INTERVIEW NDUKUR. EXPOSITION PROJET ETHNO-PHOTOGRAPHIQUE MATAR NDOUR ET NDUKUR A ZIGUINCHOR

Du 15 au 31 mars 2017, le photographe Matar Ndour et le socio-anthropologue Abdou Ndukur Kacc Ndao ont exposé dans la galerie Zig Zag de l’Alliance française de Ziguinchor au Sénégal. Une exposition qui a pour thème les signes et symboles. Plusieurs cultures ont été exposées parmi lesquelles les bedik, bassaris, ajamaat, les sérères, peuls et lébous du Sénégal et les bijagos de la Guinée Bissau.
Dans cet entretien avec le Groupe Média du Sud, Mme Sankourou Tamba revient avec Ndukur Kacc Ndao sur les principales symboliques de cette exposition.
Entretiens…

 

ALLIANCE ENTRE POLITIQUE, PHILOSOPHE, SCIENTIFIQUE ET ARTISTE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Pourquoi les politiciens notamment disent toujours qu’ils sont surpris par tout ce qui arrive chez eux ? Les inondations, ébola, érosion côtière alors que l’information existe. Aujourd’hui, incontestablement, il n’existe presque plus de catastrophes naturelles mais des catastrophes aggravées  ou accélérées par leurs actions. Ce sont nos régimes politiques qui bouffent le domaine littoral, vendent leurs forêts, mettent de l’asphalte partout. comblent les bassins naturels et érigent des stades et des arènes dans les zones humides, créent de fausses villes mal assainies. Notre “nouvelle ville Diamniadio” en sera un des exemples illustratifs d’un mauvais aménagement qui risque de combiner habitats,  usines sans compter qu’elle aurait pu être une ville verte.

Et c’est une question qui se pose à tout le monde. Dans  tous les domaines de la vie nationale. Les grandes avancées historiques se sont déroulées chaque fois qu’il y a eu la découverte de paquet technologique (civilisation égyptienne, révolution industrielle , néolithique , etc.). Cette fois on a des paquets technologiques dans tous les domaines mais il manque des leaders pour les porter. L’association du “philosophe ” (en sens dès grands penseurs qui nous permettent de lier le bois et le bois), des savants (scientifiques pour apporter des solutions), des artistes (d’écrire un monde sous tous ses prismes, nous faire rêver (et oui) , et des religieux  (apathie, sens de la solidarité et l’équité ) a été un levier important. Aujourd’hui tous ces groupes nous vendent la même chose. ” la guerre” (apologie des différences, repli , pornographie de la pauvreté et de l’opulence, exploitation) et le ” jeu” (olympique, foot, Batman v Superman ou David contre Goliath, spéculation, politique. Oui nous sommes en face d’une vraie comédie ! Sur fond de déni permanent. La faute c’est l’autre ou le système financier dit mondial.

Mais comment réconcilier ce système de connaissances avec notamment les politiques pour qu’ils l’écoutent et en fassent un puissant levier de développement  ? Ils sont nombreux ces esprits lumineux qui veulent pas s’engager, laissant des vacuités et des impostures devenir des grands maîtres de nos incertaines destinées. En sommes, quel modus vivendi ?  On fait exactement ce qu’on leur reproche. Nous qui sommes dans une forme d’a-politisme désincarné et sans frais pour nos carrières et conforts consolidés. Notre modernité politique est entrain de bâtir des digues mais elle refuse de faire des passerelles. Ceci est un gros problème d’une modernité comique et de comédie.

Serait-il peut être plus facile de “taper” sur les pauvres politiciens ? C’est pourquoi il faut changer de discours. On devrait vendre un rêve, une aspiration réalistes. Montrer qu’un autre pays est possible. On est tout le temps dans le discours de l’otage. Et cela participe de l’infantilisation des citoyens. On assume qu’ils ne sont pas capables de décoder ce qui se passe. Bien sûr,  Ils le font avec leurs prismes et leurs outils. Par contre ils demandent des réponses qui sont souvent tardives car les porteurs légaux sont en déphasage et en décrochage permanents avec les porteurs légitimes. Dans ces conditions,  il  n’est pas étonnant qu’ils se délectent des “tubes de l’été” ou du prochain buzz d’un illustre artiste inconnu. ..

Photo  : Matar Ndour

NKEN

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LA CAVERNE D’ALI BABA

A la veille des importantes échéances législatives puis présidentielles, certains idéalistes en sont encore à regretter l’absence de programmes et de projets de société. Les discours des potentiels protagonistes vont rarement au-delà de dénonciations de l’adversaire, pour sa tête, son lignage, ses fonctions, ou ses pratiques pourtant légitimées par une constitution et des lois qui nous régissent. Est-il besoin de rappeler que notre royaume amorce un tournant historique à l’issue duquel plus rien ne sera plus comme avant. Les enjeux des consultations de 2017, puis celles de 2019 vont largement au-delà de simples querelles de chapelles. Et si certains cherchent à les gagner à tout prix, d’autres se refusent à les perdre quels qu’en soient les coûts.

Le vainqueur aura en effet la lourde charge de gérer un royaume pétrolier, en tout cas, de vendre le premier baril de pétrole et le premier mètre cube de gaz « made in Ndoumbélaan ». Centre d’intérêt de puissances financières, le royaume va bénéficier dune nouvelle tribune et de nouveaux partenaires dont l’influente OPEP capable de mettre à ses genoux les grandes puissances de ce monde. C’est pourquoi, les candidats ne peuvent pas s’abstenir de définir une ligne directrice de leur politique en matière de gestion de ce dossier. Malheureusement, le sujet reste tabou en dehors de critiques des scandales prématurés, annonciateurs d’autres scandales plus grands et plus pernicieux.

Autant les hydrocarbures peuvent être source de progrès, autant ils peuvent déstructurer et extravertir une économie nationale en étouffant des secteurs porteurs qui sont aujourd’hui à sa base, y compris le savoir-faire des ressources humaines qui s’y attachent. Il sera impossible de maintenir dans nos campagnes sans eau et sans électricité ceux qui nous nourrissent. L’éducation partira en lambeaux parce que, la valeur des têtes bien faites aura pris le dessus sur celle des têtes bien pleines. Le risque sera grand d’assister plus que jamais à l’exacerbation des tensions sociales, quand la misère se dressera contre l’opulence, quand l’arrogance et l’insouciance des rejetons de nouveaux riches fouleront du pieds nos valeurs et cracheront sur nos rites et sacrés.

Nous pensons donc que les recettes issues des hydrocarbures ne doivent pas être considérées comme une manne providentielle, laissée au bon vouloir dun gouvernement quelles que soient par ailleurs ses intentions et sa moralité. Il faut légiférer pour encadrer l’utilisation des recettes issues des hydrocarbures. La multiplication des organes de contrôle et de concertation ne serviront à rien dans un contexte où leurs membres nommés peuvent être relevés de leurs fonctions dès qu’ils se mettent au travail. L’histoire récente de Ndoumbélaan ne prouve-t-elle pas que l’exercice de contrôle est un métier à haut risque, et que les cadres de concertation, ne sont plus souvent que des prisons dorées pour les clients politiques à la recherche de sinécures ?

Élire sans légiférer sur la question des recettes issues des hydrocarbures, c’est donner le mot de passe de la caverne d’Ali Baba aux sept b. Et on voit mal de nouveaux élus s’atteler à dresser devant eux des instruments contraignants à leurs pouvoirs. C’est pourquoi, tous les candidats peuvent et doivent s’y engager. A coté des traditionnelles et éculées litanies d’approfondissement de la démocratie, ils doivent nous édifier sur leurs intentions, notamment leurs projets sur les questions comme :

– La part des recettes issues des hydrocarbures dans le budget de fonctionnement de l’État en termes de pourcentages,
– La répartitions de ces recettes dans les différents secteurs de l’économie nationale,
– Les mesures pour la défense de l’environnement y compris la réhabilitation des zones directement affectées par leur exploitation, ainsi que la restauration des autres écosystèmes,
– Les mesures de protection et d’indemnisation des populations directement touchées (autochtones et professionnels),
Etc.

Si la rumeur attribuant le différend entre le Gladiateur et un de ses compagnons venait à se confirmer, aucune loi ne pourrait les départager. Il n’existe en effet, aucun dispositif juridique efficient fixant les critères de choix pour octroyer ou refuser une licence à un tiers. Naturellement, le bon sens pencherait pour le plus offrant. Mais la constitution permet au Gladiateur de donner à qui il veut. On ne peut donc pas lui refuser cette prérogative sans remettre en cause des droits que lui confère une constitution, surtout si on a battu campagne à ses cotés pourquoi en soit ainsi. Demain aussi, il risque de n’y avoir aucune loi interdisant d’utiliser les recettes issues des hydrocarbures pour acheter des armes ou pour distribuer ouvertement des denrées à des populations affamées dans le but de gagner leur sympathie ou de calmer leur courroux.

Si de telles questions qui vont forcément nous rattraper à partir de la prochaine législature venaient à être éludées (inconsciemment ou à dessein), elles constitueraient une bombe à retardement qui va nous exploser à la figure. Les scrutins immédiats ne seront alors qu’une simple bataille localisée dont l’issue ne suffira pas à donner un verdict consensuel. Les résultats ne seront tout au plus qu’un verdict provisoire dun premier tour, induisant un second moins démocratique. L’éventuel verdict de ce second tour, lui-même d’être l’annonce dun troisième peut être sanglant. Astafirou lahi !

Ne soyons pas naïfs ! Il est impératif de nous préparer autrement que d’encourager une seconde coalition « supu kanja » sans lendemain parce quelle s’oppose simplement au Gladiateur considéré comme une grande désillusion pour ceux qui lavaient adopté sans vraiment le connaitre. Et ce n’est pas la qualité ou la crédibilité des membres de cette nouvelle coalition qui est en cause, mais bien l’impossible mariage de contraires et/ou d’intérêts antagoniques manifestes.

Dites nous la nature du royaume pour lequel vous militez, ou cherchez à nous engager à vous soutenir !
Dites nous pour quelle constitution vous vous battez : la république ou la monarchie ?
Dites nous ce que vous pensez des Assises Nationales et de la CNRI. Il est peut être important de rappeler que la coalition « supu kanja » actuellement au pouvoir les avait approuvées sans réserve même si le Gladiateur a fini par convaincre ses dirigeants d’oublier leurs engagements pour « en tirer ce qui est bon ».. pour lui.
Dites nous si l’Empereur revenant a renoncé à ses projets de dévolution monarchique pour être fréquentable et alternatif à la dynastie actuelle que vous combattez.

Nous dénonçons l’injustice qui a permis au Gladiateur de mettre derrière les barreaux certains d’entre vous au motif de « tentative d’assassinat » contre lun de ses plus fidèles souteneurs. Nous sommes unanimes à reconnaitre que l’acharnement contre lun de vos leaders est dicté par une volonté politique de nuire à son image et pourquoi pas d’enterrer ses ambitions politiques. Mais nous ne comprenons toujours pas que certains d’entre vous aient accepté (même dans un moment de faiblesse face à l’épreuve), le soutien matériel et financier du rejeton de l’Empereur déchu, dont la tentative de couronnement avorté, a couté autant de vies. Comment nous faire digérer ces témoignages éloquents et pathétiques à travers les médias, pour redorer limage du prédateur en exile ? En acceptant les « dons », dun voleur condamné et qui se refuse à restituer le produit de ses larcins, ne se sentent-ils pas comme des receleurs ?
Attention !!! La politique et les émotions personnelles et/ou personnalisées, ne font pas toujours bon ménage ! Vous ne pouvez pas argumenter aujourd’hui le contraire des raisons qui nous ont amenés à nous battre, sans souiller la mémoire de nos martyrs tombés sur le champ d’honneur. De toute façon Goorgorlu ne cherche pas à changer de roi ou de président-monarque. Il veut simplement changer de statut et c’est strictement sur ce terrain qu’il vous attend.

Chroniques de Bandia

ONOMASTIQUE SÉRÈRE : AU COEUR DES LIENS PATRONYMIQUES

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com
www.ndourawaly.com

Le constat est généralement fait et admis est que nous ne connaissons que très peu nos ethnies, nos sous-groupes et nos noms traditionnels. Le christianisme et l’islam auront sans doute joué un rôle prépondérant dans cette disparition presque irréversible de notre onomastique nationale. Outre les ethnies classiques connues tels que les Wolof, les Sérères, très peu savent que nous avons dans nos registres ethniques, les groupes et sous-groupes suivants avec leur localisation géographique.

DIVERSITÉ ETHNIQUE. Les Badiaranke (Tambacounda, Département de Kedougou), les Bainounk (Kolda, Ziguinchor), Balante (Kolda, Ziguinchor), les Bambara (Tambacounda), les Bassari (Tambacounda, Departement de Kedougou), les Bedik (Tambacounda, Département de Kedougou), les Boin (Tambacounda, Departement de Kedougou), les Cognagui (Tambacounda, Département de Kedougou), les Créoles (Ziguinchor), Diola (Kolda, Ziguinchor), les Lebou (Dakar), les Mankagne (Kolda, Ziguinchor), les Mandingue (Kolda, Sédhiou, Ziguinchor), les Manjaque (Kolda, Ziguinchor), les Manoj (Kolda), les Pépel (Ziguinchor), les Poular (Peulh et Toucouleur) : Kaolack, Kolda, Louga, Saint-Louis, Tambacounda), les Sérères (Dakar, Diourbel, Fatick, Kaolack, Thiès), les Soninké (Saint-Louis, Tambacounda), les Wolof (Dakar, Diourbel, Fatick, Kaolack, Kaffrine, Louga,
Saint-Louis, Thiès, Ziguinchor).

DIVERSITÉS PATRONYMIQUES SERERES. Apres l’onomastique des noms des rois Diolas, abordons celle des Sérères très riches en enseignements. En Afrique, le nom revêt une signification particulière qui n’est pas nécessairement des occidentaux. En effet, une des fonctions essentielles “d’un nom est de traduire la personne, d’une manière ou d’une autre” (Agossou, M.J. Nom africain, baptême chrétien. Forets et savanes pp. 6-20 – n° 22, 1972-1973). Ceci est valable aussi chez les Séreres. Avant d’aborder plus spécifiquement les sens et significations des patronymes Séreres, observons ceux qui sont les plus connus : Ɓaaxum, Baas, Ɓooɓ, Siis, Jaaxam, Jegem, Jeen, Jeŋ, Jogoy, Joox, Joom, Jon, Joob, Juu, Fay, Gunjaam, Ñiŋ, Gomar, Kama, Kital, Lum, Maane, Maar, Maroon, Mbooj, Mbuum, Ndeene, Njaay, Ndiim, Njoon, Njoor, Ndoŋ, Nduur, Ngom, Ñaan, Ñangaan, Sañ, Saar, Saac, Seen, Seeŋoor, Candum, Caw, Careen, Coor, Cakaan, Tin, Top, Yum

ONOMASTIQUE ET PHILOLOGIE. L’onomastique Sérère révèle des prénoms qui correspondent à la personnalité et au statut du concerné. C’est ainsi que nous pouvons en citer quelques-uns. Felwiin signifie celui qui est aimé, Waag Gendum, celui qui est le plus fort parmi ses paires. Jegaan, un homme riche. Waagan, l’invincible. Jig-Naak, le détenteur d’un riche troupeau. Lamaan, le propriétaire des terres. On peut noter aussi des prénoms qui renvoient à quelqu’un qui perd souvent ses enfants tels que notamment Herame, Mbasa, Fata waasel. De même, le Sérère a des patronymes qui désignent des jumeaux : Ngoo-ndeɓ et Ngoo-maak. Jokel, celui qu’on aperçoit au loin. Simel signifie celui qu’on remercie. Ngoor, l’homme, Ndew, la femme. Jogoy, le lion. Mosaan, la plus belle. Ñoxor, bataille. Ndiig, un prénom qui renvoie à quelqu’un qui est né durant l’hivernage. Sonar, celui qui ne se fatigue jamais. Celem qui signifie le fer. Sedar, celui qui n’aura jamais honte.

Par ailleurs, en observant les prénoms féminins, on est frappé par les étymologies arabes qui renvoient souvent à des jours de la semaine. C’est ainsi que nous avons lundi qui signifie Altine en Arabe qui correspond en Sérere au nom de Tening. Mercredi, al larba en arabe revoie à Daba. Jeudi, al xemes correspond au nom Xemes, Vendredi qui signifie Al juma renvoie au nom Juma. Samedi nous donne Gaaw et dimanche Diber qui correspond au nom Diiboor. D’où proviennent ces proximités patronymiques liées notamment au jour de semaine et appliquées aux femmes ? Une analyse philologique plus fine devrait permettre de répondre de façon plus précise à cette question.

SAVOIRS ENDOGÈNES. Voilà qui devrait inciter à réfléchir sur la profondeur et la diversité exceptionnelles qui caractérisent notre peuple; diversité souvent ramenée, hélas, à nos urbanités dakaroises ou wolofophones. Cette pensée unilatérale voire essentialiste de nos diversités impacte très négativement sur la valorisation d’un patrimoine culturel riche mais souvent réduit à sa plus simple expression. Elle a souvent sclérosé nos modes de pensées, d’enseignements et de recherches encore arrimés – sous plusieurs rapports – à des épistémologies mimétiques. Combien sommes-nous à utiliser notre patrimoine culturel riche et varié dans nos enseignements, nos travaux de recherche, nos modèles éducatifs ? Sans doute très peu car happés encore par d’autres patrimoines – certes utiles et instructifs – mais souvent en décrochages profonds avec nos priorités. Il y’a là, sans sous-estimer le travail remarquable réalisé par certains de nos concitoyens, un challenge scientifique et culturel qu’il faut relever.

Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour et NKEN, juillet 2018.

LES HEBREUX, PROFONDEUR HISTORIQUE AVEC L’AFRIQUE

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
www.ndukur.com

L’histoire des hébreux d’Afrique renseigne sur la complexité des relations entre juifs et africains mais aussi leurs migrations multiformes à travers le monde. Déjà en 3500 av. JC, nous avions en Mésopotamie, dans la péninsule arabique et la corne de l’Afrique les premières migrations sémitiques avec ce qui est communément appelé les 12 tribus. Ils étaient déjà installé au VIe siècle av. JC au royaume de Koush réputé grâce à ses mines d’or et pierres précieuses. Évidement cette partie du monde connaîtra des événements très importants parmi lesquels l’exil en Égypte des 12 tribus (XVIII -XVII 12. JC ) avec Moise, la conquête de Canaan et la mise en place du royaume de David et Samomon respectivement aux XIIe et Xe siècles. Au Yemen et en Érythrée, dans cette même période, nous avons eu la Reine de Saba. Du côté de l’Éthiopie, le premier empereur juif avec Menelik en 950 av. JC…

Apparaît en 135 -1492 le royaume juif de Touat et du côté de Gao, Tombouctou (sur lequel nous reviendrons plus spécifiquement avec les manuscrits ), Djenné avec les juifs originaires du Yémen (Ie S. et 300 av. JC.). Tout ceci se déroule en Afrique saharienne.

En Afrique de l’ouest et la Sénégambie, de riches événements historiques peuvent être notés avec l’arrivée des blancs judéo syriens (Cyrenaïque ) et Peuls qui sont des éleveurs dans l’empire du Ghana entre Ie S. et VIII siècles ). Avec l’invasion almoravide au XI et XIIe siècles, on assista à la fuite et à la conversion des juifs avec les jihad. De l’empire du Mali aux marchands Radhanites, l’Afrique connaîtra d’intenses rapports commerciaux avec cette partie très riche en or et diamants à l’image à l’image de Soundiata Keïta.

En Afrique orientale et des grands lacs, entre le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda (XIVe siècles – 1972, on peut noter les descendants des rois pasteurs de Koush qui sont de la dynastie Salominide. A noter aussi le royaume de Shona en Afrique du Sud, au Zimbabwe sans compter le Madagascar.

Pour résumer, disons que les juifs à des périodes différentes ont toujours eu des relations fruits de leurs mobilité forte avec l’Éthiopie, le Yemen, l’Érythrée, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Cap vert , Sao Tomé, Mali, la Guinée, le Sénégal (nous reviendrons sur les relations du côté de Bakel ), le Ghana, le Nigeria, le Cameroun, le Congo, le Zimbabwe, le Lesotho, l’Afrique du Sud, le Mozambique, le Madagascar.

NKEN

KÉDOUGOU, LA FIÈVRE “MALÉFIQUE” DE L’OR

Kédougou, c’est aussi la recherche de l’or qui y fait fureur. L’orpaillage traditionnel connu sous le nom de “jura” a reconfiguré cette région. Enseignants, élèves…de plus en plus préfèrent les trous mortels des juras aux classes. Kharékhana dans le Saraya accueille des centaines de milliers d’orpailleurs qui y vivent dans une sorte de république des huttes. Les “prostituées” de toute la région y sont établies. Entre des contrats signés et des passes, elles triment au chariot pour gagner leur vie. L’orpaillage mystiquement est lié à l’mpureté. Ce sont des imaginaires presque mondiaux Plus vous êtes “impurs” sexuellement, plus vous avez des chances de voir l’or selon les imaginaires établis ici. Plus des gens meurent dans ces trous à rats, plus ce métal précieux sera visible indiquent toujours les représentations populaires. Autant faire attention à ne pas subir un éboulement car vous risquez d’être l’agneau du sacrifice et les orpailleurs célébreront leur “victoire” sur cette richesse de la malédiction. Sans compter que dans certains jura il est implicitement interdit de prier. Ça porte malheur dit on dans ces puits et trous. La Gendarmerie peut se tenir à l’écart car la présence d’un homme de tenue est ce jour signe d’un or qui ne sortira point.
Au moment où ces “juramens” se tuent dans la centaine de juras répertoriée à Kédougou, les sociétés minières avec leurs contrats léonins, pillent notre or. Un vrai massacre et en parcourant la région, on se dit bon Dieu, où est l’argent qui sort de cette région ? L’ITIE, la publication des contrats…ne sont que les leurres de légitimation de ce pillage. Car le vrai paradigme serait de transformer nos bruts sur place à l’image du Botswana. Nous y gagnons dans tous les cas. Et la question est de savoir pourquoi nous sommes si minimalistes dans notre projet national. Alors si vous êtes paumés à Dakar, sans le sous, sans mégots et sans les trois normaux, venez voir dans les juras. Vous pourrez avoir la chance de décrocher des pépites d’or pour changer de statut de classe. Mais auparavant, faites un tour chez les sorciers qui pourront vous faire des gris gris. Ici, nous sommes en plein mysticisme et il faut être protégé pour attaquer les sous sols de la richesse. ..ou de la malédiction. De toute façon, chacun à sa manière a ses gris gris comme le soutient le psychologue Tobie Nathan dans le divan et le grigris http://www.ethnopsychiatrie.net/actu/divan.htm.
Photos : NKEN
NKEN

MATAR NDOUR, ETHNO-PHOTOGRAPHE ATYPIQUE DES EXPRESSIONS CULTURELLES

Matar Ndour, photographe sénégalais au parcours atypique, fait partie de ces artistes pour qui la photographie est avant tout l’art de transmettre une émotion, une rencontre, l’envie de capter plus qu’une image, un moment de vie. Personnage discret et sensible, il a fait de ce qui n’était à l’origine qu’une passion, son mode de vie et bénéficie aujourd’hui d’une belle reconnaissance internationale. Matar Ndour travaille et vit à Dakar en 1987 il débute par la photographie mondaine, au sport mécanique, à la mode, l’architecture et à la photographie industrielle.

En 1995 Matar ndour change d’approche pour la photographie artistique Il sera expose pour la première fois en 1996, au centre culturel français de Dakar, à la galerie 39 dans le cadre du Mois de la photo A partir de cette date Matar va participer à de nombreuses expositions et vivre de belles expériences autour de son art.

En 2000, il présente dans la gare de Dakar, des portraits réalisés lors d’un voyage en train entre Dakar et Bamako. En 2001, à la bibliothèque universitaire de Dakar UCAD.

En 2003 en Bretagne où il présente son travail à bord d’un bus parcourant la ville, la même année il participe aux rencontres africaines de la photographie de Bamako Privilégiant toujours l’échange et les rencontres au cadre élitiste des galeries, Matar participe en 2005 à un workshop de la photographie organisé par la fondation Jean Paul Blachére à joucas.

Puis en 2009 à un projet autour de la ville de Bagnolet. Il émergera de ses balades à travers la ville et de ses moments passés avec les habitants, des clichés très originaux, un regard inédit sur cette banlieue. A travers des portraits, des photographies d’architecture, d’ambiance et des éléments du quotidien tels que les tags ou les arrêts de bus, Matar met en relief la beauté là ou on ne l’attend pas. Une exposition lui est consacrée du 17/06/10 au 28/09/10, dans le cadre de l’Année de l’Afrique à la Factory d’Agen.

Toujours en quête de nouveau projet c’est sur sa terre natale au Sénégal que Matar travaille depuis plus de 5 ans avec un anthropologue Abdou Ndukur Kacc Ndao avec qui il partage un projet innovant sur les terres sénégalaise, gambienne et bissau guinéenne. Un projet ethno-photographique intitulé signes et symboles. Entre imaginaires et réalités qui sillonne ces zones perdues à la recherche des impensés et des implicites des expressions culturelles de ces peuples.

NKEN

LES BEDIK : MYTHES ET ESSENTIALISME ANTHROPOLOGIQUES

Les Bediks, à l’image des Bassaris, Cognagui, Badiarankés constituent le peuple “Tanda” ? Sur ce plan d’ailleurs, un puissant travail de déconstruction conceptuelle mérite d’être faite. Tenda tout comme plusieurs classifications ethno linguistiques dominantes dans la littérature socio-anthropologique, linguistique…Le déficit de contact avec ces compatriotes a renforcé des imaginaires et représentations sociaux souvent caricaturaux voire totalement inexacts : les femmes bedik doivent être enceintes pour se marier ou qu’elles organisent des cérémonies durant lesquelles elles sont indistinctement dans une même chambre pour faire l’amour. Ces représentations ignorent totalement la nature des systèmes matrimoniaux bediks. Un petit effort d’investigations permet de se rendre compte de la fausseté de telles allégations.
Les Bedik, à l’image des autres “ethnies ” du pays, ne sont si homogènes qu’ils ne paraissent. Il existe des bediks Iwol (Ibel, Bandafassi…) et les bediks Panapasse (Ethiouar, Bantata…). Les Iwol étant plus proches de la langue malinkés (Kouronghoto, Manda Thies, Soucouta ) et les Panapasse linguistiquement plus proches des peuls. Il existe une troisième catégorie ethno linguistique bedik qui a presque disparu : le bedik Bapeng Bounongo. Les bediks, c’est aussi des différences dans les rites et célébrations : le nianthiourangal (fête des femmes mariées qui se tient par 4 ans ) est organisé seulement dans le Ethiouar et le Bantata. En revanche, le Iyambe (fête des jeunes filles non mariées et non enceintes organisé chaque 2 ans ) se tient dans le Iwol.
Les bediks ont un mode d’occupation des espaces assez particulier : ceux qui sont dans les montagnes (Iwol, Ethiouar, Ethies, Angail ) et ceux qui sont en bas (Damboukoye, Ninéfécha, Napnasse, Dindefelo tanda, Mamakono tanda, Alinguel, Kouronghoto, Manda Thies, Soucouta, Mangama, Bantata, Thiobo, Barafoulé, Tenkotoding, Inéré…Au plan patronymique, les Bediks ont comme noms Keita, Camara, Sadiakhou, Samoura, Kanté avec des cousinages à plaisanterie intra (Keita et Kanté ) et extra (Keita et Cissokho).
Considérer ainsi les bediks comme un peuple homogène aux plans linguistique, coutumier relève de construits sociaux que nous avons tendance à appliquer si paresseusement aux complexités de ce peuple Tanda. L’essentialisme et le fétichisme anthropologiques sur fond de cartes postales restent encore les pires ennemies pour saisir la complexité et la dynamique de nos cultures. C’est peut être pour cette raison que l’anthropologie reste encore une discipline suspecte.
Texte : NKEN
Photos : Matar Ndour
© Projet ethno photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar et NKEN. Juillet 2018.

SOCIOLOGIE HISTORIQUE COLONIALE DU SPORT AFRICAIN

Hier, c’était une grande équipe contre un grand joueur. Une équipe a besoin d’avoir quelques compétiteurs capables de sonner la révolte. En tout cas il y a comme une malédiction de la dernière minute …Il y a eu du jeu. La boulette de De Gea a ramené les portugais dans le jeu. Mais encore une fois c’est capacité de faire face et être tueur qui manque parfois à nos équipes. On a as vu les équipes magréhines hier craquer toutes les deux en fin de partie. Le maître mot : la concentration. Pour gagner la Coupe du monde, il faut être un compétiteur. J’espère que cela ne va donner des idées à Aliou Cissé…car ça a déjà à coup sûr donné des idées aux autres.
La légion étrangère entre en lice aujourd’hui. L’équipe de France sera la première cible du racisme en Russie durant la Coupe du monde. Les racistes seront déroutés. La France a 14 joueurs d’origine africaine. 3 congolais, 3 maliens, 2 camerounais, 1 guinéen, 1 sénégalais, 1 angolais, 1 togolais, un marocain et un algérien. Et plus de 1000 africains ont joué pour la France. Mais listons les africains dans les autres secteurs de la vie économique, sociale et politique. J’espère que les 14 auront leurs desserts ou leurs collations.
Le premier joueur noir était d’ailleurs sénégalais. Raoul Diagne en 1930. La toute première équipe sénégalaise à l’époque coloniale fut l’Union Sportive Indigène en 1929. Pas trop sympathique ni fair-play comme nom. Gorée et Foyer France Sénégal (ancêtre du Jaraaf) c’est 1933. Conakry sporting club 1936. Il y avait aussi une équipe au Togo, etc. Mais les colons étaient contre le foot au départ. Ils voulaient que les africains robustes s’adonnent à la préparation militaire. Daladier, ministre des colonies avait créé un comité central d’instruction physique et de préparation militaire pour cet objectif. Pour centraliser et réguler les associations privées à caractère sportif. Et éviter des “distractions nuisibles ” aux indigènes. Mais aussi pour que les clubs indigènes ne soient pas des noyaux politiques.
Ce n’est vraiment qu’après la seconde guerre que le sport a émergé dans l’Afrique Occidentale Française (AOF). Après c’était le boom en Guinée, Sénégal, Haute Volta puis la Côte d’Ivoire. Après on a eu des équipes liées aux régies des chemins de fer… Puis des compétitions sur l’axe du chemin de fer ! On imagine un Mekhe contre Kébémer. Un derby. Tamba contre Vélingara. C’était avant les fameuses coupes de l’AOF dont parle Laye Diaw, le célèbre chroniqueur sportif du Sénégal. Et puis avec la coupe de l’AOF se jouait aussi le rugby, etc. La fameuse coupe du Sénégal opposait guinéens, soudanais, ivoiriens, etc. Mais le rugby n’a pas prospéré chez nous car en un moment donné les colons ont décidé de ne subventionner que le basket et le football. Ce n’est que plus tard que rugby est revenu via les camps militaires. Sans compter l’athlétisme via les écoles. Je ne sais pas s’il y a des archives sur le parc municipal des sports de Dakar. De même sur l’ancêtre de l’UASSU – Office des sports scolaires et universitaires.
Il semble qu’il y a une sorte de “résistance sportive”. Car les colons n’ont pas pu imposer leur vision du sport dans les colonies. Même si c’est une hypothèse à creuser. Tout cela met en perspective certaines discussions actuelles sur le sport. J’espère que quelqu’un pourra nous expliquer un jour l’orgine de la lutte avec frappe qui n’est pratiquée par aucune ethnie sénégalaise. Est -ce ce colon qui organisait des joutes pour petits malfrats indigènes ? No idea. Pourquoi on n’arrive pas à enraciner le football chez nous ? Comment notre foot s’est “nawétanisé” ? Et puis parlant de la légion étrangère, que deviennent Marius Trésor, Tigana, etc. ? La “garde noire”, l’araignée noire. Voilà leurs sobriquets à l’époque. La coupe de l’AOF date de 1947. Que s’est-il passé avant ? On a une bonne lecture historique avec les derniers développements qui remontent en 1929. Mais ce sont des pistes à éclairer par la recherche sociologique sportive. Les amis sociologues et historiens du sport pourraient nous édifier sur ces questions majeures.

NKEN

ET SI NOUS TRANSFORMIONS NOS “BALMA AKH” EN SOCLE DE DÉVELOPPEMENT ?

Et la korité à l’unisson. Ou presque. Tant mieux. Ailleurs, après la prière, on vaque à ses occupations. Ici, au pays de Lat Dior, on prendra un VSD pour prolonger les « dewenaty » et «balma akh». Le pays peut se permettre ces recréations. Plus l’effet coupe du monde qui mobilisera un peuple friand d’un foot cache-misère. Qu’elle est l’urgence pour nous sénégalais ? Le PSE ne leur demande pas de “livrer” X OU Y nombre de personnels qualifiés d’ici fin 2018 pour que le Sénégal puisse maintenir sa compétitivité et..améliorer son espérance de vie. Parlons-en justement. Quelle est l’espérance de vie aux îles du Cap-vert ? 74 ans. Chez nous ? 66,8 ans. A une heure de Dakar dans un pays désertique qui connaît actuellement sa pire sécheresse depuis 40 ans. Oui ils ne sont que 500.000. Oui ils sont dispersés dans une dizaine d’île. La situation actuelle est comparable à celle de 1977 et 1947. Mais le Premier ministre Ulisses Correia e Silva vient de dire qu’ils ne sont pas en situation d’insécurité alimentaire. Ils sont indépendants depuis 1975 seulement. Nos experts risquent de nous donner une leçon et peut être de nous gronder. On peut pas comparer des pommes et des choux, blabla, l’impact de la diaspora, etc.
Pourquoi un cap-verdien peut vivre presque 10 ans plus qu’un sénégalais. Est-ce seulement parce qu’il n’y a pas de cars rapides dans les iles ? Est-ce parce que ce sont des “pourtougės” et que la « cachupa » serait plus saine que le « thiebou dieune » (sic) ? Peut-être la prière de korité sera l’occasion de magnifier l’exception sénégalaise encore et d’invoquer nos saints pour que les sénégalais vivent plus longtemps comme nos voisins. Et que l’accès aux services de base soit amélioré. Mais quel mollah ose parler de cela ? De toute manière le Sénégal est adepte de la politique de l’autruche. La korité et les fêtes en général nous servent de cache-misère. Si tous les balma akh qui fusent étaient sincères à 5%, le Sénégal allait prendre le chemin d’une société plus inclusive, plus travailleur avec moins d’injustice et de reniement moral. Mais la bonne chose pour nous c’est toujours de “sauver les apparences. L’allusion au Cap vert va sûrement déplaire certains. Mais prenons le comme prétexte et au second degré pour nous interroger sur notre soi-même. Ce n’est peut-être pas le meilleur jour pour faire ce « qutba » politique. Mais enfin…Eid al Fitr !!!

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