HOMMAGE A ABOUBACKRY MBODJ : UNE SOCIETE POSTHUME

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Socio-anthropologue

Aboubackry nous a quitté. Un homme engagé. Discret et qui savait souffrir dans sa chair. On oublie souvent qu’il fut aussi avant son engagement auprès des droits humains, un brillant anthropologue qui a travaillé sur les représentations des maladies en pays sérères. Toujours présent, Mbodj savait partager et se rendre disponible pour faire face aux injustices multiformes. Sa disparition au-delà de l’émotion pose l’épineuse question des limites de l’engagement par procuration. Les vrais militants sont devenus de vraies victimes expiatoires des régimes successifs. Soit on les laisse à la merci des bailleurs qui les instrumentalisent. Soit ils finissent entre les mains de quelques personnes qui détournent la mission pour monnayer d’autres choses. Soit ce sont des gens qui payent de leur personne pour porter les causes.

Dieu sait ce qu’ils endurent dans le secret de leur conscience militante. On les voit prendre l’avion. Participer à des forums mondiaux, mais souvent on imagine mal le mal être de ces incompris militants qui payent le prix cher de leur engagement. Certains meurent dans la misère et le dénuement. Oui parce les autres ont transhumé littéralement. Laissant des gens comme lui souvent esseulé malgré les apparences. Ils font légion dans ce pays de messianisme contre productif. C’est trop injuste, mais cela met la lumière sur le sort réservé  nos “militants”. Et quand ils passent dans l’autre camp on les traite de traîtres. Pire, on est même plus intolérant vis à vis d’eux que des gens qui ont leur vie dans le camp qui règne. C’est très révoltant.

Il y a une forme d’engagement qui n’est pas récompensé. Au point que dans l’opinion populaire, entrer en politique veut dire joindre le camp du pouvoir ou s’y préparer. Et nos militants de continuer à mourir comme des chiens. Il faut qu’il meure pour que les témoignages fleurissent. C’est obscène. On a vu ces dernières semaines les appels pour évacuer Mbodji. Au moment où certains sont systématiquement et discrètement envoyés à Pitié salpêtrière en France. Au frais souvent des contribuables. Nous sommes devenus depuis très longtemps, une société posthume.

Au delà des émotions. Il y a des faits qui renseignent sur la mentalité sénégalaise. Il faut aussi admettre que presque personne d’autres ne mobilisent pour cela non plus. Y compris tous les défenseurs de grands principes. “Mort pour rien ” ?  Et cela devient une corrida sans fin.  On leur dit allez affronter les barricades. On est derrière. Oui on aime laisser les fous du village aller au combat et on s’en délecte. Ou est Sonko et tous ces gens qui avaient juré qu’ils allaient le défendre, le protéger et l’aider financièrement. Ils sont peu vraiment à respecter leurs engagements moraux. Le pays se contentera de lui octroyer une misérable et fausse distinction. L’homme de l’année pour se faire bonne conscience.

Repose en paix Mbodj. Tout comme ces milliers de militants oubliés dans les mémoires collectives alors qu’ils ont tant donné pour nos libertés individuelles et collectives. Mbodj fut simplement un homme bien. Il mérite sans doute nos hommages. Mais quand est ce qu’on va arrêter aussi de célébrer nos héros souvent dans le dénuement crasseux que quand ils nous quittent ? Une vraie société obscène.

ANKN

 

LA GUERRE EN GAMBIE : PAS EN NOTRE NOM

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Socio-anthropologue

Grand Adama Gaye, j’ai lu ton post relatif au mien sur la présence supposée de Yaya à Conackry. Je comprends que tu confirmes tes sources. J’ai aussi les miennes et je peux t’assurer amicalement, j’en ai au moins une dizaine croisées de haut niveau aussi. Je m’excuse alors auprès de toi pour avoir écrit que les tiennes sont fausses. Car je ne saurai les discréditer avec autant de désinvolture. En revanche, je continue encore de considérer que les miennes sont très crédibles. Le plus important aussi est de faire attention et c’était l’objet de ce post car tes ennemis pilulent et ils rêvent de te faire la fête. Tu auras toujours notre soutien et nos amitiés dans ce combat difficile que tu portes avec passion et patriotisme.

Tu sais que je ne suis plus sur Facebook et je préfère publier sur mes blogs pour des raisons personnelles. Le blog s’appelle Opinions ndukuristes (http://ndukur.com/category/blog-ndukuriste/). Je crois que le plus important à ce stade est que Yaya est sur ses bottes et attend fermement une intervention militaire imminente. Il gère encore la Gambie. Je disais il y’a quelques jours que des Généraux comme Badji lui sont fidèles. Pour des pactes culturels très complexes qu’il est long d’expliquer ici. On a eu hier la confirmation. Nous risquons de perdre la bataille la plus décisive. C’est celle de voir les gambiens toutes tendances confondues nous prendre pour des colons. Nous aurions tout perdu. Et cela dépendra de la compétence des gens qui entourent le Président Macky Sall sur cette épineuse question de haute portée tactique et stratégique.

Les Gambiens n’accepteront pas une invasion du Sénégal. De même que tous les démocrates sénégalais et du monde qui se sont battus et qui se battent encore pour le peuple palestinien, sahraoui et d’autres qui luttent ou ont lutté pour leur auto détermination et indépendance nationale. L’enjeu n’est pas de gagner cette guerre même si Yaya à ce stade et le responsable écrasant de toute cette instabilité et forfaiture. C’est de ne pas s’enliser dans une gestion post Yaya qui installerait nos Forces Armées Sénégalaises (FAS) au cœur de la Gambie car nous n’aurions pas d’autres choix. Nos ressources sont maigres pour qu’on s’autorise ces décisions inopportunes. Nous n’avons pas voulu faire le pari de la négociation. Le pari de la guerre nous coûtera cher. A court, moyen et long termes. Co-gérer la crise au Sud et celle post crise gambienne est trop lourd symboliquement, financièrement et militairement pour notre pays. Nos frontières avec la Gambie, c’est aussi au-delà de la basse Casamance, une partie de Tamba, de Kolda, du Saloum…Autant dire une boucle humaine où vivent en ce moment des milliers de sénégalais.

Alors réfléchissons bien à nos illusions de pouvoir et de domination. Il est vrai que le Sénégal est et a toujours été menacé par la Gambie pour des raisons liées aussi à la sécurité interne de ce pays incrusté au sein de notre pays. Les logiques coloniales sont passées par là. Il reste que la Gambie est définitivement un pays indépendant. Souverain qu’il faut traiter avec respect. Faisons le pari difficile de la paix et de la négociation. Laissons au peuple gambien le soin de résoudre sa crise politique post électorale. Créons des investissements structurants pour désengorger la partie sud du pays très dépendante de la Gambie. Nous réalisons des TER qui coûtent plus de 500 milliards de CFA. Nous sommes incapables depuis plus de 50 ans de créer des routes qui nous sortent des chantages des gouvernements gambiens, gages de notre propre sécurité nationale. La Gambie dépend de nous sur plusieurs aspects. Nous oublions de dire que nous dépendons aussi de la Gambie qui joue fort tactiquement sur ces vulnérabilités. Si le gouvernement veut faire sa guerre à la Gambie. Qu’il le fasse en son nom propre. Mais pas en notre nom. La guerre, une vraie hérésie humaine pour des pays si mal fagotés comme les nôtres.

ANKN

2016 : ANNÉE DE DÉFIANCE, DE LÂCHETÉ ET DE VIOLENCE

Abdou Ndukur Kacc Ndao
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Quelles sont les grandes tendances de 2016 ? On dirait comme le journal Le Monde, une année de défiance. Avec beaucoup de remise en cause des systèmes dits établis. On a vu l’arrivée sur la scène d’acteurs inattendus et des configurations “surprises”. Avec Trump, le brexit. Un vrai « un legui doyna » (maintenant ça suffit) qui se profile un peu partout mais aussi un manque de clarté sur l’alternative qui a conduit à des choix parfois bizarres à priori ; mais qui traduit une volonté de “reprise en main”. Les discours axés sur la peur (de l’immigration, du terrorisme, etc.), et la stigmatisation des appareils ont pris le dessus. On a vu la montée des euro-sceptiques en Europe, l’arrivée des iconoclastes politiques comme Trump, le Président du Philippines, etc.

Chez nous, au Sénégal, on a eu nos « tubes d’été » avec Sonko, Abdoul Mbaye qui traduisent une certaine quête de point d’ancrage pour “sonner la révolte” mais sans une vision et un engagement clairs sur la “révolution attendue”. Alors on navigue entre le soutien presque émotionnel apporté aux lanceurs d’alerte et la quête d’un parrain (Wade à joué ce rôle pendant longtemps).

On est ainsi entre les velléités de rester dans la maison du père pour en tirer les acquis électoraux (Khalifa Sall, la multi-céphalie du PDS devenue une Armée mexicaine) ou de créer une “chapelle ” différente (mais en ayant recours aux mêmes méthodes, opposition intellectualiste détachée de la base et des vraies réalités (à travers les belles résolutions et les indignations ego-narcissiques sur Facebook et dans les salles de presse), les “mouvements de soutiens ” qui sont des appels du pied. Et puis on eu la confirmation du pragmatisme politicien de Macky qui est foncièrement électoraliste. La fin justifie les moyens.

Se servir, faire taire les ‘faux lions” et chercher et monnayer des soutiens partout. D’où le retour en grâce de la France ou les soutiens nauséabonds a l’Arabie saoudite, etc. C’est aussi la mort du Parti politique. Ils sont tous devenus de GIE gérés par une gérontocratie qui a fini par faire leur « come out » (les intérêts crypto personnels, un asservissement total, etc. et des jeunes loups (dont la plupart cherche des raccourcis et dont certains n’ont même par le courage physique des anciens, encore moins de vrais projets alternatifs à porter).Donc c’est une année de défiance.

2016, c’est aussi année de violence et de lâcheté. Les attentats suicides un peu partout y compris à Ouagadougou, a Bassam, en Europe, en Turquie, en Tunisie. Et toujours les formes d’indignation sélective ….Un mort au sud n’est pas égal à un mort au nord. Cela illustre aussi la faillite collective des gendarmes de ce monde. Alep, le Yémen, la Libye, la déliquescence partout sur la bande Saharo-saharienne (entre boko haram, les prises d’otage au Niger, au Tchad, etc.). Il y a eu cette conspiration du silence partout.

2016 à été très violente au propre mais aussi symboliquement. En effet, on aurait pu parler de la mort de Mohamed Ali, Shimon Pères ou Castro. Pour déplorer la fin des leaders charismatiques. Partout les gens ont des problèmes à élire l’homme de l’année. C’est un peu la fin des utopies …Aujourd’hui, Poutine devient une figure centrale et pas pour des raisons idéologiques. Mais pour son audace face aux autres forces en présence.

En Afrique de l’ouest c’est Idris Deby qui mène la danse. Cela veut tout dire. Sur fond de viols électoraux au Gabon (très flagrant et grossier) mais le Gabon n’est pas la Gambie. On va arrondir les angles. L’Afrique centrale est aussi en pleine tourmente sous l’arbitrage des vautours avec Kabila, Sassou.

Heureusement que le panorama n’est pas partout négatif. Il faudra à ce propos lire le Rapport économique sur l’Afrique 2016. Il donne quelques espoirs. On peut aussi aimer les centrales solaires au Maroc, au Sénégal et en Ouganda. Même si c’est paradoxal, la victoire du peuple gambien sur la dictature de Jammeh et la défaite at least de tous les dictateurs donnent de l’espoir. On ne sais pas si le prix Mo Ibrahim sera décerné cette fois…

Je lisais un papier sur les ouvrages structurants qui vont changer l’Afrique dans les années à venir. J’étais surpris de voir la part des financements chinois sur le Continent et l’absence de l’Afrique de l’ouest. Par exemple Tanzanie Bagamoyo Port sera le plus grand port d’Afrique avec 20 millions containers par an avec un financement chinois. La nouvelle ville de Modderfontein près de Johanesbourg, la “prochain Silicon Vallée de la savane” au Kenya (Konza Technology City). Ce dernier va coûter $14.5 milliards. On peut aussi citer le projet urbain marocain de 420 millions de dollars dans la vallée de Bouregreg entre Rabat et Sale, ou le chemin de fer côtier Lagos-Calabar qui sera long de presque 900 km (financement des chinois aussi). Les projets de cimenterie de Dangote ou le barrage de la renaissance en Ethiopie, etc. Ca décolle ailleurs sans tambours ni trompettes. C’est juste pour dire que notre nombrilisme nous fait croire que le monde s’arrête à Diamniadio.

Il est possible de bâtir des projets structurants et de faire des sauts technologiques pour changer le cours de choses. Nous on se contente de sucettes. Mais le message d’espoir c’est qu’il ne faut pas désespérer des peuples et de leur capacité de réponses. C’est une des leçons de 2016, je crois. Cela va au au-delà des erreurs de sondage. Tous les politiques jouent à ce “bal masqué” sauf qu’ils oublient qu’ils sont démasqués par le “public ” qui parfois et trop souvent joue le jeu aussi.

2016, une année de défiance et de violence sur fond de lacheté. Il se termine au moment ou notre pays envisage sérieusement de faire la guerre à la Gambie. Un pari risqué d’embrasement. Au moment ou nous avons aussi des urgences fondamentales. Les vautours rodent aussi dans notre sous région et ils sont installés confortablement au cœur de notre système étatique. On espère qu’au seuil de 2017, la lucidité l’emportera sur les va-t-en-guerre qui risquent de nous installer durablement dans des convulsions permanentes. Car gagner la bataille est facile. Mais gagner la guerre est une autre paire de manche. Neutraliser une armée peut être facile. Mais avoir le dessus sur les logiques de guérilla et de rébellion est plus difficile. Depuis plus de 30 ans, nous sommes en tant que Sénégal instruits de cette vérité sur nos flancs sud. A quoi sert l’expérience ?

Excellente année 2017 à toutes et tous.

VOISINAGE : REVISITER L’HISTOIRE

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.essabc.com
www.ndukur.com

2017 se profile à l’horizon. Une occasion pour faire le point de nos relations de voisinage dans un contexte attendu de confrontration militaire avec la Gambie. Comme en pareilles circonstances, les imaginaires se renforcent ainsi que les exagérations. On parle de coup d’Etat et de beaucoup d’informations fantasmagoriques. Par exemple, on prête beaucoup à Ousmane Badji. Jammeh a essayé plusieurs systèmes et plusieurs hommes pour gérer son armée. Il a à la fin choisi deux Joola comme lui, importés pour conduire les affaires militaires. Il s’agit bien sur du chef d état major Ousmane Badji et Saul Jatta le CET de la garde prétorienne qui ont un sort lié à l’enfant de Kanilaï. Il est peu probable que ces deux alliés fassent un coup tordu à Yaya.

Tout compte fait, Yaya risque de connaitre une fin tragique. Il sait que les rapports de force ne lui sont pas favorables. Alors pourquoi il se radicalise ? Sans doute sa mise à mort va arranger plein de gens. Voilà pourquoi des forces travaillent à le radicaliser. Les vautours sont là et ont toujours rodé autour du festin sénégambien. La Gambie a été pendant longtemps laissé à elle même. On l’a souventes fois traitée avec condescendance et on continue de la piller. Nous avons été pendant longtemps injustes vis-à-vis de la Gambie. Quoi qu’on puisse dire, sur certaines questions majeures relatives à la CPI, au Commonwealth, à l’homosexualité, Yaya a incarné le front du refus. Face à l’indifférence sénégalaise. “J’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence ” disait Anatole France.

La posture guerrière est facile mais elle cache une faillite d’un Etat qui n’a jamais assumé sa géographie. C’est un échec politique et diplomatique. Au- delà de la Gambie, nous devons réfléchir sur nos relations avec les voisins. On a toujours navigué entre lâcheté, compromissions et extorsion. Il en est ainsi avec tous les “failed states” qui nous entourent. De la Mauritanie qui nous impose un rapport de force sur la gestion de l’eau, la gestion des barrages, les migrations de pêcheurs…

La Guinée Bissau avec ses frontières poreuses et ses lobbies de narco, le pétrole à la frontière. La Guinée avec nos alliances contre nature (transfert d’électeurs ), notre silence sur les bavures et forfaitures électorales. Le Mali avec qui on était le plus lié sur le plan colonial. Le fameux soudan. Nous leur avons tourné le dos au figuré comme au propre. On ne parle pas de posture belliciste mais d’un voisinage assumé et libre. On a littéralement soit détourné les yeux sur les drames qui s’y jouent soit développé des formes d’implication sous l’injonction de la France. C’est une diplomatie “veule”. Mêmes les “victoires diplomatiques” tant vantées portent souvent le sceau d’une injonction étrangère. Ce n’est ni une ligne ou une posture de principe ni une constante.

On est toujours assis entre deux chaises. Le débat actuel sur la Gambie ne doit pas se limiter à ces aspects événementiels. On entend déjà les analystes bondir à chaque dépêches et se fendre en recommandations (solution militaire finale, médiation, laissez faire etc). Pourquoi avons-nous eu aujourd’hui tous ces maillons faibles qui nous entourent ?. Sommes nous finalement le “ventre mou” d’une périphérie pourrie ? Par des plaies séculaires ou se mêlent des décolonisations mal achevées, des formes d’extrativismes néo-coloniales, des alliances entre des gouvernements peu démocratiques et toujours pillards, et la lâcheté de la communauté internationale et africaine qui laisse des appendices comme la Gambie à son sort depuis toujours. Il faut revenir à l’histoire pour comprendre pourquoi on cohabite avec Yaya après Douada Diawara. Pourquoi on a un régime esclavagiste au nord, en Mauritanie. Pourquoi Condé fait son apartheid éthique dans le château d’eau de l’Afrique de l’ouest qui par ironie a voué ses enfants à l’exil ? Pourquoi la Guinée “portugaise” se dresse sur nos flancs et règle ses contradictoires à coups de machettes ou de baillionnettes ?

Les gens vont rétorquer que la paix et l’équilibre régionale est à ce prix. Mais pouvons nous contraindre au silence et même la compression sur la question çasamanacaise ? Pourquoi sur le Mali on est juste le prolongement de la France ? Ce sont des questions qui fâchent. Pour aller plus loin, on observe comment nos contrées périphériques à la lisière de ces pays sont traitées. Comment nous gérons nos voisins et nos territoires transfrontaliers nous renseignent sur la nature de notre pays. Il y a à écrire un beau livre sur ces frontières insaisissables. On devrait peut-être aller re-visiter les rapports entre le Trarza et le Walo. Barthurst et la fondation de Faecfbanjul, le Dwebou, etc. pour redessiner nos rapports aux voisins.

Jean Gottmann (géographe) disait que la frontière est une manifestation du cloisonnement du monde ; elle est un lieu de friction entre des identités et représentations différentes, des iconographies au sens d’appartenance et de reconnaissance dans des symboles distincts. Avons-nous souvent pris le temps de réfléchir avec sagesse sur notre indifférence face à nos voisins ? Cette folie de l’indifférence risque de nous perdre un jour.

Kololi, Gambie.

B O O M E R A N G

L’Empereur déchu aimait à dire : « je suis un homme pressé » sic.  Mais puisque la seule volonté d’un homme ne suffit pas à tirer une pirogue hors de l’eau, s’entendre avec toutes les parties prenantes, peut devenir une encombrante exigence. Manifestement, il persiste encore dans sa logique de dévolution monarchique, même si les événements l’ont contraint à revoir son calendrier, et à se mettre en phase avec la réalité républicaine. Bien que loin du théâtre des opérations, il reste le maitre du jeu macabre, auquel se livrent ses héritiers toutes tendances confondues. Il est de toute évidence au cœur de l’intrigant protocole qui a contraint l’enfant prodige crédité « le plus intelligent du royaume », à aller laver la mythique cuillère à « Geeji Ndayaan ». Reviendra-t-il auréolé de succès de chez Maam Randatou la Fée, ou apprendrons-nous à travers le chant lugubre de « Tann » le vautour, que son impertinence l’a sacrifié sur l’autel de ses ambitions ? Le verdict ne saurait tarder.

Le Gladiateur serait-il lui aussi un homme pressé, un idéaliste sincère loin des réalités d’un monde politique pas du tout cartésien ? Peut être plus simplement un illusionniste, calculateur froid, et avide de pouvoir ? Serait-il animé par l’intime conviction d’être à mesure de servir Ndoumbélaan, mieux que n’importe lequel des prétendants actuels au trône ? Son quotidien centré sur sa volonté à convaincre qu’il serait un géni hors norme, capable de réaliser en cinq ans ce que ses prédécesseurs n’ont pas pu faire en un demi-siècle le rend suspect de manœuvre de séduction envers un électorat très instable. Pour convaincre ou se convaincre, tout est désormais décliné en émergence : Samba émergent, Demba émergent, Coumba de l’émergence, et bientôt très certainement, le très sensible pétrole de l’émergence.

L’Empereur déchu aimait à poser des jalons pour accéder au pouvoir. Contraint de déposer les armes après avoir épuisé toutes ses munitions, il a été tiré de sa retraite par une coalition de partis de gauche trop frileuse pour s’affirmer en tant que force alternative. Il restera dans l’histoire comme celui qui les aura brisés,  en tout cas, plus que la répression coloniale et néocoloniale. Dans un ultime baroud d’honneur, plus crypto personnel que programmatique ou alternatif, ils ont réussi le faire abdiquer et mis en place un courtisan à la place du prince héritier qu’il s’était choisi.

Le Gladiateur qui a en effet bénéficié opportunément du soutien des mêmes forces de gauche incapables de s’entendre sur un minimum, a fondu leurs essences dans une infecte mayonnaise noyée dans de l’huile libérale. Il a renversé les coquilles sans vie pour éviter de dénuder le décor et trône au-dessus d’un amas inerte baptisé coalition. A l’abri sur l’autre rive, il a posé des pièges le long d’une sorte de rivière Masaï Marra, pour protéger son pouvoir contre les récalcitrants, les affamés et les coupables à la recherche de parapluie contre une cour de répression avec à sa tète, un « magistrat incontrôlable ». Il a donc certainement raison de dire n’avoir d’autre opposition que la demande sociale.

Mais que la demande sociale est complexe, capricieuse et versatile ! Challenger indomptable et incorruptible de tous les pouvoirs, elle n’écoute pas les discours, se moque des statistiques les plus élogieuses et peut cacher un cancer derrière un banal grain de beauté. Elle peut déclencher une révolution à travers la rafle anodine d’un marchand ambulant comme ce fut le cas en Tunisie avec le suicide de Mohamed Bouazizi. Elle se moque des fatwas et des sermons du dimanche, des motions de soutien des états-majors, des lauriers tressés par les institutions de Bretons Wood et des félicitations d’un président ayant jeté l’éponge avant la limite pour insuffisance de résultats. La demande sociale c’est aussi :

  • l’insondable volcan social des exclus qui entre en éruption au moment où on s’y attend le moins,
  • l’étincelle électrique mal identifiée qui embrase tout, parce qu’on y aura innocemment jeté de l’eau pour l’éteindre.
  • L’incompréhensible carton rouge décerné à Wilson Churchill, malgré son apport incommensurable à la victoire de la Grande Bretagne sur l’Allemagne hitlérienne et de la coalition sur l’axe.

Mais pourquoi donc le Gladiateur est-il autant obnubilé par un second mandat ? Le premier acquis donnant droit à une candidature probante à un second auquel renoncer pouvait être interprété comme un signe de faiblesse ou d’échec, peut être une explication plausible. En vérité, le Gladiateur n’était pas du tout préparé pour l’exercice de ce premier mandat. En tout cas il était moins optimiste que la plupart de ses partisans novices politiquement moins préparés. Un premier échec ne l’aurait surement pas ébranlé. Sa présence dans « la cour des Grands », était plus une sorte de réaction d’autodéfense, une volonté de taper dans l’œil de l’électorat pour les prochaines échéances et peut être se tailler une place conforme à son poids, quel que soit le vainqueur. Retenu pour le duel, il lui a fallu rompre avec les slogans qui étaient jusqu’ici l’essentiel de son thème de campagne pour se prononcer sur les programmes déjà ficelés de ses probables futurs alliés dont les Assises Nationales constituaient alors le socle premier. Même si ses partisans le nieront par la suite, le Gladiateur en avait accepté l’intégralité et signé des deux mains. Mais c’est un autre débat.

Ayant choisi de prolonger le bail avec Goorgorlu, le Gladiateur s’est déclaré candidat à un second mandat dès la proclamation des résultats du premier septennat constitutionnel et non moins quinquennat moral. Mais en optant immédiatement pour cette candidature, il est entré dans l’arène politicienne trop tôt, hypothéquant du coup toutes ses capacités techniques, économiques et sociales supposées ou réelles qui avaient justifié l’espoir de la demande sociale qui avait porté son choix sur sa personne dès le premier tour. Mais il ne pouvait en être autrement. Le combat politique ne laisse pas beaucoup de place aux sentiments. Quand on l’engage, c’est pour le gagner, pour l’orgueil du combattant, et par devoir pour la caste de charognards vivant des restes à son ombre.

Les premiers sympathisants du Gladiateur, y compris la frange qui a été accusée à tort ou à raison d’ethnocentrisme ont pu être influencés par le syndrome de « l’orphelin martyrisé » au profit du fils biologique bénéficiant de tous les privilèges. Mais ceux qui l’ont adopté comme tel après son accession au trône de Ndoumbélaan, sont des hommes et des femmes politiques très avisés. Peut être ont-ils été manipulés par le Gladiateur qui leur a laissé croire qu’il avait besoin de leur protection collective et puis, plus subtilement de la protection des uns contre les autres. Ceci pourrait expliquer une certaine tolérance, voire un laxisme sur les principes, une sorte de compromis qui a progressivement viré vers une compromission politique. Ils peuvent s’en défendre, mais il est évident que, leurs militants les plus fidèles, leurs sympathisants et mêmes les simples observateurs, ne les reconnaissent plus dans leurs nouveaux habits. Les largesses en leur faveur, dénoncées par le journaliste-violeur et jamais démenties, peuvent être perçues comme des primes de fidélité sans justifier pour autant l’étrange silence complice de tant de dérives.

Ses anciens frères de partis qui l’avaient excommunié, ont choisi dès l’entame de lui rendre la vie dure. Ils ont orchestré une campagne haineuse, croyant naïvement pouvoir le débusquer comme un vulgaire gibier entré par effraction dans leur propriété privée. Cette campagne inopportune contre sa présence au sommet de l’état ne se justifiait pas à cette période. Elle a eu pour conséquence de renforcer un capital de sympathie autour de lui, d’engendrer un bras de fer et une répression ciblée, tolérée par les membres de la coalition sous le couvert d’une justice sous contrôle.

Ces circonstances favorables ont renforcé le blindage du Gladiateur, au point de le transformer en un cuirassé invulnérable aux flèches, aux balles et aux obus de ses adversaires. Mais invulnérable ne veut pas dire imbattable. Indépendamment de l’appréciation subjective qui peut être faite sur sa personnalité intrinsèque, l’homme politique déchaine les passions. Perçu par les uns comme un dirigeant ambitieux, un patriote visionnaire mu par les intérêts intrinsèques d’une nation, il est pour d’autres un candidat en campagne qui déploie son charme aux électeurs et ses muscles aux opposants. Reconnaissons qu’il peut y avoir de subtiles nuances entre les deux. Une lecture plus pragmatique, révélerait un personnage ambivalent, incapable d’équilibrer sa marche et démarche. Il a consacré trop de temps à juguler l’opposition politique en se contentant de ne jeter que des leurres à une demande sociale qui désormais gronde en sourdine à l’aube des consultations prochaines.

Le Gladiateur a la particularité de n’appartenir à aucun courant idéologique marquant. S’il est    estampillé libéral à cause de son long compagnonnage avec l’Empereur déchu, un certain courant de gauche revendique la paternité du moule qui lui a donné forme. Il n’a pas un parti politique sociologiquement identifié, capable de défendre des positions basées sur des règles d’éthique ou sur des principes idéologiques partagées. Faisant rarement référence à une philosophie, un courant de pensée de développement politique ou économique, il est l’alfa et l’oméga de sa cour réduite à défendre son action. Il ne pourra donc être jugé que sur son action, du reste toujours sujet à caution à cause de la pertinence de ses choix. Ce pragmatisme vulnérable, ne laisse pas de chance à ses avocats pour plaider des circonstances atténuantes devant la cour de la demande sociale.

En attendant, l’actualité est plutôt centrée sur la rébellion du capitaine-sorcier, inquiet de la menace d’audit sur vingt de gestion  ou plutôt de règne chaotique sur une nation qui en a marre. Qu’une communauté qui ne manque pas de choses à se reprocher ait décidé de lui donner des leçons de démocratie est une chose, mais en porter la charge en est une autre. Peut être est-il encore temps pour plaider en faveur d’une large concertation sur le traitement réservé à cette angine post électorale dans la gorge de Ndoumbélaan. Envahir un état souverain ne peut être assimilable une simple opération de police, et une complication imprévisible pouvant résulter d’un mauvais traitement pourrait avoir des conséquences fâcheuses.

Les chroniques de Bandia, Décembre 2016

 

ADAMA GAYE : EVITER LES PIÈGES DES FORTS HOMMES DE L’OMBRE

Abdou Ndukur Kacc Ndao

J’aime beaucoup Adama Gaye, journaliste émérite. On peut ne pas partager ses vues mais il reste un fervent patriote. J’ai suivi avec une pointe de regret fautif sa publication sur la présence de Yaya à Conackry. J’avais le profond sentiment que cette information n’était pas crédible. Au fil de mes investigations croisées, il est apparu en effet que c’est un canular. Adama est un journaliste professionnel qui sait ce que signifie recouper une information.

Mais il a sans doute sous estimé le contexte actuel marqué à la fois par une guerre de désinformation entre la Gambie et le Sénégal, mais aussi par la guéguerre légitime qu’il mène contre Bolloré et tout ce système financier très puissant. Il peut s’agir d un piège qu’un service spécial chevronné lui a tendu pour le discréditer. Adama a de grands et puissants ennemis qui font partie des meilleurs dans tous les domaines de la désinformation et de la manipulation. Et un des meilleurs journalistes qu’il est peut toujours tomber dans les filets d’une manipulation par des professionnels aguéris et rompus à la tâche.

Alors encourageons et soutenons Adama dans son travail difficile et plein d’épines. Cet impaire ne saurait constituer un discrédit sur ses qualités morales et professionnelles. Juste qu’un homme peut se tromper. Il s’est trompé mais nous le soutenons plus que jamais dans ses objectifs d’éveil et de défense des intérêts de notre pays. Alors Adama, la prochaine fois, fais attention !!!

Nos amitiés renouvelées

ANKN