LA RÉPUBLIQUE, LES CARICATURISTES ET LES PÂLES DESSINATEURS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
www.ndukur.com

Janvier 2016 tirait sa révérence quand avant de mourir de sa belle mort, il nous léguait l’histoire douloureuse des sacs de Seck Waly. Le jeune Waly sortait avec un sac et notre vieille république tremblait dans un brouhaha de honte et d’invectives. Les branchés et fans du jeune artiste seront pourchassés et agressés comme de vulgaires homosexuels pour une société pourtant naguère tolérante voire complice de ces désorientations sexuelles hors normes admises. Il est vrai toutes proportions gardées. Fin 2018, Waly, toujours artiste perspicace redonne des sueurs froides à cette république des apparats et des apparences surveillée par des moralisateurs désincarnés et incapables de respecter la liberté d’expression des artistes. Il nous est revenu avec ses dentelles. Certains qui sont en check down en nous offrant l’image de slips troués reviennent lui faire la leçon. D’autres voient chez eux des filles sous leur responsabilité sortir les fesses et seins en l’air dans les rues érotisées de Dakar…Sans crier haro ! Nous sommes ainsi en pleine apothéose du désespoir …certains Sénégalais font feu de tout bois et se nourrissent de ces buzz.

Fin janvier 2016, c’etait aussi le grand péché de la caricature du Cheikh du mouridisme par Jeune Afrique. La mobilisation s’amplifia crescendo pour dénoncer des lobbies homosexuels derrière cette énième attaque contre l’islam et ses Cheikhs. D’ailleurs, le rectificatif de JA était juste subtile car, à y regarder de près, la caricature remplaçante n’avait fait que conceptualiser une image proche d’un imam. Sans doute cette nouvelle caricature avait t-elle échappé à plusieurs observateurs, la caricature étant un métier d’une redoutable et renversante subtilité. Tous les imams du monde devraient d’ailleurs battre le macadam dans toutes les villes pour se plaindre de la caricature de substitution. N’empêche, le plus important aussi est de lire la façon dont les adeptes du Cheikh ont perçu dans leur intériorité cette caricature satanique.

Cette caricature donne l’occasion de parler de nous-mêmes et de notre rapport à nos saints. En vérité, la véritable caricature originelle, dans ce Sénégal, c’est d’avoir fait de nos grands marabouts soufis des “icônes” qui sont associées à tout et très peu à l’essentiel …Nous louons leurs louanges sous les tentes et dans les cabarets aux lumières tamisées. Nous jurons en mentant souvent en leur nom. Nous les associons à toutes sortes de déviationnisme et de folklore. Et presque jamais, personne ne pipe mot ou très timidement ! Même lorsque les familles confrériques mettent en garde contre ces déviances, les violations symboliques se poursuivent.

Voilà pourquoi ce jeune garçon, Waly Seck, à peine sorti de la puberté, et qui comme par magie fait un “leapfrog”, grand saut pour entrer dans le monde nouveau du show-biz, met dans un seul registre et son sac mimétique et son statut de “Baye Fall” et cette trouvaille vestimentaire qui hérisse les poils à fleur de peau des parangons autoproclamés de leur ordre moral contre la créativité artistique du jeune homme. La vraie “rectification” aurait été de demander que nos cheikhs ne soient plus mêlés à des formes d’associationnisme non religieux, véritables gangrènes sur leur dos. Cette « rectification » tardera à arriver tant le contrôle social a enfanté une société d’une très vieille démagogie. Il y a la vérité des “salons feutrés” et la vérité du consensus public avec ses profondeurs démagogiques particulièrement à la sénégalaise à plusieurs variables morales. Voilà le mal profond d’un pays qui manifeste contre des caricatures légitimement mais qui défie dans le mensonge et l’associationnisme quotidien ses cheikhs.

Au Sénégal, il y a des narratifs magico-religieux que personne n’ose questionner. Ils ont été distillés de la même manière : par le tapage et l’intimidation presque organisés tellement, ils sont réguliers. Notre pays continue d’entretenir le mythe du « doomu Soxna »Seigneur ! comme si nos braves mamans à nous qui prient avec leurs forces matinales au plus profond d’elles n’étaient pas aussi vertueuses, si dévouées, et totalement dignes de nous et pour nous … Au point que nous devons tous payer cette tare “congénitale ” par une “soumission ” à un ordre qui n’est pas celui du grand et unique maitre et juge incontestable de ses suiveurs. Pourquoi ce principe serait-il une exemption sénégalaise qui d’ailleurs ne saurait prétendre ni à la paternité berceau de l’islam ni à celle de la piété la plus sacrée de la umma ?

Cette sacrée « anomalie » aurait même traversé l’espace politique, avec en toile de fond, des logiques dépassées de castes enfouies dans les subconscients pour neutraliser des adversaires politiques. D’où le dilemme entre l’égalité et l’équité. Nous pouvons bien « manger » l’argent des «castés ». Mais nous rechignons à ce qu’ils nous dirigent au nom de nos factices positionnements sociaux d’une autre époque. Certaines castes l’ont bien compris d’ailleurs et utilisent leurs ressources pour « s’ennoblir ». Nous devrions un jour faire face à nous-mêmes et accepter de gérer ces contradictions qui ne grandissent pas notre nation.

Comment bâtir une république de “Nawlė” tout en reconnaissant nos différences héritées à notre insu ? Nous vivons au quotidien ces formes perverses de falsification historique et religieuse qui nous dispensent de nous regarder en face. Pourtant le discours de nos saints est sans équivoque sur l’urgence de retourner à Dieu et ses recommandations. Des minorités sociologiques efficaces dans la manipulation ont fini d’infiltrer tous nos espaces politiques et religieux pour dénaturer les véritables enseignements de nos respectés guides religieux qui sont au-dessus de tout soupçon matérialiste.

Nous pouvons continuer de feindre nos peurs et nos démagogies, la véritable caricature qui mérite une vraie mobilisation religieuse est de se battre contre tous ces pâles dessinateurs qui révisent et violent par caricatures et/ ou par mélodies endiablées au quotidien les enseignements exceptionnels de nos saints et guides religieux. Sous ce rapport, il nous faut exorciser toutes les caricatures et faire face à nos nous-mêmes sans honte et dans la dignité pour construire une République réconciliée avec des valeurs intrinsèques de foi et de principes émancipés.

NKEN

LE GROUPE ETHNIQUE DES PEPELS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Ethno—photographe
www.ndukur.com
www.ndourawaly.com
A l’instar des Balantes, des Mancagnes, des Manjaques…, les Pepels sont encore plus méconnus. Ce sont des populations qui vivent principalement en Guinée Bissau et au Sénégal, notamment à Ziguinchor (dans les quartiers de Santhiaba et Tiléne) et à Dakar (Grand Yoff). L’histoire renseigne que certains sont originaires de la région de Biombo en Guinée-Bissau.
Tout comme les Mancagnes, trois raisons principales expliquent leur mouvement vers le territoire qui deviendra le Sénégal. Ce sont d’abord les raisons sociales, puis les raisons économiques (du fait du déséquilibre économique qui existe entre les deux puissances colonisatrices après la signature de la convention franco-portugaise de mai 1886) et enfin les raisons politiques (guerre de libération des années 70s).
Regroupé sous la dénomination générique abusive de “langues minoritaires”, du fait de la faiblesse des locuteurs, le “pepel est une langue de l’ensemble Niger-Congo, de la branche ouest atlantique du groupe Bak” (Ndao, 2010). Nous pouvons distinguer 5 sous-groupes linguistiques : biombo, prabis, safim, bigimita et tor qui se comprennent entre eux. Cependant, force est de constater que le statut linguistique des Pepels est très complexe du fait qu’ils (Pepels du Sénégal) ont délaissé leurs langues au profit du créole, utilisé comme langue inter-groupe et le wolof comme langue véhiculaire.
Au plan des ordres, les Pepels ont un roi qui se nomme Kasima Ko. Ils sont souvent tisserands et portent des noms comme Ko, Ka, Té, Sah, Indi, Nanky. En Guinée Bissau, les personnalités tels que João Bernardo Vieira, ancien président de Guinée-Bissau et le général Veríssimo Correia Seabra, ancien chef d’état-major sont membres de cette communauté. Au Sénégal, nous pouvons citer Jules Francois Bocandé, ancien international de Football.
© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN. Novembre 2018

ATTENTION, DANGER !

Le nouveau slogan de campagne du Gladiateur serait …. « Vaincre ou mourir ». Mais la démocratie peut-elle se réjouir d’une telle alternative guerrière porteuse de violence et de souffrances ? Ce cri de guerre n’apparait-il pas, plus comme un défi ou une menace, qu’une invitation au peuple à lui accorder sa confiance ? On peut se demander légitimement ce qui a amené cet « enfant du peuple » plus préparé à s’occuper des vaches et à labourer la terre, à qui la démocratie a permis d’atteindre les sommets de l’État, à épouser un esprit kamikaze pour garder les rênes du pouvoir. Cette posture suicidaire serait-elle motivée par un désir inassouvi de jouissance du pouvoir ou par la peur de devoir rendre des comptes après sept longues années de forfaits et de forfaitures ?

De tels propos, au moment où Ndoumbélaan se réjouit d’avoir résisté, grâce à sa maturité politique et citoyenne, aux démons de la violence qui hantent le sommeil de nos voisins, ne sont pas s’en rappeler un autre slogan qui a failli détruire un pays frère que nous chérissons : « On gagne, ou on gagne ».
Mais le Gladiateur est-il réellement prêt à mourir ou se prépare-t-il à semer la mort dans le royaume pour se maintenir au pouvoir ? Prions pour que les élections à venir soient autre chose qu’une épreuve de force où la kalache moins usuelle en démocratie prendrait la place des cartes d’électeurs. Il est en tout cas à craindre qu’il emporte des vies avant de partir, puisqu’il partira. Car il partira parce que le pouvoir éternel n’appartient qu’au Seigneur, et il n’est pas le Seigneur.

Ndoumbélaan a renié Le Gladiateur, condamné sa façon de gouverner, souffert de ses promesses non tenues, regretté la disqualification des mœurs politiques et même des valeurs morales tout court. Cette évidence, les citoyens l’ont exprimée en public et ruminée dans leur intimité. Et ce ne sont pas les théories moribondes d’un communiste flagorneur repu après soixante ans de disette, ou reconverti aux vertus du libéralisme qui vont convaincre Goorgorlu du contraire. On ne peut que s’étonner de l’acharnement de ce shériff sans étoile, peut être chasseur de prime, (mercenaire idéologique selon un journaliste de la place), à traquer sans répit « le despérado », des tropiques au Canada, en passant par les prairies du Far West.

En démocratie, il est souhaitable que le verdict des urnes soit le seul critère de sélection des dirigeants. Toute autre mesure en aval ou en amont de la libre expression des citoyens est suspecte. Comment exprimer sa préférence en démocratie ? Et surtout comment la traduire ? Idéalement par les urnes, à défaut par la rue, quand les instances de dialogue démocratique auront perdu leur côte de crédibilité ou alors lorsque le camp d’en face refusera de s’y soumettre en bandant les muscles. Le parrainage tel que conçu est une primaire à ciel ouvert avec des voix arrachées sous la menace à des subalternes ou achetées à des Goorgorlus tenaillés par la faim. Uniquement axée sur le nombre en ignorant la morale, alors qu’une simple obligation de déclaration de patrimoine obligerait tout ce petit monde qui s’agite à rentrer sa queue entre les pattes, le parrainage du Gladiateur est une mesure suspecte.
Après l’addition arithmétique des voix discordantes des « frères ennemis » et celles du peuple des Assises (abusé dans sa bonne foi), qui ont permis son accession au trône de Ndoumbélaan, le Gladiateur qui rêve du destin du sphinx, a sournoisement échafaudé un plan de liquidation des acquis démocratiques que beaucoup de pays africains nous envient et que nous croyions irréversibles.

Mise sous perfusion des dinosaures affectés au nettoyage de leurs propres écuries, y compris en décrétant une allégeance sans condition quand c’est possible (kenn du ma yaxal sama teraanga), ou en inventant des tentatives d’assassinat pour permettre à sa milice de faire le reste en appliquant « la loi » ;
Banalisation des Assises et de la CNRI ;
Déstructuration du processus de la décentralisation, puis neutralisation politique, économique et sociale des collectivités locales ;
Offre d’impunité aux prédateurs de deniers publics aussitôt incorporés dans la légion des intouchables ;
Chasse aux opposants politiques et aux simples citoyens coupables de refus de soumission à ses ordres ;
Mise en place d’un bataillon de transhumants politiques, et sociaux ;
Utilisation des moyens de l’Etat (toutes ressources confondues) pour confisquer au moins 50% des signatures des potentiels électeurs (« parrains»), alors que la loi ne lui en exige que 1%.
Tentative d’intimidation de la société civile accusée de prendre parti pour le parti de la démocratie.
Au lieu de travailler pour se faire accepter, le Gladiateur a plutôt choisi de détruire tous ceux qui pourraient se dresser devant lui et contre son second mandat. Son refus de combattre n’est pas seulement un manque d’élégance ou une peur de perdre. C’est surtout la hantise de l’expression démocratique du peuple à laquelle il ne survivrait pas.

C’est ce défaut qui fait de lui un danger national.

Il a politisé les dossiers criminels en accordant la liberté conditionnelle à des assassins contre un éventuel soutien électoral, criminalisé des dossiers politiques en incarcérant des militants coupables d’avoir des avis discordants avec leur secrétaire général en les accusant de « tentatives d’assassinat » d’un fidèle allié. Il a radié des fonctionnaires pour leurs opinions politiques et enrôlé l’ensemble des cadres de l’administration du royaume sous son joug plus que sous une idéologie. L’arrogance avec laquelle il les oblige selon ses humeurs à déserter les bureaux pour aller défendre ses intérêts est pitoyable.

Il a causé la mort ou blessé des apprenants qui réclamaient du pain, mis à la porte des milliers d’étudiants pour n’avoir pas honoré ses engagements vis-à-vis des privés venus au secours de l’école en proie à toutes les difficultés. Il continue malgré tout à clamer toujours que les contrats sur la cession nébuleuse des licences d’exploitations de nos ressources naturelles sont transparents. Et il rétorque à ceux qui l’écoutent encore, que ceux qui en parlent n’en savent rien, comme si les contrats étaient transcrits en latin ancien.

L’obsession du trône a enfanté chez le Gladiateur une mare de contradictions. Comme un vieux crocodile, il a pondu et enfoui sous le sable ses œufs de monstres dont l’éclosion prématurée infeste son territoire.
Il s’est résolu à mettre d’immenses ressources aux origines nébuleuses au service des « citoyens ordinaires» pour se faire pardonner du clergé musulman ;
Il a organisé nuitamment la fuite du célèbre « voleur de deniers publics » et menacé de « laisser la justice s’appliquer» si jamais il revenait avant son hypothétique réélection. Mais ne risque t-il d’être traduit comme complice pour l’avoir assisté en toute connaissance de cause à se soustraire de cette justice indépendante avec nos milliards ?
Après avoir défendu les bienfaits de la colonisation qui offrait des desserts aux tirailleurs, il a nié avoir délibérément bradé nos ressources aux étrangers. Maintenant, il revient pour défendre ses choix en déclarant : « Les Pays sont risqués : il y a les maladies, il y a les guerres. Donc ceux qui viennent, sont tellement courageux qu’il faut tout leur offrir» (sic). Donald Trump avait dit moins que çà en nous qualifiant de pays de merde.
Il déclare la justice indépendante et s’arroge le droit de traduire qui il veut et de « mettre sous le coude» les razzias discontinues de ses amis.

Aujourd’hui, le Gladiateur constate à ses dépens que sa volonté de « réduire l’opposition à sa plus simple expression » est un échec. Dans son entreprise de la terre brûlée, il a juste réussi à défolier de gros arbres sans réussir à les dessoucher. Et le vide qui en a résulté s’est transformé en terreau fertile ayant permis l’émergence de nouvelles pousses qui hantent son sommeil.

Jusqu’où ira-t-il ? Et surtout jusqu’à quand le laissera-t-on faire ? Ceuy Ndoubelaan !!!

Bandia, Novembre 2018