HOMMAGE A ABOUBACKRY MBODJ : UNE SOCIETE POSTHUME

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Socio-anthropologue

Aboubackry nous a quitté. Un homme engagé. Discret et qui savait souffrir dans sa chair. On oublie souvent qu’il fut aussi avant son engagement auprès des droits humains, un brillant anthropologue qui a travaillé sur les représentations des maladies en pays sérères. Toujours présent, Mbodj savait partager et se rendre disponible pour faire face aux injustices multiformes. Sa disparition au-delà de l’émotion pose l’épineuse question des limites de l’engagement par procuration. Les vrais militants sont devenus de vraies victimes expiatoires des régimes successifs. Soit on les laisse à la merci des bailleurs qui les instrumentalisent. Soit ils finissent entre les mains de quelques personnes qui détournent la mission pour monnayer d’autres choses. Soit ce sont des gens qui payent de leur personne pour porter les causes.

Dieu sait ce qu’ils endurent dans le secret de leur conscience militante. On les voit prendre l’avion. Participer à des forums mondiaux, mais souvent on imagine mal le mal être de ces incompris militants qui payent le prix cher de leur engagement. Certains meurent dans la misère et le dénuement. Oui parce les autres ont transhumé littéralement. Laissant des gens comme lui souvent esseulé malgré les apparences. Ils font légion dans ce pays de messianisme contre productif. C’est trop injuste, mais cela met la lumière sur le sort réservé  nos “militants”. Et quand ils passent dans l’autre camp on les traite de traîtres. Pire, on est même plus intolérant vis à vis d’eux que des gens qui ont leur vie dans le camp qui règne. C’est très révoltant.

Il y a une forme d’engagement qui n’est pas récompensé. Au point que dans l’opinion populaire, entrer en politique veut dire joindre le camp du pouvoir ou s’y préparer. Et nos militants de continuer à mourir comme des chiens. Il faut qu’il meure pour que les témoignages fleurissent. C’est obscène. On a vu ces dernières semaines les appels pour évacuer Mbodji. Au moment où certains sont systématiquement et discrètement envoyés à Pitié salpêtrière en France. Au frais souvent des contribuables. Nous sommes devenus depuis très longtemps, une société posthume.

Au delà des émotions. Il y a des faits qui renseignent sur la mentalité sénégalaise. Il faut aussi admettre que presque personne d’autres ne mobilisent pour cela non plus. Y compris tous les défenseurs de grands principes. “Mort pour rien ” ?  Et cela devient une corrida sans fin.  On leur dit allez affronter les barricades. On est derrière. Oui on aime laisser les fous du village aller au combat et on s’en délecte. Ou est Sonko et tous ces gens qui avaient juré qu’ils allaient le défendre, le protéger et l’aider financièrement. Ils sont peu vraiment à respecter leurs engagements moraux. Le pays se contentera de lui octroyer une misérable et fausse distinction. L’homme de l’année pour se faire bonne conscience.

Repose en paix Mbodj. Tout comme ces milliers de militants oubliés dans les mémoires collectives alors qu’ils ont tant donné pour nos libertés individuelles et collectives. Mbodj fut simplement un homme bien. Il mérite sans doute nos hommages. Mais quand est ce qu’on va arrêter aussi de célébrer nos héros souvent dans le dénuement crasseux que quand ils nous quittent ? Une vraie société obscène.

ANKN

 

LA GUERRE EN GAMBIE : PAS EN NOTRE NOM

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Socio-anthropologue

Grand Adama Gaye, j’ai lu ton post relatif au mien sur la présence supposée de Yaya à Conackry. Je comprends que tu confirmes tes sources. J’ai aussi les miennes et je peux t’assurer amicalement, j’en ai au moins une dizaine croisées de haut niveau aussi. Je m’excuse alors auprès de toi pour avoir écrit que les tiennes sont fausses. Car je ne saurai les discréditer avec autant de désinvolture. En revanche, je continue encore de considérer que les miennes sont très crédibles. Le plus important aussi est de faire attention et c’était l’objet de ce post car tes ennemis pilulent et ils rêvent de te faire la fête. Tu auras toujours notre soutien et nos amitiés dans ce combat difficile que tu portes avec passion et patriotisme.

Tu sais que je ne suis plus sur Facebook et je préfère publier sur mes blogs pour des raisons personnelles. Le blog s’appelle Opinions ndukuristes (http://ndukur.com/category/blog-ndukuriste/). Je crois que le plus important à ce stade est que Yaya est sur ses bottes et attend fermement une intervention militaire imminente. Il gère encore la Gambie. Je disais il y’a quelques jours que des Généraux comme Badji lui sont fidèles. Pour des pactes culturels très complexes qu’il est long d’expliquer ici. On a eu hier la confirmation. Nous risquons de perdre la bataille la plus décisive. C’est celle de voir les gambiens toutes tendances confondues nous prendre pour des colons. Nous aurions tout perdu. Et cela dépendra de la compétence des gens qui entourent le Président Macky Sall sur cette épineuse question de haute portée tactique et stratégique.

Les Gambiens n’accepteront pas une invasion du Sénégal. De même que tous les démocrates sénégalais et du monde qui se sont battus et qui se battent encore pour le peuple palestinien, sahraoui et d’autres qui luttent ou ont lutté pour leur auto détermination et indépendance nationale. L’enjeu n’est pas de gagner cette guerre même si Yaya à ce stade et le responsable écrasant de toute cette instabilité et forfaiture. C’est de ne pas s’enliser dans une gestion post Yaya qui installerait nos Forces Armées Sénégalaises (FAS) au cœur de la Gambie car nous n’aurions pas d’autres choix. Nos ressources sont maigres pour qu’on s’autorise ces décisions inopportunes. Nous n’avons pas voulu faire le pari de la négociation. Le pari de la guerre nous coûtera cher. A court, moyen et long termes. Co-gérer la crise au Sud et celle post crise gambienne est trop lourd symboliquement, financièrement et militairement pour notre pays. Nos frontières avec la Gambie, c’est aussi au-delà de la basse Casamance, une partie de Tamba, de Kolda, du Saloum…Autant dire une boucle humaine où vivent en ce moment des milliers de sénégalais.

Alors réfléchissons bien à nos illusions de pouvoir et de domination. Il est vrai que le Sénégal est et a toujours été menacé par la Gambie pour des raisons liées aussi à la sécurité interne de ce pays incrusté au sein de notre pays. Les logiques coloniales sont passées par là. Il reste que la Gambie est définitivement un pays indépendant. Souverain qu’il faut traiter avec respect. Faisons le pari difficile de la paix et de la négociation. Laissons au peuple gambien le soin de résoudre sa crise politique post électorale. Créons des investissements structurants pour désengorger la partie sud du pays très dépendante de la Gambie. Nous réalisons des TER qui coûtent plus de 500 milliards de CFA. Nous sommes incapables depuis plus de 50 ans de créer des routes qui nous sortent des chantages des gouvernements gambiens, gages de notre propre sécurité nationale. La Gambie dépend de nous sur plusieurs aspects. Nous oublions de dire que nous dépendons aussi de la Gambie qui joue fort tactiquement sur ces vulnérabilités. Si le gouvernement veut faire sa guerre à la Gambie. Qu’il le fasse en son nom propre. Mais pas en notre nom. La guerre, une vraie hérésie humaine pour des pays si mal fagotés comme les nôtres.

ANKN

ADAMA GAYE : EVITER LES PIÈGES DES FORTS HOMMES DE L’OMBRE

Abdou Ndukur Kacc Ndao

J’aime beaucoup Adama Gaye, journaliste émérite. On peut ne pas partager ses vues mais il reste un fervent patriote. J’ai suivi avec une pointe de regret fautif sa publication sur la présence de Yaya à Conackry. J’avais le profond sentiment que cette information n’était pas crédible. Au fil de mes investigations croisées, il est apparu en effet que c’est un canular. Adama est un journaliste professionnel qui sait ce que signifie recouper une information.

Mais il a sans doute sous estimé le contexte actuel marqué à la fois par une guerre de désinformation entre la Gambie et le Sénégal, mais aussi par la guéguerre légitime qu’il mène contre Bolloré et tout ce système financier très puissant. Il peut s’agir d un piège qu’un service spécial chevronné lui a tendu pour le discréditer. Adama a de grands et puissants ennemis qui font partie des meilleurs dans tous les domaines de la désinformation et de la manipulation. Et un des meilleurs journalistes qu’il est peut toujours tomber dans les filets d’une manipulation par des professionnels aguéris et rompus à la tâche.

Alors encourageons et soutenons Adama dans son travail difficile et plein d’épines. Cet impaire ne saurait constituer un discrédit sur ses qualités morales et professionnelles. Juste qu’un homme peut se tromper. Il s’est trompé mais nous le soutenons plus que jamais dans ses objectifs d’éveil et de défense des intérêts de notre pays. Alors Adama, la prochaine fois, fais attention !!!

Nos amitiés renouvelées

ANKN

 

RAPPORT DE TIMBUKTU SUR LA RADICALISATION. LES PIÈGES MÉTHODOLOGIQUES DES SCIENCES SOCIALES ($)

($) : Ces remarques ont aussi une portée générale qui dépassent l’étude stricto sensu de Bakary et de son équipe.

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Il faut féliciter Dr Bakary Sambe pour son investissement personnel scientifique dans l’éclairage des phénomènes religieux en général et en particulier les processus de radicalisation, d’extrémisme religieux. Notre contexte géopolitique exige ce genre d’études croisées produites aussi par nos visions intellectuelles internes. Sur ce plan, Bakary mérite notre attention et notre respect. Son étude intitulée « Facteurs de radicalisation. Perception du terrorisme chez les jeunes dans la grande banlieue de Dakar (octobre 2016) soulève plusieurs interrogations partagées au sein de l’opinion publique et de la communauté universitaire. Nous ne pouvons poursuivre un discrédit généralisé de nos chercheurs sous prétexte d’un désaccord des conclusions issues de leurs recherches. En revanche, les productions de cette nature sont une occasion de débattre de méthodes, méthodologies, de résultats, etc. Cela dit reprenons ce qui constitue à mes yeux les limites de cette étude.

DES DÉLAIS DE « CONSULTANTS »

25 enquêteurs pour couvrir la banlieue pendant une semaine. Voila le premier piège auquel les « chercheurs » versus « consultants » sont souvent confrontes. C’est une logique propre aux commanditaires privés qui astreignent dans des limites temporelles qui discréditent les études. Il est vrai que le fil est tenu entre ces deux postures. Mais il faut affirmer avec force qu’en une semaine pour capter les complexités propres aux perceptions relève d’une vraie gageure. Malheureusement, nos études font de plus en plus les frais de ces contraintes de temps qui ne tiennent pas compte de la nature complexe des études de perceptions. Le niveau de licence des enquêteurs n’est pas en soi une condition de fiabilité et de crédibilité des données collectées. Ces enquêtes exigent des compétences particulières, un vécu interactif établi que nous ne trouvons pas nécessairement voire souvent chez des étudiants en licence. L’expérience locale prouve d’ailleurs que les meilleurs enquêteurs en sciences sociales sont les vrais professionnels que nous retrouvons auprès de l’ANSD et qui ne sont pas forcément des diplômés de l’enseignement supérieur. Je crois que les chercheurs doivent se battre contre ces délais superficiels qui les mettent sous pressions et conditions alors qu’ils ont besoin d’un temps minimal pour travailler en profondeur.

QUIPROQUO CONCEPTUEL

Le second piège que je décèle dans l’étude de Bakary est relatif à la formulation du sujet. Il est bien indiqué qu’il s’agit d’une étude de perception. Sans fétichisme méthodologique particulier, on peut se demander s’il existe une cohérence méthodologique entre cette formulation et les outils dits CAP utilisés durant cette étude. Si Bakary et son équipe avaient enlevé le concept de perception, nous aurions pu reconsidérer nos critiques sur les aspects méthodologiques. Les enquêtes CAP sont sans doute de puissants instruments pour saisir les comportements, attitudes et pratiques des acteurs. Je ne suis pas sur en revanche qu’ils puissent capter plus spécifiquement les perceptions.

PERCEPTIONS VERSUS STATISTIQUE

Le troisième piège qui est structurel a mon avis dans cette étude est relatif à l’usage inconsidéré de statistiques sans que nous ne percevions ce qui relève des contenus qualitatifs. Ce piège est très lié au premier car les bailleurs sont encore convaincus que la compréhension des phénomènes se fait à grand renforts de productions statistiques avec ces graphiques, ces dendrogrammes ces tableaux croisés, ces résultats cartographiés. On voit mal comment justifier méthodologiquement une approche par les conceptions à partir des critères d’échantillonnage statistique sur 400 enquêtés ramenés finalement à 300 pour des raisons expliquées dans le rapport. Il est vrai que toute enquête de nature sociale ou statistique s’appuie sur des enquêtes aux profils divers. Mais on ne peut prendre les approches statistiques pour celles qualitatives. On voit bien d’ailleurs que le justificatif des critères qualitatifs reste très faiblement documenté dans les préalables méthodologiques. Une note méthodologique circonstanciée sur ces chiffres et leurs fondements aurait permis de lever ces équivoques de représentativité qui ne sont pas à mon avis l’objet d’une étude de perception. A moins que nous ayons une perception différente de cette notion.

ANALYSE QUALITATIVE ET PRODUCTION DE SENS

Le quatrième piège décelable qui est transversal à plusieurs études réalisées concerne le non respect du statut épistémologique des sciences dites sociales. Beaucoup de chercheurs ne font pas la différence entre productions statistiques et production de sens. L’entrée par les sciences sociales est une entrée de production de sens à partir de corpus contradictoires, de profils particulièrement diversifiés. Sa base méthodologique ne peut pas être cette logique statistique qui subsume la complexité des faits sociaux sous des graphiques tout aussi caricaturales que désincarnées. Je comprends l’utilité des chiffres qui sont aussi un instrument de stratégie communicationnelle. J’observe aussi que le chiffre est un autre instrument de manipulation pour fonder des hypothèses. A mon avis, le chercheur doit bien définir le cadre conceptuel qui organise son approche en évitant les confusions de genre issues souvent de commandes privées peu scrupuleuses de la qualité de la démarche si ce n’est juste la mise ne exergue d’un résultat attendu. Ce risque est aujourd’hui le talon d’Achille de la recherche et qui a fini de discréditer une bonne partie des chercheurs utilisés comme des « négriers ».

COMPLEXITÉ DES MÉTHODES EN SCIENCES SOCIALES

Les méthodes des sciences sociales ont beaucoup évolué ces trente dernières années. Ceux qui l’ont toujours confiné dans des spéculations métaphysiques découvrent au quotidien les immenses progrès réalisés pour conforter son statut épistémologique. A la faveur notamment de l’informatique, de la statistique, des théories issues des sciences sociales, les méthodes en sciences sociales ont élargi leur horizon et ont consolidé leurs bases explicatives et compréhensives. L’informatique a permis d’aller au delà des corpus textuels d’intégrer des données non textuelles (photographies, vidéo, audio, internet, réseaux sociaux). L’étude de Bakary est encore restée dans ce spectre très réduit d’une analyse qualitative c’est vrai contestable fondé sur les textes. Les enjeux de cette étude exigent à mon avis d’aller au delà de simples questionnaires ou guides d’entretiens en élargissant le spectre de productions de sens en se fondant sur les nouveaux outils.

Les statistiques sont aujourd’hui utilisées dans l’analyse des perceptions mais juste comme instrument d’analyse et d’interprétations des données qualitatives. C’est ainsi que de plus en plus les tests et coefficients statistiques (Pearson, Jaccard, Sorenson, etc.) sont même intégrés dans des applications informatiques pour analyser et interpréter les données qualitatives. Il ne s’agit pas d’une sophistication informatique mais bien de l’usage multiforme d’autres apports disciplinaires.

De même dans les applications informatiques sont intégrés systématiquement des modules de théories des sciences sociales tels que les théories des graphes, des liens sans compter des modules de psychologie sociale, de dynamiques de groupe capables de renforcer la complexité des analyses et interprétations. Il est vrai que tout ceci n’est qu’instrument au service des sciences sociales mais la posture essentielle est que c’est le chercheur avec son cadre d’analyse conceptuel approprié qui fixe les règles du jeu. Nous voulons faire de l’analyse qualitative en étant encore frileux aux nouvelles opportunités qu’offrent la science et la technologie. Cette observation va au delà de Bakary qui a un intérêt particulier à systématiser dans ses travaux ces approches intéressantes. Même nos universités sont encore restées très réfractaires aux nouvelles évolutions des méthodes de l’analyse qualitative même s’il existe quelques ilots de résistance.

En conclusion, je crois que Bakary en postulant un cadre conceptuel autour de la notion de perception et en structurant sa collecte autour de données statistiques a renversé et a substitué son approche méthodologique. C’est un piège permanent dans un contexte ou les commandes privées sont insensibles aux approches qualitatives documentées. Sans jeter totalement les résultats de cette étude qui sont une base de travail intéressante qu’il faut lire au second degré aussi, il me parait utile que Bakary et son équipe se penchent sur une étude complémentaire qualitative plus centrée sur la production de sens que sur des statistiques souvent si contestables.

ANKN

 

EXPLOITATION MINIERE : ENTRE INTRUSIONS MINIERES, BOMBE ECOLOGIQUE ET DILAPIDATION

Abdou Ndukur Kacc NDAO

Socio-anthropologue

I – EXPLOITATION MINIERE OU LES LIMITES CONFLICTUELLES DANS LA DELIMITATION DES TRACES

Nous abordons dans cette partie consacrée aux multinationales minières d’une part, l’épineuse question des délimitations des permis miniers et d’autre part, des désastres écologiques prévisibles dans un court, moyen et terme termes. Une des illustrations les plus pertinentes des conflits relatifs à la précision des délimitations des permis peut être trouvée avec le cas de la société minière Mako. Mako est aussi l’illustration des failles de notre système administratif et des concurrences fortes qui peuvent les opposer sur des enjeux aussi vitaux que l’exploitation minière.

En effet une structure minière s’est retrouvée avec ses travaux d’extension à l’intérieur des limites du Parc Niokolo Koba classé patrimoine de l’UNESCO et MAB (Réserve de la Biosphère). Pourtant, il existe le décret 2002-271 du 7 mars 2002 portant actualisation des limites du parc et sa périphérie matérialisées par les bornes vers Tambanoumouya. Manifestement les délimitations de ces tracés ne sont pas très claires car Mako se retrouvera dans l’enceinte du parc. Lorsqu’on vérifie les coordonnées du point G et on se demande pourquoi la limite du parc au niveau du minerai subit cette courbature. Car logiquement, le trace devait faire Badon – Tambanoumouya (voir carte jointe). Toujours est il que muni de leur autorisation du 4 juin 2010 No 00536/MMITPME/DMG de la Direction des Mines et de la Géologie, 11 agents de la firme dont des Sénégalais, Maliens, Canadiens aux motifs de délits de défrichage , séjour et circulation illégaux et exploitation minière dans un parc national, ont été mis aux arrêts.

En fait la DNP avait estimé que cette autorisation était illégale alors qu’elle a été dument délivrée par un autre démembrement de l’administration, c’est-à-dire la DMG. Un arrangement finira par être trouvé entre la structure minière et la DPN et de nouvelles coordonnées tracées. En réalité, la délimitation du parc et notamment dans sa partie orientale a toujours posé problème. Depuis sa création en 1954 et son extension, on a pu noter plusieurs conflits, ressentiments entre les différents acteurs du parc (populations locales, opérateurs privés, services administratifs). Nous sommes ici en face d’un imbiglio qui oppose deux secteurs clefs de notre administration.

Il est important d’abord de noter que le litige ne concerne pas toutes les limites orientales du Parc national du Niokolo-koba » mais uniquement sur sa partie qui va de la route nationale 2 au fleuve Gambie. Plus précisément au niveau des localités proches, de Badon à Tambanoumouya dans l’enclave représentée par le secteur des collines du Goléakouko. La question à trancher est de savoir si la limite du PNNK passe à l’Est (version de la DPNS) ou à l’Ouest (version de la DMG) de ce relief ? Ce qui est sur c’est que la zone concédée à la société KANSALA RESOURCES S.A. – BAMBUK MINERALS ne se limitait pas à la seule enclave du Goléakouko. Elle allait bien au-delà, sur des zones avec des délimitations et géo référencements et bornage incontestables. Voila à ce stade ce qui permet d’affirmer que cette zone de Goleakouko est bien dans la parc cet sans aucun doute au minimum dans la zone tampon telle que définie par l’article 3 du décret de 2002.

Quelles sont les conséquences de ces conflits inter-administrations sur le parc ? Quelles sont les conséquences écologiques prévisibles ? Sommes nous prémunis et préparés à gérer le départ de ces sociétés minières et les ouvrages qu’elles nous laissent ? Autant de questions qui seront abordées dans la seconde partie.

https://drive.google.com/…/0B4WQavBocPJXQXFGVnVPcVRvV…/view…

II – EXPLOITATION MINIERE : BOMBE ECOLOGIQUE

Nous parlions des intrusions minières dans un secteur aussi sensible que le Parc de Niokolo Koba. Il est vrai que les délimitions sont sujettes à caution. Quelque soit finalement l’option du tracé retenu, une société minière est au moins dans la zone – tampon distante de 1 km. Un parc y est établi avec sa biodiversité, un fleuve le traverse et constitue le poumon vital de toute cette vie sauvage. Comment pouvons nous être si légers dans la délimitation d’un parc aussi sensible face aux intrusions des miniers ? Comment une administration qui se respecte peut-elle délivrer une autorisation même dans les limites d’un parc à des miniers sans tenir compte des avis circonstanciés des autres organes de l’administration impliqués dans le processus de surveillance des parcs ? Il se joue toujours des compétitions en sourdine entre départements de l’administration pour capter des ressources sans souvent tenir compte des conséquences des autorisations.

Délivrer un permis d’exploiter minier dans ces tracés du parc est un scandale et relève de complicités inacceptables. Si nous ne faisons pas attention, il existe un risque évident de mort programmée du PNNK. Pétowal n’est pas le lieu indiqué pour ouvrir une mine. Une mine à Pétowal sera au PNNK ce qu’est une plaie à un diabétique. Cette plaie finira un jour ou l’autre par transformer le diabétique en handicapé. Il est quand même aberrant que des populations autochtones soient déguerpies du PNNK (1974 – on se rappelle avec Mady Cissokho) sous le prétexte de la Conservation et de la Protection des Ressources Naturelles (Vision du Président Leopold Sedar Senghor) et quelques années plus tard une Compagnie étrangère (Torogold) soit autorisée à mener des activités plus agressives que celles des populations autochtones sur les Ressources Naturelles du PNNK.

Pourtant, tout le monde sait que les mines sont extrêmement dangereuses pour des parcs ou évolue une complexe biodiversité sans compter la vie animale qui s’y déroule. A travers le monde, les accidents miniers font légion et nous ne sommes pas à l’abri techniquement. L’exemple du Canada il y’a quelques années est assez illustratif de ces risques graves avec la mine Mount Polley en 2014. Ce qui est intéressant et inquiétant aussi, c’est que cette mine présente les mêmes caractéristiques que celle que Mako est entrain d’installer avec une proximité fluviale qui augmente les risques (voir photo en illustration).

Aujourd’hui Mako dans cette zone est en phase développement. La compagnie. Torogold va construire toutes les infrastructures qui accompagnent l’exploitation. L’usine de traitement, village du personnel (accommodation camp), barrage de retenue d’eau, barrage des déchets miniers. ROM PAD (Run Of Mine PAD), plate forme pour accueillir le Raw Material, routes, centrales électriques, etc. Autant dire une lourde logistique qui va perturber inexorablement la quiétude du parc. Le plus gros danger que l’administration doit surveiller concerne la construction du barrage des déchets miniers avec un risque qu’il cède même si c’est dans un siècle. On peut imaginer tous ces déchets qui vont infecter les nappes et qui vont polluer le fleuve Gambie situé dans une zone de forte pression. On pourra dire sans doute adieu au parc et à ses pensionnaires. Sans compter les pompages d’eau du fleuve pour satisfaire la forte demande qu’exige une exploitation minière. Dans ce cadre, selon nos informations, les autorisations sont entrain d’être cherchées par la multinationale.

D’ailleurs, il faut rappeler que ce genre d’incidents s’est produit une fois à Sabodala et caché aux services compétents de notre Etat en 2009. Aucun organe de contrôle de l’Etat n’était au courant donc incapable de sanctionner cette société qui va nous laisser un héritage flou et complexe en matière d’impacts négatifs sur l’environnement. Le cyanure utilisé dans le processus d’extraction de l’or présente des dangers énormes pour la faune et la flore et la DEEC n’a aucun moyen technique comme humain pour procéder à un contrôle exhaustif des opérations. Dans toutes les autres zones d’exploitation, nous ne sommes pas l’abri de ces graves accidents avec son passif écologique désastreux. Nous sommes, il faut le dire face à une vraie bombe écologique qui doit mobiliser le peuple sénégalais pour exiger plus de transparence et de sécurité.

Il est vrai que le Code minier encadre les conditions dans lesquelles les miniers doivent exploiter y compris les garanties de réhabilitation des mines à l’état final. Sans compter les différents instruments les normes de performance et d’évaluation des risques et des impacts environnementaux. Des enjeux importants y sont abordés tels que notamment les main-d’œuvre et conditions de travail, l’utilisation rationnelle des ressources et prévention de la pollution, la santé, sécurité et sûreté des communautés, l’acquisition de terres et réinstallation involontaire, la conservation de la biodiversité et gestion durable des ressources naturelles vivantes, les peuples autochtones, le patrimoine culturel. Malheureusement, l’expérience notamment en terre africaine montre que les miniers sont les premiers à violer les dispositions des codes et nous laissent des désastres écologiques insoupçonnés.

En réalité, les sociétés minières fidèles aux logiques d’un capitalisme féroce et meurtrier gagnent beaucoup d’argent avec notre or. Nous reviendrons avec un autre poste sur les sommes faramineuses qu’elles empochent ou les entreloupes avec les exonérations et autres joint ventures qui leur permettent d’empocher toujours de l’argent, encore de l’argent. Sous la barbe de nos trésors publics….

https://drive.google.com/…/0B4WQavBocPJXSEZ0N0daTkNzT…/view…

III – LES MINES, UN JOB EN OR

Dans cette troisième partie, nous parlerons de ce job en or qui pose de sérieuses questions sur la posture de nos États face aux lobbies miniers. Ces sociétés minières sont pour l’essentiel côtées en bourses. Il est par conséquent possible de retracer sous certains rapports des éléments de leurs comptes financiers.

Prenons l’exemple de Teranga Gold qui est en phase d’exploitation et qui est détenteur du permis de Sabodala, un lieu orifère mythique dans les imaginaires des ouest africains. On sait aujourd’hui que le prix l’once d’or mentionné dans leur site à cause de leur cotation en bourse équivaut à 31,104 grammes. Il est de 1266,21 USD à la date d’aujourd’hui. En divisant par 31,104, le gramme coûte 40,70 USD soit 24 578,34 CFA.

A titre illustratif, prenons l’exemple de Teranga Gold et regardons juste à la date du 11 juin 2009, les levées d’or. Rappelons que ces levées sont théoriquement encadrées et sont effectuées sous le contrôle d’agents de l’administration. Rappelons aussi que Abdoulaye Wade a inauguré officiellement cette mine le 3 juin 2009. A partir du 9 juin soit 6 jours plus tard, le procès verbal de levée d’or No 2009/008 du 11/06/2009 indiquent les informations suivantes.

– No Barre /Lingot SGO077, poids net en gramme : 27.231,6. Poids bruts : 28.710.8. Nos scellé respectifs 156653 et 156554.

– No Barre /Lingot SGO078, poids net en gramme : 16.916.4 Poids bruts : 18.510.1. Nos scellé respectifs : 156555 et 156556.
– No Barre /Lingot SGO079, poids net en gramme : 14.404.0. Poids bruts : 16.049.1. Nos scellé respectifs 156657 et 156558

Jusqu’au No Barre /Lingot SGO092, les levées d’or indiquent un poids total de 314.384 de poids nets en grammes et 340.119 de poids bruts en gramme. Ce qui globalement au regard des cours du dollar à cette époque représente un montant global de 8.734.961,49 USD. Soit 5 273 469 474,85 FCFA. En réalité, à la date du 11 juin, Teranga Gold etait à son 92 eme lingot. Elle avait déjà commencé à produire avant l’inauguration.

A titre comparatif, l’inspection Générale d’Etat (IGE, 2014 ) dans son rapport public sur la gouvernance et la réédition des comptes notait qu’en 15 ans d’exploitation minière, l’Etat n’a gagné que 15 milliards 600 millions de FCFA. En un voyage et pour une seule compagnie, Teranga a vendu son or à
5 273 469 474,85 XOF. On peut imaginer et on y reviendra plus tard depuis 2009, que gagne cette multinationale sur le dos de notre pays. Que vont gagner les autres multinationales qui vont commencer l’exploitation.

Qui fait mieux ? Les mines d’or, un good job !!!

Photo : Abdoulaye Wade à l’inauguration de la mine e Sabodola avec Teranga Gold en Juin 2009. Kédougou, Sénégal

ANKN

POUR UNE RÉPUBLIQUE DES “NAWLE” (ÉGAUX)

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Janvier 2016 tirait sa révérence quand avant de mourir de sa belle mort, il nous léguait l’histoire douloureuse des sacs de Seck Waly. Le jeune Waly sort avec un sac et notre vieille république tremble dans un brouhaha de honte et d’invectives. Les branchés et fans du jeune artiste seront pourchassés et agressés comme de vulgaires homosexuels pour une société pourtant naguère tolérante voire complice de ces désorientations sexuelles hors normes admises. Il est vrai que, toutes proportions gardées. Nous sommes ainsi en pleine apothéose du désespoir …certains Sénégalais font feu de tout bois et se nourrissent de ce buzz.

Fin janvier, c’est aussi le grand péché de la caricature du Cheikh du mouridisme par Jeune Afrique. La mobilisation s’amplifia crescendo pour dénoncer des lobbies homosexuels derrière cette énième attaque contre l’islam et ses Cheikhs. D’ailleurs, le rectificatif de JA est juste subtile car, à y regarder de près, la caricature remplaçante n’a fait que conceptualiser une image proche d’un imam. Sans doute cette nouvelle caricature a-t-elle échappé à plusieurs observateurs, la caricature étant un métier d’une redoutable et renversante subtilité. Tous les imams du monde devraient d’ailleurs battre le macadam dans toutes les villes pour se plaindre de la caricature de substitution. N’empêche, le plus important aussi est de lire la façon dont les adeptes du Cheikh ont perçu dans leur intériorité cette caricature satanique.

Cette caricature donne l’occasion de parler de nous-mêmes et de notre rapport à nos saints. En vérité, la véritable caricature originelle, dans ce Sénégal, c’est d’avoir fait de nos grands marabouts soufis des “icônes” qui sont associées à tout et très peu à l’essentiel …Nous louons leurs louanges sous les tentes et dans les cabarets aux lumières tamisées. Nous jurons en mentant souvent en leur nom. Nous les associons à toutes sortes de paganisme et de folklore. Et presque jamais, personne ne pipe mot ou très timidement ! Même lorsque les familles confrériques mettent en garde contre ces déviances, les violations symboliques se poursuivent.

Voilà pourquoi ce jeune garçon, à peine sorti de la puberté, et qui comme par magie fait un “leapfrog”, grand saut pour entrer dans le monde nouveau du show-biz, met dans un seul registre et son sac mimétique et son statut de “Baye Fall”. La vraie “rectification” aurait été de demander que nos cheikhs ne soient plus mêlés à des formes d’associationnisme non religieux, véritables gangrènes sur leur dos. Cette « rectification » tardera à arriver tant le contrôle social a enfanté une société d’une très vieille démagogie. Il y a la vérité des “salons feutrés” et la vérité du consensus public avec ses profondeurs démagogiques particulièrement à la sénégalaise à plusieurs variables morales. Voilà le mal profond d’un pays qui manifeste contre des caricatures légitimement mais qui défie dans le mensonge et l’associationnisme quotidien ses cheikhs.

Au Sénégal, il y a des narratifs magico-religieux que personne n’ose questionner. Ils ont été distillés de la même manière : par le tapage et l’intimidation presque organisés tellement, ils sont réguliers. Notre pays continue d’entretenir le mythe du « doomu Soxna »Seigneur ! comme si nos braves mamans à nous qui prient avec leurs forces matinales au plus profond d’elles n’étaient pas aussi vertueuses, si dévouées, et totalement dignes de nous et pour nous … Au point que nous devons tous payer cette tare “congénitale ” par une “soumission ” à un ordre qui n’est pas celui du grand et unique maitre et juge incontestable de ses suiveurs. Pourquoi ce principe serait-il une exemption sénégalaise qui d’ailleurs ne saurait prétendre ni à la paternité berceau de l’islam ni à celle de la piété la plus sacrée de la umma ?

Cette sacrée « anomalie » aurait même traversé l’espace politique, avec en toile de fond, des logiques dépassées de castes enfouies dans les subconscients pour neutraliser des adversaires politiques. D’où le dilemme entre l’égalité et l’équité. Nous pouvons bien « manger » l’argent des «castés ». Mais nous rechignons à ce qu’ils nous dirigent au nom de nos factices positionnements sociaux d’une autre époque. Certaines castes l’ont bien compris d’ailleurs et utilisent leurs ressources pour « s’ennoblir ». Nous devrions un jour faire face à nous-mêmes et accepter de gérer ces contradictions qui ne grandissent pas notre nation.

Comment bâtir une république de “Nawlė” tout en reconnaissant nos différences héritées à notre insu ? Nous vivons au quotidien ces formes perverses de falsification historique et religieuse qui nous dispensent de nous regarder en face. Pourtant le discours de nos saints est sans équivoque sur l’urgence de retourner à Dieu et ses recommandations. Des minorités sociologiques efficaces dans la manipulation ont fini d’infiltrer tous nos espaces politiques et religieux pour dénaturer les véritables enseignements de nos respectés guides religieux qui sont au-dessus de tout soupçon matérialiste.

Nous pouvons continuer de feindre nos peurs et nos démagogies, la véritable caricature qui mérite une vraie mobilisation religieuse est de se battre contre tous ces pâles dessinateurs qui révisent et violent par caricatures et/ ou par mélodies endiablées au quotidien les enseignements exceptionnels de nos saints et guides religieux. Sous ce rapport, il nous faut exorciser toutes les caricatures et faire face à nos nous-mêmes sans honte et dans la dignité pour construire une République réconciliée avec des valeurs intrinsèques de foi et de principes émancipés.

ANKN

PHYLOGÉNIE DU MENSONGE ET DU RENIEMENT

Abdou Ndukur Kacc Ndao

La révolution générationnelle de la transition bat son plein. Le matérialisme historique et dialectique reste en principe le fondement (théologique ?) théorique du communisme. Il est vrai que les partisans de Marx ne courent plus les rues même s’il existe encore des bolchevick téméraires et tenaces. En revanche, le matérialisme mystique qui (re)inverse ou renverse doublement celui de Marx et Hegel continue d’irradier de sa superbe nos intériorités, nos invisibilités tuées par peur ou par honte. Nos consciences intérieures veulent encore les confiner dans nos psychologies des profondeurs.

Le combat ne peut être que brutal et sera destructif. Les réactions et appréciations sont bien timides. Elles sont d’une grave gravité. Les individualités secrètes sont-elles atteintes ? La psychanalyse Jungienne avait raison de noter que “La Genèse représente l’acquisition de la conscience comme la violation d’un tabou, et tout se passe, comme si, par la connaissance, l’homme avait outre-passé frauduleusement une limite sacrée. Je crois que la Genèse à raison, en ce sens que toute démarche vers une plus grande conscience est une sorte de culpabilité prométhéenne”.

Tout le monde sait pourquoi croyons-nous en Dieu sans lui faire confiance. Jung, en dépit de son passé controversé au nazi reste un penseur exceptionnel qui nous a révélé nos profondeurs cachées. Nos prêtresses du Sine, de Yoff, de Bargny, du Kassa aussi. Pour ressusciter des intériorités malades. Nous devrions mieux les valoriser en évitant de les classer dans les marges d’un savoir-faire psychanalytique capté par des universitaires ou praticiens à l’efficacité sans audace. Nous ne faisons pas confiance en Dieu. Pourquoi devrions-nous le faire pour des mortels ? Notre rapport à nous-mêmes a souvent été un rapport de duplicité de ce que, nous ne sommes pas. Il tire sa complexité et son existence au cœur de nos socialisations enfantines.

Les cellules familiales de base en sont les pépinières exportatrices et irradiantes d’une société de justifications et d’explications. En permanence. Dans toutes ses sphères, nos individualités nous deviennent étrangères. Nous nous dérobons devant l’obstacle dans le refus de faire notre révolution de maturité sociale. Trop de forces féodales nous tiennent en laisse et nous obligent à s’opposer au mouvement historique. Voilà la cause profonde du rassemblement des forces obscures du passé contre notre futur. Mais on ne remontera pas le cours de l’Histoire !

Voilà pourquoi, nous avons pris, entre Wade et Macky, pris autant d’années à disserter d’un mandat. Même lorsque le mensonge était cousu de fil blanc, nous avons convoqué les doctes rhéteurs du pouvoir et de l’opposition pour légitimer ou délégitimer nos pharisaïsmes. Lorsque le vieux a été pris en flagrance, il nous a servi son wax waxet ironique qui a mobilisé encore les débatteurs justificateurs de toutes les “escobarderies”. Et Macky nous sert ses cautèles, il nous revient encore des hâbleurs explicatifs de ses “scélératesses”. Ainsi sera la vie d’un Sénégal qui aurait pu rédiger son dictionnaire homologué sur la phylogénie des reniements et des mensonges.

Le réveil brutal de l’élite politique avec son réflexe de sauvegarde de position socialement individuelle sera brutal et définitif pour sa dernière génération décadente. Même lorsque le Président se décide à proposer un texte constitutionnel qui semble confirmer les 5 ans, les malignités prennent plumes et investissent radios et télés pour féliciter le partisan des “rosseries”. Comme s’il s’agissait d’une vérité qui doit apprendre à marcher.

Pendant ce temps, nous déléguons aux dieux et aux invisibles esprits saouls d’espiègleries politiciennes nos vrais débats de sociétés. Le problème de fonds n’est pas stricto-sensu tels ou tels responsables politiques qui nous servent depuis plus de 50 ans les mêmes couardises. Toutes proportions gardées. Mais bien d’une classe politique et d’une culture politique de “palinodies qui n’est que la pointe avancée de notre tragédie collective.

C’est parce qu’une fois élus, aux différentes « stations », nos hommes politiques se considèrent comme des démiurges. Ils essayent d’installer un rapport quasi prophétique avec leurs concitoyens. Dans une société de courtisans, de lèche-bottes, de flagorneurs à couper le souffle.
Ainsi les lumières seront abattues pour le Sénégal et dans nos accusations, nos reconnaissances définitivement terrassées.

“Matérialisme mystique” envoyé depuis Bissau qui célébrait hier la mort du Grand combattant de nos libertés, Amilcar Cabral. .

ANKN

LA RÉPUBLIQUE DES DÉMIURGES ET DES RÉFUGIÉS SOCIAUX

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Abdou.Ndao@ndukur.com

Notre république, c’est connu est un véritable souk discriminatoire. Le peuple sénégalais, dans une complicité synchronisée, continue de détourner un regard sélectivement manichéen. Il se délecte de voir Karim Wade en prison en justifiant son statut carcéral bruyamment. Il ne pipe presque mot de celui d’un Bethio Thioune le plus officiellement accusé de meurtre, libre comme l’air. Pourtant la DIC, cette relique wadienne qu’il faut réformer – au-délà de ses autres fonctions de protection territoriale – est si prompte à cueillir des opposants d’opinions aux heures glaciales et matinales. Une psychologie jouissive de l’humiliation d’un instrument politique aux mains de politiques oublieurs des principes de démocratie et d’équité républicaine.

Qu’est ce qui nous est tombé sur la tête pour mériter ces forfaitures ? C’est parce que les sénégalais aiment les “démiurges”. Il suffit d’analyser, pour mieux répondre à cette question, la fascination qu’exercent ces nouveaux cercles quasi prophetiques (Bethio, Kara, les Moutarchidines de Serigne Moustapha) sur cette large frange de réfugiés sociaux.

Ces démiurges sont baroques à souhait. Ils sont a usages multiples. Ils vendent aux réfugiés et reclus sociaux les rêves ou les illusions que les politiciens ont volé aux jeunes. Ils servent de faire valoir aux politiques pour justifier les bourrages des urnes et pour légitimer la décision dite divine qui nomment les “mborow rew” (président de la république). Ils se sentent démiurges face à une république de démissionnaires hors des sentiers d’équité et de responsabilité républicaines. Ils peuvent exhiber des milliers de pilons pour menacer d’autres milliers de sénégalais en présence du premier magistrat du pays. Ils peuvent défiler à l’effigie des grades militaires les plus solonnels et sacrés d’une armée nationale qui dévie le regard. L’honneur est sauf.

Pourtant, il suffit que Omar Sarr, des responsables d’un PDS tout aussi arrogant durant son apogée, ou des journalistes commentent les propos d’un Lamine Diack décevant et déchu, pour que le Procureur de la république, sous les liens de la détention ministérielle et présidentielle, se réveille d’un coma sélectif. Pourquoi devons nous respecter cette république de démiurges qui peuvent s’autoriser toutes les permissivités. Au nom du parti. Au nom de la confrérie.

Ce pays va à la dérive. Parce qu’au nom du parti et de la confrérie, des franges importantes sont hors de la légalité. Des cercles importants du parti et de la confrérie sont convaincus d’être au-dessus d’un patrimoine national commun protecteur de la stabilité et de la sécurité de notre jeune nation. Au nom d’un obscurantisme religieux sans fondement, des cercles entiers d’une république de reclus et de réfugiés sociaux sont en quête d’absolu. Manipulables à souhait. Et si le général officieux décidait de prendre la place de notre Général ? Et si le porteur en chef des pilons décidait d’attaquer notre Général ?

Face à ces dérives, seul un long processus d’éveil des consciences pourrait nous sortir d’une impasse qui risque de nous mener vers l’enfer terrestre. De tous points de vue que nous scrutons Ndumbelaan, on se demande avec anxiété qui finira par diriger cette “république ” ? Leuk-le-lièvre ou bouki -l’hyène ? En attendant, les démiurges dans une insolence caractéristique des vainqueurs, continuent de narguer une république couchée. C’est pourquoi, aussi paradoxale que cela puisse être, nous avons besoin de CRISE, seule issue pour nous regarder enfin dans un miroir hypocritement brisé. Nous avons besoin de cette crise pour mettre un coup de pied dans la fourmilière. L’homo senegalensis a besoin de cette crise véritable qui est catalysatrice de renouveau et de refondation nationale. La stabilité est un atout. L’instabilité ou la crise aussi. Cette république a besoin d’être “détruite” pour être refondée sur des bases profondes porteuses de renouveau vertueux et d’équité républicaine.

Car, beaucoup de ces réfugiés et reclus sociaux prennent des vessies pour des lanternes. Face à l’incurie de tous ces charlatans et policards, ils finiront inéluctablement par se réveiller, tenaillés par le chômage et la désillusion. Ce momentum va arriver. La question est de savoir, s’il est possible de canaliser ces “indignés ” vers une voie alternative qui sera faite de travail, de vérité, de justice et de patriotisme réel. Le gros problème de ce pays est de le mettre au travail et d’amener les gens à réaliser que les raccourcis relèvent d’un ordre ancien. Les baye fall parlent de “Niax jeriñu”. Voilà qui suffirait de programme si on en saisit toutes les implications de gouvernance vertueuse. Car dans notre pays, la notion de sacerdoce à disparu du champ lexical, depuis belle lurette.

Nous sommes en pleine “tragédie des communaux” donnant connaissance à ces formes d’accaparements collectifs. Ce qui est dramatique, parce ce sont des stratégies perdant-perdant. Le pays recule, les “forces” se neutralisent en usant de formes de compromission perpétuelle (transhumance, chantage, reniement, délation…). Et les victimes sont les “militant(e)s” et les “talibés” toujours à la recherche de sponsors pour entretenir qui la marmite, qui l’espoir. Qui pour échapper au “lynchage” ou bénéficier des “faveurs”, qui pour ceux ou celles qui pour l’instant tiennent le bâton et la carotte. Qu’ils se nomment Faye, Sall, Wade ou Diouf ne change rien aux jeux des acteurs de la tragédie. De temps en temps une “affaire” vient faire diversion et permet aussi aux “initiés” de resserrer les lignes et de réitérer les engagements de “fidélité ” au pacte de sangsues, car ils n’ont pour dessein que la prédation du pays et le statut quo.

Pouvons nous continuer à détourner le regard ?

Photo : Matar Ndour, 2015. Séance de danses à Kabrousse, Basse Casamance, Sénégal

ANKN

LES PARANGONS DE LA REFONDATION NATIONALE

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Abdou.Ndao@ndukur.com

Janvier est là. Tout comme lundi. Certains se réveilleront avec une gueule de bois digne des partisans véritables de Bacchus. Les festivités furent longues. Premier lundi d’un janvier. Une occasion de réfléchir sur notre pays.
Son premier serviteur déjà servi par une République généreuse est déjà en campagne électorale. Il a appris de ses aînés. Il va continuer à débaucher loin des sirènes protestataires et partisanes d’une vertu politique imaginaire. Les trous sont encore infestés de rats qui sortiront selon une cadence savamment orchestrée du côté du boulevard de la république. On aurait pu la débaptiser boulevard du parti.

Dans cette campagne électorale permanente d’un président obsédé par une réélection hypothétique, le gentleman a commencé le déploiement de son charme auprès des belles cités religieuses. Il faut moderniser des cités confrériques souvent plus riches qu’une république qui se targue d’avoir 3000 milliards de CFA de budget national. Sans doute l’équivalent du petit déjeuner journalier de l’armée américaine.

Il est vrai que depuis si longtemps, la sphère religieuse et la sphère affairo-politicienne ne font qu’une. Certes, il faut éviter les généralisations d’un comportement de classe très hétérogène et complexe. Il reste que la permanence historique de cette colision d’intérêt est une donnée sociologique établie. On peut d’ailleurs se demander si Wade n’avait pas raison lorsqu’il invoquait sa capacité à “inféoder” même les parangons de la vertu. Le jeune président a bien appris ses leçons. Il drague comme un Samba Linguère à coups de milliards laissant ses Diamalee (concurrents ) hors de sa portée. Sans doute cette débauche d’argent ne provient pas de ses poches ni de celles de son parti.

En effet, nous sommes loin du temps où les militants de base se cotisaient pour financer l’action politique. Cette déviance est un des facteurs cles qui explique tout le reste y compris le dévergondage politique dominant. Nous sommes dans un vaste souk politique et social ou tout se marchande. On y recrute des dames de compagnies, des figurants, des crieurs publics, des pleureurs et un clergé aux ordres pour tout légitimer.

Il nous faut intégrer cette donnée dans la réflexion si nous voulons refonder notre si mimétique république. Il ne sert a rien de refuser de voir cette réalité qui a gangrèné et nos foyers et notre espace public. Nous sommes à l’ère de la suspicion …celui qui se lève le premier demande gaillardement aux autres de se recouvrir …De quoi avoir peur. Nous pouvons énoncer toutes nos théories d’intellectuels, mais il faut que nous interrogeons l’homo senegalensis.

La notion de Ngor qui a été pendant très longtemps érigée comme le pendant de Dinne (la religion peut importe laquelle) a laissé la place à un vacum. Il est significatif de voir comment notre société se délecte quand une “icône” tombe. Taiba Soce, Thione Seck, Lamine Diack, Abdou Latif Coulibaly , Ousmane Ngom, Djibo Ka ou Ismael Madior Fall, etc. Finalement ils sont tous comme nous. “Papa Thione” et ” Paa Diack ” rassurent notre société sur notre sénégalité. Les autres se gardent bien de critiquer, car la question est juste de savoir pendant combien de temps, le ” masque social” va demeurer.

Pourquoi Doudou Ndiaye Coumba Rose n’a pas eu son école de percussion? Pourquoi la plupart de nos aînés de la gauche sont morts dans la misère ? Il nous faut arrêter de nous “mentir” dans nos forums et cercles de réflexion presque par pudeur ou duplicité. Nous avons besoin tous d’une introspection. On appelle cela le génie ou l’exception. Il s’agit de cette capacité senegalaise à faire du “masla ” jusqu’à faire du “massaale” en gommant les questions de fonds qui entravent toutes les alternatives vertueuses et porteuses de développement juste et équitable.

En parcourant ce pays dans ses profondeurs avec d’autres, nous évaluons tous les jours les signes dune profonde fracture. Nous nions le droit des gens du sud et de l’est à avoir le minimum vital. Nous mettons des centaines de milliards de FCFCA dans le confort de nos cités religieuses. Nous sommes pas capables de mettre des milliers de FCFCA pour réparer ou construire un petit pont de passage pour des compatriotes déconnectés pendant un semestre de leur pays. Nous mettons des milliards pour débaucher des courtiers politiques en perpétuels recyclages, nous ne sommes pas capables de répondre aux enjeux d’un chômage des jeunes pandémique. Pourquoi ? Parce qu’au Senegal, la confrérie comme le parti joue le rôle d’ascenseur social et de couverture pour toutes les impunités.

Un jour ou l’autre nous payerons chers cette désinvolture politicienne qui fait de notre pays, un véritable merdier discriminatoire.

LES IMPOSTEURS DE LA SPIRITUALITÉ ENVIRONNEMENTALE

Abdou Ndukur Kacc Ndao
Photo : Matar Ndour

Nous revoilà replongés dans les incertitudes d’une année 2016 qui aura le temps de révéler ses promesses et déceptions. Nous pouvons déjà, à des degrés divers, tirer le bilan d’une année 2015 qui a mobilisé le gotha environnemental mondial à Paris. Des promesses fermes ou nuancées prises au cours d’un long et complexe processus de négociations (in)validé par la COP21. On verra quelques années plus tard les prévisibles déceptions d’Etats habitués à prendre des engagements rangés aux oubliettes.

Mon esprit matinal aujourd’hui est capté par des environnementalistes d’un type particulier. Des écologistes, des verts, des protecteurs de l’environnement oubliés par les modernités conceptuelles. Ils n’ont été ni à Copenhague ni à Paris ou dans les autres salles de conférences nationales et internationales pour disserter du réchauffement climatique ou autres accords environnementaux. Ils n’ont jamais reçu de millions de dollars ou de FCFA dévalués pour protéger un environnement souvent si généreux avec les autres capteurs de fonds qui pullulent dans nos pays. Pourtant, ils sont les véritables écologistes même s’ils n’ont jamais élaboré des manuels ou rédigé des livres ou reçu une invite du docte GIEC.

Ils, ce sont les centaines de gardiens des bois sacrés disséminés à travers les peuples Tanda (Bassaris, Cognagui, Bedik, Badiarankés), Ajamaat (Sénégal, Gambie, Guinée Bissau)…Ils, ce sont notamment les civilisations des peuples des rizières qui ont un rapport divin à la nature. Des peuples qui ont su et qui continuent de délimiter dans une cohérence harmonieuse les espaces sacrés et profanes. En démêlant ces deux espaces et en leur octroyant chacun des fonctions spécifiques, ces peuples – du Gabon au Cameroun en passant par la Sierra Léone – sont devenus, depuis la nuit des temps, les véritables écologistes. On peut se demander ce que la Casamance naturelle serait devenue si ces écologistes avaient démissionné de leurs fonctions de protection des bois sacrés et autres lieux initiatiques. Aujourd’hui, des milliers d’hectares sont préservés à travers l’Afrique des dégradations multiformes du fait de ces vigilances sacrées et des fonctions sacrales qui leur sont imprimées.

Les écologistes des temps modernes souvent englués dans des débats conceptuels seraient-ils des « imposteurs » ? N’est-ce-pas là, la manifestation évidente d’une lutte de classe environnementale qui a fini de reléguer aux périphéries ou au fonds des bois sacrés ces acteurs de l’invisible. Les nouveaux écologistes devraient rendre aux détenteurs des bois sacrés ce qui leur appartient. Ils devraient avoir l’élégance d’écouter leurs définitions des concepts d’aléas, de risques, d’environnements, de chocs, de protections…Ils devraient les mentionner dans les capitalisations et la diffusion des résultats positifs engrangés tout au long de ce siècle. Ils devraient faire un plaidoyer pour que le Nobel leur décerne un prix mérité.

N’est-ce-pas là une belle occasion de relier dans une féconde continuité analytique la spiritualité environnementale aux théories écologistes ? Les « imposteurs » des modernités environnementales sont-elles prêtes à intégrer ce paradigme de la « sacralité environnementale » dans les publications scientifiques ?  Qui vivra verra ! En attendant, notre « siècle environnemental » tout comme les précédents font semblant d’être dans les innovations en s’installant dans le déni des autres segments de production des savoirs. Ce réductionnisme heuristique est sans doute la marque de fabrique d’une modernité scientifique à l’empirisme souvent caricatural et à la spiritualité frileuse. Qui pour faire le lien porteur d’une grande fécondité productrice de pôles éclatés de savoirs ? Ecolo et autres partisans de ISTES, SVP, ne détournez pas le regard !!!

Excellent week end à toutes et tous.

Illustrations photo : Un fétiche dans le Kassa, Casamance

ANKN