MONTREZ-NOUS LES VIERGES NOIRES !!!

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Aujourd’hui, 15 août, fête de l’Assomption de Marie. La vierge n’est pas morte. Elle est entrée dans la gloire de Dieu. Des millions voire milliards de fidèles lui consacrent des festivités. A l’mage de ce qui se passe à Liège en Belgique avec ses frites et autres mondanités ou à Hydrobase à Saint Louis du Sénégal avec ses bains de nuits…La question est de savoir pourquoi les vierges les plus connues  ne sont que des vierges blanches. En fait c’est méconnaitre aussi le vrai culte que voue l’Eglise aux vierges noires. Une vraie survivance du culte païen matriarcal pré-aryen. On peut rappeler les vierges Isis, Artémis, Belisama…En réalité il existe ces effigies noires chrétiennes qui datent du XIe au XVIe siècle, entre 450 et 500 disséminées à travers le monde avec une forte concentration en Europe et particulièrement en France qui en abrite 180. A l’image de la vierge de Puy avec ses controverses sur sa vraie couleur et son origine. Une explication biblique à partir du verset des Cantiques des Cantiques donne le ton :

“1:5 Je suis noire, mais je suis belle, fille de Jérusalem

Comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon.

1:6 Ne prenez pas garde à mon teint noir:

C’est le soleil qui m’a brûlée”.

Quelques soient les controverses et les postures liturgiques, on peut noter l’importance des vierges noires dans l’église catholique qui jouent des rôles multiformes qui vont de gardiennes des sources sacrées à la campagne du Serpent Tellurique en passant par Marie Madeleine la “vierge païenne”… En réalité l‘occident a intégré le paganisme sans hésitation ni questionnement mais il accuse  les africains de païens. Il faut voir les processions et tous les saints qu’on honore comme des divinités. Calvin en tant que réformiste l’avait compris mais à intégrer l’intolérance.

L’histoire de ces vierges appellent des postures épistémologiques ou linguistiques pour comprendre un pan de ces controverses sur les vierges de façon générale et plus spécifiquement au sein des traditions judéo-chrétiennes. Monica Sjöö, The Great Cosmic Mother: Rediscovering the Religion of the Earth nous donne sa version faits :

“On appelait “vierges” les anciennes prêtresses de la lune. À cette époque, “vierge” décrivait une femme qui n’était pas mariée ou qui n’appartenait à aucun homme – elle était une ” femme qui était entière”. Le terme provient d’une racine latine qui signifie « force » ou encore « habileté » et fut plus tard associé aux hommes : “virle”. Ishtar, Diana, Astarte, Isis, toutes des déesses qui furent appelées vierges, bien que cela ne faisait pas référence à leur chasteté sexuelle mais bien à leur indépendance sexuelle. Toutes les grandes cultures parlent d’un héros, mythique ou historique né d’une mère vierge : Marduk, Gilgamesh, Bouddha, Osiris, Dionysos, Genghis Khan, Jésus, tous étaient le fils de la Grande Déesse, de la Déesse Originelle, et leurs pouvoirs mondains lui étaient dus.

Lorsque les Hébreux l’utilisaient dans la langue araméenne, ils sous-entendaient ” jeune fille” et le terme était dénudé de connotations liées à la chasteté sexuelle. Lorsque les chrétiens traduisirent la bible hébraïque, ils ne pouvaient concevoir une Vierge Marie comme une femme dont la sexualité était libre et indépendante et, il va sans dire, déformèrent le sens du terme vierge afin qu’il sous-entende une sexualité pure, chaste, intouchée.” 

Il y a plein de vierges aujourd’hui sur Facebook ou sur internet et dans les autres formes de médias, mais pas une seule noire et pourtant on en trouve partout. Voilà un nouveau sujet et un questionnement : les africains vénèrent une vierge blanche et ils ignorent celle dont la couleur les honore.

Photo : Vierge noire de Puy, France
NKEN

LES CONS, LA GRANDE MARCHANDISE DE L’AGE CONTEMPORAIN

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Je suis tombé il y a quelques mois sur une chronique d’un philosophe italien Maurizio Ferraris. “La connerie est l’une des plus grandes marchandises de l’âge contemporain”. Et bien ça tombe bien car nous sommes depuis quelques temps assaillis par un “capharnaüm” de cons qui se défilent sous nos yeux. Maurizio parle des bêtises dans les médias. Et des bêtises des politiciens. Il dit que cette forme d’imbécilité prolifère en trouvant son moteur en chacun de nous. Il ajoute que le fossé entre le con et le non con se rétrécit. Que le Web n’accentue la bêtise mais la rend plus visible.

Avec la montée du populisme, l’imbécilité des masses inquiète les «élites». Ces dernières ont pourtant eu pendant longtemps le privilège de l’imbécilité documentée. Le choc vient du fait que les élites voient ou refusent de voir, dans la connerie de l’autre leur propre ineptie. Plus loin Ferraris dit qu’on ne peut plus à présent opposer les élites et les masses. Le discours à l’Assemblée n’est pas très différent des débats de grands places. Un con vaut un génie. On le voit bien d’ailleurs de Trump à Birima. Des déclarations cocasses voire burlesques de nos autres hommes politiques et religieux qui débitent à longueur de journée des nigauderies dignes d’un vrai con à défaut d’un imbécile.

C’est ainsi que la post vérité s’installe. Personne n’est donc à l’abri. Le “génie ” et l’expert en arrivent à faire les cons. Pour maquiller la vérité. Pour faire les saltimbanques dans les médias. Et puis ils se fâchent avec la presse qui sert à véhiculer leurs conneries. Nous sommes en plein capharnaüm médiatico -politique avec tous les profils de cons, de non cons et d’imbéciles qui tiennent haut le crachoir et qui irradient toutes les sphères de nos sociétés.

Et le peuple est friand de conneries! Maurizio de rajouter que c’est le fruit de l’atomisation sociale caractéristique des chambres d’écho de l’âge “documedial”. C’est le terme qu’il utilise pour définir l’union entre la force institutive des documents qu’on “poste” et le dynamisme des médias (Twitter Facebook ). Du coup les élites cultivent l’imbécilité pour entrer dans la communication de masse ! Alors la connerie devient un ciment de socialisation. Kouthia les reprend bien. Et un vecteur de communication politique. (Farba, Cissé Lo, Abdoul Aziz Diop, etc.).

Mais là où tout le monde se retrouve c’est que on se détend plus dans l’imbécilité que dans le sérieux. Point intéressant. “Imbécile” dérive de in-baculum, sans bâton, sans technique ! J’espère que je ne fais pas partie du lot des cons et des imbéciles. Car sur internet et les réseaux socaiux aussi chaque année, lorsqu’on pense qu’ils vont diminuer, les cons et les imbéciles prolifèrent contre les sérieux et les génies. Pas besoin de s’en offusquer, un con vaut maintenant un génie. Que vaut l’imbécile alors ? https://www.ledevoir.com/lire/510307/entrevue-la-connerie-est-l-une-des-plus-grandes-marchandises-de-l-age-contemporain

Photos : Mamadou GOMIS, FAAP

NKEN

UNE SOCIÉTÉ TUEUSE DE GÉNIE ET DE POLYMATHES

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Février 2013, au détour d’une rue de dakar, je rencontre M. ND., un promotionnaire á l’école primaire. 45 ans révolus. Le regard hagard. La démarche peu rassurante, il ressemblait à une loque humaine fraîchement sortie des canniveaux de Bachus. Il m’interpelle avec fermeté comment vas tu Ndao ? M. ND. pourtant faisait partie il y’a naguère des meilleurs élèves de sa génération. Combien sont-ils encore ces génies devenus des rebuts humains jetés dans les confins et labyrinthes des décharges humaines ? De l’école primaire à l’université, combien sont-ils à payer le prix de leur lumière ? Des milliers sous le regard d’une société anthropophagique, réfractaire aux génies et protectrice des médiocres. Entre ces extrêmités se jouent de façon visible ou invisible notre rapport au savoir, au mysticisme, à la valeur de la réussite sociale. Il s’y joue aussi une meilleure compréhension de la sociologie d’une famille sénégalaise aux apparences unitaires mais anthropophagiques dans son fonctionnement propre.

La sociologie de la famille nous enseigne que contrairement aux idées reçues, la famille est le premier espace de compétions mortelles même entre de vrais frères et soeurs. Les façades unitaires cachent avec plus ou moins de réussites les guerres familiales pour notamment maîtriser les génies en sollicitant souvent les génies invisibles. Dans un contexte au modèle dominant polyginique, les compétitions prennent des relents à la fois subtiles et meurtriers. L’organisation de nos unités familiales est la première base fondamentale de production de la médiocrité, du nivellement par le bas. C’est cette cellule familiale qui projette et irradie sa culture de la médiocrité aux différentes échelles d’une société qui croit plus aux bouffons et courtisans qu’au Pr Samir Amin. Les inversions de valeurs tirent ainsi leurs sources au sein des unités familiales où l’argent, l’exhibitionnisme, la pornographie de l’opulence sont devenus les nouveaux génies. Une culture familiale d’apparence et d’apparât.

Les vrais génies éclectiques, les polymathes qui peuvent résoudre les équations mathématiques, trouver des solutions adaptatives pour nos variétés de riz, inventer des applications logicielles pour améliorer le fonctionnement de nos administrations, etc. eux sont méprisés, piétinés. Ils comprennent qu’il faut hélas souvent prendre les chemins sinueux de l’exile. Les sociétés modernes chantent, protègent et exhaltent leurs génies pour faire face aux défis complexes et rapides des révolutions scientifiques et technologiques. La notre semble faire l’option de la valorisation généralisée de la médiocrité. Les tensions profondes qui se jouent dans les pulsions de notre société ont fini d’immobiliser nos administrations, nos écoles, nos universités, nos structures familiales. Cette culture généralisée de la médiocrité est aussi le tréfonds du mysticisme et de l’obscurantisme. Une société magico-religieuse. Read more