“POLLUTION” D’OPULENCE, “POLLUTION” D’INDIGENCE, “POLLUTION” D’INSOLENCE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

La tabaski a remis sens dessous, sens dessus une société sénégalaise malade. En réalité, la tabaski n’est qu’un marqueur de cette folie qui s’est emparée de tous ses segments. Sans aucun doute, c’est la plus grande faillite de notre société. L’inflation de “guides” n’a pas rendu notre société plus sobre et à cheval sur les principes moraux. La tabaski est le miroir d’un Sénégal qui m’attache pas la ceinture à sa taille. “Pollution” d’opulence et “pollution” d’indigence. Mieux nous sommes passés dans une nouvelle phase des imbéciles et des cons comme le disait le philosophe italien Maurizio Ferraris qui soutient que “La connerie est l’une des plus grandes marchandises de l’âge contemporain”. Cela prospère d’autant plus que le peuple en est friand et elle est devenue le fruit de l’atomisation sociale caractéristique des chambres d’écho de l’âge “documedial”. Alors tout le monde y compris les élites cultivent l’imbécilité pour entrer dans la communication de masse ! Et la société plutocratique et post morale de s’installer . La sociologue et photographe Lauren Greenfield dans sa monographie “Generation wealth” nous parle de la pornographie de l’opulence et de ses ressorts. L’influence de l’abondance détruit les références et l’éthique n’a plus court dans cette société post-morale. On peut se prostituer ou voler pourvu que ce soit “haut de gamme” car désormais le plus pauvre veut en écran plat et parfois avant même de manger. Chez nous chacun veut un mouton qui est l’équivalent de plusieurs mois de salaire. Et la surenchère de se poursuivre dans une frénésie digne d’une fausse société d’exhibitionnisme. Alors dans une ambiance ubuesque, les sénégalais brandissent leur “pauvreté”.  Tout comme ils exhibent leurs “richesses “. Tout deux se rapportent à la vacuité. En fait, notre société a toujours été une société pornographique et aucune strate n’y échappe. Mais le phénomène s’amplifiera et prendra des formes plus violentes. C’est inscrit dans le cours normal de cette pornographie de l’opulence qui reste un des marqueurs identitaires des nouveaux acteurs “délégitimés” en quête de revanche. C’est très subtile mais c’est la revanche des “has been” après l’insolence des bureaucrates et des effrontés issus des écoles françaises. La revanche des “castés” après les violences symboliques des anciens détenteurs des légitimités sociologiques. La guerre est rude. Elle est prélude à une société de chaos. En espérant qu’elle engendrera une véritable réformation ou refondation des bases humanistes de notre société. On se réfère à nos “soufis” mais les comportements sont aux antipodes. Normal car les sous-fifres ont pris le pouvoir. Personne n’appelle à la retenue y compris nos “marabouts. Je n’ai pas encore entendu quelqu’un dire aux Sénégalais : célébrez la tabaski dans la sobriété et la retenue, dans le strict respect de l’esprit de ce rituel. La plupart des ménages sont indigents. Je n’ai vu cette folie ni en Arabie saoudite ni en Malaisie, ni en Indonésie ni au Niger ou en Côte d’ivoire.

Et puisque nous aimons vanter les ‘spécificités sénégalaises”, un pays dans un îlot avec ses règles et ses savants, nous revoilà plonger dans des tabaski à plusieurs vitesses. Et les enfants de Senghor de poétiser avec aplomb cette spécificité comme si le prophète Mohamet est descendu dans les faubourg de Grand Yoff. Alors, en bons précurseurs de la jurisprudence islamique, nous nous “alignons” sur la station d’Arafat, mais nous “dissocions “notre” tabaski sénégalesque. L’année dernière, l’Imam Kanté avait produit un texte fort intéressant. Un texte qu’il a amélioré cette année sans changer son contenu et intitulé : Malaises d’Arafat et de Tabaski au Sénégal : problématique et perspectives https://www.senenews.com/actualites/societe/malaises-darafat-et-de-tabaski-au-senegal-problematique-et-perspectives_244846.html. Le texte de Imam Kanté dit en filigrane que chaque pays peut utiliser une approche propre tout en restant conforme aux préceptes. Mais ça ne règle pas le problème. C’est même démagogique de vouloir dire que l’Arabie saoudite ne saurait être là référence. Son abominable régime est autre chose. La référence au Qibla, le pèlerinage et ses rites, la station d’Arafat sont uniques et exclusives. Et puis la divergence n’est pas seulement vis à vis de la Ummah. Elle est aussi interne ! Le texte de Imam Kanté aurait pu déboucher sur une recommandation intéressante. Amener tous ulémas sénégalais à enfin s’accorder sur une approche commune pour l’observation lunaire une bonne fois pour toute. Autant de démarche que familles et des “négociations ” au cas par cas. Le constat de la division de la ummah ne nous avance en rien. Sinon l’OCI aurait aider à trancher cette question est bien d’autres. La question c’est de savoir pourquoi au Sénégal avec nos “grandes confréries ” et nos érudits on n’arrive pas à s’entendre à l’interne pour arrêter une date de tabaski ou de korité (peu importe les méthodes de calcul ou d’observation). Alors que l’Indonésie et la Malaisie parviennent à le faire? Alors qu’on y arrive à Zanzibar ? Ou au Suriname. On ne parle plus de l’Arabie saoudite. Ou bien les pays traversés par des lignes de fractures comme l’Algérie ou l’Égypte ou le Yémen. C’est parce que définitivement, nous sommes une société profondément malade qui a besoin d’une thérapie psychanalytique de choc pour sortir de l’exhibitionnisme débonnaire et du détournement de sens qui la caractérise.

NKEN