DESTIN NATIONAL ET CACAPHONIE NAUSEABONDE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
Notre pays est au carrefour de plusieurs enjeux géo-politiques. Il est toujours sous domination française. La mainmise de la France sur de larges secteurs stratégiques économiques date. Elle est aussi symptomatique de l’histoire toute singulière que nous entretenons avec cette ancienne puissance colonisatrice. Cependant, ce serait réducteur de réduire les mainmises sous le strict rapport de la France qui perd d’ailleurs du terrain de plus en plus. La Chine est là. Les USA aussi. Sans compter les petits poucets tout aussi efficaces tels que les marocains, les turcs. Pendant des décennies nos élites ont été formées aux écoles françaises. Maintenant elles le sont de plus en plus dans les écoles turques, marocaines, américaines. Quelque soit la nature de leur présence, ces pays sont aujourd’hui au coeur de nos dispositifs sécuritaires, économiques, éducatifs…
Ces “forces ” externes se donneront les moyens de maintenir le statut quo. Pour naturellement défendre leurs intérêts mais surtout parce que le Sénégal aura une contagion terrifiante pour d’autres pays de l’Afrique de l’ouest en cas de basculement. La seule solution c’est d’avoir au moins un front nationaliste qui se dresse pour inverser le cours des choses. Ce qui repose l’épineuse question des alliances nationalistes. Avant de discuter des “actions” parlons du projet politique. Si le projet c’est de mettre fin au pillage de nos ressources et de reprendre le guidon de notre destin alors il ne faut pas être naïf. Ce sera un combat à mort. Mais pas impossible. Car il faudra se battre et avec les valets et avec les maitres
Il y a cette tension entre des gens comme Sonko qui tentent d’élever le débat (sans tout le realpolitik necessaire) et cette cacophonie nauséabonde focalisée sur les “mercenaires” (souteneurs de tous bords) et tous les petits messies qui pensent détenir la clé. Pendant ce temps le peuple “attend”. C’est ubuesque mais c’est la situation objective aujourd’hui. Elle ne changera pas dans les 6 mois à venir. La question c’est comment en tenir compte. Personnellement, je ne crois pas à la possibilité d’une échappée solitaire. Il faut travailler en bloc ou chasser en meute en ayant le courage de séparer la bonne graine de l’ivraie si nous voulons reprendre notre destin en main. Ce ne sera pas facile. Et cela me fait peur.
Je suis outré par l’outrecuidance d’un Aliou Sow ou d’un Fada. Mais ces chiens de garde et tous les autres jouent un rôle précis. Celui de pollueurs. C’est le concert de casserole du pouvoir. Détourner l’attention vers le caniveau. De l’autre côté Sonko devient presque “intouchable”. Alors qu’il faut le “critiquer”, le pousser à s’ajuster, à s’allier. Sinon il servira juste de lièvre dans la course. J’espère qu’il le comprend.
NKEN

LA DOCTRINE DE LA CALEBASSE : FERRER LES CHÈVRES ET FAIRE TAIRE LES LOUPS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Mendoza avait lancé sa bombe. En homme de gauche averti il l’avait fait exprès. Tant mieux. Au moins ça avait le mérite d’être clair. Mamadou Ndoye symbolisait une certaine idée du combat politique quand même. C’est l’indécence des gens qui révolte. Les deniers sont distribués dans une sorte de tontine nationale. La doctrine de la calebasse pleine. Pour ferrer les chèvres et faire taire les loups. Mais le système a toujours fonctionné comme ça. Wade a assumé ses prébendes et privilèges induits. Diouf était plus regardant. Maky a installé un système plus pernicieux sur fond de leurre en matière de gestion. Le cancer est là.

Les largesses de Macky à Tivaouane, Camberene, Touba, Kaolack…viennent des deniers publics tout comme l’argent distribué dans la coalition présidentielle. C’est un jeu dangereux. Ce jeu est aussi accepté ! C’est là le drame. Cette forme de “redistribution” est légitimée. Ce que met sur la balance Macky est claire. Être  ministre ou recevoir des espèces sonnantes et trébuchantes. C’est pareil. L’accès direct et l’accès indirect. La poche avant le pays rek.

L’échec social c’est ne pas être récipiendaire des “largesses “. Ce n’est pas du cynisme. Ce magma autour du président n’est rien d’autre qu’une meute qui bouffe le Sénégal. Plus de 50 alliés rétribués sur nos derniers. Sans compter les institutions politiciennes budgetivores. Il faut y rajouter la rétribution des fesses qui a fini de saper l’autorité morale d’une république de courtiers.

Ce qui se joue plus fondamentalement au-delà des secrets de polichinelle transformés en «secrets d’Etat», c’est que cette classe politique dirigeante est entrain de saper ce qui doit faire un pays moderne. Le culte du travail, la  reddition de comptes et la transparence. C’est un crime. On verra les impacts dans une génération. Une société qui dit à ses enfants que voler c’est non seulement  correct mais c’est la voie royale. Tout le monde demande et chacun est preneur. La nouvelle “intelligence” c’est la capacité à chaparder et la duplicité qui permet de s’accrocher à tous les trains qui traversent l’histoire du Sénégal.

Mendoza avait sorti sa «vérité révolutionnaire». On peut lui rétorquer l’interrogation léniniste que faire ? Est ce la demande sociale exige aussi la fin de la doctrine de la calebasse ? Nous ne sommes pas des chèvres et des loups. Nous voulons que nos ressources soient gérées de manière transparente et efficace. On vivra à la sueur de notre front. À Macky de garantir la transparence et un système équitable basé sur le mérite. Est ce si difficile pour Macky ? Le bonhomme est décidément un sacré joueur d’échecs. Tôt ou tard il sera victime d’un échec et mat.

NKEN

QUESTIONS AUX ACTEURS POLITIQUES : ON DIT QUOI DES “MARGES” HOMOSEXUELLES ET MAÇONNIQUES ?

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Ce matin, avant de retourner dans le maquis culturel casamançais, j’ai envie de “hérisser” les politiques, chantres de la démocratie. Ils aiment y compris moi faire de gros discours sur les droits humains. Mais refusent tout débat de société. Ils feignent de ne voir l’évolution frontale et “fracturée” de nos sociétés et mettent des lignes rouges qu’il faut éviter de franchir. Sur la base de leurs priorités. Alors certains d’entre eux détestent les homosexuels et les francs maçons. Sans doute presque toute notre société. C’est un des consensus de façade comme aiment en construire nos “identités nationales”. On glose que ce sont des phénomènes extérieurs aliénants dangereux pour nos puritaines sociétés. Et des épiphénomènes qui ne méritent qu’on s’y attarde. Dans le même temps, nos enfants y sont enrôlés en “masse” et on se dit quelles sont les conséquences sociétales de ces évolutions ? Les homosexuels semble t-il étaient tolérés tant qu’ils ne franchissaient l’espace public. Curieux argumentaire car la marque de fabrique des homosexuels dans notre société était justement qu’ils ou qu’elles ou qu’ils-qu’ellles (tant pis) étaient au coeur des espaces publics : baptêmes, mariages, cérémonies de danse publique. ..Alors c’est quoi l’espace public?

Peut être que certains veulent dire qu’ils sont devenus trop (extrêmement) visibles. Ça c’est vrai. Mais nous sommes tous trop visibles maintenant. Le plus “minable” des facebookiens devient une star planétaire en postant ses lubies. Car les intériorités ont laissé place aux extériorités devenues exhibitionnistes à souhait. Même les francs maçons réputés dans la gestion du secret pour leurrer les esprits parfois fantasques s’y sont pas mis. Ils ont des sites internet et sont aussi dans le dévoilement calculé. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication dévoilent presque tout sauf lorsque les puritains boivent leur bière dans les espaces privés bankerisés ou lorsqu’ils draguent la femme des voisins ou des amis, s’ils ne jouent à la verticale avec la “bonne” dans la chambre de la femme devenue peu suspicieuse. Le secret prend une forme jouissive au nom de la perversion maîtrisée. On emportera les secrets de famille en enfer.

Mais au fait pourquoi ce petit billet matinal. Pour deux choses. 1. Notre société peut jouer à l’Autriche mais elle fera face à ses propres fractures. Si elle veut éviter d’être culturellement dépendante des autres, il faut qu’elle instaure les débats avec ses codes propres pour trouver des solutions endogènes. 2. Elle peut détester les marges mais puissantes homosexuelles et maçonniques, mais qu’elle ne les tue pas. Qu’elle leur donne des sépultures dignes. Car demain cette même société au nom de sa morale arrogante tuera les communistes et les animistes. C’est cela le subtile paradigme de classe qui se joue. L’histoire nous a suffisamment instruit de l’usage des rapports de force au service de la morale. Une morale tueuse de différence. Bien évidemment, les communistes et animistes ne peuvent tuer des gens parce qu’ils sont des barbus ou parce qu’ils portent une croix ou une thora. L’humanisme total se trouve dans l’acceptation de ces différences.

NKEN

LES ETHNIES : ENTRE MALENTENDUS, CHARMES ET MUTATIONS SOCIOLOGIQUES

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Le débat ethnique s’est installé subtilement mais surement au Sénégal. Un pays qui donnait l’impression d’être en dehors des logiques ethnicistes. Un narratif jugé dangereux voire implosif de notre État-nation. Un État paradoxalement qui a inscrit dans sa politique nationale de collecte des données nationales la variable “ETHNIE”. Une curieuse posture de renforcement des “ethnies institutionnelles” voire mécaniques. Une “ethnie patriarcale” qui gomme “l’ethnie métisse”. Une ethnie qu’il faut analyser sous le prisme des endon mies et des exonymies. Autant dire une pure construction qui surfe sur des logiques politiciennes. Heureusement que le voisinage ou cousinage à plaisanterie “déconstruit” la violence des chocs identitaires ainsi que les “matrimonialités” tout aussi métissées. Jusqu’à quand ? Alors vers où on va ? Nous sommes en réalité violemment projetés au contact des dénis de narratifs artificiellement gommés sur fond de contrôle des ressources. Nous avons créée nos propres bombes. Nous devrions nous débrouiller pour voir si elles éclateront en haute mer ou au coeur de nos concessions.
Cette question est grave mais elle est aussi posée de façon réductionniste. On peut même en avoir un lecture plus prosaïque. Elle nous met au coeur des préjugés, d’archétypes, de stéréotypes, de cousinage à plaisanterie…pour introduire un autre aspect qui a peut être une valeur sociale plus positive. Aucun peuple, aucune ethnie, aucun clan, aucune famille n’échappe à ces catégoriques judicatoires. Parfois sous le signe de la plaisanterie, de la moquerie, de la raillerie, de la caricature. Les zambiens appellent les guinéens et sénégalais des “westaf” très chargés symboliquement (stéréotypes). Nous appelons les ivoiriens parfois (i) vois-riens ou ñak. Ils nous le rendent bien avec gorgui (préjugés). Les casamançais appellent certains de leurs compatriotes des sudistes et inversement. Les sudistes qui ont une tendance à les appeler aussi des “laak kat” qui font référence à ceux qui ne parlent pas la langue wolof dominante (stéréotypes). Entre les Keïta et Diouarra, Ndao et Mbacké-Mbacké ou Sall, on peut se dire toutes incivilités (cousinage à plaisanterie). Les diolas appellent aussi les autres musulmans les “bamandingues”. Les Belges francophones et les Néerlandais, c’est le fou rire. Que dire du marseillais et du parisien…Ceci ne définit pas cela. Mais ces notions nous auraient permis de mieux comprendre que les logiques humaines sont consubstantiellement liées à ces formes complexes de préjugés, archétypes, stéréotypes…C’est un charme des sociétés et les violences symboliques judicatoires qui les charrient doivent être appréciées avec finesses. Même s’il faut reconnaître des formes qui peuvent être plus violentes parce qu’encrées dans les subconscients.
En réalité,  la question ethnique relève d’une pure construction en Afrique. Son essentialisation a donné naissance à des formes de revendications identitaires et communautaires qui ont plongé des pays dans des violences fracticides connues. Sur la base de profonds malentendus. Nos structures familiales sont complexes et on a voulu les subsumer dans des catégories statistiques réductionnistes. Sous prétexte de disposer de données pour les décideurs. Mais nous n’avons fait que copier des catégories statistiques venues d’ailleurs avec des référentiels qui ne sont pas les mêmes sous le double rapport de la complexité de nos systèmes matrimoniaux et de la fluidité de nos systèmes ethniques qui n’ont jamais été stables et immuables. C’est pourquoi je suis allé revisiter un classique de l’anthropologie qui dit des choses simples mais insuffisamment dites ou méconnues.
Il s’agit de l’ouvrage de Jean-Loup Amselle. Logiques métisses. 1990. Reprenons quelques interrogations ou déconstructions sur les rapports classiques établis entre ethnies et l’Afrique. Beaucoup ont estimé et estiment encore que les ethnies sont la cause des multiples conflits en Afrique. Amselle fut un des premiers anthropologues à introduire la notion de métissage. Il montre que contrairement à des préjugés tenaces, les “appartenances ethniques, culturelles et identitaires étaient extrêmement souples avant la colonisation et que, par exemple, on n’était pas peul, bambara ou malinké de toute éternité, mais qu’on le devenait. De nombreux changements d’identité ont ainsi été observés dans tous les domaines. Des peuls pouvaient devenir bambaras puis malinkés et inversement ; des païens, devenir musulmans puis retourner au paganisme ; des sociétés villageoises, devenir des royaumes puis retomber dans l’anarchie ; des sociétés produisant pour leurs stricts besoins, s’ouvrir au marché puis se replier sur l’autarcie”. Cet essai de Amselle est un plaidoyer contre les idées d’une Afrique figée, essentialisée dans la “tradition” et qui s’ouvrirait difficilement à la modernité coloniale et postcoloniale. Il existe un lien entre le métissage et le syncrétisme qui sont une des réponses à nos cultures, nos coutumes. C’est un thème intéressant contre les formes de racismes et d’ethnocentrisme.

Ce qui se passe au Sénégal comme phénomène ethniciste rampant n’est en réalité que le fait d’une modernité politique qui instrumentalise ce narratif subtilement ou explicitement dépendant des espaces, des acteurs, des moments et des fins poursuivies. D’un point de vue purement factuel, il est clair que l’actuel président de la république a surfé et surfe encore sur ce narratif ethnique. Sa prise de parole publique, ses nominations, la mobilisation de certains cercles pour le soutenir au nom de leur identité ethnique…ont fini de convaincre d’autres larges cercles sur les intentions et les instrumentalisations. Il est vrai que les revendications identitaires ne sont pas forcément identifiées à l’ethnie. Il peut arriver dans certains cas plutôt des revendications nationalistes.  Le débat ethnie/nationalité doit être approfondi. Mais globalement, on ne peut stigmatiser toute une communauté avec des cercles significatifs de tous bords “ethniques” qui refusent les instrumentalisations. Poser les dérives ethnicistes de façon globale c’est oublié les fractures qui traversent toutes les communautés et mésestimer dans l’évaluation la responsabilité première du président de la république depuis son accession au pouvoir.

En espérant que la “solidité” de nos cousinages à plaisanterie et des métissages viennent à bout des velléités politiciennes et nous préservent des chaos. Malheureusement, au plan des cousinages, on voit bien les remises  en cause de ces processus d’atténuation des conflits ethniques à l’image de ce qui se passe au Mali entre les cousins peuls et dogons qui s’entretuent avec la manipulation des forces politiques. En ce qui concerne les métissages, c’est sans doute une des chances du Sénégal abordée sous l’angle notamment de la transversalité des patronymies. C’est ainsi que tous les noms wolofs et certains sérères se retrouvent chez les peuls. Sans compter la correspondance des noms de famille au delà des frontières : des noms bambara et wolof  comme des Fall/Koulibaly, Diop/Traoré. De toute évidence l’espace ouest africain sahélien a développé des mécanismes de cohabitation qui sont aussi des vecteurs atténuants des chocs des violences ethniques. C’est peut être encore une des chances d’un Sénégal et d’une Afrique qui ont d’autres enjeux que de s’entretuer au nom de l’ethnie et des communautarismes.
NKEN

LES “BADOLO” ET LE “SYSTEME”

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
Le Sénégal inquiète. Il était bon élève pas pour les autres mais d’abord pour nous mêmes. Des démocrates au péril de leur vie ont imposé la liberté de pensée et de parole. Ses dirigeants actuels emprisonnent leurs adversaires politiques en s’appuyant sur les leviers d’Etat. Des mises à mort d’Etat. Comme qui dirait des coup d’Etat. Alors on se demande si c’est le système ou les hommes ? Sans doute le système. Mais l’analyse serait biaisée si elle refusait de voir comment ce système est influencé par les hommes. Une vielle épistémologie fonctionnaliste ou systémique qui a traversé les sciences sociales et humaines. Les gens qui sont mal éduqués, “baadolo” et sans aucun sens éthique brisent tous les codes. Avant, nous n’avions pas de codes écrits mais la parole donnée et le “diom” faisaient foi. Si la parole de Macky n’est “stable ” il faut voir en lui. Tous ces milliardaires qui nous dirigent ou aspirent à nous diriger qui sont ils. ? Pour la première fois, on a un ministre des finances foncièrement “policien”. C’est plus grave que d’avoir le ministre de l’intérieur politicien. Les ressources du pays sont détournées a des fins politiques. La détermination des investissements et de notre endettement à des fins électoralistes. Et cette classe politique de milliardaires riches par le “fait politique” ..Ces milliards qui percolent chez les juges mais pas seulement eux. On le voit dans la presse.
Aujourd’hui l’homme le plus malheureux au Sénégal, c’est peut-être Wade. Diouf est mieux traité que lui. Diouf, ce petit bourgeois bureaucratique et parasitaire qui continue au loin de régenter des mains invisibles insoupçonnées.  C’est très injuste. Ses “enfants” ont “dégénérés”. La triste prouesse de Macky, c’est de passer de “baadolo” (ce qui est très louable et devrait être un modèle de méritocratie ) à “baadolo” (sans pudeur, ni retenu, capable de tout, lui qui est parti de rien et à qui Dieu a offert un destin très singulier). Wade (qui n’est pas un saint) avait son fils qu’il a voulu faire passer avant. Ce gars noué au pied du lit (sa femme et sa belle famille), sa famille, les lobbies étrangers et je ne n’ose pas dire son ethnie (mais il a sur-joué avec cette bombe). Nous sommes en plein mélodrame avec ce narratif sensible qui crée plus qu’un malaise. Le temps de crevé le puant abcès.
Le débat actuel se focalise sur l’intensité des forfaitaires des uns et des autres (qui a fait pire ou moins pire depuis 1960). Jamais sur les principes à faire respecter. Jamais sur le “autrement”. Car les mêmes ne peuvent jamais faire autrement. C’est demander à des mammouths de voler dans les airs car ils ne savent que “voler ” ..les deniers. Oui les gens vont crier au nihilisme. Mais cette corporation est incapable de changer le pays. A coup sûr Idrissa Seck les mettra en prison…? Mais encore une fois choisir, c’est se choisir. Au-delà de la rhétorique “facebookienne” et des “professeurs ” on ne peut pas être en “avance ” sur notre peuple. Il choisira le candidat à son image à moins qu’une vraie révolution politique ou militaire ne vienne siffler la fin de la récréation.
Photo  : Matar Ndour
NKEN

PRÉSIDENTIELLE 2019 : ARISTOCRATIE MARABOUTIQUE ET LA LIBERTÉ DE CHOISIR

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao 

Une question matinale me taraude l’esprit. Il s’agit du silence des familles maraboutiques face aux dérives démocratiques du pays. Les familles religieuses sont en guerre froide. Il est vrai que nous avons un rapport très ambivalent avec l’aristocratie maraboutique. Nous souhaitons parfois qu’elle intervienne dans les enjeux politiques. Nous les critiquons lorsqu’elles s’immiscent dans l’arène politique. Et nous semblons vouloir les confiner dans leurs rôles et statuts qui ont sociologiquement évolué au fil des siècles. Sans doute, il faut éviter l’anti maraboutisme primaire et contre-productif surtout que cette aristocratie est fortement traversée par des fractures internes et extérieures. Il reste qu’aujourd’hui, les vrais soufis, ascètes étaient les incarnations d’un détachement aux biens matériels. El hadji Omar entre 1794 et 1797, Cheikh Ahmadou Bamba est né en 1853, El Hadji Malick en 1855, Cheikh Ibrahim Niass en 1900. Ils ont selon des procédés différents pu étendre leur territoires confrériques avec les sobriétés qui les caractérisaient. Ces soufis ont laissé place aux sous-fifres qui se battent pour être députés, PCA, DG, détenteurs de passeports diplomatiques. Ils exercent de plus en plus un chantage systématique sur un Etat qui a fini d’accepter leurs caprices de classe. La capture de l’Etat par cette aristocratie est des plus manifestes et les décideurs eux mêmes sont parrainés comme s’il s’agit de loges maçonniques. Voila sans doute pourquoi ils ont des rapports quasiment messianiques s’ils ne sont devenus des démiurges.

Ils sont baroques à souhait. Ils sont à usages multiples. Ils vendent aux réfugiés et reclus sociaux les rêves ou les illusions que les politiciens ont volé aux jeunes. Ils servent de faire valoir aux politiques pour justifier les bourrages des urnes et pour légitimer la décision dite divine qui nomment les “borom reew” (président de la république). Ils se sentent démiurges face à une république de démissionnaires hors des sentiers d’équité et de responsabilité républicaines. Ils peuvent exhiber des milliers de pilons pour menacer d’autres milliers de sénégalais en présence du premier magistrat du pays. Ils peuvent défiler à l’effigie des grades militaires les plus solennels et sacrés d’une armée nationale qui dévie le regard. Lorsqu’on analyse les fonctionnements profonds des ressorts de notre société, on observe bien comment le messianisme a fini de prendre le dessus sur les responsabilités individuelles. De la politique à la religion, tout ou presque est délégué. Nous sommes devenus une société de délégataires. Les sénégalais délèguent leur ici et maintenant et leur au-delà. Voilà, sans doute, pourquoi les bandes Fm et les radios sont polluées par toutes sortes de courtiers. Et sans surprises, les mêmes tentes servent à faire et la religion et la politique.

La posture responsable serait de s’évertuer à bien connaître les rouages et fondement de sa religion (peu importe laquelle ou la confrérie) et de se mettre dans une posture de pratique humble sans prosélytisme ni exhibitionnisme et chercher une “cohérence” optimale entre sa foi vécue et ses actes dans toutes les sphères professionnelles, sociales, politiques. Il est évident que les humains courent plus la rue que les anges. Mais, ces postures nous auraient permis d’avoir moins de tintamarre. Souvent, la trame du discours religieux est infantilisante. Elle fonctionne comme des logiques de manipulation et d’accaparement. Une sorte de mise en scène de soi permanente. Pourtant le Coran nous interpelle directement. «Oh vous croyants…». Il nous met en face de nos responsabilités. Mais fondamentalement tout revient à la responsabilité individuelle pour tout être doté de raison. Et ces démiurges nous traitent d’incompétents et se proposent d’intercéder en notre faveur moyennant une soumission absolue. On peut observer, à l’image de la politique, la violence symbolique de tous les instants qui frappe les normes déviées religieuses. Les violences symboliques sont extraordinaires dans ce pays. Voilà pourquoi aussi ces démiurges arrivent à vendre du vent. Il reste qu’au delà de ces critiques,  il faut reconnaître que dans le fond du Ndoucoumane,  du Fouladou,  du Fouta. ..existent encore de vrais marabouts. Leurs mobilités se réduisent entre les daaras  et leurs champs. Pour apprendre le Coran et la Sunnah aux enfants musulmans. Loin de l’épicurisme maraboutique. Nous devons leur rendre hommage. Et éviter les généralisations abusives d’un système maraboutique qui est loin d’être homogène.

Voilà pourquoi face à la présidentielle qui se profile à l’horizon, nous sommes projetés individuellement et collectivement en face de nos responsabilités. On peut déjà observer même si l’analyse et les données doivent être affinées que les consignes de vote politiques des marabouts sont devenues inopérantes. Les fidèles peuvent mobiliser des milliards au service de la communauté et pour la communauté mais refusent des consignes de procuration de vote en faveur des candidats. Ils souhaitent plus entendre les guides religieux sur les menaces qui pèsent sur le pays que sur des partis-pris politiques qui ont déstabilisé des pans importants des grandes familles religieuses. Des khalifes généraux, détenteurs du principe unitaire de  celles ci, s’engagent de plus en plus et ouvertement à soutenir le président Macky Sall. Fait devenu anodin mais qui installe des malaises profonds au sein des confréries. L’église s’étant toujours abstenue de s’engager dans des consignes de vote.

Quelle est finalement  notre marge de manoeuvre à choisir en dehors de toute contrainte symbolique notre candidat à l’election présidentielle de 2019 ? Macky a investit des milliards dans la “modernisation des cités religieuses”, la construction ou refection de mosquées pour espérer profiter de la plus-value de cette aristocratie religieuse collaboratrice. On lui a jamais d’ailleurs donné ce mandat et il était sans doute plus profitable au développement du pays de construire des écoles, des universités et de recruter des enseignants. Les communautés confrériques étant parfois plus riches que l’Etat pour construire leurs propres lieux de culte. Personnellement,  je ne donnerai jamais cartes blanches à un marabout,  à un khalife général, à mes fétiches le droit de décider de la couleur  de ma carte électorale. L’imposture maraboutique à trop duré dans ce pays. Heureusement que dans leurs lignes de fractures existent encore des interstices de résistance pour continuer à porter le vrai message des soufis fondateurs vendangé par des sous-fifres aux commandes.

NKEN

HYPOCRISIE MONDIALE : ENTRE GÉNOCIDE ET “PÉDOCIDE”

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Mais où est donc Macron pour gérer la farce de mauvais gout de Sarkozi ? Tripoli s’embrase. .. Les milices se battent depuis une semaine. La France, les USA, l’Angleterre…ont mis à sac ce pays. Pour tuer Khadafi. Pomper son pétrole et déstabiliser des territoires “tribaux” qui se sont construits difficilement au fil des siècles en un Etat unitaire. Mis en chômage des militaires aguerris qui ont appris l’art de tuer sans avoir raison. Pour des gains immédiats, ces gens attisent le feu constamment. Pareil sur le Yémen. Quand l’Arabie Saoudite tue des écoliers au Yémen silence radio même chez nous. Les chiffres de l’UNICEF sont terribles. Plus de 15.000 morts. En plus de l’impact sur les enfants. On parle de génocide. Mais il va falloir un jour inventer un néologisme : “Pedocide” pour caractériser tous ces crimes contre les enfants. Y compris ceux qui condamnent les générations futures par les actes qu’ils posent actuellement. Un article de The Indépendant UK disait que 130 enfants meurent chaque jour au Yémen. Entre la malnutrition et les bombes. La folie meurtrière a encore frappé Tripoli. Depuis des décennies, elle frappe en Asie, en Amérique, en Europe, en Afrique. Depuis des années, les hommes dans leur quête insatiable d’argent ont crée des industries d’armements pour alimenter des foyers de tensions. Ils ont entraîné des criminels pour atteindre leurs objectifs. Ils décident de faire la guerre au nom de leur propre morale. Au nom d’une volonté de puissance. Pour défendre “les intérêts” de leurs pays. Ils balancent des bombes sur des populations innocentes et s’étonnent hypocritement que les mêmes bombes ne tombent sur leurs populations tout aussi innocentes.

En réalité, ce que nous révèle notre modernité, et à sa tête, des dirigeants plus que jamais avides et cupides, c’est que cette folie meurtrière n’oppose pas le bon dieu au diable, le bon du méchant. Elle révèle la face hideuse du diable. Mais un diable qui aime l’argent et qui aime vendre ses armes. Qu’importe les morts drainées et les souffrances subies. La France qui est une des responsables de ce qui se passe sous nos yeux à Tripoli sait que tout ceci n’est que le début d’un commencement où les autres diables démontreront leur capacité à renvoyer en plein Paris les bombes lancées impunément dans les différents théâtres d’opérations. Tout le reste n’est qu’hypocrisie. Nous sommes en guerre parce que notre hydre impérialiste est un instrument de guerre porté et dirigé par des “gerrieros”. Comme toujours, ce sont les pauvres innocent(e)s qui payent le lourd tribut d’une conglomération de diables qui s’entendent bien souvent dans le secret de leurs tunnels, sur les logiques de déstabilisation. Pour reconfigurer le monde. Pour faire plus d’argent. Déjà, les stratèges du chaos ont fini de concocter des plans machiavéliques au moment ou les masses expriment leur désolation et leur colère. Pour eux, tout ceci n’est qu’un jeu pour expérimenter l’indécence de leurs théories et expérimentations. Au moment ou les familles innocentes pleurent leurs morts, ils en ont déjà fait une opportunité.

Si nous voulons être conséquents et justes avec nous mêmes, au delà des drames qui se jouent à travers le monde entre la Syrie et le Yémen, il faut aller chercher les véritables terroristes qui sont à la tête des USA, de la France, de l’Angleterre. Voila les véritables hydres d’une modernité qui leur permet de mentir à leur peuple au quotidien pour faire la guerre. En surfant sur des nationalismes grégaires. En accusant des “islamistes” qui tuent en leurs noms et non au nom de l’islam. Ils n’en ont pas le mandat en dépit des amalgames. Ils font partie de cette conglomération des diables en harmonie et en complicité avec les autres diables qui les financent et les entraînent souvent. Pouvons nous oublier ces vérités au nom des émotions qui nous tenaillent naturellement face aux innocent(e)s tomb(é)es à Paris, en Afghanistan, en Syrie, en Iraq, au Yémen, en Lybie ? Personnellement, la seule idée compatissante que j’ai va droit à ces innocent(e)s qui ne méritent pas la cupidité de leurs dirigeants qui savent faire la guerre à coup de milliards et qui sont impotents à trouver du travail à leur jeunesse désœuvrée. Pourtant on trouve toujours de l’argent pour faire la guerre, jamais pour vivre en paix (Albert Brie). De Paris à Washington, en passant par d’autres capitales du monde, les bombes continueront de crépiter tant que cette oligarchie mondiale fera la guerre au nom de sa morale et de sa volonté de puissance. La morale et les vociférations n’y feront rien.

NKEN

TRUMP, LA POLITIQUE “FAST-FOOD” ET LA BOUGIE DE DIOGÈNE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Le livre sur Trump est sorti il y a quelques mois. Il est signé Micheal Wolff : FIRE AND FURRY. Autant dire qu’à la lecture des commentaires, Trump n’a pas apprécié. http://www.journaldemontreal.com/2018/01/06/un-portrait-devastateur-de-la-presidence-trump. Wolff affirme que Trump ne s’attendait pas à gagner. Cela nous rappelle certains? Ces accidents de parcours qui expliquent beaucoup de pilotage à vue. On peut y lire ce succulent extrait où le fils de Trump dit à quelqu’un qu’après les résultats, le visage de son père est comme celui de « quelqu’un qui a vu un fantôme ». Finalement l’improvisation et la stratégie du chaos ne sont pas une surprise. Mais au-delà des anecdotes il faut se demander comment le “fait démocratique ” fonctionne. Au point d’amener au pouvoir des gens sans “programme”. Des fantasques, des burlesque et beaucoup de dictateurs en puissance qui par la suite font leur coming out une fois au pouvoir. Cela veut il dire que “les détecteurs de mensonges” ne fonctionnent pas? C’est quand même extraordinaire que la fonction suprême soit celle la plus “accessible” sans qu’on soit obligé de justifier d’une expérience de gouvernance, une probité morale et un sens élevé de la démocratie. Un train qui n’annonce pas clairement sa destination et les gens embarquent.

J’ai vu l’autre jour Serigne Mbaye Thiam avoir du mal a expliquer le yonnu yokute et pourquoi la “croissance ” ne se traduit pas par une amélioration des conditions de vie. Il faut peut être réfléchir sur les stratégies de campagnes. Dans le cas du FN en France j’ai entendu quelqu’un dire que si Le Pen fille n’avait été trop polie et civilisée au départ avec Macron elle aurait un meilleur suffrage. Il fallait rester dans l’insulte et les attaques violentes. Alors que ses gourous lui demandaient d’adopter un ton police (contre nature ) pour démontrer que le FN avait changé. Alors que son électorat traditionnel kiffait le côté “sauvage et débridé  qui les différencie des autres. Finalement le “con” c’est qui dans ces élections ?

Macky portait les germes du président qu’il est devenu. Une ascension sociale par la grâce d’un seul homme. Quelques lapsus anti démocratiques. Comme à Fatick lors des élections. Des actions de services commandées comme dans le cas de Idy où il était monte au front. Et puis une “arrogance ” visible depuis longtemps. Mais il a pu passer le détecteur de mensonge avec le manteau de la victime. D’autres le passeront avec le  celui de Zorro. Ou du visage familier. Car le Sénégalais aime presque à dire “on ne le connaît pas”. Pour ne pas changer.

Il y a aussi une question technique qui se pose partout. La stratégie n’est jamais l’exécution. Comment combler ce gap? Pourquoi nos pays sont des “cimetières” de stratégies ? Pourquoi avons nous partout des armées mexicaines avec des gradés et très peu qui mettent les “mains dans le cambouis”. Est ce que notre “corps” ou corporation politique est à même capable de faire des “stratégies réelles? Sont ils plutôt des “tacticiens polotiques”. Je dis bien POLOTique pas politique. Ceux qui font la stratégie  (même la meilleure ) sont -ils ceux les plus a même de l’exécuter ?

Cela nous amène à la déliquescence et à la politisation à outrance de notre administration centrale et des corps de métiers et de contrôle. Cette macrocéphalie politique est peut être la gangrène. Si une faisait la revue des dépenses publiques affectées a la “politique ” on se rendrait compte qu’il ne reste rien a l’exécution. Lors des débats récents sur une chaine de téléphone, j’ai vu un médecin s’insurger contre la politisation de notre système de santé. Pour dire que l’allocation des ressources, la mise en place des équipements et même les “consultations gratuites” obéissent a cette logique. Et il proposait un haut conseil de la santé chargé de faire des recommandations et des arbitrages. C’est valable sûrement ailleurs.

Alors le “fait démocratique ” peut parfaitement confier le pilotage de l’appareil a un “idiot” intelligent politiquement. C’est ce qui explique peut être l’extinction des leaders en Afrique et dans le monde. Arriver au pouvoir était alors la consécration d’une lutte, d’un combat d’une personne certes mais aussi de force sociale. Aujourd’hui on tombe dans l’ère des fast food,. Des fake news et de fake président. Usurpateurs nés de la volonté populaire. Cela parait antinomique mais on ne sait pas comment l’exprimer autrement. Parce quelque part on nous a mis dans une sorte “d’urgence artificielle “. On veut du dioni dioni tous.

Donc personne ne se hasarde à présenter une vraie “stratégie” avec ses avancées graduelles, ses risques, ses coûts sociaux et ses implications comportementales (oui redresser l”homo senegalensis, le ramener au travail, diminuer ses passes droits pour certains, rendre des comptes, se tromper et l’assumer, serrer la ceinture pendant un moment, faire des priorités, punir et récompenser). On leur présente le “plan miracle” qui va “tout guérir”. Comme le ferait le charlatan de la gare routière. On nous dit que plus la probabilité est élevée pour la personne de ne pas te revoir plus il peut être enclin de te tromper sur la marchandise. Exemple le vendeur à la sauvette ou l’ambulant (en dehors des conditions éthiques bien sur). La politique échappe à cette règle chez nous. Le mec revient avec aplomb te fourguer la même chose et parfois dans le même paquet! Observons le mouvement des transhumants ce qu’ils sont en majorité dans cette macrocéphalie “poloticienne”. Là beaucoup ont certes une formation mais n’ont plus de métiers depuis 30 40 ans parfois.

Alors stratégie/exécution ? Peut on leur donner le guidon ? Je disais à une amie que l’exemple classique c’est le ministère de la jeunesse. On y place fréquemment quelqu’un sans métier et expérience avec la lourde tache de trouver du ..travail aux jeunes. Donc dans les “inconsciemment incompétents et les consciemment incompétents ” gangrènent le système où ils subsistent quand même quelques îlots de consciemment compétents qui aussi tirent les marrons du feu. Une pièce de théâtre burlesque. “La ronde des idiots”. De Trump à Kim en passant par les tropiques. Mais il y une forte “demande ” des idiots et de fous. Et parfois les “insulteurs ” arrivent durant l’entracte pour nous égayer ou nous servir d’exutoire. A part le Pape,  c’est actuellement le désert. Cela n’était plus arrivé depuis longtemps. Une macrocéphalie politicienne mais sans “tête pensante”. C’est peut être le drame qui se joue. La fameuse quête de sens. Le socle et la boussole.

Je pense que c’est Edgard Morin qui dit quelque part qui nous savons appréhender l’infiniment petit et l’infiniment grand mais pas encore l’infiniment complexe. Et si on était juste désarmé devant la “politique”. Au point où on est surpris par nos propres “décisions” citoyennes. Après chaque scrutin on se réveille avec la gueule de bois. Ah Trump, ah Macron, Poutine, ah Macky. Ah le peuple inculte et corrompu. Ah le PSE. Les “idiots”, les vessies que nous prenons pour des lanternes. La bougie de Diogène que chacun pense détenir.

NKEN

LA “SUBSTANCE” ET LA “FORME” DE LA DÉMOCRATIE 

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Le Parlement chinois a  aboli la limitation des mandats présidentiels pour permettre à Xi Jinpinh de réaliser sa vision à long terme. 2958 voix pour, seulement 2 contre et 3 abstentions. Un vote “massif” qui confirme la mainmise du PCC sur le pays et une confiscation des libertés. De manière décalée j’ai pensé à la partie de l’argumentaire qui affirme que c’est pour réaliser la vision à long terme. C’est sûrement un “alibi” pour justifier la confiscation des libertés démocratiques. En réalité cette rengaine revient souvent sauf en Europe et et en Amérique du Nord.

Se pose la question de fond. Comment aujourd’hui en 2018, un pays peut avoir et mettre en oeuvre une vision à 15 -20 ans et en même temps avoir un rythme électoral infernal quand même ! D’un côté on a cette tension permanente entre des gens qui à peine élus par le processus “démocratique” (on le concède) sont obnubilés par les prochaines élections  (c’est leur long terme, 5 à 7 ans au max). De l’autre un champ démocratique en constante ébullition qui t’accorde une période de grace (de 100 jours symboliques) et qui s’évertue (avec les groupes d’intérêt, les réseaux sociaux, etc. ) à détruire et dégager celui qui est en place. Le seul consensus national porte sur des questions très graves de sécurité nationale ou sur les sujets tabous (comme certains groupes “intouchables”).

Alors les seuls “leaders” sont soit des autocrates ou des dictateurs qui confisquent les libertés. Xi, Poutine, Salam, Ergodan, Ben Zayed aux Émirats. Pendant ce temps les “democraties” imposent un “turn over” du personnel politique qui ne peut être efficaces que si les socles institutionnels sont très forts pour permettre de garder le cap malgré les “alternances”. Hollande, Macron, Obama, Trump, Merkel en constante négociation avec les autres forces ou des leaders populistes sortis des urnes. Sinon le modèle africain avec ses deux faces de la même monnaie. Des élections régulières sans vrai alternance dans un cas et des présidents à vie. Mais ils sont tous incapables de réaliser ce qui fait un pays fort.  Un passé, une ambition et une vision. En chine Xi dit que 5 -10 ans ce n’est pas assez. Entre ça et faire sauter la clause limitative il y a du surréaliste. La clé c’est de bâtir des institutions fortes et résilientes face aux “aléas démocratiques “. Aux USA , le président a parfois deux ans sur 4 pour mettre en oeuvre sa politique. Car la première année, il apprend le job et la dernière année il prépare la réélection. Chez nous il a 5 ou 7 ans pour …confisquer le pouvoir à jamais si possible !

Aujourd’hui le Maroc est entrain littéralement de bouffer l’Afrique subsaharienne. Comment ce pays, ce royaume parvient à cela ? Le roi est adossé à un pouvoir séculier qui lui offre la possibilité de se projeter et s’appuyer sur un socle tentaculaire au niveau national. Il peut imprimer une vision très nationaliste et à long terme. Mais le pays utilise les outils du management moderne. Beaucoup de ministères au Maroc ont recours au meilleurs cabinets internationaux pour dresser leur tableau de bord et mettre en place des formes de réddition de comptes. Le roi n’hésite pas à sanctionner et même à banir des ministres indélicats. Mais quand il voyage en Afrique il débarque toujours avec une “cargaison ” d’hommes d’affaires…marocains. Il leur offre l’environnement propice pour se déployer.  Quand Erdorgan arrive à Dakar, il vient avec dans ses valises les businessmen turcs qui arrivent à introduire pour gagner des marchés. Macron le fait avec les entreprises françaises en Afrique. Et nos dirigents alors  ? Ils tuent les entreprises et les entrepreneurs nationaux (non affiliés à eux) et ils les mettent à la merci de la concurrence déloyale des firmes étrangères et on leur demande d’être compétitifs.

Revenons à la Chine. La Belt and Road Initiative est très ambitieuse certes, mais elle ne peut justifier une confiscation du processus démocratique. En même temps au-delà de cela il y a une réflexion à faire sur la manière de concilier les exigences de développement sur le long terme et le “cycle démocratique”. Ce dernier n’a pas pour finalité de changer le leadership ou le faire alterner pour cliquer sur la case “élections organisées : Oui) mais bien de développer de manière durable et inclusive le pays. Il faut “requalifier” l’essence de la démocratie plutôt que sa forme. Quelqu’un disait qu’il faut désacraliser les élections en Afrique. Paul Collier en parle largement dans un de ses livres : “Wars, guns, and votes : Democracy in Dangerous Places”. C’est un amplificateur de risques de violence dans beaucoup de pays. Mais une des pistes qui ressort de toutes ces études c’est qu’il faut se battre pour consolider les contre-pouvoirs. L’érosion des contre-pouvoirs est la mère de toutes les dérives. Et paradoxalement tout le monde se bat pour le pouvoir et très peu pour ériger et préserver les contre-pouvoirs.

Qui se bat au Sénégal pour rendre la représentation parlementaire plus exigeante et moins lucrative ? Moins de députés et moins d’avantages ? Si les députés devaient recevoir justes des indemnités de session on verra moins de bataille. Pour rester en chômage payé pendant une législature. Si on leur assigne une prime de performance, nombre d’initiatives parlementaires seraient abouties, par exemple. Ils dormiraient moins à l’assemblée. Idem pour la séparation des pouvoirs, la limitation du nombre de partis, la régulation des médias de propagande publique, la démocratisation du droit de vote. Préserver la fonction publique des injonctions et du chantage politiques. Soumettre à la compétition tous les postes de direction et de chef d’agences. Réduire les mécanismes de distribution de carottes  politiques que l’Etat utilise à des fins partisanes. Voilà ce qui pourrait constituer les bases d’un programme politique alternatif.

Les acteurs de tous bords sont  obnubilés par les ‘formes” de la démocratie. Alors qu’il faut vider la démocratie de ses formes ! Pour bâtir une “substance”. Autrement cela devient un leurre avec ce cycle infernal. Surenchère pré électorale, transhumance préventive -élections chaotiques – désillusions et déceptions post électorales- transhumance post traumatique – recomposition politique – contestation – surenchère à  nouveau. Cette bande est usée. Elle se défile sous nos yeux depuis trop longtemps. La seule variante ce sont les formes de répression et la violence qui font des intrusions dans ce cycle.

NKEN

ENVIRONNEMENT : COMMENT EN FAIRE DURABLEMENT UN  LEVIER DE CROISSANCE ?   

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao 

Il y’a quelques mois, Haidar postait sur internet les images d’un drone qui montre le pillage de nos forêts par les chinois. En réalité rien de nouveau sous le soleil. Depuis l’ancien régime, ces chinois disposent de concessions sur le bois, les mines…Le plus officiellement du monde. La question de la transparence dans la gestion des ressources naturelles et dans les industries extractives est un problème très sérieux.

Le problème avec ce ministère, c’est que si nous regardons les profils des ministres de l’environnement depuis bientôt 15 ans, ils sont devenus des bouche-trous. Bathily, Mor Ngom, Thierno Lo, Djibo Ka, Abdoulaye Baldé…Si l’environnement et la gestion des ressources sont si importants, quelle est leur place dans le PSE ? Je pense qu’il y a un axe important qui mérite un approfondissement : comment utiliser l’environnement comme un levier pour la croissance ? Comment renforcer le capital naturel national (qui a été bradé jusque-là), réduire la perte écologique, minimiser les risques environnementaux (les bombes écologiques sont partout sur la zone industrielle, dans la Niayes avec l’emprise foncière, l’arène nationale, en Casamance, au Sénégal oriental avec les mines et le pillage des forêts, dans la vallée du fleuve Sénégal).

Avons-nous fait une Évaluation stratégique environnementale pour évaluer nos options à court et long terme et faire des analyses coût-avantage pour éviter que nos décisions à court terme d’exploiter ou non les ressources ne portent pas atteintes aux autres secteurs (pêche, tourisme, agriculture). On ne demande pas si ce qu’on gagne à court terme vaut les verrous qu’on peut créer en compromettant la croissance durable et inclusive.

Même Diammadio aurait pu être une occasion de réfléchir sur la ville de demain (plus verte, plus durable, plus efficace et sobre sur le plan de sa consommation d’énergie, sa gestion des déchets, une ville plus « intelligente ») pour ne pas reproduire nos villes “coloniales”. A notre humble avis, les vraies questions sont là. On nous parle tout le temps de l’emploi des jeunes. Comment promouvoir la création d’emplois verts pour lutter contre à la dégradation de la nature et participer à l’éradication de la pauvreté au niveau local (en identifiant les filières prometteuses avec les experts, les centres de formation, les universités et promoteurs privés dans le domaine du bâtiment, eau, assainissement, électricité, énergies renouvelables, la gestion des déchets). Est-ce que la formation professionnelle et académique prépare aux emplois de demain dans le contexte d’un monde en transition énergétique (le Sénégal a signé l’accord de Paris).

A notre humble avis, un ministère de l’environnement doit être capable de créer des passerelles et de la valeur ajoutée avec l’économie réelle et tous les secteurs. Aujourd’hui beaucoup de pays investissent sur leur diplomatie environnementale. Parce que c’est devenu un levier économique. Pour attirer des financements innovants, des investissements, faire faire des bonds technologiques dans les secteurs prioritaires qui portent la croissance et les emplois, améliorer le bien-être et la santé (pensons à l’impact sanitaire de la pollution chez nos populations) et enfin cela améliore l’image du pays. Nous reviendrons plus amplement sur la diplomatie environnementale.

En attendant, formulons quelques propositions urgentes :

– Réviser les accords de pêche (pour respecter la capacité de charges des océans et le partage juste et équitable des retombées avec les pêcheurs),

– Aider les pêcheurs à mettre de la valeur ajoutée sur leurs produits («pêcher moins et gagner plus» et faciliter la reconversion des pêcheurs vers d’autres activités (création de centre de métiers dans les sites de pêche, aider les fils et filles de pêcheurs à rester à l’école, etc.) ;

– Mettre en œuvre les principes de l’initiative sur la transparence dans les industries extractives ;

– Réviser les contrats miniers en cours et s’assurer que les intérêts de l’Etat et des populations sont pris en compte ;

– La création d’un seul ministère des ressources naturelles (faune, forets, mines, ressources halieutiques, aménagement du territoire) : pour une meilleure intégration, plus de cohérence dans la prise en compte de l’environnement et la mise en œuvre des engagements du Sénégal en matière d’environnement, plus de transparence dans la gestion et de meilleure capacité de négociations au niveau international ;

– Mettre en place un Fonds national de l’environnement et du développement durable qui va mobiliser des fonds (fonds de l’Etat, produit des amendes de transaction telle que prévue par la loi sur l’environnement, contributions, des donateurs internationaux, etc.) ;

– Eviter la dispersion actuelle des ressources et financer de manière durable et dans la transparence les programmes prioritaires.

Nous reviendrons une autre fois sur la diplomatie environnementale. Comment en faire également un instrument de croissance ?

Photo  : Matar Ndour. Femme bedik dans les champs de maraîchage de Kédougou

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