ACHILLE MBEMBE : SORTIR DE LA GRANDE NUIT

La décolonisation africaine au cours de la seconde moitié du XXe siècle ne fut-elle finalement qu’un accident bruyant, un craquement à la surface, le signe d’un futur appelé à se fourvoyer ? Dans cet essai critique, Achille Mbembe montre qu’au-delà du mélange de choses qui prévaut aujourd’hui, le mérite de cet événement fut d’ouvrir sur une multitude de trajets historiques possibles. À côté du monde des ruines et de la destruction, de nouvelles sociétés sont en train de naître. Adossées sur leur matière indocile, elles sont en train de réaliser leur synthèse sur le mode du réassemblage, de la redistribution des différences et de la circulation. De créer un monde créole dont la trame complexe et mobile sans cesse glisse d’une forme à une autre. Examinant en particulier le cas de la France, l’auteur analyse les paradoxes de la « postcolonialité » chez une ancienne puissance coloniale qui décolonisa sans s’auto-décoloniser. Écrit dans une langue tantôt sobre, tantôt incandescente et souvent poétique, cet essai constitue un texte essentiel de la pensée postcoloniale en langue française.

Achille Mbembe est camerounais. Il est professeur d’histoire et de science politique à l’université de Witwatersrand à Johannesbourg (Afrique du Sud). Chercheur au Witwatersrand Institute for Social and Economics Research (WISER), il enseigne également au département français et à Duke University (aux ÉtatsUnis). Il est notamment l’auteur de De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine (Karthala, 2000).