LES ACTIVITÉS PÉTROLIÈRES ET GAZIÈRES EN RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE DE MAURITANIE. COMMENT CAPITALISER LES EXPÉRIENCES RÉGIONALES ET INTERNATIONALES. LE CAS DU PANEL SCIENTIFIQUE INDÉPENDANT

En prélude à la plénière de l’Assemblée nationale prévue ce 1er juin, en vue d’examiner le projet de Loi autorisant le président de la République à ratifier l’accord de coopération inter-Etats portant sur le développement et l’exploitation des réservoirs de GAZ entre le Sénégal et la Mauritanie je vous propose cette réflexion portant sur ces questions.
Dans son blog, Guiérgui Thiélo, polytechnicien de son état au Gabon mettait en garde contre les illusions du pétrole. Intitulé “Le pétrole sénégalais ou l’énigme de l’ours et du chasseur”, Thiélo notait dans une conclusion réaliste et pleine de visions et de pragmatisme ce qui suit : “L’histoire du pétrole africain a montré ses limites car tout simplement on a d’abord pensé aux revenus générés qui serviraient à des dépenses de prestige et oublié le débat sur la construction d’une économie appuyée sur ce nouveau levier, ce fameux pétrole mystificateur de consciences. En substance et pour finir, retenons qu’il ne faut pas vendre le baril de brut avant même de l’avoir produit car le chemin de son exploitation est loin d’être gagné .Le temps des émirats bâtis sur le pétrodollar touche inéluctablement à sa fin et il nous revient de réinventer notre futur en pluriel” (Thiélo : 2016).
Avec le pétrole et le gaz découverts récemment, le champ politique s’est mis en ébullition pour mettre en garde contre la malédiction du pétrole. Même si les réserves de pétrole sont là on devrait procéder à une évaluation environnementale stratégique pour soupeser les options et s’assurer qu’on gagne à long terme. Parfois mieux vaut le laisser dans le sous sol pour ne pas créer des verrous qui vont tuer tous les secteurs et créer des dommages incommensurables et irréversibles. Pour ce faire, on peut capitaliser les expériences de pays tels que la Mauritanie qui avait son panel international de pétrole.
Au regard des risques et conséquences sur la pêche, le tourisme, l’agriculture, la santé publique, la paix et la sécurité, il est urgent de réfléchir sur des solutions. Pourtant elles existent si nous prenons le soin comme la Mauritanie de mettre en place un panel international loin des invectives politiques. Ce panel avait identifié des contraintes majeures qui sont sans doute les mêmes dans notre pays. “Le panel scientifique indépendant sur les activités pétrolières et gazières en République Islamique de Mauritanie (Avril, 2009) avait identifié les contraintes suivantes :
– une grande diversité d’acteurs, – des écosystèmes à valeur et sensibilité environnementale très contrastée, – des règles d’opérations pétrolière et gazières incomplètes, – un chantier de transparence et de traçabilité à poursuivre pour améliorer les dépenses publiques, faire attention aux fonds dédiés, – des capacités de coordination interministérielle insuffisantes face aux enjeux, – un dialogue difficile entre société civile l firmes et l’Etat, – un réel besoin de formation. Après cette analyse situationnelle, le Panel a adressé des recommandations importantes qui méritent d’être capitalisées par le Sénégal :
– mieux sélectionner les opérateurs, – délimiter les zones d’opérations selon la sensibilité des milieux, – mettre en oeuvre un principe d’adoption des meilleurs standards et meilleures pratiques disponibles au niveau mondial, – améliorer les outils pour l’orientation et le suivi des dépenses publiques, – renforcer la coordination en stimulant le fonctionnement d’une plateforme nationale de dialogue sur les activités pétrolières et gazières, en organisant la réponse gouvernementale aux pollutions marines, en consolidant les procédures de permis, d’ études d’impact environnemental et de contrôle environnementale, -renforcer les capacités au double plan de la formation universitaire qui doit s’adapter à ce secteur et de la formation continue.
Notre environnement sous régional fournit aussi de bonnes pratiques qui méritent capitalisation. Le Nigeria avec sa politique anti corruption 2004 – 2009, a récupéré 5 milliards de dollars USD. Avec la Mauritanie les bonnes pratiques du Panel ont permis de bénéficier d’une compensation de 100.000.000 Euros. Au Liberia, avec International Senior Lawyers Projects (ISLP), 102 contrats ont été revus dont 52 acceptés, 36 annulés, 14 renégocies. Il existe aussi de bonnes pratiques avec le cas de la Norvège et le pétrole de la mer du Nord. La capitalisation peut aussi intégrer les expériences des autres pays et les pourcentages reçus par les gouvernements. Citons à titre d’exemple – le Cameroon = 11%, – la Mauritanie = 16% – Mexico = 31% – Canada = 35-50 % – Côte d’ivoire = 55% – Guinée équatoriale = 60% – Nigeria = 65% – Gabon onshore = 73% – Sudan = 77% – Norvège et Nigeria (onshore) = 84% – Iran = 93%
Pourquoi sommes nous à des taux si faibles associés à un régime fiscal et douanier si avantageux. Sans fétichisme, il faut poser sereinement ce débat et les options stratégiques à envisager. En attendant, il est important de disposer d’une analyse des cohérences et compatibilités entre le pétrole et toutes les autres stratégies sectorielles. Sous peine de créer des déséquilibres nuisibles à notre économie. Ce qui s’est passé avec Thierno Alassane Sall, ancien ministre de l’énergie doit nous inciter à réfléchir sur des mécanismes qui protègent nos ministres dans des secteurs aussi sensibles que l’énergie, la sécurité, les finances Le présidentialisme fort et excessif a définitivement installé des distorsions et anomalies aux antipodes d’une gestion transparente et inclusive. Mécanismes sur lesquels nous reviendrons dans un autre post

NKEN

S’AUTOPATATECHAUDISER

Un nouveau verbe à inscrire dans le Larousse. Se tirer une balle dans le pied. Alors apprenons à conjuguer ce nouveau verbe. Je me suis autopatatechaudisé. Macky et Idy se sont autopatatechaudisés. Les spécialistes comme Khayoba Abdoulaye Diop ou mon grand Issa Fayepeuvent nous aider à le conjuguer au subjonctif de l’indicatif ou du plus que parfait. Avec la faim qui guette, cet exercice risque d’être périlleux. Illustrons pour ceux qui détestent la langue française : Idy s’est autopatatechaudisé en parlant de Makka et Bakka. Il a à ses trousses tous les mollahs arabo-africains qui exigent des excuses. Ce qui fut fait. Malgré cette auto critique, l’atopatatechaudisation se poursuit. Et pour cause, la patate est bien chaude. Il lui faut du temps pour se dépatatechaudiser. Et revoilà Macky coutumier des faits, l’ingénieur historique, qui s’est mis à s’autopatatechaudiser. En plein ramadan, alors que les ventres pleurent, il nous a servi un dessert inconnu dans son village natal, Ndouloumadji Dembe. Je crois qu’au casier agricole de Ndouloumadji, ils produisent des patates. Voilà pourquoi peut être il préfère s’autopatatechaudiser. Tous les indignés de Fanon ou Césaire sont maintenant à ses trousses déjà que le kilo de patate n’est pas à la portée du sénégalais lamda. Mais qu’est ce qui les prend à s’autopatatechaudiser ? Seuil d’incompétence pour Macky. Seuil de méconnaissance pour Idy. Le fils parricide de Wade ne s’est pas encore excusé. Celui convoitant a quand à lui fini par se repentir pour se dépatatechaudiser. Ah les patates chaudes quand ça vous brûle. ..Alors éviter de vous autopatatechaudiser.

NKEN

POPULISME ET PLASTICITÉ IDÉOLOGIQUE : ” A BRAVE NEW WORLD” ?

Dans sa chronique du 22 mai dernier dans le journal français les Échos, le chroniqueur Vittoli confirme nos analyses sur un monde sans l’Amérique. Nous insistions sur l’approche ridicule de Trump et ses conséquences sur l’isolement des USA. https://www.lesechos.fr/…/0301694329461-le-monde-sans-lamer…. Mais il y a un élément terrible. Aujourd’hui, certains fonctionnaires américains des Nations unies sont obligés de communiquer moins sur le travail et de se cacher pour ne pas attirer l’attention de Trump. Car il peut leur couper fatalement plus de 30 % de leur budget. L’autre pendant de l’isolement, c’est que cela pourrait marquer la fin du système de Bretton Woods et installer le monde dans une nouvelle phase.
J’ai attentivement écouté Stephen Kevin Bannon, ancien conseiller du président Trump (pendant 6 mois et 29 jours) il ya trois jours. Il a utilisé un terme. “A brave new World”. Un splendide nouveau monde contrôlé par les populistes. Les “peuples” vont reprendre le contrôle et casser toutes ces institutions de merde. Il poursuit sur un ton plus provocateur. Martin Luther King serait fier de Trump. Car il aurait fait baisser le taux de chômage chez les noirs. Pour lui le mouvement “cinq étoiles ” anti-élite qui a pu s’allier à l’extrême droite en Italie sera le modèle qui va prospérer. En plein coeur de l’Europe des fachos prennent le pouvoir.
Comment on en arrive là ? Quelles sont les implications pour le monde ? On assiste à l’émergence de porte-voix, des politiciens idéologiquement très plastiques qui épousent les frustrations des ” masses” et qui prennent le pouvoir. Même de manière terre à terre imaginons un peu l’impact. Si en italie, cette coalition expulse 500.000 immigrants clandestins. On pense à nos freres modou modou. Au-delà du populisme qui n’est pas nouveau dans l’histoire il y a un vent de “degagisme” un peu partout. Cela nous parle non ? On pourrait un jour nous retrouver devant ces populistes si ce n’est déjà fait. Pas sur les contenus qui sont dans des contextes spécifiques et parfois révoltants. Mais ce sont les mécanismes qui sont intéressants.
Pourquoi “5 étoiles” a pu prospérer en Italie et pas Mélenchon en France ? Pourquoi et comment cela clique ? D’où la plasticité idéologique de tous ces gens qui font feu de tout. Évidemment, pas souvent pour les bonne cause. Mais ils ont la capacité de saisir les “besoins” des masses. On peut aussi peut être utiliser autrement une grille d’analyse de ce fameux livre très populaire,. The outliers de Malcom Gladwell. Il analyse les ingrédients de la réussite. Pourquoi certaines idées /projets prospèrent et d’autres pas ? Est ce une histoire de flair, de capacité à saisir le momentum ?
NKEN
Keur Ayib, frontière Sénégalo-gambienne

HOMMAGE A ABOUBACKRY MBODJ : UNE SOCIETE POSTHUME

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Socio-anthropologue

Aboubackry nous a quitté. Un homme engagé. Discret et qui savait souffrir dans sa chair. On oublie souvent qu’il fut aussi avant son engagement auprès des droits humains, un brillant anthropologue qui a travaillé sur les représentations des maladies en pays sérères. Toujours présent, Mbodj savait partager et se rendre disponible pour faire face aux injustices multiformes. Sa disparition au-delà de l’émotion pose l’épineuse question des limites de l’engagement par procuration. Les vrais militants sont devenus de vraies victimes expiatoires des régimes successifs. Soit on les laisse à la merci des bailleurs qui les instrumentalisent. Soit ils finissent entre les mains de quelques personnes qui détournent la mission pour monnayer d’autres choses. Soit ce sont des gens qui payent de leur personne pour porter les causes.

Dieu sait ce qu’ils endurent dans le secret de leur conscience militante. On les voit prendre l’avion. Participer à des forums mondiaux, mais souvent on imagine mal le mal être de ces incompris militants qui payent le prix cher de leur engagement. Certains meurent dans la misère et le dénuement. Oui parce les autres ont transhumé littéralement. Laissant des gens comme lui souvent esseulé malgré les apparences. Ils font légion dans ce pays de messianisme contre productif. C’est trop injuste, mais cela met la lumière sur le sort réservé  nos “militants”. Et quand ils passent dans l’autre camp on les traite de traîtres. Pire, on est même plus intolérant vis à vis d’eux que des gens qui ont leur vie dans le camp qui règne. C’est très révoltant.

Il y a une forme d’engagement qui n’est pas récompensé. Au point que dans l’opinion populaire, entrer en politique veut dire joindre le camp du pouvoir ou s’y préparer. Et nos militants de continuer à mourir comme des chiens. Il faut qu’il meure pour que les témoignages fleurissent. C’est obscène. On a vu ces dernières semaines les appels pour évacuer Mbodji. Au moment où certains sont systématiquement et discrètement envoyés à Pitié salpêtrière en France. Au frais souvent des contribuables. Nous sommes devenus depuis très longtemps, une société posthume.

Au delà des émotions. Il y a des faits qui renseignent sur la mentalité sénégalaise. Il faut aussi admettre que presque personne d’autres ne mobilisent pour cela non plus. Y compris tous les défenseurs de grands principes. “Mort pour rien ” ?  Et cela devient une corrida sans fin.  On leur dit allez affronter les barricades. On est derrière. Oui on aime laisser les fous du village aller au combat et on s’en délecte. Ou est Sonko et tous ces gens qui avaient juré qu’ils allaient le défendre, le protéger et l’aider financièrement. Ils sont peu vraiment à respecter leurs engagements moraux. Le pays se contentera de lui octroyer une misérable et fausse distinction. L’homme de l’année pour se faire bonne conscience.

Repose en paix Mbodj. Tout comme ces milliers de militants oubliés dans les mémoires collectives alors qu’ils ont tant donné pour nos libertés individuelles et collectives. Mbodj fut simplement un homme bien. Il mérite sans doute nos hommages. Mais quand est ce qu’on va arrêter aussi de célébrer nos héros souvent dans le dénuement crasseux que quand ils nous quittent ? Une vraie société obscène.

ANKN

 

LA GUERRE EN GAMBIE : PAS EN NOTRE NOM

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Socio-anthropologue

Grand Adama Gaye, j’ai lu ton post relatif au mien sur la présence supposée de Yaya à Conackry. Je comprends que tu confirmes tes sources. J’ai aussi les miennes et je peux t’assurer amicalement, j’en ai au moins une dizaine croisées de haut niveau aussi. Je m’excuse alors auprès de toi pour avoir écrit que les tiennes sont fausses. Car je ne saurai les discréditer avec autant de désinvolture. En revanche, je continue encore de considérer que les miennes sont très crédibles. Le plus important aussi est de faire attention et c’était l’objet de ce post car tes ennemis pilulent et ils rêvent de te faire la fête. Tu auras toujours notre soutien et nos amitiés dans ce combat difficile que tu portes avec passion et patriotisme.

Tu sais que je ne suis plus sur Facebook et je préfère publier sur mes blogs pour des raisons personnelles. Le blog s’appelle Opinions ndukuristes (http://ndukur.com/category/blog-ndukuriste/). Je crois que le plus important à ce stade est que Yaya est sur ses bottes et attend fermement une intervention militaire imminente. Il gère encore la Gambie. Je disais il y’a quelques jours que des Généraux comme Badji lui sont fidèles. Pour des pactes culturels très complexes qu’il est long d’expliquer ici. On a eu hier la confirmation. Nous risquons de perdre la bataille la plus décisive. C’est celle de voir les gambiens toutes tendances confondues nous prendre pour des colons. Nous aurions tout perdu. Et cela dépendra de la compétence des gens qui entourent le Président Macky Sall sur cette épineuse question de haute portée tactique et stratégique.

Les Gambiens n’accepteront pas une invasion du Sénégal. De même que tous les démocrates sénégalais et du monde qui se sont battus et qui se battent encore pour le peuple palestinien, sahraoui et d’autres qui luttent ou ont lutté pour leur auto détermination et indépendance nationale. L’enjeu n’est pas de gagner cette guerre même si Yaya à ce stade et le responsable écrasant de toute cette instabilité et forfaiture. C’est de ne pas s’enliser dans une gestion post Yaya qui installerait nos Forces Armées Sénégalaises (FAS) au cœur de la Gambie car nous n’aurions pas d’autres choix. Nos ressources sont maigres pour qu’on s’autorise ces décisions inopportunes. Nous n’avons pas voulu faire le pari de la négociation. Le pari de la guerre nous coûtera cher. A court, moyen et long termes. Co-gérer la crise au Sud et celle post crise gambienne est trop lourd symboliquement, financièrement et militairement pour notre pays. Nos frontières avec la Gambie, c’est aussi au-delà de la basse Casamance, une partie de Tamba, de Kolda, du Saloum…Autant dire une boucle humaine où vivent en ce moment des milliers de sénégalais.

Alors réfléchissons bien à nos illusions de pouvoir et de domination. Il est vrai que le Sénégal est et a toujours été menacé par la Gambie pour des raisons liées aussi à la sécurité interne de ce pays incrusté au sein de notre pays. Les logiques coloniales sont passées par là. Il reste que la Gambie est définitivement un pays indépendant. Souverain qu’il faut traiter avec respect. Faisons le pari difficile de la paix et de la négociation. Laissons au peuple gambien le soin de résoudre sa crise politique post électorale. Créons des investissements structurants pour désengorger la partie sud du pays très dépendante de la Gambie. Nous réalisons des TER qui coûtent plus de 500 milliards de CFA. Nous sommes incapables depuis plus de 50 ans de créer des routes qui nous sortent des chantages des gouvernements gambiens, gages de notre propre sécurité nationale. La Gambie dépend de nous sur plusieurs aspects. Nous oublions de dire que nous dépendons aussi de la Gambie qui joue fort tactiquement sur ces vulnérabilités. Si le gouvernement veut faire sa guerre à la Gambie. Qu’il le fasse en son nom propre. Mais pas en notre nom. La guerre, une vraie hérésie humaine pour des pays si mal fagotés comme les nôtres.

ANKN

ADAMA GAYE : EVITER LES PIÈGES DES FORTS HOMMES DE L’OMBRE

Abdou Ndukur Kacc Ndao

J’aime beaucoup Adama Gaye, journaliste émérite. On peut ne pas partager ses vues mais il reste un fervent patriote. J’ai suivi avec une pointe de regret fautif sa publication sur la présence de Yaya à Conackry. J’avais le profond sentiment que cette information n’était pas crédible. Au fil de mes investigations croisées, il est apparu en effet que c’est un canular. Adama est un journaliste professionnel qui sait ce que signifie recouper une information.

Mais il a sans doute sous estimé le contexte actuel marqué à la fois par une guerre de désinformation entre la Gambie et le Sénégal, mais aussi par la guéguerre légitime qu’il mène contre Bolloré et tout ce système financier très puissant. Il peut s’agir d un piège qu’un service spécial chevronné lui a tendu pour le discréditer. Adama a de grands et puissants ennemis qui font partie des meilleurs dans tous les domaines de la désinformation et de la manipulation. Et un des meilleurs journalistes qu’il est peut toujours tomber dans les filets d’une manipulation par des professionnels aguéris et rompus à la tâche.

Alors encourageons et soutenons Adama dans son travail difficile et plein d’épines. Cet impaire ne saurait constituer un discrédit sur ses qualités morales et professionnelles. Juste qu’un homme peut se tromper. Il s’est trompé mais nous le soutenons plus que jamais dans ses objectifs d’éveil et de défense des intérêts de notre pays. Alors Adama, la prochaine fois, fais attention !!!

Nos amitiés renouvelées

ANKN

 

RAPPORT DE TIMBUKTU SUR LA RADICALISATION. LES PIÈGES MÉTHODOLOGIQUES DES SCIENCES SOCIALES ($)

($) : Ces remarques ont aussi une portée générale qui dépassent l’étude stricto sensu de Bakary et de son équipe.

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Il faut féliciter Dr Bakary Sambe pour son investissement personnel scientifique dans l’éclairage des phénomènes religieux en général et en particulier les processus de radicalisation, d’extrémisme religieux. Notre contexte géopolitique exige ce genre d’études croisées produites aussi par nos visions intellectuelles internes. Sur ce plan, Bakary mérite notre attention et notre respect. Son étude intitulée « Facteurs de radicalisation. Perception du terrorisme chez les jeunes dans la grande banlieue de Dakar (octobre 2016) soulève plusieurs interrogations partagées au sein de l’opinion publique et de la communauté universitaire. Nous ne pouvons poursuivre un discrédit généralisé de nos chercheurs sous prétexte d’un désaccord des conclusions issues de leurs recherches. En revanche, les productions de cette nature sont une occasion de débattre de méthodes, méthodologies, de résultats, etc. Cela dit reprenons ce qui constitue à mes yeux les limites de cette étude.

DES DÉLAIS DE « CONSULTANTS »

25 enquêteurs pour couvrir la banlieue pendant une semaine. Voila le premier piège auquel les « chercheurs » versus « consultants » sont souvent confrontes. C’est une logique propre aux commanditaires privés qui astreignent dans des limites temporelles qui discréditent les études. Il est vrai que le fil est tenu entre ces deux postures. Mais il faut affirmer avec force qu’en une semaine pour capter les complexités propres aux perceptions relève d’une vraie gageure. Malheureusement, nos études font de plus en plus les frais de ces contraintes de temps qui ne tiennent pas compte de la nature complexe des études de perceptions. Le niveau de licence des enquêteurs n’est pas en soi une condition de fiabilité et de crédibilité des données collectées. Ces enquêtes exigent des compétences particulières, un vécu interactif établi que nous ne trouvons pas nécessairement voire souvent chez des étudiants en licence. L’expérience locale prouve d’ailleurs que les meilleurs enquêteurs en sciences sociales sont les vrais professionnels que nous retrouvons auprès de l’ANSD et qui ne sont pas forcément des diplômés de l’enseignement supérieur. Je crois que les chercheurs doivent se battre contre ces délais superficiels qui les mettent sous pressions et conditions alors qu’ils ont besoin d’un temps minimal pour travailler en profondeur.

QUIPROQUO CONCEPTUEL

Le second piège que je décèle dans l’étude de Bakary est relatif à la formulation du sujet. Il est bien indiqué qu’il s’agit d’une étude de perception. Sans fétichisme méthodologique particulier, on peut se demander s’il existe une cohérence méthodologique entre cette formulation et les outils dits CAP utilisés durant cette étude. Si Bakary et son équipe avaient enlevé le concept de perception, nous aurions pu reconsidérer nos critiques sur les aspects méthodologiques. Les enquêtes CAP sont sans doute de puissants instruments pour saisir les comportements, attitudes et pratiques des acteurs. Je ne suis pas sur en revanche qu’ils puissent capter plus spécifiquement les perceptions.

PERCEPTIONS VERSUS STATISTIQUE

Le troisième piège qui est structurel a mon avis dans cette étude est relatif à l’usage inconsidéré de statistiques sans que nous ne percevions ce qui relève des contenus qualitatifs. Ce piège est très lié au premier car les bailleurs sont encore convaincus que la compréhension des phénomènes se fait à grand renforts de productions statistiques avec ces graphiques, ces dendrogrammes ces tableaux croisés, ces résultats cartographiés. On voit mal comment justifier méthodologiquement une approche par les conceptions à partir des critères d’échantillonnage statistique sur 400 enquêtés ramenés finalement à 300 pour des raisons expliquées dans le rapport. Il est vrai que toute enquête de nature sociale ou statistique s’appuie sur des enquêtes aux profils divers. Mais on ne peut prendre les approches statistiques pour celles qualitatives. On voit bien d’ailleurs que le justificatif des critères qualitatifs reste très faiblement documenté dans les préalables méthodologiques. Une note méthodologique circonstanciée sur ces chiffres et leurs fondements aurait permis de lever ces équivoques de représentativité qui ne sont pas à mon avis l’objet d’une étude de perception. A moins que nous ayons une perception différente de cette notion.

ANALYSE QUALITATIVE ET PRODUCTION DE SENS

Le quatrième piège décelable qui est transversal à plusieurs études réalisées concerne le non respect du statut épistémologique des sciences dites sociales. Beaucoup de chercheurs ne font pas la différence entre productions statistiques et production de sens. L’entrée par les sciences sociales est une entrée de production de sens à partir de corpus contradictoires, de profils particulièrement diversifiés. Sa base méthodologique ne peut pas être cette logique statistique qui subsume la complexité des faits sociaux sous des graphiques tout aussi caricaturales que désincarnées. Je comprends l’utilité des chiffres qui sont aussi un instrument de stratégie communicationnelle. J’observe aussi que le chiffre est un autre instrument de manipulation pour fonder des hypothèses. A mon avis, le chercheur doit bien définir le cadre conceptuel qui organise son approche en évitant les confusions de genre issues souvent de commandes privées peu scrupuleuses de la qualité de la démarche si ce n’est juste la mise ne exergue d’un résultat attendu. Ce risque est aujourd’hui le talon d’Achille de la recherche et qui a fini de discréditer une bonne partie des chercheurs utilisés comme des « négriers ».

COMPLEXITÉ DES MÉTHODES EN SCIENCES SOCIALES

Les méthodes des sciences sociales ont beaucoup évolué ces trente dernières années. Ceux qui l’ont toujours confiné dans des spéculations métaphysiques découvrent au quotidien les immenses progrès réalisés pour conforter son statut épistémologique. A la faveur notamment de l’informatique, de la statistique, des théories issues des sciences sociales, les méthodes en sciences sociales ont élargi leur horizon et ont consolidé leurs bases explicatives et compréhensives. L’informatique a permis d’aller au delà des corpus textuels d’intégrer des données non textuelles (photographies, vidéo, audio, internet, réseaux sociaux). L’étude de Bakary est encore restée dans ce spectre très réduit d’une analyse qualitative c’est vrai contestable fondé sur les textes. Les enjeux de cette étude exigent à mon avis d’aller au delà de simples questionnaires ou guides d’entretiens en élargissant le spectre de productions de sens en se fondant sur les nouveaux outils.

Les statistiques sont aujourd’hui utilisées dans l’analyse des perceptions mais juste comme instrument d’analyse et d’interprétations des données qualitatives. C’est ainsi que de plus en plus les tests et coefficients statistiques (Pearson, Jaccard, Sorenson, etc.) sont même intégrés dans des applications informatiques pour analyser et interpréter les données qualitatives. Il ne s’agit pas d’une sophistication informatique mais bien de l’usage multiforme d’autres apports disciplinaires.

De même dans les applications informatiques sont intégrés systématiquement des modules de théories des sciences sociales tels que les théories des graphes, des liens sans compter des modules de psychologie sociale, de dynamiques de groupe capables de renforcer la complexité des analyses et interprétations. Il est vrai que tout ceci n’est qu’instrument au service des sciences sociales mais la posture essentielle est que c’est le chercheur avec son cadre d’analyse conceptuel approprié qui fixe les règles du jeu. Nous voulons faire de l’analyse qualitative en étant encore frileux aux nouvelles opportunités qu’offrent la science et la technologie. Cette observation va au delà de Bakary qui a un intérêt particulier à systématiser dans ses travaux ces approches intéressantes. Même nos universités sont encore restées très réfractaires aux nouvelles évolutions des méthodes de l’analyse qualitative même s’il existe quelques ilots de résistance.

En conclusion, je crois que Bakary en postulant un cadre conceptuel autour de la notion de perception et en structurant sa collecte autour de données statistiques a renversé et a substitué son approche méthodologique. C’est un piège permanent dans un contexte ou les commandes privées sont insensibles aux approches qualitatives documentées. Sans jeter totalement les résultats de cette étude qui sont une base de travail intéressante qu’il faut lire au second degré aussi, il me parait utile que Bakary et son équipe se penchent sur une étude complémentaire qualitative plus centrée sur la production de sens que sur des statistiques souvent si contestables.

ANKN

 

EXPLOITATION MINIERE : ENTRE INTRUSIONS MINIERES, BOMBE ECOLOGIQUE ET DILAPIDATION

Abdou Ndukur Kacc NDAO

Socio-anthropologue

I – EXPLOITATION MINIERE OU LES LIMITES CONFLICTUELLES DANS LA DELIMITATION DES TRACES

Nous abordons dans cette partie consacrée aux multinationales minières d’une part, l’épineuse question des délimitations des permis miniers et d’autre part, des désastres écologiques prévisibles dans un court, moyen et terme termes. Une des illustrations les plus pertinentes des conflits relatifs à la précision des délimitations des permis peut être trouvée avec le cas de la société minière Mako. Mako est aussi l’illustration des failles de notre système administratif et des concurrences fortes qui peuvent les opposer sur des enjeux aussi vitaux que l’exploitation minière.

En effet une structure minière s’est retrouvée avec ses travaux d’extension à l’intérieur des limites du Parc Niokolo Koba classé patrimoine de l’UNESCO et MAB (Réserve de la Biosphère). Pourtant, il existe le décret 2002-271 du 7 mars 2002 portant actualisation des limites du parc et sa périphérie matérialisées par les bornes vers Tambanoumouya. Manifestement les délimitations de ces tracés ne sont pas très claires car Mako se retrouvera dans l’enceinte du parc. Lorsqu’on vérifie les coordonnées du point G et on se demande pourquoi la limite du parc au niveau du minerai subit cette courbature. Car logiquement, le trace devait faire Badon – Tambanoumouya (voir carte jointe). Toujours est il que muni de leur autorisation du 4 juin 2010 No 00536/MMITPME/DMG de la Direction des Mines et de la Géologie, 11 agents de la firme dont des Sénégalais, Maliens, Canadiens aux motifs de délits de défrichage , séjour et circulation illégaux et exploitation minière dans un parc national, ont été mis aux arrêts.

En fait la DNP avait estimé que cette autorisation était illégale alors qu’elle a été dument délivrée par un autre démembrement de l’administration, c’est-à-dire la DMG. Un arrangement finira par être trouvé entre la structure minière et la DPN et de nouvelles coordonnées tracées. En réalité, la délimitation du parc et notamment dans sa partie orientale a toujours posé problème. Depuis sa création en 1954 et son extension, on a pu noter plusieurs conflits, ressentiments entre les différents acteurs du parc (populations locales, opérateurs privés, services administratifs). Nous sommes ici en face d’un imbiglio qui oppose deux secteurs clefs de notre administration.

Il est important d’abord de noter que le litige ne concerne pas toutes les limites orientales du Parc national du Niokolo-koba » mais uniquement sur sa partie qui va de la route nationale 2 au fleuve Gambie. Plus précisément au niveau des localités proches, de Badon à Tambanoumouya dans l’enclave représentée par le secteur des collines du Goléakouko. La question à trancher est de savoir si la limite du PNNK passe à l’Est (version de la DPNS) ou à l’Ouest (version de la DMG) de ce relief ? Ce qui est sur c’est que la zone concédée à la société KANSALA RESOURCES S.A. – BAMBUK MINERALS ne se limitait pas à la seule enclave du Goléakouko. Elle allait bien au-delà, sur des zones avec des délimitations et géo référencements et bornage incontestables. Voila à ce stade ce qui permet d’affirmer que cette zone de Goleakouko est bien dans la parc cet sans aucun doute au minimum dans la zone tampon telle que définie par l’article 3 du décret de 2002.

Quelles sont les conséquences de ces conflits inter-administrations sur le parc ? Quelles sont les conséquences écologiques prévisibles ? Sommes nous prémunis et préparés à gérer le départ de ces sociétés minières et les ouvrages qu’elles nous laissent ? Autant de questions qui seront abordées dans la seconde partie.

https://drive.google.com/…/0B4WQavBocPJXQXFGVnVPcVRvV…/view…

II – EXPLOITATION MINIERE : BOMBE ECOLOGIQUE

Nous parlions des intrusions minières dans un secteur aussi sensible que le Parc de Niokolo Koba. Il est vrai que les délimitions sont sujettes à caution. Quelque soit finalement l’option du tracé retenu, une société minière est au moins dans la zone – tampon distante de 1 km. Un parc y est établi avec sa biodiversité, un fleuve le traverse et constitue le poumon vital de toute cette vie sauvage. Comment pouvons nous être si légers dans la délimitation d’un parc aussi sensible face aux intrusions des miniers ? Comment une administration qui se respecte peut-elle délivrer une autorisation même dans les limites d’un parc à des miniers sans tenir compte des avis circonstanciés des autres organes de l’administration impliqués dans le processus de surveillance des parcs ? Il se joue toujours des compétitions en sourdine entre départements de l’administration pour capter des ressources sans souvent tenir compte des conséquences des autorisations.

Délivrer un permis d’exploiter minier dans ces tracés du parc est un scandale et relève de complicités inacceptables. Si nous ne faisons pas attention, il existe un risque évident de mort programmée du PNNK. Pétowal n’est pas le lieu indiqué pour ouvrir une mine. Une mine à Pétowal sera au PNNK ce qu’est une plaie à un diabétique. Cette plaie finira un jour ou l’autre par transformer le diabétique en handicapé. Il est quand même aberrant que des populations autochtones soient déguerpies du PNNK (1974 – on se rappelle avec Mady Cissokho) sous le prétexte de la Conservation et de la Protection des Ressources Naturelles (Vision du Président Leopold Sedar Senghor) et quelques années plus tard une Compagnie étrangère (Torogold) soit autorisée à mener des activités plus agressives que celles des populations autochtones sur les Ressources Naturelles du PNNK.

Pourtant, tout le monde sait que les mines sont extrêmement dangereuses pour des parcs ou évolue une complexe biodiversité sans compter la vie animale qui s’y déroule. A travers le monde, les accidents miniers font légion et nous ne sommes pas à l’abri techniquement. L’exemple du Canada il y’a quelques années est assez illustratif de ces risques graves avec la mine Mount Polley en 2014. Ce qui est intéressant et inquiétant aussi, c’est que cette mine présente les mêmes caractéristiques que celle que Mako est entrain d’installer avec une proximité fluviale qui augmente les risques (voir photo en illustration).

Aujourd’hui Mako dans cette zone est en phase développement. La compagnie. Torogold va construire toutes les infrastructures qui accompagnent l’exploitation. L’usine de traitement, village du personnel (accommodation camp), barrage de retenue d’eau, barrage des déchets miniers. ROM PAD (Run Of Mine PAD), plate forme pour accueillir le Raw Material, routes, centrales électriques, etc. Autant dire une lourde logistique qui va perturber inexorablement la quiétude du parc. Le plus gros danger que l’administration doit surveiller concerne la construction du barrage des déchets miniers avec un risque qu’il cède même si c’est dans un siècle. On peut imaginer tous ces déchets qui vont infecter les nappes et qui vont polluer le fleuve Gambie situé dans une zone de forte pression. On pourra dire sans doute adieu au parc et à ses pensionnaires. Sans compter les pompages d’eau du fleuve pour satisfaire la forte demande qu’exige une exploitation minière. Dans ce cadre, selon nos informations, les autorisations sont entrain d’être cherchées par la multinationale.

D’ailleurs, il faut rappeler que ce genre d’incidents s’est produit une fois à Sabodala et caché aux services compétents de notre Etat en 2009. Aucun organe de contrôle de l’Etat n’était au courant donc incapable de sanctionner cette société qui va nous laisser un héritage flou et complexe en matière d’impacts négatifs sur l’environnement. Le cyanure utilisé dans le processus d’extraction de l’or présente des dangers énormes pour la faune et la flore et la DEEC n’a aucun moyen technique comme humain pour procéder à un contrôle exhaustif des opérations. Dans toutes les autres zones d’exploitation, nous ne sommes pas l’abri de ces graves accidents avec son passif écologique désastreux. Nous sommes, il faut le dire face à une vraie bombe écologique qui doit mobiliser le peuple sénégalais pour exiger plus de transparence et de sécurité.

Il est vrai que le Code minier encadre les conditions dans lesquelles les miniers doivent exploiter y compris les garanties de réhabilitation des mines à l’état final. Sans compter les différents instruments les normes de performance et d’évaluation des risques et des impacts environnementaux. Des enjeux importants y sont abordés tels que notamment les main-d’œuvre et conditions de travail, l’utilisation rationnelle des ressources et prévention de la pollution, la santé, sécurité et sûreté des communautés, l’acquisition de terres et réinstallation involontaire, la conservation de la biodiversité et gestion durable des ressources naturelles vivantes, les peuples autochtones, le patrimoine culturel. Malheureusement, l’expérience notamment en terre africaine montre que les miniers sont les premiers à violer les dispositions des codes et nous laissent des désastres écologiques insoupçonnés.

En réalité, les sociétés minières fidèles aux logiques d’un capitalisme féroce et meurtrier gagnent beaucoup d’argent avec notre or. Nous reviendrons avec un autre poste sur les sommes faramineuses qu’elles empochent ou les entreloupes avec les exonérations et autres joint ventures qui leur permettent d’empocher toujours de l’argent, encore de l’argent. Sous la barbe de nos trésors publics….

https://drive.google.com/…/0B4WQavBocPJXSEZ0N0daTkNzT…/view…

III – LES MINES, UN JOB EN OR

Dans cette troisième partie, nous parlerons de ce job en or qui pose de sérieuses questions sur la posture de nos États face aux lobbies miniers. Ces sociétés minières sont pour l’essentiel côtées en bourses. Il est par conséquent possible de retracer sous certains rapports des éléments de leurs comptes financiers.

Prenons l’exemple de Teranga Gold qui est en phase d’exploitation et qui est détenteur du permis de Sabodala, un lieu orifère mythique dans les imaginaires des ouest africains. On sait aujourd’hui que le prix l’once d’or mentionné dans leur site à cause de leur cotation en bourse équivaut à 31,104 grammes. Il est de 1266,21 USD à la date d’aujourd’hui. En divisant par 31,104, le gramme coûte 40,70 USD soit 24 578,34 CFA.

A titre illustratif, prenons l’exemple de Teranga Gold et regardons juste à la date du 11 juin 2009, les levées d’or. Rappelons que ces levées sont théoriquement encadrées et sont effectuées sous le contrôle d’agents de l’administration. Rappelons aussi que Abdoulaye Wade a inauguré officiellement cette mine le 3 juin 2009. A partir du 9 juin soit 6 jours plus tard, le procès verbal de levée d’or No 2009/008 du 11/06/2009 indiquent les informations suivantes.

– No Barre /Lingot SGO077, poids net en gramme : 27.231,6. Poids bruts : 28.710.8. Nos scellé respectifs 156653 et 156554.

– No Barre /Lingot SGO078, poids net en gramme : 16.916.4 Poids bruts : 18.510.1. Nos scellé respectifs : 156555 et 156556.
– No Barre /Lingot SGO079, poids net en gramme : 14.404.0. Poids bruts : 16.049.1. Nos scellé respectifs 156657 et 156558

Jusqu’au No Barre /Lingot SGO092, les levées d’or indiquent un poids total de 314.384 de poids nets en grammes et 340.119 de poids bruts en gramme. Ce qui globalement au regard des cours du dollar à cette époque représente un montant global de 8.734.961,49 USD. Soit 5 273 469 474,85 FCFA. En réalité, à la date du 11 juin, Teranga Gold etait à son 92 eme lingot. Elle avait déjà commencé à produire avant l’inauguration.

A titre comparatif, l’inspection Générale d’Etat (IGE, 2014 ) dans son rapport public sur la gouvernance et la réédition des comptes notait qu’en 15 ans d’exploitation minière, l’Etat n’a gagné que 15 milliards 600 millions de FCFA. En un voyage et pour une seule compagnie, Teranga a vendu son or à
5 273 469 474,85 XOF. On peut imaginer et on y reviendra plus tard depuis 2009, que gagne cette multinationale sur le dos de notre pays. Que vont gagner les autres multinationales qui vont commencer l’exploitation.

Qui fait mieux ? Les mines d’or, un good job !!!

Photo : Abdoulaye Wade à l’inauguration de la mine e Sabodola avec Teranga Gold en Juin 2009. Kédougou, Sénégal

ANKN

POUR UNE RÉPUBLIQUE DES “NAWLE” (ÉGAUX)

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Janvier 2016 tirait sa révérence quand avant de mourir de sa belle mort, il nous léguait l’histoire douloureuse des sacs de Seck Waly. Le jeune Waly sort avec un sac et notre vieille république tremble dans un brouhaha de honte et d’invectives. Les branchés et fans du jeune artiste seront pourchassés et agressés comme de vulgaires homosexuels pour une société pourtant naguère tolérante voire complice de ces désorientations sexuelles hors normes admises. Il est vrai que, toutes proportions gardées. Nous sommes ainsi en pleine apothéose du désespoir …certains Sénégalais font feu de tout bois et se nourrissent de ce buzz.

Fin janvier, c’est aussi le grand péché de la caricature du Cheikh du mouridisme par Jeune Afrique. La mobilisation s’amplifia crescendo pour dénoncer des lobbies homosexuels derrière cette énième attaque contre l’islam et ses Cheikhs. D’ailleurs, le rectificatif de JA est juste subtile car, à y regarder de près, la caricature remplaçante n’a fait que conceptualiser une image proche d’un imam. Sans doute cette nouvelle caricature a-t-elle échappé à plusieurs observateurs, la caricature étant un métier d’une redoutable et renversante subtilité. Tous les imams du monde devraient d’ailleurs battre le macadam dans toutes les villes pour se plaindre de la caricature de substitution. N’empêche, le plus important aussi est de lire la façon dont les adeptes du Cheikh ont perçu dans leur intériorité cette caricature satanique.

Cette caricature donne l’occasion de parler de nous-mêmes et de notre rapport à nos saints. En vérité, la véritable caricature originelle, dans ce Sénégal, c’est d’avoir fait de nos grands marabouts soufis des “icônes” qui sont associées à tout et très peu à l’essentiel …Nous louons leurs louanges sous les tentes et dans les cabarets aux lumières tamisées. Nous jurons en mentant souvent en leur nom. Nous les associons à toutes sortes de paganisme et de folklore. Et presque jamais, personne ne pipe mot ou très timidement ! Même lorsque les familles confrériques mettent en garde contre ces déviances, les violations symboliques se poursuivent.

Voilà pourquoi ce jeune garçon, à peine sorti de la puberté, et qui comme par magie fait un “leapfrog”, grand saut pour entrer dans le monde nouveau du show-biz, met dans un seul registre et son sac mimétique et son statut de “Baye Fall”. La vraie “rectification” aurait été de demander que nos cheikhs ne soient plus mêlés à des formes d’associationnisme non religieux, véritables gangrènes sur leur dos. Cette « rectification » tardera à arriver tant le contrôle social a enfanté une société d’une très vieille démagogie. Il y a la vérité des “salons feutrés” et la vérité du consensus public avec ses profondeurs démagogiques particulièrement à la sénégalaise à plusieurs variables morales. Voilà le mal profond d’un pays qui manifeste contre des caricatures légitimement mais qui défie dans le mensonge et l’associationnisme quotidien ses cheikhs.

Au Sénégal, il y a des narratifs magico-religieux que personne n’ose questionner. Ils ont été distillés de la même manière : par le tapage et l’intimidation presque organisés tellement, ils sont réguliers. Notre pays continue d’entretenir le mythe du « doomu Soxna »Seigneur ! comme si nos braves mamans à nous qui prient avec leurs forces matinales au plus profond d’elles n’étaient pas aussi vertueuses, si dévouées, et totalement dignes de nous et pour nous … Au point que nous devons tous payer cette tare “congénitale ” par une “soumission ” à un ordre qui n’est pas celui du grand et unique maitre et juge incontestable de ses suiveurs. Pourquoi ce principe serait-il une exemption sénégalaise qui d’ailleurs ne saurait prétendre ni à la paternité berceau de l’islam ni à celle de la piété la plus sacrée de la umma ?

Cette sacrée « anomalie » aurait même traversé l’espace politique, avec en toile de fond, des logiques dépassées de castes enfouies dans les subconscients pour neutraliser des adversaires politiques. D’où le dilemme entre l’égalité et l’équité. Nous pouvons bien « manger » l’argent des «castés ». Mais nous rechignons à ce qu’ils nous dirigent au nom de nos factices positionnements sociaux d’une autre époque. Certaines castes l’ont bien compris d’ailleurs et utilisent leurs ressources pour « s’ennoblir ». Nous devrions un jour faire face à nous-mêmes et accepter de gérer ces contradictions qui ne grandissent pas notre nation.

Comment bâtir une république de “Nawlė” tout en reconnaissant nos différences héritées à notre insu ? Nous vivons au quotidien ces formes perverses de falsification historique et religieuse qui nous dispensent de nous regarder en face. Pourtant le discours de nos saints est sans équivoque sur l’urgence de retourner à Dieu et ses recommandations. Des minorités sociologiques efficaces dans la manipulation ont fini d’infiltrer tous nos espaces politiques et religieux pour dénaturer les véritables enseignements de nos respectés guides religieux qui sont au-dessus de tout soupçon matérialiste.

Nous pouvons continuer de feindre nos peurs et nos démagogies, la véritable caricature qui mérite une vraie mobilisation religieuse est de se battre contre tous ces pâles dessinateurs qui révisent et violent par caricatures et/ ou par mélodies endiablées au quotidien les enseignements exceptionnels de nos saints et guides religieux. Sous ce rapport, il nous faut exorciser toutes les caricatures et faire face à nos nous-mêmes sans honte et dans la dignité pour construire une République réconciliée avec des valeurs intrinsèques de foi et de principes émancipés.

ANKN

PHYLOGÉNIE DU MENSONGE ET DU RENIEMENT

Abdou Ndukur Kacc Ndao

La révolution générationnelle de la transition bat son plein. Le matérialisme historique et dialectique reste en principe le fondement (théologique ?) théorique du communisme. Il est vrai que les partisans de Marx ne courent plus les rues même s’il existe encore des bolchevick téméraires et tenaces. En revanche, le matérialisme mystique qui (re)inverse ou renverse doublement celui de Marx et Hegel continue d’irradier de sa superbe nos intériorités, nos invisibilités tuées par peur ou par honte. Nos consciences intérieures veulent encore les confiner dans nos psychologies des profondeurs.

Le combat ne peut être que brutal et sera destructif. Les réactions et appréciations sont bien timides. Elles sont d’une grave gravité. Les individualités secrètes sont-elles atteintes ? La psychanalyse Jungienne avait raison de noter que “La Genèse représente l’acquisition de la conscience comme la violation d’un tabou, et tout se passe, comme si, par la connaissance, l’homme avait outre-passé frauduleusement une limite sacrée. Je crois que la Genèse à raison, en ce sens que toute démarche vers une plus grande conscience est une sorte de culpabilité prométhéenne”.

Tout le monde sait pourquoi croyons-nous en Dieu sans lui faire confiance. Jung, en dépit de son passé controversé au nazi reste un penseur exceptionnel qui nous a révélé nos profondeurs cachées. Nos prêtresses du Sine, de Yoff, de Bargny, du Kassa aussi. Pour ressusciter des intériorités malades. Nous devrions mieux les valoriser en évitant de les classer dans les marges d’un savoir-faire psychanalytique capté par des universitaires ou praticiens à l’efficacité sans audace. Nous ne faisons pas confiance en Dieu. Pourquoi devrions-nous le faire pour des mortels ? Notre rapport à nous-mêmes a souvent été un rapport de duplicité de ce que, nous ne sommes pas. Il tire sa complexité et son existence au cœur de nos socialisations enfantines.

Les cellules familiales de base en sont les pépinières exportatrices et irradiantes d’une société de justifications et d’explications. En permanence. Dans toutes ses sphères, nos individualités nous deviennent étrangères. Nous nous dérobons devant l’obstacle dans le refus de faire notre révolution de maturité sociale. Trop de forces féodales nous tiennent en laisse et nous obligent à s’opposer au mouvement historique. Voilà la cause profonde du rassemblement des forces obscures du passé contre notre futur. Mais on ne remontera pas le cours de l’Histoire !

Voilà pourquoi, nous avons pris, entre Wade et Macky, pris autant d’années à disserter d’un mandat. Même lorsque le mensonge était cousu de fil blanc, nous avons convoqué les doctes rhéteurs du pouvoir et de l’opposition pour légitimer ou délégitimer nos pharisaïsmes. Lorsque le vieux a été pris en flagrance, il nous a servi son wax waxet ironique qui a mobilisé encore les débatteurs justificateurs de toutes les “escobarderies”. Et Macky nous sert ses cautèles, il nous revient encore des hâbleurs explicatifs de ses “scélératesses”. Ainsi sera la vie d’un Sénégal qui aurait pu rédiger son dictionnaire homologué sur la phylogénie des reniements et des mensonges.

Le réveil brutal de l’élite politique avec son réflexe de sauvegarde de position socialement individuelle sera brutal et définitif pour sa dernière génération décadente. Même lorsque le Président se décide à proposer un texte constitutionnel qui semble confirmer les 5 ans, les malignités prennent plumes et investissent radios et télés pour féliciter le partisan des “rosseries”. Comme s’il s’agissait d’une vérité qui doit apprendre à marcher.

Pendant ce temps, nous déléguons aux dieux et aux invisibles esprits saouls d’espiègleries politiciennes nos vrais débats de sociétés. Le problème de fonds n’est pas stricto-sensu tels ou tels responsables politiques qui nous servent depuis plus de 50 ans les mêmes couardises. Toutes proportions gardées. Mais bien d’une classe politique et d’une culture politique de “palinodies qui n’est que la pointe avancée de notre tragédie collective.

C’est parce qu’une fois élus, aux différentes « stations », nos hommes politiques se considèrent comme des démiurges. Ils essayent d’installer un rapport quasi prophétique avec leurs concitoyens. Dans une société de courtisans, de lèche-bottes, de flagorneurs à couper le souffle.
Ainsi les lumières seront abattues pour le Sénégal et dans nos accusations, nos reconnaissances définitivement terrassées.

“Matérialisme mystique” envoyé depuis Bissau qui célébrait hier la mort du Grand combattant de nos libertés, Amilcar Cabral. .

ANKN