FRANCOPHONIE, UN LEURRE ET UNE DISTRACTION DE LA FRANÇAFRIQUE

 

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

La francophonie est dans un nouvel élan historique. Elle va vraisemblablement larguer Madame Jean,  la canadienne,  au profit de la Rwandaise, l’anglophone. Curieuse organisation mais somme toute cohérente. Le Quatar y était admis sous Diouf. Sans compter le Ghana, le Mexique. Le Sénégal sous Macky fidèle à son père socialiste mercenaire fait le lobbying pour faire admettre cet abominable régime des Saoud qui tue des milliers d’enfants au Yemen. La France observe un silence gêné même si elle est derrière cette supercherie.

Certains intellectuels africains ne s’y sont pas trompés à l’image de Mabanckou et Kako. Alain Mabanckou avait refusé de participer au projet francophone d’Emmanuel Macron. Le président Emmanuel Macron avait proposé à Alain Mabanckou de collaborer avec Leïla Slimani pour «contribuer aux travaux de réflexion autour de la langue française et de la francophonie». L’auteur de Petit Piment lui répondait acerbe, dans une lettre ouverte publiée sur BibliObs. http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/actu-des-mots/2018/01/16/37002-20180116ARTFIG00149-alain-mabanckou-refuse-de-participer-au-projet-francophone-d-emmanuel-macron.php

Kako depuis fort longtemps aussi tire sur cette francophonie. Il pose le débat sur les contradictions historiques de la francophonie et offre des pistes de recentrage de son action. https://www.jeuneafrique.com/641724/politique/tribune-a-quand-la-francophonie-des-peuples/. https://www.financialafrik.com/2018/09/21/pour-une-francophonie-de-laction/amp/. On se rappelle du même Kako qui tirait aussi sur le  CFA.

Ce même Kako Nubukpo le Directeur de la Francophonie Économique et Numérique avait été viré pour avoir osé tirer sur Macron. Ancien ministre de la prospective du Togo, le gars est un anti-CFA qui a toujours gardé sa liberté de ton. Il avait sorti en octoblhttp://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/11/29/franc-cfa-m-macron-il-ne-faut-pas-dormir-sur-la-natte-des-autres_5221951_3212.html.    un ouvrage intitulé : Sortir l’Afrique de la servitude monétaire : A qui profite le franc CFA ? Il avait déjà  tiré violemment sur Macky puis Alassane Ouattara. Les gens avaient grincé les dents mais cette fois c’était Macron. Face à cette témérité, il a été dénesfestré avec violence. Le mot n’est pas fort. On lui avait demandé de remballer bagages en 48 heures. L’économiste avait décidé de poursuivre son combat jusqu’à ce que quelqu’un l’arrête clairement. http://www.liberation.fr/debats/2017/12/05/quand-macron-occulte-la-question-du-franc-cfa_1614619. http://www.jeuneafrique.com/500602/politique/francophonie-comment-kako-nubukpo-sest-retrouve-sur-la-sellette-a-loif/. http://news.icilome.com/?idnews=841798&t=oif–kako-nubukpo-ejecte. https://www.financialafrik.com/2017/12/08/kako-nubukpo-brutalement-limoge-de-loif/

Cela nous montre les contradictions autour de la francophonie actuellement. Il y a beaucoup de confusions autour du rôle de la France. Elle donne 35% du budget. Et c’est le pays qui défend le moins la langue française. Même au sein de l’UE elle ne fait rien. Une étude a montré qu’en 1998, 37% des documents de la commission européenne étaient en français. Il n’était que de 3,6 % en 2015. Pourtant l’UE compte 114 millions de francophones et 16 millions d’apprenants en français et 17 de ses états sont membres de l’OIF. La France ne fait rien pour que le français soit une langue de travail ni a l’UE ni aux Nations-Unies.  Aujourd’hui tous les pays francophones d’Afrique sont obligés de rédiger et de soumettre leurs projets au fonds vert climat en anglais. Ce qui les paralyse totalement pour l’accès aux financements par rapport aux pays anglophones.

Ce que les gens ne savent pas, c’est qu’en réalité la francophonie sert de leurre. C’est une distraction par rapport à la vraie Françafrique. Je suis étonné que des intellectuels de haut vol ne puissent pas comprendre cela. La France a ses propres stratégies en Afrique et ses instruments de “coopération” à travers ses réseaux dormants, l’AFD, ses entreprises, etc. Ils maintiennent une présence symbolique dans la francophonie sans d’ailleurs y mettre beaucoup de ressources : Autour de 35%. D’ailleurs la défense de la langue française n’est même plus le combat de la France. Ce sont les pays et provinces à enjeux linguistiques comme le Québec, la Wallonie, etc. qui se battent pour cela. Je suis désolé. On leur offre un punching-ball pour se défouler et être endormis. C’est l’écrivaine  Leïla Slimani qui représente Macron pour la Francophonie. C’est une stratégie de communication. La France a pendant longtemps contrôlé la cellule gouvernance et droits de l’homme de la Francophonie. Pour symboliquement les communiqués de presse pour les atteintes aux “droits de l’homme” et les observations des élections. Maintenant c’est un canadien qui est à ce poste. Leila est certes une bonne écrivaine (prix Goncourt 2016) et a des origines maghrébines mais son rôle est totalement bénévole. Alors que chez nous on a un Penda Mbow. Elle a rang de ministre !

Pourtant, nos “experts” sont censés comprendre ces ressorts. Ils prennent des vessies pour des lanternes. Même sur l’esclavage en Lybie. On est tombé dans le panneau. En offrant la meilleure communication possible à l’Union européenne. Une fuite savamment organisée et l’émotion prend le dessus. On marche, on tweet, etc. Pour dissuader les migrants et les ramener à la case départ,  ce que tous les programmes de surveillance des frontières payés par l’UE n’ont pu faire. Deux, on nous fait “découvrir ” un secret de polichinelle, la déliquescence de la Lybie et les trafics de personnes et d’armes légères. Trois on en profite pour “phagocyter ” l’épineuse question de la jeunesse africaine qui symbolise à elle seule la faillite de nos régimes et on le “simplifie ” en une question migratoire. Pour éviter de faire face à ceux qui “restent” et pour qui on a aucune solution depuis 1960. On occulte l’ingéniosité des jeunes africains qui sont entrepreneurs, créateurs, diplômés et qui sont en exil dans leurs pays. Et on orchestre la venue de Macron qui vient parler aux jeunes africains. Le père de famille défaillant qui appelle un étranger à venir raisonner ses enfants. Et pour couronner le tout on convoque un 5e sommet Union africaine-UE pour parler de l’investissement ” dans la jeunesse africaine. Alors que aucun de ces pays n’est capable de brandir une stratégie jeunesse cohérente, centrée sur les priorités des jeunes et démontrer que des ressources nationales sont consacrées à cela. En dehors du clientélisme politique. La preuve il faut regarder le profil de nos ministres de la jeunesse.

Je ne sais si les gens se rendent compte du symbolisme de ces africains qui l’année  dernière “marchent” contre l’esclavage dans toutes les villes africaines et européennes. Ou étions nous quand la Lybie se faisait dépecer ? Nous sommes des lâches. Et puis on nous vend une sorte de césure entre une Afrique du nord (esclavagiste) et une africaine noire subsaharienne – peut être francophone aussi – qui est la victime. Le Cameroun qui est un des pays à commencer à rapatrier ses migrants est symbolique. Un ancien protectorat allemand, puis divisé encore entre les reliques de la colonie française et celle britannique . Bilingue (sous tension permanente ) et modèle de mal gouvernance. Qu’ a t-on fait depuis 1960 pour gérer et intégrer ce que j’appelle “les nord problématiques”. En Mauritanie, au Mali, au Niger, etc. l’Azawad, le conflit touareg, le problème au nord du Nigeria, etc. datent d’avant al Qaïda. Ces dernières années il y’a eu une sorte de “marchandisation” des migrations. Aidez nous sinon ils vont vous envahir et on ne pourra les retenir. Et on exhibe nos pauvres pour se faire aider. Comme le font nos mendiants sur les grandes artères et feux rouges de nos villes. Programmes de lutte contre la pauvreté. Ou maintenant les raccourcis de l’émergence avec des cibles minimalistes, de préférence très “visibles” et basées sur l’endettement et le bradage des ressources. Soyons clair. On ne dit pas qu’ il faut rester silencieux devant l’esclavage. Ou que la Francophonie est innocente (ce n’est pas vrai). Mais nous devrions faire plus d’efforts pour ne pas confondre l’accessoire de l’essentiel pour passer aux côtés des vrais enjeux manipulateurs d’un monde et d’un système de propagande et de manipulation internationales qui nous ont souvent fait perdre du temps. Ou juste faire perdre du SENS, ce qui est la défaite fondamentale d’un intellectuel.

NKEN