LABEL “RIZ DU SENEGAL” : NON A UN LABEL CONTRAIRE A LA DECENTRALISATION

Dr. Pape Chérif Bertrand Bassène, Akandijack
Le conseil des ministres du 05/10/2015, tel qu’il apparaît dans la presse sénégalaise, aurait porté sur l’exhortation du chef de l’Etat, SEM Macky Sall, au gouvernement pour qu’il renforce la promotion de la consommation des productions locales, avec la mise en place d’un label “Riz du Sénégal” accessible aux populations.
C’est un louable soutien qui n’est pas sans soulever certaines questions sur les représentations de ce label, et pourquoi c’est au gouvernement de choisir de mettre en place un “label national de qualité ‘Riz du Sénégal'” alors qu’on vient d’avoir une constitution pro-décentralisation.
Soyons précis, nous sommes d’avis qu’il peut exister un label qualité sénégalais. Or, dans un contexte de décentralisation, que signifie un produit “local” pour les Sénégalais ?
En d’autres termes – décentralisation oblige –, l’Etat pourrait-il imaginer l’existence d’un label qualité sénégalais sur la production rizicole et qui aurait comme seul signe d’identification, “Riz du Sénégal” pour tous les riz, qu’ils soient sur la Vallée du fleuve Sénégal ou en Casamance ?
Imageons, pour la petite anecdote qui anime le débat, quelqu’un qui se bat avec de maigres moyens et encourage les populations casamançaises à favoriser l’espèce traditionnelle ajamaatica dans la perspective que demain, ils pourraient participer à la mise en place des fermes rizicoles et où il sera question de respecter la terre des ancêtres ; et dans la perspective de créer un Festival du Riz ajamaatica qui aura lieu chaque année en Casamance…
Différons cette image-projet autour du Riz ajamaatica qui n’attendrait rien d’un Etat qui préfère faire danser sa jeunesse au rythme du mbalax et tutti quanti, et prenons l’avantage de la révélation de ce conseil des ministres pour saisir le degré de pertinence de celle-ci en rapport avec l’histoire complexe de la Casamance.
Revenons donc à cette idée que, tous les riz produits au Sénégal portent l’étiquette de “Riz du Sénégal”, quel intérêt y tirerait celui qui a un projet sur le riz ajamaatica qui doit offrir les caractères représentatifs du Territoire de Casamance ?
En tous les cas, gageons qu’il n’y aurait pas un seul !
On saisit dès lors le pourquoi, historiquement, et même de nos jours, les Casamançais restent réfractaires à certaines intrusions et prises en charges éclectiques. C’est-à-dire que cela est valable pour tout ce qui apparait comme de trop dans la Nature Casamançaise et le riz, caractéristique principal de la civilisation casamançaise ; ne peut y être intrusif sans conséquences.
Pour en donner la preuve, nous aimerions bien renvoyer SEM le Président Macky Sall vers une étude sur l’Histoire authentique de la Casamance qu’il a lui-même acheté à Paris en 2011.
Ce livre qui a largement participé à la démocratisation de la crise de la République du Sénégal en Casamance dans sa complexe relation avec le mémoire collective de ce Territoire naguère vouée au malheur – de peur d’être traité de rebelle et bien d’autres types de violences faites à l’élite casamançaise obligée de ruser avec ses responsabilités sociales.
Allons plus loin avant de refermer cette parenthèse pour dire au moins que tout ça, c’est du passé. Depuis que SEM Macky Sall est au pouvoir, les intellectuels authentiques ne cessent de l’accompagner en l’invitant à constater le processus de démocratisation de la parole relative à la crise en Casamance. Les résultats sont là, autant de livres publiés sur celles-ci et sans censure depuis 2012, autant d’années d’accalmie ; et aucune menace étatique sur les acteurs aussi critiques soient-ils quand il s’agit de défendre leur Territoire.
Mieux, certains actes politiques sous son magistère toujours, ont également renseigné une certaine ouverture au dialogue (encore que, ailleurs il n’hésite pas à flirter avec les démons de l’autoritarisme, passons sans l’occulter donc) ; c’est le cas avec la constitutionnalisation des principes de la décentralisation.
Ainsi donc et par rapport à l’Acte III de la décentralisation, s’il est vrai qu’on peut parler par exemple de droits à un environnement sain, sur notre patrimoine foncier et nos ressources naturelles ; un “Label Riz du Sénégal” tant qu’on ne sait pas ce qui se cache derrière – un tel label par défaut – n’est pas sain pour l’environnement (aussi bien économique, social et culturel indispensable à la dignité des populations) du Territoire Casamance.
Pire, cette trouvaille de “Riz du Sénégal” est culturellement ingrate pour des civilisations rizicoles telles qu’on en trouve dans le Pays Ajamaat, de la Gambie à la Guinée-Bissau.
Là-bas, le mythe Brahme (Mancagne) dit que selon les Baçuki (Ajamaat-Joola), le riz vient des défécations du caméléon. En effet, c’est parce que chez les fameux Baçuki, on peut trouver plusieurs couleurs de riz, il diffère d’un champ à l’autre à l’image du caméléon.
Le Pays Ajamaat, pour ceux qui veulent bien s’y intéresser, frôle au nord le Pays Sereer (Sine), englobe le fleuve Gambie et comprend dans ses limites sud le pays traversé par le fleuve Casamance. Il est l’aire qui constitue le berceau de la riziculture dans l’ensemble des rivières comprises entre le Sénégal et la Guinée Conakry, aire de variabilité du riz, c’est-à-dire, une région où il y a eu un développement des techniques de l’exploitation de la graine en Afrique.
Les Portugais qui ont été les premiers à chercher à dominer cet espace ont au moins reconnu de tout temps et même à la veille de l’arrivée de la colonisation française que le Pays Ajamaat est traversé des rivières où les « Felupes »/Floups » (autres nom des Ajamaat) établissent des rizières dont ils prennent grand soin à chaque période hivernale.
Ainsi, le Pays Ajamaat offre à la sous-région sénégambiano sub-guinéenne un berceau rizicole qui lui est propre et antérieur à l’arrivée du riz asiatique qui aurait été introduit par les Européens.
L’étude des appellations traditionnelles permet aussi de constater que les différents noms qui sont donnés au riz par les Ajamaat ne sont pas empruntés. Il est uniformément désigné par [e mano] pour parler de la céréale entière (racines, feuillages, graines). Et chaque activité portée sur la graine participe à lui donner un nom nouveau. C’est-à-dire que le riz à l’état de semence, de repiquage, de récolte ou de consommation… porte une désignation différente qui le distingue de son état précédent.
En plus, les Ajamaat se plaisent à faire la différence entre le riz sauvage et le riz cultivé. Comme ils aiment s’attarder sur l’origine des riz, entre le riz traditionnel et celui introduit par voix commerciale appelé « riz des Mandingues ».
La linguistique vient ainsi à son tour, confirmer les données de l’histoire et de la génétique sur le fait que les Ajamaat sont les principaux connaisseurs du riz et de l’activité autour de cette plante.
D’ailleurs, selon une sagesse locale, le riz traditionnel se garde bien et participe à toutes les cérémonies coutumières. Tandis que le riz étranger “Riz mandingue” qui renvoie tant au fameux “Riz du Sénégal”, sert aux transactions et autres activités liées aux exigences externes telles que le paiement de l’impôt colonial ou islamique comme la gizya.
Ce qui jadis, était pris pour un riz étranger dans le Pays Ajamaat, n’était autre que le riz asiatique considéré comme différent de l’espèce locale que nous avons appelée symboliquement ajamaatica ; pour rendre compte du fait que les Ajamaat reconnaissent de manière discriminatoire plusieurs variétés de riz qui constituent la caractéristique essentielle de leur vie culturelle et matérielle.
Ce qui reste indéniable, c’est que les mythes dans le Pays Ajamaat comme les résultats de l’étude génétique faite par les botanistes sur les riz glaberrima attestent le fait que la société ajamaat est héritière d’une très ancienne civilisation fondée, bien avant l’apparition des influences arabes ou européennes, sur une riziculture de haute qualité.
Même aujourd’hui, leurs activités agricoles confirment pleinement les renseignements tirés de l’examen des textes historiques constitués par les récits des premiers navigateurs européens ayant fréquenté l’embouchure de la Gambie, de la Casamance, du Rio Geba… et qui avaient attesté de la présence d’une civilisation du riz dans cette région. Elle daterait au moins de 1500 à 800 avant Jésus-Christ. Ce qui sert de témoignage datée de l’existence d’une civilisation du riz chez les Ajamaat, société qui allait faire de la région une aire de diversification de l’oriza glaberrima, les “variétés ajamaatica” (aussi diverses que l’aspect d’un caméléon) et qui seraient différentes du groupe Nigeria.
Un autre argument que nous pouvons avancer pour démontrer que les Ajamaat constituent une civilisation du riz est lié à la technologie utilisée pour son exploitation. Elle réside, comme le soulignent certains auteurs dont nous reprenons la justesse de l’analyse, dans la finesse des techniques de travail des rizières qui traduit l’expérience séculaire des paysans.
Dans le Pays Ajamaat, l’instrument aratoire par excellence s’appelle le Kadiandou. Un outil adapté au labour des terres humides, qu’on ne rencontre que très rarement chez d’autres populations comme celles qui se considèrent comme migrantes et qui appellent les anciens occupants du Pays Ajamaat par Baçuki.
L’outil aratoire du Sénégal serait l’hilaire (Maurel) par excellence, qui ne fait pas le poids dans les rizières où il se noierait. Néanmoins, cette noble fierté sur la supériorité du Kadiandou, n’empêche pas de reconnaître au moins son caractère dépassé de nos jours.
Les Casamançais sont prêts à abandonner leurs Kadiandou qu’ils confieront dignement à un musée local. Mais il nous parait malvenu d’imaginer un Label “Riz du Sénégal” crée par l’Etat, et qui, à tout point de vue, est monopolistique.
Encore une fois, c’est une bonne idée M. le Président, mais prenez en compte qu’un projet de Festival du Riz Ajamaatica, partant un label Riz Ajamaatica est en gestation. Il ne faudrait pas que ce Label soit, objectivement comme subjectivement, en concurrence avec un Label “Riz du Sénégal”.
Au nom de la décentralisation, il faut imaginer la mise en place d’un label de qualité sénégalais qui sera justifié par l’existence de labels territoriaux. Si concurrence il y a demain, nous préférerions qu’elle se fasse sainement entre territoires, “Riz de Casamance” vs “Riz du Sine” vs “Riz du fleuve”…
(D’ailleurs nous sommes confiants que malgré l’avance ailleurs les producteurs Casamançais domineront le secteur ; quant à leurs parents Sereer, ils ne feront pas le poids !)
Crédit photo : Matar Ndour
Dr. Pape Chérif Bertrand Bassène, Akandijack

FATWA PETROLIERE : AYATOLLAH BOUN ABDALLAH DIONNE

Dr Akandijack Pape cHb Bassene

Gouvernement plus contradictoire que le régime en place, aucun Sénégalais de ma génération n’en a encore vu. Un chef de gouvernement soutient que son action – et particulièrement, en rapport avec l’exploitation des ressources pétrolières et gazières – est inscrite dans la transparwwence, que “les Sénégalais ont le droit savoir, de comprendre pour ne pas être la cible de manipulation”.

Mais en même temps, comme s’il s’attendait à ce que la compréhension des Sénégalais soit uniforme et non pas juste ; il clame qu’il, “ne peut pas laisser différer des allégations sans fondements sur l’Etat et ses institutions. Que le gouvernement prendra toutes les dispositions nécessaires pour défendre l’intérêt général (APS, 200916)”.

Tout ceci a une odeur d’intimidation, et quelle honte pour la démocratie sénégalaise!

Il faut le dire et rester dignement libre…

Un régime qui a peur de l’opinion contraire, de la pensée libre, et qui chercherait ainsi à emprisonner le débat contradictoire qui devrait enrichir les arguments politiques fondés en raison; ce régime-là ne peut prospérer longtemps au Sénégal. Et si par malheur, les Sénégalais se laissaient intimider par les menaces, c’est qu’ils auront accepté de rester en toute lâcheté dans la prison du silence.

Il est fini le temps où on pouvait menacer les Sénégalais pour leur opinion. Et nous en avons fait la démonstration quand SEM le Président Macky Sall y avait été soumis, quand des hommes comme Messieurs Abdoul Latif Coulibaly, Jules Souleymane Diop été persécutés pour leurs opinions.

Aux derniers cités, nous aimerions rappeler que c’est aussi grâce à leur plume contradictoire dont les textes furent naguère traités de “diffamatoires, d’allégations sans fondement, d’attaques malveillantes, sans aucune preuve, avec nul autre dessein que de jeter le discrédit sur l’Etat, ses institutions et les citoyens” ; grâce à l’opiniâtreté de leurs interprétations rebelles que nous avons eu une alternance générationnelle en 2012.

Que le cousin Saloum-Saloum, le neveu héritier complexé d’Aline Sitoé Diatta, acceptent désormais de lire la société sénégalaise, uniquement qu’à travers la bibliothèque aux livres (oh !) combien consensuels de l’Etat, c’est leur bonne fortune. Mais, nous leur demandons de nous rendre un petit service :

–    Qu’ils osent dire à leurs collègues du gouvernement que la menace n’est pas une bonne politique, qu’on ne pourrait diriger le Sénégal avec la peur ;

–    Et qu’ils retiennent surtout que beaucoup de Sénégalais avaient été leurs bons disciples, si tant est qu’ils fussent de bons marabouts de la démocratie sénégalaise.

–    Sont-ils devenus de pires aveugles au point de ne pas constater le fait que nos hommes politiques prennent désormais leurs plumes pour animer le débat démocratique au Sénégal ?

Et jusque-là, tout Sénégalais même doté d’un minima logos, pouvait apprécier la hauteur que prenait le débat démocratique.

Nous avons tous eu à apprécier la discipline patriotique de certains de nos hommes politiques à l’image des anciens Premiers Ministres, Messieurs Seck et Mbaye, ainsi que l’ancien fonctionnaire de l’Etat Mr. Sonko, tous ont choisi très souvent de s’adresser à l’Etat et au peuple par des écrits. Et les Sénégalais dans leur grande majorité ont apprécié le fait que Mr. le Premier Ministre lui-même ait daigné prendre sa plume pour répondre aux interpellations de son prédécesseur Mr. Abdoul Mbaye. La presse avait d’ailleurs accueilli avec grand enthousiasme l’intervention de Mr. Baba Diao dans ce débat.

Les Sénégalais auraient préféré qu’il maintienne cette dynamique dans un gouvernement dont on douterait la capacité intellectuelle de certains de ses membres. Mais en lieu et place de la force des idées, nous avons vu un PM historien d’un jour, sujet de l’ironie de l’histoire qui retient déjà, qu’en ce 20 septembre 2016, il s’est transformé en expert de la jurisprudence, de l’éthique (refusant qu’elle soit le monopole des autres). En lieu et place d’un chef de gouvernement, nous avons vu un, Ayatollah Mahammad Boun Abdallah Dionne, qui met en garde contre toute diffusion de fausses nouvelles sur les questions d’hydrocarbures, au risque de s’exposer aux dispositions du Code pénal.

Triste image que celle d’un Ayatollah de la pensée, qui se permet de se moquer de “certaines personnes qui auraient tendance à parler sans maîtriser ce qu’ils disent, et qui divertiraient un gouvernement qui travaille.”

Mais alors, pourquoi parle-t-il lui ?

S’il fallait uniquement des experts pour parler de mauvaise gestion, de manque de transparence, de cas de fraude fiscale, d’investissement spéculatif dans le secteur pétrolier, alors quelles sont ses compétences pour venir répondre maladroitement aux questions claires et précises des Sénégalais ?

Ce débat sur l’incompétence des uns ou des autres sur les problématiques qui intéressent les Sénégalais, est indigeste. Et lui le Premier Ministre est bien placé pour ne pas confondre compétence professionnelle et engagement politique. Alors nous le laissons là !

Parce que, ce que les Sénégalais attendent de lui, c’est qu’il puisse les rassurer que l’Etat, après avoir adhéré à l’initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), ne fera pas fi de son esprit. C’est-à-dire qu’on ne peut pas prétendre renforcer la bonne gouvernance, “en mettant à la disposition du public, toutes informations relatives aux versements effectués par les sociétés minières, pétrolières et gazières”, si en même temps on interdit toute interprétation et toute discussion autour de ces informations.

La divulgation de l’information financière, comme notre cher PM expert d’un jour aime l’histoire ; permet aux Sénégalais d’accéder à des sources. Et comme toute source, à l’image d’une archive historique, elle doit être étudié intégralement afin d’en donner une interprétation objective. Depuis hier (21/09/16), une partie de ces sources sont mises à la disposition des Sénégalais [http://www.gouv.sn/Point-de-situation-sur-les.html]. C’est un pas de franchi au nom de la transparence, mais elle n’est effective que si les Sénégalais arrivent à les interpréter pour les rendre plus compréhensibles.

C’est donc les interprétations que les uns et les autres en feront, qui accroîtront la transparence et la redevabilité de l’Etat dans l’utilisation et la distribution des revenus engendré par le secteur minier sénégalais, et ce en vue de lutter contre la corruption et de promouvoir le développement durable. Personne ne peut imaginer que cette interprétation puisse se faire dans le silence et sans l’opposition sénégalaise dans l’unique et seul but de plaire le gouvernement. Qui dit interprétation de documents publics, dit débat public constructif, n’en déplaise au régime !

En outre, la seule démarche qui tendrait réellement à “ternir l’image de l’Etat du Sénégal à l’extérieur et au niveau de nos investisseurs”, c’est bien quand un chef de gouvernement veuille s’élever en Ayatollah de la pensée politique et lance sa fatwa pétrolière contre l’opposition. C’est une faute grave en démocratie !

Croire le contraire, c’est vous tous qui (pour vous reprendre), “payeraient à vos dépens et répondraient de vos actes contraires à la démocratie au tribunal du peuple, qui tranchera, dans la plus grande transparence demain”.

Ainsi donc, vos menaces, la démocratie sénégalaise ne peut s’en accommoder, et ne vous évertuez surtout pas à croire que vous avez le monopole de l’expertise dans le secteur minier. Contentez-vous de publier les contrats passés, présents et futurs comme l’a demandé Mr. Abdoul Mbaye. Aujourd’hui que vous avez répondu à sa requête, vous ne pouvez pas en profiter pour dire que le débat est clos. Non, il ne fait que commencer !

Les Sénégalais sont curieux de savoir, ce que la partie requérante, Mr. Abdoul Mbaye ainsi que tous les autres leaders politiques, la société civile, vont faire de ces documents. Ils ont la responsabilité intellectuelle et au nom de leurs engagements politiques de sensibiliser le peuple et de vous interpeller s’il y a encore des doutes.

Notre conseil,

Mr. l’actuel Premier Ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne,

Vous devez savoir que l’Etat c’est Nous le peuple, et vous êtes à notre service.

Si vous vous comportez en serviteur impitoyable envers l’opposition qui veut servir le peuple,

C’est ce même peuple souverain qui vous condamnera !

Akandijack, Pape cHb Bassène

REACTION DU DR. AHMED APAKENA DIEME DU MFDC AUX REPONSES DE IBRAHIMA SENE

N.B : Il faut certainement un chapeau pour remercier et reconnaître le bénéfice d’un tel échange…

(En retrait les parties de la réponse de M. Sène, suivent les réactions de M. Diémé)

Ma réponse à Docteur Diémé

Docteur, permettez-moi d’exprimer d’abord mon admiration devant l’étendue de votre savoir à propos des questions que j’ai soulevées. Rares sont les Sénégalais avec qui j’ai eu à débattre sur des questions essentielles pour notre Nation, à voir fait preuve d’autant d’érudition. Vous avez réagi en expert avisé, certes, mais aussi en partisan, sans équivoque, d’une cause et d’un camp.’

Merci des compliments ; je suis content que vous soyez sensible à certaines idées. Je ne pense pas être érudit, vraiment. J’ai juste eu 10 ans de consulting dans le Sahel notamment sur le salafisme, puis ma petite culture en philosophie et autres confèrent parfois un caractère d’érudition à mes écrits.

“Je remarquerai, d’abord, qu’il est tentant de considérer comme « amalgame » , comme vous l’avez fait, le traitement contextualisé de deux phénomènes apparemment différents, à savoir, « l’arrestation de présumés djihadistes » et la « reprise des violences » par le MFDC.”

Oui, vous avez raison, du moins je suis, sur ce point un peu incompris. La structure de votre argumentaire est la suivante : problématique de déstabilisation d’une région de l’Afrique par les puissances occidentales citées- la question de la Casamance, notamment les derniers évènements servant plus de prétexte d’actualité pour tirer la sonnette d’alarme – puis le supposé lien entre les occidentaux et la déstabilisation via le terrorisme ou l’islamisme militant et politique. Si cette structure n’est pas juste, dites le moi.

Partant d’elle, mon propos a été,  en fait de nous distinguer de par notre cause, notre méthode, nos rêves politiques, nos projets de sociétés non déclinés ici, de ce qui pourrait apparaitre dans la structure argumentaire de votre texte, comme de l’assimilation, de la confusion et du rôle de marionnette nourri d’une certaine naïveté du Mfdc politique, que cette organisation pourrait jouer, dans les tactiques de déstabilisation.

“Vous ne voulez pas y voir un « lien », et avez réfuté celui que j’ai cité et qui met en cause les USA et la France dans leur politique d’instrumentalisation de « mouvements rebelles et/ou djihadistes » à leurs fins géostratégiques. “

Oui, c’est vrai, mais pour le Mfdc, il n’en n’est rien justement. Nous ne sommes instrumentalisés par personne contre le Sénégal.

Par contre, pour les Occidentaux, c’est vrai qu’ils instrumentalisent des salafistes ou des rebelles.  (Presque tous les jeunes terroristes qui ont mené depuis quelques années y compris dans l’affaire Charlie, des attentats, étaient au fond au service de la DGSE, puis se sont retournés contre elle, la conviction religieuses pesant plus lourd dans la balance)

Mais cela n’enlève en rien la problématique des crises interprétatives sur les Textes au sein du monde islamique. Les enjeux géostratégiques qui éclatent dans les rapports de forces entre puissances, (comme le contrôle de l’énergie poumons du système capitaliste et financier du monde, comme l’alliance judéo chrétienne contre l’Islam rebelle insurgé, sur fond de soutien irrationnel à Israël, comme l’alliance entre les monarchies arabo musulmanes et les formes politiques pourtant républicaines : toutes les monarchies arabo musulmanes, ainsi que les conservatismes de l’Islam confrérique ou des Tarika dans le Sahel sont des alliés de l’Occident.

Si vous observez bien, les chancelleries occidentales en Afrique courtisent les tenants d’un islam dit cool, pacifiste, confrérique. J’en veux pour preuve les visites des ambassadeurs des USA et de France aux familles confrériques dominantes au Sénégal et les séances dialogue dans la communauté musulmane lors du Ramadan dans les pays comme le Niger, le Nord Nigeria, etc.

C’est toutefois un paradoxe pour un Occident des Lumières allié des monarchies conservatrices contre d’autres musulmans, pourtant proches de certaines idées républicaines.

L’attitude de l’Occident face à la problématique salafiste ne doit pas être seulement analysée en termes d’instrumentalisation pour les intérêts matériels. C’est certes vrai, mais le terrain sur lequel je voudrais vous inviter, c’est de sortir de l’approche néomarxiste qui réduit les choses à l’économique et ne voit pas que des enjeux idéologiques et politiques au sein des musulmans existent.  On nous a souvent rabâché les oreilles en nous faisant croire que le salafisme ou le fondamentalisme serait né de la pauvreté, comme en pays haussa ou Kanuri de l’Etat de Borno, ou encore au Nord Mali.

Il y a un aspect important qui est facilement décelable dans le discours des salafiste : le purisme contre la souillure ou le Bidda propres aux tenants des Tarika, le retour aux pratiques purement Mohammadiennes au 7 siècle, la réaffirmation de l’islam sans associationnisme ou cheikh à vénérer, etc.

Une anecdote si vous avez le temps. J’ai assisté à Gombe State dans le Nord Nigeria à des séances de Zikr ou de louanges au prophète chez les talibes Niassène de cette ville capitale du même état, et dans la foule, subitement un mot d’ordre circula et vint des militants de Boko haram qui étaient dans la foule, ordonnant de cesser cette manière de faire des louange en jouant des tambour et en se mouvant.

Pour ne pas être encore perçu par les néomarxistes comme idéalistes froid, je vous invite à lire les écrits de Régis Debray, l’inventeur de la médiologie, qui s’applique à montrer que Dieu est action, se matérialise dans une logique qui rend caduque la dichotomie  infrastructure structure, c’est-à-dire matérialité et superstructure qui serait une distorsion de la réalité.

“Je comprends qu’un tel « lien » peut vous déranger en tant que « Cadre du MFDC » fortement attaché à l’implication des USA dans la crise Casamançaise.
Cependant, je vous mets au défi de produire un seul cas, dans le monde, où cette implication a apporté la paix, la stabilité et la réconciliation dans un pays quelconque.”

Là vous vous trompez sur ma personne. Je voudrais être plus secret que cela, et donc je serais moins prolixe. Je veux dire au sujet des USA que ce sont eux pour le moment qui constituent notre opportunité diplomatique pour s’appuyer quelque part en vue d’ouvrir des négociations politiques entre le Mfdc et le gouvernement.

La France n’a eu de réponse que de nous envoyer Charpy, qui n’a fait que reproduire un plagiat (le livre de Christian Roche conquêtes et résistances en Casamance) Récemment, à travers l’argent que gère l’Amiral Sarr qui a loué les service du piètre consultant helvético comorien Saed Ahmed Adass pour le règlement de la crise en Casamance, saviez que le gouvernement avait demandé à l’union européenne donc à la France des moyens pour acheter des armes contre le Mfdc ? Et que la France avait dit niet comme elle l’a fait à travers Jospin, lorsque Wade partit dès son accession au pouvoir à la recherche d’armes contre nous aussi ?

Etes-vous informés des démarches actuellement en cours de la part du régime de Macky Sall en direction de la tenue de négociation ou d’approche des leaders exilés du Mfdc ? Apparemment non, sinon vous n’en seriez pas à me reprocher de tenir tant aux USA. Ma générosité en informations s’arrête là, dommage.

“Au contraire, même l’histoire la plus récente prouve que cette implication rime avec plus de déstabilisation, plus de violence, mais jamais la « paix ».

Vous voulez nous faire croire que la Casamance serait une exception ! Croyez cela si vous voulez, mais ne nous prenez pas pour demeurés ! 

De même, vous semblez me reprocher d’être contre le « Droit d’asile » dont bénéficient des cadres du MFDC en Europe et aux Amériques du Nord.
Vous vous trompez. Je respecte ce « Droit humanitaire » qui permet de sauver des vies d’une répression certaine.

Mais le « Droit d’asile » implique, selon les Nations Unies, un « Devoir » que devrait respecter scrupuleusement le bénéficiaire, sous peine de le perdre.
En effet, il est formellement interdit au bénéficiaire d’un « Droit d’asile », de mener ou de tenir des propos publics visant à déstabiliser et/ou à inciter des violences dans le pays qu’il a quitté.

Dans le cas échéant, les autorités du pays d’accueil ont le devoir d’y mettre fin, et en cas de récidive, d’expulser hors de leur territoire, le bénéficiaire du « Droit d‘asile ».

C’est dans ce cas de figure que se classent les agissements publics de certains cadres du MFDC en France, mais pas encore en Allemagne ou ailleurs.”

 Oui, nous savons tout cela. C’est bien de le rappeler, quand même. Les occidentaux savent aussi ce qu’est le droit de la guerre. (Si une organisation armée est en position de se défendre dans une situation conflictuelle, bien qu’elle ne soit pas reconnue par les puissances occidentales, selon le droit de la guerre, cela s’appelle self défense. Si votre armée a « casernisé » notre territoire, ce qui est la preuve d’une position de combat, comment appelez-vous cela ? Sécurisation ou guerre ? Ils savent aussi que le vrai problème n’est pas tant de respecter ou pas ces dispositions, mais ce qui fait que des leaders sont persécutés dans leurs idées et leur lutte politique. L’indépendantisme, dans  la culture démocratique occidentale, est une opinion politique constitutionnellement reconnue.

Au lieu de vous intéresser à ce qui a fait qu’ils se sont exilés ou à dénoncer la persécution d’une idée politique quelle qu’elle soit (pourvu qu’elle n’appelle pas au meurtre aveugle et fortuit)

Savez-vous que sous Diouf, Wade et Macky Sall, en ce qui me concerne, les ministres des affaires étrangères et les commissaires du renseignement ont demandé en vain mon extradition en inventant des chefs d’accusation farfelus. Je ne donnerai pas de détails, mais vous laisserez mener vos propres enquêtes sur ces réalités.

“A qui profite donc ce « crime » ? Pourquoi refusez que la France soit interpelée à prendre ses responsabilités pour faire appliquer la loi en matière d’asile politique dans son propre pays ?

L’impunité dont jouissent ces cadres du MFDC ne peut signifier d’un « acte d’hostilité » de la France vis à vis du Sénégal, que les Républicains et Démocrates de ce pays devraient dénoncer, et exiger de nos autorités qu’elles assument leur responsabilité vis à vis de la France sur ces agissements qui menacent notre sécurité.

L’attitude des USA et de la France vis à vis du MFDC, devrait interpeller tout patriote de ce pays.
Que vous ne puissiez pas le faire se comprend bien, mais de là à vouloir nous faire prendre des « vessies pour des lanternes », c’est vous méprendre profondément.

De même, vous tentez de nier l’instrumentalisation par les USA du « fondamentalisme islamique » à leurs fins géostratégiques, qui est pourtant, aujourd’hui, notoire.”

 Quel est le premier ennemi des salafistes ? Que vise le projet politique salafiste  dans le Sahel  (chez IYAD Ag Ali ou Shekau, par exemple) ? En quoi ces insurrections salafistes sont-elles un danger aux intérêts stratégiques des puissances dont vous parlez ?

En les combattant vous ne trouvez pas curieux que les alliés dans le monde arabe soient les monarchies et pour le Sahel les confréries organisées autour des marabouts : pourquoi chez les mourides seuls les descendants de Bamba sont des leaders religieux et pas un Talibé ? Sur ce point précis quel est le discours des Salafistes.

Pour le moment, sur ce passage de votre réponse, je me contenterai de cette question afin que nous réfléchissions ensemble ; et là résidera la réponse.

“Ces deux puissances ne sont, certes, pas à l’origine du « fondamentalisme islamique », mais son instrumentalisation au Moyen Orient et en Afrique Sahélienne par ces deux puissances ne fait plus l’ombre d’un doute.”

Là, je ne peux vraiment pas me laisser piéger par la théorie du complot, mais plutôt  par les calculs tactiques et stratégiques, par la théorie du chaos constructif, par la recherche du motif pour plus de présence militaire dont le but caché, c’est la protection d’Israël, etc.

On parle là de la gestion tactique et ironique parfois des crises, pas de leurs causes, de ce que j’ai nommé l’insurrection salafistes contre les monarchies ou contre ce qu’il considèrent comme des entreprise de souillures de l’islam.

S’il n’y avait pas la vieille rivalité entre les monothéismes abrahamiques, s’il n’y avait pas la question palestinienne, s’il n’y avait pas de conservatisme politico et économique et même religieux des monarchies arabo musulmanes ; s’il n’y avait pas d’obsession irrationnelle de protéger Israël, on n’aurait surement pas ces insurrections à tendance wahhabite puis salafistes.

Pour le Nigéria, n’eut été ce que j’appelé le verrouillage du jeu politique ainsi que dans la redistribution des ressources pétrolières et leur contrôle par les élites en relation incestueuse au nord Nigeria, n’eut été la persécution de Mohamed Yusuf ( dont les délires théologiques pouvaient se muer en lutte politique, puisque le cadre de Charia existait déjà au Nord Nigeria) n’eut été l’inculture des forces répression ignorant  la tradition sectaire du Nord Nigeria, on aurait pas produit des Boko Haram et Shekau.

“Et c’est curieux qu’un expert aussi averti que vous ne l’ayez pas remarqué.  Mais je comprends sans le partager, votre attachement à la politique interventionniste de ces deux grandes puissances, étant donné que vous êtes sous leurs ailes protectrices ! Les Sénégalais de Casamance et d’ailleurs ne vous pardonneront jamais de vous lier aux entreprises de déstabilisation, qui sont la marque de fabrique de la politique étrangère des USA et de la France dans notre sous-région. “

Monsieur Sene, ici je ne suis sous l’aile protectrice de personne. J’ai galéré et suis devenu ce que je suis devenu, bien que sortant d’une famille certes d’un érudit islamique, mais modeste. C’est valable pour tous les autres leaders. Détrompez-vous s’il vous plait. Informez-vous plus que cela en ce qui nous concerne, vous découvrirez des choses.

“Maintenant, quant à la légitimité de votre « lutte armée pour l’Indépendance de la Casamance », je suis resté sur ma faim, étant donné que vous n’avez produit aucun fait, ou document historique pouvant l’attester.”

Ce n’était pas mon propos, mais en d’autres lieux et un jour j’y reviendrai. Pourquoi ne pas organiser un débat sur les luttes historiographiques de légitimation de notre lutte opposée à vos postures unionistes dans vos médias, au lieu tout le temps de monologuer, comme si le Mfdc ne disposait pas d’une élite qui soit capable de défendre la cause nationaliste

“Ce qui est historiquement établi sans contestation possible, c’est que les dirigeants du MFDC ont participé à côté des dirigeants d’autres mouvements autonomes de la Colonie du Sénégal, au Premier Gouvernement Autonome, mis en place par le BDS qui a gagné les élections organisés en 1956 sur toute l’étendue de la colonie.

Mieux, ils ont participé, dans le cadre de l’UPS, à sillonner toute la colonie pour appeler à refuser l’Indépendance du Sénégal lors du Référendum de 1958.

Et c’est dans le cadre de ce gouvernement autonome qu’ils ont acquis, avec leurs compagnons, les attributs de l’Indépendance en 1960.

Comment après tout ce compagnonnage de nos peuples dans la lutte pour l’Indépendance nationale du Sénégal, peut-on légitimement, vingt ans après, poser la question de l’Indépendance de la Casamance, sous prétexte qu’elle ne faisait pas partie de la « colonie du Sénégal », et qu’elle est devenue « une colonie du Sénégal » ?

C’est cela qui fonde la non reconnaissance de la légitimité de cette revendication par la plus part des Sénégalais de Casamance et d’ailleurs

Que la Casamance, à l’instar des autres régions du Sénégal qualifiées de « périphéries », ait été victime du développement inégal du capitalisme sous la colonisation, est un fait historique indéniable que l’Indépendance du Sénégal aurait dû aider à rectifier.

C’est ce retard qui justifie le mécontentement ambiant des habitants de ces régions, mais qui ne peut aucunement justifier l’avènement d’un séparatisme.”

 Là aussi, je vais fournir une série de questions- débat : le Mfdc est né avant que le Sénégal n’existe comme Etat nation, car il a vu   le jour en 1947. Ce n’était donc pas un mouvement régionaliste puisqu’un Etat n’était encore né ? Si ce n’est pas régionaliste, n’est-ce pas un signe de nationalisme embryonnaire ? Lors du référendum de 1958, pourquoi c’est en Casamance que le Non à De Gaule a été seul majoritaire ?

Comment expliquez-vous, ne serait-ce que par respect pour nos figures de résistance 300 ans de lutte, de batailles de refus de la domination coloniale ? Avons-nous le droit de voir dans cette résistance la conscience même de notre réalité de peuple conscient de lui et désirant se prendre en charge ?

Comment comprenez-vous que jusqu’en 1962 deux ans après votre indépendance, qu’on appelle transfert de compétence, un maquis ait existé en Casamance ?

N’y avait-il pas là un nationalisme indépendantiste ? Dans l’alliance MFDC BDS, le but était-il pour l’indépendance du Sénégal ou pour consacrer son (la Casamance et le Mfdc) acceptation d’entrer dans la communauté française ?

Apparemment c’est pour cela. Du coup, pour reprendre Diamacoun sous forme de question n’avions-nous pas le droit de poser, notamment à la France la question de notre désir et droit et même continuum au moment voulu historique en vue de l’indépendance ?

D’où les courriers de ce leader historique adressés aux Présidents Français ? C’est logique que si l’alliance ne visait pas l’indépendance du Sénégal, que la Casamance pose la question de la sienne, non pas au Sénégal, mais à la France, du reste ?

“Les Sénégalais de Casamance qui en sont conscients, luttent à côté des Sénégalais de toutes les régions du pays dans des Partis politiques, syndicats et autres organisations de la Société civile sur des bases nationales, pour un développement équilibré et équitable de toutes les régions du pays.

C’est à ce combat que le MFDC est appelé à participer en acceptant de renoncer aux revendications séparatistes, et à accepter de participer à l’avènement de conditions politiques permettant le rétablissement de la paix et de la sécurité au Sénégal et dans les pays de son voisinage immédiat.

Les Conclusions des Assises nationales du Sénégal de 2008 en donnent les bases.

C’est donc aux patriotes Sénégalais de Casamance et d’ailleurs, d’en saisir l’opportunité, pour sortir nos peuples des difficultés qui les assaillent quotidiennement.” 

Dans vos propositions politiques en vue de la résolution du conflit vous ne tenez jamais compte de 33 ans de lutte, si ce n’est de dire que nous nous sommes trompés sur l’histoire ou encore que nous sommes des égarés. Vous nous demandez de rendre les armes et même dans les négociations vous refusez la problématique juridico politique, historique socioéconomique que nous posons.

Vous niez même la mise en crise du vivre en ensemble entre vous et nous. Du coup vous dépolitisez et à la place c’est du paternalisme, de la moralisation du développementalisme, etc.

Nous demandons quelque chose de simple : l’ouverture d’un vrai processus de négociations politiques en terrain  neutre, autour de la problématique, en vue de produire un texte d’accord contraignant tout le monde à la résolution du conflit : plusieurs formules peuvent sortir de ce processus, comme le référendum ou encore un statut spécial de la Casamance, que sais-je encore.

Je ne peux pas m’y prononcer ici, car seul un congrès de notre mouvement, ainsi qu’un processus digne de ce nom peuvent déterminer la formule définitive ou les formules définitives pour sortir du conflit.

Ainsi va le débat. Avec l’espoir que les médias lourds nous donnent l’occasion de le prolonger, je vous exprime tous mes égards. Comme Monsieur Diop le géographe a aussi réagi à ma contribution, je lui demande un peu de temps, car je dois souffler un peu. C’est douloureux d’écrire ; il le sait.

  Dr. Ahmed Apakena Diémé, consultant sur les questions de conflit et de développement dans le Sahel. Membre du cercle des intellectuels et universitaires du Mfdc.

MA REPONSE A DR. AHMED APAKENA DIEME DU MFDC

Ibrahima SENE

Docteur, permettez moi d’exprimer d’abord mon admiration devant l’étendue de votre savoir à propos des questions que j’ai soulevées. Rares sont les Sénégalais avec qui j’ai eu à débattre sur des questions essentielles pour notre Nation, à voir fait preuve d’autant d’érudition. Vous avez réagi en expert avisé, certes, mais aussi en partisan, sans équivoque, d’une cause et d’un camp. 

Je remarquerai, d’abord, qu’il est tentant de considérer comme « amalgame » , comme vous l’avez fait, le traitement contextualisé de deux phénomènes apparemment différents, à savoir, « l’arrestation de présumés jihadistes » et la « reprise des violences » par le MFDC.

Vous ne voulez pas y voir un « lien », et avez réfuté celui que j’ai cité et qui met en cause les USA et la France dans leur politique d’instrumentalisation de « mouvements rebelles et/ou jihadistes » à leurs fins géostratégiques. 
Je comprends qu’un tel « lien » peut vous déranger en temps que « Cadre du MFDC » fortement attaché à l’implication des USA dans la crise Casamançaise.

Cependant, je vous mets au défi de produire un seul cas, dans le monde, où cette implication a apporté la paix, la stabilité et la réconciliation dans un pays quelconque.

Au contraire, même l’histoire la plus récente prouve que cette implication rime avec plus de déstabilisation, plus de violence, mais jamais la « paix ».

Vous voulez nous faire croire que la Casamance serait une exception ! Croyez cela si vous voulez, mais ne nous prenez pas pour demeurés ! 

De même, vous semblez me reprocher d’être contre le « Droit d’asile » dont bénéficient des cadres du MFDC en Europe et aux Amériques du Nord.

Vous vous trompez. Je respecte ce « Droit humanitaire » qui permet de sauver des vies d’une répression certaine. 
Mais le « Droit d’asile » implique, selon les Nations Unies, un « Devoir » que devrait respecter scrupuleusement le bénéficiaire, sous peine de le perdre.

En effet, il est formellement interdit au bénéficiaire d’un « Droit d’asile », de mener ou de tenir des propos publics visant à déstabiliser et/ou à inciter des violences dans le pays qu’il a quitté.
Dans le cas échéant, les autorités du pays d’accueil ont le devoir d’y mettre fin, et en cas de récidive, d’expulser hors de leur territoire, le bénéficiaire du « Droit d‘asile ».

C’est dans ce cas de figure que se classent les agissements publics de certains cadres du MFDC en France, mais pas encore en Allemagne ou ailleurs.

A qui profite donc ce « crime » ? Pourquoi refusez que la France soit interpelée à prendre ses responsabilités pour faire appliquer la loi en matière d’asile politique dans son propre pays ?
L’impunité dont jouissent ces cadres du MFDC ne peut signifier d’un « acte d’hostilité » de la France vis à vis du Sénégal, que les Républicains et Démocrates de ce pays devraient dénoncer, et exiger de nos autorités qu’elles assument leur responsabilité vis à vis de la France sur ces agissements qui menacent notre sécurité.
L’attitude des USA et de la France vis à vis du MFDC, devrait interpeller tout patriote de ce pays. 
Que vous ne puissiez pas le faire se comprend bien, mais delà à vouloir nous faire prendre des « vessies pour des lanternes », c’est vous méprendre profondément.

De même, vous tentez de nier l’instrumentalisation par les USA du « fondamentalisme islamique » à leurs fins géostratégiques, qui est pourtant, aujourd’hui, notoire.

Ces deux puissances ne sont, certes, pas à l’origine du « fondamentalisme islamique », mais son instrumentalisation au Moyen Orient et en Afrique Sahélienne par ces deux puissances ne fait plus l’ombre d’un doute. 
Et c’est curieux qu’un expert aussi averti que vous ne l’ayez pas remarqué. 

Mais je comprends sans le partager, votre attachement à la politique interventionniste de ces deux grandes puissances, étant donné que vous êtes sous leurs ailes protectrices !
Les Sénégalais de Casamance et d’ailleurs ne vous pardonneront jamais de vous lier aux entreprises de déstabilisation, qui sont la marque de fabrique de la politiqué étrangère des USA et de la France dans notre sous région. 

Maintenant, quant à la légitimité de votre « lutte armée pour l’Indépendance de la Casamance », je suis resté sur ma faim, étant donné que vous n’avez produit aucun fait, ou document historique pouvant l’attester.
Ce qui est historiquement établi sans contestation possible, c’est que les dirigeants du MFDC ont participé à côté des dirigeants d’autres mouvements autonomes de la Colonie du Sénégal, au Premier Gouvernement Autonome, mis en place par le BDS qui a gagné les élections organisés en 1956 sur toute l’étendue de la colonie.
Mieux, ils ont participé, dans le cadre de l’UPS, à sillonner toute la colonie pour appeler à refuser l’Indépendance du Sénégal lors du Référendum de 1958. 

Et c’est dans le cadre de ce gouvernement autonome qu’ils ont acquis, avec leurs compagnons, les attributs de l’Indépendance en 1960. 

Comment après tout ce compagnonnage de nos peuples dans la lutte pour l’Indépendance nationale du Sénégal, peut on légitimement, vingt ans après, poser la question de l’Indépendance de la Casamance, sous prétexte qu’elle ne faisait pas partie de la « colonie du Sénégal », et qu’elle est devenue « une colonie du Sénégal » ? 
C’est cela qui fonde la non reconnaissance de la légitimité de cette revendication par la plus part des Sénégalais de Casamance et d’ailleurs.

Que la Casamance, à l’instar des autres régions du Sénégal qualifiées de « périphéries », ait été victime du développement inégal du capitalisme sous la colonisation,est un fait historique indéniable que l’Indépendance du Sénégal aurait dû aider à rectifier. 

C’est ce retard qui justifie le mécontentement ambiant des habitants de ces régions, mais qui ne peut aucunement justifier l’avènement d’un séparatisme.

Les Sénégalais de Casamance qui en sont conscients, luttent à côté des Sénégalais de toutes les régions du pays dans des Partis politiques, syndicats et autres organisations de la Société civile sur des bases nationales, pour un développement équilibré et étquitable de toutes les régions du pays.

C’est à ce combat que le MFDC est appelé à participer en acceptant de renoncer aux revendications séparatistes, et à accepter de participer à l’avènement de conditions politiques permettant le rétablissement de la paix et de la sécurité au Sénégal et dans les pays de son voisinage immédiat.

Les Conclusions des Assises nationales du Sénégal de 2008 en donnent les bases. 
C’est donc aux patriotes Sénégalais de Casamance et d’ailleurs, d’en saisir l’oppotrunité, pour sortir nos peuples des difficultés qui les assaillent quotidiennement.

M. Ibrahima SENE

CONTRIBUTION : REPONSE AU DR AHMED APAKENA DIEME

Moustapha DIOP

Géographe

Illogique pour illogique ? Transgression pour transgression ? Comment peut-on blâmer le soufisme au point de faire l’éloge d’un salafisme « violent ? Comment peut-on dire que le salafisme s’oppose à des conservatismes ? L’idée première de Dr Diémé était de répondre à Mr Sène sur le problème casamançais, de décrire la configuration du conflit, mais dommage dans une autre échelle l’on décèle dans son texte une somme énorme d’amalgames et de contre-vérités sur le salafisme, le soufisme ou le malikisme. Naturellement, dans une certaine mesure l’on peut comprendre ces amalgames, mais il est très difficile de comprendre l’excuse sur Bokko Haram au point dire qu’il fait sens dans le contexte Nigérian. Ou, encore mieux « la principale cible idéologique du salafisme au Nord Nigéria c’est le Bidda (innovation).

La vision des choses par Mr Diémé est radicalement romantique et souffre d’un trouble de vision qui lui fait percevoir les couleurs différemment des autres. Non pas qu’il les confonde, le problème de Mr Diémé est ailleurs : sa rétine n’est sensible qu’au problème casamançais. Sur le fond et sur la forme. C’est pour ça qu’il n’hésite pas à coloriser de manière binaire des mots qui lui échappent comme celui de soufisme, de Tarikha, ou de malikisme. Il est obsédé par la question casamançaise. Selon lui, le soufisme ou le malékisme est « alliée de la France dans la domination des noirs y compris en Casamance, où la Tidiania des chérifs furent un allié de l’économie arachidière extravertie à laquelle Alin Sitoe Diatta voulait opposer l’économie vivrière de la souveraineté ». Et lui est là, fier soldat prêt à affronter tous les obstacles qui se mettent sur le chemin de la vérité, car il souffre de voir la Casamance ou la  lutte mourir ou s’effondrer. Alors, c’est pourquoi il dérape  et surfe sur les peurs, mais c’est bien le moindre mal d’un « discours de vérité ».

Si Mr Diémé est obsédé par le soufisme c’est par rapport au salafisme qu’il encense tant, au point de dire que « ce nouvel islam (salafisme) est pourtant très républicain sur un seul point, à savoir la fin des féodalités soufies par exemple ou Malékite ou même monarchistes des sauoud ». Mr Dièmé ignore  de manière terrifiante que le salafisme vers wahabisme est né de la transaction connivente « contractée » par Mouhammad Abdel Wahab et Mouhammad Al Saoud vers 1745, ce qui a donné non seulement  naissance à l’entité politique saoudienne mais permet également à chacun des deux entités partenaires de consolider ses positions et d’étendre  sa sphère d’influence. Grâce au soutien de la salafiya, les souverains saoudiens ont pu adopter une démarche impériale et mener une politique hégémonique dans l’ensemble de la Péninsule arabique et ses environs. Cette dynamique s’est soldé, après moult vicissitudes la création du royaume d’Arabie Saoudite. En effet, les oulémas ont mis à la disposition du pouvoir politique toutes les ressources symboliques et les outils idéologiques à même de lui assurer une légitimité religieuse, une profondeur historique et une dimension salutaire conformément  à un schéma bien connu dans le monde musulman depuis le Haut Moyen âge. De son coté, le pouvoir politique a offert aux oulémas toutes les ressources matérielles nécessaires à l’épanouissement et à la diffusion du salafisme. Alors, suite à ces considérations comment peut-on dire que le salafisme mettra fin au monarchisme des Saoud ? Mr ignore que le salafisme et le monarchisme des Saoud se soutiennent mutuellement. Donc la réputation d’un salafisme qui mettra fin au monarchisme des Saoud est totalement fausse ; et ce n’est pas  la seule contre-vérité qu’on peut relever dans le texte.

Dans une  autre manière, Mr Diémé ignore que le salafisme n’est ni un dogme, ni une école juridique, ni une voie (Tariqa) mais un projet politique. Il est tout simplement un support de légitimation d’une démarche politique est la religion est là pour lui donner une profondeur historico-salutaire, ainsi que comme on peut le constater dans la quasi-totalité des courants politico-religieux.  Dans une autre échelle, Mr Diémé se sert de mots, sans être conscient, en quelque sorte du sens des mots. Mr Diémé connait-il le terme Malékisme ? J’en doute sinon il ne dirait que malékisme repose sur de l’innovation (bida) ? Encore qu’il ignore que le soufisme est reconnu dans l’Islam. Ne savez-vous pas que le salafisme originel ne s’oppose pas au soufisme. Contrairement à une idée répandue, tous les grands ténors du salafisme originel n’ont jamais été hostiles au soufisme en tant que principe. Ils condamnent uniquement les pratiques qui remettent en cause l’orthodoxie et l’orthopraxie.

L’enseignement soufi s’inspire du Coran et de la Sunna, des traditions et les exercices religieux qui y sont recommandés parce que le seul objectif de ce vous traitez de bid’a (innovation) c’est-à-dire le soufisme qui s’inscrit réellement sur une logique de jihad intérieur c’est-à-dire un jihad contre ses propres désirs et plaisirs car l’homme n’est que plaisir et désir. A chaque fois qu’un désir est satisfait, il en recherche un autre. L’obéissance d’ALLAH (SWT) ne se fait pas seulement avec l’extérieur mais l’intérieur y joue un pan important. Toutes nos pratiques religieuses se rapportent aux cœurs, aux secrets et à la spiritualité. Le soufisme c’est fuir vers ALLAH (SWT), se détacher des créatures pour se relier définitivement à ALLAH (Swt). Cela ne signifie que le renoncement n’apparait pas à l’extérieur, non il met en pratique le culte. C’est ce que Serigne Touba (rta) dit dans un vers « le vrai sufi est un savant mettant réellement son savoir en pratique sans transgression d’aucune sorte » (Massalikal Jinane) et c’est ce que confirme Cheikh Abdou Khadre Jilani (rta),  quand il dit que le soufisme n’est rien d’autre que l’abandon de «  l’illicite, l’abandon de l’association d’ALLAH (SWT) avec ses créatures, l’abandon de la protestation face à Son Décret, l’abandon de l’obéissance aux créatures dans leurs volontés propres  et désirs contraires aux commandement divins et l’abandon de l’opposition à l’ordre d’ALLAH (SWT) » Au regard de ceci , comment peut-on dire que le soufisme est producteur de bid’a (innovations) ? Comment peut dire des énormités sur le soufisme ? Mr Diémé ignore ce qui est le soufisme, alors comment peut-il disserter sur cette chose au point d’affirmer gratuitement des fausses idées  aussi insensées pour un esprit doué de raison. Ce qu’il devrait d’abord faire c’était de travailler les mots. L’Islam est une religion fondée, c’est-à- dire que toute réforme ou pensée devrait s’inspirer ou être perçu comme une incarnation du message originel, le cadre de référence de tout le musulman. Le soufisme est une partie intégrante de l’Islam depuis ses origines. Il est un pan central comme le sont la jurisprudence et la théologie. Les questions qu’il faut se poser sont celles-ci : pourquoi l’acharnement du salafisme version wahabiya sur le soufisme ? Pourquoi la wahabiya s’arroge le droit de diviser, classifier, d’hiérarchiser et de différencier les musulmans ou bien les penseurs musulmans ?

 

CONTRIBUTION – RÉPONSE. ALLUSIONS, AMALGAMES ET MÉPRISES DE MONSIEUR SENE DU PIT

Dr. Ahmed Apakena Diémé, Consultant indépendant, Directeur de SASCOM

(Sahel Stratégie Communication), membre du Cercle des Intellectuels et Universitaires du Mfdc.  Allemagne

 

 1°) Maintenant que la question de la Casamance échappe à la cage diplomatique sénégalaise arrêtons le déni :

Dans une tribune publiée en ligne par Dakar Actu le 05 de ce mois, comme à l’accoutumée, face aux grandes questions d’intérêt national, Monsieur Sène nous a livré une contribution dont les grands axes sont : enjeux géostratégiques de l’Occident au Sahel – déstabilisation du Sénégal via la Casamance – risques ou fabrication factice du salafisme au Sénégal.

En s’appuyant sur les récents affrontements entre les Jambars et Attika dans les zones de Badiana, Biti Biti, le leader du PIT en coalition avec le régime actuel, en déduit que les Occidentaux mettraient en pratique un plan de déstabilisation du Sénégal via le conflit en Casamance. L’allusion de la théorie du complot contre le Sénégal atteint même un certain agenda caché des USA sur la localité géostratégique d’Elinkine, en Basse Casamance.

Selon lui, la Casamance, de par sa position géostratégique lui conférant une ouverture vers l’Atlantique, objet de contrôle militaire et marchand pour les puissances occidentales, souffrirait d’un conflit dont les calculs dépasseraient même la Casamance et ses élites.

Les élites de la Casamance appartenant à la machine de guerre Mfdc le savent. Par conséquent, l’éminence grise du PIT ne nous apprend pas grand-chose. De même qu’elles savent que l’une des lois de l’impérialisme occidental consistant en une articulation entre les visées marchandes et les dispositifs militaires, s’applique encore dans le monde.

D’où le grand intérêt de l’Occident sur Elinkin et l’ile de Karaban depuis les invasions esclavagistes portugaises jusqu’aux obsessions marchandes de le Grande Bretagne. Monsieur Sène omet d’ajouter dans son brillant point de vue, que l’un des corolaires de la résistance de nos ancêtres, c’est justement la visée géostratégique des occidentaux sur nos belles fenêtres ouvrant sur l’Atlantique.

Cette résistance traduit une intelligence politique de nos ancêtres, dont les actuels nationalistes ont hérité et qui explique le continuum historique dans la lutte actuelle du MFDC. Nous nous sommes glissés dans le sillage qu’ils ont tracé.

Mais, entre visée géostratégique de l’Occident sur Elinkine et projet de déstabilisation l’amalgame est vite fait. Si ce souci des occidentaux persiste, il doit faire l’objet de traitement, de réponse non pas de la part du Sénégal, mais les fils et filles de la Casamance en lutte pour l’édification d’un Etat-nation.

Que l’éminence grise du PIT soit rassurée : notre nationalisme ancestral inspirera toute attitude souveraine de la Casamance libre sur son territoire. Extrapoler vers l’entité Sénégal lui a permis de grossir l’amalgame analytique mixant le regain de tension et de violence, l’affaire des salafistes sénégalais arrêtés et les visées sur Elinkin. Aucune cohérence ne se dégage de cet amalgame, si ce n’est de cacher encore une fois de plus au monde le conflit en Casamance.  Et surtout de convaincre les décideurs sénégalais de mettre la pression sur les leaders exilés du MFDC, via leurs amis occidentaux. De toutes les façons, nous y sommes habitués.

Au fait qu’est ce qui est éludé en filigrane par cette contribution de Monsieur Sène ? Les USA sont la seule puissance de nos jours qui s’implique de façon claire, courageuse et pragmatique dans le dossier casamançais. Au point où le Président Obama, lors de sa visite, avait évoqué la question (mais le passage de son discours où il évoquait la question de la Casamance fut censurée par la RTS comme d’habitude, mais c’est sans compter sur la vigilance des casamançais de la diaspora qui avaient regardé sur les chaines américaines ce morceau de discours)

J’ajouterai que ce sont les USA qui finançaient les futiles et pauvres discussions de l’Amiral Sarr avec les émissaires d’un de nos frères prétendant seul être le Zorro de la Casamance, à Rome. Fort de leur sens de la bonne gouvernance, au regard du manque de résultats dans les discussions de Rome, Sant Egidio n’a plus de financement les américains n’ayant pas vu de résultats et s’embourbe dans des agissements mafieux, en inquiétant honteusement par sa complicité avec les services de renseignements italiens, un paisible et pacifique frère  religieux dont je tairai le nom.

Seuls les USA qui ont eu la gentillesse et le sens de la diplomatie, l’intelligence de la réalité conflictuelle en Casamance, ont rendu visite à l’aile civile et politique au siège du Mfdc à Mangokouro. Je pensais que Monsieur Sene allait percevoir, avec son amalgame d’analyse géostratégique, dans cette implication des USA, la vigilance préventive des américains sur le territoire casamançais, au sujet de la déferlante salafiste ou narcotique.

Les élites exilées de la Casamance ont longtemps entrepris un travail d’information critique par rapport, et contre  la longue et vieille propagande du Sénégal, auprès de toutes chancelleries occidentales. Ce qui se passe actuellement comme implication des USA dans le conflit, est à mettre au compte de ces discrets efforts du Mfdc exilé.

Elinkin ou ONG américaines à expulser de la Casamance, soutien à la résolution de la question de la Casamance, là n’est pas la question. Au contraire la réflexion doit s’appesantir sur les méthodes américaines, les obstacles propres et internes au MFDC et au blocage psycho politique des élites gouvernantes sénégalaises, en vue de procéder à l’analyse adéquate.  Car,

2°) La préoccupation des casamançais, c’est l’ouverture d’un vrai processus de négociations politiques.

Une analyse dont l’enjeu qui préoccupe aujourd’hui tout le monde, c’est l’ouverture d’un vrai processus de négociations politiques en terrain neutre, avec un Mfdc dont l’équipe experte et légitime sortirait des assises inter ou intra Mfdc, et enfin l’acceptation de la triple problématique historico juridique- politico économique et socio culturelle que le Mfdc exprime à des oreilles sourdes et arrogantes des élites sénégalaises.

Or, les USA y travaillent, et nous espérons que le bout du tunnel diplomatique au sujet de la Casamance sera atteint.

Quant à la France, (la puissance transactrice du territoire casamançais avec le Portugal, la puissance dominatrice et génitrice de l’indépendance factice et inachevée du Sénégal, Co responsable de la confusion historique entre la Casamance et le Sénégal, motif politique de l’alliance entre le MFDC et le BDS avant le référendum de 1958 dont le principe n’a jamais été remis en cause, mais plutôt matérialisé dans la syncrétique et ou hybride indépendance du Sénégal) elle avait brillé, par sa fuite en avant, face aux pacifistes courriers de Diamacoun dans les années 1979 et 1980 : elle reste paralysée par sa culture politique jacobinisme qui est très insensible aux indépendantismes (vous remarquerez que face aux irrédentismes dans le monde, là où l’Angleterre se retire sans s’entêter dans la guerre, la France finit toujours par la violence) méditons là-dessus.

La France n’abrite pas Nkrumah Sané pour le soutenir dans son combat, ni l’Allemagne avec Apakena, ni la Suisse avec Ousmane Tamba. Au nom des droits de l’homme, ces pays ont l’obligation, et cela est la preuve de la persécution contre des casamançais, de nous protéger, de nous informer de vos intentions criminelles de nous tuer ou de nous extrader ou encore de nous kidnapper : sous tous les régimes qui se sont succédés au Sénégal vous l’avez tenté, loin  des projecteurs.

Ce qui est commun à tous ces leaders, c’est la persécution dont ils ont été et demeurent victimes, leur condition d’exilés nostalgiques de leur pays des rizières. La France fut aussi responsable du débile et malhonnête plagiat de Jacques Charpy, qui n’a fait que nous relire Christian Roche auteur de « Conquêtes et Résistances en Casamance », pour prétendre disqualifier notre droit à l’indépendance.

Ce que Diamacoun demandait, était pourtant simple : un arbitrage et non un témoignage. Du coup, tel fut sa demande tel reste notre désir vis-à-vis de la France. Y compris en déclassifiant les archives classées secret défense, pour que la vérité sur la Casamance  éclate, sous les yeux des futurs négociateurs, quand finalement le Sénégal arrêtera sa diversion pour accepter comme l’a fait le Mali, de faire face aux élites de la Casamance en lutte.

Car, face à la polémique ou querelles historiographiques au sujet de la Casamance durant la colonisation, entre les élites sénégalaises et nous, il est nécessaire et éthiquement utile d’ouvrir les archives coloniales, en procédant à leur problématisation et leur discussion pour que le chapitre historique soit scientifiquement traité.

Voilà Monsieur Sène, ce que nous devons tous demander à la France. Cette demande, en tant que vous être homme de gauche, sensible en principe aux luttes des peuples, devrait même vous permettre de revisiter en théorie comme en pratique, le processus confus et opaque selon lequel votre cher Sénégal a obtenu comme un cadeau, son indépendance.

3°) Le salafisme imparable : changement de schéma d’analyse et érection de rempart :

Pour le sujet du Salafisme, l’ancien réflexe revient : le Sénégal est un pays de paix ; la paix qui nous fait vivre grâce aux investissements des occidentaux, car la seule source d’exportation est votre démocratie. Ce reflexe vous a même entrainé à laisser filer un terroriste mauritanien du Nord du Sénégal en Guinée Bissau du temps où Abdoulaye Baldé fut ministre de la défense, en bon casamanqué. En le laissant filer vers la Guinée Bissau, le Sénégal et Baldé l’avait tenté, cherchait à nous salir aux yeux des Occidentaux qui pouvait confondre Mfdc et terrorisme.

Monsieur Sène comment comprenez-vous les visites périodiques aux chefs confrériques sénégalais par les ambassadeurs français et américains ? Comment expliquez-vous l’injonction faite par la France à son pré carré pour aller soutenir « l’animal » Serval qui pisse 50 fois pour délimiter son territoire ? (c’est cela le sens de Serval) Comment expliquez-vous les tentatives des confréries sénégalaises proches des Haussa dans la recherche de solution au conflit sévissant dans les Etats du Nord Nigeria appliquant depuis plus d’une décennie la Charia ?

Je croyais que vous alliez vous féliciter du secours des occidentaux face à la déferlante encore vivace du Salafisme dans le Sahel et reconnaitre par là même, (et c’est le cas) que les armées francophones, n’ayant jamais fait de guerre de libération à part certaines comme le Cameroun, leurs armées sont celles de la paix pas de la guerre), les salafistes ne pouvaient qu’avec quelques pick-up traverser le Nord puis le centre du Mali.

L’histoire ne se répète certes pas mais comme l’a dit Nietzsche, elle bégaie. A titre d’illustration de ce bégayement, après voir barré militairement la route aux salafistes en majorité magrébins, elle déploie actuellement son dispositif culturel en s’appuyant sur le Maroc pour former des imams, en vue de restaurer dans le Sahel l’islam Malékite voire soufi.

Elle repart chez son allié Marocain pour réinjecter du soufisme. Et face à ce double dispositif militaro culturel, les salafistes qui aiment les symboles mettent en place Al Mourabitou, du nom de l’ancien mouvement islamique qui a introduit l’islam chez les négros africains de cette bande sahélo saharienne. Il y a des siècles, ce sont justement les Almourabitoun qui furent stoppés dans le Sahel par le déploiement impérialiste français. Qu’est-ce qu’elle se répète !

Il est vrai que le Sahel représente aux yeux des occidentaux la zone tampon entre le Maghreb tendant sentimentalement plus vers l’Occident, la réserve en toutes sortes de ressources minérales et fossiles, le point d’équilibre et de déséquilibre climatique, la réserve de l’alternative énergétique consistant en l’énergie renouvelable dont l’Allemagne est championne, etc. Toute puissance, manifesterait naturellement un fort gout pour le contrôle de ces ressources et des flux migratoires.

On retrouve les mêmes visées d’antan. Il est certes intéressant de les dénoncer, mais cela devient fatiguant sans une autre approche : au-delà de la souveraineté politique qui manque, le secret de la libération de l’Afrique réside dans ce qui fait justement la puissance de l’Occident : à savoir la maitrise de la science et de la technique en vue de la maitrise de la matière, l’indépendance monétaire ( et votre pays en a tant besoin), la création de richesses par le travail, la transformation infrastructurelle dans le domaine industriel, puis de connecter le secteur primaire à la machine de production.

Pour nous autres africains, tant que les paysans constituant plus de 70% de la force productive ne sont pas salariés, ne disposent pas de mécanismes financiers ni d’équipement agricoles, ne sont pas valorisés, aucun départ décisif en direction du développement ne pourrait s’amorcer.

Mais il y a un problème de recentrage factuel et analytique de ce qu’est le Salafisme en Afrique à dominante musulmane. Au Nord Mali, c’est certes les Occidentaux qui ont décapité le régime de Kadhafi de manière inconséquente, dans les printemps arabes ce sont certes les Occidentaux qui ont encouragé les insurrections citoyennes, mais dont les logiques bénéficiaires devaient être les historiques opposants islamistes.

Mais la présence salafistes pour le Nord Mali fut le résultat de la pression militaire du Général Lamari sur le GSPC qui a trouvé une arrière base dont le premier objectif fut de reconstituer des forces contre Alger. C’est aussi lié aux accointances arabo islamiques entre ATT et son grand financier Kadhafi. Tombouctou Gao ont été pendant longtemps le principal lieu d’une économie parallèle, du laxisme envers l’affairisme arabo islamiste.

Il y’avait dans le Nord Mali un mélange entre l’affairisme touarego libyen, le laxisme d’ATT au nom de la paix, touarego islamiste et l’islamisme venu de la Mauritanie et de l’Algérie. Sur place, des années auparavant, le Wahhabisme venu d’Arabie saoudite avait élu domicile dans les associations dans les écoles coraniques, etc. Le tout couronné par le mouvement Daawa, encore actif dans presque tous les pays du Sahel. Daawa est le versant africain du prosélytisme pakistanais et afghan sur les régions d’Afrique à majorité ou forte présence musulmane.

Iyad Ag Ali et les salafiste dirigés par Amadou Koufa le peulh salafiste du centre du Mali qui attaque et Bamako et sa partie Sud, appartiennent idéologiquement au mouvement Daawa. J’espère que les africains ne feront encore pas de déni sur la naissance du négro salafisme. Ce ne sont plus les arabes ou les magrébins qui introduisent ce nouvel islam dans le Sahel, mais les autochtones de cette région.

Ce phénomène du wahhâbisme, on le rencontre aussi bien au Sénégal qu’au Niger, au Tchad qu’au Nord Nigeria, et de plus en plus dans les zones d’équilibre démographico religieux comme la Cote d’ivoire, le Burkina.  Là justement le prosélytisme prend tout son sens et sa vigueur, parce que simplement les monothéismes abrahamiques ont toujours été dans des relations de conquêtes dans le monde. Il faut répandre la bonne parole an historique, dogmatique et holistique.

4°) Le salafisme versus l’islam soufi ou des Tarika, vieux syncrétisme allié de la France :

Aujourd’hui, dans le Sahel musulman, on n’a affaire pas seulement aux délires et infamies de  Abubakar Shekau, aux bêtises du Mujao devenu dans son alliance avec Moctar Bel Moctar El Mourabitin, qui saccage l’art et la culture. Ce,  au nom du monothéisme judéo islamique contre l’image. Pour les monothéistes notamment judéo islamiques, l’image et ou la représentation sont des risques de la fin de l’abstraction du divin. On a aussi certes affaire à des décapitations et massacres selon (et on ne le dit pas assez) le droit de la guerre version salafiste).

On assiste certes à des archaïsmes qui se nourrissent pourtant de la modernité (Georges Balandier serait content de voir ça, car il définit la modernité de façon originale, en mélangeant passé et présent dans une dynamique de crises).

Certes les salafistes sont, par là même, techno mondialisés. Ils recourent aux moyens sophistiqués de communication et en regroupant comme le fait l’EI en Syrie et en Irak, certains ingénieurs et techniciens, ils planifient des moyens militaires de destruction massive.

Mais je pense qu’il s’agit d’un nouvel Islam. Celui qui s’oppose aux confréries et aux Cheikh, qui s’oppose aux familles maraboutiques, bref au soufisme. Lequel soufisme a quelque chose à avoir, par exemple, avec l’islam Malékite (allié de la France dans la domination des noirs, y compris en Casamance, où la Tidiania des chérifs fut un allié de l’économie arachidière extravertie à laquelle Alin Sitoe Diatta voulait opposer l’économie vivrière de la souveraineté) ainsi qu’avec l’administration endo-coloniale.

Il est fortement politisé, imprégné des grands enjeux géostratégiques du proche Orient, inscrit dans « la guerre des religions », car les monothéismes comme formes politiques n’ont jamais cessé et ne cesseront jamais d’être en guerre. Du moins tant que la lutte pour la vérité absolue ne prendra pas fin.

Ce nouvel Islam est pourtant très « républicain » sur un seul point, à savoir la fin des féodalités soufies par exemple ou Malékite ou même monarchistes des Sauoud. Derrière la lutte contre les féodalismes politico religieux ou soufis, le salafisme s’oppose, en vérité, à des conservatismes.

Pour le cas du Sénégal, le modèle islamo wolof dont parle l’historien Mamadou Diouf est une sorte de collision entre le conservatisme confrérique et les élites dites modernes et laïques dans l’exercice du pouvoir non formel ou de l’implantation de l’Etat. Dans ce système les casamançais sont exclus de fait. Du  coup, dans l’aventure nationale, dans le vivre-ensemble les paradigmes politico culturels ne correspondant pas à leurs traditions et leur égalitarisme politique, ils rêvent d’un autre Etat-nation.

Le salafisme notamment du Nord Nigeria s’oppose à un système de verrouillage des mécanismes de redistribution des ressources, du jeu politique caractérisé par une espèce « d’inceste » car pour garder le pouvoir et contrôler la circulation des ressources au Nord Nigeria les familles des Sultans des sénateurs, des gouverneurs etc. se marient entre eux, constituent des forces de conservation, des puissances de corruption, etc.

Si elles ont été formées à l’école occidentale pour agir ainsi, alors, Boko Haram comme expression, comme une sorte de slogan haussa (signifiant l’école occidentale est u péché), a tout son sens. De même, au commencement et fondamentalement, ce fut une bataille théorique interne à l’islam lui-même ; entre des tenants du salafisme qui veut dire les originels, les fidèles à la Sunna de Mohamed et donc du purisme islamique (Mohamed Yusuf et Cheikh Jafar). La principale cible idéologique du salafisme au Nord Nigeria, c’est le Bidda. Or bien des pratiques des Tarika sont effectivement des Bidda, y compris le Maouloud pour ne citer que ça.  Ikamatoul Sunna wa Izalatoul Bidda. Là est tout l’antagonisme entre le nouvel Islam et celui auquel les noirs musulmans sont jusqu’ici habitués.

Au Mali, la matérialisation de la rupture fut la destruction des mausolées, où furent enterrées les figures de l’islam soufi ou des tarika dans le Sahel ou encore Malékite. Au Sénégal, vu les réactions récurrentes sans même écouter les salafistes qu’on arrête, on sait qu’il s’agit d’une remise en cause des tenants de l’islam des tarika, notamment celui qui idolâtre les marabouts. Je parie qu’il y aura sous peu un affrontement idéologique entre les branches des familles maraboutiques aspirant au pouvoir central (Modou Kara et Mouchtarchidine ou encore le petit fils d’Abdoulaye Niasse, etc.) et les salafistes minoritaires, mais agissants et attrayants, connectés à une sorte d’internationale salafiste.

Au Sénégal où on se targue de stabilité reposant sur l’alliance entre système confrérique et les élites étatiques, il y a pourtant quelques faits troublants : l’Etat du Sénégal, de par ses courbettes et génuflexions dans les résidences de leurs marabouts, vise les électorats majoritaires et puissants, verrouillant ainsi les jeux de distribution et de contrôle des pouvoirs – les marabouts ont reproduit le système de nobles et d’esclaves qu’on trouve en société wolof (car le marabout l’est à vie, pendant que le Talibé le reste aussi à vie, dans les confrérie nul ne peut sauf le Marabout donner la leçon, donner la directive, et assujettir les Talibé)

– la centralité du savoir et de l’ordre sont sous le contrôle du marabout qui, par son Ndiguel, fait pivoter le discours religieux autour de lui et sa centralité se renforce

– l’Etat n’a aucun pouvoir fiscal sur les Adiya versés sous forme d’impôts traditionnels d’une féodalité figée ; lui-même en verse aux marabouts. Quel scandale ! Pire, tous les flux financiers dans les capitales confrériques échappent à l’Etat Sénégalais. Un digne fils de Casamance ne peut pas, déjà structurellement parlant, supporter un tel système.

Face à l’opposition du Prophète Mouhamed aux formes de féodalités conservatrices en Arabie, à la suppression des instances interprétatives dans la connaissance religieuse, les soufis ou les Tarika sont des producteurs de Bidda, qui en fait, les arrangent dans leur pouvoir symbolique, dans leurs alliances d’intérêts matériels avec les politiques. Comment ne pas avoir donc des motifs de nouvelles luttes politico religieuses dans les sociétés musulmanes du Sahel ?

De même, par la guerre qu’ils mènent et par le purisme idéologique et théologique, les premiers ennemis des salafistes sont les musulmans eux-mêmes. Car, la question de fond tient à la polysémie du Texte prêtant à une floraison d’interprétations ; et par conséquent, aux plages de « dérives et délires » qui se déroulent sous nos yeux. C’est aussi quelle codification des interprétations faut-il mettre en place dans une opération mondiale de critique et de modernisation interne de l’Islam ? Quand je parle de critique, c’est au sens de travail intellectuels de débats ouverts, etc.

5°) Le vaste projet culturel et politique de l’Afrique noire :

C’est une gigantesque tache culturelle et civilisationnelle dont les systèmes éducatifs ont la charge, mais aussi et surtout les philosophes et les artistes, en ce qu’ils sont inventeurs de concepts et de modes de vie (la définition admirable que Gilles Deleuze donne de l’activité philosophique). C’est l’un des défis du Sahel dans les années à venir. La lutte contre le salafisme ne sera pas militaire, mais culturelle et politique.

Sinon, les confréries dont vous vous targuez seront balayées. Si le salafisme est porteur de nouvelle « modernité » politique, ne serait-ce pas tant mieux ? Là j’en appelle au débat qui dépasse nos querelles entre casamançais et Sénégalais. Il faut surtout éviter la réponse sécuritaire face au salafisme, erreur commise par le Nigeria dans le massacre des disciples de Mohamed Yusuf, alors qu’il était possible d’engager contre lui la bataille théorique qui pouvait pourtant trouver sa place dans la Charia déjà existante dans bien des Etats du Nord Nigeria. Avant de liquider Cheikh Jafar son maitre alors qu’il priait dans une mosquée à Kano, Mohamed Yusuf avait engagé la bataille théorique et théologique, avant que les forces de sécurité, par ignorance de la tradition « des sectes » au Nord Nigeria ont brutalement mis fin à sa petite république islamique. Elle s’est réveillée de ses cendres en devenant monstrueux.

Par ailleurs, il est fréquent, dans les milieux intellectuels musulmans, d’entendre dire que ce nouvel islam, Salafiste serait une dénaturation ou un sabotage du vrai. Je crois que la question n’est pas tant de savoir quel est le bon ou mauvais islam, le vrai ou le faux, mais quelle est la fonctionnalité politique, culturelle de l’islam à un moment donné de l’histoire. Selon certaines circonstances, des types de rapports politico religieux entre les peuples, il arrive qu’un des monothéismes joue telle ou telle fonction. Parfois elle peut même être à la fois libératrice, obscurantisme, critique et subversive, bref productrice de modernité. C’est dans le mouvement que réside le nouveau. Mais le nouveau ne s’épure pas des archaïsmes.

J’ai parfois l’impression que, en dépit de ma répugnance face aux actes infâmes et abjects, ne serait-ce que dans la méthode de lutte, le nouvel islam incarné par le Salafisme ou le wahhabisme pacifiste ressemble à bien des égards (et ce serait bien d’envisager, à titre analytique la comparaison) au processus de naissance de la Réforme dans l’histoire du Christianisme. La centralité de Rome et du Pape contre l’individuation du rapport à l’Absolu, la sauvegarde des instances interprétatives hiérarchisées contre leur polymorphie dans le protestantisme, etc.

En tout cas, en Casamance, nous avons toujours développé des modes de vie, des systèmes de tolérance et la conservation des modèles animistes moins conquérants et moins arrogants, pour que cela suffise à bâtir un rempart au Salafisme. C’est dans les systèmes religieux traditionnels qu’on trouve par exemple, l’écologie avant la lettre à travers le concept de bois sacré ; c’est dans ces systèmes que l’on trouve la parité homme femme, signe de modernité, avant la lettre ; c’est dans ces systèmes que l’on trouve les valeurs ethniques sures pour la bonne gouvernance, que l’on trouve le sens aigu de la justice et le secret du développement, à savoir le culte du travail. Il y existe bien d’autres valeurs qui méritent d’être revisiter.

6°)  La Casamance de demain pourrait jouer le premier rôle :

Revisiter les systèmes religieux dits traditionnels aiderait à trouver les outils et les ressources, les doctrines et les schémas culturels et politiques pour résister à l’arrogance salafiste. Kwame Nkrumah ne proposait-il pas dans son livre « le Consciencisme », de faire des religions traditionnelles africaines des mécanismes de filtrage des apports religieux venus de l’Orient et de l’Occident ? La perte des civilisations, la domination politique commencent toujours lorsque votre Dieu est défait. C’est peut-être ce qui est arrivé à l’Afrique noire. A quand son aggiornamento spirituel d’abord ?

Nous ne souffrons pas (le Mfdc et ses élites y veillent) de conservatisme confrérique, ni de féodalisme religieux, ni de prosélytisme religieux, source de guerre et de conflit. Mais du modèle confrérico wolof, de l’étouffement politique de notre peuple dans sa lutte pour recouvrer son droit à l’autodétermination.

Nous souffrons des manœuvres diplomatiques du Sénégal auprès des puissances pointées du doigt par votre contribution, afin que celles-ci ne s’engagent pas à fond dans la résolution du problème  casamançais. Notre lutte n’est pas une guerre par procuration que nous menons pour la France ni pour les USA ni pour le salafisme mondialisé.

Nos analyses géostratégiques en rapport avec la lutte, nous les faisons et les appliquons en fonction du seul intérêt de notre peuple ; nos alliances sont établies dans le seul but du succès de notre lutte. Celle-ci générera un nouveau modèle politique et économique original dans la sous-région, que bien des frères africains envieront. Ce serait là le génie du Mfdc, s’il sort un peu du militaire pour plus de politique.

Dr. Ahmed Apakena Diémé, Consultant indépendant, Directeur de SASCOM

(Sahel Stratégie Communication), membre du Cercle des Intellectuels et Universitaires du Mfdc.  Allemagne