“BAKARY DIALLO, MEMOIRES PEULES” (DOCUMENTAIRE)

Bakary Diallo, berger peul, un des premiers tirailleurs sénégalais est considéré par certains comme le premier romancier sénégalais avec son livre “force bonté”. Il y a à vérifier si son livre est antérieur a celui de Lamine Senghor “le viol d’un pays”. Ce qui est intéressant c’est qu’il a écrit des textes en pulaar qui n’ont jamais été édités (même en wolof). Ce documentaire essaie de reconstituer ces écrits à partir de témoignages car les manuscrits ont disparus. Démarche très intéressante de reconstitution et de mémoire.

Documentaire réalisé par Mélanie Bourlet et Franck Guillemain. Cliquez sur le lien ci dessous pour voir l’intégralité du documentaire.

https://www.canal-u.tv/video/cnrs_ups2259/bakary_diallo_memoires_peules_de_melanie_bourlet_et_franck_guillemain.23168

Résumé du documentaire

“Ce film nous conduit sur les traces de Bakary Diallo, berger peul connu pour être un des premiers tirailleurs sénégalais à avoir relaté en français son expérience de la Première Guerre Mondiale dans son roman “Force-Bonté”. De retour parmi les siens en 1928, il compose en peul, sa langue maternelle, de longs poèmes chantant la beauté et la luxuriance des paysages de son enfance. Aujourd’hui disparus, la redécouverte de ses poèmes permettrait de rendre sa place à Bakary Diallo dans l’histoire de la littérature africaine.

Mélanie Bourlet, spécialiste de Langue et Littérature peule au sein du laboratoire Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noire (LLACAN), nous emmène dans un long voyage au cœur de la région du Foûta Tôro, à la recherche de ces écrits perdus. L’objet principal de sa quête est un manuscrit intitulé “Mbalam” du nom du village d’enfance du poète. A la faveur d’une mémoire orale encore vive chez les proches de l’auteur, la chercheuse parvient peu à peu à dresser les contours de l’œuvre poétique de Bakary Diallo.

Producteur : Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noire, CNRS Images, CNRS-Cultures, langues, textes 
Participation : ANR 
Réalisateur : BOURLET Mélanie  (LLACAN, UMR CNRS et INALCO, Villejuif)GUILLEMAIN Franck  (CLT, UPS CNRS, Villejuif)
Conseiller scientifique : BOURLET Mélanie  (LLACAN, UMR CNRS et INALCO, Villejuif)”

ARABES OU AFRICAINS : QUI A AGRESSE LE PREMIER ? REPONSE A TIDIANE NDIAYE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
Dans cette vidéo, ce “lugubre” historien s’attaque à l’ouvrage de l’anthropologue Tidiane Ndiaye, Le génocide voilé et à certaines thèses de l’historien Cheikh Anta Diop. Sa thèse principale est de s’interroger sur qui entre Arabes ou Africains a agressé le premier ? Après un long développement sur des aspects linguistiques pour démontrer que Tidiane n’a aucune maitrise de la langue arabe et signaler les erreurs qui en découlent, il pose l’idée que ce sont plutôt les africains qui le premier ont agressé les arabes à travers les éthiopiens qui avaient agressé la Kaaba et versé le premier sang arabe. Mieux pour lui, ce sont les africains qui sont les premiers à coloniser les arabes et ont été les premiers à attaquer les lieux de culte de l’islam.
Il insiste sur des concepts arabes, accuse Tidiane et Cheikh d’être des musulmans ou de culture arabe sur la base de leurs patronymes après avoir accusé CAD de franc maçon et contesté le fait qu’il est un panafricain. On voit bien d’ailleurs comment des thèses arabo-musulmans comme cette vidéo s’attaquent à celles de Cheikh Anta en considérant que les africains ne font que s’agripper à une brillante civilisation égyptienne et sont incapables de bâtir leur propre historicité. Voilà pourquoi, certaines thèses de Cheikh Anta Diop leur sert d’angle d’attaque pour détruire les chercheurs africains en ramènent tout à un arabisme primitif.
Finalement, il critique tout sauf l’essentiel en travestissant les faits et en confondant systématiquement les musulmans et les arabes. Il ne dit rien sur le détestable système d’esclavage arabe depuis le 6e siècle jusqu’à nos jours. Et toutes les agressions systématiques des arabes qui ont institué les eunuques (castration) au fil des siècles et décimé des millions d’africains soit pour les réduire en esclavage (y compris leurs co-religionnaires africains) soit pour leur imposer l’islam. En considérant que ce sont les africains qui sont aussi des esclavagistes. Il a absolument raison. Mais sous estimer la traite arabe, c’est un grave falsificationnisme historique pour des arabes qui ont massacré des millions d’africains au nom de leur suprématie arabe.

Bonne écoute pour vous faire votre propre idée.

LE GROUPE ETHNIQUE DES MANCAGNES. ORGANISATIONS SOCIALE ET INITIATIQUE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue 

Matar Ndour,  Ethno-photographe 

Procession des initiés et parents vers le bois sacré. Cérémonie appellée Katchacha, en Guinée Bissau. Photo : Matar Ndour

ORGANISATION SOCIALE. Très  peu connus,  les Mankagnes sont souvent confondus, au Sénégal, aux Manjaques, Pepels… Pourtant ils sont bien de notre nomenclature ethnique. Ils sont originaires de deux principaux royaumes que sont Bula et Cô dans la région de Cacheu (en République de Guinée Bissau). Cette communauté est subdivisée en plusieurs clans habitant chacun un village bien précis dans les deux royaumes. Dans Bula par exemple, on a les villages comme Dinghal, Fifou, Bipou, Boufou, Fèye, Kakook, Dabatiyar, Ponoatch, Bipou…

A Cô, on peut citer les villages suivants : Kashenatch, Timatch, Moyou, Dapa, Keet… Contrairement aux Ajamaat et autres  Sérères, les  Mankagnes ont une relative unité linguistique. Les seules différences se notent au niveau phonologique de certains mots. Toutefois, tous ces Mankagnes se comprennent même s’ils sont éparpillés entre notamment le Sénégal, la Gambie la Guinée Conakry et la Guinée Bissau.

A l’instar des sociétés wolof  et contrairement à celles Diola,  les Mankagnes sont très stratifiées avec notamment les Ba Dinghal qui constituent la famille royale. Parmi eux on peut citer les noms comme Ndecky, Kaly et Nakouye. Les Ba Fifou sont les chasseurs alors que les  Ba Boufou sont les pêcheurs, les Ba Bathiyar qui constituent la force armée.

Procession des initiés et encadreurs vers le bois sacré. Cérémonie appellée Katchacha, en Guinée Bissau. Photo : Matar Ndour

ENTRÉE DES INITIÉS DANS LE BOIS SACRÉ SACRÉ : “ON A CONFIÉ LEUR ÂME AUX FÉTICHES, ILS MARCHENT AVEC LEUR CHAIR “. Ils sont rentrés dans les bois. À travers un rituel particulier, ces initiés, avant leur ralliement à la procession, ont “confié leur âme aux fétiches. Ils rentreront dans les bois sacrés avec leur chair”. Une logique mystique pour protéger les initiés dans un bois sacré tout aussi mystique. Les conflits familiaux et leur permanence historique ont fini d’installer ces précautions. Les initiés marchent comme des zombies, insensibles à tout, regards hagards,  démarche imperturbable, enduits d’huile de palme, équipés de cornes d’antilopes et des bâtons de cannes symboles de leurs protection mystique. Sous le regard vigilant de leurs protecteurs initiés qui doivent au moins surveiller un initié.

Dans l’univers culturel mancagne,  surveiller dans une initiation deux initiés, vous ouvre la possibilité de vous marier. C’est un pré requis. Sans compter la responsabilité sociale des protecteurs de ramener vivant une chair d’initié désincarnée et sans âme. Lorsque l’initié pour des raisons multiformes décèdent dans le bois,  la responsabilité de son protecteur est totalement engagée. Il sera enterré dans le bois. L’initiation est un condensé complexe de mysticisme,  de magie, d’ésotérisme et d’apprentissages de la vie. À la sortie, les initiés retrouveront leur âme et leur sensibilité. Un univers des profondeurs et du secret. Lorsque nous avons vu ces initiés au démarrage, les yeux hagards et absents, la démarche mécanique,  on se dit comment ils arrivent à “piquer” leurs âmes et comment ils arrivent à les restituer. Un philosophe réputé disait que la magie n’est qu’un savoir élaboré. L’initiation relève de la magie sur fond de pragmatisme pédagogique qui feront de ces initiés de vrais hommes .

Le roi des Mancagnes, Mancabou au milieu en rouge. Photo : Matar Ndour

LES ÂMES DES INITIÉS ONT ÉTÉ RENDUES. L‘initiation mancagne ou “Katchacha” (une VRAIE école de la vie) a baissé ses rideaux dans le royaume mancagne de Bula en Guinée Bissau. Les clans “Dighal”, “Feye”, et “Dibatiyar” se sont retrouvés dans le bois sacré pendant une semaine pour apprendre intensivement la vie du mancagne,  de la vie à la mort. Les initiés accompagnés de leurs maîtres, avaient confié leur âme aux fétiches. Ils sont rentrés dans le bois sacré avec leur chair. Une symbolique métaphysique pour combattre les maléfices et éventuellement règlements de comptes dans ces bois sacrés séculaires. Ils sont rentrés dans le bois,  crâne rasé,  poursuivant une longue et caniculaire procession, jusqu’au triangle sacré de Bula. Accompagnés de parents, frères,  soeurs. ..Enduits d’huile de palme. Les regards hagards. Signes d’une grande insensibilité recherchée face aux épreuves attendues. Pieds nus. Torse nue. Un short comme support. Une corne d’antilope, signe protecteur dans le bois. Tête baissée. Sourds et muets.

Sortie des initiés dans le bois sacré. Photo : Matar Ndour

Une semaine plus tard, ils sont ressortis du bois. En parapluie. Toujours munis de leurs cornes. Joliment habillés. Décorés en miroirs comme pour chasser les esprits malfaisants. Mines plus présentes. L’âme récupérée. La chair toujours aussi vivante. Sous le regard fier de leurs amis et parents. Ils sont allés rendre visite à leur roi. Le Roi Mancabou dans son palais royal. Entouré de ses deux conseillers. Et de sa cour royale. Son premier adjoint ne sera pas de la partie car il est strictement interdit qu’ils se télescopent jusqu’au décès du roi titulaire. Les initiés ont dansé devant une cour royale fière de perpétuer ces traditions mancagnes séculaires toujours aussi mystiques que spectaculaires. Des traditions très similaires à celles des peuples ajamaat  (au sens extensif) confirmant les continuités historiques de peuples divisés par la géographie et l’histoire, mais toujours unis par leur proximité ou similarité culturelle.

@ Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN, août 2018. Bula,  Guinée Bissau.

ENTRETIEN AVEC SAMIR AMIN SUR L’ALTERMONDIALISME ARABE

Conduit par Neige Pointet le 2 Février 2015.

NP : Peut-on parler d’un altermondialisme arabe ?

SA : L’opinion générale, particulièrement en Occident, dans les pays européens et en Amérique
du Nord, a une vision tronquée, et peut-être un peu curieuse de ce qu’ils appellent
l’altermondialisme. Ce serait, selon cette opinion, un phénomène nouveau, un mouvement
nouveau, d’une vingtaine ou une trentaine d’années d’âge, qui aurait commencé selon les uns
avec Seattle, selon les autres à Porto Alegre.

Cet imaginaire de l’altermondialisme comme phénomène nouveau suppose que la
mondialisation serait quelque chose de nouveau contre lequel on proteste. Ce n’est pas mon
opinion, et je dirais que cela n’a jamais été celle de la majorité des peuples sur la planète. La
mondialisation n’est pas nouvelle, elle est ancienne. Pour l’époque contemporaine, que serait le
colonialisme ou le soi-disant développement mondial d’après la seconde Guerre mondiale, si ce
n’est de la mondialisation ? Bien sûr, ce n’est pas exactement la même chose d’un moment de
l’histoire à l’autre, mais en soit la mondialisation n’est pas quelque chose de nouveau. Par
conséquent l’opposition à la mondialisation en place n’est pas non plus quelque chose de
nouveau. On peut donc dire que l’altermondialisme n’a pas attendu Seattle pour exister. Qu’est-
ce que sont les révolutions faites au nom du socialisme, à  commencer par la révolution
russe ? Ce n’était pas seulement une révolution pour un changement du régime social interne,
c’est-à-dire passer du capitalisme au socialisme ; elle véhiculait également une autre vision du
monde, anti-impérialiste. Par la suite, le concept de « coexistence pacifique » impliquait aussi
une autre vision de la mondialisation, qui accepte la diversité des systèmes.

Les dirigeants majeurs du Sud présents à la Conférence de Bandung en 1955, Nasser, Nehru,
mais aussi Zhou Enlai pour la Chine, ont dit clairement : « nous voulons un autre système
mondial». Donc altermondialisation, qui accepte l’indépendance des nations et leur droit à
choisir leur régime et les formes de développement qui leur conviennent – ou qu’ils croient leur
convenir. C’est bien un plaidoyer pour la multipolarité en opposition avec le concept de
mondialisation conçue comme synonyme de l’extension mondiale du système occidental. Les
régimes sortis de Bandung peuvent donc être qualifiés d’altermondialistes. Nous avons, nous, les
peuples arabes, en Egypte et Syrie surtout, connu un mouvement altermondialiste précoce: le
Nassérisme et le Baasisme. Mouvements qui disaient ouvertement : nous voulons un autre
système mondial, fondé sur la reconnaissante de nos droits dans le système mondial.
L’altermondialisme n’est donc pas quelque chose de nouveau.

Le discours dominant décrit la période de l’après Seconde Guerre Mondiale jusqu’à la chute de
l’Union Soviétique comme la période de la Guerre Froide et de la bipolarité. Or cela est une vision tronquée de la réalité: cette cinquantaine d’années (de 1945 à 1980/90) a été une période
de multipolarité. Entre autres, les mouvements d’indépendance, de libération nationale, ont
imposé un moment de multipolarité. Il y avait certes une bipolarité militaire, mais une
multipolarité politique. Il n’y avait pas seulement deux acteurs sur la scène internationale, mais
quatre ensembles d’agents actifs:

– L’alliance impérialiste Etats Unis /Europe/ Japon, associés dans leur organisation
militaire commune, l’OTAN
– L’Union Soviétique et les pays d’Europe de l’Est
– La Chine toujours relativement autonome dans sa politique internationale
– L’alliance des régimes issus de Bandung, d’Asie et d’Afrique (les Non Alignés plus
Cuba);

Donc il y avait bien une autre mondialisation, multipolaire. Cette page est tournée, pas seulement
par la défaite de la concurrence militaire entre Etats-Unis et l’Union Soviétique, au profit des
Etats-Unis ; les projets de développement eux-mêmes, au sens large, avec leurs volets politiques,
sociaux et économiques, se sont essoufflés et ont permis l’offensive de la nouvelle
mondialisation néolibérale. Cette nouvelle mondialisation néolibérale est un désastre. C’est pour
cela qu’un mouvement altermondialiste renait. C’est un désastre pour tous : pays du Nord à
travers l’austérité permanente imposée (on l’a vu avec la réponse des Grecs), mais pour les pays
du Sud c’est pire encore : il ne s’agit pas d’austérité mais de paupérisation massive, voire de
remise en question de la survie de la centaine de millions d’êtres humains.

Cela a déclenché la nouvelle vague de « révolutions » qui n’a pas commencé dans les pays
arabes mais en Amérique Latine. Les régimes issus d’élections au Venezuela avec Hugo Chavez,
la conquête du pouvoir politique au Brésil par le PIT et Lula, la victoire de Correa en Equateur,
Evo Morales en Bolivie constituent une première vague de grands mouvements qui remettent en
question l’ordre social interne à des degrés divers, mais également le système des relations
internationales et particulièrement les rapports inégaux entre les pays d’Amérique Latine et les
Etats-Unis. Les Etats d’Amérique latine se sont insurgés contre leur dépendance vis-à-vis des
Etats-Unis et leur soumission forcée aux priorités décidées par Washington. Ils ont créé la
CELAC (Communauté des États latino-américains et Caraïbes) en 2010, une commission qui
regroupe tous les pays du continent américain – Cuba et Caraïbes de langue anglaise inclus – sauf
les Etats-Unis et le Canada. C’est donc également là une forme de mondialisation qui prône la
multipolarité et non l’uni-polarité.

Les mouvements arabes sont venus plus tard, et s’inscrivent dans ce même mouvement de
protestation à la fois contre le désastre social produit par la mondialisation néolibérale mise en
oeuvre chez eux, mais aussi contre le système mondial, en particulier contre l’expansionnisme
continu de l’Etat d’Israël et son militarisme fasciste soutenu inconditionnellement par les pays
qui ne reconnaissent pas l’Etat de Palestine.

NP : A quels degrés les mouvements de protestations des Révolutions Arabes peuvent être
qualifiés d’altermondialistes et remettent en cause le libéralisme?

SA : A des degrés divers si on compare l’Egypte, la Tunisie et la Syrie.
En Egypte : Oui, cette dimension anti-néolibérale existe. On le voit à travers le retour, bien qu’un
peu « romantique », du nassérisme. Par exemple on ressort des portraits de Nasser dans les
manifestations (bien que les jeunes générations n’aient pas connu les contributions positives et
négatives de l’époque). C’est une protestation anti-néolibérale ; et elle se qualifie de socialiste
(bien que cela soit discutable).

Mais dans le cas de la Tunisie,  je dirais presque non. Les Tunisiens, dans leur grande majorité,
semblent considérer le mouvement comme fondamentalement démocratique, c’est à dire qu’ils
ne se posent que la question de la démocratie. Ils ne la relient pas à la question du régime social
et du libéralisme économique. Pour ma part, je pense qu’une démocratie associée à la régression
sociale et non pas au progrès social est impossible. La preuve en est donnée d’une façon tragique
par la Tunisie, dans la mesure où une partie du courant est démocratique, mais ne remet pas en
cause le libéralisme. On a entendu dire : « notre régime économique n’était pas si mauvais,
c’était le régime politique qui l’était ». Cette insuffisance a ouvert la voie aux islamistes qui avec
beaucoup de démagogie prétendent remettre en question le régime social, ce qui n’est pas le cas
en réalité, tout en renonçant à l’objectif démocratique.

Le discours des pouvoirs occidentaux (Obama, Hollande, Merkel, ou Cameron) sont d’une
grande hypocrisie concernant la question démocratique. Ils n’adressent pas leurs critiques à
l’Arabie Saoudite ou au Qatar, qu’ils intègrent d’ailleurs dans la « communauté internationale »
qu’ils invoquent pour la prétendue « défenses de la démocratie » ! Par contre la dictature
« odieuse » de Bachar al Assad ou de Poutine (qui bien sûr ne sont pas des démocrates) ne leur
parait pas tolérable. Derrière cela se profile la réalité : la seule exigence des pouvoirs dans les
pays occidentaux c’est la soumission au libéralisme économique et pas à la démocratie.
D’ailleurs, ces mêmes régimes démocratiques ont soutenu la dictature militaire grecque et les
dictatures les plus sanglantes en Amérique Latine et ne trouvent aucun inconvénient au
comportement de l’Arabie Saoudite et du Qatar, et d’autres. On n’a jamais non plus remis en
question la dictature à vie de Paul Bia au Cameroun par exemple.

La mondialisation met en place le pouvoir presque unilatéral d’oligarchies financières en
Occident et ailleurs. Les pays arabes sont également frappés, sans parler de l’Algérie dans
laquelle le mouvement vise davantage que le pouvoir politique autocratique les concessions
faites par le régime après la mort de Boumediene au capital international et local associé.
La Syrie est un cas complexe et un peu différent.

Il est évident que le régime de Bachar Al Assad est autocratique. Dire que ce régime est un
régime confessionnel et exclusivement alaouite est faux. Le régime a toujours intégré toutes les
composantes de la nation – tout au moins ceux de leurs représentants qui lui convenaient du point
de vue politique – Chiites, Sunnites, Alaouites, Chrétiens. Le cas de l’Irak est semblable, le
ministre des affaires étrangères de Saddam Hussein était chrétien, ce qui n’est pas courant dans
les pays arabes et musulmans d’une manière générale.

Mais le régime, dans le temps Baasiste, appartenant à l’époque de Bandung, avec un projet de
réformes sociales progressistes octroyant des avantages sociaux (sans démocratie), s’est
essoufflé et, pour survivre, a accepté de se soumettre au dictats néolibéraux. En conséquence, la
situation sociale s’est dégradée, non pas parce que le régime est autocratique mais parce qu’il
accepte le néolibéralisme. La protestation associait des revendications démocratiques à des
demandes sociales. Si le régime de Bachar Al Assad était entré en négociations réelles avec les
courants démocratiques socialement progressistes, un compromis aurait été possible. Mais
malheureusement le régime s’est entêté et a ouvert la porte aux démagogues qui, au nom de
l’islam, ont transformé le mouvement de protestation en une guerre atroce. Ces démagogues sont
soutenus par les puissances occidentales. « Nosra (l’organisation terroriste qui a tranché des
milliers de têtes syriennes) fait du bon travail », a-t-on entendu dire par des responsables de
l’Etat en France ! Nous sommes dans une situation tragique dont je ne vois pas d’issue
immédiate.

NP : le régime de Bachar Al Assad comme résistance à l’impérialisme ? Y a-t-il une scission
entre les altermondialistes arabes soutenant le régime syrien et les autres pour sa chute, comme on a pu le voir au FSM de Tunis?

SA : Je doute que Bachar Al Assad soit un grand résistant de principe à l’impérialisme
américain. Il était tout à fait prêt à faire un compromis avec les USA, à devenir un ami, comme
dans le cas de l’Irak qui l’avait été dans sa guerre avec l’Iran. Au Forum Social Mondial de
Tunis, ni les uns ni les autres 1 ne représentaient la majorité du mouvement populaire syrien.
Deux mois ou trois avant décembre 2011, la Banque mondiale félicitait les présidents Ben Ali et
Moubarak comme des modèles. Eux ont été surpris comme toute l’opinion occidentale sans
doute. Nous n’avons pas été surpris. J’en donne une preuve : un an avant l’explosion en Egypte,
une cinéaste égyptienne 2 a fait un documentaire, à partir d’interviews de toutes les classes (des
serviteurs du régime aux plus pauvres) et conclue : « La révolution est pour demain ». Donc la
révolution n’a pas été une surprise.

1 Référence aux tensions entre les altermondialistes soutenant le régime et les autres pour sa chute.
2 Amal Ramsis.

HOMMAGE A L’IMMENSE SAMIR AMIN. CRISE FINANCIÈRE ? CRISE SYSTÉMIQUE ?

 

Un baobab est tombé. Samir Amin. Fidèle à lui même jusqu’à la fin de ses jours. Fidèle aux sciences humaines et sociales. Il y a moins d’un mois,  j’ai eu l’opportunité de le croiser à Saly dans une Assemblée générale de Greenpeace. Toujours jeune dans son esprit. Il fut immense. Une énorme perte pour l’Afrique et le monde. En hommage à ce géant,  nous publions un de ses textes portant sur : “Crise financière?  Crise systémique. Samir,  un savant généreux,  un intellectuel organique,  toujours aux premières loges pour défendre les plus faibles. Il manquera au mouvement social africain et mondial. Aux intellectuels. Qu’il repose en paix.

NKEN

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Questions de méthode

L’effondrement financier de Septembre 2008 amorce le développement d’une crise systémique majeure.

Pour comprendre la nature de cette crise, des enjeux et à partir de là imaginer les contours possibles des différents systèmes alternatifs qui émergeront progressivement des réponses que leur donneront les forces dominantes en place, les Etats et les classes dirigeantes, comme les travailleurs et les peuples dominés, il est nécessaire d’aller au-delà de l’analyse du déroulement de la crise financière à proprement parler. Mais il ne suffit pas non plus de juxtaposer cette dernière analyse et celle d’autres crises en particulier : (i) la crise de l’accumulation dans l’économie productive réelle ; (ii) la crise énergétique, concernant a) l’épuisement des ressources fossiles, b) les conséquences de la croissance associée au modèle d’utilisation de cette énergie (effets possibles sur le climat inclus), c) les conséquences des politiques de substitution mises en śuvre (agro-carburants) ; (iii) la crise des sociétés paysannes soumises à une destruction accélérée et la crise de l’agro-alimentaire qui lui est associée. Il est nécessaire d’intégrer toutes les dimensions de cette crise systémique majeure dans une analyse holistique intégrée.

J’amorcerai le débat sur cette question par une série de propositions concernant les caractéristiques majeures nouvelles du capitalisme contemporain. Deux transformations majeures se sont produites progressivement au cours des dernières décennies. Bien qu’il s’agisse d’évolutions amorcées depuis longtemps, je dirai que le changement en quantité s’est transformé en saut qualitatif.

La première de ces transformations concerne le degré de centralisation du capital dans ses segments dominants. Celui-ci est sans commune mesure avec ce qu’il était il y a seulement une quarantaine d’années. Certes les monopoles et les oligopoles ne sont pas une réalité nouvelle dans l’histoire du capitalisme, depuis l’époque mercantiliste jusqu’à l’émergence des cartels et trusts de la fin du XIXe siècle (analysés par Hilferding, Hobson et Lénine). Mais aujourd’hui on doit parler pour la première d’un capitalisme d’oligopoles généralisé qui désormais dominent dans tous les domaines de la vie économique.

Je déduirai de cette observation deux conséquences majeures.

La première de ces conséquences est que cette transform Read more

LE BUKUT, UNE ÉCOLE DE LA SAGESSE ET DE L’HUMILITE DES AJAMAAT

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com

www.ndourawaly.com

Cérémonie d’exhibition aux couteaux à Sam-Sam, Photo : Matar Ndour; aout 2018

Sam-Sam, à quelques encablures de Elinkine. En basse Casamance a pris le relais des bukut. Le bukut abrite la plus grande cérémonie initiatique du peuple ajamaat. Des milliers de personnes ont rallié ce petit village pour soutenir les futurs initiés. L’initiation est une école pour comprendre le secret des plantes, la gestion de la famille, l’endurance, l’humilité…Quelque soit ton rang, tu t’habilleras de la même façon, tu danseras. Tu sera rasé. Tu recevras des coups et des corvées. Les systèmes initiatiques changent et s’adaptent aux mutations du monde.

Cérémonie d’exhibition aux couteaux à Sam-Sam, Photo : Matar Ndour; aout 2018

Autrefois, les initiés restaient un semestre dans le bois sacré. Aujourd’hui, ils y sont en moyenne pendant un mois pour satisfaire les contraintes professionnelles et scolaires des ambathie (initiés) et adjankarou (encadrement). Le bukut était un passage obligé d’entrée en première union. C’était une étape nécessaire pour se marier. Aujourd’hui, cette exigence n’est pas strictement respectée. Elle peut même être contournée par le payement d’un dû pour entrer dans un autre bukut proche. En effet, en moyenne, les futurs initiés d’un village attendent une trentaine d’années avant d’entrer dans un bukut. A l’image de Mandegane ou Diotock restés respectivement 40 ans et 41 ans d’attente.

Cérémonie d’exhibition aux couteaux à Sam-Sam, Photo : Matar Ndour; aout 2018

Le bukut une vraie synthèse des tolérantes religieuses. Une foire initiatique pré-islamique qui accueille toutes les religions. Les contextes religieux ont leur influence sur les itinéraires et trajectoires des initiés en direction des bois sacrés. C’est cela aussi la complexité et la relativité des syncrétismes et des négociations et re-négociations permanentes entre les logiques musulmanes, chrétiennes et les tréfonds animistes qui restent le modèle prédominant des foires initiatiques du bukut. Il est vrai qu’il faut considérer les variétés de situations selon les villages. Nous sommés dans une grande hétérogénéité culturelle ou logiques métisses qui refusent des généralisations abuses. Les trajectoires religieuses, historiques modifient les rituels qu’il faut éviter d’essentialiser dans des formes caricaturales loin de leurs spécificités et complexités.

Les initiés resteront pour un temps indéterminé dans bois sacré. La date de sortie reste inconnue. Car le rapport à la date est des plus sacrés dans les environnements ajamaat. Sa diffusion respecte des procédures mystiques précises portées par des acteurs assermentés. Qu’elles sont belles les traditions du bukut. Qu’elles sont fédératrices et tolérantes. Le bukut, une vraie école au service de l’humilité, de respect de l’autre, du partage, du savoir-faire adapté. Sur ce registre, elles sont sans doute très en avance sur nos écoles formelles qui nous produisent des effrontés, des autistes, des nombrilistes et narcissiques. Alors, c’est quoi notre projet ?

© Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Matar Ndour et NKEN. Août 2018

LES MANCAGNES DU SENEGAL ET DE LA GUINEE BISSAU : FLEXIBILITE ONOMASTIQUE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com et www.ndourawaly.com

On peut observerf que l’organisation clanique des mancagnes est qu’ils dispersés entre Bula et Cô dans la région de Cacheu (en République de Guinée Bissau). A Bula nous avons les clans tels que Bapoungan, Dinghal, Fifou, Bipou, Boufou, Fèye, Kakook, Dabatiyar, Ponoatch, Bipou…Et à Cô, on peut citer les villages suivants : Kashenatch, Timatch, Moyou, Dapa, Keet… Nous notions les fortes proximités lexicales entre eux même si au plan phonologique, des différences sont naturellement observées. Des mancagnes sont stratifiés avec les familles royales, des chasseurs, pêcheurs, la force armée. Les mancagnes présentent une forte spécificité au plan onomastique. C’est le groupe ethnique qui dispose le plus de variétés de noms. Nous avons non limitativement répertorié plus de 150 noms de familles mancagnes. Ndecky, Ndeye, Kantoussan, Ntap, Bampoky, Ndioukane, Toupane, Cabou, Kanfoudy, Dionou, Boissy, Campal, Mancabo, Mingou, Niouky, Mpamy, King, Napel, Mbinkilane, Mandika, Diompy, Massaly, Oudiane, etc. On peut noter ces diversités et complexités onomastiques du groupe ethnique mancagne qui battent tous les records lorsqu’on analyse de façon croisée et comparative les autres logiques onomastiques à l’échelle de la Sénégambie, de la Guinée-Bissau voire de toute l’Afrique sub-saharienne.

Plusieurs raisons peuvent être notées à cette complexe onomastique. Les systèmes de confiage des enfants chez les parents maternels ou paternels. L’enfant qui au départ était Cabou prendrait le nom de son nouveau tuteur. Exemple : Cabou de Ndukur. Ndukur devenant son dernier nom. Cette diversité est consolidée par l’arrivée des colons et l’exigence d’avoir un état civil. De fait ce Cabou deviendra Ndukur du fait du système de confiage qui lui “impose” le nom de l’oncle maternel ou paternel. Cette flexibilité patronymique est aussi liée au fait que le nom mancagne n’a pas les mêmes sens que les noms de plusieurs peuples. Compte tenu de la complexité des systèmes claniques, le nom réfère à une sorte de “puissance paternelle tutélaire” qui en définitive risque de changer. Une sorte d’identification patronymique par procuration pour mieux ancrer son appartenance. C’est ainsi qu’on peut avoir un frère ou une soeur de même père et mère qui auront des noms différents. Cette flexibilité patronymique se retrouve notamment chez des diolas avec un état civil “paresseux” qui transcrira les “sobriquets” à l’image des familles Fabouré. Sans compter les changements patronymiques connus du fait de la violence coloniale.

© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Julliet 2018. Matar Ndour et NKEN. Bula, Guinée-Bissau

ONOMASTIQUE BASSARI : CLASSES D’AGE, RITES INITIATIQUES ET SYMBOLISMES DES MASQUES

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com  et www.ndourawaly.com

Jeune initié bassari, Kédougou, Sénégal. Photo : Matar Ndour

PAYS TENDA. Les Bassaris, les Bediks, les Cognaguis et les Badiarankés forment un groupe appelé Tenda. Ils sont localisés dans les régions de Tambacounda, de Kédougou et dans le nord de la Guinée. Après avoir abordé l’onomastique des Diolas et des Sérères, nous replongeons dans celle de Bassaris. Un peuple qui garde encore ses traditions et coutumes. Un peuple fortement attaché à ses rites et rituels, qui rythment leur vie sociale. Intéressons-nous à) différents aspects de l’onomastique Bassari : prénoms des garçons et filles, noms renvoyant à des spécialisations professionnelles, aux rites de passage, aux classes d’âge.

Jeune initié bassari dans le cadre d’un combat de lutte avec ses ainés, Kédougou, Sénégal. Photo : Matar Ndour

IMMUABILITE DES PRENOMS. Chez les Bassaris, les nominations obéissent à l’ordre de naissance des garçons et des filles. En effet, selon des traditions établies, pour les garçons, le premier enfant s’appelle toujours Cara, le second, Tama. Le troisième, Kali. Le quatrième Endëxa, le cinquième, Yera, le sixième, Pata et le septième, Mamy. Chez les filles, l’ordre des prénoms s’établit comme suit : la première porte toujours le nom de Cera, la seconde, Këma, la troisième, Pena, la quatrième, Taki, la cinquième, Ñari, la sixième, Mëti et la septième, Maca. La liste nominative des prénoms s’arrête à la septième position. Cependant, il existe une huitième position qui s’appelle Ingry qui peut être portée aussi bien par les garçons que les filles. A ces prénoms, il faut aussi noter comme dans une sorte de concordance arithmétique, l’existence de sept noms chez les Bassaris : Bonaŋ (responsable des prédictions, des savoir), Bindia (famille royale dans certains cas), Bidiar, Boubane (les gens qui sont fermés), Biès (qui provient d’une dispute avec les Boubane et qui signifie : « ceux qui sont à côté », Bianquinche (qui s’occupe de l’initiation et des rites) Bangar (aux significations multiples et complexes, mais retenons : « un grand bruit »). Notons qu’à l’origine, la société était matrilinéaire. Les noms de famille provenaient de leurs mères. Tout le système de mariage, d’héritage notamment s’appuyait sur cette lignée matrilinéaire. Il semble de plus en plus que le patriarcat a pris le dessus, avec le cadre juridique matrimonial sénégalais et les mutations sociales auxquelles les Bassaris sont naturellement confrontés.

UNE SOCIETE DE RITES DE PASSAGE. Les Bassaris, le peuple Tenda en général sont connus pour leur capacité à préserver le tréfonds de leurs rites de passage. Les initiations rythment la vie sociale et correspondent à des objectifs de socialisation codifiés voire immuables. Au cœur de ce processus initiatique, nous avons l’Afnane qui est le chef de l’initiation, nom applicable aussi bien pour les hommes que pour les femmes. L’initiation ou Koré en Bassari est un processus complexe décomposé en classes d’âge, lesquelles sont subdivisées en intervalle variable de 6 ans.

RITUALISATION DES CLASSES D’AGE. L’onomastique Bassari permet d’en distinguer plusieurs que nous citons de façon non exhaustive avec leurs correspondances nominatives :

1. La classe d’âge des non-initiés (moins de 14 ans), appelé Odumëta. Etape importante de socialisation des jeunes Bassaris pendant laquelle ils sont soumis à des épreuves spécifiques d’endurance, de courage, d’engagement, de patience, de résistance, d’adaptation, de respect. Une véritable école de la vie pour comprendre les leçons de choses. C’est la dernière étape qui marque la fin pour les non-initiés.

2. La deuxième classe d’âge (18-24 ans), les Odug, qui soumet les concernés à des séries de corvées pour les préparer rituellement à la troisième classe d’âge. Cette classe d’âge s’occupe des masques, de leurs rangements.

3. La troisième classe d’âge appelée Opalug (24-30 ans), avec des corvées qui se poursuivent lors des fêtes et activités traditionnelles. Une trentaine de corvées est prévue pour éprouver les initiés dans différents aspects de la vie sociale.

4. La quatrième classe d’âge (30-36 ans) ou Odiar qui reprend la logique des corvées pour toujours éprouver les endurances physiques, morales, éthiques des initiés. Le reste des rites de passage procède des mêmes cultures de corvées avec ses implications éducatives d’enracinement. Les Odiar sont le cœur des classes d’âge. C’est la moelle épinière. Ce sont eux qui annoncent les décès, s’occupent des rites funéraires, surveillent et conduisent les corvées.

5. La cinquième classe d’âge (36-42 ans) appelée Okuteq qui veut dire « ils ont tout fini et sont presque plus astreints à des interdits ».

6. Le Opidor (42-48 ans), est la sixième classe d’âge.

7. Le Bëcen est le reste des classes d’âge qui va jusqu’aux personnes âgées ou anciens.

Préparatifs d’un combat. Kédougou, Sénégal. Photos : Matar Ndour

MASQUES D’INITIATION OU ANUKETA. La société Bassari dispose de dizaines de masques aux fonctions multiples, utilisés durant les cérémonies d’initiation, de semis, de circoncision, de changement de classe d’âge. Les masques sont reconnaissables de par les danses et les armes portées. Le masque est un esprit incarné, surnaturel qui est le plus souvent revêtu de feuilles et de fibres, de tissus d’écorce. Ils peuvent être visibles tout comme invisibles ou se présenter juste comme un son. Le masque est l’Anuketa et il joue des rôles qui peuvent être très diversifiés. C’est ainsi que nous avons indicativement, le masque d’initiation, le anuketa and koré. Le masque de la saison sèche, anuketa and andiar. Celui de l’hivernage, Anéner ou la Bëcia qui ne sort jamais seule et qui accompagne le Anéner qui peut par contre sortir seul. La Bëcia est la femme de Anérer.

PURETES CULTURELLES ORIGINELLES ? Entre masques, rites de passage et une patronymie codifiée, la société Bassari se révèle à nous comme une des plus « conservatrices ». Elle a réussi à travers ces mécanismes initiatiques périodiques à assurer avec efficacité les contrôles sociaux de ses membres. Ces cérémonies multiples et multiformes nous donnent l’impression d’une société de « fêtards ». Ces fêtes, cérémonies, rituels ont enchâssé les Bassaris dans un système complexe ritualisé qui met en jeu des rapports entre les êtres humains et ceux surnaturels, l’homme et la nature, le sacré et le profane, Elles permettent « d’homogénéiser » les statuts et les rôles sociaux d’une société où les classes d’âge ont fini de gommer des structurations sociales inégalitaires. Il est vrai qu’en tant que société mutante, les Bassaris subissent les contrecoups des modernités, des mobilités, des brassages, des exogamies de ses enfants qui reconfigurent subtilement leur base sociologique. Jusqu’à quand arriveront-ils à préserver ces « puretés culturelles originelles » qui sont leurs références identitaires ?

N.B : Cette description onomastique reste encore en certains endroits très superficielle au regard de la complexité du fonctionnement social de la société Bassari. Les nuances sont fortes parfois de village en village. Il reste que cette description donne un cadre réaliste et général des complexités onomastiques bassaris.

Texte : NKEN
Photos : Matar Ndour

LES PEULS (CHRÉTIENS) DU SÉNÉGAL ET DE L’AFRIQUE : HISTOIRE, SYNCRÉTISME ET MÉTISSAGE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Anthropologue

A une trentaine de km de Kabendou, ancien fort militaire vivent des peuls chrétiens. Ils sont 300 âmes et constituent presque 10% du village de Pakour Maoundé dans le département de Velingara, région de Kolda. Contrairement à des préjugés bien ancrés, il existe au Sénégal, des peuls d’obédience chrétienne. Le christianisme y est établi et il prend de l’ampleur avec un phénomène d’apostasie qui amplifie les effectifs. J’ai eu l’opportunité d’y avoir séjourné depuis bientôt plus de 10 ans et par curiosité d’avoir suivi plusieurs messes dominicales pour mes propres envies personnelles du temps de l’abbé Martin Ngom. J’ai pu observer que les prêches, chants se font en peul. Une vraie adaptation. Les peuls portent les noms connus des musulmans : Boiro, Balde, Kande, Gano, Diallo, Diao, Sabaly. Une vraie mosaïque culturelle et religieuse dans un contexte de grande tolérance religieuse et de dialogue islamo-chrétien. C’est aussi cela le Sénégal même si des mutations discrètes laissent penser que ce dialogue et cette tolérance subissent les contrecoups à évaluer avec finesses.

Amselle note dans Logiques métisses les dynamiques du syncrétisme ethnique. L’essentialisme ethnique est un construit et que l’histoire nous renseigne que des peuls sont devenus des malinkés ou inversement, des bambaras devenus des malinkés. ..Bastide parle aussi de ce syncrétisme religieux du côté du Cameroun ainsi que Amadou Hampathé Ba de ces peuples peuls du Macina. Les peuls, un groupe éthique fascinant qui est à la fois hébreux, chrétien, musulman, animiste. Un vrai arc-en-ciel culturel, géographique, religieux. C’est ainsi que nous trouvons encore en Afrique des rites Kabillistiques hébreux pratiqués par les peuls qui ont cheminé pendant longtemps avec ces derniers compte tenu de la proximité de leurs métiers de bergers.

Voici ce qu’en dit l’écrivain Thierno Diallo : “Les vrais éleveurs, ceux qui consacraient toute leur existence à l’élevage d’immenses troupeaux de bovins qui, aux yeux d’un profane, ne leur servaient à rien, appartenaient à une ethnie différente de la plupart des ethnies de l’Ouest africain. On les a désignés sous plusieurs noms (peul, poel, ful, fula, fellata, fulakunda, fulaani, fulga, fulle …) mais eux-mêmes se disaient pullo (plur. fulɓe) Population à vocation essentiellement pastorale, les Peuls ont suscité un intérêt certain dans le milieu savant au cours de ces cents dernières années, surtout depuis que l’intérieur de l’Afrique est connu.

Leur origine demeure encore énigmatique et leurs migrations incertaines. Qui étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Maints anthropologues, géographes, ethnologues, historiens et explorateurs, ont tenté de donner une réponse à ces questions. De toutes ces hypothèses, les plus sérieuses, les plus cohérentes semblent être celles qui font venir les Peuls de la vallée du Nil. D’après elles, ils seraient des descendants d’anciens Egyptiens, Nubiens, Kouchites (du royaume de Kouch-Méroé) et de certaines tribus ou nations éthiopiennes, c’est-à-dire, issus des populations de l’ancienne Abyssinie. C’est sans doute dans cette direction qu’il convient d’orienter les recherches sur l’origine des Peuls nomades dispersés dans tout l’Ouest africain, de la vallée du Sénégal au bord du lac Tchad, présentant partout les mêmes traits, les mêmes caractères et le même genre de vie. On n’en compte aujourd’hui plus de 20 millions répartis aux quatre coins de l’Afrique. Une autre version sans doute plus mythique estime ceci “les peuls disent que leur origine remontent à “l’homme de Thor”, une ville du Sinaï d’où ils sont ensuite partis vers l’Égypte. À l’origine, il n’y avait que deux clans chez les Peuls, les Ba et les Ka. Les Ka ont donné les Kane, les Dia et les Diallo, un surnom de guerre qui veut dire “le résistant, l’indomptable “.

Quant à leurs migrations elles ont dû se produire à des époques différentes. On pourrait les diviser en deux phases :

La première aurait eu lieu à travers le Sahara, un Sahara humide qui n’était pas encore le désert. Partis de la vallée du Nil, les Peuls ou leurs ancêtres (les pasteurs à bovidés dont les traces subsistent sur les parois rocheuses du Tassili) seraient arrivés dans le Hodh de la Mauritanie actuelle, à une époque fort ancienne, “préhistorique”. La seconde, commencée dans le haut Moyen Age se prolonge encore en plein XXè siècle. Après avoir atteint les rives du Sénégal, les Peuls (incontestablement les mêmes que ceux d’aujourd’hui) commencèrent à reprendre le chemin inverse de l’ouest vers l’est, en direction du lac Tchad, comme pour rejoindre leur pays d’origine, les régions nilotiques ? Cette phase dite “historique” se déroula à travers la savane, beaucoup plus au sud du Sahara devenu entre temps un désert.

C’est au cours de leurs pérégrinations “historiques”, véritable odyssée, que les Peuls seraient arrivés dans le massif montagneux habité par les Jalonké. Peut-être que les premiers d’entre eux seraient venus en même temps que les Jalonké et constitueraient ainsi la plus ancienne vague de pénétration peule ? En tous cas les Jalonké ne semblent pas s’être trompés en les appelant pulli (ou puuli).

Crédit photo : Matar Ndour (www.ndourawaly.com)

NKEN

INTERVIEW NDUKUR. EXPOSITION PROJET ETHNO-PHOTOGRAPHIQUE MATAR NDOUR ET NDUKUR A ZIGUINCHOR

Du 15 au 31 mars 2017, le photographe Matar Ndour et le socio-anthropologue Abdou Ndukur Kacc Ndao ont exposé dans la galerie Zig Zag de l’Alliance française de Ziguinchor au Sénégal. Une exposition qui a pour thème les signes et symboles. Plusieurs cultures ont été exposées parmi lesquelles les bedik, bassaris, ajamaat, les sérères, peuls et lébous du Sénégal et les bijagos de la Guinée Bissau.
Dans cet entretien avec le Groupe Média du Sud, Mme Sankourou Tamba revient avec Ndukur Kacc Ndao sur les principales symboliques de cette exposition.
Entretiens…