ARABIE SAOUDITE : LE WAHABISME ET L’EXTREMISME ISLAMIQUE

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Au fil de nos précédentes contributions, nous avions montré le caractère sectaire, rigoriste du Wahabisme. Si nos chefs religieux devraient rendre aux Saoudiens la pareille, ils ne soutiendraient jamais un Royaume moyenâgeux qui interdit le Zikr, le Mawlud, la Wazifa, les confréries et qui tue des chérifs sauf à faire acte d’allégeance au Roi.

EXTRÉMISME ISLAMIQUE. Le Wahabisme est devenu aujourd’hui le principal responsable de la montée de l’extrémisme islamique. Sous ce rapport les faits sont têtus. Quinze des 19 pirates de l’air du 9/11 étaient des citoyens saoudiens. Il y’a un peu mois de 2 ans, une intéressante sortie du Général anglais Jonathan Shaw, qui a pris sa retraite en tant que Chef d’Etat-Major Adjoint de la Défense en 2012 , a déclaré au Telegraph que “le Qatar et l’Arabie Saoudite étaient principalement responsables de la montée de l’islam extrémiste qui inspire les terroristes de l’Etat islamique”. Depuis des décennies, les Saoudiens ont toléré, et même discrètement, appuyé cette présence terroriste. Cependant, la règle était ” ne pissez pas dans la tante, il faut pisser dehors” pour reprendre la boutade d’un professeur américain. On se rappelle aussi des citations de Hillary Clinton dans les fameux WikiLeaks qui les accuse sans détour d’être au cœur du terrorisme islamique international.

100 MILLIARDS DE DOLLARS. Pour soutenir l’exportation du wahabisme fanatique, l’Arabie Saoudite ne lésine pas sur les moyens. Dr. Yousaf Butt un chercheur au British American Security Information Council et Directeur au Cultural Intelligence Institute estime dans un article paru le 20/01/2015 dans le journal Huffingtonpost estime pour sa part que plus de 100 milliards de dollars US, soit 58,747,867,888,142.10 XOF, ont été dépensés pour l’exportation du wahhabisme fanatique à diverses Nations musulmanes les plus pauvres du monde, au cours des trois dernières décennies. De l’avis de plusieurs experts, cette estimation pourrait bien être deux fois supérieure à ce nombre. A titre comparatif, notons que les Soviétiques ont dépensé 7 milliards de dollars, soit  4,112,789,073,360.55 XOF, dans le monde pour la propagation du communisme dans les années de 1921 à 1991. http://www.huffingtonpost.com/dr-yousaf-butt-/saudi-wahhabism-islam-terrorism_b_6501916.html.

ARGUMENT RIDICULE. Des chiffres qui donnent le tournis et qui renseignent sur les motivations réelles du royaume terroriste Saoudien qui accuse son voisin Yéménite d’être une base du terrorisme international. Quelle supercherie ! L’argument de la lutte contre le terrorisme est sans doute le plus ridicule que nous devrions éviter de brandir pour justifier l’envoi de nos troupes en Arabie Saoudite il y’a plus d’un. En réalité, notre monde et sa géo-politique et sa géo-stratégie est devenu un immense champ de tromperies et de manipulations, pour capter par tous les moyens, le nouveau dieu-capital. Les principes démocratiques peuvent être sous le boisseau le temps de pomper l’argent des Saoudiens dirigés par une caste royale qui alterne hypocritement le wahabisme fanatique et les mondanités bien arrosées entre l’Espagne, la France…

EGO SAOUDIEN ET GROS CONTRAT. Les Américains et Européens l’ont bien compris d’ailleurs. Eux qui sont devenus des experts pour flatter l’ego mal placé et la fascination pour l’Occident des Saoudiens. Ils les courtisent pour les gros contrats et ferment les yeux sur les atteintes aux droits de l’ homme. Si lutter contre le terrorisme est une des missions de nos troupes, nous devrions les envoyer pour envahir une Arabie Saoudite qui dépense 100 milliards de USD (les estimations les plus crédibles multiplient par deux) au moment où le Fonds Saoudien de Développement n’a injecté au Sénégal que 2,556,366.50 USD en 39 ans.

MOUCHER LA CHANDELLE. L’Arabie Saoudite a engraissé pendant des décennies ces fous de Dieu au nom de leur idéologie radicale, sectaire et moyenâgeuse. Ces derniers se sont retournés contre le Royaume. Ils sentent les pulsions du royaume des saoud qui se dérobent sous ses pieds. Plus que des fous de Dieu instrumentalisés par la CIA et les saoudiens, ils veulent devenir monarques aussi. La manne pétrolière et les gratifications qui s’y rattachent en valent sans doute la chandelle. Il ont décidé de moucher la chandelle. MBS le nouveau Dieu de l’Arabie aura fort à faire pour contrer ces convoitises. Même s’il est soutenu par les américains qui ont trouvé chez lui un collaborateur docile pour pomper encore leur pétrole et aider à réformer progressivement les relents rigoristes d’un islam qui a besoin d’un père fouettard humaniste et respectueux de la dignité humaine. Réformes en marche d’ailleurs…Les prochaines étapes historiques seront palpitantes pour ce monde en plein désenchantement.

NKEN

ARABIE SAOUDITE : UN MONDE ANTHROPOCÈNE (RUINE COMMUNE)

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

En Arabie Saoudite, âgé de 31 ans, Mohamed Ben Salman (MBS) devenait le nouveau jeune prince héritier. Le vieux et défunt roi avait écarté son neveu Ben Nayef. En réalité, MBS était déjà au pouvoir et le roi avait à l’époque l’aval de presque 31 des 34 membres du conseil royal. Il avait viré Nayef de son poste de ministre de l’intérieur. Une manière de verrouiller le pouvoir aussi : les renseignements, les dossiers criminels…Depuis 2015 toutes les velléités guerrières et les tensions c’est ce gosse qui l’avait orchestrées : la guerre au Yemen. La visite de Trump. N’oublions pas qu’à  cette époque, le roi avait 81 ans avant de mourir. Et cette décision venait d’être officialisée avec la réalité du pouvoir en Arabie Saoudite. Et puis MBS conduisait déjà le Saudi Vision 2030 qui est leur plan de développement …Autant dire c’était déjà le le bosse parce qu’aussi c’est une affaire clanique. Avant de mourir, le roi avait aussitôt nommé un Saud au poste de ministre de l’intérieur le prince Abdulaziz bin Saud qui est aussi très jeune. Toujours dans le sillage du contexte de l’époque avant que MBS ne prenne définitivement les rênes du pouvoir, rappelons que le défunt roi avait levé les spéculations sur la succession royale et avait rassuré les alliés que la continuité sera garantie. La preuve le stock market aussitôt avait fait un bond de 3.5% pour l’Arabie saoudite.

Le défunt roi avait peur de l’instabilité. Il avait  aussi levé les restrictions de bénéfices et avantages pour les fonctionnaires. Ils étaient gelés depuis quelques temps à cause des mesures d’austérité pour faire face à la crise économique dans le pays. Il avait aussi donner plus de jours de congé pour la korité. En réalité la rivalité entre les 2 Mohamed avait commencé à créer un malaise. Salman et Nayef, deux caïmans ne pouvaient pas cohabiter au sommet du royaume. Et puis il y a les jeux des frères du roi qui ne sont pas au devant la scène (âge, maladie, etc.). Mais on leur avait prêté des intentions de torpiller le vieux défunt roi Salman. Il s’agit des princes Ahmad et Talal. En 2018, MBS s’est bien installé au coeur du pouvoir. Comme il est tradition dans cette Arabie, les purges ont commencé de façon violente. En juin 2017, plusieurs princes et pontes du royaume arrêtés ou mis en résidence pour fait de corruption. Et les intrigues de palais de se poursuivre avec l’approche clanique de MBS qui est revenu à une famille plus nucléaire et qui a fait basse sur ce royaume de terreur et de génocide.

Nous sommes donc en face d’une grosse intrigue royale. Le positionnement des princes de seconde génération est un vrai problème. Car il y a aussi les fils des anciens rois, les demi-frères du roi actuel. Mitab, le fils du roi Abdullag, Aziz, le fils de l’ancien roi Fahd qui sont parfois très critiqués vis à vis du jeune Nayef et des orientations bellicistes et des frasques. Comme l’achat de yatch en France, ses propositions de cadeau à Kanye West ou Kim Kardassian, etc. MBS s’est bien sûr rapproché de Trump du point de vue symbolique. Les saoudiens ont un seul Dieu, l’Amérique. La boulimie de l’argent, le goût du pouvoir et l’immixtion de la famille proche dans la gestion des affaires font désordre. MBS est un gosse dangereux. Il en est presque à deux guerres régionales en l’espace de deux ans. Yemen et Qatar. Au Yemen plus de 10000 morts et plus de 40000 blessés en janvier 2017 selon des sources officielles des Nations unies. En 2018, nous frôlons les 15.000 morts dont des jeunes et enfants. Dans l’indifférence générale d’un monde sélectivement démocratique.

Tout cela est triste. Nous sommes dans l’ère des lâches. Les gens refusent de trouver des solutions. Ils édifient des tranchées “numériques “. On crie, on gesticule on fait le buzz sur tout ou rien cela fait effet placebo. On a le sentiment d’être connecté aux réalités du monde et d’avoir de l’apathie. Mais c’est juste du “bougisme”. On ne fout rien. Les intrigues des saoudiens, ou qu’un jeune prince de 31 ans devenu roi sème le trouble et tue des milliers de femmes et d’enfants dans cette partie du monde ou qu’un milliardaire bipolaire règne sur les USA ne sont que des épiphénomènes. Mais jamais la théorie de l’anthropocène ne s’est révélée aussi pertinente. Elle est qualifiée par certains de “ruine commune “. Mais à y regarder de plus prêt il faudra trouver une à nouveau terme pour caractériser la jonction inédite entre les corporations et toutes les autres sphères. Une conspiration pour juste faire de l’argent. Avec l’anthropocène la Nature ne commande plus sur la Terre. C’est l’homme. Le puissant Sapiens de Harrari devenu le vrai Dieu qui commande. Avec cet animal pensant, la cupidité n’est jamais loin.

Photo : Moussa Sene Absa

NKEN