XEEWEL AK NATTU

Assis  aux  premières  loges  ou  quémandeur  de  faveurs  indues comme il l’a toujours  fait et  obtenu  de ses prédécesseurs  qu’il voue  à  présent  aux  gémonies,  le  premier  communicateur  du royaume  vient  de  déclarer  le  Gladiateur  « un  don  de  Dieu  à vénérer  ou  au  moins  à  respecter».   Mais  de  qui  se  moque-t-il ? De  quel  Dieu  parle-t-il  donc ?  Celui  d’Isaac  et  d’Abraham,  de Dionysos ou d’Eris ? Serait-il Rhadamanthe à coté de d’Éaque et  de  Minos pour  indiquer  leurs  sièges à des  Goorgorlus au purgatoire ? N’est ce pas des déclarations aussi irresponsables et dangereuses qui ont amené des millions de fidèles à déserter les  églises,  à  se  « révolter »  contre  le  dieu  et  les  dieux  qui  leur intimaient l’ordre  de  se  soumettre  aux  dictatures,  et  à  la misère ?  Parce  que  l’opium  du  peuple,  ce  n’était  pas  tant  la parole de Dieu, que l’interprétation des évangiles par un clergé repu allié à la monarchie d’abord et à la bourgeoisie ensuite.

Bien sûr, il serait plus simple de ranger de tels propos au rang de propagande politique émanant de quelqu’un  dont  le  niveau de  vie  se  mesure  plus  à  la  quantité  des  louanges  qu’à  leurs contenus.  Mais  le  monde  est  trop  complexe  pour  fournir  une explication  rationnelle  aux  errements  et  à  cette  sorte  de  folie collective  (même  momentanée)  des  hommes.  Un  esprit  naïf  ne peut  donc s’empêcher   de  se  demander  la  part  de  Dieu  et/ou des  dieux  quand  un  clown  qui  a  menacé  d’accroitre  la  misère des  couches  les  plus  vulnérables  est  élu  chef  de  la nation  la plus  puissante  de  la  planète,  la  terreur  imposée  au pays  du proche  et  du  moyen  orient  par  une  poignée  d’illuminés  se réclamant  de  Dieu.  Et  pourquoi  pas  la  part  du  diable,  quand de  puissantes  loges  d’Occident  parviennent  à  imposer  un bouffon  adversaire  déclaré  des  travailleurs,  au  pays  de  la liberté et des droits de l’homme.  Reconnaissons tout de même que  ceci  n’est  pas  une  raison  suffisante  pour  nous  faire admettre  que  Gengis  Khan,  Hitler  ou  Pinochet  siègeraient  au même parlement que d’illustres serviteurs de l’humanité parce que  des  puissances  ésotériques  auraient  porté  leurs suffrages sur eux bien avant les hommes.

C’est  pourtant  très  certainement  la  lecture  la  plus logique  qui peut  être  faite  de  la  posture  plus  que  scandaleuse  de  la brochette de dirigeants sur le grill du Gladiateur.Les partisans de  la  grande  coalition  qui  a  enfanté  de  l’Alternance  II  (ou  du moins  ce  qui  en  reste), seraient manifestement d’avis que Dieu et/ou les dieux, jouent un air à leur cadence et n’ont plus qu’à danser,  ou  peut  être  à  pleurer  de  joie  du  haut  du  perchoir  de la chambre d’enregistrement. Ceci expliquerait en tout cas leur sage décision de s’en remettre à son bon vouloir pour proposer les  candidats  au  renouvellement  du  parlement  du  rire  et  du «dagasante» de Ndoumbélaan.

Apprivoisés  à  coup  de  millions  ou  domptés  et  soumis par  le glaive sélectif contre « les  biens  mal  acquis », ils prêchent ainsi que  notre  démocratie  ne  serait  que  parodie  où  les  citoyens choisissent  les  yeux  bandés,  le  cœur  conditionné  par  des forces  occultes  au-dessus  de  leur  bon  vouloir.  Mais accepter que  le  Gladiateur  soit  autre  chose  que  l’expression consciente de  la  volonté  citoyenne, n’est-ce  pas  aussi  admettre  qu’il  peut être considéré  tout  autant  comme  un don  qu’une malédiction, un messie ou un démon. Et parce qu’il l’est effectivement pour les uns ou pour les autres, le bénir ou le combattre comme tel serait  plus  un  choix  citoyen  indépendamment  de  nos convictions religieuses.

Etre  monarchiste  ou  républicain, socialiste ou  libéral,  prendre partie pour le parti répondant à son idéal de vie, fut-il celui de la  solidarité  ou  celui  de  l’égoïsme,  de  la  dictature  ou  de  la démocratie,  reste  une  option  philosophique.  Par  contre, chercher  à  l’imposer  à  tous  comme  un  postulat  divin est et simplement machiavélique.

N’est-il pas encore temps que nos politiciens (au crépuscule de leur existence), pensent plus sérieusement à l’héritage à léguer à  leurs  enfants ?  Est-il  encore  possible  de  les  convaincre  de travailler  pour  la  postérité  en  faveur  d’un  Ndoumbélaan  où seront  valorisés  l’effort  et  le  mérite  des  individus  et  des collectifs ?  Enfants  de  Dieu  et  ou  des  dieux,  les  peuples assument  seuls  leurs destins  en  choisissant  librement  leurs dirigeants ou en se soumettant à leurs maitres. C’est pourquoi, l’idéal  aurait  été  que  Dieu  et/ou  les  dieux  soient  laissés  en dehors  ou  tout  au  moins  au  dessus  de  tout  ça.  Ce  n’est certainement pas la volonté de Dieu si les hommes ont crucifié Jésus  pour  se  soumettre  au  pouvoir  hérétique  de  l’Empereur de Rome.  Et ce ne sera pas de la volonté Dieu et/ou des dieux si  demain  Ndoumbélaan  devait  sombrer  parce  que  (pour paraphraser  Einstein),  « non  pas  à  cause  de  ceux  qui  font  le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire».

LES CHRONIQUES DE BANDIA, JUIN 2017