CARTOGRAPHIE ETHNO-LINGUISTIQUE DU SENEGAL

LE SÉNÉGAL, UNE BELLE DIVERSITÉ LINGUISTIQUE

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Abdou.Ndao@ndukur.com

Sur une population mondiale de 7,294,154,164 d’habitants, nous avons 7097 langues vivantes. Contrairement à des préjugés bien tenaces, c’est l’Asie qui enregistre le plus de langues vivantes avec 2296, soit 32% et 3,929,931,706 de locuteurs. L’Afrique vient en seconde position avec 2,139 langues soit 30.1% pour 847,791,487 locuteurs. Suivent respectivemeant le Pacific avec 1,313 langues soit 18.5% représentant 6,854,607 locuteurs, des Amériques qui accueillent 1,062 langues soit 15.0% pour des locuteurs estimés à 49,090,069 et l’Europe qui ferme la marche avec seulement 287 langues ce qui donne 4.0% pour 1,672,591,291 de locuteurs.

Quid de notre pays ? D’une population de 13,509,000 (Recensement de 2013), le Sénégal contrairement aux idées reçues compte 38 langues. Commençons par les plus méconnues de notre si divers univers linguistique : les Badiarankés, les Bainouk-Gunyaamolo, les Bainouk-Samik, les Balantes-Ganja, les Bandial, les Bayottes, le Créole, les Edjamat, le Kusiilaay, le Hasaniya, les Dialonké, les Diola-Fogny, les Diola-Kassa, les Diola-Karone, les Keeraku, les Cobiana, les Boukot-Diola, les Lehar, les Bedik, les Gulompaay, les Ndoute, les Noon, les Onëyan, les Palar, les Saafi Saafi, les Wamei, les Khasonke, Manjak, les Mancagnes, les Malinké, les Mandingue, les Kwatay, les Soninke..

Il faudra y joindre celles qui sont les plus connues : les Wolof, les Pular, les Sereres sine…et bien sur le Français. On voit bien les diversités linguistiques de notre pays. Ces langues existent et sont parlées à différents niveaux de notre pays, même si elles n’ont pas la même représentativité démographique. Elles ont la même dignité linguistique.

Dans un autre post, nous reviendrons sur les localisations attachées à ces différentes langues. Rappelons que toutes ces langues au plan linguistique sont globalement rangées dans la catégorie des langues du Niger Congo et dans la subdivision des langues Bak. Qu’il est important d’enseigner cette diversité aux jeunes générations pour qu’on arrête de saisir le Sénégal sous les prises linguistiques déformantes du Wolof et du Français.

DIVERSITE SOCIO-LINGUISTIQUE ET LOCALISATION GÉOGRAPHIQUE

Le Sénégal compte 13,509,000 d’habitants (Recensement de 2013). 38 langues y sont parlées en différents endroits du pays. Ces langues ne sont pas exclusives. Elles sont aussi compte tenu des proximités historiques parlées pour certaines au Mali, dans les Guinée…Faisons l’état descriptif sommaire des lieux.

  1. Le Badiaranké ou Badiara est parlé dans les régions de Tambacounda et Kolda notamment à l’est du fleuve de Koulountou. Il enregistre environ 2100 locuteurs.
  2. Le Bainouk-Gunyaamolo ou Banyung ou Elomay est parlé dans les régions de Ziguinchor et Sédhiou du côté de Niomone, Kassankil, Tobor, etc. On peut signaler quelques locuteurs à Kaolack,Tambacounda, Dakar.30.000 sénégalais parlent cette langue.
  3. Le Bainouk-Samik. Il est parlé vers la zone Samik à une vingtaine de Km à l’est de Ziguinchor. Il représente 1850 locuteurs.
  4. Le Balante-Ganja ou Fjaa ou Fraase sont environ 96.000 locuteurs et sont localisés entre le Goudomp et le Tanaff.
  5. Le Bandial ou Eegimaa ou Gubanjalay, 13.000 locuteurs dispersés entre Affiniam, Badiate-Grand, Bandial, Batinier, Brin, Elubalir, Enampor, Essil, Etama, Kamobeul, and Seleky…
  6. Le Bayotte ou Baiote du côté du village de Nyassia avec 19.000 locuteurs.
  7. Le Créole ou Créole afro-portugais de Casamance ou Créole casamançais ou Kriulo, 10.000 locuteurs du côté notamment de Ziguinchor, Kolda.
  8. Le Ajamat ou Feloup avec 2230 locuteurs répartis entre Oussouye, Kahem, Efok, Youtou.
  9. Le Jola-Fogny ou Kujamataak ou Kújoolaak kati Kúfooñaak parlé du côté de Diouloulou, Soungrougrou, dans la zone de Bignona, à Ziguinchor…Pres de 340.000 locuteurs.
  10. Le Diola Kassa ou Bácuk parlé principalement dans le Bignona et le Oussouye du côté notamment de Hitou et Niamoune. 45.100 locuteurs.
  11. Le Diola Karone ou Karoninké, Kouloonaay, Kulonay, 9600 locuteurs. Parlé à Diouloulou, Kafountine, les Iles…
  12. Le Keerak ou Keeraku ou Her parlé vers le Kabrousse avec 15.000 locuteurs.
  13. Le Cobiana ou Guboy ou Uboi, 500 locuteurs presque en voie d’extinction. Il est parlé dans la région de Ziguinchor vers la frontière gambienne.
  14. Le Kwatay parlé notamment à Diembering, Bouyouye, Nyikine, Boukot-Diola, Parlé par 7200 locuteurs.
  15. Le Lala ou Lehar ou Serere parlé dans la zone de Pambal, Mbaraglov, Dougnan à Thies et Tambacounda. 14.000 locuteurs.
  16. Le Mandingue ou Mandingo ou Socé. Parlé dans les régions de Sédhiou; Ziguinchor, Kolda, 669.000 locuteurs.
  17. Le Malinké ou Maninga ou Maninka de l’ouest localisé dans les régions de Kédougou, Tambacounda, Kolda avec 1.300.000 locuteurs.
  18. Le Mandjaque ou Kanyop ou Majak ou Mandyak ou Manjaaku ou Manjaca ou Manjaco, ou Ndjak dans les régions de Sédhiou, Ziguinchor avec 121.000 locuteurs.
  19. Le Mancagne ou Bola ou Mancang, Mancanha ou Mankaañ ou Mankanha ou Uhula.dans les régions de Sédhiou, Ziguinchor. 34.000 locuteurs.
  20. Le Ménik ou Bande ou Basari du Bandemba ou Bedik ou Budik ou Tandanke ou Tenda ouTendanke à Kédougou avec 2500 locuteurs.
  21. Le Mlomp ou Gulompaay, ou Mlomp du Nord parlé dans le Mlomp, Tendouck, Tiobon avec 6200 locuteurs.
  22. Ndout, 43.000 locuteurs localisés à Thies notamment à Thies ville et la Côte Atlantique.
  23. Noon ou Serer-Noon avec 32.900 locuteurs toujours localisés dans la région de Thies.
  24. Palor ou Falor, Palar, Serer, Siili, Siili-Mantine, Siili-Siili, Waro, à Thies et représente 12.000 locuteurs.

25 Oniyan ou Ayan, Basari, Bassari, Biyan, Onian, Tenda Basari, Wo, 15.000 locuteurs entre Kédougou et Tambacounda.

  1. Saafi-Saafi ou Saafi, Safen, Safi, Sereer Saafen, Serere-Saafen, Serer-Safen 200.000 locuteurs dispersés entre Popenguine, Ngékokh, Thies, Dakar…
  2. Sérère-Sine ou Seereer, Seex, Sereer, Serer, Serer-Sin, Serrer, Sine-Saloum, Sine-Sine; 1.380.000 locuteurs entre Fatick, Kaolack, Thies, Kaffrine, Thile-Boubacar…
  3. Soninké ou Sarakole, Sarakolle, Sarakule, Sarakulle, Sarangkolle, Saraxuli, Serahule, Soninkanxanne.avec 281.000 locuteurs. On les trouve notamment dans les régions de Tambacounda,Matam à Kanel, Kolda au nord de Vélingara; Bakel, Ouaoundé, Moudéri, Yafer…
  4. Wamey ou Conhague, Coniagui, Koniagui, Konyagi 21.000 locuteurs principalement à Kédougou et une petite partie à Tambacounda.
  5. Xaasonga ou Kasonke, Kasso, Kasson, Kassonke, Khasonke, , Xaasongaxango, Xasongo, Xasonke, 10.000 locuteurs dans la région de Tambacounda.
  6. Jalunga ou Dialonké, Djallonke, Dyalonke, Jalonké, Jalunga xuwiina’, Yalunka, Yalunke; 10.000 locuteurs à Kédougou et dans les zones transfrontalières avec le Mali et la Guinée.
  7. Wolof ou Ouolof, Volof, Walaf, Waro-Waro, Yallof, 5.210.000 locuteurs. Parlé un peu partout au dela de ses bastions traditionnelles : Djolof, Cayor, Baol, Saloum…

33.Pulaar ou Peul, Peulh, Pulaar Fulfulde, 3.450.000 locuteurs localisés notamment dans la région de Saint Louis et relativement un peu partout à travers le Sénégal.

34.Pular ou Fouta Dyalon, Fullo Fuuta, Futa Fula, Futa Jallon, Fuuta Jalon, 150.000 locuteurs notamment dans les régions de Dakar, Sédhiou, en Basse Casamance…

  1. Fulah qui est une macro-langue qui comprend notamment le Adamawa Fulfulde et qui est parlé entre le Cameroon, le Tchad, le Bénin, le Niger, le Mali, le Nigeria….
  2. Hassaniyya ou Hasaniya, Hasanya, Hassani, Hassaniya, Klem El Bithan avec 162.000 locuteurs entre Saint-Louis et Matam.
  3. N’ko qui ne correspond pas spécifiquement à un groupe ou communauté ethnique. C’est une forme de mixte langagier qui est presque en voie d’extinction.
  4. Le Français langue nationale de travail parlé par 3.870.000 locuteurs.

Pour le dernier post, nous mettrons principalement l’accent sur les systèmes de classification de ces langues et les similarités dialectales qui permettront de mieux comprendre la portée des langues nationales et des dialectes identifiées.

LANGUES NATIONALES ET SIMILARITÉS LEXICALES

Nous terminons notre cheminement relatif aux langues parlées dans notre pays. Rappelons que l’exposé de ces langues s’est voulu restrictif car la grande majorité de ces langues est à la fois parlée au Sénégal, au Mali, en Guinée Bissau et Conakry et au-delà. C’est un choix méthodologique qui a ses limites. Nous pourrions revenir plus tard sur la transversalité de ces langues.

Par ailleurs, notons qu’au plan des classifications linguistiques, le gros lot de nos langues est classé sous la division des langues NIGERO-CONGOLAISES et sous la subdivision des langues BAK. On peut dans cette subdivision citer le Ballante, le Bandial, le Bayot, le Edjamat, le Gusiilaay, les Diolas Fogny, Kassa, Karone, le Keeraku, le Kuwaataay, le Mancagne, le Mlomp,

Il existe aussi une autre subdivision MANDING avec notamment le Xaasonga, les Malinkés, Mandingue, Jalonké. La subdivision des SONINKE avec le Soninké. La subdivision des Sereres : Serere-Sine, Celle de CANGIN avec les Saafi-Saafi, le Palor, le Noon, le Ndut, le Laalaa, La subdivision du FULAH avec le Haalpulaar, Pular, Fulah, La subdivision du TENDA : Oniyan, Ménik, Badiarankés. La subdivision SEMITIQUE : Hassaniyya, La subdivision CREOLE : Créole, La subdivision BANYUN : Bainouk-Samik, Bainuk.

Ces langues sont diverses et plurielles mais elles ont aussi plusieurs similarités lexicales qui permettent de compléter un système de classification toujours relatif.

Ainsi le Bainuk a plusieurs similarités avec le Kobiana qui est en voie d’extinction et le Kasanga de la Guinée Bissau. Le Bandial est composé de plusieurs dialectes comme le Affiniam, le Elun (Hulon, Kujireray, Kuluunaay). Au plan des similarités lexicales, on pet noter 74% entre le Bandial et le Affignam.76% entre le Bandial et Elun. En ce qui concerne le Baillotte, on peut noter 15-18% de similarités lexicales avec différentes variétés du Diola. Le Diola Fogny a aussi plusieurs dialectes parmi lesquelles ont peut citer le Buluf, le Kombo, le Kalounaye, le Narang. Ainsi entre le Diola Fogny et le Diola Kassa par exemple, il existe 68% de similarités lexicales. Le Diola Karone a aussi 64% de similarités lexicales avec le Mlomp. Il existe 70% de similarité entre le Kerak et le Edjamat. Aux dernieres nouvelles, ce taux avoisine maintenant les 90%. Le Kuwaataay, 40% de similarités avec plusieurs langues Diola.

Lorsque nous quittons la subdivision des langues BAK pour aborder celle des CANGIN, on peut constater qu’entre le Noon et le Laalaa, nous avons 52% d’intelligibilité et 84% de similarités lexicales. 74% de similarité entre le Laalaa et le Saafi-Saafi. 68% entre le Laalaa, le Palor et le Ndut et 22% avec le Serer Sine.

Abordons la subdivision des langues MANDINGUES pour noter qu’entre le Mandingue et le Kalanke, nous avons 79% de similarités lexicales. 75% avec le Jahanka, 70% avec le Xaasongaxango, 59% avec le Maninkakan de l’Ouest, 58% avec le Maninkakan de l’Est, 48% avec le Bambara. En ce qui concerne le Diakhonké, nous avions une similarité de 59% avec le Mandinka. Qui de la subdivision des FULAH avec ces dialectes ? On peut y signaler le Toucouleur (Fulbe Jeeri, Haalpulaar, Pulaar, Tokilor, Tukolor, Tukulor), le Fulacunda (Fulakunda, Fulkunda). On peut observer un excellent taux d’intelligibilité entre ces différentes dialectes.

Nous aurions pu poursuivre cette analyse comparative sur les taux d’intelligibilité et les similarités lexicales entre ces différentes langues et leurs dialectes. La conclusion provisoire qu’il faut tirer est que malgré la diversité, les taux de similarités sont relativement conséquents et nos langues ne sont pas si cloisonnées qu’on le prétend. Bien évidemment, cette comparaison a du sens à l’intérieur des subdivisions linguistiques. Ces similarités et intelligibilités sont de puissants instruments pour finaliser les codifications de nos langues nationales. un effort conséquent est déjà fait. Il faut l’amplifier et porter les langues restantes à la même dignité que celles déjà codifiées.

Photos : Matar Ndour

ANKN

 

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