HOMMAGE A L’IMMENSE SAMIR AMIN. CRISE FINANCIÈRE ? CRISE SYSTÉMIQUE ?

 

Un baobab est tombé. Samir Amin. Fidèle à lui même jusqu’à la fin de ses jours. Fidèle aux sciences humaines et sociales. Il y a moins d’un mois,  j’ai eu l’opportunité de le croiser à Saly dans une Assemblée générale de Greenpeace. Toujours jeune dans son esprit. Il fut immense. Une énorme perte pour l’Afrique et le monde. En hommage à ce géant,  nous publions un de ses textes portant sur : “Crise financière?  Crise systémique. Samir,  un savant généreux,  un intellectuel organique,  toujours aux premières loges pour défendre les plus faibles. Il manquera au mouvement social africain et mondial. Aux intellectuels. Qu’il repose en paix.

NKEN

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Questions de méthode

L’effondrement financier de Septembre 2008 amorce le développement d’une crise systémique majeure.

Pour comprendre la nature de cette crise, des enjeux et à partir de là imaginer les contours possibles des différents systèmes alternatifs qui émergeront progressivement des réponses que leur donneront les forces dominantes en place, les Etats et les classes dirigeantes, comme les travailleurs et les peuples dominés, il est nécessaire d’aller au-delà de l’analyse du déroulement de la crise financière à proprement parler. Mais il ne suffit pas non plus de juxtaposer cette dernière analyse et celle d’autres crises en particulier : (i) la crise de l’accumulation dans l’économie productive réelle ; (ii) la crise énergétique, concernant a) l’épuisement des ressources fossiles, b) les conséquences de la croissance associée au modèle d’utilisation de cette énergie (effets possibles sur le climat inclus), c) les conséquences des politiques de substitution mises en śuvre (agro-carburants) ; (iii) la crise des sociétés paysannes soumises à une destruction accélérée et la crise de l’agro-alimentaire qui lui est associée. Il est nécessaire d’intégrer toutes les dimensions de cette crise systémique majeure dans une analyse holistique intégrée.

J’amorcerai le débat sur cette question par une série de propositions concernant les caractéristiques majeures nouvelles du capitalisme contemporain. Deux transformations majeures se sont produites progressivement au cours des dernières décennies. Bien qu’il s’agisse d’évolutions amorcées depuis longtemps, je dirai que le changement en quantité s’est transformé en saut qualitatif.

La première de ces transformations concerne le degré de centralisation du capital dans ses segments dominants. Celui-ci est sans commune mesure avec ce qu’il était il y a seulement une quarantaine d’années. Certes les monopoles et les oligopoles ne sont pas une réalité nouvelle dans l’histoire du capitalisme, depuis l’époque mercantiliste jusqu’à l’émergence des cartels et trusts de la fin du XIXe siècle (analysés par Hilferding, Hobson et Lénine). Mais aujourd’hui on doit parler pour la première d’un capitalisme d’oligopoles généralisé qui désormais dominent dans tous les domaines de la vie économique.

Je déduirai de cette observation deux conséquences majeures.

La première de ces conséquences est que cette transform Read more

LE DIEU DES CHRÉTIENS EST MORT. VIVE LE DIEU DE L’ISLAM. LA DÉCADENCE DE MICHEL ONFRAY

Michel Onfray,  philosophe, est auteur de plus de 80 ouvrages. Il est un des plus grands déconstructeurs des mythologies religieuses,  sociales, politiques. Il part d’une idée que les civilisations meurent et toutes les civilisations. Par conséquent,  il estime que la civilisation judéo-chretienne va aussi mourir. Onfray note :

“Du concept de Jésus,  annoncé dans l’Ancien Testament et progressivement nourri d’images par des siècles d’art chrétien, à Ben Laden qui déclare à mort notre Occident épuisé, c’est la fresque épique de notre civilisation que je propose ici”. 

On ne semble pas ainsi pouvoir échapper à cet esprit provocateur et à la décadence devenue selon lui irréversible. Nous vivons la fin d’un monde mais non du monde prophétise t-il. Le Dieu chrétien est mort. On sait que Dieu tout court est mort selon Harrari,  mais remplacé par Sapiens. Pour Onfray, c’est plutôt l’islam qui sera en vogue. Ou l’homme de laboratoire. Pas étonnant que le livre d’Onfray utilise avec force détail un argumentaire basé sur les concepts médicaux : “la civilisation judéo-chretienne se trouve en phase terminale”. Vive alors l’islam qui remplacera le Dieu des chrétiens mort sous les coups du Dieu de la Mecque. De toute façon tranche Onfray, l’Europe est à prendre et à vendre.

La mort de l’occident est sans doute un vieux sujet abordé par plusieurs penseurs : Paul Valérie, Oswald Sprengler, Samuel Hutington ou  Jean Delumeau. Donc à sa manière,  Onfray réchauffe cette veille thèse et y met son mordant comique. Le christianisme est ou sera mort car il considère désormais Dieu comme un copain tutoyé de surcroît. Le prêtre devenu un camarade à inviter en vacances. ..La faute selon le philosophe au concile Vatican II qui a aggravé la maladie malgré ses énormes efforts de réforme.

Patrice Favre dans sa note finale à l’ouvrage de Onfray conclut en ces termes comme pour atténuer la mort du christianisme :

Ce que décrit Onfray, à son corps défendant, c’est l’échec de la modernité sécularisé, un monde sans Dieu dans lequel l’homme se retrouve seul, sans origine et sans destin sinon le néant. Mais l’échec est l’occasion d’un nouveau départ. Les civilisations passent, les ronds points aussi,  le Dieu chrétien intéresse toujours”.

Michel Onfray,  La décadence. De Jésus à Ben Laden. Vie et mort de l’Occident. Édition Flammarion. 2017. 67 pages.

NKEN

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