RAPPORT DE TIMBUKTU SUR LA RADICALISATION. LES PIÈGES MÉTHODOLOGIQUES DES SCIENCES SOCIALES ($)

($) : Ces remarques ont aussi une portée générale qui dépassent l’étude stricto sensu de Bakary et de son équipe.

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Il faut féliciter Dr Bakary Sambe pour son investissement personnel scientifique dans l’éclairage des phénomènes religieux en général et en particulier les processus de radicalisation, d’extrémisme religieux. Notre contexte géopolitique exige ce genre d’études croisées produites aussi par nos visions intellectuelles internes. Sur ce plan, Bakary mérite notre attention et notre respect. Son étude intitulée « Facteurs de radicalisation. Perception du terrorisme chez les jeunes dans la grande banlieue de Dakar (octobre 2016) soulève plusieurs interrogations partagées au sein de l’opinion publique et de la communauté universitaire. Nous ne pouvons poursuivre un discrédit généralisé de nos chercheurs sous prétexte d’un désaccord des conclusions issues de leurs recherches. En revanche, les productions de cette nature sont une occasion de débattre de méthodes, méthodologies, de résultats, etc. Cela dit reprenons ce qui constitue à mes yeux les limites de cette étude.

DES DÉLAIS DE « CONSULTANTS »

25 enquêteurs pour couvrir la banlieue pendant une semaine. Voila le premier piège auquel les « chercheurs » versus « consultants » sont souvent confrontes. C’est une logique propre aux commanditaires privés qui astreignent dans des limites temporelles qui discréditent les études. Il est vrai que le fil est tenu entre ces deux postures. Mais il faut affirmer avec force qu’en une semaine pour capter les complexités propres aux perceptions relève d’une vraie gageure. Malheureusement, nos études font de plus en plus les frais de ces contraintes de temps qui ne tiennent pas compte de la nature complexe des études de perceptions. Le niveau de licence des enquêteurs n’est pas en soi une condition de fiabilité et de crédibilité des données collectées. Ces enquêtes exigent des compétences particulières, un vécu interactif établi que nous ne trouvons pas nécessairement voire souvent chez des étudiants en licence. L’expérience locale prouve d’ailleurs que les meilleurs enquêteurs en sciences sociales sont les vrais professionnels que nous retrouvons auprès de l’ANSD et qui ne sont pas forcément des diplômés de l’enseignement supérieur. Je crois que les chercheurs doivent se battre contre ces délais superficiels qui les mettent sous pressions et conditions alors qu’ils ont besoin d’un temps minimal pour travailler en profondeur.

QUIPROQUO CONCEPTUEL

Le second piège que je décèle dans l’étude de Bakary est relatif à la formulation du sujet. Il est bien indiqué qu’il s’agit d’une étude de perception. Sans fétichisme méthodologique particulier, on peut se demander s’il existe une cohérence méthodologique entre cette formulation et les outils dits CAP utilisés durant cette étude. Si Bakary et son équipe avaient enlevé le concept de perception, nous aurions pu reconsidérer nos critiques sur les aspects méthodologiques. Les enquêtes CAP sont sans doute de puissants instruments pour saisir les comportements, attitudes et pratiques des acteurs. Je ne suis pas sur en revanche qu’ils puissent capter plus spécifiquement les perceptions.

PERCEPTIONS VERSUS STATISTIQUE

Le troisième piège qui est structurel a mon avis dans cette étude est relatif à l’usage inconsidéré de statistiques sans que nous ne percevions ce qui relève des contenus qualitatifs. Ce piège est très lié au premier car les bailleurs sont encore convaincus que la compréhension des phénomènes se fait à grand renforts de productions statistiques avec ces graphiques, ces dendrogrammes ces tableaux croisés, ces résultats cartographiés. On voit mal comment justifier méthodologiquement une approche par les conceptions à partir des critères d’échantillonnage statistique sur 400 enquêtés ramenés finalement à 300 pour des raisons expliquées dans le rapport. Il est vrai que toute enquête de nature sociale ou statistique s’appuie sur des enquêtes aux profils divers. Mais on ne peut prendre les approches statistiques pour celles qualitatives. On voit bien d’ailleurs que le justificatif des critères qualitatifs reste très faiblement documenté dans les préalables méthodologiques. Une note méthodologique circonstanciée sur ces chiffres et leurs fondements aurait permis de lever ces équivoques de représentativité qui ne sont pas à mon avis l’objet d’une étude de perception. A moins que nous ayons une perception différente de cette notion.

ANALYSE QUALITATIVE ET PRODUCTION DE SENS

Le quatrième piège décelable qui est transversal à plusieurs études réalisées concerne le non respect du statut épistémologique des sciences dites sociales. Beaucoup de chercheurs ne font pas la différence entre productions statistiques et production de sens. L’entrée par les sciences sociales est une entrée de production de sens à partir de corpus contradictoires, de profils particulièrement diversifiés. Sa base méthodologique ne peut pas être cette logique statistique qui subsume la complexité des faits sociaux sous des graphiques tout aussi caricaturales que désincarnées. Je comprends l’utilité des chiffres qui sont aussi un instrument de stratégie communicationnelle. J’observe aussi que le chiffre est un autre instrument de manipulation pour fonder des hypothèses. A mon avis, le chercheur doit bien définir le cadre conceptuel qui organise son approche en évitant les confusions de genre issues souvent de commandes privées peu scrupuleuses de la qualité de la démarche si ce n’est juste la mise ne exergue d’un résultat attendu. Ce risque est aujourd’hui le talon d’Achille de la recherche et qui a fini de discréditer une bonne partie des chercheurs utilisés comme des « négriers ».

COMPLEXITÉ DES MÉTHODES EN SCIENCES SOCIALES

Les méthodes des sciences sociales ont beaucoup évolué ces trente dernières années. Ceux qui l’ont toujours confiné dans des spéculations métaphysiques découvrent au quotidien les immenses progrès réalisés pour conforter son statut épistémologique. A la faveur notamment de l’informatique, de la statistique, des théories issues des sciences sociales, les méthodes en sciences sociales ont élargi leur horizon et ont consolidé leurs bases explicatives et compréhensives. L’informatique a permis d’aller au delà des corpus textuels d’intégrer des données non textuelles (photographies, vidéo, audio, internet, réseaux sociaux). L’étude de Bakary est encore restée dans ce spectre très réduit d’une analyse qualitative c’est vrai contestable fondé sur les textes. Les enjeux de cette étude exigent à mon avis d’aller au delà de simples questionnaires ou guides d’entretiens en élargissant le spectre de productions de sens en se fondant sur les nouveaux outils.

Les statistiques sont aujourd’hui utilisées dans l’analyse des perceptions mais juste comme instrument d’analyse et d’interprétations des données qualitatives. C’est ainsi que de plus en plus les tests et coefficients statistiques (Pearson, Jaccard, Sorenson, etc.) sont même intégrés dans des applications informatiques pour analyser et interpréter les données qualitatives. Il ne s’agit pas d’une sophistication informatique mais bien de l’usage multiforme d’autres apports disciplinaires.

De même dans les applications informatiques sont intégrés systématiquement des modules de théories des sciences sociales tels que les théories des graphes, des liens sans compter des modules de psychologie sociale, de dynamiques de groupe capables de renforcer la complexité des analyses et interprétations. Il est vrai que tout ceci n’est qu’instrument au service des sciences sociales mais la posture essentielle est que c’est le chercheur avec son cadre d’analyse conceptuel approprié qui fixe les règles du jeu. Nous voulons faire de l’analyse qualitative en étant encore frileux aux nouvelles opportunités qu’offrent la science et la technologie. Cette observation va au delà de Bakary qui a un intérêt particulier à systématiser dans ses travaux ces approches intéressantes. Même nos universités sont encore restées très réfractaires aux nouvelles évolutions des méthodes de l’analyse qualitative même s’il existe quelques ilots de résistance.

En conclusion, je crois que Bakary en postulant un cadre conceptuel autour de la notion de perception et en structurant sa collecte autour de données statistiques a renversé et a substitué son approche méthodologique. C’est un piège permanent dans un contexte ou les commandes privées sont insensibles aux approches qualitatives documentées. Sans jeter totalement les résultats de cette étude qui sont une base de travail intéressante qu’il faut lire au second degré aussi, il me parait utile que Bakary et son équipe se penchent sur une étude complémentaire qualitative plus centrée sur la production de sens que sur des statistiques souvent si contestables.

ANKN

 

EXPLOITATION MINIERE : ENTRE INTRUSIONS MINIERES, BOMBE ECOLOGIQUE ET DILAPIDATION

Abdou Ndukur Kacc NDAO

Socio-anthropologue

I – EXPLOITATION MINIERE OU LES LIMITES CONFLICTUELLES DANS LA DELIMITATION DES TRACES

Nous abordons dans cette partie consacrée aux multinationales minières d’une part, l’épineuse question des délimitations des permis miniers et d’autre part, des désastres écologiques prévisibles dans un court, moyen et terme termes. Une des illustrations les plus pertinentes des conflits relatifs à la précision des délimitations des permis peut être trouvée avec le cas de la société minière Mako. Mako est aussi l’illustration des failles de notre système administratif et des concurrences fortes qui peuvent les opposer sur des enjeux aussi vitaux que l’exploitation minière.

En effet une structure minière s’est retrouvée avec ses travaux d’extension à l’intérieur des limites du Parc Niokolo Koba classé patrimoine de l’UNESCO et MAB (Réserve de la Biosphère). Pourtant, il existe le décret 2002-271 du 7 mars 2002 portant actualisation des limites du parc et sa périphérie matérialisées par les bornes vers Tambanoumouya. Manifestement les délimitations de ces tracés ne sont pas très claires car Mako se retrouvera dans l’enceinte du parc. Lorsqu’on vérifie les coordonnées du point G et on se demande pourquoi la limite du parc au niveau du minerai subit cette courbature. Car logiquement, le trace devait faire Badon – Tambanoumouya (voir carte jointe). Toujours est il que muni de leur autorisation du 4 juin 2010 No 00536/MMITPME/DMG de la Direction des Mines et de la Géologie, 11 agents de la firme dont des Sénégalais, Maliens, Canadiens aux motifs de délits de défrichage , séjour et circulation illégaux et exploitation minière dans un parc national, ont été mis aux arrêts.

En fait la DNP avait estimé que cette autorisation était illégale alors qu’elle a été dument délivrée par un autre démembrement de l’administration, c’est-à-dire la DMG. Un arrangement finira par être trouvé entre la structure minière et la DPN et de nouvelles coordonnées tracées. En réalité, la délimitation du parc et notamment dans sa partie orientale a toujours posé problème. Depuis sa création en 1954 et son extension, on a pu noter plusieurs conflits, ressentiments entre les différents acteurs du parc (populations locales, opérateurs privés, services administratifs). Nous sommes ici en face d’un imbiglio qui oppose deux secteurs clefs de notre administration.

Il est important d’abord de noter que le litige ne concerne pas toutes les limites orientales du Parc national du Niokolo-koba » mais uniquement sur sa partie qui va de la route nationale 2 au fleuve Gambie. Plus précisément au niveau des localités proches, de Badon à Tambanoumouya dans l’enclave représentée par le secteur des collines du Goléakouko. La question à trancher est de savoir si la limite du PNNK passe à l’Est (version de la DPNS) ou à l’Ouest (version de la DMG) de ce relief ? Ce qui est sur c’est que la zone concédée à la société KANSALA RESOURCES S.A. – BAMBUK MINERALS ne se limitait pas à la seule enclave du Goléakouko. Elle allait bien au-delà, sur des zones avec des délimitations et géo référencements et bornage incontestables. Voila à ce stade ce qui permet d’affirmer que cette zone de Goleakouko est bien dans la parc cet sans aucun doute au minimum dans la zone tampon telle que définie par l’article 3 du décret de 2002.

Quelles sont les conséquences de ces conflits inter-administrations sur le parc ? Quelles sont les conséquences écologiques prévisibles ? Sommes nous prémunis et préparés à gérer le départ de ces sociétés minières et les ouvrages qu’elles nous laissent ? Autant de questions qui seront abordées dans la seconde partie.

https://drive.google.com/…/0B4WQavBocPJXQXFGVnVPcVRvV…/view…

II – EXPLOITATION MINIERE : BOMBE ECOLOGIQUE

Nous parlions des intrusions minières dans un secteur aussi sensible que le Parc de Niokolo Koba. Il est vrai que les délimitions sont sujettes à caution. Quelque soit finalement l’option du tracé retenu, une société minière est au moins dans la zone – tampon distante de 1 km. Un parc y est établi avec sa biodiversité, un fleuve le traverse et constitue le poumon vital de toute cette vie sauvage. Comment pouvons nous être si légers dans la délimitation d’un parc aussi sensible face aux intrusions des miniers ? Comment une administration qui se respecte peut-elle délivrer une autorisation même dans les limites d’un parc à des miniers sans tenir compte des avis circonstanciés des autres organes de l’administration impliqués dans le processus de surveillance des parcs ? Il se joue toujours des compétitions en sourdine entre départements de l’administration pour capter des ressources sans souvent tenir compte des conséquences des autorisations.

Délivrer un permis d’exploiter minier dans ces tracés du parc est un scandale et relève de complicités inacceptables. Si nous ne faisons pas attention, il existe un risque évident de mort programmée du PNNK. Pétowal n’est pas le lieu indiqué pour ouvrir une mine. Une mine à Pétowal sera au PNNK ce qu’est une plaie à un diabétique. Cette plaie finira un jour ou l’autre par transformer le diabétique en handicapé. Il est quand même aberrant que des populations autochtones soient déguerpies du PNNK (1974 – on se rappelle avec Mady Cissokho) sous le prétexte de la Conservation et de la Protection des Ressources Naturelles (Vision du Président Leopold Sedar Senghor) et quelques années plus tard une Compagnie étrangère (Torogold) soit autorisée à mener des activités plus agressives que celles des populations autochtones sur les Ressources Naturelles du PNNK.

Pourtant, tout le monde sait que les mines sont extrêmement dangereuses pour des parcs ou évolue une complexe biodiversité sans compter la vie animale qui s’y déroule. A travers le monde, les accidents miniers font légion et nous ne sommes pas à l’abri techniquement. L’exemple du Canada il y’a quelques années est assez illustratif de ces risques graves avec la mine Mount Polley en 2014. Ce qui est intéressant et inquiétant aussi, c’est que cette mine présente les mêmes caractéristiques que celle que Mako est entrain d’installer avec une proximité fluviale qui augmente les risques (voir photo en illustration).

Aujourd’hui Mako dans cette zone est en phase développement. La compagnie. Torogold va construire toutes les infrastructures qui accompagnent l’exploitation. L’usine de traitement, village du personnel (accommodation camp), barrage de retenue d’eau, barrage des déchets miniers. ROM PAD (Run Of Mine PAD), plate forme pour accueillir le Raw Material, routes, centrales électriques, etc. Autant dire une lourde logistique qui va perturber inexorablement la quiétude du parc. Le plus gros danger que l’administration doit surveiller concerne la construction du barrage des déchets miniers avec un risque qu’il cède même si c’est dans un siècle. On peut imaginer tous ces déchets qui vont infecter les nappes et qui vont polluer le fleuve Gambie situé dans une zone de forte pression. On pourra dire sans doute adieu au parc et à ses pensionnaires. Sans compter les pompages d’eau du fleuve pour satisfaire la forte demande qu’exige une exploitation minière. Dans ce cadre, selon nos informations, les autorisations sont entrain d’être cherchées par la multinationale.

D’ailleurs, il faut rappeler que ce genre d’incidents s’est produit une fois à Sabodala et caché aux services compétents de notre Etat en 2009. Aucun organe de contrôle de l’Etat n’était au courant donc incapable de sanctionner cette société qui va nous laisser un héritage flou et complexe en matière d’impacts négatifs sur l’environnement. Le cyanure utilisé dans le processus d’extraction de l’or présente des dangers énormes pour la faune et la flore et la DEEC n’a aucun moyen technique comme humain pour procéder à un contrôle exhaustif des opérations. Dans toutes les autres zones d’exploitation, nous ne sommes pas l’abri de ces graves accidents avec son passif écologique désastreux. Nous sommes, il faut le dire face à une vraie bombe écologique qui doit mobiliser le peuple sénégalais pour exiger plus de transparence et de sécurité.

Il est vrai que le Code minier encadre les conditions dans lesquelles les miniers doivent exploiter y compris les garanties de réhabilitation des mines à l’état final. Sans compter les différents instruments les normes de performance et d’évaluation des risques et des impacts environnementaux. Des enjeux importants y sont abordés tels que notamment les main-d’œuvre et conditions de travail, l’utilisation rationnelle des ressources et prévention de la pollution, la santé, sécurité et sûreté des communautés, l’acquisition de terres et réinstallation involontaire, la conservation de la biodiversité et gestion durable des ressources naturelles vivantes, les peuples autochtones, le patrimoine culturel. Malheureusement, l’expérience notamment en terre africaine montre que les miniers sont les premiers à violer les dispositions des codes et nous laissent des désastres écologiques insoupçonnés.

En réalité, les sociétés minières fidèles aux logiques d’un capitalisme féroce et meurtrier gagnent beaucoup d’argent avec notre or. Nous reviendrons avec un autre poste sur les sommes faramineuses qu’elles empochent ou les entreloupes avec les exonérations et autres joint ventures qui leur permettent d’empocher toujours de l’argent, encore de l’argent. Sous la barbe de nos trésors publics….

https://drive.google.com/…/0B4WQavBocPJXSEZ0N0daTkNzT…/view…

III – LES MINES, UN JOB EN OR

Dans cette troisième partie, nous parlerons de ce job en or qui pose de sérieuses questions sur la posture de nos États face aux lobbies miniers. Ces sociétés minières sont pour l’essentiel côtées en bourses. Il est par conséquent possible de retracer sous certains rapports des éléments de leurs comptes financiers.

Prenons l’exemple de Teranga Gold qui est en phase d’exploitation et qui est détenteur du permis de Sabodala, un lieu orifère mythique dans les imaginaires des ouest africains. On sait aujourd’hui que le prix l’once d’or mentionné dans leur site à cause de leur cotation en bourse équivaut à 31,104 grammes. Il est de 1266,21 USD à la date d’aujourd’hui. En divisant par 31,104, le gramme coûte 40,70 USD soit 24 578,34 CFA.

A titre illustratif, prenons l’exemple de Teranga Gold et regardons juste à la date du 11 juin 2009, les levées d’or. Rappelons que ces levées sont théoriquement encadrées et sont effectuées sous le contrôle d’agents de l’administration. Rappelons aussi que Abdoulaye Wade a inauguré officiellement cette mine le 3 juin 2009. A partir du 9 juin soit 6 jours plus tard, le procès verbal de levée d’or No 2009/008 du 11/06/2009 indiquent les informations suivantes.

– No Barre /Lingot SGO077, poids net en gramme : 27.231,6. Poids bruts : 28.710.8. Nos scellé respectifs 156653 et 156554.

– No Barre /Lingot SGO078, poids net en gramme : 16.916.4 Poids bruts : 18.510.1. Nos scellé respectifs : 156555 et 156556.
– No Barre /Lingot SGO079, poids net en gramme : 14.404.0. Poids bruts : 16.049.1. Nos scellé respectifs 156657 et 156558

Jusqu’au No Barre /Lingot SGO092, les levées d’or indiquent un poids total de 314.384 de poids nets en grammes et 340.119 de poids bruts en gramme. Ce qui globalement au regard des cours du dollar à cette époque représente un montant global de 8.734.961,49 USD. Soit 5 273 469 474,85 FCFA. En réalité, à la date du 11 juin, Teranga Gold etait à son 92 eme lingot. Elle avait déjà commencé à produire avant l’inauguration.

A titre comparatif, l’inspection Générale d’Etat (IGE, 2014 ) dans son rapport public sur la gouvernance et la réédition des comptes notait qu’en 15 ans d’exploitation minière, l’Etat n’a gagné que 15 milliards 600 millions de FCFA. En un voyage et pour une seule compagnie, Teranga a vendu son or à
5 273 469 474,85 XOF. On peut imaginer et on y reviendra plus tard depuis 2009, que gagne cette multinationale sur le dos de notre pays. Que vont gagner les autres multinationales qui vont commencer l’exploitation.

Qui fait mieux ? Les mines d’or, un good job !!!

Photo : Abdoulaye Wade à l’inauguration de la mine e Sabodola avec Teranga Gold en Juin 2009. Kédougou, Sénégal

ANKN

LABEL “RIZ DU SENEGAL” : NON A UN LABEL CONTRAIRE A LA DECENTRALISATION

Dr. Pape Chérif Bertrand Bassène, Akandijack
Le conseil des ministres du 05/10/2015, tel qu’il apparaît dans la presse sénégalaise, aurait porté sur l’exhortation du chef de l’Etat, SEM Macky Sall, au gouvernement pour qu’il renforce la promotion de la consommation des productions locales, avec la mise en place d’un label “Riz du Sénégal” accessible aux populations.
C’est un louable soutien qui n’est pas sans soulever certaines questions sur les représentations de ce label, et pourquoi c’est au gouvernement de choisir de mettre en place un “label national de qualité ‘Riz du Sénégal'” alors qu’on vient d’avoir une constitution pro-décentralisation.
Soyons précis, nous sommes d’avis qu’il peut exister un label qualité sénégalais. Or, dans un contexte de décentralisation, que signifie un produit “local” pour les Sénégalais ?
En d’autres termes – décentralisation oblige –, l’Etat pourrait-il imaginer l’existence d’un label qualité sénégalais sur la production rizicole et qui aurait comme seul signe d’identification, “Riz du Sénégal” pour tous les riz, qu’ils soient sur la Vallée du fleuve Sénégal ou en Casamance ?
Imageons, pour la petite anecdote qui anime le débat, quelqu’un qui se bat avec de maigres moyens et encourage les populations casamançaises à favoriser l’espèce traditionnelle ajamaatica dans la perspective que demain, ils pourraient participer à la mise en place des fermes rizicoles et où il sera question de respecter la terre des ancêtres ; et dans la perspective de créer un Festival du Riz ajamaatica qui aura lieu chaque année en Casamance…
Différons cette image-projet autour du Riz ajamaatica qui n’attendrait rien d’un Etat qui préfère faire danser sa jeunesse au rythme du mbalax et tutti quanti, et prenons l’avantage de la révélation de ce conseil des ministres pour saisir le degré de pertinence de celle-ci en rapport avec l’histoire complexe de la Casamance.
Revenons donc à cette idée que, tous les riz produits au Sénégal portent l’étiquette de “Riz du Sénégal”, quel intérêt y tirerait celui qui a un projet sur le riz ajamaatica qui doit offrir les caractères représentatifs du Territoire de Casamance ?
En tous les cas, gageons qu’il n’y aurait pas un seul !
On saisit dès lors le pourquoi, historiquement, et même de nos jours, les Casamançais restent réfractaires à certaines intrusions et prises en charges éclectiques. C’est-à-dire que cela est valable pour tout ce qui apparait comme de trop dans la Nature Casamançaise et le riz, caractéristique principal de la civilisation casamançaise ; ne peut y être intrusif sans conséquences.
Pour en donner la preuve, nous aimerions bien renvoyer SEM le Président Macky Sall vers une étude sur l’Histoire authentique de la Casamance qu’il a lui-même acheté à Paris en 2011.
Ce livre qui a largement participé à la démocratisation de la crise de la République du Sénégal en Casamance dans sa complexe relation avec le mémoire collective de ce Territoire naguère vouée au malheur – de peur d’être traité de rebelle et bien d’autres types de violences faites à l’élite casamançaise obligée de ruser avec ses responsabilités sociales.
Allons plus loin avant de refermer cette parenthèse pour dire au moins que tout ça, c’est du passé. Depuis que SEM Macky Sall est au pouvoir, les intellectuels authentiques ne cessent de l’accompagner en l’invitant à constater le processus de démocratisation de la parole relative à la crise en Casamance. Les résultats sont là, autant de livres publiés sur celles-ci et sans censure depuis 2012, autant d’années d’accalmie ; et aucune menace étatique sur les acteurs aussi critiques soient-ils quand il s’agit de défendre leur Territoire.
Mieux, certains actes politiques sous son magistère toujours, ont également renseigné une certaine ouverture au dialogue (encore que, ailleurs il n’hésite pas à flirter avec les démons de l’autoritarisme, passons sans l’occulter donc) ; c’est le cas avec la constitutionnalisation des principes de la décentralisation.
Ainsi donc et par rapport à l’Acte III de la décentralisation, s’il est vrai qu’on peut parler par exemple de droits à un environnement sain, sur notre patrimoine foncier et nos ressources naturelles ; un “Label Riz du Sénégal” tant qu’on ne sait pas ce qui se cache derrière – un tel label par défaut – n’est pas sain pour l’environnement (aussi bien économique, social et culturel indispensable à la dignité des populations) du Territoire Casamance.
Pire, cette trouvaille de “Riz du Sénégal” est culturellement ingrate pour des civilisations rizicoles telles qu’on en trouve dans le Pays Ajamaat, de la Gambie à la Guinée-Bissau.
Là-bas, le mythe Brahme (Mancagne) dit que selon les Baçuki (Ajamaat-Joola), le riz vient des défécations du caméléon. En effet, c’est parce que chez les fameux Baçuki, on peut trouver plusieurs couleurs de riz, il diffère d’un champ à l’autre à l’image du caméléon.
Le Pays Ajamaat, pour ceux qui veulent bien s’y intéresser, frôle au nord le Pays Sereer (Sine), englobe le fleuve Gambie et comprend dans ses limites sud le pays traversé par le fleuve Casamance. Il est l’aire qui constitue le berceau de la riziculture dans l’ensemble des rivières comprises entre le Sénégal et la Guinée Conakry, aire de variabilité du riz, c’est-à-dire, une région où il y a eu un développement des techniques de l’exploitation de la graine en Afrique.
Les Portugais qui ont été les premiers à chercher à dominer cet espace ont au moins reconnu de tout temps et même à la veille de l’arrivée de la colonisation française que le Pays Ajamaat est traversé des rivières où les « Felupes »/Floups » (autres nom des Ajamaat) établissent des rizières dont ils prennent grand soin à chaque période hivernale.
Ainsi, le Pays Ajamaat offre à la sous-région sénégambiano sub-guinéenne un berceau rizicole qui lui est propre et antérieur à l’arrivée du riz asiatique qui aurait été introduit par les Européens.
L’étude des appellations traditionnelles permet aussi de constater que les différents noms qui sont donnés au riz par les Ajamaat ne sont pas empruntés. Il est uniformément désigné par [e mano] pour parler de la céréale entière (racines, feuillages, graines). Et chaque activité portée sur la graine participe à lui donner un nom nouveau. C’est-à-dire que le riz à l’état de semence, de repiquage, de récolte ou de consommation… porte une désignation différente qui le distingue de son état précédent.
En plus, les Ajamaat se plaisent à faire la différence entre le riz sauvage et le riz cultivé. Comme ils aiment s’attarder sur l’origine des riz, entre le riz traditionnel et celui introduit par voix commerciale appelé « riz des Mandingues ».
La linguistique vient ainsi à son tour, confirmer les données de l’histoire et de la génétique sur le fait que les Ajamaat sont les principaux connaisseurs du riz et de l’activité autour de cette plante.
D’ailleurs, selon une sagesse locale, le riz traditionnel se garde bien et participe à toutes les cérémonies coutumières. Tandis que le riz étranger “Riz mandingue” qui renvoie tant au fameux “Riz du Sénégal”, sert aux transactions et autres activités liées aux exigences externes telles que le paiement de l’impôt colonial ou islamique comme la gizya.
Ce qui jadis, était pris pour un riz étranger dans le Pays Ajamaat, n’était autre que le riz asiatique considéré comme différent de l’espèce locale que nous avons appelée symboliquement ajamaatica ; pour rendre compte du fait que les Ajamaat reconnaissent de manière discriminatoire plusieurs variétés de riz qui constituent la caractéristique essentielle de leur vie culturelle et matérielle.
Ce qui reste indéniable, c’est que les mythes dans le Pays Ajamaat comme les résultats de l’étude génétique faite par les botanistes sur les riz glaberrima attestent le fait que la société ajamaat est héritière d’une très ancienne civilisation fondée, bien avant l’apparition des influences arabes ou européennes, sur une riziculture de haute qualité.
Même aujourd’hui, leurs activités agricoles confirment pleinement les renseignements tirés de l’examen des textes historiques constitués par les récits des premiers navigateurs européens ayant fréquenté l’embouchure de la Gambie, de la Casamance, du Rio Geba… et qui avaient attesté de la présence d’une civilisation du riz dans cette région. Elle daterait au moins de 1500 à 800 avant Jésus-Christ. Ce qui sert de témoignage datée de l’existence d’une civilisation du riz chez les Ajamaat, société qui allait faire de la région une aire de diversification de l’oriza glaberrima, les “variétés ajamaatica” (aussi diverses que l’aspect d’un caméléon) et qui seraient différentes du groupe Nigeria.
Un autre argument que nous pouvons avancer pour démontrer que les Ajamaat constituent une civilisation du riz est lié à la technologie utilisée pour son exploitation. Elle réside, comme le soulignent certains auteurs dont nous reprenons la justesse de l’analyse, dans la finesse des techniques de travail des rizières qui traduit l’expérience séculaire des paysans.
Dans le Pays Ajamaat, l’instrument aratoire par excellence s’appelle le Kadiandou. Un outil adapté au labour des terres humides, qu’on ne rencontre que très rarement chez d’autres populations comme celles qui se considèrent comme migrantes et qui appellent les anciens occupants du Pays Ajamaat par Baçuki.
L’outil aratoire du Sénégal serait l’hilaire (Maurel) par excellence, qui ne fait pas le poids dans les rizières où il se noierait. Néanmoins, cette noble fierté sur la supériorité du Kadiandou, n’empêche pas de reconnaître au moins son caractère dépassé de nos jours.
Les Casamançais sont prêts à abandonner leurs Kadiandou qu’ils confieront dignement à un musée local. Mais il nous parait malvenu d’imaginer un Label “Riz du Sénégal” crée par l’Etat, et qui, à tout point de vue, est monopolistique.
Encore une fois, c’est une bonne idée M. le Président, mais prenez en compte qu’un projet de Festival du Riz Ajamaatica, partant un label Riz Ajamaatica est en gestation. Il ne faudrait pas que ce Label soit, objectivement comme subjectivement, en concurrence avec un Label “Riz du Sénégal”.
Au nom de la décentralisation, il faut imaginer la mise en place d’un label de qualité sénégalais qui sera justifié par l’existence de labels territoriaux. Si concurrence il y a demain, nous préférerions qu’elle se fasse sainement entre territoires, “Riz de Casamance” vs “Riz du Sine” vs “Riz du fleuve”…
(D’ailleurs nous sommes confiants que malgré l’avance ailleurs les producteurs Casamançais domineront le secteur ; quant à leurs parents Sereer, ils ne feront pas le poids !)
Crédit photo : Matar Ndour
Dr. Pape Chérif Bertrand Bassène, Akandijack

ECOLE SCIENCES SOCIALES APPLIQUEES EN BASSE CASAMANCE

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Cher (e)s ami (e)s,

Depuis plusieurs années je mûrissais, tenant compte de mes expériences de terrain un projet de création d’une École des Sciences Sociales Appliquées en Basse Casamance. J’ai eu déjà l’opportunité de discuter avec certains amis pour solliciter leurs expériences et expertises multiformes.

J’ai l’immense plaisir de vous informer que j’ai pu trouver avec l’aide d’amis acquis à la cause deux sites équipés en salles et hébergements et autres facilités à Abene et Colomba dans le Fogny diabangcounda en Basse Casamance. Pour consolider les fondements pédagogiques, organisationnels…de cette école, nous allons lancer un think tank pour solliciter les expertises de nos amis intéressés.

L’objectif est d’organiser des sessions théoriques et pratiques payantes de 2, 3, 6 mois ou annuelles en internat pour des chercheurs, professionnels, étudiants. ..sur des problématiques qui touchent le Sénégal, l’Afrique, le monde. Nous voulons avoir un regard transversal à la fois théorique et pratique sur des questions qui touchent la socio anthropologie, l’environnement, la philosophie appliquée, les méthodes et méthodologies appliquées, la photographie, l’art, le cinéma. ..

Le Think tank aura l’occasion de mieux fixer le cadre pédagogique de tous ces enseignements. En conséquence, ceux et celles qui sont prêt(e)s à participer à ce projet de décloisonnement du savoir peuvent nous faire signe à Abdou.Ndao@ndukur.com ou abdoundao@gmail.com

Merci pour votre sollicitude multiforme.

Photos : Matar Ndour

ANKN