ROMAN : LES PORTEURS DE TÉMOINS DE BASSIROU SÉLÉMANE NDIAYE

Texte de présentation de l’auteur et du roman

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Préfacier, Socio-anthropologue

“Ce roman nous restitue cette fabuleuse histoire avec bonheur et subtilité. Les décors campés, les acteurs en compétition perpétuelle, les mythologies fondatrices, donnent à ce roman une profondeur qui respire l’éternel corps à corps de nos univers mystiques.”. Extrait de la préface de Ndukur Kacc Essiluwa Ndao (Socio-anthropologue).

“Les porteurs de témoins” vient de paraître. Apres une longue et mature dystocie d’une décennie. Son auteur Bassirou Sélémane Ndiaye, un auteur patient, paradoxalement qui refuse la publication d’une œuvre féconde et diversifiée. Mon contact avec ce roman date de 2008. Il était presque achevé en 2004. J’étais à l’époque séduit par le manuscrit. Hélas, Bassirou, malgré nos conseils insistants refusait toujours de le publier. Comme un trésor de guerre, il préférait le garder au fond de ses mallettes. Sans doute pour lui-même. Mais aussi pour ses sélectifs amis avec qui il partageait un manuscrit vieux d’une dizaine d’année. Bassirou oscillera toujours entre hésitations et hostilités pour toute idée de publier Lapha. Mais aussi ses succulentes chroniques de Bandia. Il préférera ce surnom toujours dans cette posture d’anonymat qui reste encore son principe de vie. N’eût été la perspicacité de notre doyen Mandiaye Gaye tout aussi intrépide que Bassirou, ce roman n’aurait sans doute jamais été publié. Ou plus tard. Sans soute. Le connaissant, je sais qu’il ne souhaitait pas se rendre à une radio ou télé pour défendre son roman. Il m’avait préparé à le faire à sa place avant de se raviser à son corps défendant. Il n’aurait pas souhaité faire face à vous cet après-midi pour cette séance de dédicace. Il ne veut pas être sous le coup des projecteurs préférant la tranquillité berçante et inspirante de son Sine natal. Auprès des siens et de son jardin, son troupeau et de ses amitiés renouvelées. 

On le voit bien, Bassirou a toujours privilégié une sorte de refus de dévoilement qui procède aussi d’un exorcisme de l’intériorité propre à Bassirou. Il écrit pour lui-même et souvent pour ses amis avec qui il partage ses textes sans s’assurer de recevoir les critiques attendues. Tellement, sa plume est belle et obstrue « toute posture judicatoire critique ». Du moins pour des paresseux comme moi. Pourtant, Bassirou n’est pas snobe. Ce comportement déroutant est une posture d’humilité car l’écriture est aussi pour lui une thérapie personnelle. Pour subjuguer et transcender sans doute ses peurs, ses angoisses, ses inquiétudes.

Bassirou est aujourd’hui officiellement un écrivain. En réalité il l’a toujours été même s’il est solidement assis sur une formation d’ingénieur hydraulicien et environnementaliste. La cybernétique des fluides a façonné une personnalité vigoureuse et rigoureuse. Reconnu comme un homme intransigeant sur le respect des protocoles. Qu’il s’agisse d’écriture. Ou de constructions d’infrastructures. Ces amis de World Vision ou de l’ARD peuvent en témoigner avec objectivité. Sans compter sa grande probité morale qui a fini de faire le tour du Sénégal ou des entrepreneurs. Voilà pourquoi Basse est aussi catalogué comme un homme compliqué voire un « allemand » pour utiliser une sémiologie aliénante mais prégnante dans la construction des discours sociaux. Chez lui, Basse impose l’ordre. Y compris sur le sens ou la direction des lits. Il faut l’arrivée de Ndukur pour que cet équilibre soit perturbé par son « bordel légendaire ». Pourtant, Basse a appris à faire avec des « sociologues ou des anthropologues » comme il les appelle, bavards au téléphone, prolixe sans être consistants dans l’écriture, semeurs de désordre…Autant dire qu’il est franchement sympathique avec le socio-anthropologue que je suis en intériorisant mon désordre structurel.

Pourtant, lui-même est assis aussi sur une solide expérience en sciences sociales. Il forme au quotidien des acteurs communautaires avec lesquels il est en interaction permanente au plus profond des villages, de Diakhao Sine à Mbéllacadio en passant par Nganda ou Sithiang Koundara dans la région de Kolda.

Voici résumé le contexte naturel de l’auteur et d’un roman où transparait sa vision de son Sine natal, même s’il refuse contextuellement de situer son mouvement dans cette partie. Un roman plaisant. Facile à lire. Même si la pluralité des acteurs en perpétuel mouvement et en interaction est souvent déroutante. 14 chapitres pour raconter une histoire réelle portée douloureusement par Lapha Byta. Un roman parfois hermétique voire herméneutique qui nous restitue la singularité des noms : Lapha Byta, Belel, Pinkou, Sogui, Celley Maack…Une introspection au cœur d’une onomastique contextuelle. Son caractère herméneutique est sans doute plus finement dans le secret de ces noms inversés, de ces anagrammes qu’il refuse de me et de nous dévoiler. Malgré nos insistances, comme à son habitude. Il le fera peut-être un jour. Du moins, je l’espère !!!

Voici le parti-pris de ma posture socio-anthropologique vis-à-vis de ce roman qui, je crois, à même étonné l’auteur. Mon esprit sélectif est capté. Toujours dans un style allégorique d’écriture y compris dans son approche onomastique qui renseigne sur les dieux, les systèmes de croyances, les cousinages à plaisanterie, les réciprocités mais aussi les acteurs et actrices en perpétuels mouvements conflictuels, pour notamment conquérir le cœur « ouvert » ou hésitant d’une femme fatale. Entre un Lapha Byta soumis à une exigence sociale de protection de son épouse et un Bélel, effronté, sûr de sa force de nature juvénile, par « la profondeur qui respire le perpétuel corps à corps de nos univers mystiques. L’inévitable corps à corps sera fratricide.

Les porteurs de témoins n’est pas sorti de l’imagination créatrice de Bassirou Sélémane Ndiaye. Certes, il a muri et campé les décors. Mis en mouvement les acteurs. Peints une société avec ses valeurs et tares. Décrit la cupidité des hommes. Ce roman est une vraie histoire raconté à Basse avec générosité par un anonyme. Du moins, Basse est le seul à le connaître. Il y’a déjà plusieurs années. « Jour après jour, les épisodes se succèdent sans ordre apparent, au gré de sa mémoire, plus pertinent, qu’ordonné » avait renchéri Patrice Auvray lors de nos échanges privés.

Entre l’errance (premier épisode) et le cyclone, le dernier en passant successivement par le passage de témoins, le mariage de Lapha, l’étincelle, la séparation, le conflit, la naissance d’une communauté, la décision, la maison de Toutaan, le village de Ngoydo, l’initiation, le maillage, le duel, Basse nous restitue un récit pathétique « qui décrit dans un enchevêtrement cohérent, l’histoire d’un Lapha pleine de compassions ». Je laisserai le soin à l’auteur, aux lecteurs et lectrices le soin de démêler les complexités des figures de style, la consistance littéraire de l’œuvre. J’en retiens comme profane ceci : Bassirou est un écrivain doué et sympathique comme s’il voulait rattraper ou corriger son caractère « compliqué » dans des contextes de raccourcis sociaux qui ont fini de redessiner les contours d’une vie où la facilité est devenue une norme dominante.

Ceci est le premier roman officiel de Bassirou. Je suis certains que d’autres nous surprendront agréablement, que le doyen Mandiaye Gaye ou un autre l’obligera à ouvrir d’autres tiroirs secrets. Je peux me permettre d’être dans le secret des dieux. Lui-même Basse a et cultive le gout du secret. Il livre avant de déclarer. Une belle leçon de pragmatisme inspirateur. Je m’en tiens à cela, sachant qu’il n’aime pas mes anticipations et mes prises d’engagements par procuration. Lina et son équipe savent déjà que le meilleur reste à venir. Je suis sûr que ce roman, les porteurs de témoins, connaitra une belle consécration littéraire. Je le souhaite pour Bass qui jouera un rôle de premier plan dans l’espace littéraire national, africain, mondial. Il en a les ressources et le talent. Pourvu qu’il écoute le doyen Mandiaye Gaye, même s’il préfère me snober.

Un remerciement chaleureux à ce beau monde qui est là malgré leur temps précieux. Je conclus en m’honorant de son amitié et de sa fraternité indéfectibles presque trentenaire qu’il ne cesse, en toutes circonstances, de me manifester. Basse est plus qu’un frère. Sa présence à mes côtés est le synonyme inversé d’un Lapha qui n’avait décidément pas de conseils avisés pour contenir la violence symbolique et l’inélégance d’un Belel “meurtrier” mais définitivement admiratif de son frère.

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Préfacier

LES INTELLECTUELS ET LA PRODUCTION DE SENS

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

La salve de désapprobation de large secteurs d’un pays qui n’a pas d’eau courante ou très déficitaire sans compter les autres services sociaux de base a fini de convaincre les sénégalais sur l’incompétence de ce régime. Le seul hic c’est la posture de Macky qui ne veut pas faire du Sénégal un état moderne et démocratique. Dans une administration moderne et transparente on ne parlerait plus de quotas éthnique. On resterait juste des parents à plaisanterie dans le respect des particularismes culturels. On parlait de “qui doit demander et qui doit donner” il faudra qu’on parle de qui doit parler ? Macky a trop touché le bouchon et les autres sous fifres qui occupent l’espace public ne sont que des épiphénomènes. L’application des épiphénomènes est un signe d’anatomie sociale. Macky a planifié tout cela. Et cela crée une situation “idéale. On se focalise sur les insulteurs et des groupes ethniques se cabrent et se solidarisent avec lui.

Dans ce pays où même la “parole” était “élitisée” et régulée on tombe dans le wakh sa xaalat. Macky à son club de grandes gueules. Les autres aussi. Finalement c’est la grande débandade. Cette cacophonie organisée brouille les repères. Et les intellos s’en mêlent. Je crois jamais les intellectuels n’ont été si tragiques et discrédités dans ce pays. On voit bien tous ces mecs qui convoquent toutes les théories pour répondre aux insulteurs de la république. La tour de Babel. Ils sont à leur image incapables de relever le débat. Ils préfèrent répondre à un  insulteur que de réfléchir sur le kit énergétique. Ou les questions de fond qui correspondent au moins à leurs compétences. Voilà les caniveaux et les “rivières ” se retrouvent.

L’excès de langage et les dérives viennent des deux côtés. La parole s’est libérée dans le mauvais sens et les discussions de “grand place” et de borne fontaine font irruption dans l’espace national. La nature a horreur du vide..et on se on se bat virtuellement sur les réseaux sociaux devenus le nouvel exutoire. Avant c’était les trois normaux entre chômeurs. Mais parallèlement les intellos sont devenus “oisifs”  et mettent à utiliser leurs marteaux pour écraser des mouches plutôt que nous aider à donner du sens, apporter des “solutions ” et dessiner une trajectoire pour ce pays. Une sorte de nivellement par le bas. La parole des intellos devient “intéressée”.

C’est vraiment un magma diffus. Je vois parfois des “avis d’experts ” dans les médias. Ce sont de plus en plus des “lieux communs ” que n’importe quel sénégalais peut débiter. Cela n’a aucun fondement ! Ce n’est pas le fruit d’une recherche. Ce sont juste des contorsions. C’est un grand problème. Comment documenter nos interventions pour produire du SENS. Beaucoup vivent sur leur “gloire ” passée. Les élites ne peuvent pas payer le luxe de chercher des buzz comme les autres. Malheureusement elles sont comme tétanisées par un environnement qui leur facilite pas cette hauteur de parole et de pensée ou juste la paresse. Cette “incapacité ” collective  à rester dans son rôle est le plus grand défi. Une élite à réaction. Sarkozy, Macron ou Trump nous toise on se fend en blogs savants. Ceux qui sortent des bois on les fusille illico presto. Les plus “éclairés” tentent de poser un débat sur le bradage des ressources halieutiques…juste quelques commentaires. D’autres parlent des marabouts ou de l’histoire tumultueuse des religions, on crie au blasphème, etc.

Il y a vraiment des introspections à faire. C’est comme ces “maîtres” dont le niveau finit par se rapprocher de celui des «élèves». On ne parle pas ici d’une attitude de condescendance ou de rester “aérien”. Mais donner du SENS a l’orientation du pays. Les plus hypocrites vont rétorquer : qui sommes nous pour le faire? Avons nous ce mandat ? L’irruption de nouveaux “acteurs ” et la paupérisation laissent peu de place. Alors beaucoup décident d’aller singer les “nouveaux venus ” pour faire eux aussi leur place au “soleil “. Ils sont souvent rattrapés aussi par les rigueurs d’un révolutionnisme peu valorisé s’ils ne risquent de mourir dans la misère et l’oubli.

Parce ce que le révolutionnisme n’a jamais “cliqué” avec le peuple. Incapacité à comprendre l’écosystème sénégalais et à  lui faire une “offre taillée sur mesure “. Ou la faute du “bouc émissaire ” éternel. Le capital, le colon, la bourgeoisie, les marabouts. Nous serons encore enchâssés pour longtemps dans nos impasses et nos refus de produire du Sens dans une société réfractaire à la critique et partisane de la calinographie.

NKEN