TAM-TAM BAÏNOUNK : LE ËINDUM

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue

Matar Ndour, Photographe

Un ëindum (tam-tam) baïnounk encore jalousement gardé par notre ami Calixte Sagna de Djibonker près de Brin à la sortie du périmètre communal de Ziguinchor dans le Nyassia sur la route du Kassa.

Des percussions sacrées destinées à envoyer des messages connues des seuls initiés baïnounk et sans doute diola pour leur proximité rituelle. Akandijack Akinto Di-Jack avec qui nous partageons cette conviction montre dans un de ses travaux qu’il s’agit d’un même peuple (diola et baïnounk) mais qu’ils sont juste séparés par l’imagogie historique coloniale. Il est vrai que les violences symboliques entre les deux ethnies sont connues au plan matrimonial notamment avec les refus «intra-mariages». Mais la science historique pourra démontrer en définitive malgré les résistances identitaires qu’il s’agit d’un même peuple. Nous y reviendrons une autre fois.

Il faut être un initié pour taper ce tam-tam utilisé dans différentes cérémonies initiatiques et parfois festives ou pour des besoins de communication et d’information. Instruments percussionnistes pas très connus et presque pas utilisés dans la musicographie moderne baïnounk. A la différence du Kâbisa instrument mythique très connu avec plusieurs variantes et statuts (sacré et profane, kâbisa pour hommes et femmes..).

© Projet ethno linguistique. Signes et symboles. Matar Ndour et NKEN. Septembre 2018.

POTERIE DES PEUPLES BEDIKS AU SUD-EST DU SÉNÉGAL

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue

Matar Ndour, Photographe

Dans un atelier de poterie de Bandafassi dans le sud-est du pays à Kédougou. Un savoir-faire séculaire. Un moyen de subsistance face aux fortes vulnérabilités qui frappent ces minorités : chômage endémique, conditions agricoles difficiles du fait de la pédologie et de l’accessibilité des terres cultivables.

La poterie pratiquée par les femmes en particulier reste un puissant levier de gestion des économies domestiques. On peut être frappé par la similarité des techniques de poterie entre les ajamaat (diola du village de Senghalène dans le département d’Oussouye) et les bedik de Kédougou. Des techniques qui méritent une analyse comparée.

Les Bedik, un peuple venu de la Guinée, pourchassé par les marabouts peuls qui voulaient les convertir à l’islam. Un vrai génocide fut opéré les obligeant avec les bassaris, cognagui à se réfugier dans les montagnes et les grottes. Les Badiarankés, l’autre ethnie qui complète le peuple Tenda eux sont devenus des musulmans alors que les Bedik restent encore des animistes ou chrétiens.

Très peu de musulmans chez eux même s’ils vivent encore dans des zones parfois fortement dominées par les peuls. Les «gens de Allahu Akbar» comme ils les appellent ont créé un choc émotionnel puissant durant les grandes jihad islamiques pour convertir les peuples animistes de l’Afrique de l’Ouest.

© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Matar Ndour et NKEN. Septembre 2018

INSTRUMENTS MUSICAUX AJAMAAT. EKONTING : XALAM DIOLA

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue

Matar Ndour, Photographe

Ceci est un «xalam» diola. Il est composé de 3 cordes dans cette partie du Kassa, département de Oussouye en Basse Casamance. En revanche dans le Balantacounda, département de Sedhiou en moyenne Casamance, on utilise la kora avec plus de cordes.

A l’origine, le ekonting était destiné pour magnifier la famille d’adoption. C’est aussi un instrument de «torture», de souvenirs des morts. C’est pourquoi en des circonstances précises, il est interdit de le jouer parce-que ça peut réveiller des morts. N’empêche qu’il n’est pas un instrument sacré.

Le ekonting est composé d’une calebasse, du bois appelé  hutanf en diola oussouye (bambou).

Louis Diatte de son nom d’artiste mais Diatta de Carabane est une des virtuoses de ekonting dans le Kassa (photo).

D’autres instruments musicaux ajamaat pour la prochaine.

© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Matar Ndour et NKEN. Septembre 2018.

MUSIQUE AJAMAAT : KASIIN

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue

Matar Ndour, Photographe

Kasiin en diola «Kassa» ou corne de vache ou de biche (huluuja). Elle sert à communiquer, à appeler des amis…Les initiés savent décortiquer le sens des sons selon les événements. Elle est utilisée lors des séances de lutte ou Kataj et de danse ou eckonting en diola Kassa, ou dans les rizières…

Son usage correspond à des statuts initiatiques précis. Il n’est pas donné à tout le monde d’y souffler. Dans le Kassa, on peut voir souvent de grands lutteurs l’utiliser. Il est dommage que la musicologie ajamat ne l’a pas pleinement internalisé dans les productions musicales. Même si des chanteurs ajamaat comme Bosco ont fait un effort dans ce sens. Un champ intéressant pour notre musicologie nationale.

© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Matar Ndour et NKEN. Septembre 2018

[ETHOLOGIE] BUBO AFRICANUS : OISEAUX DE LA CHANCE   

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

De la famille de strigadae et du genre bubo raison pour laquelle on l’appelle Bubo africanus ou chouette ou hibou même s’il existe des différences. En diola bandial et oussouye, on l’appelle Ekololang.

En pays ajamaat, il est réputé comme un oiseau de la chance. Il ne craint pas les peuplements humains et peut habiter dans une maison. L’ésotérisme ajamaat le considère comme un oiseau porte-bonheur qui ne vit que chez des gens chanceux. Il est recommandé de le garder et d’éviter de le chasser dans ce cas.

L’esthétique des oiseaux et les imaginaires sacrés des ajamaat révèle une sorte d’ambivalence qui mérite d’être analysée avec finesse et en profondeur. Le bel oiseau flamand rose porte malheur. Le hideux grand duc porte chance. Le statut manichéen de l’ésotérisme ajamaat est il proportionnellement lié à la laideur ou beauté des oiseaux ? 

En attendant beaucoup d’ajamaat souhaiteraient accueillir chez eux cet horrible oiseau carnacier et qui fait peur. C’est sans doute un des oiseaux qui hante le plus nos imaginaires mais qui porte bonheur dans la culture de ces peuples des rivières.

© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Matar Ndour. Août 2018. Read more

ÉMISSION TÉLÉVISÉE CULTURELLE DE LA RTS AVEC NDUKUR KACC ESSILUWA NDAO

Emission télévisée de la RTS – radio télé nationale – pour parler notamment de l’anthropologie. En compagnie d’autres invités. Émission en wolof animée par Yaxam Mbaye et Mariéme Sy. Dommage pour les non usagers de cette langue nationale du Sénégal. Read more

LE NIANTHIOURANGAL CHEZ LES BEDIKS OU UNE AUTRE FORME DE CELEBRATION INITIATIQUE DU MARIAGE (VIDÉO)

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao et Matar Ndour

Fête initiatique des femmes Bedik. Elle ne s’organise que par 4 ans. C’est la plus grande fête initiatique qui ne regroupe que des femmes mariées. La procession rituelle est organisée selon les classes d’âge. Des plus vieilles aux plus jeunes. Les célibataires sont exclues du rituel pendant trois jours. C’était dans un des villages bedik qui s’appelle Bantata dans le Tomboroncoto, région de Kédougou. Le Nianthiourangal, une foire initiatique pour célébrer et consacrer la puissance du mariage et prier pour protéger les femmes et leur fécondité. Toutes classes d’âge mariées confondues. Le prochain devrait se tenir en 2018.

© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Matar Ndour et NKEN. Août 2018. Vidéo : Benoit Fader Kéita

EXPOSITION SIGNES ET SYMBOLES : MATAR NDOUR, RAMA CISSOKHO YADE, NDUKUR NDAO (VIDÉO). PLACE SOUVENIR AFRICAIN, DAKAR – SÉNÉGAL

Grande exposition à la place du Souvenir africain à Dakar. Entre le photographe  Matar Ndour,  la styliste Mme Yade Rama Cissokho et l’anthropologue Ndukur Kacc Essiluwa Ndao. Les sciences sociales dans leurs complexités. 

CULTURE EN FETE. INTERVIEW MATAR NDOUR ET NDUKUR KACC ESSILUWA NDAO

Dans le cadre de leur projet ethno-photographique intitulé Signes et symboles, le photographe Matar Ndour et l’anthropologue Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, au micro de Régina Sambou de Sud FM.

LES BONNES PRATIQUES DÉMOCRATIQUES DU PAYS AJAMAAT

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue

Matar Ndour, Photographe

En 1903, la Roi d’Oussouye s’appelait sa majesté Sihalebe Diatta. Sihalebe qui fut exilé par les forces françaises dirigées par le Capitaine Thierry Maupras la même année. Exile sans retour à Sédhiou. Nous reviendrons sur les 17 rois qui se sont succédés sur le trône de Oussouye. L’actuel «maan» étant Sibilum-baye. Tout comme sur les lignées royales de Cagnout jusqu’à Sikatibo Abeudj.

Feu Roi Sibukuyaan Sambou de Djicomole, Mlomp, Basse Casamance. Sénégal

En attendant on peut noter le glissement des charges patronymiques avec les Diatta qui héritaient du trône. Maintenant, dans ce royaume, seules les familles Diédhiou, Diabone et Sambou peuvent être intronisés rois. Rotativement. Après Siang Ebil Sambou, 15e roi, c’était le tour de Sibaak-Uyaan Diabone, 16e roi et Sibilum-baye Diedhiou, l’actuel et 17e, ce sera le tour d’un Sambou de prendre le tour royal.

Roi d’Oussouye Sibilum-baye Diédhiou, Basse Casamance. Sénégal

Signes d’une démocratie inclusive et d’un mécanisme concerté d’alternance dans la gestion du royaume. Le pays ajamaat reste encore sous ce rapport un modèle de bonnes pratiques dans la distribution et redistribution des rôles et statuts sociaux, royaux, mystiques qui refuse toute logique d’accaparement familial et héréditaire. Il est vrai qu’il existe parfois des tensions et résistances voire des contestations qui sont souvent résolus par des mécanismes concertés qui évitent les coups d’éclat.

Le pays ajamaat, un modèle d’organisation politique démocratique qui peut être inspirateur pour nos États qui peuvent beaucoup capitaliser ses bonnes pratiques.

© Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Matar Ndour et NKEN. Août 2018