ses rêves. Et pour illustrer la naïveté et l’outrecuidance de la jeune fille, je vais vous lire cet extrait de la page 118-119.

Et en bon manipulateur, dans son vil amour du gain, Ousmane soigne son apparence physique et morale et finit par convaincre Amadou qui n’hésite pas à lui accorder la main de sa fille unique.

Mais chassez le naturel, il revient au galop. Ousmane ne tarde pas à dévoiler son véritable visage et à se débarrasser de ce voile d’hypocrisie dont il s’était muni pour faire bonne figure auprès de ses désormais beaux-parents. (Extrait pages 135, 136, 137)

Le filou obtient finalement son visa pour la France où un petit appartement leur est réservé à lui et à sa femme par les parents de cette dernière. Très vite, Sakina ne peut cumuler vie estudiantine et maritale. Elle arrête ses études pour gérer son foyer.

Ndeye Fatou Kane écrit : (extraits pages 145-146 et 147-148)

Sakina tombe finalement enceinte et accouche d’une fille sans que cela n’émeuve vraiment son mari, ce qui avait le don d’agacer Amadou et Mariam qui avaient appris entre temps que leur gendre était un alcoolique abonné des bistrots de la ville lumière. Sakina reste au domicile de ses parents de long mois après son accouchement, sa mère voulant l’épargner de l’atmosphère délétère de son foyer. Quand elle rentre chez elle, Ousmane fait preuve d’une certaine attention, mais une fois encore c’est un écran de fumée, il prépare un grand coup, le coup final qui consiste à dépouiller sa femme et ses beaux-parents, et à s’en aller avec sa fille, la seule personne qu’il aime vraiment (Extrait P157).

Finalement, il convainc ses beaux-parents d’envoyer leur fille se ressourcer à Dakar. Ils acceptent cette proposition et lui remettent une grosse somme d’argent pour couvrir les dépenses de la petite famille pendant un an. Amadou et Mariam ne reverront plus jamais leur fille. Amadou meurt entre temps de suite d’une longue maladie et du fait de la disparition de sa fille.

C’est donc ainsi que se termine le roman de Ndeye Fatou Kane. Un livre poignant, émouvant. Le roman est digeste, plaisant à lire tant par la richesse du vocabulaire et de la syntaxe que par son style direct. Et la promesse faite dans la préface, celle d’une « écriture efficace, dépouillée, limpide, élégante » est bel et bien tenue.

D’attaque, l’œuvre est sulfureuse, mais au-delà de cette histoire qui se termine à la limite de tragédie. Preuve du talent de la romancière, elle garde un certain suspense tout au long de son roman malgré le fait que l’issue est connue.

NFK étale toute la richesse de la culture Pulaar, et toute la richesse de sa culture tout simplement.

C’est une peinture des traditions, un témoignage de l’habitus et du substrat de cette époque. On se doute que cela n’émane que de l’imagination de l’auteure.

Néanmoins, ligne après ligne, on se rend compte que Dakar n’a pas vraiment changé dans les habitudes de sa jeunesse, et de ses gens  La romancière nous plonge ou (nous replonge) à l’époque du funk, des slows et ce qui donne un arrière-goût vintage à ce roman qui raconte en même temps la vie d’une famille immigrée, comment elle s’organise.

Je dirai simplement, pour conclure, que le roman de Ndeye Fatou Kane ne doit pas être réduit à une histoire d’amour qui a mal tourné, c’est plutôt une leçon de vie et une énième preuve que les vertus et le respect des traditions ne sont pas de grandes théories mais des outils nécessaires pour se faciliter la vie et éviter donc un destin semblable à celui de notre malheureuse héroïne.

Présenté par Valdez Onanina, Journaliste

“FIJI DI TERRA. LA CRISE CASAMANçAISE RACONTÉE A MES ENFANTS” DE XAVIER DIATTA

UNE NOTE DE LECTURE PRÉSENTÉE PAR 

M. ABDOUL MBAYE 

ANCIEN PREMIER MINISTRE DU SENEGAL 

«Fiju di Terra. La crise casamançaise racontée à mes enfants» de Xavier Diatta est ce que l’on peut appeler un récit de vie, récemment publié par les Editions Injé Ajamaat & Kmanjen. Dans cet ouvrage, l’auteur, ancien aviateur militaire (« récit de vie militaire » donc), revient sur la crise casamançaise. Il parle de celle-ci par expérience militaire, mais aussi en tant que cadre casamançais, membre de la société civile et quelque part aussi comme homme politique. 

Les raisons de l’écriture d’un tel ouvrage littéraire sont celles du témoignage, dans une sorte de vérité-réconciliation avant l’heure. Car, Xavier Diatta n’est pas historien, mais un témoin qui n’a pas besoin d’une bibliographie ou de lister ses sources. Quand il raconte son expérience et celles des autres à ses “enfants”, il le fait sous le serment de sa mémoire. « Fiju di Terra » commence par une sorte de testament sur les éléments d’ordre personnel renseignant sur l’accouchement de cette œuvre culturelle. Une histoire de famille qui donne sens quelque part au titre secondaire du livre : « La crise casamançaise racontée à mes enfants ». Quelques pages dont on ne s’ennuiera pourtant pas si l’on veut réellement savoir le pourquoi de son témoignage.

Puis vient une histoire de la Casamance réécrite comme mouvement de peuples, et expliquant cette région du Sénégal comme le plus beau « melting pot » de notre nation.

Dans une rigueur toute militaire de progression par étapes vers le sujet essentiel, la partie de l’ouvrage consacrée au  « Conflit Casamançais » dévoile l’histoire sur les origines du conflit, et ce qu’il pense en être les causes. Il revient sur les événements du 26 décembre 1982, les différents procès suite à ces événements ainsi que sur ce triste passé qu’il dénomme « le Diola face à l’inquisition ».

L’injustice n’a jamais cessé de faire la lie de l’action politique. C’est ce que j’ai retenu de la partie du livre que Xavier consacrée à « L’idéologie du complot » permettant de démontrer que la fine fleur casamançaise était devenue « Une promotion stoppée », et d’ainsi construire une idéologie indépendantiste.

J’ai apprécié de mieux apprendre le fort engagement de ces mêmes élites pour mettre fin au conflit armé qui dure depuis si longtemps, avec ses périodes d’accalmie et de résurgence. Elles ne sont pas restées les bras croisés, elles se sont mobilisées pour ramener la paix en Casamance.  « Les Initiatives pour la Paix » ont été nombreuses, menées par la société civile, l’église, les politiques… Bref de tous ceux qui, au souvenir de l’auteur, ont essayé de s’intéresser à la crise. Mais c’est avec une belle lucidité que l’auteur  en retient un sentiment d’illusion en raison de leur extrême durée sans résultat définitif.

La fin de l’ouvrage est autobiographique. On ressent de la douleur lorsque l’on apprend que Xavier, fidèle soldat, a pu faire l’objet de suspicion, et qu’il a payé sa part d’un conflit dont il était totalement étranger, sauf à y réfléchir pour tenter de trouver des solutions de sortie de crise : c’était son droit comme celui de tout autre citoyen sénégalais. Il ne termine pas l’ouvrage sans offrir cette vision à son lecteur et à l’histoire de notre pays.

« Fiju di Terra » fait désormais partie de ces productions culturelles qui enrichissent la réflexion relative à l’histoire mémoire de la Casamance. Le lecteur y découvrira certes la brutalité de la crise casamançaise.  Mais le but recherché est assurément ailleurs, soit développer les principes du dialogue démocratique sous toutes ses formes. Le but est de contribuer à ce combat mené par des intellectuels engagés qui ont pris la ferme résolution de produire des connaissances relatives à la situation casamançaise pour aider à mieux la comprendre pour mieux la résoudre.

Bonne lecture,

Abdoul Mbaye

Ancien Premier ministre du Sénégal

Président de l’Alliance pour la Citoyenneté et le Travail

LA LEÇON DU LOTUS. CONVERSATIONS AVEC CHEIKH ANTA DIOP

LE NOUVEL OUVRAGE DU PHILOSOPHE KHADIM NDIAYE, CANADA

(…) Le présent ouvrage reste donc fidèle, dans son concept, à la démarche diopienne. Nous y retrouvons l’intellectuel ne rechignant pas à aller au charbon et le savant soucieux de s’en tenir aux faits avérés, laissant du même coup ses contradicteurs se vautrer dans les eaux fétides de leurs préjugés. Khadim Ndiaye s’emploie aussi à partager avec nous sa propre « lecture » du travail de Cheikh Anta Diop.

Il en retient surtout une théorie de l’histoire à travers laquelle l’auteur de Civilisation ou barbarie dit aux Africains : les pyramides d’Égypte, c’est bel et bien vous qui les avez bâties, vous avez ensuite régressé en perdant et votre souveraineté et la maîtrise de votre système éducatif mais cela n’est pas irréversible, vous pouvez aller de nouveau à la conquête du ciel. Si en outre dans ce livre il est si souvent question, dès la toute première « conversation », de la notion de « personnalité culturelle », c’est parce qu’elle conditionne selon Khadim Ndiaye, la capacité d’un peuple à reprendre l’initiative historique. Voilà du reste pourquoi il la situe au carrefour des thèses majeures de Diop.

Est-ce Khadim Ndiaye qui s’en est allé rendre visite à son maître dans l’audelà ou est-ce ce dernier qui est venu le trouver sur la terre des hommes ? Sa voix nous semble si proche… Quoi qu’il en soit, les interrogations de l’auteur de Conversations avec Cheikh Anta Diop restent les nôtres, celles du commun des mortels, et il sait nous restituer sa moisson dans une langue lumineuse et honnête, loin du consternant pathos à la mode. L’exercice n’est certes pas à la portée de tout un chacun : seule une réelle maîtrise du sujet permet d’imaginer les bonnes questions et de savoir à quel endroit précis de sa foisonnante production scientifique trouver les réponses appropriées de Cheikh Anta Diop. Redonnant corps et paroles au patient sculpteur de nos rêves, Conversations avec Cheikh Anta Diop réussit à vulgariser, sans la mutiler, une pensée complexe et nuancée. Cela peut paraître aller de soi mais le fait est que personne n’y avait songé avant Khadim Ndiaye… Le résultat est un hommage affectueux, le regard rivé avec nostalgie sur le futur.

Extrait de la préface de l’écrivain Boubacar Boris Diop

ORGANISATION DU ROYAUAME D’OUSSOUYE : MODELE ETATIQUE AJAMAAT

Abdou Ndukur Kacc Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com

Oussouye et son royaume. Logé au cœur du Kassa, en Basse Casamance. 17 villages le composent. A la tête du Kaii (royaume) trône le Roi Sibiloumbaye Diédhiou, appelé Aii ou Maan, sa Majesté. Survivances coloniales ? Sibiloumbaye Diédhiou, 17ieme Aii d’une longue lignée de Rois. Intronisé le 17 janvier 2000 après plusieurs années de vacance d’un pouvoir royal qui a fait les frais de la crise casamançaise. Il a remplacé Sibaakuyaan Diabone lequel a succédé à Siangebil Sambou. Les intronisations royales se passent entre les familles Diedhiou, Diabone et Sambou. A tour de rôle. Selon un rituel précis de désignation du roi appelée Kateb jàlii. Pour qu’il soit désigné, les signes doivent parler. Les initiés commis à cet effet pourront en déchiffrer le sens et le choix final porté sur le futur roi. Il sera «kidnappé » et n’aura aucun autre choix que d’accepter sa nouvelle fonction, véritable sacerdoce à vie.

Il sera reclus presque au sein de son palais royal et ne sortira que pour respecter des exigences de représentation bien codifiées au sein du royaume. Il est le chef moral et suprême d’un royaume qui lui doit respect et auquel il doit protection et assistance. Il gère ainsi le plus grand fétiche qui est celui du royaume et exerce des fonctions de prêtrise fondamentale. Il n’a pas à proprement parlé de fonctions politiques préférant s’occuper de ses fétiches et de l’organisation spirituelle du royaume. Le Roi a deux épouses Àliis Umoyi, la premiere Reine et Àgiiluyaan, la seconde Reine qui vivent toutes deux dans la maison royale à Oussouye. Ces Reines sont aussi choisies dans des familles précises et ne pourront se remarier à la mort du roi-époux. A moins que le roi-successeur pour des raisons qui lui sont propres décide de remarier les veuves de son prédécesseur. Ce fut le cas du Roi Sibaakuyaan Diabone qui avait repris les reines trop jeunes de Siangebil Sambou.

Le second direct du royaume est le détenteur du fétiche qui s’appelle Elinkinee. Puissant fétiche qui couvre tous les autres fétiches mais qui est sous la responsabilité morale du Roi. Il s’appelle Ushumbu. Il est basé à Oussouye. A la différence du Roi, il est certes une autorité sacrée, mais particulièrement accessible. En revanche, pour accéder au Roi directement et à ses quartiers, il faut en avoir les prérogatives initiatiques. Même les initiés d’un certain niveau ne peuvent pas voir directement le Roi. Ce qui n’est pas le cas du second personnage du royaume.

Ensuite viennent les différents fétiches qui sont des sortes de ministères et qui régulent l’organisation du royaume. Nous avons le Bàcïm qui est une sorte de ministère de l’intérieur. Il est géré en ce moment par Atabo et son second s’appelle Kukobibo et sont tous basés à Oussouye. Le ministère de la justice est assuré par le fétiche appelé Elunģ. Un fétiche qui recueille les confessions des meurtriers voire même ceux qui de façon fortuite ont vu un cadavre sur leur chemin. Innocents ou non, il est fait obligation aux concernés de se confesser impérativement auprès du fétiche. Sous peine de recevoir de terribles sanctions. Son détenteur s’appelle Kuyanayo et il est basé dans le village de Jiwant. Le fétiche appelé Hulem joue aussi les mêmes fonctions de purification et de confession. Le mis en cause doit s’acquitter de plusieurs offrandes en présence d’un public ouvert pour expliquer dans le détail les conditions de son meurtre.

Viennent aussi plusieurs autres fétiches qui sont des sortes de ministères au regard des rôles sociaux et mystiques qu’ils jouent. Ainsi, nous avons les fétiches de la circoncision, le Ébila notamment dédiés à l’apprentissage des interdits. Il existe des fétiches plus centrés sur “l’ouverture” et la chance. Dans ce registre, on peut noter le Hufiila, fétiche implanté souvent aux abords des concessions pour augmenter les chances. Le fétiche le Kataf, joue aussi cette fonction. On peut noter des fétiches dédiés aux protections tel que le Huben fétiche géré en particulier par les femmes. Le Hunii, est aussi un autre fétiche des femmes qui regroupe les 17 villages du royaume. Il existe des fétiches plus spécifiques tels que Kàļafum, fétiche du mariage mais aussi des forgerons, le Kuhulunģ, fétiche de déclaration de naissance et de mort.

Le royaume, c’est aussi des espaces interdits tels que les bois sacrés inaccessibles selon votre niveau d’initiation. Le Roi et les fétiches ont leurs représentants dans les différents villages du royaume. On peut observer que l’organisation du royaume est basée sur des fétiches et leurs détenteurs qui forment l’ossature politique et mystique du Kaii. Le Aii, le Roi coordonnant toutes cette complexité organisationnelle avec sa cour. Une belle preuve vivante d’une autre forme « d’Etat » qui fonctionne avec ses normes, ses codes, ses secrets, mais connus des habitants. La Casamance restera toujours un modèle pertinent d’organisation sociale inspirante et loin des mimétismes d’une modernité qui cherche son âme.

Texte : ANKN
Photo : Matar Ndour

@Projet ethno photographique, juin 2016. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour & ANKN

FROM TENDA TO AJAMAAT
MOFAMATI TENDA BÉÉ MOFAMATI AJAMAAT ( JOOLA )
GËR ANGOL AND TENDA XANI GËR AJAMAAT ( BASSARI )

ORGANISATION DU ROYAUAME D’OUSSOUYE : MODELE ETATIQUE AJAMAAT

Abdou Ndukur Kacc Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com

Oussouye et son royaume. Logé au cœur du Kassa, en Basse Casamance. 17 villages le composent. A la tête du Kaii (royaume) trône le Roi Sibiloumbaye Diédhiou, appelé Aii ou Maan, sa Majesté. Survivances coloniales ? Sibiloumbaye Diédhiou, 17ieme Aii d’une longue lignée de Rois. Intronisé le 17 janvier 2000 après plusieurs années de vacance d’un pouvoir royal qui a fait les frais de la crise casamançaise. Il a remplacé Sibaakuyaan Diabone lequel a succédé à Siangebil Sambou. Les intronisations royales se passent entre les familles Diedhiou, Diabone et Sambou. A tour de rôle. Selon un rituel précis de désignation du roi appelée Kateb jàlii. Pour qu’il soit désigné, les signes doivent parler. Les initiés commis à cet effet pourront en déchiffrer le sens et le choix final porté sur le futur roi. Il sera «kidnappé » et n’aura aucun autre choix que d’accepter sa nouvelle fonction, véritable sacerdoce à vie.

Il sera reclus presque au sein de son palais royal et ne sortira que pour respecter des exigences de représentation bien codifiées au sein du royaume. Il est le chef moral et suprême d’un royaume qui lui doit respect et auquel il doit protection et assistance. Il gère ainsi le plus grand fétiche qui est celui du royaume et exerce des fonctions de prêtrise fondamentale. Il n’a pas à proprement parlé de fonctions politiques préférant s’occuper de ses fétiches et de l’organisation spirituelle du royaume. Le Roi a deux épouses Àliis Umoyi, la premiere Reine et Àgiiluyaan, la seconde Reine qui vivent toutes deux dans la maison royale à Oussouye. Ces Reines sont aussi choisies dans des familles précises et ne pourront se remarier à la mort du roi-époux. A moins que le roi-successeur pour des raisons qui lui sont propres décide de remarier les veuves de son prédécesseur. Ce fut le cas du Roi Sibaakuyaan Diabone qui avait repris les reines trop jeunes de Siangebil Sambou.

Le second direct du royaume est le détenteur du fétiche qui s’appelle Elinkinee. Puissant fétiche qui couvre tous les autres fétiches mais qui est sous la responsabilité morale du Roi. Il s’appelle Ushumbu. Il est basé à Oussouye. A la différence du Roi, il est certes une autorité sacrée, mais particulièrement accessible. En revanche, pour accéder au Roi directement et à ses quartiers, il faut en avoir les prérogatives initiatiques. Même les initiés d’un certain niveau ne peuvent pas voir directement le Roi. Ce qui n’est pas le cas du second personnage du royaume.

Ensuite viennent les différents fétiches qui sont des sortes de ministères et qui régulent l’organisation du royaume. Nous avons le Bàcïm qui est une sorte de ministère de l’intérieur. Il est géré en ce moment par Atabo et son second s’appelle Kukobibo et sont tous basés à Oussouye. Le ministère de la justice est assuré par le fétiche appelé Elunģ. Un fétiche qui recueille les confessions des meurtriers voire même ceux qui de façon fortuite ont vu un cadavre sur leur chemin. Innocents ou non, il est fait obligation aux concernés de se confesser impérativement auprès du fétiche. Sous peine de recevoir de terribles sanctions. Son détenteur s’appelle Kuyanayo et il est basé dans le village de Jiwant. Le fétiche appelé Hulem joue aussi les mêmes fonctions de purification et de confession. Le mis en cause doit s’acquitter de plusieurs offrandes en présence d’un public ouvert pour expliquer dans le détail les conditions de son meurtre.

Viennent aussi plusieurs autres fétiches qui sont des sortes de ministères au regard des rôles sociaux et mystiques qu’ils jouent. Ainsi, nous avons les fétiches de la circoncision, le Ébila notamment dédiés à l’apprentissage des interdits. Il existe des fétiches plus centrés sur “l’ouverture” et la chance. Dans ce registre, on peut noter le Hufiila, fétiche implanté souvent aux abords des concessions pour augmenter les chances. Le fétiche le Kataf, joue aussi cette fonction. On peut noter des fétiches dédiés aux protections tel que le Huben fétiche géré en particulier par les femmes. Le Hunii, est aussi un autre fétiche des femmes qui regroupe les 17 villages du royaume. Il existe des fétiches plus spécifiques tels que Kàļafum, fétiche du mariage mais aussi des forgerons, le Kuhulunģ, fétiche de déclaration de naissance et de mort.

Le royaume, c’est aussi des espaces interdits tels que les bois sacrés inaccessibles selon votre niveau d’initiation. Le Roi et les fétiches ont leurs représentants dans les différents villages du royaume. On peut observer que l’organisation du royaume est basée sur des fétiches et leurs détenteurs qui forment l’ossature politique et mystique du Kaii. Le Aii, le Roi coordonnant toutes cette complexité organisationnelle avec sa cour. Une belle preuve vivante d’une autre forme « d’Etat » qui fonctionne avec ses normes, ses codes, ses secrets, mais connus des habitants. La Casamance restera toujours un modèle pertinent d’organisation sociale inspirante et loin des mimétismes d’une modernité qui cherche son âme.

Texte : ANKN
Photo : Matar Ndour

@Projet ethno photographique, juin 2016. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour & ANKN

FROM TENDA TO AJAMAAT
MOFAMATI TENDA BÉÉ MOFAMATI AJAMAAT ( JOOLA )
GËR ANGOL AND TENDA XANI GËR AJAMAAT ( BASSARI )