CASAMANCE : FAUT IL UNE COMMISSION VERITE ET RECONCILIATION ?

Abdou Ndukur Kacc Ndao

ww.ndukur.com et www.essabc.com

Xavier Diatta dans son magnifique ouvrage Fuji Di Terra le suggère ouvertement. Le fond de cette proposition est très pertinente car je vois mal comment résoudre cette question sans se parler. Nous avons tout fait pour faire de cette crise une opposition entre l’Etat du Sénégal et le MDFC. Nous avons beaucoup parlé avec le MFDC en tant qu’entité politique et militaire dans ses différentes composantes. Nous avons très peu parlé aux casamancais qu’ils soient dans la rebellion formellement, qu’ils soient en dehors mais épousant les idéaux de la rebellion (indépendance ou plus de justice et de considération pour la Casamance).

Rebelles ou pas rebelles. Indépendantistes ou républicains. Partisans d’un statut spécial ou du statu quo administratif actuel. Tous et toutes ont subit cette guerre dans leurs chairs. Chacun a perdu un frère ou une sœur. Chacun a eu une sœur ou une parente violée Chacun a eu un frère ou une sœur disparu(e) dans les forêts casamancaises. Chacun a eu un frère ou une sœur injustement arrêtée sur la base d’un système de délation incroyable avec ses exactions et crimes. Chacun a un frère ou une sœur victime des mines en se rendant dans les champs ou les bolongs.

Ils sont encore des milliers de casamancais qui ont quitté définitivement leurs villages et qui n’osent plus y retourner car menacés de mort par leurs propres frères parce que considérés comme des collabos. Les coupables sont connus. L’Etat du Sénégal et le MFDC, tous les deux incapables de protéger les casamancais si ce ne sont des officiers de la hiérarchie militaire et politique de ces deux entités qui se sucrent et pavanent dans le monde au nom du peuple casamancais.

Jamais la paix n’a été aussi proche et jamais une accalmie si réelle et prolongée. Mais, comme le suggère Xavier Diatta il faut se parler. Parler de ces crimes même si c’est dans un esprit de dépassement mais pas d’impunité. Il faut faire le point sur cette jeune fille violée sur le pont de Ndiambalang dit il. Il a raison. Les crises de fond doivent se résoudre par des approches de fond.

La Casamance a toujours été en résistance permanente contre tous les ordres qui dépassent la matérialité administrative actuelle du Sénégal. Elle s’est battue contre les impôts de capitation de Faidherbe aux prix que nous connaissons. Elle s’est entre-déchirée pour le contrôle des rizières. Elle a résisté face aux razzias et conversions islamiques et chrétiennes. Elle est une des rares a conservé encore ses systèmes initiatiques, son mode d’organisation socio-politique même s’il est édulcoré par les réformes coloniales et post coloniales. Elle est rebelle la Casamance. Contre des systèmes qui ne veulent pas respectés sa spécificité. D’où l’urgence de se parler au lieu de croire qu’avec la force et la peur on va résoudre ces questions difficiles.

Voilà qui fonde, le temps de réfléchir sur les modalités, ma conviction tout comme Xavier Diatta d’aller vers une réconciliation-pardon. Dans la dignité mais pas dans l’impunité.

NKEN

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